, i'jiv.op
lofiq'ffil
ïhMû
ACADEMIE
DES
INSCRIPTIONS & BELLES-LETTRES
ANNÉE 1916
MAÇON, PKOTAT FHERE5, IMPRIMEIII-.
J J ,
A
\^/
ACADEMIE
DES
INSCRIPTIONS & BELLES-LETTRES
COMPTKS REND! S
DES
SEANCES DE L'ANNEE
1916
PARIS
AUGUSTE PICARD, ÉDITEI R
LIBRAlRr DES U«< HIVBS NATIONALES ET DE LA SOCIETE M i UES < HAKT1 S
S "2. RUE BONAPARTE, 8 '2
M 1) CCCC XVI
£
\ b
"b \
COMPTES RENDUS DES SÉANCES
DE
L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES -LETTRES
PENDANT L'ANNÉE 1916
PRÉSIDENCE DE M. MAURICE CROISE!
SÉANCE DU 7 JANVIER
PRESIDENCE DE MM. EDOUARD CHAVANNES ET MAURICE CROISET.
M. Edouard Chavannes, président sortant, avant de quitter le
bureau, prononce l'allocution suivante :
« Mes chers Confrères,
« Maintenant que prennent fin pour moi les fonctions que
chacun de nous doit exercer à tour de rôle, je vous exprime,
avec toute ma gratitude pour la bienveillance que vous n'avez
cessé de me témoigner, le vœu que mon successeur ait à saluer
de votre part le triomphe de nos armées.
« Dans la douloureuse année qui vient de s'écouler, j'aurais
voulu pouvoir mieux traduire, au nom de l'Académie, notre
admiration et notre immense amour pour ceux qui ont été tués
à l'ennemi. Mais quels mots seront jamais assez simples et assez
forts pour correspondre aux sentiments que nous éprouvons?
Comment n'y aurait-il pas une sorte de profanation à prétendre
proportionner des paroles à l'acte sublime du sacrifice de soi?
« Peut-être seraient-ce les poètes anciens que nous tolérerions
le mieux en ces tragiques moments où nous sommes brusque-
ment ramenés à toute l'intensité des émotions primitives :
Et dulces moriens reminiscitur Argos,
1916. I
2 SÉANCE DU 7 JANVIER 1916
a dit Virgile, rendant impérissable dans la mémoire des hommes
le guerrier mourant qui se souvient des doux lieux où il a vu le
jour. Aujourd'hui de même, devant les yeux du soldat tombé,
apparaît comme en rêve la chambre familiale où sont rassem-
blés à cette heure les visages de ceux qu'il aima; à ses oreilles
murmure, toujours plus faible, le gazouillis dans un berceau de
l'enfant qui fut le sien, et tinte, de plus en plus lointaine, la
cloche près du cimetière où il n'ira point dormir avec ses
pères. C'est un Français qui meurt pour son pays.
« Les autres, cependant, sont restés à, leur poste dans la tran-
chée que la boue envahit ; sous la bourguignote dont leur tête
est casquée, nul émoi n'a fait tressaillir leurs traits durcis par
les longues souffrances ; une seule volonté les inspire : tenir
quand même, tenir encore ; ils sont l'âme de la terre natale
résolue à repousser l'envahisseur.
» Lorsque reviendront parmi nous ces braves, notre orgueil
et notre espérance, ils nous apporteront, avec la victoire, un
renouveau de la vigueur nationale. Ils seront hardis et fiers; ils
n'auront peur ni des responsabilités, ni de la conduite franche;
ayant compris à rude école que la vie n'a de valeur que si elle
se propose des fins supérieures h elle-même, ils ne craindront
point l'ell'ort ni la peine ; ils seront vraiment l'incarnation de
notre patrie telle qu'elle fut aux plus belles époques de son his-
toire, telle qu'elle restera dans l'avenir.
« Pour nous, voyant ce qu'ils accomplissent pendant cette
guerre, nous reconnaissons en eux, par instants, une des mani-
festations du jeune Dieu, adoré sous des symboles divers, qui se
lève lentement au-dessus du monde comme s'il se réalisait peu
à peu par les vertus surhumaines des héros. »
M. Maurice Croiset, président pour l'année 1916, prend
ensuite la parole en ces termes :
« Mes chers Confrères,
a En présence des événements si graves qui s'accomplissent,
quand nous nous sentons mêlés à un des plus grands drames de
l'histoire, quand nous sommes tout entiers, par la pensée et par le
cœur, là où se joue l'avenir de notre pays, il me semble que les
SÉANCE DU 7 JANVIER 1916 3
paroles les moins apprêtées sont celles qui s'accordent le mieux
avec nos sentiments à tous.
« Laissez-moi donc vous remercier très simplement, au nom
du bureau élu pour 1916, de l'honneur que vous nous avez fait
en sanctionnant par vos suffrages ce que Tordre d'ancienneté
suggérait sans l'imposer. Et puisque j'ai, pour la première fois,
le droit de parler en votre nom, permettez-moi aussi de dire à
M. Ghavannes quel souvenir nous garderons tous de sa prési-
dence. Aucun de nous n'a oublié les paroles si touchantes et si
fièrement patriotiques qu'il prononçait ici même, il y a un an.
Et, depuis lors, chacune de nos séances ne nous a-t-elle pas
donné l'occasion de rendre intérieurement hommage à son tact,
à sa discrète et toujours délicate fermeté, à l'élégant à-propos
de ses observations et, pour tout dire, à cette haute valeur
morale et à cette distinction d'esprit qui se laissaient sentir dans
tout ce qu'il disait? J'aurais eu grand besoin, avant de lui suc-
céder, de pouvoir prolonger auprès de lui mon apprentissage.
Je compte du moins, pour suppléer le plus possible à ce qui me
manquera, sur le concours de notre nouveau vice-président,
M. Thomas, dont l'autorité scientifique et le ferme jugement
sont si appréciés parmi nous, et sur les précieux conseils de
notre éminent Secrétaire perpétuel, en m'estimant heureux de
pouvoir faire appel auprès de lui à une fidèle amitié, qui a com-
mencé, il y a plus d'un demi-siècle, sur les bancs du lycée.
« Jamais d'ailleurs le terme de confraternité, qui définit si
bien nos relations mutuelles, n'a eu un sens plus fort qu'en ces
jours d'épreuves communes et d'unanime volonté. Tandis que
le pays tout entier, en face de l'invasion barbare, réalisait, d'un
mouvement de cœur spontané, l'union sacrée, nous avons senti
que cette union devait se traduire ici en une collaboration sacrée.
Oui, collaboration pieuse et ardente pour la gloire de la France,
pour qu'à la victoire sanglante des armes, elle ajoute les vic-
toires pacifiques de la science et de la pensée, pour qu'elle
recueille et rassemble en une auréole de plus en plus resplen-
dissante tous les rayons de beauté et d'humanité émanés depuis
trente siècles du foyer de l'antiquité. Où donc a-t-on plus de
raisons de l'admirer et de l'aimer qu'en cette Académie, où par
l'étude et la comparaison des civilisations de tous les peuples et
4 SÉANCE DU 7 JANVIER 1 9 I ()
de tous les âges, nous nous rendons compte si clairement du
rôle qu'elle a joué dans le monde comme héritière et comme ini-
tiatrice?
« Ce rôle, nous voulons tous qu'elle continue à le jouer dans
l'Europe pacifiée, quand sera venu le jour de la justice; et nous
n'avons rien plus à c<cur que d'y contribuer chacun pour quelque
part, si modeste qu'elle soit. Tâche facile, puisqu'il sutlit d'y
travailler en honnêtes gens. Car elle ne nous demande pas de
mettre à son service le mensonge ni la jactance insolente, elle
ne cherche pas à se faire valoir par la présomption et par le
sophisme. Exempte d'envie, elle met au-dessus de tout la justice,
elle la revendique pour les autres comme pour elle-même.
« Servons-la donc comme elle veut être servie, en nous atta-
chant, chacun dans notre domaine, à lui apporter une active con-
tribution de travail et de vérité. Demain, sans doute, la concur-
rence pacifique des influences intellectuelles reprendra dans le
monde son cours normal. 11 est certain que les conditions en
seront changées en notre faveur; et si nous pouvons quelque
chose pour que le rayonnement de notre pays soit accru, nous
n'avons pas le droit de le négliger. Que cette pensée, mes chers
confrères, illumine pour nous l'année qui commence, celle qui
sera, nous l'espérons, après l'année douloureuse des sacrifices,
l'année radieuse de la victoire ! »
Le Secrétaire perpétuel fait connaître, ainsi qu'il suit, la
situation des concours de l'Académie pour l'année 1916 :
Prix ordinaire du budget (Étudier la fabrication et le com-
merce des draps dans une région de la France au moyen âge).
— Pas de mémoire.
Antiquités de la France : 5 ouvrages ;
Prix Duchalais (numismatique du moyen âge) : 1 concurrent;
Prix Gobert : 3 concurrents;
Prix Bordin (Orient) : 4 concurrents ;
Prix Fould : 2 concurrents ;
Prix Stanislas Julien : 2 concurrents;
SÉANCE DU 7 JANVIER 1916 5
Prix Delalande-Guérineau (moyen âge ou Renaissance) :
2 concurrents ;
Prix de La Grange : pas de concurrents ;
Prix du duc de Loubat (histoire, géographie, etc. du Nou-
veau Monde) : pas de concurrents ;
Prix Saintour (antiquité classique) : 5 concurrents ;
Prix Auguste Prost (au meilleur ouvrage sur Metz et les
pays voisins) : 3 concurrents ;
Prix Henri Lantoine (pour un travail sur Virgile) : pas de
concurrents.
Au nom de la commission du prix Gobert, M. Fourmer
donne lecture de la liste des ouvrages adressés au concours.
L'Académie procède ensuite à la nomination des Commissions
des prix suivants :
Prix ordinaire du budget, dont le sujet mis au concours était :
Etudier la fabrication et le commerce des draps dans une
région de la France au moyen âge : MM. Paul Meyer, Omont,
Maurice Prou, Fournier;
Prix Duchalais (numismatique du moyen âge) : MM. de
Vogué, Schlumberger, Héron de Villefosse, Babelon ;
Prix Bordin (études orientales) : MM. Senart, Glermont-Gan-
neau, Barth, le P. Scheil ;
Prix Fould : MM. de Lasteyrie, Collignon, Durrieu, Diehl;
Prix Delalande-Guérineau : MM. Elie Berger, Durrieu, Mau-
rice Prou, Morel-Fatio.
Prix Stanislas Julien : MM. Senart, Barth, Chavannes, Cor-
dier ;
Prix de La Grange : MM. Paul Meyer, Picot, Omont, Morel-
Fatio ;
Prix du duc de Loubat (histoire et géographie du Nouveau
Monde) : MM. Senart, Barth, Léger, Cordier;
6 SÉANCE DU 7 JANVIER 1 91 G
Prix Saintour (antiquité classique) : MM. Alfred Croiset,
Cagnat, Bouçhé-Leclercq, Ilaussoullier ;
Prix Auguste Prost : MM. Collignon, Omont, Élie Berger,
le P. Scheil;
Prix Henri Lantoini: : MM. Havet, Gagnât, Châtelain, Mon-
ceaux.
L'Académie procède ensuite à l'élection d'un membre de la
Commission du prix Yolney.
M. Maspero est élu à l'unanimité.
Le Secrétaire perpétuel donne lecture de son Rapport sur
les travaux des Commissions de publication de l'Académie pen-
dant le second semestre de 1915 l.
APPENDICE
Rapport du secrétaire perpétuel sur les travaux des commis-
sions DE PUBLICATION DE L,' ACADEMIE PENDANT LE SECOND SEMESTRE
DE 1915; LU DANS LA SÉANCE DU 7 JANVIER 1916.
Messieurs et chers Confrères,
L'Académie a livré au public depuis le mois de juillet 1915 un
nombre convenable de volumes et de fascicules appartenant à
ses publications diverses. C'est ainsi que les tirages à part sui-
vants ont paru :
M. R. Cagnat, Vannone d'Afrique (t. XL de nos Mémoires);
M. E. Cuq, Une statistique des locaux affectés à l'habitation
dans la Home impériale (t. XL de nos Mémoires).
Nous avons de plus envoyé à l'Imprimerie Nationale, pour
être imprimée dans nos Mémoires, une étude de M. Omont inti-
1. Voir ci-après.
RAPPORT DU SECRETAIRE PERPETUEL 7
tulée : Minoïde Mynas et ses missions en Orient en 1 840 et
1845.
Un mémoire de M. Lângfors, -Sur le manuscrit n° 12483 de
la Bibliothèque nationale, est de même parti pour l'impression
au tome XXXIX des Notices et Extraits des manuscrits.
Le tome XXXIV de V Histoire littéraire de la France a été
mis en distribution dans le cours du mois de novembre dernier,
mais notre confrère, M. Noël Valois, qui avait si largement con-
tribué à l'établir, est mort le 9 novembre, et l'ouvrage a été
déposé sur le bureau le jour même où notre Président nous
annonçait la perte de notre confrère. Il a fallu le remplacer
immédiatement près de la Commission : notre confrère M. Four-
nier est entré dans celle-ci le 10 décembre. L'impression du
tome XXXV est commencée; il débute par un long et important
mémoire de M. Paul Viollet sur Guillaume Durant le jeune,
évêque de Mende. Soixante et onze placards en sont composés
et ont été déjà révisés en partie.
La publication des Chartes et Diplômes, ralentie par la
guerre, a progressé néanmoins sous la direction de MM. Prou et
Flie Berger. Là encore, la mort de M. Valois avait creusé un
vide dans la Commission qui préside aux travaux : l'Académie
l'a comblé en élisant M. Thomas, dans cette même séance du
10 décembre où M. Fournier fut désigné pour être de V Histoire
littéraire.
Les diplômes des rois carolingiens, publiés par les soins de
M. Prou, se sont enrichis, au mois d'octobre dernier, de l'ou-
vrage de M. Lauer : Recueil des actes de Louis IV, roi de
France; le volume a été mis en distribution récemment, mais
le travail de préparation des autres volumes a été arrêté par les
circonstances, nos collaborateurs ayant été mobilisés.
Par contre, les recueils dont la commission des Chartes et
Diplômes confia la direction à M. Élie Berger ont pu être pous-
sés avec activité pour la plupart. C'est ainsi que M. François
Delaborde a continué l'impression du Recueil des actes de Phi-
lippe Auguste, tome Ier, qui comprend actuellement 71 feuilles
tirées. Il achève une Introduction sur les registres de ce prince
qui sera placée en tête de la collection; il aura certainement
8 RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL
terminé le tout dans les premiers jours de janvier, à moins de
retards que rien n'autorise à prévoir, et, comme les textes qui
doivent entrer dans le tome II et dans les suivants sont dès
maintenant dressés, classés, annotés, nous avons tout lieu de
croire que l'œuvre poursuivra son cours normalement. M. Dela-
borde ne s'est pas laissé arrêter par les deuils et par les inquié-
tudes qui ne l'ont pas épargné un instant depuis le milieu de
l'an passé. Après avoir perdu dans les Vosges les deux aînés
de ses tils, l'un lieutenant, l'autre capitaine de chasseurs alpins,
il tremble encore pour la vie du troisième qui est sous les dra-
peaux, en première ligne : en face de cette grande douleur,
l'Académie n'ose pas s'enorgueillir comme il conviendrait du
bel exemple de courage stoïque que son collaborateur donne à
tous .
Vous vous rappelez que M. Élie Berger avait été chargé du
soin de mettre en état définitif un Recueil des actes de Henri II,
roi d'Angleterre et duc de Normandie, dont M. Delisle n'avait
avant sa mort rédigé que l'Introduction. C'est un volume de
six cents pages et plus que M. Berger nous livre aujourd'hui,
avec une courte préface et quatre cent cinquante-trois articles,
couvrant une période de onze années, depuis 1159 jusqu'à 1172-
1 173. Le deuxième volume contiendra trois cent quatorze pièces,
nos CCCCLIV-DCCLXVIII, datées des années 1172-1173 à
1189; il se terminera par un Index pour la confection duquel
le relevé sur fiches est déjà en bonne voie.
Le Recueil des actes de saint Louis {1 226-1 27 0) a marché
plus rapidement pendant ce second semestre de 1915, car
M. Daumet qui le forme avec M. Stein, après avoir rempli pen-
dant quelques mois ses obligations militaires, a été renvoyé dans
ses foyers, et, à peine libéré, il a repris ses recherches, princi-
palement à la Bibliothèque nationale. Il y a dépouillé les recueils
de copies manuscrites : celui de la Collection Doat qui intéresse
surtout nos provinces méridionales, les cinquante-neuf volumes
de la Collection Moreau correspondant à 1226-1270, les Cartu-
laires des abbayes de Barbeau et du Lys. puis les recueils impri-
més, la Gallia Christiana, ÏAmplissima Collectio de Dom Mar-
tène, le Spicilegium de Dom Luc d'Achery, les Ordonnances
RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL 9
des rois de France, le Cartulaire normand de L. Delisle : le
total des pièces ainsi recueillies et analysées s'élève présentement
à plus de douze cents.
La part de M. Stein dans L'œuvre commune est moins considé-
rable : elle ne compte en ce moment que trois cent vingt-cinq
numéros provenant pour la plupart des Archives Nationales
(série S), de cartulaires manuscrits conservés à la Bibliothèque
nationale, et de cartulaires imprimés. Il parcourt en outre, de
concert avec M, Daumet, les inventaires imprimés des Archives
départementales, Seine-et-Oise, Oise, Loiret, Yonne, Aube, Indre
et ainsi de suite, pour y relever l'indication des actes de saint
Louis qu'il y aura lieu d'en tirer, lorsque le moment sera venu.
M. Prou presse de son mieux l'impression des volumes con-
sacrés aux Pouillés; mais comme deux de ses collaborateurs
sont encore à l'armée, elle ne progresse pas aussi rapidement
sur tous les points. Le cinquième volume, dans lequel sont com-
pris les Pouillés de la Province de Trêves, peut être considéré
comme entièrement terminé, car il ne reste plus à y donner
qu'un bon à tirer, celui de la dernière feuille de Y Introduction ;
M. l'abbé Carrière, qui l'a mis sur pied, a pu corriger ses
épreuves, bien qu'il soit retenu encore au loin par les exigences
du service militaire.
M. Etienne Clouzot a reçu en novembre les trente premiers
placards du tome VIIIe où seront les documents relatifs aux pro-
vinces d'Aix, d'Arles et d'Embrun. L'impression du volume qui
renfermera les Pouillés de la province de Bourges reste en l'air
pour l'instant : M. Robert Latouche est au feu.
M, Omont n'a que de bonnes nouvelles à nous donner de la
collection des Ohituaires : le tome IV, province de Sens, dio-
cèse de Troyes, est achevé entièrement. Les feuilles 41-55 ont
été revues une dernière fois par M. Boutillier du Retail, et sont
en hon h tirer; les placards 192-228 nous sont arrivés en seconde
épreuve, et vont être mis en pages après correction. La table
générale du volume sera considérable ; la rédaction en est com-
mencée et M. Boutillier du Retail nous a promis d'y employer,
dans le courant du prochain semestre, tout ce que ses fonctions
d'archiviste de l'Aube lui laisseront de temps.
10 RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL
Le Corpus inscriptionum semiticarum a progressé clans la
mesure du possible. En ce qui concerne la partie phénicienne ,
M. l'abbé Chabot n'a pas réussi à terminer le classement des
matériaux accumulés dans le cabinet de rédaction, bien qu'il ait
employé à ce labeur pénible et fastidieux la majeure partie de
l'été, aidé de temps à autre par M. Guérinot. Le comité a vu
lors de sa dernière réunion que l'ordre matériel commençait à
régner sensiblement, et il en a témoigné sa satisfaction à
M. l'abbé Chabot; toutefois il a eu le regret de constater une
fois de plus que les deux chambrettes où son œuvre se poursuit
sont en vérité trop étroites : il lui faudrait une pièce plus large,
où les rédacteurs ou les auxiliaires du Corpus inscriptionum
pussent étaler sans gêne les estampages de grandes dimensions
qu'ils reçoivent et les manier à leur aise sans crainte de les
endommager. On a pu néanmoins opérer le triage des docu-
ments et mettre de côté tout ce qu'il y avait d'inédit en phéni-
cien : la copie de 125 inscriptions de Carthage a été livrée à
l'Imprimerie Nationale pendant la dernière semaine de décembre.
M. Guérinot s'occupe spécialement des Indices qui doivent
prendre place à la fin du troisième volume. M. l'abbé Chabot a
corrigé de son mieux les épreuves du recueii des inscriptions
palmyréniennes dans la section araméenne : ce travail ne pourra
pas être fini sans le secours des estampages rapportés par le
P. Jaussen de sa mission à Palmyre et qui sont restés à Jéru-
salem. Enfin la copie confiée à l'Imprimerie Nationale au com-
mencement de l'année pour le Répertoire d'Epigraphie sémi-
tique y est demeurée neuf mois en souffrance, et c'est assez
récemment que trente-trois placards in-folio viennent de nous
être servis; toutefois ces épreuves, exécutées par de jeunes
apprentis en l'absence des ouvriers mobilisés, laissent beaucoup
à désirer, et la tâche de les corriger est souvent pénible.
La section himyarite en est au même point que l'an dernier,
faute d'ouvriers à l'Imprimerie Nationale : les directeurs, le
P. Scheil et ses auxiliaires, continuent à préparer activement
la suite, et lorsque l'Imprimerie sera en état de reprendre le
travail, la publication pourra marcher rapidement. La mise en
train de la partie arabe, dont il a été décidé que le texte expli-
catif serait écrit en français, est arrêtée par l'absence de l'auxi-
RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL 11
liaire, M. Gaston Wiet, qui est présentement à Salonique en
qualité de lieutenant au 327e régiment d'infanterie. La première
livraison est presque entièrement prête pour la presse, texte et
planches : la guerre une fois terminée heureusement, l'impres-
sion ira bon train, à moins que les ouvriers capables de bien
composer l'arabe ne viennent à manquer. Pour la partie
hébraïque, il n'y a rien de nouveau.
Les ouvrages qui se publient chez l'éditeur Leroux sous le
patronage ou simplement avec le concours de l'Académie ont
été poussés raisonnablement pendant ce second semestre de
1915.
Pour les Monuments et Mémoires de la fondation Piot, il
nous reste à compléter le volume XX, dont un premier fasci-
cule, le numéro 37 de la collection, avait déjà paru en 1913. Le
trente-huitième fascicule doit contenir la Table et les Index des
vingt premiers volumes établis, comme on sait, par M. Léon
Dorez. La composition du texte en est terminée depuis quelque
temps et le fascicule entier en avait été mis en pages, mais l'état
de santé de l'auteur avait arrêté la correction du tout. Elle a
été reprise ces jours-ci, une dernière épreuve a été demandée et
nous aurons bientôt le bon à tirer définitif.
M. Collignon surveille la préparation du tome XXII et de son
premier fascicule. Celui-ci contiendra, outre une notice sur
notre regretté Secrétaire perpétuel M. Georges Perrot, signée
par MM. de Lasteyrie et Collignon, des articles de MM. Pottier,
Durrieu, Georges Bénédite, Michon ; celui que M. Durrieu a
bien voulu nous confier est destiné à remplacer un article de
M. Bréhier, dont nous avons le manuscrit, mais dont il n'a pas
été possible de faire exécuter l'illustration pour le moment, car
les documents ne sont plus à Paris. Les articles de MM. Durrieu
et Pottier sont prêts pour l'impression, ceux de MM. Michon
et Bénédite nous seront prochainement livrés en manuscrit ;
malgré les difficultés que l'absence de M. Jamot, secrétaire de
la rédaction, crée pour la bonne exécution des planches et poul-
ies rapports avec l'imprimeur, il y a lieu d'espérer que ce fasci-
cule paraîtra en 1916.
12 RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL
La seconde partie du premier volume de l'ouvrage de notre
confrère M. Chavannes : Mission archéologique dans la Chine
septentrionale, la sculpture bouddhique, a vu le jour, et le nombre
d'exemplaires prévu par notre contrat avec M. Leroux nous a
été consigné en octobre.
Le tome II de l'ouvrage de M. .Merlin, les Inventaires des
mosaïques de la Gaule et de V Afrique (supplément!, Afrique
proconsulaîre (Tunisie), avait été mis en distribution à la fin de
juin et au commencement de juillet derniers : il a été impossible
de publier depuis lors un nouveau fascicule de planches, la pho-
tographie des pièces qui se trouvent actuellement dans les musées
de la France et de l'Algérie étant fort malaisée à faire en ce
moment. En revanche, l'impression des Inscriptiones grxcae ad
res romanas pertinentes pourra recommencer sans retard. Le
manuscrit du prochain fascicule a été déposé en partie chez
l'imprimeur, et le reste est prêt en totalité à lui être expédié
dès que les premières épreuves surviendront.
L'ouvrage de M. Babelon contenant la Description du trésor
de Berthouville près Bernay (Eure) est prêt à paraître et sera
distribué prochainement. Par malheur, les raisons qui ont empê-
ché jusqu'ici M. Babelon et M. Théodore Reinach de continuer
la publication de leur Recueil général des monnaies grecques
d'Asie Mineure subsistent plus fortes que jamais. Il est pro-
bable qu'elles se perpétueront, telle que je les ai exposées dans
mon dernier rapport, quelque temps encore après la tin de la
guerre.
Nos Comptes rendus ont subi un long arrêt sans qu'il y ait de
la faute, ni de l'imprimeur, ni surtout du rédacteur. Le bon à
tirer du cahier de juillet-août avait été donné il y a nombre de
semaines ; mais après les premières deux feuilles, le tirage fut
suspendu par suite de la perte à Mâcon d'un des clichés desti-
nés à figurer dans l'illustration du texte, perte qui a été notifiée
par l'imprimeur au dernier moment et seulement sur une obser-
vation de M. Dorez. Cet accident, qu'on s'occupe à réparer en
ce moment, a eu des répercussions sur la suite du volume. Néan-
moins, le cahier de septembre-octobre est en pages et le bon à
Livrés offerts' i3
tirer m'en pourra être proposé dans quelques jours. Le cahier
de novembre est entièrement composé en placards, mais le gra-
veur paraît éprouver de sérieuses difficultés à exécuter le por-
trait qui doit accompagner la Notice sur la vie et les travaux de
M. Georges Perrot. Quant au cahier de décembre, le manuscrit
n'en a pas été livré encore aux ouvriers.
Tel est l'état de nos publications à la date du 1er janvier 1916 ;
s'il n'est pas aussi satisfaisant sur certains points que nous
souhaiterions qu'il fût, on doit convenir qu'il n'est pas mauvais,
après dix-sept mois d'une guerre qui nous a enlevé beaucoup de
nos collaborateurs dans le cabinet d'études et dans l'atelier
typographique.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel présente, de la part des auteurs, les
ouvrages suivants :
M. Emile Espérandieu, correspondant de l'Institut : le tome VI de
son Recueil général des bas-reliefs, statues et bustes de la Gaule
romaine (Paris, 1915, in-4°).
M. Cl. Huarl : Documents de VAsie centrale [Mission Pelliot). —
Trois actes notariés arabes de Yârkend (Paris, 1915 ; extr. du c< Journal
asiatique »).
Du même auteur : Le Ghazel heptaglotte d Abou-Ishaq Hallâdj
(Paris, 1915, in-8°; extr. du « Journal asiatique »).
M. Henri Cordier a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur de déposer, au nom de l'auteur, M. G. Desdevises
du Dezert, professeur à l'Université de Clermont-Ferrand, deux inté-
ressants mémoires : l'un, extrait de la Revue Hispanique, sur l'In-
quisition aux Indes espagnoles à la fin du XVIIIe siècle, d'après des
documents tirés des Archives historiques de Madrid et des Archives
des Indes de Séville ; l'autre, tiré du Bulletin de la Société de l'his-
toire des colonies françaises, est relatif à La Louisiane à la fin du
XVIIIe siècle, c'est-à-dire depuis l'occupation espagnole, en 1762,
jusqu'à la reprise de possession par la France, par le traité de
Saint-Ildephonse, du 1er octobre 1800, confirmé par le traité de
14 LIVRES OFFERTS
Madrid du 21 mars 1801, et à la vente aux Étals-Unis de notre colo-
nie le 30 avril 1803 moyennant 60 millions de francs. »
SÉANCE DU 14 JANVIER
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
La correspondance contient une lettre de M. Merlin, corres-
pondant de l'Académie à Tunis, remerciant l'Académie de lui
avoir accordé un subside pour l'aider dans ses fouilles de Thu-
burbo Majus.
M. Héron de Villefosse communique à l'Académie une lettre
du R. P. Delattre, correspondant à Carthage, annonçant la
découverte, sur le Koudiat-Zâteur, d'une riche sépulture de
1 époque chrétienne :
« Le 29 décembre 1915, M. l'abbé Munier, directeur de l'Ins-
titution Perret, en faisant exécuter des travaux de culture sur le
Koudiat-Zâteur, rencontrait trois grandes pierres portant des
inscriptions chrétiennes.
Sur l'une, haute de 0 m 66 et large de 0 m 90, on lisait :
BONIFATIYS
IN P AC E
Haut, des lettres, 0m 055. La pierre porte sur la droite les
traces d'une inscription plus ancienne, presque entièrement
effacée, dont il ne reste que le début de deux lignes. La pre-
mière commençait par les lettres : POM P
Les deux autres pierres, hautes chacune de 0 m 63, peuvent se
juxtaposer et forment ensemble une longueur de 1 m 75. Elles
présentent l'épitaphe suivante :
V E R V L V S SIDONIENSIS
IN P A C E
Haut, des lettres à la première ligne, 0m 12; à la seconde
<)"' 10.
SÉANCE DU 14 JANVIER 491 6 15
Avec ces trois pierres se trouvait un bas-relief de marbre,
partie droite de la face d'un sarcophage, représentant à peu
près le tiers de la longueur. On y voyait quatre personnages
debout, d'une facture singulière révélant une assez basse époque.
Le personnage qui occupe l'extrémité du sarcophage porte
d'une main un instrument et de l'autre un oiseau. Celui qui suit
porte d'une main une sorte de faucille et de l'autre des épis
liés en faisceau ; le troisième est représenté avec un lion à ses
pieds, et le quatrième élève en l'air une corbeille qu'un cheval
cherche à atteindre. Dans l'angle inférieur du bas-relief se voit
un dauphin.
Cette sculpture, déjà intéressante par elle-même, reposait sur
une grande dalle de marbre bien équarrie et mesurant 2 m 12 de
longueur. C'était le couvercle d'un sarcophage de marbre : lors-
qu'on le leva, on aperçut un squelette, sans doute celui d'une
femme. Le corps avait été déposé dans le sarcophage avec une
riche parure de bijoux d'or. Au cou brillait un collier parfaite-
ment conservé, rehaussé de distance en distance d'émeraudes et
de rubis ; au milieu se voyait un magnifique médaillon dans
lequel étaient enchâssées des pierres rouges que je crois être
des rubis. Ces gemmes formaient une croix grecque monogram-
matique pattée sous les bras de laquelle les lettres alpha et
oméga étaient incrustées en or. Sur les épaules apparaissaient
deux grandes agrafes ornées de cabochons.
Près du cou, on recueillit aussi une épingle à ressort, genre
épingle anglaise : lorsque l'ardillon fut sorti de son alvéole, il se
souleva de lui-même de plusieurs millimètres; l'or avait con-
servé une grande partie de son élasticité.
Sur le bassin était placée une boucle en or massif, pesant
environ 50 grammes.
Toute la partie supérieure du squelette avait été couverte de
petites appliques en or, quelques-unes portant des pierres fines
enchâssées. La plupart de ces appliques étaient de forme carrée;
d'autres se composaient de minuscules tubes qui se comptent
par milliers et qui étaient destinés sans doute à être enfilés et
cousus sur le vêtement.
A la hauteur des mains, on trouva une petite bague sur
laquelle est finement gravée une colombe; devant elle est repré-
sentée une palme et au-dessus une étoile.
îri
SÉANCE fit' 14 JANVIER 49l(j
Une âiitre bague, également en or, mais plus grande que la
précédente, est extérieurement de l'orme octogonale. Un des car-
rés porte une couronne, et les sept autres portent chacun une
lettre grecque.
a
X
V\
B
K
A
A
0
Les deux A sont accompagnés de petits appendices placés sur
les montants et faisant saillie à l'extérieur.
Le sarcophage qui renfermait cette riche parure en or avait
sa face antérieure ornée de strigiles et de deux génies tenant
une torche renversée. On m'a affirmé qu'il ne porte aucune
inscription.
Le Koudiat-Zâteur avait déjà fourni à l'archéologie plusieurs
antiquités chrétiennes, surtout des inscriptions. Mais c'est la
première fois que je rencontre à Carthage une sépulture chré-
tienne renfermant des bijoux, et surtout une parure aussi riche.
J'ai tenu à signaler immédiatement ce fait à l'Académie des
inscriptions. »
A propos de cette découverte, M. Héron de Villefosse fait
remarquer que le Musée du Louvre possède des ornements de
vêtements en or, trouvés à Kertch dans un tombeau et acquis
en 1889, qui paraissent présenter une grande ressemblance avec
les appliques en or de forme carrée et les petits tubes en or dont
parle le P. Delattre '.
MM. Gagnât et Glermont-Ganneau présentent quelques obser-
vations.
A la suite d'un comité secret, le Président annonce que l'Aca-
démie vient de décider l'ajournement à six mois des élections
aux cinq places vacantes parmi les membres.
M. Camille Jullian signale une théorie pangermanique qui
s'est introduite dans les livres de l'érudition allemande depuis
ces dernières années. Jusqu'ici, tous les historiens étaient d'ac-
1. Inventaire MNC. n. 1120. Ces ornements, cousus sur du drap rouge,
sont exposés dans la Salle des bijoux.
SEANCE DU 14 JANVIER 1916 17
Corel sur ce point, que l'empire fondé par Postume en Gaule en
"258 (au temps de l'anarchie militaire! avait un caractère unique-
ment romain : Postume portait des noms et des titres latins, sa
politique a été toute romaine, son œuvre a consisté surtout à
écarter les Germains de la frontière. L'érudition allemande a
changé tout cela. Elle fait de Postume un empereur à la façon
germanique (c'est son expression). Elle le considère comme
un héritier d'Arioviste ou un précurseur d'Alaric. Or il est
impossible, absolument impossible, de trouver un seul texte,
une seule inscription, une seule monnaie en faveur de cette
hypothèse, inventée de toutes pièces par les professeurs des
Universités allemandes à l'appui de leur pangermanisme rétro-
spectif.
M. Salomon Reixacii et M. Babelon présentent quelques
observations.
M. J.-B. Chabot fait une communication sur les inscrip-
tions puniques de la collection Marchant, conservée en partie
au Louvre, en partie au Musée du Bardo, et il explique le texte
des stèles encore inédites '.
MM. Gagnât et Clermont-Ganneau présentent quelques obser-
vations.
COMMUNICATION'
LES INSCRIPTIONS PUNIQUES DE LA COLLECTION MARCHANT,
PAR M. J.-B. CHABOT.
I
Le commandant Marchant, ancien chef d'escadron au
2° spahis, fixé en Tunisie antérieurement à l'occupation
française, avait réuni chez lui une assez belle collection
l . Voir ci-après.
1910
IS LES INSCRIPTIONS DE LA COLLECTION MAUGHAM
d'antiquités '. En 1888, il offrit cette collection au Louvre;
mais le comité tunisien de l'Exposition universelle ayant
exprimé le désir de voir ces objets figurer dans son pavil-
lon, le commandant y consentit, et la collection n'entra
définitivement dans notre grand musée qu'au mois de
décembre 1891 2. Elle comprenait 220 objets divers et
34 stèles puniques3. Ces 34 stèles étaient les plus belles
parmi celles que possédait M. Marchant. Sa collection en
comprenait, en effet, S2 au mois de mars 1887, époque à
laquelle elles avaient été estampées par M. Joseph Letaille.
Les estampages furent adressés à M. Renan, qui les pré-
senta à l'Académie, a la séance du 17 juin 1887 4. Après la
mort du commandant (9 nov. 1901 1, son fils, M. Djilani
Marchant, fit don au Musée du Bardo de seize stèles qui
n'avaient pas été expédiées à Paris '.
Voici dans quelles circonstances j'ai été amené à m'occu-
per particulièrement de cette collection.
Le Musée du Louvre possède un fort bel ensemble de
monuments puniques, qui forment deux groupes très dis-
tincts : ceux qui proviennent de la région de Constantine
et ceux qui proviennent de Carthage. Le premier groupe,
qui comprend environ 200 stèles, est constitué par les col-
lections Costa et Reboud ; la majeure partie de ces monu-
ments est encore inédite'' et prendra place dans le second
1. Comp. Gauckler, Mouv. Archives des Missions scientifiques, t. XV,
p. 523, n. 1 : et Bulletin arch. du Comité des Trav. hist., année J902, p. 1 13.
2. J'exprime ici mes remerciements à M. Pottier et à M. Merlin qui unt
bien voulu faire, à mon intention, des recherches dans les Archives du
Louvre et du Bardo.
3. Voir Héron île Villefosse, (Comptes rendus de VAcad. des inscript.,
1890, p. 318.
4. Comptes rendus, 1887, p. 180 : Gazette archéologique, 1887 ; Chronique,
p. 30 (E. M .
5. Cf. Gauckler, Compte rendu de la marche du Service des Antiquités
en J902, p. 27; Bulletin archéol. du Comité, 1902, p. 143-4 44 ; — Ph. Berger,
ibid.. L903, p. ci.wxviii et suiv. — Catalogue du Musée Alaoui, Supplé-
ment, n°' 1105-1118, 1134, 1135.
6. Une série de 34 stèles de la collection Costa a été publiée en lac-
LES" INSCRIPTIONS DE LA COLLECTION MARCHANT 19
fascicule à venir du Corpus Inscriptionum Semiticarum.
Le second groupe comprend environ 150 stèles provenant
principalement des acquisitions faites par M. Héron de
Villefosse, pendant sa mission en Algérie, en 1872, aux-
quelles sont venues s'ajouter successivement les collections
Sainte-Marie1, Hérisson'2 et Marchant.
Dans la salle du Musée où les monuments sont exposés,
ils ont été rangés et numérotés, par les soins de M. Ledrain,
d'après leur aspect extérieur et sans tenir compte de leur
provenance : ce qui, en somme, n'est pas une mauvaise
chose pour une exposition publique. Mais M. Ledrain ayant
négligé de noter sur les inventaires l'identité et l'origine
de chaque monument, il en est résulté par la suite de
fâcheuses confusions. C'est ainsi qu'il a induit en erreur
M. Ph. Berger en lui signalant3 comme appartenant à la
collection Marchant trois monuments qui avaient déjà été
publiés une première fois dans le Corpus comme faisant
partie d'autres collections4. En vue d'assurer aux Indices
du Corpus toute l'exactitude désirable, je voulus vérifier
si l'erreur résidait dans la première attribution faite par le
Corpus ou dans les indications fournies par M. Ledrain.
Ayant réussi à reconstituer au complet la série des 52 estam-
pages pris par M. Letaille, je constatai avec surprise qu'elle
renfermait douze inscriptions encore inédites qui devaient
similé, sans interprétation, par V. Reboud, Quelques mots sur les stèles néo-
puniques découvertes par Lazare Costa (Rec. des notices et mémoires de la
Soc. archéol. de Constantine, t. XVIII; 1877). Cinq stèles ont été citées, par
anticipation, dans le Corpus, pars I, sous le n° 294. Enfin Ph. Berger en a
étudié dix autres dans son mémoire sur Les inscriptions de Constantine
au Musée du Louvre Actes du XIe Congrès des Orientalistes, Paris, 1897;
IVe sect., p. 273-294).
1. Entrée en sept. 187 i. — 27 pièces y compris les deux inscriptions
d'Altiburos.
2. Entrée en mars 1885. Parmi les objets figurent au moins 79 stèles
puniques.
3. Cf. C. I.S.,l, sub n» 299-i.
4. Savoir : C. /. S., 2999 (= C. 1. S., 1996) ; 3004 (= 1916 ; 3006 = 1947).
20 lès Inscriptions de La collection mahcIia.m
apparemment se trouver parmi les stèles offertes au Louvre-
(irâce à la grande obligeance de M. Pottier, j'ai pu travail-
ler plusieurs jours au Musée, et après un examen minu-
tieux de toute la collection punique, j'ai, en effet, retrouvé
dix des stèles en question. Je suis- même parvenu, à l'aide
des collections d'estampages conservées au cabinet du
Corpus, à déterminer la provenance de chacune des stèles
carthaginoises exposées au Louvre '.
Avant de passer à l'explication des incriptions inédites de
la collection Marchant, j'ajouterai un mot des origines de
cette collection. Le plus grand nombre des stèles paraît avoir
été acquis directement des Arabes qui opèrent des fouilles
clandestines à Carthage. Quelques-unes cependant pro-
viennent de collections antérieures. On trouve parmi celles
qui sont aujourd hui au Louvre : 1° Les quatre inscriptions
qui composaient la collection de M. Tulin, consul de Suède
à Tunis, estampées par M. Euting et par M. de Sainte-
Marie, en 1874; — 2° deux stèles anépigraphes qui pro-
viennent sûrement de la collection jadis réunie au palais
de la Manouba-; — 3° une inscription ayant fait partie de
la collection de M. Anglev, en son vivant vice-consul
d'Italie à Tunis.
Parmi celles qui sont au Bardo figurent une stèle
provenant des fouilles faites à Carthage, en 1883, par
MM. Babelon et Reinach, et deux stèles connues de l'abbé
Bourgade dès 18523.
Le tableau suivant résume l'état de la collection. Les
numéros d'ordre sont ceux que M. Letaille a inscrits, en
1887, sur ses estampages.
1. A l'exception de quatre ou cinq stèles anépigraphes dont nous n'avons
pas d'estampages.
2. Elles y ont été estampées en 1X7:2 par M. de Villefosse, et copiées
par M. S. Reinach en 1883.
3. J'ignore si elles faisaient partie de la petite collection réunie par
Bourgade et vendue après sa mort 1866), ou si elles étaient entrées à la
Manouba. Dans cette dernière hypothèse, elles n'y étaient plus quand la
collection fut estampée pai M. de Villefosse.
LES INSCRIPTIONS DE LA COLLECTION MARCHANT
21
8.
9.
10.
il.
12.
13.
14.
15.
16.
17.
18.
19.
20.
21.
22.
23.
24.
. Inédit. Louvre, A. O. 5092. 2b.
. Anépigraphe. Louvre, A. O. 26.
5083.
Anépigraphe. Louvre, A. O. 27.
5102. 28.
Anépigraphe. Louvre, A. O.
5163. (Jadis à la Manouba; 29.
copié par S. Reinach ! n° 45
en 1883.) 30.
C I. S., 3005. Louvre, A. O.
5180. 31.
CI. S., 2998. Louvre, A. O. 32.
5169. 33.
C 1. S., 2996. Louvre, A. O. 34.
5164. 35.
Inédit. Destination inconnue. 36.
CI. S., 2929. Bardo, 1105.
Inédit. Louvre, A. O. 5096. M.
C I. S., 561. Louvre, A. O. 38.
5165. (Tulin 4.) 39.
C. I. S., 3002. Louvre, A. O. 40.
yl /o.
C. I. S., 2937. Bardo, 1106. 41.
Anépigraphe. Louvre, A. O. 42.
5173. 43.
C I. S., 395. Destination in- 44.
connue. (Angley 14.) 45.
Inédit. Louvre, A. O. 5089.
C I. S., 2398. Bardo, 1107. 46.
(Reinach et Babelon 585.)
Inédit. Louvre, A. O. 5087. 47.
Anépigraphe. Louvre, A. O. 48.
5172. (Manouba : Reinach
42. 49.
Inédit. Louvre, A. O. 5099.
C I. .S., 201. Louvre, A. O. 50.
5094. (Tulin 1.) 51.
C I. S., 560. Louvre, A. O.
5161. (Tulin 3.
Inédit. Louvre, A. O. 5079. 52.
C 1. S., 559. Louvre, A. O.
5167. (Tulin 2.
C I.S., 2933. Bardo, 1108.
Anépigraphe. Louvre, A. O.
5171.
CI. S., 2920. Bardo, 1109.
C. /. S., 3001. Louvre, A. O.
5174.
C. I. S., 2995. Louvre, A. O.
5162.
C. I S., 2997. Louvre, A. O.
5166.
CI. S., 2926. Bardo, 1110.
Inédit. Destination inconnue.
Inédit. Louvre, A. O. 5077.
C I. S., 2928. Bardo, 1111.
Inédit. Louvre, A. O. 5158.
CI. S., 2994, Louvre, A. O.
5160.
C. I.S., 2921. Bardo, 1112.
C. /.S., 2943. Bardo, 1113.
C I. S., 2935. Bardo, 1114.
C I. S., 3000. Louvre, A. O.
5178.
Inédit. Louvre, A. O. 509:;.
C. I. S., 2942. Bardo, 1115.
Inédit. Louvre, A. O. 5190.
C I.S., 2948. Bardo, 1116.
Anépigraphe. Destination in-
connue.
Anépigraphe. Destination in-
connue.
C. I. S., 2932, Bardo, 1117.
Anépigraphe. Louvre, A. O.
5101.
Anépigraphe. Louvre, A. O.
5168.
C 7. S., 2940. Bardo, 1118.
Xeopunica 56 (Bourgade,
Toison d'or, 22). Bardo,
1134.
Neopunicn 59. (Bourgade 25.)
Bardo, 1135.
22 LES INSCRIPTIONS DK LA COLLECTION MARCHANT
Ce tableau assigne au Louvre 31 stèles. Il en est entré
34. Les trois autres, qui proviennent sans doute d'acquisi-
tions faites par M. Marchant depuis 1887, sont parmi celles
qui portent au Musée les cotes A. 0. 5157, 5170, 5159,
517G, 5177, 5179. Les deux premières viennent sûrement
(et les autres probablement) de la Manouba.
II
Voici l'interprétation des inscriptions inédites de la col-
ection Marchant.
I. Marchant, n° 1 (Louvre, A. 0. 5092).
Stèle brisée par en bas. Haut. 0m 47; larg. 0ra27. Pierre grossière
et sans aucun ornement.
[y]aS ]tvh\ bîn p runb n[nbj
lïani p -|Son tt: wn pnb
pD ][2///////I///l]2]
A la grande Tanit, face de Baal, et au seigneur Baal
Hammon : ce qiïa voué Himilco, fils de Yatansid, [fils
de , fi\ls de Matan.
IL Marchant 8 (destination inconnue).
Stèle mutilée. Haut. 0m 27; larg. 0m 15. Dans le fronton, croissant
renversé sur le disque ; l'inscription est placée entre deux bandes
ornées. Au-dessous, le symbole de Tanit entre un caducée à droite
et une colonne basse (un autel?) à gauche.
[]]7xbï bjn ]S n:nb rmb
[i n]tzrm srna vx ]on bsn[b]
-jb^byii p bjnan n
Même formule. Vœu de 'Arisat, fille de Hannibal, fils de
Baalsillek.
III. Marchant 10 (Louvre, A. 0. 5096).
Stèle mutilée. Haut. 0ra 40; larg. 0m 14. En haut, la main droite
levée ; dans la paume est gravé un petit ustensile indistinct, Au-
LES INSCRIPTIONS DE LA COLLECTION MARCHANT 23
dessous de l'inscription est figuré un palmier avec deux régimes de
dattes, placé entre deux caducées.
paSi bsn p n:nS nnb
[ND]-a mpbmn ra mp[S]
Vœu de : 'Amatmelqart, fille de Bodmelqart. — Ce der-
nier nom est suivi de la formule : Il Va bénie.
Je coupe à la seconde ligne mp^onDN YTJ. On pourrait
être tenté de couper mpbnnD NT7J, en donnant au verbe la
forme spécifiquement féminine. Et de fait, dans le Corpus,
l'existence d'une forme mpbanc a été envisagée comme
possible et même comme réelle dans un ou deux cas. Mais
on peut, et, à mon avis, on doit partout lire mpbnriDN ou
mpTOnnsr t. C'est le contraire pour le nom mpbnnn ; le N
ou le " qui précède nn appartient toujours au verbe, et la
lecture rnpbnnrw (C. /. S., I, 1903) oumpSonrw (C. /. .S.,
I, 624) doit être abandonnée 2.
IV. Marchant 16 (Louvre, A. 0. 5089).
Stèle brisée en bas. Haut. 0m 31 ; larg. 0m 12. Dans le fronton, la
main, mutilée. Dans chacun des acrotères, le symbole de Tanit. Au-
dessous de l'inscription, une feuille de lotus.
'J1 "jE runS rmb Même formule. Vœu de : Aris,
H SyiS "HnSi S fils de Himilco, fils d' Esrhunyaton ,
ttHN 112 VJH VD fils de Ba'ahjaton.
nwx p robDn p
[]]niSv3 p ^ni:
1. On peut objecter que le grec Maôya (dans une inscription du Ilauran)
paraît supposer une forme nabatéenne NJHD ou XJ^XIID» à côté de
NibxiVDX Littmann, Semitic Inscriptions, p. 62). Je ne conteste pas abso-
ii:nï.it la possibilité d'une forme analogue en punique, mais je la regarde
comme n'étant pas suffisamment établie par les textes connus jusqu'ici.
2. Ici encore on peut invoquer contre mon opinion l'existence avérée de
rO^OnriN qui s'est rencontré deux fois [neopun. 66 et 68, où on lit
nDblDnnsS 7 TIN N2Î3)- Je considère ici le x comme faisant fonction de
la voyelle o. On devait prononcer lotmilcat, comme on prononçait otmilc
iÇ. I, L,, VIII, 5285) le nom punique "jbcrri-
24 LES INSCRIPTIONS DE LA COLLECTION MARCHANT
V. Marchant 18 (Louvre, A. O.,3087).
Stèle mutilée et mal conservée. Haut. 0 '« 31 ; larg. 0 m 13. L'inscrip-
tion était gravée clans un cadre, la partie droite a disparu. Sur la
base, ornement formé de palmettes disposées en forme de croix.
z ]Z nr''"1 raiS]
an SyiS [paSi Sst]
p "j ban lia rx ■;]
aron///////////
Même formule. Je restitue sans hésitation le nom du
dédicant "([ban] Himilco, parce que ce nom paraît remplir
exactement la lacune. Le nom de son père a disparu tota-
lement. Il était suivi d'un qualificatif écrit très distincte-
ment 2HDH- C'est un nom de condition ou de métier. Il se
rencontre pour la première fois en phénicien. La racine 2UD,
dans l'hébreu biblique et dans la stèle de Mésa, a le sens
de « traîner ». A défaut de contexte, il est impossible de
préciser le sens dérivé qu'il conviendrait d'attribuer au sub-
stantif. Il est tout à fait vraisemblable que 2nc est la forme
correcte du mot nettement écrit anD sur une autre stèle
de Carthage (C. /. S., I, 355); car la racine ne n'existe
pas et, d'autre part, le changement de n en n n'est pas sans
exemple dans l'épigraphie punique (ainsi : pn au lieu de
pn, C. I. S., 774, 2939, 3098). Le fait que la même racine
s'écrit en arabe w^s*", et non v^"*** atténuerait la diffi-
culté s'il y en avait réellement une à admettre cet échange
des gutturales.
VI. Marchant 20 (Louvre, A. 0. 5099).
Stèle brisée par en bas. Haut. 0m 30; larg.O* 15. Pierre grossière
et sans ornement.
"£ njnS nXlb Même formule. Vœu de 'Abd-
2^ TInSi SîD melqart. — Sans doute un homme
~; w'N TQU Sy de condition servile, et de là l'ab-
mpSoTaST 1 sence de généalogie.
LES INSCRIPTIONS DE LA COLLECTION MARCHANT 23
VII. Marchant 23 (Louvre, A. 0. 5079).
Stèle brisée en bas. Haut. 0m23; larg. Om 15. Dans le fronton, la
main ; et au-dessous de l'inscription, le symbole de Tanit entre deux
caducées.
[S ]-n;i bsfa p n:nS rarh
[sa p] "p^n yu wn pn Syn
[y] p mpbma p NjrrS
bym
Même formule. Vœu de Himileo, fils de Baalhanno, fils
de Bodmelqart, /ils de 'Azruha'al.
Après sbon la pierre est brisée ; mais l'espace est trop
restreint pour qu'on puisse songer à restituer robon.
VIII. Marchant 32 (destination inconnue).
Petite stèle mutilée par en bas. Haut. Om 14; larg. Om09.j. Main
dans le fronton et volutes dans les acrotères.
"2 13 n:rP re^h Vœu de Himileo fils de M
* f r *
Cil s"2i pN^l 7] — La suite a été emportée par la
2 "j^n TTJ [ttTN }] cassure.
//////// mm []]
IX. Marchant 33 (Louvre, A. 0. 5077).
Fragment de stèle. Haut. 0 m 21, larg. 0m 10. Au-dessous de l'in-
scription, le symbole divin entre la main et le caducée.
n byab pabi bys p mnb n2i[b]
rnnwjm tt: un []d]
Vœu de Bodastart, sans généalogie, comme au n° VI.
X. Marchant 35 (Louvre, A. 0., 5188).
Stèle brisée en haut et en bas. Haut. 0m 32; larg. 0IU 10. Le sym-
bole de Tanit était gravé dans le fronton triangulaire.
ron1"1 ^I2*^", Même formule. Vœu de Yatan-
Ns1 Sya "JE sid, fils de Mahet'ba'al.
n by:ib p
TU XOH \D
p -ÏIP'
byxinia
26 LES INSCRIPTIONS DR LA COLLECTION MARCHANT
XI. Marchant il (Louvre, A. 0. 5095).
Stèle brisée en bas. Haut. 0m 22; larg. 0 m il. Dans le fronton, le
croissant renversé sur le disque. Au-dessous de l'inscription, pal-
mier avec deux régimes de dattes, placé entre deux symboles de
Tanil.
2 73 T\2rh Î"Q*)S Vœu de Safot, /ils </<> Iiodastart,
n byab ^nSi Sy fils de Safot.
p mrwsna p
T2EU
A la ligne 2, le graveur a écrit ]V2H au lieu de "px ; il
copiait probablement la ligne 3e, par distraction.
XII. Marchant 43 (Louvre A. 0. 5190).
Stèle fortement endommagée. Haut. 0m36; larg. 0m 13. La base
est très ornée : deux colonnes avec chapiteau ionique sont figurées
aux bords, au milieu un palmier, et de chaque côté, entre le palmier
et la colonne, un petit symbole de Tanit.
Il ne reste que les deux derniers mots de l'inscription :
nJ"IN ttnn ///////////// fabricant de sarcophages.
Cette expression s'est déjà rencontrée au n° 326 du Cor-
pus, où Renan l'avait admise à regret (non multum placet,
dit-il) ; notre stèle enlève tout doute possible sur la lec-
ture. nj"IN est le pi. du mot féminin pM, qui signifie pro-
prement arca. Dans la Bible, nous le trouvons employé pour
désigner le sarcophage dans lequel on déposa le corps
de Joseph (Gen., l, 25). En phénicien, il désigne aussi
un grand sarcophage monumental comme celui du roi Teb-
nit. « C'est moi Tebnit... qui repose dans ce sarcophage, »
- ma, dit l'inscription. Mais on le rencontre également
sur un petit ossuaire de pierre trouvé à Carthage, en 1903,
par le P. Delattre1. L'inscription qui y est gravée com-
mence par les mots ' pnbjra px « arca Ba'alfyajtonis... ».
1. Comptes rendus de i'Acad.,1903, p. 465. — Rèp. d'épigr. se/»., n° &2J,
2, Sic, Sans doute une faute pour Tn'nSDj
LES INSCRIPTIONS DE LA COLLECTION MARCHANT 27
Ce terme désignait donc, chez les Phéniciens, un sarco-
phage, quelles qu'en fussent les dimensions, et peut-être
quelle qu'en fût la matière, pierre ou bois.
III
Je terminerai en signalant deux stèles anépigraphes de
la collection Marchant qui présentent un intérêt exception-
nel '. A part les symboles isolés, gravés sur la plupart des
stèles votives, nous n'avons rencontré jusqu'ici, à Carthage,
qu'un très petit nombre de monuments nous offrant la
représentation de scènes religieuses. Parmi les trois mille
ex-voto recueillis par MM. de Sainte-Marie et Reinach, il
ne s*en est trouvé qu'un. M. Ph. Berger, qui l'a publié, le
décrit en ces termes 2 : « Sur le devant se tient un homme
vêtu d'une robe qui est retenue par une ceinture, il a la
main gauche levée et à demi ouverte, comme les prêtres
assyriens, tandis que de la main droite il tient une coupe3.
En face de lui est un autel d'une forme assez étrange ; de
cet autel partent quelques traits sans contours bien arrê-
tés ; est-ce de la fumée? est-ce un arbre sacré? nous n'en
savons rien4. Enfin, le fond de la scène est occupé par un
naos, qui est lui-même sur une sorte de piédestal. Des
deux côtés de l'un des piliers on aperçoit de petites figu-
rines qui peuvent êtres des singes ou des génies, ou peut-
1. Ceci n"a point échappé à L'attention de M. E. Michon qui en a donné
un croquis à très petite échelle dans la note déjà citée de la Chronique
(Gaz. archéol., 1887).
2. Les ex-voto du temple de Tanit ^extrait de la Gazette archéologique,
années 1876-77). p. 31.
3. Un examen attentif permet de reconnaître que le personnage lève la
main droite et tient la coupe de la main gauche. C'est également la main
droite que lève le prêtre représenté sur la stèle de Lilybée (Corpus, n" 138),
et le personnage grossièrement dessiné à côté de l'inscription n° 1083. Le
bras qui figure, isolé, au n° 941, paraît être aussi un bras droit. Ce sont, je
crois, les seuls exemples connus jusqu'à prés, Mil J.-B, Ch. .
4. On peut maintenant croire qu'il s'agit d'une tète de bœuf (J.-B- Ch, .
28 LES INSCRIPTIONS DE LA COLLECTION MARCHANT
être autre chose encore ». Cette intéressante image a été
depuis reproduite dans le Corpus^. Nous la donnons de
nouveau ici comme terme de comparaison (fig. 1).
Fig. 1.
Stèle anépigraphe de la collection Sainte-Marie (Musée Guimet).
Le P. Delattre avait signalé jadis à M. Berger une autre
stèle, et lui en avait envoyé un croquis sommaire2 qui fut
reproduit au Corpus (t. I. p. 283). On voit ici encore un
1. Pars prima, loin. I. p. 179.
2. Lettre du P. Delattre i> janv. 1885 , aux archives du Corpus. Dans une
lettre antérieure (21 nov. 1884), le P. Delattre annonce qu'il a découvert,
dans les ruines d'une basilique chrétienne, un morceau de stèle où on voit
« en relief une femme tenant la main gauche sur la poitrine et la droite
levée à la hauteur de l'épaule ». Ce fragment appartient peut-être à l'époque
romaine.
Les inscriptions de la collection marchant '2$
personnage, probablement une femme, debout devant un
autel, la main droite levée dans le geste de l'adoration, et
tenant de la gauche un petit vase rempli de fruits. Sur Tau-
tel repose une tête de bœuf vue de profil '. Cette stèle avait
été présentée au P. Delattre, vers 1880, par un Arabe qui
.?}
LééJ -y *
m
Fig. 2. — Stèle n" 2 de la collection Marchant (Musée du Louvre).
en demandait un prix exorbitant. Depuis lors elle avait
disparu de la circulation. C'est précisément le n° 2 de la col-
lection Marchant, qui est maintenant au Louvre. La stèle,
mutilée en haut et en bas, mesure actuellement 0m16 sur
0m 18 (voir ci-dessus, fig. 2).
1. La corne est marquée — c'est M. Clermont-Ganneau qui a appelé mon
attention sur ce point — de trois stries transversales, faisant allusion sans
doute à L'âge de l'animal.
30
LES INSCRIPTIONS DE LA COLLECTION MARCHANT
Le n° 26, également au Louvre, représente une scène
avec trois personnages. Cette scène gravée au trait, sans
relief, et un peu confuse (voir fig. 3), occupe la partie supé-
rieure d'une stèle à fronton triangulaire, flanqué de deux
acrotères. La partie inférieure a disparu ; le monument
mesure maintenant dans ses plus grandes dimensions 0 m 17
sur 0 m14. On voit, au fond, un homme assis et les jambes
étendues sur un lit. Du côté des pieds, un homme se tient
Fio- 3 Stèle n° 26 de la colleclion Marchant (Musée du Louvre).
debout, coiffé d'un bonnet rond; il semble poser la main
droite sur l'extrémité du lit et lève la gauche en avant. Du
côté de la tète, un autre personnage, qui semble être
une femme, est assis sur une sorte de trône ; ses pieds
reposent sur un escabeau, et son bras gauche est étendu
LES INSCRIPTIONS DE LA COLLECTION MARCHANT 31
sur le bord du lit. Devant le lit, entre les deux person-
nages, se trouve une table à offrandes ou un bassin repo-
sant sur un trépied. Il est difficile de méconnaître la nature
à la fois religieuse et funéraire de cette représentation1.
Le motif de la tête de bœuf placée sur l'autel paraît
avoir été un sujet classique à Carthage ; car, parmi le très
petit nombre de représentations religieuses qui nous sont
parvenues, nous en avons un second exemple. Il se pré-
sente sur une des quatre stèles encore inédites 2 signalées à
l'Académie par Ph. Berger, en 1907. J'ai retrouvé l'estam-
page de ce petit monument. La stèle, haute de 0 m 44, large
de 0m19, est terminée par un fronton triangulaire, avec
petits acrotères. Le fronton est occupé par le croissant ren-
versé sur le disque. Au-dessous, une rangée d'oves forme la
partie supérieure d'un cadre, fermé des deux côtés par des
colonnes à chapiteaux ioniques, et en bas par une bande
décorée de lignes en zigzag. Au-dessous de ce cadre se
trouve le symbole de Tanit entre deux caducées. L'espace
compris dans le cadre est occupé à droite par une inscrip-
tion, à gauche par une scène de sacrifice. Elle représente,
dit M. Berger3, « un homme dans la pose de l'adoration,
debout devant un autel sur lequel on voit une tête de
veau ». Cette interprétation n'est pas tout à fait exacte. La
scène paraît identique à celle de la stèle Marchant n° 2. La
tête placée sur l'autel, à en juger par la dimension des
cornes, doit être une tête de bœuf4. Il semble qu'il y ait
une sorte de vase à long col à côté et en arrière de la tête.
1. M. Clermont-Ganneau m'a l'ait remarquer l'analogie de cette scène
avec celles qu'on retrouve sur certains bas-reliefs grecs d'un caractère
funéraire. D'autre part, le geste de l'homme qui lève la main gauche est
bien le même que celui de l'homme qui se tient devant l'autel (fig. 1).
Il s'agit d'une offrande religieuse en faveur d'un défunt.
2. Elles appartenaient au consul d'Autriche à Tunis. On ignore ce
qu'elles sont devenues.
3. Comptes rendus de l'Acad., 1007, p. 769.
•i. M. Gagnât me rappelle, à ce propos, la tête de bœuf en marbre, trouvée
par M. Gauckler, à Cartilage, qui est maintenant au Louvre.
£)2
LES INSCRIPTIONS DE LA COLLECTION MARCHANT
Kig. i. — Stèle punique inédite trouvée à Carthage.
LES INSCRIPTIONS DE LA COLLECTION MARCHANT 33
(Voir ci-contre, fîg. 4.) Le personnage qui lève la main
droite et tient une fleur de la gauche, est sans doute le
dédicant, et par conséquent une femme, comme nous l'ap-
prend l'inscription, ainsi conçue :
£ P:nb nnb A la grande Tanit, fa-
21 "piO! 1V2 ] ce de Baal, et au seigneur Ba-
yn: ex ]pr\ IV al Hammon, ce qu avoué
ru vrw ni bain Abibal, fdle de Aris, {fils de)
"Sdtï 'Ozmilc.
U1N, nom féminin, ne figure encore qu'une fois au Corpus
(I, 1407).
UHN, Arisus, nom très usité, est suivi du mot ru fdle. Si
le texte était exact, ce nom serait ici féminin, et la généa-
logie serait donnée par la ligne maternelle. De ce dernier
fait, -je ne connais pas d'exemple dans l'épigraphie phéni-
cienne. Il semble difficile d'admettre que ttDN soit féminin.
Dans les inscriptions carthaginoises déjà éditées, ce nom
apparaît 247 fois comme masculin, et 2 fois seulement
comme féminin : C. I. S., 709 et 1400. Ces deux exceptions
apparentes, et celle que fournirait notre texte, doivent être
imputées à la négligence du graveur. Des fautes analogues
ont été commises plusieurs fois ; ainsi, on trouve le nom
masculin ]XD Magon suivi du mot plie (C. I. S., 2397), et
les noms exclusivement féminins rnnttWny et mpbanDN
(« servante de Melqart ») suivis du mot fils (C. I. S., I,
2069, 2576). Pour «n«, la chose serait d'autant plus sur-
prenante que ce nom a un féminin régulier, nïlx, fréquem-
ment employé ' .
De ce que les Carthaginois sont représentés en prière
devant un autel sur lequel repose une tète de bœuf, l'idée
ne peut venir à personne qu'ils adoraient la divinité sous la
figure d'un animal. L'animal dans ce cas représente l'of-
1. Au n° 709 la faute du lapicide consiste probablement dans l'omission
du p de nariN-
1916. a
34 LIVRES OFFERTS
frande faite a l'occasion ou pour l'accomplissement du vœu.
(Test ce qu'indique clairement la représentation figurée sur
une stèle néopunique, encore inédite, découverte à Mas-
culula, par M. Gagnât, en 1 881 . L'original se trouve au cabi-
net du Corpus. L'inscription commence par ces mots :
ttn SyiS tu xsnw nsna
c.-à-d. « Vœu qu'a voue à Baal Aclir (= Saturno Augusto)
un tel... y Au-dessus, on voit un homme amenant par la
corde un bœuf qui, dans ces conditions, ne peut aucunement
être pris pour un symbole de la divinité. On sait d'ailleurs
que le bœuf était l'animal consacré à Saturne, et il appa-
raît sur un assez bon nombre de monuments de l'époque
romaine1. Les exemples sont beaucoup plus rares sur les
stèles carthaginoises de l'époque punique'2. Ils ne font, au
reste, que confirmer le témoignage de l'épigraphie 3.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel présente l'ouvrage suivant : Estudios
de prehistoria americana. Contribucion ni conocimiento de los abori-
gènes de la Provincia de Imhabura en la Repùhlica del Ecuador, por
J. .Tizôn y Caramano (Madrid in-4°).
1. On en trouvera des exemples dans le travail de MM. H. Cagnat et
Pli. Berger, Le sanctuaire de Saturne à Aïn-Tounga (Bull. arch. du Comité,
L889, p. 207 -2(i) . M. Berger a fait entrer dans ce travail une petite repro-
duction de la stèle Marchant n° 2.
2. M. Ph. Berger n'en a rencontré que deux dans toute la collection
Sainte-Marie de la Bibliothèque nationale (maintenant au Musée Guimet),
sur des stèles anépigraphes ; cf. Les ex-voto du Temple de Tanit, p. 17.
1S. Depuis lors, une réplique du taureau immolé s'est trouvée sur la stèle
qui porte au Corpus le n° 3013 (Musée du Bardo). On voit aussi la tête de
bœuf, entre le cône divin et le caducée, sur quelques tessères. Le bélier, au
contraire, est fréquent; on en connaît plusieurs centaines d'exemples,
principalement sur des stèles anépigraphes.
3. Le breuf occupe le premier article dans le Tarif des sacrifices de Mar-
seille (C.J.S.,1, 165, 1. 3-4).
LIVRES OFFERTS 35
M. le comte Durrieu offre à l'Académie le tirage à part d'un article
qu'il a publié dans le cahier d'août 19io du Journal des Savants, inti-
tulé : Les goûts archéologujues d'un pharmacien militaire de l'armée
française en Espagne sous le premier Empire. « Je me permets, ajoute-
t-il, de présenter moi-même ce travail, parce qu'il démontre que, il
y a plus d'un siècle, il se trouvait déjà, dans les armées françaises,
comme aujourd'hui encore, des officiers qui, tout en servant héroï-
quement la Patrie, ne se désintéressaient pas cependant, en même
temps, des études archéologiques. »
M. Henri Cordier a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur de présenter à l'Académie, au nom de l'auteur,
M. René Basset, doyen de la Faculté des lettres d'Alger, et de l'édi-
teur M. Jean Maisonneuve, un volume de Mélanges africains et
orientaux, témoignage de la vaste érudition de notre savant corres-
pondant. Je signalerai particulièrement les articles sur La littéra-
ture populaire arabe dans le Maghreb et chez les Maures d'Espagne,
sur les Sources arabes de Floire et Blancheflor, sur les philosophes
arabes Avicenne et Ghazali, à propos des ouvrages de M. le baron
Carra de Vaux, etc. Le domaine de M. Basset comprend aussi bien
des contes syriaques et persans que des contes de l'Australasie, le
folklore que l'histoire et la linguistique et, par la réunion de ces
mémoires épars dans un grand nombre de publications périodiques
qu'il n'est pas toujours facile de se procurer, il donne aux cher-
cheurs un excellent instrument de travail. »
M. Morel-Fatio dépose sur le bureau une brochure de M. E. Lar-
rabure y Unanne, président de l'Institut historique de Lima et ancien
ministre des affaires étrangères de la république péruvienne, qui
traite des Archives des Indes et de la Bibliothèque Colombine à
Séville. Celte brochure s'ajoute aux travaux de Henry Barrisse et de
M. Jean Babelon qui ont fait connaître, à divers points de vue, les
richesses bibliographiques de la fondation du fils naturel de Chris-
tophe Colomb. M. Larrabure a augmenté l'intérêt de son travail
en l'accompagnant de nombreux facsimilés de l'écriture du grand
découvreur et de son fils. Il a touché incidemment à la question de
L'authenticité des Historié de Ferdinand Colomb, défendue avec
toute raison par un savant membre de notre Académie, M. d'Avezac,
et combattue à l'aide de très mauvais arguments par Harrisse. On
appréciera aussi dans la brochure de l'érudit péruvien les renseigne-
ments cpi'il donne sur les documents cartographiques conservés aux
Archives des Indes.
'M UVIil.S MITI.HTs
M. Antoine Thomas a la parole pour un hommage :
» J'ai L'honneur de présenter à l'Académie l;i dernière publication
de son correspondant, M. le professeur Kr. Nyrop, de l'Université de
Copenhague; elle est écrite en langue danoise cl intitulée : Frankrig
France). C'est le texte, fixé par l'auteur, d'une conférence 'ju'il a
faite, d'abord à Copenhague, puis dans les principales villes du Dane-
mark, et qui a obtenu le plus grand succès, réveillant et fortifiant la
sympathie que ce pays nourrit depuis longtemps pour le nôtre. Cha-
cun sait que M. Nyrop occupe un des premiers rangs parmi les phi-
lologues actuellement vivants, et que, dans son œuvre scientifique, la
langue et la littérature françaises tiennent une place prépondérante :
je rappelle seulement son livre sur notre épopée médiévale, publié
en 1X83, traduit en italien en 1886, et sa monumentale Grammaire
historique de notre langue, dont le premier volume a paru en 1899,
dont le cinquième et dernier est en préparation. Personne n'était
mieux qualifié pour présenter à ses compatriotes une synthèse de
la civilisation et du rôle de la France. Il l'a fait avec autant de talent
que de compétence. Il nous a, si je puis dire, disséqués en dix
tranches, mettant à nu nos fibres les plus secrètes, habile à scruter
les causes autant qu'à décrire les effets de notre activité politique
el littéraire à travers les siècles. Il reconnaît, dans ses manifesta-
tions diverses, la continuité de notre effort et il en proclame la
noblesse, digne de servir de modèle aux autres nations, sans leur
porter ombrage. Il conclut en ces termes : « La France est toujours
prèle à défendre une grande cause, celle de la liberté et du progrès.
Le panache d'Henri IV prend les devants et nous appelle là où
germe un avenir plein d'espoir, là où doit se lever L'aube d'un jour
meilleur pour l'humanité qui souffre et qui lutte. »
« Nous sommes plus portés, en France, à nous dénigrer qu'à nous
louer nous-mêmes. Acceptons, sans fausse honte, avec reconnais-
sance, la louange qui nous vient de Copenhague. M. Nyrop m'écrit :
« Mon livre est un livre d'amour, si vous voulez, mais il ne dit
que la vérité. » Il faut l'en croire, car ce n'est pas en Danemark,
aujourd'hui, qu'il y a quelque chose de pourri. Ce petit livre a déjà
fait son chemin : huit jours après la mise en vente, la première édi-
tion était épuisée; on prépare actuellement la quatrième. Souhai-
tons qu'on le lise non seulement en Danemark et en Norvège, mais
aussi et surtout en Suède : là, sous son influence bienfaisante, les
yeux se dessilleront sans doute, et les esprits et les cœurs se dépren-
dront peu à peu d'une autre culture dont les dehors spécieux
s'écaillent chaque jour pour laisser apparaître les plus vils appétits
cl les plus barbares instincts. En tout cas, la France a en M. Nyrop
SÉANCE DU 21 JANVIER 1916 37
comme un fils d'élection dont elle peut être sûre et dont elle doit
être fière ; notre Académie n'a qu'à se féliciter de l'avoir inscrit, il y
a trois ans, sur la liste de ses correspondants. »
SÉANCE DU 21 JANVIER
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
M. Théodore Reinach signale à l'Académie la publication du
XIe volume des Papyrus dfOxyrhynchus par MM. Grenfell et
Hunt. Il analyse et traduit des textes grecs inédits, très intéres-
sants, que renferme ce volume : textes d'Hésiode, Bacchy-
lides, Gallimaque, Antiphon, etc., et propose des corrections
à quelques passages.
En terminant, il rappelle qu'une partie des papyrus d'Oxy-
rhynchus donnés par les savants d'Oxford à la Belgique a péri
dans l'incendie de la Bibliothèque de Louvain, allumé par les
Allemands. Quelle destinée que celle de ces vénérables rouleaux,
échappés à tant de désastres, et finalement détruits par des bar-
bares civilisés !
M. Pottieb expose les résultats des fouilles faites à l'extrémité
de la presqu'île de Gallipoli par le corps expéditionnaire d'Orient,
dans la nécropole de l'ancienne ville d'Éléonte. Il résume un
rapport détaillé, fait par M. Chamonard et M. Courby ■ .
L'Académie s'associe aux remerciements et aux félicitations
adressés aux courageux explorateurs qui ont opéré dans des
conditions si exceptionnelles et si périlleuses.
M. P. Monceaux fait la communication suivante :
« J'ai reçu de M. Gsell la* copie d'une curieuse inscription
chrétienne, qui a été trouvée récemment (1915), par M. Joly, à
Khamissa, l'ancien Thubursicum Numidarum, au Sud-Ouest de
Souk-Ahras.
I. Voir ci-après.
38
SÉANCE DT1 21 JANVIEB 1910
« Au cours des fouilles que poursuit dans ces ruines le Ser-
vice des Monuments historiques de l'Algérie, M. Joly a décou-
vert une table de pierre calcaire, large en bas de 1"', haute d'en-
viron 0m80, dont la partie inférieure, aujourd'hui brisée, parait
JE
T
fIN&hD E
aVID LACERAS
iuosoyos-CRESŒ
RE-SHNTISTVT1BIÎORTO R-
^yiECV/ATVRBVLNEE S.
1 PJQ K rA >
avoir été rectangulaire, et dont la partie supérieure est arrondie
en l'orme de demi-cercle. L'une des faces de cette pierre porte
une inscription de six lignes, surmontée d'une croix monogram-
matique avec l'x-o>, et précédée d'une croix latine. Lettres hautes
de 0m Ot>; régulièrement gravées, mais d'assez basse époque.
D
A0)
T I N B I • D E
QV ID L A C E R A S
I L LOSQVOS-CRESC E
RE-SENTISTVTIBITORTOR
TVTECVMTVABVLNERA
P O R TAS
j In(v)ide, quid laceras illos (/nos crescere sentis ?
Tu tibi torior; lu tecum tua (ii)ulnera portas.
« A en juger par la forme des chrismes et par l'aspect des
SÉANCE DU 21 JANVIER 1916 39
lettres, cette inscription métrique, composée de deux hexamètres,
doit dater du vie siècle.
« A première vue, elle se rattache à la série des inscriptions
contre les envieux (invidi, lividi) ou contre le mauvais-œil. Mais
elle présente un trait particulier : le caractère nettement chré-
tien en est attesté par les symboles qui la surmontent ou la pré-
cèdent.
« En raison de la présence de ces symboles, on peut se deman-
der si le document n'avait pas une signification différente, ou
plutôt, un double sens. Dans la croyance et dans le langage des
chrétiens de ces temps-là, Vlnvidus, l'Envieux par excellence,
c'était le Diable, qui, pour se venger de sa chute, cherchait à
perdre les hommes, en redoublant d'ailleurs ses propres souf-
frances.
« Ces idées sont notamment développées dans un opuscule
de saint Cyprien sur l'envie, le De zelo et livore. Par une
curieuse coïncidence, on trouve dans cet ouvrage, non seulement
les idées dont s'est inspiré le rédacteur de l'inscription, mais
toutes les expressions caractéristiques des deux vers : l'assimi-
lation de Vlnvidus et du Diable, le laceras, le crescere, le tor-
lor, le vulnera (Cyprien, De zelo et livore, 3-4; 7; 9-10). Le
versificateur de Thubursicum Numidarum, quelque clerc de
l'Afrique byzantine, paraît donc s'être souvenu du traité de
saint Cyprien, resté classique dans le pays.
« En conséquence, on ne peut guère douter que l'inscription
de Khamissa ait eu un double sens et un double objet. Elle visait
à la fois les passants suspects et les démons : talisman contre le
mauvais-œil, préservatif contre le Diable. »
'.Il
COMMUNICATION
fouilles archéologiques
sur l'emplacement de la nécropole d'éléonte, en thrace.
NOTE DE M. E. POTTIER, MEMRRE DE LACADÉMIE,
SLR LE RAPPORT PRÉSENTÉ AU NOM DE L'ÉTAT-MAJOR
DU CORPS EXPÉDITIONNAIRE D'ORIENT
A L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS.
Je me contenterai d'analyser et de résumer la longue et
consciencieuse étude de MM. Chamonard et Courbv qui,
avec l'agrément de l'Académie, doit prendre place en entier
dans le Bulletin de correspondance hellénique d'Athènes.
Ces travaux, dont l'intérêt a déjà été signalé à 1 Académie
C. rendus de l'Acad., 1915, p. 282), accomplis dans des
conditions tout à fait exceptionnelles et sous le feu même
de l'ennemi, font le plus grand honneur aux vaillants explo-
rateurs qui, obéissant aux instructions de M. le Comman-
dant en chef du Corps expéditionnaire, onl exécuté des
fouilles dont le résultat enrichit la science historique de
connaissances nouvelles.
La direction des recherches fut confiée, du 8 juillet 1915
au 22 août, au sergent Dhorme; puis, en collaboration avec
celui-ci, du 23 août au 26 septembre, à l'interprète stagiaire
J. Chamonard, qui fut chargé aussi de la rédaction du rap-
port général. Au sergent Courbv sont dus l'étude et le cata-
logue du mobilier funéraire. Ces noms ne sont pas ignorés
de l'Académie qui saura reconnaître, sous ces glorieuses
tuniques de soldats, les jeunes savants dont elle suivait
avec sympathie la carrière scientifique et les pacifiques
études.
Voici ce que le rapport de M. Chamonard et le catalogue
FOUILLES ARCHÉOLOGIQUES d'ÉLÉOXTE 41
de M. Courby contiennent d'essentiel sur les résultats
scientifiques acquis par ces fouilles. Le rapport fait d'abord
l'histoire de la ville grecque d'Eléonte dont l'emplacement,
recherché à maintes reprises par les voyageurs et inexacte-
ment situé par la plupart d'entre eux, est aujourd'hui
déterminé avec précision par la découverte de la nécropole ;
il est clair que c'est à peu de distance de ce champ des
morts qu il faut placer la cité, c'est-à-dire près du rivage
de cette baie de Morto que les événements actuels ont ren-
due célèbre, qui vit jadis, d'après la légende, la flotte
d'Agamemnon jeter l'ancre dans ses eaux et où s'élevait
le tombeau de Protésilas, le premier guerrier grec, tué
en débarquant sur le sol d'Asie; son sanctuaire vénéré
se trouvait tout près de la ville. Celle-ci fut fondée et
colonisée par des Athéniens. C'est de là que vers 520
Miltiade, le futur vainqueur de Marathon, partit pour
conquérir Lemnos. Elle a sa place aussi dans l'histoire des
Guerres Médiques et de la Confédération athénienne ; elle
lui resta fidèle dans la guerre contre Philippe de Macédoine.
Alexandre visita le sanctuaire en 334 et sacrifia au héros
Protésilas. Elle vivait encore obscurément sous l'Empire
romain, et Justinien, frappé de sa situation géographique,
y fit construire une citadelle très forte.
La plupart des voyageurs en avaient cherché le site du
côté de Sedd-ul-bahr. Seul Choiseul-GouiFier en indiqua
l'emplacement exact. Les fouilles de 1915 ont justifié son
opinion.
Au mois de mai 1915, les travaux de retranchement exé-
cutés sur le plateau d'Eski-Hissarlik mirent à découvert des
tombes de pierre dont plusieurs durent être coupées pour
les besoins du cheminement ; des officiers aussitôt préve-
nus recueillirent les objets ainsi trouvés. Au mois de juin,
un boyau de communication rencontra encore plusieurs
sarcophages, et M. le colonel Nieger, désireux de sauve-
garder le champ d'exploration, fit enclore le périmètre
ï'2 FOUILLES ARCHÉOLOGIQUES d'ÉLÉONTE
supposé. L'Etat-major mis au courant jugea avec beaucoup
de décision qu'il y avait lit une heureuse occasion de
fouilles archéologiques et organisa officiellement les tra-
vaux dont nous exposons l'ensemble. Ils furent conduits
avec un personnel très restreint pour ne pas attirer l'atten-
Fig. 1. — Tombeaux d'Éléonte.
tion de l'ennemi par de trop nombreux groupements ;
l'équipe ne dépassa pas en général quatre hommes.
Les tombes sont de deux sortes, sarcophages de pierre
et grandes jarres d'argile; en quelques endroits, de plus
petites jarres ou amphores. L'orientation paraît avoir été
régulière, nord-sud, et plus exceptionnellement est-ouest.
Les sépultures forment des alignements qui, sans être abso-
FOUILLES ARCHÉOLOGIQUES d'ÉLÉONTE
43
c
o
«
-3
44 FOUILLES ARCHÉOLOGIQUES d'ÉLÉONTE
lument rectilignes, dessinent à l'œil des espaces symétri-
quement disposés, avec des intervalles formant allées de un
à deux mètres de large (figures 1 et 2.i. Les sarcophages
sont taillés dans^une pierre du pays ; aucun ne porte de déco-
ration sculptée; la cuve est recouverte d'une dalle posée à
joints vifs. En général, le sarcophage ne contient pas
d'autre terre que la fine poussière qui s'est glissée par les
interstices des blocs, ce qui rend facile la saisie des objets ;
mais ailleurs les dalles se sont fendues ou ont glissé et la
cuve s'est remplie d'une terre compacte qu'il faut vider avec
soin. Comme les sarcophages, les grandes jarres renferment
des ossements et de menus objets. Il n'y a pas de raison
de penser qu'elles représentent une sépulture plus pauvre,
car certaines ont fourni un mobilier aussi abondant.
Quelques-unes sont réparées avec des agrafes de plomb.
Elles varient comme longueur entre 1 m 75 et 0 '" 27 ;
on les utilisait donc pour des adultes comme pour des
enfants ; on les trouve couchées, légèrement inclinées, le
goulot un peu rehaussé par un petit tas de pierres. Les
amphores, plus petites, placées de la même manière,
semblent avoir contenu seulement des offrandes, mises à
proximité du tombeau ; une pierre plate et ronde servait de
bouchon. Les ossements en place montrent que le cadavre
a été inhumé la tête au Nord ou à l'Est ; il y a parfois traces
de deux ou trois inhumations successives dans le même
tombeau. Mais aucun squelette n'a été retrouvé intact.
L'étude du mobilier funéraire a fourni à M. Courby la
matière d'un catalogue détaillé que précède une introduc-
tion dont nous résumerons aussi les traits essentiels. On
remarquera que ce mobilier présente la plus grande ressem-
blance, comme composition et comme style, avec celui de
la nécropole de Myrina que nous avons fouillée, M. S. Rei-
nach et moi, de 1880 à 1883, sur la côte d'Éolide. Les
séries qui le composent sont : 1° des vases de terre cuite,
qui sont en plus grande quantité que tout le reste, surtout
FOtJILLES ARCHÉOLOGIQUES d'ÉLÉONTE ib
en formes de coupe et de skyphos ; on y compte aussi des
phiales, une coupe à figures noires, quelques lécythes à
figures rouges, des verreries et des flacons en pâte de
verre polychrome ; 2° des figurines de terre cuite, dont
quelques-unes, représentant Déméter assise, ont encore un
caractère archaïque ; les autres, du style hellénistique, se
rapportent surtout au cycle d'Aphrodite et d'Eros (ce qui
est une ressemblance de plus avec les statuettes de Myrina);
on y remarque aussi quelques statuettes d'hommes et de
femmes, parfois rappelant le style tanagréen ; 3° des objets
de parure, bracelets, bagues, colliers, en matières de peu
de prix, bronze, pâte de verre, coquillage; 4° des lampes
d'argile de type grec ; 5° des instruments de travail ou
de toilette, faucille, fuseau, manche de miroir, fibule.
Comme armes, on ne signale qu'une pointe de lance en
bronze.
Le mobilier sert à dater les tombes. D'après M. Courby,
la chronologie s'étend du vie siècle au début du IIe et même
plus tard. Un tableau synoptique, soigneusement dressé,
établit l'époque approximative pour toutes les tombes gar-
nies d'objets. Mais comme il arrive qu'un tombeau attribué
d'après le contenu au ve siècle est tout voisin d'un autre
qui a fourni des figurines du me ou du ne, on peut en inférer
que parfois un ancien tombeau a été vidé et utilisé pour
recevoir un mort plus récent. Ce remploi ne se constate
jamais pour les jarres ; celles-ci paraissent appartenir à un
mode d'inhumation plus ancien qui a persisté au delà du
Ve siècle. Quand les Eléontins du uie siècle exproprièrent
des tombes pour y loger leurs morts, ils avaient l'habi-
tude de se servir de sarcophages, et c'est aux sarcophages
seulement qu'ils se sont adressés pour ce remploi.
Le catalogue annexé par M. Courby à cette introduction
est considérable. Il comprend la description de 37 sarco-
phages et de 17 jarres ou amphores avec leurs dimensions,
leur orientation, les détails relatifs à la position des osse-
ments, à la nature du mobilier qui y était contenu.
46 FOUILLES ARCHÉOLOGIQUES d'ÉLÉONTE
Nous aurons donc avec cet ensemble si soigneusement
étudié de nouveaux et importants renseignements sur les
caractères dune nécropole grecque de la Chersonèse de
Thrace, assez éloignée de la Grèce et de son rayonnement
artistique, mais que sa situation de colonie d'Athènes et
la proximité des riches cités d'Asie Mineure soumettaient à
des influences helléniques dont la force est attestée par le
mobilier déposé dans les tombes.
L'Académie voudra bien nous autoriser à transmettre ses
félicitations aux explorateurs qui, dans des conditions si
périlleuses, ont travaillé pour la science, sans oublier les
courageux soldats qui composaient leur petite équipe. Le
sergent Dhorme, qui fut le premier chargé des fouilles, a été
cité à l'ordre du jour pour avoir « dans une position avan-
cée, soumise au bombardement ennemi, accompli sa tâche
avec une ardeur inlassable et un mépris constant du dan-
ger ». M. le colonel Girodon, que j'eus l'occasion de voir à
Paris et qui a pris une part importante comme officier de
l'État-Major à l'organisation des travaux, m'a dit en
propres termes : « Je souscris d'avance à tous les éloges
que vous adresserez à M. Chamonard, qui nous a laissé le
souvenir d'une compétence scientifique remarquable et d'un
infatigable dévouement. »
J'ai dû, ces jours derniers, rédiger une sorte de post-
scriptum à la notice qui précède. En effet, nous venons
d'apprendre que les fouilles de Gallipoli ne s'étaient pas
terminées avec les travaux de MM. Dhorme et Chamonard.
Après eux, M. Courby a pu pendant quelques jours continuer
des sondages qui ont produit quelques bons résultats. Enfin
le Sous-Secrétariat d'Etat des Beaux-Arts nous a transmis
d'urgence un nouveau rapport envoyé par M. le général
Brulard, avec un dossier relatif aux recherches qui se pour-
suivirent jusqu'au mois de décembre. La direction en fut,
tfe
Comptas rendus, 1910, p. 4"
croquis d ensemble
indiquant l'emplacement
du champ de fouilles
d'éléonte.
:>*
FOUILLES ARCHÉOLOGIQUES d'ÉLÉONTE 47
cette fois, confiée à M. le lieutenant Leune, -du 2e bureau
de l'État-Major, qui rédigea une note que je résume ici. A
la date du 7 octobre, les fouilles étaient reprises à côté de
l'emplacement exploré précédemment, un peu plus vers le
Sud ; mais on se heurta à un banc de calcaire dur où ne se
rencontrait aucune tombe. Le 2o, on se reporta plus haut
vers l'Est, sur un plateau semé de broussailles et difficile à
creuser, mais où un obus en éclatant avait révélé la pré-
sence d'une tombe ; on y découvrit plusieurs jarres de terre.
Le 13 novembre, avec une nouvelle équipe de Sénégalais,
les recherches étaient menées dans une direction perpendi-
culaire à la première, en allant vers le Sud ; le terrain était
meilleur, mais on dut travailler en tranchées, car on était
plus près de la ligne de feu, et l'ennemi, trouvant sans
doute suspecte cette petite équipe, visait en particulier le
plateau. Ce fut pourtant la période la plus fructueuse
comme résultats. Le 12 décembre, les travaux étaient arrê-
tés, en raison du départ de la brigade qui fournissait les
hommes. Ainsi jusqu'au dernier moment nos soldats
auront poursuivi cette exploration.
Au rapport de M. le lieutenant Leune sont annexés
un croquis topographique indiquant l'emplacement des
fouilles d'Eléonte (lig. 3), un plan d'ensemble des fouilles
exécutées par le Corps expéditionnaire, du mois d'août au
mois de septembre, un plan détaillé des fouilles dirigées
après cette date par le lieutenant Leune, un court inven-
taire des antiquités et une série de croquis représentant
les principaux objets. Il ne s'y trouve guère que des vases,
peu de terres cuites ; mais on y remarque plusieurs ala-
bastres de style corinthien et un vase en forme de tête de
bœuf, qui appartiennent à la céramique du VIe siècle, ce qui
confirme l'opinion de M. Courby d'après laquelle certains
tombeaux de la nécropole d'Eléonte remontent certainement
jusqu'à cette période ancienne.
llî SÉANCE DU 28 .lA.NVIKli P. M li
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le fascicule de
juillet-août 191 ;> des Comptes rendus des séances de l'Académie
(Paris, 1915, in-8°).
M. Salomon Reinach offre à l'Académie un mémoire intitulé : Le
dieu Lug, la Terre mère et les Lugoves (extr. de la Revue archéolo-
!/i'/ue, 1915). Aucun texte ne mentionne le dieu Lug; on connaît
seulement un héros de ce nom, célébré par des légendes irlandaises.
Les celtistes n'en sont pas moins d'accord pour admettre un dieu
Lug ou Lugu-s, identifié tantôt à Apollon, tantôt à Mercure, et pour
retrouver son nom dans celui de Lugdunum, à rencontre des deux
étymologies que les anciens nous ont rapportées de ce nom. A défaut
de Lug, quelques textes épigraphiques mentionnent les Lugoves;
c'était, suivant M. Loth, des divinités féminines analogues aux Maires
et dont la désignation, dérivant de celle de Lug, s'expliquerait par
le caractère chthonien attribué accessoirement à ce dieu. La com-
pagne du Mercure gallo-romain, Maia ou Rosmerta, est aussi une
déesse de la terre féconde, nourricière de Lugu, que les Romains,
suivant la théorie de M. d'Arbois adoptée par M. Loti), ont assimilé
à leur Mercure.
SÉANCE DU 28 JANVIER
PRESIDENCE DB M. MAURICE CROISET.
M. le comte Durrieu communique une note de M. P. Esdou-
hard d'Anisy relative au célèbre polyptyque du Jugement der-
nier, conservé à l'Hôtel-Dieu de Beaune et attribué à Roger
Van der Weyden.
Les critiques, presque sans exception, — porte en résumé le
début de cette note, — ont adopté la date de 1443 pour la mise en
train du polyptyque. En admettant cette date, on ne s'était pas
SEÀiNCE DC 28 JANVIER 1 91 ë 49
assez fendu compte que l'âge apparent des personnages histo-
riques du tableau ne correspondait pas du tout avec leur état
civil. Selon les opinions reçues, les hommes se nommeraient :
Philippe le Bon, duc de Bourgogne, le pape Eugène IV, le chan-
celier Nicolas Bolin et son fils Jean ; les trois femmes : la
duchesse de Bourgogne Isabelle de Portugal, Guigone de Salins,
femme du chancelier, et Philipote Rolin, sa belle-fille. Or tous
les personnages en question paraissent dans le tableau, étant
donnée leur date de naissance, beaucoup trop jeunes d'aspect
par rapport à l'époque proposée de 1443.
« Nous avons été conduit par le fait de ces contradictions,
continue M. Esdouhard d'Anisy, à reculer d'un certain nombre
d'années le commencement du polyptyque et nous arrivions
ainsi à la date de 1430; mais le jeune visage de la duchesse de
Bourgogne nous incitait à la reculer encore de quelques années.
« Nous nous heurtions alors à une autre difficulté, le veuvage
de Philippe le Bon. Pour avoir une duchesse de Bourgogne
jeune, il fallait descendre jusqu'à 1425, et alors nous nous trou-
vions en face de Bonne d'Artois, seconde femme du duc. »
D'autre part, « le portrait de Philippe le Bon ne portait pas le
collier de la Toison d'Or. Le duc avait fondé cet ordre le 10 jan-
vier 1430, et les statuts imposaient aux chevaliers l'obligation
stricte de toujours porterie collier... L'absence de Toison d'Or
sur le costume du duc nous parut une preuve indiscutable que
le polyptyque était antérieur à 1430 et, comme nous y voyions
figurer une jeune duchesse, ce ne pouvait être que Bonne d'Ar-
tois, dont le règne ne dura que quelques mois, du 30 novembre
1424 à une date indéterminée de 1425. Le polyptyque dut donc
être commencé au début de 1425, dès les premières semaines de
l'union des souverains et continué pendant le veuvage du duc.
Notre système détruit ainsi complètement celui qui voulait que
!e tableau eût été commandé expressément pour l'IIôtel-Dieu
de Beaune. La date de 1425 nous troubla; néanmoins nous pen-
sons que l'on peut continuer à considérer Roger Van cfer Wey-
deu comme le peintre du « Jugement dernier ». A cette époque,
Roger était déjà en possession de sa réputation. Il est donc
vraisemblable que Nicolas Rolin, voulant orner d'un retable
la chapelle de son hôtel ou sa chère église paroissiale d'Autun,
1916 4
'Kl LIVRES OFFERTS
ait songé au jeune artiste, dont il encourageait ainsi les débuts,
pour lui faire exécuter cette œuvre magistrale. »
M. Antoine Thomas commente une inscription provençale de
Figeac, encore inexpliquée '.
M. Paul Monceaux communique un mémoire sur les premiers
temps du Donalisme et la question des deux Douai.
Dans l'histoire des origines du Donatisme, on distingue ordi-
nairement deux personnages du nom de Donat. qui, tour à tour,
auraient été les chefs de la secte : Donat des Cases-Noires et
Donat de Carthage. M. Monceaux montre qu'on doit identifier
les deux personnages. Le dédoublement est une hypothèse très
tardive, lancée au début du ve siècle par les Donatistes, qui se
refusaient à admettre que leur grand Donat eût été d'abord un
intrigant. Dès lors, plus ou moins sincèrement, ils attribuèrent
la première partie du rôle à un premier Donat, qui aurait dis-
paru brusquement de l'histoire après sa condamnation par les
conciles, pour céder la place à Donat le Grand.
LIVRES OFFERTS
M. Maurice Croiset, pour M. Pottieb son confrère, présente de la
part de l'auteur, M. le colonel A. Boucher, l'ouvrage suivant : La
bataille de Platées d'apri's Hérodote (extr. de la Revue archéolo-
gique, 1915, in-8°) :
« M. le colonel A. Boucher, que ses belles études sur Xénophon
et sur YAnabase ont déjà fait connaître des hellénistes, vient de
publier une étude sur la Bataille de Platées qu'il me prie d'offrir de
sa part à l'Académie. Il a repris l'étude du texte d'Hérodote qu'il
commente d'une façon nouvelle, avec sa compétence toute spéciale
d'écrivain militaire et de technicien. Il complète ainsi le livre
qu'avait laissé notre regretté ami Amédée Ilauvetle sur Hérodote,
historien des guerres médiques, et il prouve, une fois de plus, la
grande exactitude et la précision de l'écrivain grec, en qui l'on a dii
t. Voir ci-après, p. ->7.
LIVRES OFFERTS ol
renoncera voir un simple conteur. Avec une carte d'État-major pour
base, le colonel Boucher a pu reconstituer les aspects des fronts
grec et perse au cours des mouvements qui précédèrent la célèbre
bataille de 479 et les péripéties du combat. Il montre — ce qui sera
une nouveauté pour beaucoup de gens — que la science tactique
était du côté des Perses, grâce aux excellentes dispositions prises
par leur général Mardonios, et que le chef lacédémonien Pausanias
commit fautes sur fautes. Les Grecs, d'après les principes straté-
giques, devaient èlre complètement battus. Mais une imprudence du
général ennemi, qui mit aux prises les archers perses avec les
hoplites, et la rapide mort de Mardonios, les sauvèrent; la valeur
individuelle du fantassin grec fit le reste. L'auteur en tire d'intéres-
santes et instructives réflexions, qui sont bonnes à méditer, sur les
conditions de la guerre actuelle et sur l'éducation du soldat moderne
qui n'a jamais cessé de faire l'objet de sa sollicitude personnelle. Il
a pu faire lui-même l'application de sa méthode qu'il nomme
« socratique », au cours des rudes combats où il dirigeait une bri-
gade, et la brochure, datée du mois de septembre dernier, a été cor-
rigée en épreuves dans les tranchées de l'Artois. »
COMPTES RENDUS DES SÉANCES
DE
L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES- LETTRES
PENDANT L'ANNÉE 1916
PRÉSIDENCE DE M. MAURICE CROISET
SÉANCE DU 4 FÉVRIER
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
A propos du procès-verbal, M. Thomas ajoute quelques mots
au sujet de l'inscription de Figeac qu'il a communiquée à la
dernière séance *.
Le Président félicite M. Prou de sa nomination à la direction
de l'Ecole des Chartes.
M. Schlumberger lit une note de M. Bréhier sur les galeries
des rois aux frontispices des cathédrales et les catalogues offi-
ciels des rois de France 2.
M. Prou présente quelques observations.
Le P. Scheil fait la communication suivante :
« J'ai l'honneur de faire part à l'Académie d'une petite décou-
verte encore inédite, due à M. Stephen Langdon, professeur
1. Voir ci-après.
2. Voir ci-aprèsi
54 SÉANCE DT i FÉVRIER 1916
d'assvriologie à Oxford. Celte découverte concerne la Légende
de la descente d'hlar aux Enfers qui est un des plus inté-
ressants morceaux de la mythologie babylonienne et que nous
connaissons par une copie de l'époque cTAssurbanipal.
« On se rappelle que la déesse descendant aux Enfers fran-
chit sept portes et qu'à chaque station les gardiens lui enlèvent
une partie du vêtement. Pendant son séjour dans le monde
inférieur, toute génération est arrêtée sur terre, voire chez les
hommes et les animaux. A la prière de Samaè, Ea crée tout
exprès un messager qui va ramener Istar, la fait repasser par
les sept portes où lui sont rendues successivement toutes les
parties de son vêtement.
« Quoi qu'il en soit de la portée générale de ce mythe où les
dernières lignes demeurent obscures, il reste que, chemin fai-
sant, nous y cueillons de précieux renseignements sur le monde
inférieur, tel qu'il était selon les conceptions babyloniennes
comparables avec celles des Juifs sur le Scheol.
« Or l'origine de ce mythe serait pseudo-babylonienne, et
voici ce que M. Langdon m'écrit sur ce sujet :
« Dans une tablette de la Xippur Collection Musée de Phila-
« delphie) où Yobvers est effacé et où le revers est entièrement
« conservé, j'ai lu l'original d'une section du fameux poème de
« la Descente d'Istar aux Enfers. Le revers commence au
« milieu du récit où la déesse demande au portier d'ouvrir les
« portes de l'Enfer, et se continue par le récit de son passage
« par les trois premières portes. La première ligne de la scène de
« la quatrième porte termine le revers et la tablette. La suite du
« récit se poursuivait sans doute sur deux autres tablettes. La
« partie que j'ai lue correspond aux lignes 1-51 de la version
« sémitique. Car le poème est rédigé en sumérien, et il n'y a
« aucun doute que le sumérien ne corresponde parfaitement à
« la version sémitique de Rawl. IV. 31. Le document est de
« l'époque de la dynastie d'Isin (vers 2100 av. J.-C). Voilà donc
« encore un chef-d'œuvre sémitique qui a été copié presque
« littéralement sur le poème sumérien. » (Lettre du 2 décembre
« 1915.)
« Il se trouverait, comme l'insinue en finissant M. Langdon,
que les sémites de Babylonie, loin d'être les auteurs, n'auraient
SÉANCE DU 4 FÉVRIER 1916 55
été que les traducteurs et colporteurs des épopées de Gilgamès,
d'Etana, de celle du Paradis terrestre et du Déluge, du récit de
la Descente d'Istar aux Enfers, etc.
« Ceux qui estimeront que cette grosse conclusion est dénuée
de vraisemblance inclineront à penser avec M. Halévy que le
sumérien n'est pas une langue représentative d'une race, mais
un système perfectionné d'écriture idéographique dont se ser-
vaient volontiers les sémites traditionnalistes de Basse-Baby-
lonie. »
M. Charles Normand appelle l'attention de l'Académie sur un
monument peu étudié jusqu'ici et qui prend un singulier
intérêt en raison des événements de la guerre d'Orient, près de
Gallipoli et des Dardanelles, en 1915 et 1916. Il groupe des
renseignements épars dans son livre sur la Troie d'Homère et les
complète par des souvenirs personnels lors de ses deux voyages
en Troade et à Berlin. Il discuta de ce monument dans le bourg
même des Dardanelles, nommé Tsohanak-kalesi, avec Schlie-
mann, l'explorateur de cette ville, et son collaborateur, le direc-
teur de l'École allemande d'Athènes, M. Dcerpfeld, l'un des
futurs signataires du manifeste des intellectuels allemands.
M.Charles Normand avait appris par les journaux d'Athènes
la découverte d'un prétendu théâtre, dans lequel on doit recon-
naître un hémicycle du temple de Tibère : les dimensions et les
dispositions de l'emplacement où se serait trouvée la scène lui
font décider qu'il s'agit d'une salle d'assemblée.
Au contraire, au bas du coteau où sont entassées les ruines de
la Troie antique, est un monument dont le dispositif atteste nette-
ment le caractère théâtral. Il est situé en face du vieux donjon,
le Château d'Europe, qui, entouré d'une enceinte ovale, défendait
l'entrée des Dardanelles au moyen âge. Il est creusé dans une
pente du mont Ida à l'endroit où il finit dans le voisinage de la
mer et au Sud-Est du bourg des Dardanelles ; il pouvait contenir,
dit-on, environ 6.000 personnes. En son état actuel, on ne peut
préciser les caractères architectoniques des diverses parties du
monument. Sur les cartes du théâtre de la guerre des Darda-
nelles, publiées par la Marine, il est figuré comme un accident
du sol, en façon de coteau demi-circulaire. C'est dans cette pente
naturelle qu'on a creusé la cavea ou entonnoir au pourtour
î)6 SÉANCE DU 4 FÉVRIER 1916
duquel on avait placé les gradins retrouvés, mais déplacés. Des
fragments de colonnes dorées, ioniques, corinthiens, rappellent
la somptuosité du décor en marbre de l'édifice selon la coutume
que M. Charles Normand a observée dans les autres théâtres
antiques d'Asie Mineure. La profusion du décor se révèle aussi
par les restes d'une statue colossale et par un curieux bas-relief
circulaire photographié à Berlin par M. Charles Normand; en
marbre blanc et haut de 1 '" 25, on y voit la Louve allaitant
Romulus et Hémus, témoignage de l'influence de l'Italie en ces
parages. Le diamètre extérieur de ce théâtre pouvait être d'une
centaine de mètres, alors que le théâtre-arènes de Lutèce devait
en avoir environ 150, comme M. Charles Normand l'a établi
dans une précédente communication à l'Académie, lorsqu'il a
prouvé que, du côté de la rue Monge, notre premier théâtre
parisien avait une façade égale à l'une de celles du Colisée de
Rome. A Ilium Novum, le front de la scène a 40 mètres, et Schlie-
mann qualifie son théâtre de gigantesque. A Paris, rue Monge,
il mesure une cinquantaine de mètres. Comme M. Normand l'a
indiqué sur son plan du Guide de lAlésia de César et de Ver-
cingétorix, le théâtre de cette ville avait un diamètre extérieur
d'environ 80 mètres. M. Normand ignore si les travaux de
nos ennemis ont amené des découvertes nouvelles utiles à la
science, ainsi qu'il est advenu dans les tranchées françaises de
Gallipoli ; car ce théâtre antique est à environ 5 kilomètres du
rivage et à proximité des fortifications modernes des Dardanelles
et du Château d'Asie.
M. le Dr Capitan fait une lecture sur les découvertes récentes
faites à Amiens par M. Commont dans des puits funéraires. Il
signale un certain nombre d'objets particulièrement curieux :
beaucoup d'ossements de chiens et deux vases de vin résineux1.
1. Voir ci-après.
57
COMMUNICATIONS
UNE INSCRIPTION PROVENÇALE
RÉCEMMENT DÉCOUVERTE A FIGEAC ;
PAR M. ANTOINE THOMAS, MEMBRE DE LACADÉMIE.
Par une lettre du 16 avril 1913, M. l'abbé A. Vayssié,
licencié es lettres, chanoine honoraire de Cahors, curé de
Notre-Dame du Puy à Figeac (Lot), informait le président
de notre Académie qu'il venait de faire dans cette ville une
curieuse découverte. La lettre débutait ainsi : « En visitant
mes paroissiens, j'ai remarqué sur le linteau d'une fenêtre
une inscription que je n'ai pu déchiffrer, et que je m'étonne
de ne trouver ni reproduite ni déchiffrée dans aucune his-
toire de Figeac. Après m'ètre adressé vainement à tous les
érudits du pays pour en avoir l'interprétation, j'ai cru
devoir en prendre une copie et l'adresser à l'Académie des
inscriptions et belles-lettres. »
Notre regretté secrétaire perpétuel, Georges Perrot,
m'ayant chargé de répondre à M. l'abbé Vayssié, je deman-
dai quelques renseignements complémentaires et une pho-
tographie, sinon un estampage, de l'inscription en question.
Le 21 avril suivant, M. l'abbé Vayssié m'envoyait une pho-
tographie très réduite, mais assez bonne. Depuis, et tout
récemment, il a eu l'obligeance de me faire parvenir un
estampage, grâce auquel je crois être arrivé à un déchif-
frement définitif.
La pierre où l'inscription a été gravée mesure environ
0 m 60 de large sur 0 m 40 de haut. Elle sert de linteau de
fenêtre dans une maison ayant longtemps appartenu à la
famille de Palhasse, et actuellement possédée par M. Bac;i-
lou, boucher. Les lettres ont de 0m 030 à 0 '" 035 de hauteur.
58
UNE INSCRIPTION PROVENÇALE
L'écriture, où la capitale et l'onciale sont admises concur-
remment et où les mêmes lettres ont des formes variables,
peut être attribuée au xme siècle. La langue est celle
que 1 on parlait alors à Figeac, c'est-à-dire, pour employer
le terme généralement reçu aujourd'hui, le provençal. La
déclinaison est imparfaitement observée. Le rédacteur de
l'inscription semble avoir voulu lui donner d'abord une
forme versifiée, mais cette forme n'est réalisée, tant bien
que mal, qu'au commencement et à la fin.
—
mvm
Kaa9l*f>X£L>
W®
ms(^^Pmfm
Voici la transcription du texte ligne par ligne avec ses
abréviations :
BARO UOS Q< VINEZ DAVAL
MEZVRA DVRA E CARAVAIL FAIL
3 MEZURA VOS DIC q TEINAZ EN MA
L° CARAVAIL ES AIROS OME GETA
L° TROB i GASTARS SAB LO MOL BO
6 AL FOL q FA LA MESSIO.
1. La queue du Q est barrée obliquement.
UNE INSCRIPTION PROVENÇALE 59
Je propose la lecture et la ponctuation suivantes :
Baro, vos que vinez daval,
Mezura dura, e carauail fail .
3 Mezura vos clic que leinaz en ma.
Lo caravail es aïros. Ome (jeta
Lo trob gastars, sab lo mol[t] ho
6 Al fol que fa la messio.
Et je traduis ainsi, au plus près du texte, sous réserve
des observations qui vont suivre :
Seigneurs, vous qui venez ici dessous.
Mesure dure, et gaspillage a une (in.
3 Mesure je vous dis que teniez en main.
Le gaspillage est haïssable. Homme jette [à bas]
Le trop dépenser ', s'il est très agréable
6 Au fou qui fait la dépense.
La première ligne s'adresse aux gens qui entrent dans
la maison; elle indique que la pierre servait primitivement
de linteau de porte.
Le mot caravail, qui tigure à la ligne 2 et à la ligne 4,
est opposé a mezura; il se dénonce, par cela même,
comme signifiant « excès » et spécialement « gaspillage ».
C'est la première fois qu'on le trouve en ancien provençal.
J'en ignore l'étymologie, mais je le tiens pour l'ancêtre
du mot actuel garavai, que Mistral enregistre et qu'il tra-
duit par « désordre, fouillis ».
La ligne 2 nous donne un proverbe bien frappé, que Mis-
tral a recueilli sous une forme un peu différente :
Mesuro duro, e bèuta faie.
A la ligne 4, la traduction de aïros par « haïssable »
paraît s'imposer; mais cet adjectif n'est attesté en ancien
provençal qu'au sens de « haineux, irrité ». Le verbe getar
1. C'est-à-dire : « la trop grande dépense jette l'homme [à bas]. »
60 UNE INSCRIPTION PROVENÇALE
au sens de « jeter bas, détruire », que j'admets ici, n'est
pas non plus attesté.
A la ligne o, mol, pour molt, devant consonne, est un
lapsus d'orthographe qui n'a rien de surprenant. La locution
saber bo, au sens de « être agréable », est courante en pro-
vençal ancien et moderne. Le rôle grammatical de l'article-
pronom lo, placé après le verbe sah, n'est pas clair, mais le
sens général de la phrase ne fait pas difficulté.
En somme, l'inscription de Figeac offre un très réel
intérêt, pour le" fond et pour la forme ; il faut savoir gré à
M. l'abbé Vavssié d'avoir attiré l'attention de l'Académie
sur son existence. L'espoir exprimé dans sa première lettre,
que ce texte révélerait « quelque nom ou quelque fait inté-
ressant l'histoire locale », n'est guère réalisé par l'étude
que je viens d'en faire. Il en résulte seulement qu'il y eut
à Figeac, jadis, un émule d'Harpagon, qui éprouva le besoin
de confier à la pierre ses idées d'économie domestique.
Il était un peu frotté de littérature, mais pas assez pour
mériter le nom de troubadour. Notons cependant que son
culte pour la « mesure » rappelle un thème familier aux
anciens poètes provençaux, qui font de cette vertu la base
de la courtoisie1.
Les inscriptions analogues à celles de Figeac, où la
morale se présente dégagée de toute idée religieuse, ne sont
pas communes au moyen âge. On n'en connaît aucune,
il me semble, qui remonte aussi haut, au moins en langue
vulgaire du Nord ou du Midi. Mon confrère M. Eugène
Lefèvre-Pontalis, professeur à l'École des Chartes, veut
1 . De cortcsiais pot vanar
Qui ben sap mesur' esg-ardar.
Marcabru, éd. Dejeanne, p. 62.
Cortesia non es als mas mesura.
Folquet de Marseille, éd. Stronski, p. 59.
La même idée se retrouve en langue d'oïl dans le célèbre roman de Per-
ceforesl, qui date du commencement du \ive siècle : « Courtoysie et
mesure est une mesme chose » voir Littré, à l'historique du mot mbsl're).
LES GALERIES DES ROIS
bien ffle signaler celle qui est gravée, en minuscule
gothique de la fin du xve siècle, sur la tourelle d'un escalier
de l'abbaye de Morienval (Oise) :
On doit peu priser le soûlas,
Quant en la fin on dit : helas !
H. Vaschalde a publié, en 1888, une inscription qui se
lit sur une clef de cheminée dans une maison appartenant
au hameau de Serrecourt, commune de Thueyts (Ardèche),
et dont la teneur évoque le même ordre d'idées :
Reguarda que faras. Comta en tou[t] cas ce que pot te venir.
Reguarda la fin K
La langue et la graphie ne permettent pas de faire
remonter cette inscription plus haut que le xvc siècle.
LES GALERIES DES ROIS
ET LES CATALOGUES OFFICIELS DES ROIS DE FRANCE,
PAR M. LOUIS BRÉHIER.
PROFESSEUR A l'uMVERSITÉ DE CLERM0NT.
Dans une précédente communication sur « La façade de
la cathédrale de Reims et la liturgie du sacre » (séance de
l'Académie du 26 mars 1915), nous avions cru pouvoir
affirmer que la galerie des rois qui se développe au fron-
tispice représente non pas les rois de Juda ancêtres de
Jésus, mais les rois de France, consacrés comme Clovis
par l'huile de la sainte Ampoule. Nous avions constaté
que ce chiffre de 56 rois correspondait à peu près à celui
des rois de France depuis les origines jusqu'au xive siècle.
De nouvelles recherches nous permettent d'apporter plus
de précision à cette théorie et de conclure que toutes les
1. Bull, d'hisl. ecclès. et d archéol. relig . des diocèses de Valence, Gap,
Grenoble et Viviers, t. VIII, p. 234 et s., inscr. n° III.
62 LÉS GALERIES DES ROIS
galeries royales connues (Chartres, Paris, Amiens, Reims)
représentaient bien d'une manière plus ou moins complète
(16 rois à Chartres, 20 à Amiens, 28 à Paris, 56 à Reims)
l'ensemble des dynasties nationales.
Et d'abord l'idée de réunir en une série majestueuse tous
les princes qui ont régné sur la France est bien conforme
aux préoccupations des clercs qui formaient l'entourage
des Capétiens du xme siècle. A Paris même, Philippe le Bel
avait orné d'une galerie semblable la corniche de la Grand
Salle du Palais. On y plaça successivement toutes les sta-
tues des rois de France depuis Pharamond jusqu'à Fran-
çois Ie1' '. Comme à Notre-Dame, comme à Chartres, comme
à Reims, on y voyait Pépin le Bref monté sur le lion qu'il
abattit d'après la légende, et on y mit plus tard Louis X,
tenant par la main le petit Jean I qui ne vécut qu'un mois.
Sous la domination anglaise, on y plaça même la statue
d'Henri VI, mai-s Charles VII, à son retour à Paris, lui fît
taillader le visage. Cette curieuse galerie disparut dans l'in-
cendie de 1618 2.
Mais surtout depuis une époque très ancienne les chro-
niqueurs monastiques des abbayes royales s'étaient préoc-
cupés de dresser des catalogues dynastiques, dont quelques-
uns avaient une valeur presque officielle. L'un de ces cata-
logues fut même gravé sous le règne de saint Louis à l'un
des portails de Notre-Dame de Paris : il comprenait 39 noms
depuis Clovis jusqu'à Louis IX « qui adhuc régnât » 3.
1. Géraud, Paris sous Philippe le Bel (Doc. inéd. H. F.), 1837, p. 405.
2. Sur cette galerie, voy. le témoignage de Jean de Jandun [Bull, du
Com. de la langue et littèr., 1856, p. 518).— Sauvai, Histoire et antiquités
de Paris, II, p. 317. — P. Champion, François Villon (Paris, 1913), I,
p. 250. — Une galerie de bustes des rois de France existait au château de
Hesdin au xive siècle (Enlart, Manuel d'archéologie. Architecture reli-
gieuse, 1902, p. 548).
3. Bibl. nationale, ms. lat. 5921 (anc. Colbert 701), fol. 47 V. Reproduit
par Lebeuf, Dissertations sur l'histoire ecclésiastique et civile de Paris,
1739, p. 75-102. — Cf. Guérard, Carlulaire de Sotre-Dame de Paris (Doc.
inéd. H. Fr., 1850), I, ci.xix.
LES GALERIES DES ROIS 63
L'existence bien attestée de ce catalogue montre qu'au
xuie siècle l'idée de commémorer les dynasties françaises à
la façade d'une église apparaissait comme très naturelle.
Mais, en outre, un grand nombre de catalogues figurent
dans les chroniques du xme et du xive siècle. Existe-t-il
des rapports entre eux et les galeries des rois? Peuvent-ils
en particulier nous fournir la clef des chiffres si différents
adoptés à Paris et à Reims? En etfet, si on laisse de côté
les séries abrégées de Chartres et d'Amiens, on aboutit à
deux systèmes différents représentés, l'un par les 28 rois de
Paris, l'autre par les 56 rois de Reims.
Le dépouillement de ces documents monotones est
d'abord quelque peu décevant, puisqu'il n'y en a pas deux
qui coïncident entièrement. Un seul trait leur est commun,
c'est l'inexactitude, et aucun ne donne la liste réelle des
rois telle que nous pouvons la dresser aujourd'hui.
Pour les débuts, chacun a son système. Les uns com-
mencent à Clovis, les autres à Pharamond, fils de Marcho-
mir ; d'autres remontent encore plus haut dans la liste des
princes troyens, présentés comme les ancêtres des rois
francs. Pour Vincent de Beauvais, le premier roi de France
fut Priam descendant de Francion, fils d'Hector; pour la
« Genealogia regum Francorum », ce fut Anténor, grand-
père de Francion, et sur cette liste Pharamond n'arrive
qu'au 7'' rang.
Voilà donc une première cause de divergences. De plus,
si la liste des Capétiens et même celle des Carolingiens
étaient relativement faciles à dresser, il en allait autrement
pour les Mérovingiens. Ici on trouve autant de systèmes
que d'auteurs. Les uns, comme les rédacteurs des Grandes
Chroniques de France, ne comptent comme rois que les
princes francs qui ont régné à Paris ; les autres ne donnent
ce titre qu'à ceux qui ont été en possession effective de
tout le royaume, Clovis I, Clotaire I, Chilpéric, etc., sans
se soucier du véritable contresens historique ainsi commis ;
64 i.i.s GALEkits des Mois
tous s'enibrouillent d'ailleurs sur la liste des derniers roia
Mérovingiens, et l'accord n'est même pas complet pour les
Carolingiens.
Et pourtant, en dépit de ce désaccord, si l'on élimine
quelques isolés, réfractaires à toute classification, l'examen
attentif des principaux catalogues nous permet de les grou-
per en deux classes bien distinctes.
A. Liste abrégée. Quelques-uns abrègent à l'extrême la
liste des Mérovingiens. Tel est le système de Rigord, le
chroniqueur de Philippe- Auguste. Pharamond est pour lui
le premier roi de France, Gharlemagne le 16e, Louis VI le
28e et Philippe- Auguste le 31e l. Or ce système de Rigord
fut adopté par des compilateurs du xrve siècle. Dans la
Chronique des Rois de France de Bernard Gui, Louis VI
occupe justement le 28e rang 2 ; dans la Chronique anonyme
de Philippe de Valois, il est seulement le 27e3. Sans doute
les artistes du moyen âge n'avaient pas toujours le souci
de l'exactitude et on les a vus parfois réduire à vingt le
nombre des Vieillards de l'Apocalypse et à dix celui des
apôtres. Il n'en existe pas moins une coïncidence entre les
chiffres de ces catalogues et la galerie des 28 rois de Notre-
Dame de Paris. Le plan de la façade exécutée sous Philippe-
Auguste a pu être dressé sous Louis VII, et ce roi qui s'est
fait représenter lui-même au portail Sainte- Anne a pu avoir
la pensée de glorifier ainsi ses prédécesseurs. Les galeries
de Chartres et d'Amiens seraient une simplification de ce
premier système.
B. Liste développée. Mais une méthode différente appa-
raît au début du « Miroir historial » de Vincent de Beauvais '*
1. Gesta Philippi Augusti. éd. Delaborde (Soc. H. F.), p. 55-64. II compte
suivant l'usage de Saint-Denis, comme 29e roi, Philippe, fils de Louis VI,
sacré du vivant de son père et mort avant lui.
2. Rec. Histor. de Fr., XII, 230.
3. Rec. Histor. de Fr., X, 314.
4. Vincent de Beauvais, Spéculum historUle, XVI, 4 (éd. de 1624).
LES GALERIES DES ROIS 65
et on la retrouve dans une « Genealogia regum Francorum »
également contemporaine de saint Louis1.
Dans Vincent de Beauvais, Louis VI occupe le 42e ran°-,
dans la Généalogie le 41e; puis, bien qu'ayant suivi des
voies différentes, les deux auteurs s'accordent à faire de
Louis IX le 46e roi depuis les origines de la monarchie2.
Or, si l'on prolonge ce système, il se trouve que le
56e roi est Charles VI ou Charles VII (suivant que l'on
compte ou non Jean I). Nous nous rapprochons ainsi sin-
gulièrement du canon adopté à Reims, où la galerie des
Rois ne fut achevée qu'au xve siècle. Il est donc permis de
croire que les décorateurs rémois s'étaient inspirés d'un
catalogue de ce second type.
Ainsi les deux principales galeries royales correspondent
aux deux principaux systèmes adoptés dans les catalogues
dynastiques, et il paraît difficile de voir dans cette coïnci-
dence l'effet d'un simple hasard. Il faut donc en revenir
purement et simplement à l'opinion populaire, suivie par
les érudits d'autrefois3, qui attribuait aux façades de nos
cathédrales un caractère national et voyait dans ces galeries
une glorification des dynasties françaises. Toutes ces gale-
ries, on l'a fait remarquer depuis longtemps, se trouvent
situées dans le domaine royal : si elles étaient particulières
aux églises dédiées à Notre-Dame, on ne voit pas pourquoi
elles seraient restées dans des limites aussi étroites. Leur
existence n'est d'ailleurs nullement contraire aux rèerles de
1. Mon. German., SS., IX, iOâ.
2. La Généalogie compte comme roi Philippe, fils de Louis VI, et se
met ainsi d'accord avec Vincent de Beauvais.
3. G. Briee, Description nouvelle de la ville de Paris, 1706, II, p 434. —
Gérard Dubois, Ristoria ecclesise parisiensis, 1720, II, p. ]2i. — Félibien,
Histoire de Paris, 1725, I, 201. — Montfaucon. Monuments de la Monarchie
française, I, 194. — Guérard, Ca.rtula.ire de Xotre-Dame de Paris, 1850, I,
ci.xix. — L'opinion contraire est d'abord soutenue par Didron ; Rapport à
M. de Salvandy sur la monographie de la cathédrale de Chartres, Paris,
1835, réimprimé dans les Annales archéologiques, XXVII, p. 20). — Viol-
let-Leduc, Dictionnaire d'architecture. VI, p. 9.
1916 *
lili i.i.s i..\U.l;ii:s lus i;oi>
l'ictfri6grâphie du xnr siècle, puisque le sacre confère aux
rois une autorité mystique qui légitime suffisamment cette
exaltation. Enfin il faut remarquer que ces statues appa-
raissent toujours à l'étage supérieur des façades, entière-
ment séparées de celles des personnages de l'Ancien ou du
Nouveau Testament, qui occupent aux portails les places
d'honneur.
Ajoutons qu'à Reims la galerie des rois complétait admi-
rablement la pensée de ceux qui avaient composé la déco-
ration des parties hautes, comme une page sublime d'his-
toire de France, mais d'histoire de France vue par les théo-
logiens, sub specie seterni.
En effet, les sculptures qui surmontaient la rose centrale
montraient comment, par l'onction sacrée que David avait
reçue de Samuel, Dieu avait institué la royauté légitime et
quels modèles il avait proposés dans la personne de David
et de Salomon aux monarques des temps futurs. Puis le
groupe du Baptême de Clovis racontait le transfert de ce
précieux privilège du sacre à « l'illustre nation des Francs »
et exaltait la gloire du peuple qui avait été jugé digne de
cette grâce divine. Enfin la galerie sublime des succes-
seurs de Clovis montrait à tous les yeux comment la monar-
chie française était sortie du baptistère de Reims. L'oeuvre
des vieux maîtres champenois était donc une des plus
belles manifestations de notre sentiment national.
QUELQUES OBSERVATIONS SUR LES CHIENS ET LE VIN
A L'ÉPOQUE GALLO-ROMAINE,
PAR M. LE Dr CAP1TAN.
De grands travaux de terrassements exécutés aux envi-
rons d'Amiens, dans le courant de l'été, ont amené la décou-
verte de plusieurs sépultures gauloises, d'une grande exca-
vation creusée dans la craie et d'un puits carré de 36 m.
LIJS CHIENS ET LE VIN A i/ÉPOQLÈ GALLO-ROMAINE 67
de profondeur. Les deux étaient remplis de débris gallo-
romains et furent très soigneusement. étudiés par M. Com-
mont, d'Amiens. M. Jullian, dans une des dernières séances
de l'Académie, a signalé l'intérêt de cette découverte.
Ayant pu l'étudier sur place avec M. Gommont, je vou-
drais, avec les conseils de M. Jullian, me permettre d'atti-
rer l'attention de l'Académie sur deux particularités assez
spéciales que présente cette fouille.
I
L'Académie se souvient sans doute que le remplissage du
puits et de l'avant-puits avait été fait systématiquement du
ii(' au ive siècle probablement et se manifeste dans la fouille
sous la forme de sortes de cases superposées, séparées cha-
cune par un amas de moellons de craie. Chaque case ren-
ferme, au milieu de débris de craie et de boue grise, soit
des ossements de chevaux et d'agneaux ayant été probable-
ment sacrifiés, soit un squelette humain, soit des vases ren-
fermant des ossements humains brûlés ou ossements de
petits animaux. Parmi ces vases, qui ont dû être déposés
entiers et non jetés dans le puits, certains ont un contenu
présentant un assez grand intérêt.
Quatre de ces vases avaient une forme ventrue à ouver-
ture assez large et bord renversé en dehors, du type des
urnes funéraires ordinaires d'époque gallo-romaine, en terre
grise assez fine et bien cuite.
Deux de ces urnes, enfouies seulement à 2 mètres de pro-
fondeur, dans la grande excavation, renfermaient des cendres
d'os et de charbon de bois. On peut admettre qu'il y avait
là le résidu de deux cadavres qui auraient été exposés à
un feu très violent et prolongé et dont les débris osseux
restants auraient été fragmentés encore. Au-dessous, une
fibule en fer, à arc très simple. A 6 '" 25 de profondeur
gisait une autre urne ne contenant que des débris indéter-
1)8 LES CHIENS HT LE VlN A [/ÉPOQUE GALLO-KOMÀtNË
minés. Mais entre les deux dépôts, à i '" 50 de profondeur,
on rencontra une urne renfermant des débris d'os, des
cendres, du charbon, trois fragments osseux dont un débris
de côte indéterminables et enfin les ossements de deux
petits chiens. Leur étude soigneuse, qu'a bien voulu en
faire notre éminent ami M. Boule, professeur de paléonto-
logie au Muséum, a démontré qu'il s'agissait de chiens de
petite taille, très jeunes (quelques mois), à museau court
ressemblant à celui du bouledogue, à membres trapus,
comme réduits dans leur longueur. On a pu recueillir les
os des membres et une partie du crâne d'un animal et seu-
lement les maxillaires de l'autre, présentant exactement les
mêmes caractères. Mais il y avait aussi d'autres chiens
dans le puits. A 18'" 80, se trouvait un squelette humain
dont les vertèbres montrent un commencement d'incinéra-
tion. Sous ce squelette gisait un chien adulte d'une dimen-
sion double de celle des petits chiens d'en haut. A 25 m 20,
on a également retrouvé, isolé au milieu de débris variés,
les mâchoires d'un quatrième petit chien, identique à ceux
de l'urne. Enfin, il faut noter également qu'au milieu de la
boue et des débris de pierres remplissant le puits, on a ren-
contré, à 8 mètres de profondeur, les ossements d'un chien
et, à 32 mètres, ceux de trois autres chiens, mais ces ani-
maux étaient de grande taille.
Donc, dans ce puits, on avait placé neuf chiens. Nous ne
retiendrons que ceux contenus dans l'urne et celui placé
sous le squelette, parce qu'ils indiquent très nettement un
rite. C'est là un fait nouveau ; car, si l'on connaît par les
textes et l'iconographie les soins pieux dont ont été parfois
entourés dans l'antiquité les cadavres des chiens domes-
tiques ', on n'avait pas, à notre connaissance, encore recueilli
les preuves matérielles de cette inhumation, surtout faite
dans les circonstances singulières où on les retrouve dans
le puits d'Amiens.
1. Hadrianus equos et canes sic amavit ut cis sepulchra constitueret
(Spartianus : Scriptores Historiae Augustae, 50-12).
LES CHIENS ET LE VIN A l'ÉPOQUE GALLO-ROMAINE 69
Le chien domestique jouait, à l'époque gallo-romaine,
un rôle important. Chiens de berger, chiens de garde,
chiens de chasse et même chiens de guerre, puis chiens de
luxe ont été très fréquemment cités et décrits par de nom-
breux auteurs latins et très fréquemment figurés sur les
statues et bas-reliefs.
Il y avait donc trois catégories de chiens dans l'antiquité
romaine : 1° le chien de garde et le chien de berger; 2° les
chiens de chasse; 3° le petit chien de luxe.
1° Le chien de berger est figuré dans l'exercice de ses
fonctions sur trois bas-reliefs publiés par M. Espéra ndieu
dans son Recueil des statues de la Gaule romaine.
2° Les chiens de chasse ont une iconographie gallo-
romaine considérable. Ils font partie de représentations de
chasse en général. M. Espérandieu n'en publie pas moins
de 20 figures).
Leurs variétés étaient très nombreuses. Gratius Faliscus
dans ses Cynégétiques en décrit un grand nombre.
Mille canum patrise, ductique ab origine mores
Cuique sua : magna indocilis dal praelia Medus,
Magnaque diversos extollit gloria Geltas.
Puis viennent les Gelons ; les chiens de Perse, d'Arca-
die, d'Hvrcanie, dont les chiennes s'unissent au ti°Te ; les
chiens d'Ombrie et surtout les chiens des Morins et des
Bretons, d'une bravoure à toute épreuve. Puis viennent les
molosses, les chiens d'Étolie, etc. et pour chasser le faible
gibier, daim ou lièvre :
Petronios (sic fama) canes, volucresque Sicambros
Et pictam macula vertrabam delige fulva.
Martial, dans ses épigrammes (XIV, 200), parle aussi de
ce dernier, le canis vertagus :
Non sibi, sed domino venatur vertagus acer,
Illaesum leporem qui tibi dente feret.
70 LES CHIENS ET LE VIN A L EPOQUE GALLO-ROMAINE
D'ailleurs cette espèce (un grand lévrier) a persisté et
était encore fort estimée au moyen âge où il portait le
même nom.
En Gaule, d'après M. Camille Jullian Histoire de la
C;iule, t. II, p. 287), il y avait trois races principales de
chiens, d'abord le même vertar/us ou vertrague (grand
lévrier), puis les séguses ou sicambres (braques actuels),
enfin les pe trônes (chiens courants).
Ce sont précisément les mêmes espèces qu'indiquait
Gratius dans les vers cités plus haut. D'ailleurs les chiens
gaulois accompagnaient les guerriers au combat, et c'est
pour cela qu'on les voit figurer sur certains deniers consu-
laires romains de la famille Domitia, luttant contre les enne-
mis de leurs maîtres. Il y avait donc également des chiens
de guerre.
Mais ce qui nous intéresse surtout, c'est la troisième
catégorie : le petit chien de luxe.
Un passage du Festin de Trimalchion, dans le Safj/ricon
de Pétrone (chap. lxïv), met en scène les deux espèces de
chiens domestiques : le chien de garde et le chien de luxe.
« Puer autem lippus sordidissimus dentibus catellam
nigram atque indecenter pinguem prasina involvebat fascia
panemque semissem ponebat supra torum atque hac nausea
recusantem saginabat. » Voilà pour le chien de luxe. Mais
alors intervient le chien de garde; celui-ci a un rôle autre-
ment sérieux : « quo admonitus oflîcio Trimalchio Scylacem
jussit adduci, praesidium domus familia^que. Xec mora.
inarentis forma1 adductus est canis, catena vinctus ; admo-
nitusque ostiarii calce, ut cubaret, ante mensam se posuit.
Tum Trimalchio jactans candidum panem : Nemo, inquit,
in domo mea me plus amat. »
Le chien de garde a donc un brevet de fidélité et on com-
prend facilement que nombre de maîtres ont voulu avoir à
côté d'eux l'image du gardien fidèle qui pourra, dans l'autre
monde encore, les défendre et les protéger. De même aussi
LES CHIENS ET LE VIN A l'ÉPOQUÈ GALLO-ROMAINE 71
le petit chien pourra accompagner son maître, l'aidant
ainsi à se distraire dans la vie future. Et c'est ainsi égale-
ment qu'il fera reproduire son image mortuaire à côté de
la sienne. C'est aussi dans ce même festin de Trimalchion
(Satyricon, chap. lxxi) que nous en trouvons une trace
très nette. Celui-ci lit son testament à ses amis attablés. Il
leur déclare entre autres : « ad dexteram meam ponas sta-
tuam Fortunata? meae, columbam tenentem et catellam cin-
gulo alligatam ducat. »
Parfois enfin, et nous en avons la preuve dans le puits
d'Amiens, le chien est placé à côté de son maître (squelette
avec le chien sous lui).
D'autres fois, le chien est mort avant son maître, et celui-
ci, plein de regrets pour l'animal qu'il a tant caressé pen-
dant sa vie, lui fait faire une épitaphe et le fait enterrer
dignement. Nous ne parlerons pas de la jolie épitaphe de
Margarita, la chienne de chasse, jadis attribuée à Pétrone
et considérée depuis comme étant une œuvre satis elegans
et vetusti poetœ mais anonyme (Poe/se latini minores, t. I,
p. 142), que le Corpus dit provenir de Rome près du
Pincio. Mais il faut citer la non moins jolie et plus vibrante
épitaphe de la chienne Lydie, celle-ci œuvre de Martial
{Épigr., livre XI-69) :
Epitaphium canis Lydize.
Amphitheatrales inter nutrita magistros
Venatrix, sylvis aspera, blanrla domi,
Lydia dicebar, domino fidissima Dextro,
Qui non Erigones mallet habere canera,
Necqui, Dictœa Cephalum degente secutus,
Luciferae pariter venil ad astra Deae.
Non me longa dies, nec inutilis abstulit a^tas,
Qualia Dulichio fata fuere cani.
Fnlmineo spumantis apri sum dente perempta,
Quantus erat, Galydon aut Erymantbe, tuus.
Nec queror, infernas quamvis cilo rapta sub umbras :
Non potui fato nobiliore mori.
72 LF.S l HIENS ET LE VIN A L'ÉPOQUE GALLO-ROMAINE
Dans cette épitaphe, c'est la chienne familière, mais sur-
tout la chienne de chasse dont les qualités sont célébrées.
C'est au contraire à un tout autre point de vue qu'imitant
la poésie de Catulle « ad passerem Lesbia> », Martial égale-
ment a écrit Epiyr., livre I, 110) ces jolis et pas mal licen-
cieux vers :
De Catella Publii et pictura ejusdem.
Issa est passere nequior Catulli,
Issa est purior osculo columbae.
Issa est blandior omnibus puellis.
Issa est carior Indicis lapillis.
Issa est delicise catella Publi.
Hanc tu, si queritur, loqui putabis.
Sentit tristitiamque gaudiumque.
Collo nixa cubât, capitque somnos,
Ut suspiria nulla sentiantur.
Et desiderio coacta ventris,
Gutta pallia non fefellit ulla :
Sed blando pede suscitât, toroque
Deponi monet, et rogat levari.
Castœ tantus inest pudor catellœ ;
Ignorât Venerem : nec invenimus
Dignum tam tenera virum puella.
Hanc ne lux rapiat suprema totam,
Picta Publius exprimit tabella,
In qua tam similem videbis Issam,
Ut sit tam similis sibi nec Issa.
Issam denique pone cum tabella :
Aut utramque putabis esse veram,
Aul utramque putabis esse pictam.
Œuvre de poète, pourrait-on dire, mais très certainement
traduisant un état psychologique montrant une des faces
des mœurs romaines de la décadence.
Mais nous avons un témoignage irréfutable dans une
épitaphe gravée sur marbre. C'est celle consacrée par une
Gallo-romaine à sa petite chienne tendrement aimée. Ce
marbre est conservé au Musée d'Auch '.
1. Corpus inxcr. lat., tome XIII. Partis primée fasciculus prior, p. 63.
LES CHIENS ET LE VIN A l' EPOQUE GALLO-ROMAINE 73
Quam dulcis fuit ista quam benigna
Quœ cum viveret in sinu jacehat
Somni conscia semper et cubilis.
O Factum maie MYia quod peristi
Latrares modo siquis adcubaret
Rivalis dominas licentiosa.
O Factum maie MYia quod peristi.
Altum jam tenet insciam sepulcrum
Nec sevire potes nec insilire
Nec blandis mihi morsibus renides.
Si maintenant nous passons à l'iconographie, nous voyons
tout d'abord les figurines gallo-romaines en terre blanche
de l'Allier nous montrer de curieuses reproductions de
chiens. Un chien assis dans l'attitude de la garde est très
souvent figuré isolé. Parfois il y a des figures d'enfant cou-
ché dans son berceau ayant un chien auprès de lui. Une
curieuse terre cuite trouvée à Bordeaux montre un homme
et une femme s'embrassant, couchés sur le lit conjugal et,
auprès d'eux, leur chien fidèle est figuré.
Mais c'est surtout le Recueil c/e'néral des bas-reliefs de
la Gaule romaine de M. Espérandieu qui nous fournit d'in-
téressants renseignements en l'espèce.
Le dépouillement de toutes les figures où se trouvent des
chiens nous donne le résultat suivant :
Chiens isolés 8 ; deux chiens gardant une urne 1 ;
Chiens de chasse 20 ;
Chiens de berger 3 ;
Chiens avec un dieu ou une déesse 6 ;
Chiens avec leur maître ou maîtresse 9 ;
Chiens avec maître et maîtresse 2 ;
Chiens avec un enfant 4 ;
Chiens devant un triclinium 2 ;
Chiens mithriaques 3 ;
nn 488; tabula marmorea quadrata litteris non bonis saeculi secundi vel
tertii. Auch rep. a 186ô in fundamentis jaciendis stationis viae ferratae
Bisch. Bai r. Ibi extat in museo.
74 LES CHIENS F.T LE VIN A l/ÉPOQUE GAELO- ROMAINE
Tombeaux de chiens 2 ;
Soit donc 60 figurations de chiens dans l'iconographie
gallo-romaine.
Nous signalerons tout spécialement ceux qui rentrent
dans les types que nous étudions et dont les figurations
cadrent bien avec ce que nous indiquent les textes.
Voici, par exemple n° 298 1, au Musée Galvet à Avignon,
un couvercle de tombeau : à un angle, le portrait d'un
enfant, au milieu, un amour et, à droite, le chien familier
regardant avec intérêt un plat sur une table. Au Musée de
Bordeaux (n° 1184), c'est la pierre tombale d'un enfant
debout ; à ses pieds, son chien gardien fidèle qu'il aura
après sa mort comme il l'a eu pendant sa vie.
Voici maintenant la représentation, telle que la deman-
dait Trimalchion, de l'homme et de sa femme avec leur
chien familier. Au Musée de Narbonne, une stèle (n° 653)
représente le mari et la femme debout ; entre eux deux est
un gros chien avec un grelot au cou. A Autun (n° 1893),
deux époux également sont figurés debout et, la femme
a, près d'elle, un petit chien.
D'autres fois, la maîtresse seule a voulu être représentée
sur sa pierre tombale avec son chien ou sa chienne fami-
lière : tel est le cas de la stèle du Musée Rolin à Autun
(n° 1842) où, devant sa maîtresse assise, est représenté un
chien à grande échelle, de façon à ce que son rôle impor-
tant dans la sépulture soit bien noté.
Mais nous avons vu aussi le rôle des petits chiens dans
les festins (la chienne Margarita au festin de Trimalchion).
Voici deux images mortuaires qui font allusion à cette cou-
tume. Dans le soubassement de la cathédrale du Puy
(n° 1666), on peut voir un bas-relief représentant un repas.
Devant le triclinium est sagement assis le chien familier
attendant qu'on lui lance un bon morceau. Sur la stèle
1. Ces numéros correspondent à ceux du recueil de M. Espérandieu.
LES CHIENS ET LE VIN A L ÉPOQUE GALLO-ROMAINE 75
trouvée dans les fondations de l'église de Vaise (Musée de
Lyon, n° 1778), c'est, à peu de chose près, la scène, narrée
par Pétrone, de l'esclave bourrant de pain la petite Marga-
rita. Ici, c'est un jeune enfant couché sur le triclinium qui
donne à manger à un petit chien les restes encore sur son
assiette.
Enfin nous voudrions insister un peu sur deux pierres
dont la signification semble jusqu'ici avoir été méconnue.
La première est une stèle brisée à sa partie supérieure
(n° 773) au Musée Lamourgnier à Narbonne : un gros chien
à gauche y est figuré seul. Il est à demi assis sur son train
de derrière, sa tête élevée dans l'attitude du chien qui hurle.
Il paraît, bien vraisemblablement, que c'est bien là une
pierre tombale d'un chien de chasse représenté hurlant de
douleur ou donnant de la voix en chassant. Plus évidente et
je crois même absolument certaine comme stèle funéraire est
la pierre rectangulaire, complète, retirée du rempart antique
de Narbonne et conservée au même musée, n° 770 (vov. la
fig. ci-après, p. 76). Une jolie petite chienne, à gauche, v
est figurée seule. Avec ses longs poils, ses pattes fines, elle
rappelle les griffons du Nivernais célèbres dans l'antiquité.
Demi-assise sur son train de derrière, elle donne gentiment
la patte gauche de devant. Le mouvement est très exact et
fait songer à la fidélité de reproduction en peinture de la
petite chienne Issa qu'attribuait Martial à son maître
Publius. Du reste, pour que l'on n'en ignore, au-dessus
d'elle est gravé son nom Gytheris suivi d'un L : L(iberta) ?
Etait-ce pour dire en un mot combien libre et heureuse était
la petite bête au cours de sa vie? En tout cas, voilà bien
une tombe de petite chienne de luxe qui fera passer son
joli nom de Cytheris à la postérité avec ceux de ses simi-
laires que nous indiquent et Pétrone et Martial : Margarita,
Lydia, Issa, sans oublier la petite Mya d'Auch. Mais si
bibliographie et iconographie existent en l'espèce, jusqu'ici
on n'avait pas retrouvé le squelette du chien auquel on
70 LES CHIENS ET LE VIN A L'ÉPOQUE GALLO-ROMAINE
avait rendu les honneurs funéraires isolément. Les deux
petits chiens soigneusement placés dans l'urne de l'avant-
puits d'Amiens que nous signalions plus haut permettent
de combler cette lacune.
Et, en effet, ainsi que nous l'avons dit, il est certain que
ce vase a été déposé en ce point du puits, et non jeté. Il
est évident d'ailleurs, en étudiant chaque compartiment de
ce puits, que chaque objet y a été placé suivant une idée
Pierre tombale d'une petite chienne. — Musée d'Auch.
bien arrêtée et avec une intention déterminée, et non projeté
au hasard comme en un dépôt d'ordures. Nous n'entrerons
pas dans la discussion de l'idée de puits funéraire établi
ad hoc. Nous pensons plutôt qu'il s'agit d'une sorte de
favissse où étaient placés successivement, pour les dérober
à toute violation, des objets sacrés par leur rôle ou leur
composition (funéraires par exemple); que c'était en somme
un mode de sépulture occasionnel, mais comportant la con-
servation indéfinie de ce qu'on y plaçait. Et en effet, sans ce
hasard tout spécial qui a fait passer un tracé de boulevard
en ce point et qui a permis la rencontre d'un maire intelli-
gent, M. Piquet, autorisant et payant les fouilles, et celle
t.ES CHIENS ET LE VIN A l'éPOQLE GALLO-ROMAINE 77
d'un archéologue soigneux et averti comme M. Commont,
squelettes d'hommes et de chiens, de chevaux et de mou-
tons, vieux vases, etc. seraient restés intacts et inconnus
probablement pendant des siècles encore.
D'ailleurs cet amour pour les chiens utiles ou agréables,
ce besoin de les avoir auprès de soi, de les emmener même
avec soi dans l'autre monde et d'en conserver l'image
sur son tombeau a été extrêmement répandu dans tout le
moven àg;e. Innombrables sont les tombeaux où la tête du
gisant repose sur son chien, ou encore c'est sur lui que
s'appuient ses pieds. Aujourd'hui encore l'amour du chien
est si développé que bien des gens le font enterrer, et c'est
pour cela qu'a été fondé le fameux cimetière des chiens
d'Asnières, si achalandé.
On voit donc que les quatre petits squelettes de chiens
du puits d'Amiens avaient leur intérêt en ce qu'ils nous
révèlent, une fois de plus et de façon matérielle, le rôle
important que jouait le chien dans la vie des Gallo-lîomains.
II
Il est maintenant un autre problème, tout différent,
auquel les fouilles de M. Commont apportent une contribu-
tion intéressante : c'est celui du vin à l'époque gallo-
romaine.
Voyons d'abord les faits ,
A 3o mètres de profondeur, il a été rencontré deux grands
vases brisés qui devaient mesurer 0 "' 3o environ de dia-
mètre sur 0 "' 20 de hauteur, en forme de coupes probable-
ment et faits d'une terre grise assez fine et assez bien cuite,
mais mal tournée. La texture et l'aspect de la pâte semblent
devoir les faire attribuer à l'époque gallo-romaine. Les frag-
ments de ces vases présentent, sur leur face interne, un
dépôt brun jaunâtre se détachant assez facilement. J'ai
prié mon ami M. Fouard, chimiste distingué, attaché à
78 ils I IIII.V- I.l I.E VIN A L'ÉPOQUE i.Al.l.n-HoMAIM.
l'Institut Pasteur, de vouloir bien examiner ce dépôt. Il
m'a remis la note ci-jointe :
« Le dépôt fixé au fragment de vase ancien remis par
M. Capitan est faiblement adhérent à la poterie et s'en
détache facilement avec la lame d'un couteau.
(( On voit immédiatement qu'il renferme une substance
organique fusible, en chaud'ant une parcelle de ce produit
en suspension dans l'eau bouillante : la matière fond aussi-
tôt en s'étalant en gouttelettes à la surface de l'eau.
« Cette matière est une résine, se dissolvant dans l'alcool,
dans l'éther et dans l'essence de térébenthine brûlant sur
une spatule de platine avec une flamme fuligineuse et très
éclairante.
« La cendre obtenue est très soluble dans l'eau, donnant
une solution alcaline : on peut ainsi présumer que le dépôt
donné est l'extrait sec d'un vin aromatisé par une substance
de la famille des résines ; les carbonates alcalins de la
cendre obtenue seraient le résidu minéral des sels orga-
niques de la résine et du vin.
« Pour caractériser directement les éléments du vin, on
prend une partie du dépôt jaune du vase donné et on éli-
mine tout ce qu'il contient de résine par dissolution dans
l'essence de térébenthine, ajoutée par doses successives,
jusqu'à épuisement. Il reste un résidu solide qui doit ren-
fermer les éléments du vin ; on traite ce résidu par F eau
distillée bouillante et on filtre sur un filtre sans cendre ; on
étudie d'une part ce qui reste sur le filtre, de l'autre la dis-
solution filtrée. On peut constater sur celle-ci qu'il n'y a
pas d'œnotannin, substance tannique contenue habituelle-
ment dans les vins ; on n'y décèle pas non plus la présence
du bilarlrate de potasse, sel contenu régulièrement dans les
vins ; puis, le résidu solide demeuré sur le liltre est sou-
mis à un examen microscopique, en vue d'y déceler la pré-
sence de corps de levures de la fermentation alcoolique, ce
qui aboutit à un résultat négatif. Enfin, ce résidu solide est
LES CHIENS ET LE VIN A L'ÉPOQUE C.ALLO-fcoMAiNE *9
incinéré et la cendre reprise par l'eau bouillante ; on obtient
ainsi une solution alcaline à la phénolphtaléine.
« Cette dernière alcalinité ne peut plus être attribuée à la
présence de la résine qu'on a totalement séparée .* elle est
due uniquement au liquide qui avait dissous la résine, vrai-
semblablement liquide alcoolique, de la nature d'un vin ou
moût fermenté.
« Le dépôt contenu dans le vase donné pèse environ
30 milligrammes par centimètre carré ; par conséquent
1 décimètre carré de surface intérieure du vase porterait
3 grammes de ce dépôt de fond.
« L'analyse de ce dépôt montre de plus que pour
3 grammes, il y a 2 gr. 2 de substances solubles dans l'es-
sence de térébenthine. Le reste, 0 gr. 8, contient de la
matière organique et de la matière minérale ne pouvant
provenir que du liquide alcoolique qui dissout les résines ;
on constate que ce reste contient 0 gr. 27 de cendres,
la ditférence, 0 gr. 53, étant constituée par des substances
organiques, résidu de la dessiccation du vin et de" l'oxyda-
tion lente de ses éléments non volatils.
« Si on compare ce chiffre de 0 gr. 27 de cendres à celui de
3 grammes valeur moyenne du taux de cendres contenu
dans un litre de vin, on constate que pour 0 gr. 27 la quan-
tité de vin ne serait approximativement que 100 centi-
mètres cubes, soit un dixième de litre : ce serait donc dans
un décilitre qu'il y aurait 2 gr. 2 de substances résineuses,
soit, pour un litre, 22 grammes.
« Or les chiffres relatés par les documents anciens
indiquent que le taux de résine employé était de 1 à
5 grammes par litre. Le chiifre trouvé ici par l'analyse est
donc beaucoup trop élevé.
« Une première interprétation de cette analyse est que
la résine caractérisée ici, présente en plus grande propor-
tion, proviendrait d'un liquide alcoolique beaucoup plus
riche en alcool que nos vins actuels ; on pourrait supposer
80 LES CHIENS ET LE VlN A e'éPOQI'E GALLO-ROM A tNE
qu'il s'agit d'un liquide analogue aux liqueurs actuelles dites
;ij)éritifs ou liqueurs digestives, contenant une proportion
élevée d'essences aromatiques. Ces essences, résinifiées
avec le temps, se retrouveraient dans le dépôt du vase.
« Une seconde interprétation de la même analyse résulte
des faits suivants : si l'on cherche directement ce que dis-
sout un litre de vin, d'un degré alcoolique assez élevé, en
résine de pin, on trouve que cette quantité est en réalité
extrêmement minime, quelques centigrammes par litre suf-
fisant cependant à donner au vin un goût d'amertume très
prononcé. Le taux élevé de résine, apparemment révélé
dans ce vin ancien, serait donc inexplicable. Mais on sait,
d'après les travaux de certains chimistes, que lorsqu'un vin
est abandonné à lui-même, au contact de l'air, l'oxygène et
les substances tanniques de ce vin forment, par une oxy-
dation progressive, un dépôt solide résinifié avec le temps.
Ces différentes causes, addition directe de résine, macéra-
tion de plantes aromatiques donnant des essences résini-
fiables, et oxvdation avec résinitication d'éléments nor-
maux du vin, suffisent à expliquer complètement le taux
élevé, déduit approximativement, de la résine contenue
dans le dépôt soumis à notre analyse. »
Par conséquent, il avait été déposé tout au fond du puits
deux vases contenant un vin résineux.
Les découvertes de vins antiques ne sont pas très nom-
breuses. La première se rapporte à l'analyse que fit Ber-
thelot, en 1877, d'un vin romain contenu dans un tube de
verre recourbé et scellé découvert dans un tombeau des
Alyscamps. Mais il s'agissait de vin ordinaire. En 1910,
on découvrit à Bordeaux, au cimetière de Saint-Seurin, une
fiole en verre contenant un dépôt qui, analysé par le chi-
miste spécialiste Denigès, lui démontra l'existence de crème
de tartre et de matière chromotanique permettant d'affirmer
l'existence du vin. Au Musée de Spire, une fiole en verre
semble contenir du vin. 11 n'y en a eu aucune analyse faite.
LES CHIENS Et LE VIN A l'ÉPOQUE GALLO-fiOMALNE 81
Je me souviens d'avoir vu jadis au Musée archéologique
de Reims, hélas ! complètement détruit par le bombarde-
ment des Allemands, une fiole allongée, fermée à la lampe
datant de l'époque romaine et semblant contenir du vin.
D'après une analyse du chimiste Reuter de Genève, un
fragment de vase recueilli par le D1' Baudouin, dans un puits
antique de Vendée, décrit par lui comme puits funéraire,
présentait sur sa paroi interne un enduit résineux [Homme
prchist., 1913).
A Ercheu, près d'Amiens, dans la tourbe, on découvrit,
il y a quelque temps, d'après ce que nous a dit M. Com-
mont, une coupe sans rebords présentant un enduit rési-
neux (anal. Vignard).
Enfin les deux vases du fond du puits d'Amiens dont le
dépôt a été étudié par M. Fouard révèlent les éléments
du vin et d'un vin résineux.
De quoi s'agit-il donc en l'espèce? Le vin résineux
(picatum vinum) n'était pas un vin médicamenteux, c'était
une préparation de vin toute spéciale et très appréciée de
certaines gens, malgré ou à cause de son àcreté. Elle
reproduisait, en l'exagérant souvent, le goût naturel de
certains crus. C'est ce que nous dit Martial [Épigr.,
livre XIII, 107).
Ha?c de vitifera venisse picata Vienna
Ne dubites ; misit Romulus ipse mihi.
Mais le vrai picatum vinum était fabriqué au moyen de
l'adjonction soit au vin, soit plutôt au moût d'une résine de
nature variée. Cette résine donnait au vin un goût tout
spécial et fort prisé1. Non seulement l'amphore était
enduite, à l'intérieur, d'une couche de résine, mais on en
mettait dans le vin. C'est en Italie, d'après Pline, que fut
1. VA. le très intéressanl volume de M. Milliard, Lu vigne ihtns l'anti-
quité, Lyon, 1913.
1916 «
cS2 LKS CHIENS ET LK VIN A L'ÉPOQUE GALLO-ROMAINE
imaginé ce procédé. De là, il se répandit en Gaule, en
Transpadane, en Egypte.
Les variétés de poix employées étaient nombreuses :
térébinthe, lentisque, cyprès, pin, sapin, mélèze. La résine
la plus estimée venait du Brutium et était obtenue de Tantes
ëxcelsa. Pline, dans son Histoire naturelle, traite assez lon-
guement du picatum vinum (XIV, 25). D'après lui, « c'est
un mode de traitement du vin qui ôte aux vins leur force
sauvage et en brise l'àpreté ou donne de l'àpreté à ceux
dont la douceur est plate et incertaine. »
La résine était en général ajoutée au moût et au cours de
la fermentation. La poix était soit crue, soit cuite, tantôt
liquide, tantôt desséchée et pulvérisée ou dissoute dans du
vin cuit. Les doses à employer varient notablement : d'après
Gaton, il en faudrait 0 kgr. 981 pour 194 litres. Selon Colu-
melle, il en fallait 5 livres 4 par 2340 litres ou bien encore
81 gr. par 26 litres ou 6 gr. 75 par 26 litres. Quelques
auteurs, tels que Palladius, n'employaient que 3 onces pour
un dolium de plus de 100 litres.
On a vu par l'analyse exacte de M. Fouard que ces éva-
luations sont erronées et beaucoup trop élevées.
Le vin ainsi préparé avait une àcreté particulière et un
goût de bourgeons de sapin que l'on trouverait aujourd'hui
exécrable ou au moins auquel il faudrait s'habituer à la
longue. Dans l'antiquité, il était au contraire très estimé.
Certains crus avaient un goût naturel analogue. Tels les crus
de Dioscoride en Eubée et du Viennois en Gaule (pays des
Allobroges). Cependant les médecins de l'antiquité accu-
saient le picatum vinum de causer de la céphalalgie et du
vertige. On alla même plus loin, d'après Columelle, et on
désigna par le terme de crapula et la résine et l'ivresse
elle-même produite par le picatum vinum.
Faut-il voir là l'indication d'une ivresse spéciale qui
serait due à un produit enivrant particulier? C'est un point
que l'on peut au moins soulever en présence des résultats
LES CHIENS ET, LE VIN A l'ÉPOQUE GALLO-ROMAINE 83
fournis par l'analyse chimique de M. Fouard ci-dessus rap-
portée. Selon cet auteur, il pourrait s'agir en l'espèce soit
d'une solution fortement alcoolique très chargée de prin-
cipes résineux, soit de substances aromatiques d'origine
végétale qu'on aurait fait macérer dans des vins variés et
qui en vieillissant se seraient résinifiés, comme il a été dit
plus haut. En somme, c'eût été même chose que le ver-
mouth, l'absinthe ou autres liqueurs de nos jours. Or Pline
[Hist. nat., XIV, 18) donne une longue liste de plantes qui,
mises dans du moût de vin, donnent, après ébullition pro-
longée ou fermentation, des vins très variés. Il indique
l'absinthe, le cyprès, le laurier, le genièvre, le lentisque,
la gentiane, l'hysope, la myrrhe, etc. On le voit : toute la
gamme des apéritifs modernes.
Il est donc probable que les vases du puits d'Amiens
contenaient ou du vin poissé ou un vin aromatique comme
ceux dont nous venons de parler, offrandes de choix, dépo-
sées dans le puits sacré et capables d'ailleurs de donner
une ivresse distincte de celle du vin ordinaire.
Voilà donc encore toute une série de points que soulève
la récolte de quelques tessons de poteries. Recueillis très
statigraphiquement et avec tout le soin nécessaire par
M. Commont, ces bien modestes documents donnent pour-
tant, quand on sait les utiliser, des indications réellement
curieuses sur une pratique de vinitication très spéciale.
Nous avons pensé que ces quelques observations pouvaient
être également soumises à la bienveillante attention de
l'Académie.
Si
SÉANCE DU 11 FEVRIER
PRESIDENCE DE M. MATRICE CROISET
M. Omont donne, au nom de M. Georges Guigue, archiviste
en chef du département du Rhône, quelques détails sur une
récente et importante découverte de documents provenant des
anciennes archives de l'église de Lyon.
Au cours de réparations exécutées dans la partie supérieure
de Tune des chapelles de la cathédrale de Lyon (la chapelle de
Bourbon), des ouvriers ont fortuitement découvert, cachés sous
un amas de débris provenant de travaux antérieurs, trois caisses
et un petit coffret de bois ou layette contenant de nombreuses
liasses de parchemins et papiers provenant des archives de l'an-
cien chapitre métropolitain.
La plus grande de ces caisses renfermait 73 registres ou
cahiers de minutes originales d'actes capitulaires, de 1447 à
1734, qui sont venus combler de nombreuses lacunes constatées
dans la série de ces actes conservés aux Archives du Rhône.
Dans deux autres caisses se trouvaient un précieux cartulaire
de l'église de Lyon, le Grand cartulaire, dit de 1350, que l'on
considérait depuis longtemps comme perdu, et la table générale
des 27 volumes de l'inventaire des archives du chapitre, rédigé
par l'archiviste Lemoine au xvme siècle et déposé en 1790 aux
Archives du Rhône. Il y avait encore trois fortes liasses de baux
et devis du xvme siècle, et enfin trente paquets, soigneusement
attachés et cotés, contenant 58 registres ou cahiers et près de
700 pièces originales, dont plusieurs avec sceaux, datées des
années 861 à 1788. Le plus ancien de ces documents est un
diplôme, le seul que l'on connaisse en original, du roi de Pro-
vence, Charles, fils de l'empereur Lothaire Ier, daté de 861 et en
faveur de l'abbaye de l'Ile-Barbe. Ce diplôme, publié jadis par
Le Laboureur, puis par le P. Méneslrier et réimprimé par Dom
Bouquet dans le Recueil des historiens de France f[. VIII,
p. 400), est accompagné d'un sceau plaqué, admirablement con-
SÉANCE DU H FÉVRIER 1916 85
serve, dont le centre est formé d'une pierre gravée, représen-
tant une tète imberbe, de profil à droite, avec les cheveux rele-
vés sur la nuque, et entourée de la légende : -\- XPE PRO-
TEGE KAROLVM REGEM.
Enfin, le petit coffret ou layette (cotée Jehova dans les anciens
inventaires du chapitre) renfermait vingt-trois documents, soi-
gneusement placés dans autant de chemises de papier et égale-
ment cotées par l'archiviste Lemoine. C'étaient tous les titres
confirmant les antiques privilèges de l'église de Lyon : des
bulles des papes Sergius III (918; copie du xve s.), Grégoire X
(1275), Innocent VI (1352), Martin V (14*26), Léon X (1515),
Clément VU (1532), Pie IV (1564); deux diplômes ou bulles
d'or (dont une seule conservée) de l'empereur Frédéric Barbe-
rousse (1157 et 1184); des lettres patentes de différents rois de
France, en faveur de l'église de Lyon : Philippe-Auguste (copie),
Philippe le Bel, Louis X, Phipppe V, François Ier, Louis XIV,
Louis XV, etc.
Tous ces documents, qui constituaient la portion la plus pré-
cieuse des archives capitulaires, avaient sans doute été déposés
clans cette cachette au début de la Bévolution et y étaient restés
oubliés depuis plus d'un siècle.
.MM. Babelon et Maurice Prou présentent quelques observa-
sur le sceau dont M. Omont vient de présenter deux photogra-
phies.
M. Cordier annonce que la Commission du prix Loubat a
décerné un prix de 2.500 francs à M. Henry Vignaud, pour son
ouvrage sur Améric Vespuce, et une récompense de 500 francs
à M. le professeur Callegari, de Vérone, pour l'ensemble de ses
études américaines.
M. .1. Loth, professeur au Collège de France, lit une note sur
le gaulois pelru- et son évolution au point de vue du sens.
Il y a une véritable paléontologie linguistique du langage,
avec ses couches ou terrains caractéristiques, ses mots fossiles
et ses mots en évolution, dont les formes et les aspects successifs
révèlent des époques différentes et permettent d'établir une
chronologie linguistique approximative.
80 SÉANCE DU 11 FÉVRIER 1916
La lexicographie des langues celtiques en offre d'importants
exemples. Un des plus curieux, au point de vue de l'évolution
du, sens, nous est fourni par l'anglais du Cornwal. Le comique,
la langue celtique du pays, variété du breton, encore facilement
intelligible aux Bretons-armoricains au xvi'-.w n'! siècle, a tota-
lement disparu dans la seconde moitié du xvnr siècle, mais une
partie de son vocabulaire a survécu dans l'anglais qui l'a sup-
planté. La plupart des mots comiques survivants ont été récem-
ment recueillis par Wright dans son English Dialectal Dictio-
nary. Un des plus inattendus, qui resterait assurément énigma-
tique, s'il n'était éclairé par le gallois, c'est peddrack, dans l'ex-
pression peddrack mow. Mow est purement anglais et signifie
meule de blé ou de foin ; peddrack qualifie la meule. Or ped-
drack mow a ceci de caractéristique, d'après la définition de
Wright, que la meule a le même diamètre dans tous les sens,
qu'elle est absolument ronde, sauf qu'elle se contracte au som-
met ; peddrack accentue donc l'idée de rondeur et semble signi-
fier rond, parfaitement rond. Or son sens réel, complètement
oublié, est carré, à quatre cotés. Le gallois pedri/, qui lui est
identique, a le sens de carré et en même temps de parfait, com-
plet. Ce sont des dérivés de petr-, gaulois petru-, quatre en
composition, de même origine et sens que le latin quadru-; la
forme pan-celtique serait quelru-, comme le montre l'irlandais
cethar-, pour * cethr- — quetru-. Le gaulois et le brittonique
changent le son labio-vélaire qu en p. Petru- apparaît dans le
mot petru-decameto-, quatorzième (decameto- signifie dixième
et a donné le gallois et breton degved), de l'inscription latine
de l'époque gauloise de Gélignieux (Ain), et aussi dans des noms
de peuples et de lieux, comme Petro-corii, Petro-mantalum.
Si peddrack représente seul en comique petru- avec un sens
si différent de quatre, il n'en est pas de même en gallois; pedry-
qui représente petru- a couramment non seulement le sens de
quatre, carré, mais aussi un sens intensif et perfectif C'est
ainsi que pedry-law, qui, mot à mot, signifierait h la main car-
rée, a le sens de adroit, à la main habile, etc.
Il semble qu'en irlandais cethar- ait eu un sens analogue au
moins dans un composé.
Il est également probable qu'il faut prendre petru- dans un
SÉANCE DU 11 FÉVRIER 1916 87
sens métaphorique et intensif dans le nom des Pelro-corii (mot
à mot: peuple aux quatre troupes).
En tout cas, le nombre quatre est arrivé chez les Celtes insu-
laires, les Bretons tout au moins, à prendre, à une époque très
ancienne, un sens intensif et perfectif. L'idée de perfection atta-
chée au nombre quatre explique peut-être, au moins en partie,
la faveur extraordinaire dont les vases à quatre anses ont joui
en Armorique, au cours de la première époque de l'introduction
du métal dans le pays, c'est-à-dire vers 1700 ou 1800 avant
Jésus-Christ (cf. J. Lolh, Les vases k quatre anses à l'époque
préhistorique dans la péninsule armoricaine, dans la Revue des
études anciennes, X, p. 175). Il en a été de même en Çornwal, à
une période plus avancée de l'époque du bronze, c'est-à-dire à un
moment où les Celtes occupaient assurément l'île de Bretagne.
On conçoit assez facilement que l'idée de perfection se soit atta-
chée au carré aussi bien qu'au cercle. Chez les Celtes, le cercle
donne plutôt l'idée de l'exactitude, de l'achèvement, d'après cer-
tains idiotismes irlandais, gallois et bretons. Il semble qu'il y ait
eu plus particulièrement dans le carré une idée de symétrie.
M. le comte Durriiîu, après avoir rappelé que la bataille de
Marignan, gagnée par François Ier le 14 septembre 1515, au
bout de deux jours d'« un combat de géants », fut en réalité une
victoire de la France sur les intrigues germaniques en Europe,
signale un curieux souvenir qui nous est parvenu de ce grand
événement.
Vers la fin de l'année 1515, la mère du roi, Louise de Savoie,
se rendit en Provence, en compagnie de la reine Claude de
France, première femme de François Ier, allant au devant de son
fils qui revenait de sa glorieuse campagne en Lombardie. Après
que la réunion des augustes personnages se fut accomplie à
Sisteron, le 13 janvier 1516, Louise de Savoie eut l'idée de faire
paraphraser en français, à l'usage du souverain son fils, les
vingt versets du psaume XXVI qui commence par « Dominus,
illuminatio mea », en appliquant chaque verset à une action de
François 1er, soit une action déjà exécutée par lui, en particulier
durant la campagne de Marignan, soit une action qu'il pourrait
être amené à exécuter dans la suite.
Le texte de la paraphrase fut entièrement rédigé, et l'on arrêta
88 LIVRES OFFERTS
la composition de vingt images, en forme de médaillons circu-
laires, qui devaient l'illustrer. Sans doute avait-on l'intention
d'en faire faire uri exemplaire de luxe, calligraphié sur parche-
min, et dans lequel les images auraient été peintes en manière
de grisailles. Pour une raison inconnue, on s'en est tenu à une
sorte de minute, sur papier, mince livret qui faisait déjà partie
des collections royales au xvie siècle et qui se trouve toujours
à Paris, à la Bibliothèque nationale (ms. français 2088). Dans
cette minute, les images en médaillons, alternant avec les para-
graphes du texte, sont simplement dessinés au trait à l'encre,
sauf une seule qui, probablement à titre d'essai, a été transfor-
mée en grisaille avec touches de couleur et rehauts d'or.
Les dessins sont d'une délicatesse exquise et M. Durrieu a
déjà proposé antérieurement ' d'y reconnaître la main de Gode-
frov le Batave, artiste charmant dont l'Institut possède à Chan-
tilly une série de grisailles signées, dans le tome III du manu-
scrit des Commentaires de la guerre gallique provenant de
François Ier.
Quant au côté littéraire de l'opuscule, M. Durrieu montre que,
par les allusions historiques qui s'y rencontrent, en même temps
que par le caractère quelque peu alambiqué et par là amusant
de sa rédaction, il contribue à faire du petit volume de la Biblio-
thèque nationale qui le contient une curieuse relique du passé,
qui n'est pas indigne de la glorieuse page de nos annales natio-
nales dont elle évoque la mémoire.
MM. Salomon Reixacii et Thomas présentent quelques obser-
vations.
LIVRES OFFERTS
Le P. Sciieil a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, au nom de leur auteur,
1. C" Paul Durrieu, Un mystérieux dessinateur du début du XVI" siècle.
— Le maître du « Monslrelet » de Rochechouart (Paris, 1913, in-4°), p. 28-
29 ; et dans la Revue de lArt ancien et moderne, où ce travail a d'abord
paru, t. XXXIII. p. 332-333.
SÉANCE DU 18 FÉVRIER 1916 89
M. Maurice Vernes, président de la Section des sciences religieuses
à l'École pratique des Hautes Études. Le premier a pour titre :
Les emprunts de la Bible hébraïque au grec et au latin (Paris,
1914). Le second est une étude archéologique et géographique inti-
tulée : Sinaï contre Kadès. — Les grands sanctuaires de l'Exode et les
routes du désert — parue dans l'Annuaire 1915-1916 de la Section
des Sciences religieuses de l'École des Hautes Études.
« Mérite surtout de retenir notre attention ce dernier travail où
l'auteur, admettant la réalité de l'exode des Israélites et de leur
migration — sous la conduite de Moïse, au xne ou xine siècle —
défend aussi le tracé traditionnel de l'itinéraire, avec stations aux
sanctuaires Sinaï-Horeb, Kadès, Ba'al Péor.
» L'auteur suit pas à pas les Israélites et constate que « les rédac-
« teurs des documents primitifs dont la réunion a formé le Penta-
« teuque, avaient une connaissance précise du système routier unis-
ce sant dès la haute antiquité l'Egypte à l'Asie, — système routier
« qui, sauf modifications de détail, se retrouve à l'époque romaine
ii dans la Tabula Peutingeriana que confirment les données de la
« Géographie de Ptolémée » (p. 79). La lecture du travail de
M. Vernes est des plus attachantes et des plus instructives, et l'ou-
vrage est tout à fait digne du distingué savant à qui on doit tant de
belles études d'exégèse biblique. »
SÉANCE DU 18 FÉVRIER
PRESIDENCE DE M. THOMAS, VICE-PRESIDENT.
En prenant le fauteuil de la présidence, M. A. Thomas annonce
que le Président, M. Maurice Croiset, indisposé, ne peut assister
la séance.
M. Babelon fait une communication relative à des signatures
d'artistes qu'il a relevées sur des monnaies grecques. Il insiste
particulièrement sur les signatures des grands sculpteurs du
ve siècle avant notre ère, Daidalos, Alcamène et Polyclète, dont
il pense avoir retrouvé les initiales sur les monnaies frappées par
les Éléens à l'occasion de la célébrations des Jeux Olympiques.
Ces sculpteurs célèbres auraient ainsi gravé des coins monétaires
90 RAPPORT SLR LA FONDATION PIOT
et se seraient, exercés à la fois dans plusieurs branches des arts
comme le firent aussi à l'époque de la Renaissance des artistes
tels que Albert Durer et Vittore Pisano.
MM. Théodore Reinacii et Durrieu présentent quelques
observations.
L'Académie se forme en comité secret pour entendre la lec-
ture du rapport de M. le comte Durrieu sur les travaux exécutés
ou encouragés à l'aide de la Fondation Piot '.
APPENDICE
RAPPORT DE M. LE COMTE DURRIEU,
MEMRRE DE l' ACADÉMIE,
sur les travaux exécutés ou encouragés
a laide des arrérages de la fondation piot ;
lu dans la séance du 18 février 1916.
Messieurs,
J'ai l'honneur de vous présenter, au nom de la Commis-
sion Piot, le rapport annuel sur l'emploi des arrérages de
ladite fondation en 1915.
I. La prolongation, durant toute cette année, de la
guerre que la France soutient avec tant d'héroïsme a eu
naturellement sa répercussion dans le domaine des
recherches scientifiques.
Cependant, en certaines régions éloignées du théâtre des
hostilités, l'activité de nos érudits qui se consacrent spé-
cialement aux fouilles et explorations ne s'est pas arrêtée.
A plusieurs reprises, la Commission Piot a eu à soumettre
à l'Académie des demandes de subventions, Sur sa propo-
1. Voir ci-après.
RAPPORT SL'R LA FONDATION PIOT 91
sition, vous avez successivement accordé, d'après l'ordre
chronologique de vos votes à cet égard :
3000 francs à M. le D1' Carton pour entreprendre, en
Tunisie, de nouvelles fouilles à Bulla Regia, où il a déjà fait
de si intéressantes découvertes, comme vous le savez par
sa notice sur l'église du prêtre Alexander lue à votre séance
du 5 mars 1 9 1 o (cf. Comptes rendus, 1915, p. 116-130).
1500 francs pour des fouilles au Maroc, sur l'emplace-
ment de l'antique Volubilis, fouilles à exécuter d'après la
proposition de notre confrère M. Dieulafoy avec l'aide
financière du Protectorat.
2000 francs au R. P. Delattre pour des fouilles à Car-
thage, dans une basilique chrétienne récemment décou-
verte où le P. Delattre avait déjà recueilli de nombreux
fragments d'inscriptions chrétiennes.
2000 francs à M. Pierre Paris, directeur de l'École des
Hautes Etudes hispaniques, à l'effet d'entreprendre des
fouilles à Bolonia (ancienne Belo), à quelques kilomètres
à l'Ouest de Tarifa, province de Cadix.
Enfin, 1500 francs à M. Merlin, directeur du Service des
antiquités et des arts de la Régence de Tunis, en vue de con-
tinuer des fouilles à Thuburbo Majus.
Les bénéficiaires de nos allocations n'ont pas oublié le
devoir, qu'ils contractent du fait même d'avoir sollicité
notre concours, d'instruire l'Académie du résultat de leurs
recherches. Vous avez été mis au courant de découvertes
faites soit au Maroc, soit en Tunisie, par MM. Dieulafov,
Louis Châtelain, le P. Delattre et le Dr Carton. Notre
confrère M. Dieulafoy, notamment, vous a parlé, dans votre
séance du 25 juin dernier, des fouilles entreprises à Rabat
et qui ont dégagé les restes de la si importante mosquée de
Yacoub el Mansour (Comptes rendus, 1915, p. 237-242).
Dans une séance antérieure, celle du 9 avril, vous aviez
entendu une communication sur le théâtre romain de Meri-
da que M. Raymond Lantier a pu aller étudier en Espagne,
92 RAPPORT SUR LA FONDATION P10T
en s'aidant d'une subvention que vous lui aviez accordée
en 1913 (Comptes rendus, 1915, p. 164-174).
II. Ouvrages subventionnés. Vous ne serez pas surpris si
les événements ont exercé leur influence, plus encore que
pour les touilles et explorations, au point de vue des publi-
cations de librairie. Des différents ouvrages en voie d'exé-
cution auxquels la Commission, avait les années précé-
dentes, demandé à l'Académie de s'intéresser par des sous-
criptions, aucun n'avait encore été mis en circulation à la
date du 31 décembre 1915. Mais nous devons espérer que
ce n'est là qu'un arrêt momentané, trop facilement expli-
cable dans les circonstances que nous traversons.
En tout cas, d'ailleurs, ce qui est notre principale œuvre
en fait de publication, le recueil des Monuments et
mémoires a continué à paraître sous la direction de nos
confrères MM. le comte H. de Lastevrie et Collignon, ce
dernier ayant été appelé, vous le savez, au début de l'année
1915, par un choix unanime, à succéder au si regretté et
éminent Georges Perrot.
Ce n'est pas que les directeurs du recueil n'aient eu, eux
aussi, à lutter contre des difficultés. Le secrétaire de la
rédaction, M. Paul Jamot, s'est trouvé et se trouve tou-
jours retenu en province par une mission d'Etat. Il déploie
tout son zèle habituel en faveur de l'exécution de nos
impressions, mais son éloignement de Paris complique sa
tâche, en entraînant des échanges de correspondances qui
occasionnent forcément des retards.
Nos deux précédents rapports, datés de 1914 et 1915,
vous expliquaient d autre part combien était délicat, et par
conséquent long à accomplir avec toute la conscience qu'y
apporte l'auteur, le travail confié à M. Léon Dorez de
dresser une table complète des vingt premières années de
notre recueil, table qui doit constituer la seconde partie du
tome XX.
En attendant que cette table soit mise en distribution,
LIVRES OFFERTS 93
vous avez reçu les deux fascicules qui composent l'ensemble
du tome XXI des Monuments et mémoires. Ce tome com-
prend une suite de 1 1 dissertations, avec 21 planches hors
texte. Deux de vos confrères y ont coopéré, M. Héron de Vil-
lefosse et celui qui a l'honneur de vous soumettre le pré-
sent rapport. Un autre mémoire, consacré à un sujet qui se
rattache à l'histoire des races ayant peuplé l'antique Gaule :
La mort de Brennus, étude sur quelques figurations de
Gaulois dans l'art hellénistique, porte la signature, que
nous ne pouvons lire qu'avec une douloureuse émotion, de
M. Adolphe Reinach.
Parmi les planches, nous vous signalerons la reproduc-
tion en couleurs de la mosaïque de Sens, d'après une aqua-
relle de M. de Fonseca, planche accompagnant un texte
explicatif dû à M. Héron de Villefosse et pour laquelle
vous aviez, en 1914, alloué un subside spécial à l'éditeur,
M. Leroux. Trois autres planches en couleurs sont consa-
crées à garder le souvenir de curieuses fresques de l'église
Saint-Loup de Naud, précieux vestiges de l'art français à
l'époque romane.
Je termine en me faisant auprès de vous, Messieurs, l'in-
terprète de la Commission pour vous demander de vouloir
bien approuver ce compte rendu de l'emploi des arrérages
de la Fondation Piot durant le cours de Tannée 1915.
LIVRES OFFERTS
M. PorriEH offre à l'Académie, de la part de Mlle A. Gauckler, deux
volumes sur les Nécropoles puniques de Ca.rtha.ge (Paris, Picard,
1915). C'est le recueil des travaux de Paul Gauckler dans cet impor-
tant domaine où pendant plusieurs années s'est exercée son activité.
Le premier volume tout entier est consacre aux carnets de fouilles,
aux notes inédites, aux croquis pris sur le terrain, qui nous font
suivre pas à pas les recherches du regretté explorateur el qui nous
04 SÉANCE DU 25 FÉVRIER 1916
montrent avec quelle sûre méthode et quelle conscience il travaillait.
Nos étudiants et nos apprentis archéologues y pourront puiser d'ex-
cellents exemples. L'Introduction est due à un ancien membre de
l'École de Rome, M. Dominique Anziani, qui est un des glorieux
combattants de la grande guerre que nous soutenons et dont la dis-
parition déjà ancienne cause aux siens de mortelles inquiétudes. C'est
une raison de plus d'accueillir ce volume avec une attention émue.
Le second volume est un recueil d'articles autrefois publiés par
P. Gauckler dans divers périodiques sur certains musées d'Algérie,
sur les antiquités découvertes en Tunisie, sur les fouilles de Car-
tilage, de comptes rendus sur la marche du service qui lui avait été
confié, de notices sur des objets divers ou des inscriptions. L'illus-
tration est extrêmement abondante et soignée. Elle comprend pins
de 300 planches et des figures dans le texte. C'est un répertoire consi-
dérable où les historiens de l'Afrique du Nord trouveront à se ren-
seigner sur quantité de faits et de monuments de toute sorte.
On sait avec quel zèle pieux Mlle Gauckler s'est vouée à la mise en
valeur des matériaux scientifiques que son frère avait accumulés.
Nous lui devons déjà le Temple syrien du Janicule 1912 et les Basi-
liques chrétiennes de Tunisie (1913) ; ces deux nouveaux volumes
complètent la série. On lui saura gré d'un effort considérable qui
n'est pas seulement un hommage rendu à une chère mémoire, maie
une œuvre utile à la science française.
SÉANCE DU 25 FÉVRIER
PRESIDENCE DE M. THOMAS, VICE-PRESIDENT.
M. Louis Léger lit un travail sur le mouvement intellectuel à
l'époque de la Renaissance en Dalmatie. Ce mouvement com-
mence par des œuvres latines; les intellectuels vont étudier à
Venise, à Podoue, à Florence. Mais la pratique de la langue
latine ne fait pas oublier celle de la langue nationale, le croate
ou pour parler plus exactement le serbo-croate. Le mouvement
intellectuel commencé à Raguse se continue à Spalato. M. Léger
étudie la vie et les œuvres de Mencetic, de Drzic, de Cubrano-
vic et particulièrement de Marulic qui, dès 1522, engage le
pape Adrien VI à grouper tous les princes de l'Europe contre
JEAN P1TAKT, CHIRURGIEN ET POÈTE 95
les Turcs, et qui dans son poème de Judith chante par allégorie
le premier triomphe delà chrétienté.
MM. Morel-Fatio et le comte Durriel* présentent quelques
observations.
M. Antoine Thomas cède le fauteuil de la présidence à
M. Léger et donne lecture d'une étude sur Jean Pitart, chirur-
gien et poète (.
M. Théodore Reinach communique et restitue une inscription
funéraire en vers de Sinope sur la mort d'un jeune homme accom-
pli. Xarcissos. A cette occasion, il définit le caractère du dieu
Phthonos, invoqué dans ce petit poème : c'est le dieu de 1 Envie
— ou l'Envie des dieux — responsable des morts prématurées.
COMMUNICATION
JEAN PITART, CHIRURGIEN ET POÈTE,
PAR M. ANTOINE THOMAS, MEMBRE DE l'aCADÉMIE.
Jean Pitart est le premier chirurgien français qui ait jeté de
l'éclat sur sa profession, encore décriée en notre pays aune
époque où elle avait déjà pris en Italie un rang- honorable
à côté de la médecine2. L'établissement en France, d'abord
à Lyon, puis à Paris, du célèbre chirurgien italien, Lanfranc
de Milan3, élève de l'école de Bologne, qui termina à Paris,
1. Voir ci-après.
2. Le plus ancien traité de chirurgie rédigé en Italie qui nous soit par-
venu est celui de Roger de Salerne. Composé en 1180, il pénétra dans le
Midi de la France dès les premières années du xm" siècle et y fut traduit
partiellement, d'abord en vers provençaux, puis en prose (voir Romania,
t. X, p. 62 et s., où l'on trouvera des rectifications à l'article publié par
Félix Lajard clans ÏHist. lit t. de la France, t. XXI, p. 513 et s.); on en pos-
sède aussi plusieurs versions en ancien français (voir Romania, t. XXXII,
p. 18, art. 3 et p. 91, art. \0\
3. Voir sur lui l'article de Littré, Hisl. lit t., t. XXV, p. 281 et s., et sur-
96 JEAN PlTART. r.llllUlifill ,\ Il POETE
en 129(i. la rédaction de sa Chirurgia magna, dut contri-
buer à relever le prestige de la chirurgie et exciter l'ému-
lation de nos compatriotes. On a dit qu'en arrivant à Paris,
Lanfrahc y avait trouvé un Collège de chirurgie fondé par
Jean Pilait, en 1271, et qu'il avait été immédiatement
admis dans ce collège, en 1295 ' : cette double affirmation
ne repose sur aucun document authentique. Lanfranc parle
de l'accueil flatteur que lui firent, à Paris, certains maîtres
en médecine, nommément le doyen, Jean de Passavant2;
il ne parle ni de Jean Pitart, ni du Collège de chirurgie. La
biographie de Jean Pitart "a été malheureusement faussée
par des préoccupations de boutique qui excitaient déjà, au
xvie siècle, la bile d'Etienne Pasquier:\ Nous nous efforce-
rons de dégager l'histoire de la légende.
1
SA VIE
On ne possède pas de document catégorique sur la patrie
de Jean Pitart '. Jean de Vaux le dit Parisien •"• ; d'autres le
tiennent pour Normand, et cette hypothèse est plus que
vraisemblable. Il est même permis de supposer qu'il était
originaire des environs de Carentan, car le roi Philippe V
lui fit don d'une confiscation à Picauville6. Ainsi s'expli-
tout Puccinotti, Sloria délia medicina Livourne, 1859), t. II, 2e partie, 1. VI,
chap. 13 et 14, p. 411-447.
1. Puccinotti, loc. cit., p. 11": cf. Hist. lilt.. XVI, p. 96.
2. Hist. litl., t. XXV. p. 284-6.
3. « Les Chirurgiens par une vieille cabale, attribuent la première insti-
tution de leur Collège à sainct Louys. qui est un abus... » Rech.de la
France, I. IX, chap. 30 .
•1. L'idée d'en faire un Italien, parce que son nom es! énoncé en latin
sous la forme Johannes Pitardi. n'a pu venir qu'à un historien ignorant
des usages du moyen âge H. Haeser, Lehrhuch der Geschichte der Medizin.
3' éd., léna, 1875, t. I. p. 764).
5. Index funereus chirurgicorum Parisiensium. Trévoux, 1711, p. 1.
>>. Voir ci-dessous, p. 99.
JEAiN PiTART, CtllKLRtilEN ET POÈTE !»7
pueraient à merveille les relations de maître à élève qui
s'établirent entre Jean Pitart et Henri de Mondeville, fils
avéré de la Normandie ', qu'il vaudrait mieux nommer
Henri d'Emondeville. car son nom paraît être emprunté a
celui de la commune d'Emondeville, canton de Montebourg,
arrondissement de Valognes (Manche), plutôt qu'à celui de
Mondeville, commune du canton Est de Caen (Calvados).
En revanche, rien n'autorise Domfront-, ni Baveux3, ni
Aunav-sur-Odon 4 à réclamer Jean Pitart comme un de
leurs enfants. D'autre part, des différentes familles fran-
çaises qui ont porté ou qui portent le nom de Pitart ou
Pitard, aucune ne peut fournir la preuve quelle remonte
réellement au célèbre chirurgien5.
La plupart des biographes de Jean Pitart le font naître
en 1228, date trop reculée, assurément, mais qui ne le
serait pas assez s'il fallait croire qu'il fût déjà chirurgien
du roi Louis IX à l'époque où ce prince fit sa première
croisade et qu'il ait pu l'accompagner, en cette qualité,
dans son expédition d'outre mer6. En réalité, comme Mal-
1. Les doutes émis à ce sujet par Littré [Hist. litt.. XXVIII, 326) ne résis-
tent pas aux preuves linguistiques de l'origine normande de Henri de
Mondeville qu'a réunies le Dr Bos dans La Chirurgie de Henri de Monde-
ville. Paris, 1897, t. I, p. m.
2. Courtebotte, Essai sur l'hist. et les antiq. de Domfront (2e éd., Caen,
1816), p. 103. Il est certain qu'il a existé à Domfront une famille Pitart.
qui a donné son nom à une des tours de la ville, mais le plus ancien
membre connu de cette famille, Mainfray Pitart, n'est mentionné qu'en
1360.
3. Pluquet, Essai hist. sur la ville de Bai/eux Caen. 1829:, p. 123.
4. Dr Chéreau, Henri de Mondeville Paris, 1862; tirage à part des Mém.
de la Soc. des antiquaires de .Xormandie), p. 10-11.
5. Le plus ancien document qui figure dans les recueils généalogiques
des D'Hozier conservés à la Bibliothèque nationale (Fr. 28776, 30071 et
30727) ne remonte qu'à 1493 :-il émane d'un certain Jehan Pitart. écuyer,
capitaine de Buzet i'Haute-Garonne) ; voir Fr. 28776, dossier 51802.
6. J. de Vaux loc. laud.) ne lui donne que 77 ans au moment de sa mort,
qu'il place en 1313 ; François Quesnay. en réimprimant VIndc.r funereus
dans ses Rech. critiques et historiques sur l'origine de la chirurgie en
France Paris. 17 i ;'. p. 534, a changé arbitrairement le chiffre 77 en 87.
1916 -
98 JKAN PITART, CHIRURGIEN ET POÈTE
gaigne et Chéreau l'ont depuis longtemps proclamé1, celte
hypothèse est sans fondement : Pitart devait être au ber-
ceau quand Louis IX s'embarqua à Aiguës-Mortes (12i8 .
Nous ne possédons pas de témoignage authentique sur son
compte avant l'année 1292, date où nous le trouvons inscrit
sur le rôle de la taille de Paris parmi les contribuables de
la rue neuve Notre-Dame : « Mestre Jehan Pitart, 20 sous2. »
Dès 1298, au plus tard, il avait pris rang- parmi les chirur-
giens de la cour, car il figure, à la date du 23 mars, dans
le Journal du Trésor de Philippe le Bel :i. Les tablettes de
cire de Jean de Saint-Just le mentionnent à plusieurs
reprises, en 1300, et nous voyons qu'il touche des gages
pour ses services, tantôt « en cour », tantôt « hors de la
cour»». A la fin de 1303, il accompagna Philippe IV en
Languedoc : vin compte arrêté à Toulouse, le 26 décembre,
lui attribue, pour 40 jours de service, 7 livres, 13 sous,
i deniers, plus trois robes'. Son titre de chirurgien royal
lui donnait naturellement du crédit auprès des grands sei-
gneurs du royaume. Le 7 juin 1 308, on le trouve à Conflans,
près de Paris, à la table du jeune Robert d'Artois; en 1312,
il fut appelé en Artois pour soigner la comtesse Mahaut,
qui récompensa largement les soins dont il l'entoura : elle
lui fit délivrer 100 livres, « sans compter ses frais de route,
des hanaps et des robes pour lui et pour sa femme » 6. La
1. Mal^aigne, OEuvres complètes d'Amhroise Paré (Paris, 1S'£0;, t. I,
p. xi.ix-i. : Cliéreau, op. laud.. p. 10. Cf. II. Bcrthaud dans Bull, de lu Soc.
franc, d'histoire de la médecine. Paris, 1907, t. VI, p. 78.
2. Bibl. nat.. lat. 0783, fol. 62 v", 1™ col.
3. II. Géraud, Parts sous Philippe le Bel Paris, 1837; Coll. des doc. iné-
dits sur l'histoire de France), p. 149.
i. Recueil des historiens des Gaules, t. XXII, p. 51(5 C. La lecture Picard
doit être fautive; Antonio Cocchi, qui a le premier publié ces tablettes,
en 1 7 46, a lu Pitard.
5. Recueil cité. t. XXII, p. 512 A. d'après les tablettes de Ileims, où les
éditeurs lisent aussi Picardi, au lieu de P Hardi.
6. J.-M. Richard, Une petite-nièce de saint Louis. Mahaut, comtesse
d'Artois et de Bonryoyne (Paris, 18s7 p. loi : cf. Inv. sommaire des archives
dép. du Pas-de-Calais (1878), t. I. p. 269, reg. coté A 298. Bien que les
I
JEAN PITART, CHIRURGIEN ET POÈTE 99
confiance qu'il inspirait à Charles, comte de Valois, frère
de Philippe IV et père de Philippe VI, n'est pas seulement
attestée par Henri de Mondeville, dans un passage souvent
cité de sa Chirurgia *. Le prince lui-même a tenu à inscrire
le nom du chirurgien royal dans son testament, fait le
17 septembre 1325, avec un legs de 50 livres tournois2.
Chirurgien en titre de la cour de France sous Philippe IV3,
Pitart réussit à se maintenir dans la faveur royale après la
mort de ce roi. Nous ne savons rien de particulier sur ses
rapports avec Louis X, qui ne fit que passer sur le trône,
mais un document authentique établit que Philippe V,
à une date indéterminée, lui témoigna sa reconnaissance en
lui faisant don, à titre viager, de différents biens-fonds sis
à Picauville ' et dans le voisinage, au bailliage de Cotentin,
biens qui avaient été confisqués sur un certain Roger de
Paris -\ En février 1327, Charles IV qualifie encore Jean
comptes utilisés par l'auteur estropient le nom du praticien et l'appellent
« maistre Jehan Pierart (ou Precart »), comme ils le qualifient « sirurgien
le roy », il s'agit certainement de notre personnage, qu'il ne faut pas con-
fondre avec un autre chirurgien royal « Jehan Le Mire, surourgien nostre
songneur le roy de France et chastelain du chasteau d'Ayre » en 1303 (op.
cit., p. 152). M. Alfred Franklin a été bien inspiré en attribuant à Pitart ce
que Richard dit de Precart ou Pierart : cette attribution, qu'il donne seu-
lement comme très probable, nous paraît tout à fait certaine (La Vie
privée d'autrefois. Les chirurgiens. Paris, 1893, p. 17, note 1).
1. Littré a cité (Hist. lilt., XXVIII, 338) l'ancienne traduction française
de ce passage, qu'il vaut mieux lire dans le texte latin original publié depuis
par le Dr Pagel (Die Chirurgie des Heinrich von Mondeville, Berlin, 1892,
p. 125 .
2. Joseph Petit, Charles de Valois (Paris, 1900), p. 227, note 6, où l'au-
teur a lu à tort Picard. Le texte original du testament (Arch. Nat., J 164B,
n" 54) porte exactement : « A mestre Jehan Pitart, cinquante livres tour-
nois. » C'est aussi à tort que J. Petit déclare que Charles de Valois lit en
même temps un legs de Î0 livres à Henri de Mondeville, collègue de Pitart ;
ce legs est l'ait à un certain « Guillaume de Mondeville », qui n'esl pas qua-
lifié « mestre », et que rien n'autorise à regarder comme un parent du
célèbre chirurgien ; cf. Hist. litl., t. XXVIII, p. 325.
3. Il figure en tête d'un groupe de six chirurgiens, dans un étal royal dé,
1313 Ludewig, Reliquise manuscriptorum, 17 io, t. XII, p. 43 .
1. Canton de Sainte-Mère-Église, arr. île Valognes Manche).
5. L'acte de donation ne nous est pas parvenu, mais nous le ( naissons
par des Lettres de Charles IV dont il va être question.
Il III .11. AN l'ITAHT, CHIIU ItdlL.N ET Poi.ll,
Pitart de « dilectus cirurgicus noster », dans un acte qui d
pour 1ml d'assurer la transmission de ces biens-fonds, après
La mort du possesseur viager, et moyennant un cens annuel
de 2o livres tournois, à Robert du Sartrin, garde du sceau
royal à Carentan1. Il est donc bien établi que notre chirur-
gien n'est pas mort en 1315, comme on l'a affirmé gratui-
tement, mais au plus tôt en 1327, probablement même après
septembre 1328, car Robert du Sartrin fit confirmer, à cette
date, par Philippe VI la donation de Charles IV2, et il
semble que, si Pitart fût mort dans l'intervalle, son succes-
seur désigné à Picauville aurait notifié le fait à la chancel-
lerie royale.
Entre ces deux dates, 1292 et 1328, se placent deux
monuments, de nature très dissemblable, où figure le nom
de Jean Pitart, et dont il nous faut parler avec quelques
détails.
En 1310, notre chirurgien lit creuser un puits dans la
cour d'une maison de la Cité, sise dans la rue qui prit plus
tard le nom de rue de la Licorne. Ce puits existait encore
en 1611, date a laquelle la maison fut rebâtie. Il portait
l'inscription suivante, aujourd'hui disparue :
Jehan Pitard en ce repaire,
Chirurgien le roy, fit faire
Ce puits en l'an] mil trois cens dix,
Dont Dieu lui doint son paradis3.
1. Arch. nat.. .1.1 64, n" 361. L'acte est daté « apud Villam Looys »,
aujourd'hui Villuis, cant. de Bray-sur-Seine, arr. de Provins (Seine-et-
Marne); il concède en même temps à Hubert du Sartrin, moyennant un
cens de 6 livres tournois, les marais de Gorges (cant. de Périers, arr. de
Coutance-
2. Arch. nat., .T,I 65 A. n° 284. L'acte est daté du camp près d'Ypres : il
reproduit non pas l'acte de Charles IV visé plus haut, mais deux actes dis-
tincts, datés également de Villuis, février 1327. l'un relatif au viager de
Pitart à Picauville, l'autre relatif aux marais de Gorges. Cf. H. Berthaut,
loc. cil., p. 78-79, où sont publiées, peu correctement, quelques lignes des
lett res de Philippe VI.
3. Quesnay, lieclwrches... sur l'origine... de la chirurgie en France,
p. 37, note 6. L'auteur dit que - M. de la Noue vit cette inscription auprès
JEAN PITART, CHIRURGIEN ET POÈTE 101
On considère généralement cette construction de Pitart
comme une œuvre de philanthropie, destinée à combattre le
danger que présentait dès lors l'usage de l'eau de Seine
pour l'alimentation publique, et l'on voit dans l'inscription
même un témoignage de la reconnaissance de ses contempo-
rains. L'inscription a du être gravée sur la margelle du
puits dès l'achèvement des travaux, en 1310. Nous sommes
persuadé que Pitart l'a rédigée lui-même, ayant pleine cons-
cience qu'il avait fait œuvre méritoire en construisant ce
modeste édifice. Rien n'empêche de croire, mais rien ne
prouve que ses contemporains aient partagé ce sentiment.
Au mois de novembre 1311, le roi Philippe IV promul-
gua solennellement un édit réglementant l'exercice de la
chirurgie dans l'étendue de la ville et de la vicomte de
Paris1. L'idée n'était pas nouvelle, et le terrain était déjà
préparé. Dès le règne de saint Louis, le prévôt de Paris,
Etienne Boileau, avait institué une commission de six
<> cyrurgiens jurez examineeur[s] », chargée de dresser la
liste des chirurgiens dignes d'exercer le métier'2. Le
lundi 21 août 1301, vingt-neuf barbiers parisiens, qui
exerçaient la chirurgie, furent convoqués personnellement,
et il leur fut interdit « sus peine de corps et d'avoir »
de continuer leur exercice avant d'avoir été examinés
par les maîtres3. La seule nouveauté de l'édit de 1311
consiste en ce que le chirurgien royal, maître Jean Pitart.
est chargé spécialement de présider et de convoquer,
quand il y aura lieu, la commission d'examen. Le nombre
du puits en la cour ». Il cite comme source le registre E, feuillet 219 v°, des
archives de l'Académie de chirurgie, aujourd'hui introuvables.
^ 1. Arch. nat., J.I 46, n" 20. fol. 20; Y 2, fol. 36; Y 12. fol. 167. Cet relit a
été plusieurs fois publié, notamment par F. Quesnay dans ses Recherches
citées, p. 137- 1 io.
2. Livre des Métiers, titre XCVI, éd. H. de Lespinasse et V. Bonnardot
(Paris, 1879), p. 208.
3. Quesnay. Recherches citées, p. '.:(:>: R. de Lespinasse. Métiers et cor-
porations de lu ville de Paris (Paris, 1897 . t. III. p. 628i
f02 JEAN PITART, CHIRURGIEN El POÈTE
des membres de cette commission n'est pas fixé. Le rùle de
président attribué à Jean Pitart doit passer après lui à son
successeur dans ses fonctions de chirurgien royal, mesure
destinée à assurer à L'avenir l'observation de l'édit de 131 1 .
Il est permis de supposer, non seulement que l'influence
prise à la cour par Pitart a provoqué la publication de cet
édit solennel, mais que sa plume n'est pas étrangère à la
rédaction du préambule, où les abus auxquels donnait lieu
l'exercice de la chirurgie sont vigoureusement stigmatisés,
et où la dignité scientifique de la ville de Paris est exaltée
en termes magnifiques qui méritent d'être cités '.
Tel nous apparaît, d'après les documents authentiques, le
rôle de Jean Pitart comme chirurgien et comme gardien du
bon renom des études chirurgicales dans la capitale de la
France. Si la postérité l'a exagéré en voyant dans Pitart le
« fondateur du Collège de chirurgie », si des apologistes
sans critique, pour rehausser l'éclat de sa biographie, en ont
faussé les limites chronologiques, on ne saurait nier que sa
renommée ne repose sur de solides fondements. L Ecole de
chirurgie de Paris, devenue Académie au xvme siècle, garda
le culte de sa mémoire et fit exécuter son portrait. Cette
toile nous est parvenue et a été plusieurs fois reproduite
par la gravure -'. Il est difficile de lui assigner une date pré-
cise, mais il suffit de la considérer pour affirmer qu'elle ne
remonte pas au delà des premières années du xvue siècle3.
Sur le mur du péristyle de la nouvelle Ecole de chirurgie4,
construction qui consacra la réputation de l'architecte Gon-
1. « Ne in villa Parisiensi, quae proprie locus est fhientissimi fontis
scientiae, quœ eliam scientes parit et. in utero recipiens ignorantes, tan-
dem siue fontis sapientiae germinosis i kat>>s rivulis diversarum faculta-
tum reddil scientiis insignitos, talia de cetero perpetrentur. » (Quesnay,
Recherches, p. i-'^.
2. Tout d'abord, cl fort librement, dans l'ouvrage de Quesnay déjà cité,
3. Description cl reproduction dans Nue Legrand, Les collections nrlis-
liijiies Je la Faculté de médecine de Paris l'aris. 1911, in-4"), p. 41 et pi. 8.
La notice biographique est sans valeur.
i. Aujourd'hui occupée par la Faculté de médecine,
JEAN PITART, CHIRURGIEN ET POÈTE 103
doin et qui fut inaugurée solennellement en 1775, on avait
fait sculpter cinq médaillons en bas-relief, hommage aux plus
célèbres chirurgiens français : Jean Pitart y voisine avec
Ambroise Paré, Georges Mareschal, François de La Peyro-
nie et Jean-Louis Petit. Des poètes de circonstance firent
entendre leur voix à cette occasion, notamment le chirur-
gien Périlhe, à qui nous empruntons ces quatre vers, où le
« génie » de Pitart est révélé à la postérité :
Paré, Pitart, La Peyronie,
Et vous, Mareschal et Petit,
Des bienfaits de votre génie
Vous allez recueillir le fruit '.
II
SES ECRITS
Pendant longtemps Jean Pitart a passé pour n'avoir rien
écrit ou du moins on croyait que rien de ce qu'il avait pu
écrire ne nous était parvenu : c'est ce dont les auteurs de
Y Histoire littéraire de la France se sont jadis portés garants 2.
Malgaigne avait cependant remarqué dans un recueil manu-
scrit deux recettes médicales en français auxquelles le nom
de Pitart se trouve attaché3. En 1907, le Dr Karl Sudhoff
a trouvé dans un manuscrit de la Bibliothèque communale
de Lunebourg, une compilation latine intitulée : Expéri-
menta magistri Jo. Pickaert, qu'il a publiée sous le nom
de notre chirurgien 4. Nous allons d'abord discuter le bien
fondé de cette attribution ; nous parlerons ensuite d'une
1. Cf. Gabriel Mareschal de Bièvre, Georges Mareschal. seic/neur de
Bièvre (Paris. 1906 . p. :>l :>.
2. ffist. litt., t. XVI, p. 96; I. XXIV, p. 171 : t. XXVIII, p. :V26.
'■*>. Œuvres d' Ambroise Paré, (. I, p. i.. d'après le ms. B. X. IV. -'nui alors
COté 7917 .
i. Ein chirnrgisches Manual des Jean Pitard, Leipzig, i [1908 . tirage à part
de VArchiv fur Geschichte der Mcilizin.
101 JKAN PI l'Ait'!', CHIRURGIEN ET POÈTE
poésie française que personne jusqu'ici n'a songé à attribuer
à maître Jean Pitart, bien qu'elle porte son nom en acros-
tiche.
1. — Recueil de recettes médicales attribué à Jean Pitart.
Le D1' Sudhoff considère le texte latin du manuscrit de
Lunebourg, sinon comme le texte original, du moins comme
celui qui s'en rapproche le plus. Il suppose qu'il en a été
l'ait anciennement une traduction française, aujourd'hui
perdue, mais dont deux manuscrits nous ont transmis des
rédactions plus ou moins développées, à savoir le ms. fr.
12323 de la Bibliothèque nationale et le ms. n° 1 de l'Ecole
supérieure de pharmacie de Paris, et dont quelques autres
nous offrent des extraits fragmentaires, notamment les
mss. fr. 2001 et 2046 de la Bibliothèque nationale et le
ms. n° 1037 de la Bibliothèque Sainte-Geneviève '. Nous
ne saurions partager cette manière de voir. La comparaison
du texte latin avec le texte français prouve clairement que
le premier a été fait sur le second. Le traducteur n'a pas
toujours pris la peine de mettre en latin le texte français
qu'il avait sous les yeux; il l'a parfois reproduit tel quel,
avec plus ou moins d'exactitude. Tel est le cas qui se pré-
sente dès la première recette, où on lit, : « mittatis supra
unam tubulam quae sit uncta ex olio oliva-, et soit la toille
bene forte de una parte 2 », ce qui correspond au texte fran-
çais : « puis la mettes sur une table qui soit ointe d'uile
d'olive et soit bien frotee d'une part*. »
Cette première recette est ainsi enregistrée dans la table
1. Il ignore que la rédaction française se trouvait aussi dans le ms. L. V,
17 de la Bibliothèque de Turin et qu'un autre manuscrit de cette même
bibliothèque, cote M, IV, 1 1, contenait un abrégé de cette rédaction. Ces
deux manuscrits ont péri dans l'incendie du 25-26 janvier 190i ; mais
M. Jules Camus en avait pris copie et, dès 1895, il promettait de donner,
avec le concours de M. A. Sàlmon, une édition du Recueil en question, qui
n'a malheureusement pas encore paru. Voir la Rev. des langues romanes,
Montpellier, 1895, t. XXX VIII, p. i I .
2. Sudhoff, op. laud., p. 211.
3. //)., p. 212.
JEAN PITAKT, CHIKUKGIEN ET POÈTE 105
des chapitres qui ouvre le recueil de Lunebourg : « Uti-
lium magistri Johannis Piccardi contra omnes plaças tybia-
rum et aliorum membrorum1. » Que signifie le premier
mot du texte latin? Les textes français flottent entre : C'est
Vistoire2, C'est la taille -\ C'est la table* et C'est la toile
maistre Jehan Pitart contre toutes bleceures de jambes et
d'autres lieus:\ La bonne leçon est toile, terme de l'art
conservé presque jusqu'à nos jours comme synonyme de
<( sparadrap » 6 : le traducteur n'a pas bien lu ou n'a pas
bien compris ce terme, qu'il aurait dû rendre simplement
par tela, et il a forgé, au petit bonheur, le pseudo-latin uti-
lium, auquel il semble attribuer le sens de « recette utile ».
Plus loin, il est question d'un « unguentum quod voca-
tur in lingua gallica aucect1 ». L'énigmatique aucect cache
l'ancien mot français antrect, pour entrait, nom générique
signifiant «emplâtre», que le traducteur a pris pour le
nom d'un « unguentum » spécial. Il commet des erreurs
autrement graves. On lit la phrase suivante dans le texte
français : « Se il y avoit boue, vous le savriés au flairier au
nés : sy puoit, il y averoit boue*. » C'est clair. Pourtant,
voyez le galimatias qu'il en a tiré : « Si scire volueris si sit
bonum vel ne, quia si bonum sit, vos senti[reti]s fetorem
ad nasum9. » Evidemment, le traducteur, ne comprenant
1. Sudhoff, p. 105-199.
2. Bibl. nat. fr. 2001, dans Sudhoff, p. 191.
3. Bibl. nat. fr. 2046, ib., p. 196.
4. Bibl. de l'École de pharmacie, ms. n° 1, ib., p. 21 1 .
5. Bibl. nat. fr. 12323, ib., p. 202 et 21 1 .
6. La toile Jehan Pitarl n'a pas eu, il faut l'avouer, le même succès que
la toile Gautier, probablement ainsi nommée en souvenir du médecin
auquel VHist. litt. a consacré un article, t. XXI, p. 411,415 et mentionnée
parla plupart des pharmacopées; voir notamment Charas, Pharmacopée
royale (Paris. 1676), p. 569. et Littré et Bobin, Dict. de Médecine, au mol
TOILE.
T. Sudhoff, p. 222.
s. Sudhoff, p. 212, imprime ainsi le texte français : « Et sce il y avoit voé
vous le sarieres aux flairier aux nés sy puoit il y averoit voe. »
9. Sudhoff, p. 212.
1 06 JEAN PITAlîï. CHIRURGIEN F. I POÈTE
pas le substantif français houe, employé au sens de « pus »,
l'a pris pour l'adjectif féminin boue, « bonne ».
Il serait fastidieux de poursuivre la comparaison des deux
textes1. Mais si le traducteur sait très mal le français, il
est assez familier avec l'italien et l'espagnol. Il écrit scor/za
pour « écorce » 2, fortczella pour « estomac » •'. et il appelle
le son rcmula, ce qui ne se comprend que de la part d'un
Italien du Nord '. Des termes comme campanilla pour la
luette ', durasne pour le pêcher0, harros pour la berle 7,
garhanzos pour les pois chiches s viennent certainement de
L'Espagne; d'ailleurs, l'auteur nous dit formellement qu'en
espagnol les dartres s'appellent empendes'1 et les rousses ou
gardons vermeroeles*{\ On peut donc hardiment affirmer que
le texte latin de Lunebourg n'émane directement ni de Jean
Pitart ni même de l'école médicale ou chirurgicale de Paris.
En fin de compte, il faut s appuyer uniquement sur le
texte des manuscrits français, lesquels ne connaissent pas
ces interpolations exotiques, pour déterminer l'origine du
Recueil. Malgré leurs divergences de détail, ces textes s'ac-
cordent entre eux et avec le texte latin pour attribuer à
Charles, comte de Valois, père du roi de France Phi-
lippe VI, l'initiative de la rédaction. Voici en quels termes
le fait le manuscrit de l'Ecole de pharmacie u.
1. Notons cependant que le traducteur a confondu le nom de la plante
dite aurone avec le mot couronne et l'a rendu par corona (SudhofT, p. 226 :
qu'il a pris un petit chien (anc. fr. chael) pour un pourceau (ib., p. 2 18 .
etc., etc.
2. Sudhoff, p. 229 et 253.
3. //)., p. 237; cf. l'anc. fr. fourcele.
1. Ib.. p. 227; cf. l'ilal. dialectal remola.
5. Ib., p. 201.
6. Ib., p. 251 : cf. l'espagnol durazno.
7. //)., p. 255: cf. l'espagnol berro,
8. //)., p. 259. Le manuscrit porte, parait-il. gorhanzos.
9. lh.. p. 2i(>. Au lieu de lingua cattelana, il faut lire lingua ea.stela.na :
l'espagnol moderne dit empeine.
10. Ib., p. 2 18. Il faut lire vermejoeles; l'espagnol moderne dit bennejuela.
I 1. Je suis le manuscrit et non le Dr Sudhoff p. 206-207), qui a commis
quelques menues fautes de lecture.
JEAN PITART, CHIRURGIEN ET POÈTE 107
Monseigneur Charles, conte de Valois, d'Alençon ' et de Chartres
et d'Anjou, fist faire ce livre, qui est bon et profitable pour garir
touttes manières de plaies vieles et novelles et pour aucune[s]
aullre^s] malaidies aussi. Et saichent certainement tous ceulx qui le
verront que, se le oignement (sic) et les chosses qui sont ou dit livre
sont2 bien fait (sic) a leur droit, et l'en en use si comme l'on doit,
que les trouvères merveilleu[sejinent profitables, car elle~s] sont
bien esprovee[s] par ledit conte de Valois et par maistrefs] de cyro-
logie (sic) des meilleurs en leur temps qui en ont ouvrés (sic) en
moût de grant (sic) maladies, et par especial ung moût bon maistre
que l'on nonmoit maistre Jehan Le Picart (sic), en ce temps le meil-
leur qui fut (sic), et estoit cirugien du roy de France.
Le manuscrit de la Bibliothèque Sainte-Geneviève asso-
cie le nom de Mondeville à celui de Pitart :
Ensievent les recheites de cirurgie que Monsr Charles de Valois
fist faire et acomplir... par maistre Jehan Picart (sic) et maistre Jehan
(sic) de Mondeville, cirurgien[s] du roy pour le camp [corriger : temps]
de Phelipe le Bel, lors roy de France, et qui furent le sj plus souffi-
sans en l'art de cyrurgie qui aient demouré en France, en J'estude
de Paris, dont il soit mémoire 3.
Dans le corps même du Recueil, le ms. 12323 de la Biblio-
thèque nationale attribue nominativement à notre auteur
les recettes n° 1 (la toile maistre Jehan Pitart) et n°6 (l'em-
plastre maistre Jehan Pitart). Nous conclurons sans hési-
ter que le Recueil n'est pas l'œuvre de Jean Pitart, mais
d'un compilateur postérieur. Ce compilateur savait, soit
pour l'avoir lu dans les écrits de Mondeville, soit par des
renseignements personnels, que le comte de Valois avait été
le protecteur de Pitart : peut-être ne s'est-il servi de ces
deux noms que pour donner du crédit à son Recueil. Tant
que nous ne posséderons pas d'édition critique, il sera pru-
dent de réserver la réponse qu'il convient de faire à ces
deux questions : a quelle époque vivait l'auteur du « Livre
1. Ms. : delencon.
2. Ms. : Hure et sont.
3. Sudhoff, p. 197,
1 OS JEAN PITART, CHIRURGIEN ET POETE
monseigneur Charles de Valois »? Ouelle confiance mérite
la tradition d'après laquelle le père de Philippe VI en aurait
provoqué la rédaction ? En tout cas, il paraît certain que ce
« livre » émane de l'école de Paris ; le témoignage de celui
qui l'a compilé est à retenir, et il constitue une nouvelle
preuve de l'autorité que maître Jean Pitart s'était acquise
dans cette école, sinon comme auteur, du moins comme
praticien. On sait que sa méthode pour le traitement des
plaies, méthode expliquée et suivie par Mondeville, souleva
une vive opposition parmi les chirurgiens et les médecins
français de son temps1. De bons juges l'estiment préfé-
rable à celle de ses concurrents-'. Nous nous en rapportons
à eux, et il faut croire que le sentiment public se montra
favorable à cette méthode, puisque notre compilateur ano-
nyme a placé son Recueil sous le patronage de Pitart et de
son protecteur princier, le comte de Valois.
2. — Le Dit de Bigamie.
Le manuscrit CXXX.E. 5 de la Bibliothèque de l'Univer-
sité de Pavie nous a conservé un « dit » français de 158 vers
octosyllabiques,à rimes plates, intitulé : Le Dit de Bigamie.
On n'en connaît pas d'autre copie, et personne ne l'avait
signalé avant 1 870, date de l'édition qu'en a donnée le pro-
fesseur Adolf Mussafia :!. L'auteur, plaidant sa propre cause,
prend la défense du clerc « bigame », c'est-à-dire de celui
qui, devenu veuf, a contracté un second mariage. Il proteste
contre l'opinion courante, qui tient le « bigame » non seu-
lement pour malheureux, mais pour coupable,
Car il en pert qui passe avoir,
C'est priviliege de couronne v. 10-11 .
1. Voir Hist. Utt., I. XXVIII. p. 336, 337, 338.
•2. Voir notamment ce qu'on dit le D" E. Xieaise, Chirurgie de tnaitre
Henri de Mondeville Paris. 1893), p. xvi-xix.
3. Sitzunysberichte de l'Académie de Vienne, se. hist. et pliilol., janvl-
mars 1870, l. LXIV, p. .'tSô et s.
JEAN PlîÀRÎ, CtUKLRGlEIS ET POÈTE i()£)
Le mariage, dit-il, a été institué par Dieu lui-même et
c'est une manière de couronne qui vaut bien la couronne
cléricale :
Et Diex, qui toute rienz nature,
Adan à Eve maria
Et aussi tost que mari a
A li douné, ceste parole
Leur dist, si com la loy parole,
Nature, par quoi les coupla,
Et dit, en faisant d'euls couple, a
Qu'il pensent de mouteploier.
Obeï'r doit moult et ploier
Chascun à si noble commant (v. 20-29).
L'auteur insiste sur la légitimité du mariage, dont il
oppose la sage pratique aux austérités des différents ordres
religieux fondés par des saints qui ont voulu aller au delà
des obligations de la loi naturelle et de la loi divine :
Et miex me vaut bigamus estre
Qu'antrer en relegieus estre,
Et puis m'en repante demain;
Conques Jésus Crist le demain
Des moinnes ne leur establie
N'establi par loi establie (v. 71-76)...
Car Jacobins n'autre[s] couvens
Ne fist Diex, je vous ai couvens;
Mais sfainsl Bernart et s[ains] François
E[tj sjains] Dominiques, françois,
Les ont, qui selonc leur voloir
Por la volante Dieu vouloir
Eslurent l'ordre que maintiennent
Cil qu'orendroit en leur main tiennent
Del monde la greigneur partie (v. 89-97).
Pour lui, il a pris son parti depuis longtemps : il estime
que le mariage est l'état dans lequel il peut le mieux faire
son salut. Pourquoi vilipender celui qui convole de nouveau
en justes noces, puisque « le droit escript » et « les lois
Dieu » l'autorisent à agir ainsi?
Ml) JEAN PITART, CHIRURGIEN ET POETE
S'aucuns prenoil famés ja «lis,
Si coin aucun firent jadis
Deus ou trois, de rien ne mesfait v. 83-85).
Il s'est marié une seconde fois; il le proclame, et il
estime qu'il a agi sagement :
Si di, qui que m'en blasnie ou prise,
Qu'an moi mariant n'ai mesprîs
A la seconde fois, mes pris
Le meillieur, je vous asseiir,
Des esta/, pour vivre asseiir
Senz faire pechié et folie (v. 108-113).
Les vers 124-132 contiennent la déclaration suivante :
Tant rli je bien et mon non dure
Dusques ici qui fis ce conte
Qui de bigamie vous conte,
Et mon seurnom tout à délivre '.
Cil qui counnoist leistre de livre
Puet trouver tout apertement
— Ou escripture aperle ment2 —
En onze verz desus escriz,
Dont I est li premierz escriz.
Guidé par le poète lui-même, le professeur Mussafia est
remonté au v. 114, qui commence effectivement par la lettre
I (ou J), et il a lu en acrostiche le nom et le surnom
annoncés, à savoir : jehas pitart. Mais il s'en est tenu là,
ce qui prouve que la notoriété de notre chirurgien n'était
pas parvenue jusqu'à lui.
Le lecteur a pu se convaincre, par les extraits que nous
avons cités, que l'auteur du D'il de Bit/amie n'a rien d'un
vrai poète. Comme il a été dit plus haut, le chirurgien Pitart
peut être soupçonné d'avoir rimé les quatre vers inscrits
1. Mussafia ne met aucune ponctuation après ce vers.
2. Mussafia marque le mot ou d'un accent grave, le prenant pour l'ad-
verbe, et il imprime les vers 129-130 sans aucun signe de ponctuation. Sa
leçon prouve qu'il n'a pas compris le texte qu'il éditait, ce qui n'est pas
surprenant, étant donné le style de Jean Pitart.
JEAN PITART, CHIRURGIEN ET POÈTE 1 1 1
sur la margelle du puits qu'il avait fait creuser dans la cour
de sa maison de la Cité, et où son nom est soigneusement
mis en évidence. Le même souci d'attirer l'attention sur la
personne de l'auteur se fait jour, plus naïvement encore,
dans le Dit de Bigamie. Celui qui l'a composé, bien qu'il
se soit astreint au rude exercice de la rime équivoquée, n'ar-
rive pas à prendre le ton d'un poète d'inspiration ou de
profession. C'est un homme de sens pratique, qui cultive
son « moi », que rien ne décidera à sacrifier les droits de
la nature aux exigences d'un ascétisme imprudent. Nous
sommes persuadé que l'auteur du Dit de Bigamie ne fait
qu'un avec le chirurgien des derniers Capétiens directs,
hypothèse qui donne à maître Jean Pitartcun titre de plus
à figurer dans Y Histoire littéraire de la France, mais qui ne
nous autorise pas à revendiquer pour lui une place consi-
dérable dans la liste des poètes français.
Nous ne croyons pas que les bibliothèques recèlent
d'autre œuvre qui se réclame du nom de notre personnage,
soit dans le domaine de la médecine ou de la chirurgie,
soit dans celui de la poésie. Il n'y a qu'à louer maître Jean
Pitart de la discrétion avec laquelle il a cultivé la muse
française. Mais quand on songe à la haute situation qu'il a
occupée de son vivant comme chirurgien et aux hommages
qui lui ont été rendus après sa mort, on lui en veut un peu
de n'avoir pas trouvé le temps de rédiger un traité de chi-
rurgie, comme l'a fait son élève Henri de Mondeville, en
songeant « ad utilitatem communem, quae pneponenda est
utilitati singulari » l. Disons plus. On comprend et on n'est
pas loin d'approuver la boutade échappée sur son compte à
un des grands chirurgiens du xixe siècle : « Pitart est une
de ces renommées fantastiques qui, comme ces héros de la
cour de Charlemagne, tiennent bien plus de place dans la
fable que dans l'histoire2. »
1. Die Chirurgie des II. von Mondeville, éd. Pagel, p. lu.
2. Malgaigne, Œuvres complètes d'Ambroise Paré Pans. 1840), t. I.
[). XL IX.
Livres offerts
Le Sechétaire perpétuel présente de la part de M. M. Nehlil,
directeur de l'École Supérieure de langue arabe et de dialectes ber-
bères de Rabat, un ouvrage intitulé : Lettres châri/iennes (128 docu-
ments reproduits en facsimilé), lre partie. Textes (Paris, in-4°).
ERRATA
Année 1915, p. 540, ligne 4, lire : la présence du licteur rend cer-
taine celle d'un sixième personnage. — P. 539, supprimer les notes
3 et 4. — P. 542, ligne 33, ajouter cette note : « Si la scène se passe
au tribunal, tout ce qui est étranger à la solennité de l'action de la
loi doit à plus forte raison être écarté. — P. 545, transposer les notes
1,2, 3, en leur donnant les numéros 2, 3, 1.
Le Gérant, A. Picard.
MAÇON, riliiTAT FKERES, [MI'lilMKIUS
\»
COMPTES RENDUS DES SÉANCES
DE
L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES -LETTRES
PENDANT L'ANNÉE 1916
PRÉSIDENCE DE M. MAURICE CROISET
SÉANCE DU 3 MARS
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
Le Secrétaire perpétuel donne lecture de la correspondance
qui comprend :
1° Une lettre datée de Vérone, 24 février, par laquelle M. le
professeur Calligari remercie l'Académie de lui avoir décerné
un prix sur la fondation du duc de Loubat;
2° Une lettre du Président de la Société italienne pour le pro-
grès des sciences invitant l'Académie à envoyer quelques délé-
gués à la réunion de cette Société qui se tiendra à Rome du 1er
au 3 mars 1916 ;
3° Une lettre de M. H. A. Giles, professeur de chinois à l'Uni-
versité de Cambridge, priant l'Académie d'accepter le don d'une
somme d'argent destinée à fonder, en faveur des Français seuls,
un prix biennal pour le meilleur ouvrage écrit sur la Chine, sur
le Japon ou sur l' Extrême-Orient en général :
« Je suis amené, dit-il, à demander cette faveur pour les con-
sidérations suivantes : 1° la prééminence indiscutable des
orientalistes français, spécialement en chinois; 2° la générosité
sans pareille qui a ouvert à tout venant une récompense telle
que le prix Stanislas Julien, et je voudrais qu'il me fût permis
19V. S
114 SÉANCE DU 3 MARS 191 G
d'ajouter : l'héroïsme indomptable el l'esprit de sacrifice des
hommes el des femmes de France, avec lesquels j'ai assez vécu
pour en rendre maintenant témoignage. »
L'Académie appréciera à sa juste valeur le sentiment qui a
dicté sa résolution à M. le professeur Giles, et elle acceptera le
don avec reconnaissance, les formalités nécessaires une fois
remplies pour obtenir l'autorisation officielle de l'accepter.
Enfin, à propos de la correspondance, le Secrétaire perpétuel
annonce qu'en remplacement de M. Mézières, décédé, l'Académie
française a nommé notre confrère Mgr Duciiks.m; membre de la
Commission du prix Volney.
M. Babelon annonce à l'Académie que la Commission du prix
Duchalais a décerné le prix de numismatique médiévale à M. A.
Dieudonné, pour son ouvrage intitulé : Manuel de numismatique
française. Tome II. Monnaies royales françaises depuis Hugues
Capel jusqu'à la Révolution.
M. Chavannes annonce ensuite que le prix Stanislas Julien
est décerné à M. Bernhard Ivarlgrest, docteur de l'Université
d'Upsal, pour son livre intitulé : Eludes de phonologie chinoise.
M. Paul Girard étudie le mot Tcooàoxv); dans Y Iliade. Ce mot
est une épithète d'Achille et fait allusion, sans aucun doute pos-
sible, à l'agilité légendaire de ce héros. Cependant, on le trouve
aussi employé par le poète comme nom propre, et sa composi-
tion fait songer à ces surnoms de chefs qui sont devenus des
noms, et qui semblent avoir eu pour objet de glorifier la solidité
de la résistance dans la défensive comme l'une des qualités
essentielles du roi, du conducteur d'hommes. La même qualité
a pu, originairement, être attribuée à Achille. Mais le sens de
TroBâoy.r,?, évoluant sous l'influence d'une conception différente
du héros, se serait identifié pour Homère, et déjà peut-être pour
ses devanciers, avec celui de qualificatifs postérieurs tels que
7rooa; (oxuç et ttoScox.'^?.
MM. Théodore Reinach et Maurice Croïset présentent
quelques observations.
M. Morel-Fatio communique une lettre d'un ambassadeur
L1VHÊS OFFERTS US
de Charles-Quint à Rome où il est parlé d'une invention nau-
tique mystérieuse de Jean Lascaris. Tout ce que le document
nous apprend, c'est qu'il s'agit d'un engin permettant aux
navires, même d'un fort tonnage, de naviguer par temps calme.
La lettre en question permet aussi de rectifier certains détails
de la biographie de Lascaris.
LIVRES OFFERTS
M. Collignon fait hommage à l'Académie, au nom de la Commis-
sion de publication des fouilles de Delphes, d'un fascicule de l'ou-
vrage intitulé : Fouillas de Delphes. Tome IL Topographie et archi-
tecture. La terrasse du temple, par F. Courby. Premier fascicule
(Paris, Fontemoing, 191.')) :
« J'ai l'honneur de déposer sur le bureau de l'Académie, un peu
tardivement, le fascicule que M. F. Courby a consacré à l'étude de
l'édifice qui était le centre religieux du sanctuaire de Delphes, le
temple d'Apollon Pythien. Les recherches antérieures de M. Homolle
avaient déjà fixé les phases de l'histoire du temple. Au cours de
plusieurs missions accomplies à Delphes avec le concours de
M. Lacoste, architecte, .M. Courby a repris en détail l'examen des
ruines qu'il a pour ainsi dire interrogées pierre par pierre. C'est le
résultat de ces recherches qu'il expose dans un travail aussi remar-
quable par la précision de la méthode que par la clarté de l'exposi-
tion.
«M. Courby étudie d'abord le temple du ive siècle, reconstruit après
l'événement qui, peu de temps avant l'année 371, causa la destruc-
tion du temple plue ancien, édifié au vie siècle. On ne saurait ana-
lyser les pa^es illustrées de nombreux plans et relevés, où il exa-
mine le plan du temple, l'élévation de la péristasis, les éléments
de l'ordre intérieur et extérieur, et montre comment le plan
avait été imposé à l'architecte par la nécessité de maintenir les
anciennes fondations. Mais il faut signaler l'importance des con-
clusions auxquelles l'a conduit, sur un point essentiel, une élude
attentive de l'étal actuel. M. Courby a pu restituer en toute certitude,
au fond et sur le côté sud de la cella, une sorte de chapelle qui est
I .idi/lun. et dont il ;i dressé un plan schématique. Elle communi-
110 LIVRES ÔPFÉRfS
quait par un escalier avec l'autre prophétique de la Pythie, qui
s'étendait sous Pédicule. Rappelons encore (jue M. Courby a eu la
bonne fortune de retrouver en 1913, sur remplacement même de
Vadyton, le véritable omphalos en pôros el qu'il a réservé à l'Aca-
démie la primeur de cette précieuse découverte {Comptes rendus,
1914, p. 2">7-270). Il est donc aujourd'hui possible de prendre une
idée assez exacte de Vadyton delphique, dont la simplicité ne laisse
pas de surprendre. C'était, écrit l'auteur, « une chapelle étroite et
« inconfortable, moins riche en œuvres précieuses qu'en souvenirs
« légendaires et en dons pieux, encombrée d'un banc pour les consul-
« tants, d'une statue, des deux monuments réservés aux Ilosioi, où
« s'ouvrait l'orifice de l'escalier qui donnait accès au caveau de la pro-
« phétesse, et dans une encoignure duquel l'omphalos était relégué, à
«même le dallage, ou sur quelque socle sans beauté». Grâce à la minu-
tieuse enquête conduite par M. Courby, les ruines du temple du
ive siècle, si insuffisantes qu'elles paraissent, nous parlent plus clai-
rement qu'on n'aurait osé l'espérer. On peut apprécier dans son
ensemble cet édifice construit avec des ressources moindres que
celles dont disposaient les architectes du temple antérieur, et pour
le plan duquel il avait fallu compter avec des nécessités techniques
et rituelles. Il semble néanmoins avoir été digne de sa renommée.
« Un second chapitre est consacré à l'histoire du temple du vie siècle,
à l'achèvement duquel participèrent les Alcméonides. M. Homolle
avait déjà fixé les dates essentielles de l'histoire de l'édifice et mon-
tré qu'il était déjà en cours de construction quand les Alcméonides
intervinrent, en 513, pour le doter de sa décoration extérieure et de
ses deux frontons. M. Courby en attribue la destruction non pas à un
incendie ou à une secousse sismique, mais à un afflux torrentiel
d'eaux souterraines qui en provoqua l'écroulement. Les matériaux
ont été réemployés en grande partie et les fondations ont été utili-
sées pour le temple du ive siècle. On a retrouvé d'importants débris
des deux frontons, et leur mise en place a fait l'objet d'une récente
étude de M. Courby Bulletin de correspondance hellénique, XXVIII,
1914). Il reste donc assez d'éléments pour qu'il soit possible de pro-
poser une restitution du monument. L'exposé de l'histoire des deux
temples termine ce fascicule qui inaugure brillamment le volume où
seront traitées les questions relatives à la topographie el à l'archi-
tecture de Delphes.
« Le manuscrit de M. Courby était terminé avant le mois de juillet
1914. Il se préparait à en suivre l'impression lorsque la mobilisa-
tion le rappela en France. D'abord sergent d'infanterie, il est aujour-
d'hui interprète à l'armée d'Orient, tandis que son collaborateur
SÉANCE DU 10 MARS 1916 117
M. Lacoste est dans les rangs de l'armée belge. La publication a pu
cependant suivre son cours, grâce au dévouement de M. Bourguet qui
non seulement a mis au service de M. Courby une expérience
acquise sur le terrain des fouilles, mais s'est chargé de la mise au
point du manuscrit et de la correction des épreuves. Ce fascicule
vient à point pour attester la continuité et l'énergie de l'effort fourni
par l'École française d'Athènes dans l'accomplissement d'une grande
œuvre scientifique. Je suis assuré de répondre aux sentiments de
l'Académie en remerciant et en félicitant l'auteur de cet impor-
tant travail, ainsi que les collaborateurs qui lui ont apporté leur
concours. »
M. Cagnat a la parole pour un hommage :
« Notre confrère de l'Académie des beaux-arts, M. Le.monnier,
me charge d'offrir en son nom à l'Académie le tome IV des Procès-
verbaux de l 'Académie royale d'architecture, publiés par lui avec une
subvention du legs Debrousse. Ce volume comprend la période qui
s'étend entre 1712 et 1726. Dans une introduction très approfondie,
M. Lemonnier note les changements qui s'introduisirent au début
du xvme siècle dans les préoccupations des académiciens : une part
considérable d'abord, puis à peu près exclusive, est attribuée à ce
moment à des matières purement techniques ou scientifiques. Les
procès-verbaux eux-mêmes remplissent 335 pages. »
SÉANCE DU 10 MARS
I'RESIDENCR DE M. MAURICE CROISET.
M. Salomon Reinach a la parole à propos du procès-verbal :
« Dans la dernière séance, M. Morel-Fatio avait cité un
témoignage inédit d'après lequel Jean Lascaris aurait connu le
secret d'un navire qui pouvait se mouvoir sans voiles ni rames.
M. S. Reinach rappelle, à ce propos, un petit traité latin sur les
machines de guerre, dont la date est incertaine, mais qui doit
être antérieur au moyen âge. Ce traité est une lettre adressée à
un empereur non désigné par un anonyme qui préconise des
réformes et r.fï're des projets de machines. L'une d'elles, action-
118 SKANCK DU 10 MARS 1916
née par des bœufs, doit être placée à l'intérieur d'un navire
pour mettre en mouvement des roues. Grâce à ce moteur, le
navire acquerra une force de propulsion telle quil pourra couler
tout navire ennemi au premier contact. Nous avons là certaine-
ment le plus ancien projet connu d'un navire à aubes, réalisé,
bien des siècles après, grâce à la substitution de la vapeur à la
force animale. »
Le Secrétaire perpétuel annonce qu'il a reçu une lettre de
M. le professeur Giles confirmant que dans sa première lettre il
voulait écrire : Académie des inscriptions.
A l'occasion de cette lettre. M. Chavannes dit quelques mots
au sujet de la donation du professeur H. A. Giles. La décision
prise par ce savant éminent de fonder un prix destiné à récom-
penser les publications de sinologues français n'est pas seulement
un témoignage de sympathie auquel nous sommes très sensibles :
elle annonce cette entente et cette collaboration entre travail-
leurs français et anglais qu'il est fort désirable de voir s'établir
et s'affermir dès maintenant; elle est, d'autre part, comme l'a
dit M. Giles lui-même, un hommage que le donateur a voulu
rendre à la vaillance du peuple français ; elle nous montre com-
ment l'héroïsme de nos soldats rehausse la grandeur de notre
pays dans tous les domaines et rejaillit sur la science française
dont il fait mieux apprécier la valeur.
M. Antoine Thomas donne communication d'une lettre de
M. l'abbé Vayssié, curé de Notre-Dame-du-Puy à Figeac, lui
transmettant un estampage de l'inscription provençale qu'il a
présentée à l'Académie dans la séance du 28 janvier 1916 '.
Au nom de la commission du prix Delalande-Guérineau pour
le moyen âge et la Renaissance, M. Morel-Fatio annonce que
le prix a été accordé à MM. Bernard et Henri Prost pour leur
ouvrage intitulé : Inventaires des ducs de Bourgogne. M. Ber-
nard Prost est mort, et M. Henri Prost, neveu du précédent et
continuateur de son œuvre, a été tué l'an dernier à l'ennemi.
M. J.-B. Chabot fait une communication sur les inscriptions
l. Voir ci-dessus, p. 50 et .">7.
LES INSCRIPTIONS PUNIQUES DE DOUGGA 119
nécpuniques découvertes à diverses époques dans les ruines de
Dougga. Il montre que trois de ces inscriptions, jusqu'ici mal
comprises, renferment le nom numide de cette petite cité'.
MM. Gagnât et le comte Durrieu présentent quelques obser-
vations.
M. Emile Eude lit une étude sur l'itinéraire parisien de Jeanne
d'Arc en la journée du 8 septembre 1429. On sait que, ce jour-
là, l'héroïne tenta d'enlever de vive force la ville de Paris, alors
au pouvoir de l'étranger, en escaladant les puissantes murailles
de l'enceinte de Charles V, près la porte Saint-Honoré. Son itiné-
raire, alors dans la banlieue de la capitale, se trouve tout entier
compris dans le Paris actuel. L'auteur, s'appuyant sur divers
témoignages et documents contemporains, montre que Jeanne
d'Arc, partie de l'église de La Chapelle (Saint-Denis), a dû prendre
par la rue du Faubourg- Saint-Denis, le tournant de l'hospice
Saint-Lazare, suivre le chemin du pied de la colline de Mont-
martre (rues de Paradis, Bleue, Saint-Lazare), franchir le « ruis-
seau de Ménilmontant » par le pont de la Ville-l'Evèque, au croi-
sement du boulevard Haussmann et de la rue de l'Arcade, et venir
obliquement « es champs », par divers chemins aboutissant à
notre rue d'Argenteuil, jusque sur notre place du Théâtre-Fran-
çais, où se trouvait alors la porte ou bastille Saint-Honoré. C'est
à l'assaut de cette porte que l'héroïne fut blessée... Malgré ses pro-
testations, on l'attacha sur un cheval, et l'on battit en retraite.
Cependant elle ne cessait de répéter que « la ville eût été prise ».
COMMUNICATION
LES INSCRIPTIONS PUNIQUES DE DOUGGA,
PAR M. .I.-IS. CHABOT»
Les ruines de Doug-ga ne nous ont livré qu'un petit
nombre de textes puniques ; mais parmi ces textes figurent
1. Voir ci-après.
120 LES INSCRIPTIONS PUNIQUES DE DOI'GGA
deux inscriptions auxquelles leur importance assigne une
place à part dans l'épigraphie sémitique. Ce sont les
inscriptions bilingues qui ont permis de déterminer la
valeur de 22 signes de l'écriture improprement appelée
libyque. La première, découverte en 1631, par le provençal
Thomas d'Arcos, est aujourd'hui au British Muséum. La
seconde découverte en 4901, par M. Sadoux1, a été trans-
portée au Musée du Bardo. Elle a été publiée par M. Lidz-
barski ~. L'examen de ces deux inscriptions fait partie d'un
travail sur l'alphabet libyque, que j'espère avoir l'honneur
délire prochainement devant l'Académie ; je n'en parlerai
aujourd'hui qu'incidemment.
En dehors de ces deux monuments, les autres textes
trouvés à Dougga sont, à ma connaissance :
1° Une dizaine de stèles, la plupart fragmentaires, trou-
vées en 1893 par M. le Dr Carton dans ses fouilles du
temple de Saturne, et publiées par lui dans son rapport 3;
2° Une stèle votive découverte par M. Merlin, en 1902,
et publiée par M. Ph. Berger 4 ;
3° Trois stèles votives découvertes par M. L. Poinssot,
en 1910, et publiées récemment par M. Dussaud dans le
Bulletin archéologique 5.
C'est cette dernière publication qui a attiré mon attention
sur les inscriptions de Dougga.
Pour la première des trois stèles de M. Poinssot,
M. Dussaud propose sous toutes réserves, vu le mauvais
état de la pierre, la transcription et la traduction suivantes :
. .,;,2]r!"y2'" -;~Nn 1 Au seigneur Ba'al-Hammon
. . .;.: n[:ï2]x 2 a érigé
1. Cf. Ph. Berger, Comptes rendus de VAcad., 1904, p. 406 : P. Gauckler,
Bull, archéol. du Comité, H>()5, p. 281.
2. Eine punisch-altberberische Bilinguis aus einem Tempel des Massi-
nissa Sitzunçjsber. des h. preuss. Akad. der Wiss. zu Berlin, 1913, p. 296-
304.)
3. Nouv. Archives dès missions scientifiques, t. VIII. p. 407 et suiv.
1. Bull, archéol. du Comité des Trav. hist., 19U3, p. cxl.
5. Bull, archéol.. 1914, p. 13.
LES INSCRIPTIONS PUNIQUES DE DOUGGA 121
p DJJO p 3 /?/s c/c Magonim, fils de .
• •
— — W - -à — w |
-San p ptUDDn 5 fils de Himilk.
[~\]12 DC nOE 6 // a entendu (son) nom et (Va) béni.
A priori, cette transcription présente plusieurs anoma-
lies qui en rendent la lecture fort suspecte : 1° l'emploi du
verbe 00, ériger (au lieu de TTJ ou de nï":;, dans une for-
mule commençant par le nom de la divinité ; 2° l'expres-
sion « il a entendu le nom », inconnue dans les inscrip-
tions, et incorrecte par l'absence d'un suffixe, en suppo-
sant que Q*ùJ puisse être employé dans cette formule ; — 3°
l'inscription est surmontée d'une figure qui, selon toute
vraisemblance, occupait le milieu de la stèle. On voit par
là que chaque ligne pouvait contenir jusqu'à 18 ou même
20 lettres. Dès lors, la généalogie du dédicant, qui est
nommé à la 2e ligne, se poursuivant jusqu'à la o°, com-
prendrait sept ou huit générations : ce qui est contraire
aux habitudes de l'épigraphie punique.
L'examen attentif d'un estampage l retrouvé au cabinet
du Corpus m'a permis de résoudre ces difficultés.
Voici comment je lis les parties certaines de l'inscription;
les lettres douteuses ou mutilées sont remplacées par des
points :
/ flDTlbjnb pab ] Domino Baali Hammoni
/ / /aJSttin aSya x 2 runt cives T 'hug penses : X
/ / / / / «nn pn p 3 filius Magonis; Mares, [fîlius]
/// / []]1 nitt py.W. 4 ...atan; Sobah, \ filius
[W]///DSnn p p.D. :; ..m..kan, filius Himilcomis
[D]3"Q D^p XV2['j] 6 audivit vocem eorum, henedixit eis.
Ainsi il s'agit d'une dédicace collective, faite par des
citoyens de Dougga au nombre de deux au moins, de
I. Le croquis ci-contre lif,r. 1 a été calqué sur cet estampage; il est
réduit au 1/3 de la grandeur originale
122
LES INSCRIPTIONS PUNIQUES DE DOUGGA
quatre au plus. L'étendue des lacunes ne permet pas de
préciser davantage.
A la 1. 2, le N initial appartient sans doute au dernier
mot de la ligne supérieure.
L. 3, je lis pD au lieu de DJ3D. Ce dernier nom existe
bien ; mais dans notre texte les mots sont séparés par un
petit espace, et le Q est contigu à la lettre suivante; il
fait partie du nom que je lis, avec quelque hésitation, U7T3,
¥) )/ ^î ^/
Fig\ 1. — Inscription de Doùggâ.
nom déjà connu (C.I.$.,l, 390, 799) : toutefois la 3" lettre
pourrait bien être un t.
L. 4. Le premier mot est un nom numide terminé en ]T\".
L. 5. Le dernier nom pourrait se lire roSon, si on con-
sidère comme reste d'unn le point qu'on aperçoit dans la
cassure.
L. 6. 11 est probable que le verbe était écrit nDSfttf, la lre
lettre de la f»° ligne paraissant être un V plutôt qu'un W.
LES INSCRIPTIONS PUNIQUES DE DOUGGA 123
On lit ensuite uip, et non pas Dti7; le signe que M. Dus-
saud a pris pour un "QJ est formé d'un p et d'un > liés
ensemble.
On remarquera qu'ici, comme à Maktar, dans une dédi-
cace collective, le titre de « citoyens » de la ville se place
en tête : voverunt cives Mactaritani : X... et F..; au
contraire, dans une dédicace particulière, cette qualité s'ex-
prime après le nom du dédicant : vovit TV... civis Macta-
ritanus. Je ne connais pas jusqu'à présent d'exception à
cette règle.
Malgré que la lecture de plusieurs noms propres demeure
incertaine, cette inscription est intéressante parce qu'elle
contient la vraie forme du nom de Dougga, 3Ift2n. Les
noms puniques des villes d'Afrique nous ont été révé-
lés, en général, par les monnaies. Les inscriptions nous ont
donné seulement ceux de Carthage, d'Altiburos, de Mactar,
peut-être celui du Guelma (Calama), et, selon le Corpus
(I, 309), celui de Thubursieum. Le nom de Dougga était
jusqu'ici inconnu, aussi bien dans la numismatique que dans
l'épigraphie. Nous avons restitué, il est vrai, la dernière
lettre ; mais cette restitution est justifiée par un autre
exemple. Il est emprunté à l'une des inscriptions trouvées
par le D1' Carton. Cette inscription, à laquelle M. Carton
attache une importance exagérée ', « se trouvait, dit-il,
dans les murs de la cella médiane et avait été retaillée pour
y être placée ». Ces paroles manquent de précision et on
aimerait à savoir si la pierre a été taillée pour être mise à
sa place première ou au contraire, comme je le croirais
volontiers, si elle a été tirée d'un autre endroit et employée
comme pierre de construction. Quoi qu'il en soit de son
origine, voici l'inscription qu'elle porte, gravée dans un
1. " L'opposition dé la divinité qui y est mentionnée au nom de Saturne
gravé sur le portique de l'area est un exemple frappant de la superposition
des deux cultes dans un sanctuaire de l'Afrique. » (Carton, op. cit., p. 412.
On a établi depuis longtemps l'identification de Baal-Hammon avec
Saturne. C'est la même divinité sous un nom latin et s,>us un nom punique.
124 LES INSCRIPTIONS PUNIQUES DE DOUGGA
cartouche long de 0 '" 32, haut de 0 "' 15, brise'- par en bas 1.
«rcn wk /////// / "jlnn ;*,^ poS1
p asyffi sna p / / / yjiyaari N[S]y n
ion n:^nn ////// i . . "fîDW
/ / / Ssr|/ / / / // /
L. I . Il manque vers le milieu environ 7 lettres totale-
ment effacées. Nnïï est sans doute la 3° personne du pluriel
Il n'est pas téméraire de supposer que le verbe n2~ qui signi-
h)» •' ' / •
A
Fig, 2.
Inscription de Dougga
fie proprement sacrifier, prit plus tard le sens d'offrir ; de
même que le substantif ni">2 a pris celui d'autel en général,
quelle que soit la nature des oblations qu'on y accomplisse.
L. 2. 3WM3n est écrit très distinctement. Suit une lacune
d'environ S lettres, qui était occupée par le premier nom
propre. Il faut remarquer que le second " de V">"2n
pourrait être la lettre initiale du nom propre qui occupait
la lacune. Mais les mots sont séparés par un espace assez
bien marqué et généralement plus grand que celui qui
sépare cet " du a précédent 2. — Le " de EJSîntf n'est pas
1. Le croquis reproduit l'inscription au 1/4 de la grandeur originale.
2. La lecture "ry^y^ZTl est exclue par la forme libyque qui ne contient
que les lettres 3;qp : le 1 final d'un grand nombre de noms numides, qui
est souvent omis dans les transcriptions latines par ex. Tasucta = prOD*1),
est toujours exprimé dans l'écriture libyque.
LKS INSCRIPTIONS PUNIQUES DE DÔUGGA 125
absolument certain : ce pourrait être un accident de la
pierre. Cette forme est, au reste, d'accord avec la vocalisa-
tion latine Safotas (C./.L., VIII, 23977).
L. 3. On ne distingue aucune trace de lettres avant "pi-"".
Le nom roSnn est précédé d'une lettre qui est n ou ] ; peut-
être \[1]. — Les lettres qui terminent cette ligne sont sans
doute le début d'un nom de condition, qui se continuait à la
lig-ne suivante dont il reste quelques vestiges sur la gauche.
Il est probable que cette dernière ligne n'était pas pleine,
mais commençait vers le milieu.
Le sens général de ce texte mutilé est donc :
1 Domino Baali-Haminoni quod obtulerunt
2 cives Thuggenses X films Babil ; Safot filius
3 'Ozmilk] X [filius] Hamilcat zoX> Mî-
4 ...'al
Tous les noms dont la lecture est certaine sont connus
par ailleurs, à l'exception de 37M, nom numide qui apparaît
ici pour la première fois.
Si l'on tient compte de la lecture que nous venons d'éta-
blir par un double exemple, on n'hésitera plus à recon-
naître le nom de Dougga dans la grande inscription
bilingue publiée par M. Lidzbarski. On lit à la première
ligne, selon lui, /\/\9Y/J^-Aoc)-f-'i7c)- Après avoir envisagé
la possibilité de couper les mots ainsi : ^53U? X^'JI N33, il
écarte cette hypothèse et adopte la lecture ^;2 XD8 1ÎD « die
Mitglieder des Stammes Bgg ».
Les lettres libyques correspondantes sont : [TOX-l^h
c'est-à-dire MaXTJDX. J'avais conjecturé que le ff punique
pouvait être un ^ dont la partie supérieure était brisée.
Depuis lors, M. Dussaud a republié l'inscription * et a
reconnu de son côté, sur un moulage déposé au Louvre,
que la lettre en question est bien un n. La lecture de
l. Dédicace bilingue punique-berbère en V honneur de Massinissa Bull.
;trrh.. I'"14. p. 38-42 .
121» I.F.S INSCRIPTIONS PUNIQUES DÉ DOUGGA
M. Lidzbarski devient donc impossible ; il faut nécessaire-
ment lire Win n^"2 « les citoyens de tbgg ». Mais pou-
vait-on voir sous ce dernier vocable le nom de Thougga '.'
M. Lidzbarski déclare sans hésiter qu'il n'en est rien :
« Le nom de lieu Thougga ne peut pas se trouver ici. Tugga
est un bon nom berbère qui signifie « prairie », et il devrait
être écrit quelque chose comme tg. » ■ — Invoquer la forme
berbère à l'appui d'une hypothèse paraît chose d'autant
plus surprenante que L'auteur assure n'avoir pu saisir aucun
rapport entre les mots puniques de l'inscription et les mots
en usage dans les divers dialectes berbères parlés actuel-
lement. M. Dussaud, au contraire, reconnaît que l'identi-
fication est « bien tentante ». Nous venons de montrer
qu'il avait raison. La forme 3Wn est la transcription lettre
pour lettre du nom numide. Les deux exemples que nous
avons retrouvés ajoutent la voyelle a après le premier
;//iimel : TBGâG, et peut-être même après le second :
TBGâGâ.
Une difficulté reste à éclaircir. Quel rapport y a-t-il entre
cette forme sémitique ou numide 33311, VX!ÏX2r\ et les formes
grecque (ToTJ/.xa) et latine Thugga ? C'est une question
de linguistique que je ne saurais résoudre présentement.
M. Dussaud cite, comme exemple d'un nom où le B aurait
disparu, l'ethnique W313r, qui répondrait à Tubursicum;
mais ce nom me parait répondre beaucoup mieux à Thu-
burbo. La forme du substantif était ttJTun, qu'on pronon-
çait sans doute Thuburbos] les Romains ont laissé tomber
la désinence et écrit Thuburbo, comme ils ont écrit
Tuniza n""r- Tunizan), Macter (DTOittC, Muhtarim), etc.
La raison du changement est peut-être à chercher dans
les habitudes phonétiques de la région. Les inscriptions
fournissent des indices nombreux de particularités dia-
lectales (par ex : bixit pour vixit; obes pour oves, etc.).
Mais les lois qui régissent ces transformations n'ont pas
encore été. <pie je sache, suffisamment déterminées.
"LES INSCRIPTIONS PUNIoUES DE DOUGGA 1^7
Les autres textes recueillis par M. le D1 Carton à Dous-e-a
sont quatre petits fragments, dont on ne peut tirer que des
mots incomplets, et six stèles où le texte est intact. Le carac-
tère votif de ces stèles semble attesté par les emblèmes qui
y sont représentés, en particulier par le symbole de Tanit.
Mais sur plusieurs d'entre elles on ne lit aucune formule
dédicatoire : l'épigraphe consiste en un seul nom propre.
Sur Tune, on lit en caractères puniques, simplement :
\XO. Magon.
Sur une autre : 1D27)S! ; sans doute un nom numide. (La
lre lettre est douteuse.)
Sur deux autres : "pi. — M. Carton traduit « il a béni » ;
mais les exemples précédents montrent qu'il faut y lire le
nom propre Berik.
Une autre stèle porte, gravés dans le symbole de Tanit,
les deux mots :
bîDD-O Berikbaal
T2127 ZTT
Une cinquième porte, en néopunique, le mot pno, qui
est sans doute aussi un nom numide.
La seule formule dédicatoire se trouve dans une inscrip-
tion punique de deux lignes, où on lit :
D^T--n m samim,
[N]ip K[D]ttT3 quia audivit vocem cjus.
Les six lettres de la ligne supérieure forment probable-
ment le nom propre du dédicant.
Sur les estampages de plusieurs des stèles trouvées par
le D1' Carton, je crois distinguer assez nettement les traces
de lettres plus anciennes ; ceci donne à penser que ces
pierres auraient pu être tirées d'un temple en ruines et
employées à nouveau, après martelage de l'inscription pri-
mitive. Je me suis même demandé si, malgré la présence
d'emblèmes religieux, leur destination nouvelle n'aurait
pas eu un caractère funéraire. Le nom propre isolé serait
128 LES INSCRIPTIONS PUNIQUES DE DOUGG-A
celui du défunt et non celui du dédicant. Les fragments
latins, trouvés dans les mêmes conditions, ne sont pas
favorables à cette hypothèse, et peut-être vaudrait-il mieux
admettre qu'une nouvelle inscription votive a été substi-
tuée à l'ancienne.
M. le D1' Carton a également recueilli à Dougga deux
fragments d'une inscription grecque, qui se raccordent
et donnent les mots :
ATA GHHME/^0^ 'A///ïjh4??]
Ces mots formaient probablement le début d'une dédi-
cace, et semblent correspondre à la formule phénicienne
□"j EP3, die fortunù, qui se trouve en tête de plusieurs
inscriptions1, et notamment des 2e et 3° votives de Dougga
publiées par M. Dussaud. Ces deux ex-voto émanent d'un
père et de son fils. On y lit :
a2; -sa -pn dn: on _ b, -pal DM on
p -n";b py n Tjyb py mis
va p -p.jn p rora p nx
wtdn va p -//--
La lecture des noms présente quelque difficulté. Je lis
nya le nom que M. Dussaud a lu 21>:, mais je reconnais
que cette dernière leçon n'est pas impossible, les lettres -
et ~ offrant peu de dilférence dans ce type de l'écriture
néopunique. — Le nom suivant est lu "|T1W, dans les deux
inscriptions, par M. Dussaud; et, de fait, il s'agit bien du
même personnage ; mais il semble que dans la seconde
inscription le nom ne contienne que quatre lettres, dont la
troisième est fort confuse '.
Il y a également une différence entre les deux textes à
la dernière ligne ; elle est écrite dans l'un ilTHDN et dans
l'autre TVTDK. M. Dussaud croit que les deux premières
1. Cf. Itép. d'èpigr. sémit.. n°° 303. 304.
2. Voir le croquis ci-contre li^. 3 réduit au 1/3 de l'original.
LES INSCRIPTIONS PUNIQUES DE DOUGGA 129
lettres de cette ligne forment la fin du nom propre écrit à
la ligne précédente, et il lit le tout 'T p DîOlD « Kabouam
fils de Yàd... » Il est absolument certain que les lettres p
n'existent pas dans la première inscription, et dès lors la
dernière ligne tout entière appartient à un même mot. Le
dernier nom propre se compose donc de trois lettres seule-
ment, non pas 1-D, comme a lu M. Dussaud, mais TO.
Fijr. 3. — Inscription de Dougga.
Cette forme est peut-être à rapprocher des noms Ceiu et
Ceius qu'on trouve dans les inscriptions romaines d'Afrique
(C./.L., VIII, 60(56, 7825). Les noms propres numides ter-
minés en 1 ne sont pas rares. Ainsi, à Dougga même, **,E
et I2:n (dans la bilingue) ; ailleurs = OD (Reboud, 230,
132), TID, latin Marau [C.I.L., VIII, 23442).
Il faut voir dans la dernière ligne de nos deux inscrip-
tions un mot numide, W1DN, qui marque, croyons-nous,
une condition (le n est probablement l'article). Nous en
trouvons la preuve dans une inscription inédite de Maktar
dont nous donnons ici la reproduction.
1916 9
130
LES INSCRIPTIONS PUNIQUES DE DOL'GGA
wsttqw wn x^p
Domino Baali Hammoni, quia audivit
vocem ejus, benedixit ei, Optatus
P ri mus, 'mditi.
Le nom Optatus parait écrit Nidifia 3N ; entre le second ia
et le x final, on remarque un signe exactement semblable
au - de byn. Il faut l'attribuer a la négligence du scribe.
M. Ph. Berger vovait dans "TiHnx un ethnique précédé
de l'article, dérivé du nom de Mididi; cela semble impro-
/
Fie. 4. — Inscription de Maktar.
bable, car ailleurs 1 le mot est écrit nvra sans î'od final, et
il transcrit lettre pour lettre le numidique E+^nD, qui
apparaît en trop d'endroits - pour être pris comme nom de
lieu ou d'origine. Le 1 tinal indique une forme adjectivale,
comme dans les ethniques, ou dans les noms de nombres
ordinaux ('WIN, itiflDn 3). On remarquera que quelques titres
libvques exprimés dans la seconde inscription bilingue de
Dougga sont transcrits en phénicien lettre à lettre avec
addition d'un iod à la lin ; = £HO, "IPMD : OHT, ^ '«. 11 en
est sans doute de même dans inHD.
1. Notamment dans une inscription bilingue libyco-punique de Maktar
encore inédite, où un personnage esl qualifié de IW2"-
•2. Collection Reboud, n»' 30, 39, 10, 267, 355, etc.
3. C. I.S., 1, 166 B.
i. J'essaierai de montrer ailleurs que ces lectures doivent être substi-
tuées à celles qu'ont proposées M. Lidzbarski et M. Dussaud.
LIVRES OFFERTS 131
Cette lecture est correcte ; l'omission du i (après le 7 de
T~n), dans la seconde inscription, est vraisemblablement
due à une faute du lapicide. Les deux textes se tradui-
raient donc ainsi :
Die secunda et benedicta, erec- Die secunda et benedicta,
tus est lapis a Gawad filio erectus est lapis ab'Am-
Ba . .k, filii Ceiu sat, filio Gawad, filii
'mdyti Ba . . . k, filii Ceiu
'mdyti.
On voit par ce qui vient d'être dit que l'interprétation si
laborieuse des inscriptions néopuniques trouverait un
secours appréciable dans le déchiffrement des textes
libyques ; car elles contiennent non seulement des noms
propres, mais parfois des phrases entières conçues en
langue berbère. Malheureusement les résultats acquis jus-
qu'ici sont encore bien minimes ; une étude d'ensemble sur
ces documents permettrait sans doute de réaliser quelques
progrès dans cette voie ; mais ces progrès ne seront réel-
lement sensibles que le jour où des textes bilingues, comme
ceux qui ont été trouvés à Dougga, nous fourniront un
certain nombre de locutions qui permettraient de rattacher
la langue des anciennes tribus numides à quelqu'un des
dialectes de l'Afrique du Nord.
LIVRES OFFERTS
M. G. Schlumberger dépose sur le bureau de l'Académie un
ouvrage dont il est l'auteur, intitulé : Un empereur de Byzance ù
Paris et à Londres (191G, Paris, in-8°).
132
SÉANCE DU 17 MARS
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
M. Camille Jullian donne lecture de la lettre suivante, qu'il a
reçue de notre confrère M. Héron de Yillefosse, retenu chez lui
par une indisposition ;
« Paris, le 16 mars 1916,
« Il nous arrive de Sicile un renseignement fort intéressant
sur le commerce de Marseille. Je le recueille dans le dernier
numéro des Notizie degli scavi 1 1915, p. 185). Il me paraît de
nature à intéresser nos confrères ; c'est, en tout cas, un document
qu'il faut signaler à l'attention des archéologues français, et
l'Académie ne lui refusera pas la publicité de ses Comptes ren-
dus.
« On a découvert, à Syracuse, en 1915, dans une des nécro-
poles de la contrada Canalicchio, un morceau de pierre calcaire
d'une qualité remarquable, qui formait la partie centrale d'une
stèle carrée. 11 manque le haut et le bas de la stèle et, dans son
état actuel, ce morceau mesure encore 0.36 sur 0.25,5. Il nous a
conservé presque intact un court texte funéraire que je repro-
duis ici d'après le facsimilé donné dans les ?\olizie :
Zevoxp^To; 'HcpaiffTOxXéoo [M]ac<ïaÀiôV/jç '
SÉANCE DU 17 MARS 1916 133
« La beauté des lettres est frappante. D'après M. le professeur
P. Orsi, directeur des Musées de Syracuse, qui nous fait con-
naître ce petit texte, les formes épigraphiques coïncident exac-
tement avec celles d'une inscription de Hiévon II et à peu près
avec celles d'une autre inscription de Gélon II, ce qui permet
de le faire remonter au milieu du me siècle avant J.-G.
« Ainsi le marseillais Xénocritos était établi à Syracuse vers l'an-
née 220, au moment où cette ville avait pris la direction des plus
grandes entreprises commerciales dans tout le bassin de la Médi-
terranée. Sans doute il était venu s'y fixer pour faire du trafic ou
pour surveiller les intérêts de ses compatriotes. Comme vous
l'avez rappelé vous-même, on trouve dans un célèbre plaidoyer
athénien le portrait peu flatteur d'un autre marseillais, tout à fait
dénué de scrupules, Zénothénis, qui, ayant accepté du fret entre
Syracuse et le Pirée, se livrait avec son compatriote Hégestrate
à des pratiques abominables. Pour le bon renom des Marseil-
lais, j'aime à croire que le cas était isolé et qu'ils apportaient
d'ordinaire plus de conscience et de droiture dans leurs opéra-
tions.
« On ne peut pas souhaiter une preuve plus directe que cette
épitaphe des relations de Marseille avec la Sicile. Une autre
preuve découle du fait qu'on rencontre de temps à autre en
Sicile des oboles massaliotes du ve siècle ou pour le moins anté-
rieures à l'année 350. Le Musée de Syracuse en possède une
dont l'origine sicilienne est absolument certaine.
« Les Marseillais trafiquaient avec les ports de la Grèce propre
comme avec ceux de la Grande Grèce ; on constate leur présence
non seulement sur les côtes de la Sicile, mais aussi dans les iles
de la mer Kgée. C'est ainsi que l'épitaphe d'un commerçant
marseillais, Apellis, fils de Démon, qui paraît remonter à la
seconde moitié du vie siècle, découverte en septembre 1894
dans une des nécropoles de Delphes, a fourni à M. Paul Per-
drizet, il y a quelques années, l'occasion de parler des rapports
établis entre Marseille et Delphes et de rappeler les listes de
proxènes, découvertes à Delphes, sur lesquelles on relève les
noms d'un certain nombre de Marseillais.
« On voit que les documents épigraphiques s'accordent avec
les textes littéraires et les documents numismatiques pour éclai-
134 SÉANCE DU 17 MARS 1 (J 1 G
rrr une intéressante question, celle du développement du com-
merce de Marseille avec la Sicile, sur laquelle M. Adrien Blanchet
a insisté en L904 en comparant certaines monnaies de Syracuse
et de Marseille.
« A l'époque où la grande colonie phocéenne devint en Gaule
l'entrepôt de toutes les marchandises grecques, à l'époque que
vous avez nommée avec tant d'à-propos celle de l'empire de Mar-
seille, les bateaux marseillais répandaient donc le long de nos
côtes, avec bien d'autres objets, ces vases grecs aux peintures
élégantes et lines dont on recherche aujourd'hui les moindres
débris avec une vigilance si louable. Les fouilles de Marseille,
de Montlaurès, de Castel-Roussillon ont donné à MM. Vasseur,
Rouzaud et Thiers l'occasion d'en recueillir d'intéressants spé-
cimens et d'en signaler d'importants dépôts le long de nos rivages
méridionaux.
« Mais lorsque Rome, devenue une puissance maritime, se fut
emparée de la Narbonnaise, le commerce de Narbonne paraît
avoir pris, après la constitution de la province, un dévelop-
pement considérable. Les armateurs de cette ville avaient organisé
avec la Sicile, au second siècle de notre ère, un trafic direct,
évidemment au détriment des Marseillais. C'est ce qui ressort
d'une inscription découverte en 1892 aux Moulinasses, sur l'em-
placement de l'ancien forum de Narbonne. Elle concerne un
certain L. Aponius Cheraea, revêtu dans sa ville natale de
hautes fonctions civiles et religieuses, honoré en même temps
des ornements de l'édililé, du duumvirat, du flaminat et de
l'augurât par plusieurs grandes villes maritimes de la Sicile,
Syracuse, Termini et Païenne.
« Nous avons dans ce dernier texte une preuve des relations
commerciales que Narbonne entretenait, au second siècle de
notre ère, avec la Sicile, de la considération dont ses armateurs
jouissaient dans les ports où ils trafiquaient et peut-être aussi par
contrecoup de la décadence momentanée du port de Marseille. »
M. J. Toutain, directeur d'études à l'Ecole des Hautes Études,
montre, par l'examen d'un rite peu connu de l'antiquité clas-
sique, que le paganisme a connu l'idée religieuse de la rédemp-
tion. Dans certaines villes du monde grec et romain, à Leucade,
SÉANCE DU 17 MARS 1916 135
à Gurium en Chypre, à Terracine, à Marseille, on précipitait
chaque année une victime humaine du haut d'un promontoire
rocheux dans la mer. Un texte formel, reproduit dans le Lexique
du patriarche de Constantinople Photius et dans celui du gram-
mairien byzantin Suidas, nous apprend que le malheureux ainsi
jeté dans les flots était considéré comme le sauveur, le rédemp-
teur de ses concitoyens. Le terme, employé dans ce texte pour
expliquer le sens d'un tel sacrifice, est précisément celui par
lequel les chrétiens de langue grecque désignaient la rédemp-
tion. L'idée religieuse de la rédemption de tout un groupe
d'hommes par les souffrances et la mort d'un seul n'a donc pas
été étrangère au paganisme antique.
MM. Salomon Reinach, C. Jullian, Boucué-Leclercq et Mau-
rice Croiset présentent quelques observations.
M. Havet lit un travail sur la répartition des actes dans le
comédies de Térence. Il estime qu'au temps du poète il n'exis-
tait que des exemplaires de théâtre, composés de cinq manu-
scrits partiels, simplement numérotés, dont chacun contenait un
acte. Plus tard il y eut des exemplaires de bibliothèque, pré-
sentant la pièce d'un seul tenant, et où la distinction des actes
avait disparu avec le numérotage. D'où les erreurs des anciens
et celles des modernes en ce qui touche la place des entr'actes.
Dans les Adelphes, lacté II est de 67 vers plus long qu'on ne
le croit généralement. Dans l'Eunuque, l'acte III doit être
écourté des 76 derniers vers. Dans VAndrienne, on augmentera
l'acte Ier de 56 vers; on supprimera pour cela les deux vers apo-
cryphes 171 et "225, lequels sont attribuables au même arran-
geur qui a fabriqué pour le dénouement de la pièce une rallonge
d'une vingtaine de vers. La date de cet arrangeur pourrait être
l'époque d'Auguste ; c'est parce qu'il opérait sur un exemplaire
de bibliothèque qu'il s'est mépris sur la vraie place de l'entr'acte;
son remaniement a dû être fait en vue d'une représentation pri-
vée.
M. Théodore Pieinach présente quelques observations.
136
SÉANCE DU 24 MARS
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
M. Gagnât donne lecture de la lettre suivante, qu'il a reçue
de M. J.-B. Chabot :,
« Lors de la communication que j'ai eu l'honneur de faire à
l'Académie sur les inscriptions de Dougga, vous m'avez demandé
si la l'orme latine Thugga ne pourrait être le résultat d'une
simple assimilation. J'hésitais à admettre cette explication,
parce que je cherchais dans les deux gg de Thugga l'équivalent
des deux g de la forme libyque TBGG. Ayant examiné à nou-
veau la question, je partage maintenant votre manière de voir,
qui peut être appuyée par les considérations suivantes :
« 1° Dans des cas analogues à Thuçjga, la voyelle u ne s'écri-
vait pas en punique. Ainsi Thuburbo, Tanubra, Tagura sont
écrits vw2.~CP, ÎTnjyn, "pin, sans le w. La forme punique du nom
de Dougga, 5"^ZP, peut donc parfaitement répondre à une pro-
nonciation Thubgag.
« 2° Lorsque les Grecs ou les Romains faisaient passer dans
leur langue un nom étranger finissant par une consonne inusitée
comme terminaison (par ex. /, g , p), pour donner une physiono-
mie grecque ou latine au nom - - nom de personne ou nom de
lieu, — ils avaient recours à un double procédé :
a) ou bien on ajoutait une désinence après la consonne ; par
ex : "pN Erek devient Eryjc, Eriks ; U?D ; Liks, Lix ou Lixus ;
QSS Lapil, Aa-r/Jo;, me Marat. Màpaôoç, etc.
h) ou bien on supprimait la consonne finale, et le nom se
terminait ainsi par la voyelle. Celte seconde manière, tout à fait
classique chez les Romains (Plato = Nkéiw) a été appliquée
dans une large mesure aux noms numides, Massinissa, Mikipsa
(de Massinissan, Mikivsan), Yermina (de Yerminad) etc. On
trouve cependant aussi la forme libyque à côté de la forme
latinisée : ainsi leptan (CI. L., VIII, 17200) et Ieplha (17029)
de 73mS\
SÉANCE DU 24 MARS 1916 137
« A une forme telle que Thubgag, on devait donc, ou ajouter
une terminaison, et dire, par ex.: Thubgagum, ou supprimer le
dernier q et écrire Thubga. L'adoption de cette dernière forme
entraînait presque fatalement l'assimilation du />, et le nom
devenait ainsi Thugga. La forme grecque Touxxa paraît être la
simple transcription du latin.
« J'ajouterai que je viens de retrouver un nouvel exemple du
nom de Dougga dans l'inscription libyque découverte pendant
les fouilles de 1904. Ce fragment d'inscription monumentale,
aujourd'hui au Bardo, est mutilé adroite, en bas, et peut-être h
gauche. La première ligne, qui formait titre, se termine par les
lettres TBGG = Thubgag. Les 6 lignes de la suite contiennent
une série de noms propres, presque tous qualifiés de GLDT
« personne royale », comme dans la grande dédicace bilingue.
L'état de la pierre ne permet pas de donner une généalogie sui-
vie de ces personnages princiers, qui appartenaient sans doute à
plusieurs familles, car la liste se continuait sur sept lignes au
moins. »
Le Secrétaire perpétuel communique une lettre invitant
l'Académie des inscriptions à assister, dimanche prochain,
26 mars, à la cérémonie qui aura lieu dans la basilique de Mont-
martre pour adresser des prières à Dieu en faveur de nos
armées et de nos Alliés.
L'Académie française et l'Académie des sciences ont désigné
plusieurs de leurs membres pour y assister officieusement.
L'Académie des inscriptions désigne pour y assister, dans les
mêmes conditions, MM. Senart, Gordier, Guq et Fournier.
M. Fournier annonce que la Commission du concours des
Antiquités nationales pour 1910 a accordé :
1° une seconde médaille à M. Pierre Gautier, archiviste de la
Haute-Marne, pour son ouvrage manuscrit : Éludes diploma-
tiques sur les actes des évêques de Langres du Vit siècle à
1136;
2° une troisième médaille à feu M. E. Morel pour son ouvrage:
Le plan dWrras en 1382.
M. Morel-Fatio donne lecture du rapport suivant :
« La Commission du prix de Lagrange a décidé de décerner ce
138 LA DATE DE LÀ MORT DE JEAN DE MEUN
prix à M. Jeanroy, pour ses deux publications intitulées les
Chansons de Jaufre Rudel et les Joies du gai savoir, ainsi que
pour ses publications antérieures d'anciennes poésies proven-
çales. »
M. Thomas donne lecture d'une note sur la date de la mort de
Jean de Meun '.
M. Meillet lit une note sur le développement de l'infinitif.
MM. Havet, Maurice Croiset et Thomas présentent quelques
observations.
M. Moret, conservateur du Musée Guimet, fait une communi-
cation sur un terme rare des décrets de Koptos 2.
COMMUNICATIONS
LA DATE DE LA MORT DE JEAN DE MEUN,
PAR M. ANTOINE THOMAS, MEMRRE DE L'ACADÉMIE.
J'ai le plaisir de communiquer à l'Académie deux docu-
ments inédits concernant un des plus célèbres poètes fran-
çais du moyen âge, maître Jean de Meun, auteur de la
seconde partie du Roman de la Rose.
On a définitivement renoncé à identifier le continuateur
de Guillaume de Lorris avec un archidiacre de Beauce, en
l'église d'Orléans, dont nous possédons le testament, daté
du 25 janvier 1298, et qui vivait encore le 13 décembre 1303.
Cet archidiacre de Beauce résidait à Orléans ; il portait le
même nom que le poète, mais il n'a rien à voir avec l'his-
toire littéraire.
Maître Jean de Meun, le poète, résidait à Paris.
1. Voir ci-après.
2. Voir ci-après.
LA DATE DE LA MORT DE JEAN DE MEUN i 39
Jules Quicherat a publié, en 1880 », un document qui
établit qu'il habitait, à la fin de sa vie, une maison à
laquelle son nom est resté longtemps attaché, et dont l'em-
placement correspond au n°2l8 de la rue Saint-Jacques.
Une plaque, scellée sur l'immeuble qui porte actuellement
ce numéro, consacre la découverte de Quicherat.
Le document en question, daté du 6 novembre 1305, men-
tionne maître Jean de Meun comme étant mort antérieure-
ment à cette date. D'autre part, Jean de Meun ligure comme
vivant dans le célèbre Livre de la taille de Paris pour
Tannée 1292 ?. Entre ces deux dates, on n'avait jusqu'ici
aucune donnée sur l'existence du poète. Les documents
que je vais faire connaître se placent dans cet intervalle.
1° Extrait du compte des recettes de la prévôté de Paris
pour le terme de la Toussaint 1299 :
De domo magistri Johannis de Magduno, xij, d. 3.
2° Extrait du compte des recettes de la prévôté de Paris
pour le terme de l'Ascension 1305 :
De censu cujusdam ruelle assensate rnagistro Johanni
de Magduno, pro med[ietate], xj . d. 4.
Malgré la différence de rédaction de ces deux articles des
comptes de la prévôté, l'identité de la somme perçue (douze
deniers) porte à croire qu'il s'agit du même immeuble.
Était-ce celui de la rue Saint-Jacques, que Jules Quicherat
a fait amplement connaître? L'absence de toute indication
topographique dans nos comptes nous laisse dans l'incer-
titude; il semble pourtant qu'on doive pencher vers la
négative. Mais ce qui ressort clairement du dernier de ces
comptes, c'est que Jean de Meun était encore vivant au
1. Jean de Meuny et sa maison à Paris, dans lnBihl.de l'Ecole des
chartes, t. XLI, pp. 46-52.
2. II. Géraud, Paris sous Philippe le Bel. p. 160; Buchon, Coll. des chro-
niques, t. IX, 2" partie, p. 179. Rappelons que le fait a été signalé dès le
xvm» siècle par D. Félibicn, Hist. de Paris (1725), pr., t. III, p. 121.
3. Bibl. nat.. franc. 10365, p. 15.
4. Bibl. nat., coll. Baluze, vol. 394, feuillet coté 605l!, recto.
1 40 SUR UN TERME RARE DES DÉCRETS DE K.OPTOS
terme de l' Ascension 1305, c'est-à-dire le 27 mai. Puisque
l'acte publié par Jules Quicherat prouve qu'il était mort
dès le 6 novembre suivant, nous pouvons affirmer que
c'est bien en 1305, entre mai et novembre, que s'est ter-
minée la carrière du poète.
Si mince que soit l'importance de ce résultat, il a son
prix, et il valait la peine de le faire connaître. Nos biblio-
thèques publiques sont un arsenal national, où nous avons
le devoir de fouiller sans relâche pour le perfectionnement
de notre histoire. Je saisis l'occasion que m'offre cette
petite découverte pour informer l'Académie que l'édition du
Roman de la Rose, entreprise, il y a quelques années, par
celui de nos philologues qui est le plus qualifié pour mener
à bien cette lourde tâche, M. Ernest Langlois, professeur
à l'Université de Lille, a été suspendue par la guerre.
M. Langlois était à son poste au moment où ont éclaté les
hostilités. Depuis l'occupation de Lille par les Allemands,
il se trouve dans l'impossibilité de correspondre avec
notre Société des anciens textes français et de poursuivre
l'impression. Le premier volume, où est résumée la bio-
graphie de Jean de Meun, est terminé, mais non distribué
au public. Il sera facile d'y ménager un carton pour y
insérer l'analyse des documents que je viens de faire
connaître. Nous avons le ferme espoir que M. Langlois
sera bientôt, grâce aux succès de nos armées, en mesure
de préparer lui-même le texte de ce carton.
SUR UN TERME RARE DES DÉCRETS DE KOPTOS,
PAR M. A. MORET.
CONSERVATEUR DU MUSÉE GUIMET.
Les décrets de Koptos, qui fournissent des renseigne-
ments si importants sur l'administration pharaonique à la
fin de l'ancien Empire, renferment quelques termes rares
SUB UN TERME RARU DES DÉCRETS DE KGPTOS 141
dont l'explication précise est essentielle pour l'interpréta-
tion historique. L'un de ces termes est le mot rT^ qui
figure dans les décrets A, B et C de Pepi II.
Ces décrets sont des chartes d'immunité accordées par
le roi aux prêtres du temple de Minou, et à leur personnel
subalterne. L'adresse, en tête du texte, mentionne, de
suite après le directeur et l'inspecteur des prophètes, « les
mcritou1 du ^Tl du temple de Minou » (A. 1. 3, 26). Ces
gens, en raison de l'immunité, « ne doivent pas être placés
parmi les ^Tl ÇT^ ^Tl royaux » (A. 1. 4). Au décret d'Aby-
dos, de Neferarkarâ, le roi dit, à quatre reprises, « qu'il n'a
pas permis de prendre les prophètes de ce Nome, ni per-
sonne de ceux qui sont là, pour l'état de \~~1, ni pour tous
les travaux du Nome ». On verra plus loin que le signe
d'Abydos correspond à celui de Koptos. Le terme en ques-
tion désigne donc : 1° une catégorie de gens; 2° un service
analogue à celui des travaux du nome; 3° service et gens
se retrouvent sur le domaine royal comme sur le domaine
du temple. Mais que signifie le signe?
Sous cette forme. PT^ n'a pas été reconnu ailleurs. Weill
et Sethe le déclarent inconnu et traduisent, d'après le con-
texte : Weill a dépendant » et « dépendance » ; Sethe :
« agent » du « service des corvées » ; Gardiner : « serf des
domaines » ou « domaines » ; Maspero (Abydos) avec doute :
« corvée des canaux »; au Journal asiatique (1912, II,
p. 81), j'ai lu le signe : idr et interprété : « agent » ou « ser-
vice des animaux reproducteurs ». La diversité de ces
interprétations n'est pas faite pour inspirer confiance.
Depuis, l'étude des originaux m'a fourni une observation
qui permet de solutionner le problème.
1. Les mer itou sont des ouvriers agricoles ou industriels, paysans, vil-
lageois ou eiLadins, au service d'un maître quelconque, roi, dieu d'un
temple, propriétaire foncier: ils peuvent être de condition libre ou ser-
vile.
142 SUR UN TERME RARE DES DÉCRETS DE KOPTOS
Le texte B de Koptos, rédigé vingt ans après le texte
A, reproduit celui-ci, tout en fournissant variantes et
gloses. La phrase relative aux meritou du F . J donne pré-
cisément une variante, très visible sur l'original et même
sur la photographie (Weill, Les décrets royaux, pi. VI) ;
elle a échappé jusqu'ici à l'attention à cause d'une tran-
scription erronée [ ^ <^> vjj> |j ^ ^ ] ^ ^p pro- |
posée par Weill (pi. II). Voici les textes :
S, cK*t ,1
Donc le signe £1 remplace en B le signe FT! de A. Or,
£) est bien connu. Comme syllabique, sa valeur est ,;
ta ; comme signe-mot, il peut s'interpréter : 1° ^ K\ (1 ta
« flamme » ; 2° ^^ \ ê knbt, « angle, gens de l'angle (de
la cour) » — d'où « conseil, conseiller » ; 3° <= — ^ £) krt
« four à potier ». Ta s'exclut comme inapte à fournir un
sens ici. Le sens knbt repose sur une confusion de signes
qui a fait prendre aux lapicides la forme hiératique de l'angle
[p-1 pour Q. Cette confusion est fréquente aux papyrus du
SUR UN TERME RARE DES DÉCRETS DE KOPTOS
143
Nouvel Empire ; mais je ne crois pas qu'on en ait des
exemples dès l'ancien Empire; enfin, il faudrait traduire
ici « les meritou du conseil knbt » — or les paysans ou les
ouvriers ne sont pas du rang- des conseillers — ou, encore,
assimiler le travail des conseillers à « tous les travaux du
nome » (Abydos), ce qui est absurde. Knbt est donc aussi
à rejeter. Reste le sens 3 « four à potier » krt.
Le signe £) représente le four lui-même ' (tombeau de
Ti, pi. 84). Dans les tombeaux memphites, « cuire les pots »
irora
B. Hasan : « Four ». Ti : « allumer le four » « Tourner les vases ».
se dit <=> 1 y Ç5 krr bda, soit qu'on utilise un tas de char-
bon de bois sur lequel les pots sont empilés -, soit qu'on
use d'un four : à Beni-Hasan3, le nom du four est <= — ^ £)
krr (var. <r=> D krt) 4 ; au tombeau de Ti r' (Ve dyn.) « allu-
mer le four à potier » se dit :
I
D et krt ; dans ces deux
O c^
exemples £) est soit déterminatif, soit signe-mot à valeur
pleine.
1. Grit'fith, IIicrO({lyphs, pi. VIII, n° 145. Voir le cliché p. 142.
2. Steindorff, Grabd. 77, pi. N5-86.
3. Griffith a. Newberry, Beni-llasan, II, 7; cf. Montet, Bulletin de ilns-
titut français du Caire, IX, p. 13.
4. Brugsch, Wôrtb., p. 1469.
i>. T. de Ti. pi. 84.
144 SUR UN TERME RARE DES DÉCRETS DE KOPTOS
Le four krt £) est donc le mot que le décret B de Kop-
tos donne à la place de ^TJ : il faut traduire en B « les
meritou du four à potier ». Cette interprétation convient-
elle au site de Koptos et d'Abydos? On sait que l'industrie
céramique a prospéré en Egypte dès les débuts, mais nulle
part peut-être plus que dans la région Koptos-Abydos ; car
les potiers trouvaient à Ballas (r. g. du Nil, en face de
Koptos), une inépuisable couche d'argile plastique. Aussi
la nécropole d'Abydos a-t-elle conservé des pots et des
vases en pierre dure par milliers ; le site antique était à ce
point jonché de tessons que les Arabes l'appelaient Om el
Gaab « la mère aux pots ». Aujourd'hui encore l'industrie
céramique fait la prospérité du pays : Kéné ! à mi-chemin
entre Koptos et Abydos) expédie chaque année les gargou-
lettes par centaines de mille. Il est donc normal que le ser-
vice du four à potier, dans l'administration du temple ou
l'administration royale, soit cité avant tous les autres au
décret B comme industrie spécifique de la région.
Ceci admis, le signe ^jl du décret A, qui correspond à Q
du décret B, doit être le nom de l'agent (ou du service) du
four à potier, c'est-à-dire le nom de l'ouvrier potier lui-
même. Les tableaux qui représentent dans les tombeaux le
travail du potier ne fournissent que deux termes pour dési-
11 « • i i i [ ? rc^>n o /wwva
gner 1 ouvrier potier; 1 un spécial : kd sa nch \ Q I -¥-
— « le tourneur-sculpteur » (voir la figure du tombeau de
Ti l) ; l'autre général : Ç^ f ^m» ou f ^ /-un'/-l = (< lartisan>
l'artiste'2 ». Souvent hm-tj s'applique aux artisans de toute
catégorie, menuisiers, orfèvres, aussi bien que potiers3;
i. Cf. Beni-Hasan, I, 29; El Bersheh I, 23.
2. Pour la lecture du sijjiie, cf. Max Millier, ap. Recueil de Travau.i -, IX,
p. 164 sqq. Le mot est conservé en copie OAII : '' équivaut à t&xtcov Pap.
Casai i.
3. Deir el Gebrawi, I, lis où l'on voit » tous les travaux dans l'atelier des
artisans hmtjw». Cf. Sethe, Vrk., 1. pi. 38, 1. 13: 53,1. 13, Tu. 1. 5: 82, 1.13;
132. 1. 14.
SUR UN TERME RARE DES DÉCRETS DE KOPTOS 1 45
mais, avant tout, V^ désigne « celui qui se sert de l'outil
$ hm ». C'est une tarière, à tige unique ou à rallonge,
munie de coussinets pour donner à la main un point d'appui,
Deir el Gehrawi 1,18 :
Fabricants de vases hmtj.
L'outil htn (Murray,
Saqqara, pi. 28, 39).
et d'un levier qui permet d'imprimer un mouvement de
rotation. L'outil servait à forer les vases de pierre dure et
à calibrer les vases d'argile. Avant l'invention du tour,
hm-tj a dû être le seul nom du potier; puis il s'est étendu
à toutes les variétés d'art ' ou d'artisans -.
Or, de ces deux noms, kd \ *=^> n'a pas de rapport avec
r / ; tandis que hm ^T~~l \ , réduit au seul signe \^J> ce
qui n'a rien d'anormal, présente une ressemblance carac-
téristique avec le signe « inconnu ». L'explication de rVl
a été cherchée jusqu'ici dans un groupe de signes qui pré-
sentent des caractères communs : forme en segment de
f
1. Le sens « art magique » y compris. Cf. Thot « l'artisan hm
\û », Slèle de Metternich, 1. 247 et le mot « hrr.ro » « artifice de
bouche ».
2. En copte, le charpentier = OAUjye (< artisan du bois »; l'orfèvre
O AU IIOTIi " artisan de l'or ».
1916
10
146 SUR UN TERME RARE DES DÉCRETS DE KOI'TOS
cercle, trait inférieur vertical ; traits verticaux au-dessus de
la corde du segment : tels sont les signes hm, peh, bi, îdr,
qui s'échangent perpétuellement et s'emploient souvent
abusivement l'un pour l'autre dans l'écriture hiéroglyphique
ou hiératique. Jusqu'ici le choix s'est porté sur peh =
domaines (Gardiner), canaux Maspero), ou sur )<lr Moret);
ou bien on a inventé le sens de « dépendance » « service de'
corvée » pour le mot PTl Weill, Sethe). La variante de B
amène à repousser ces interprétations et limite le choix au
tthê
à t? w G/ x?
seul signe ^~~^ hm = « artisan potier ». Hm KJ est une
simplification du signe sexuel féminin c (dans ^ Jj A/??/
« femme » ; celui-ci a comme caractéristique, quand il est
détaillé, une incision verticale inférieure, et des touffes de
poil à la partie supérieure ; légèrement complété xy devient
r//. La forme hiératique du signe h m explique la pre-
mière variante (détaillée) d'Abydos, qui a le même aspect
que VX/ km au papyrus d'Orbiney; la variante simplifiée
d'Abydos correspond exactement à t^ Concluons que
Cj7 ou LJ son^ ^es graphies ^r^'s reconnaissables de xy
SUR UN TERME RARE DES DÉCRETS DE KOPTOS 147
syllabique du signe-mot y hm = « artisan potier » et « arti-
san, artiste en général ». Le sens convient à tous les pas-
sages des décrets de Koptos. L'adresse du décret cite, après
les prophètes de Minoti, « les meritou du service des arti-
sans potiers », — var. B : « les meritou du four à potier —
de la maison de Minou » (A. 1. 3, 26). Ces gens ne doivent
pas être placés parmi «les artisans potiers du Roi» (A.
1. 4) ; de même, au décret d'Abydos, le roi « n'a pas permis
de prendre les prophètes de ce Nome, ni personne de ceux
qui sont là^ pour l'état d'artisan potier, ni pour tous les
travaux du Nome ».
0
cra
ftBSt*Pi
Ti, pi. 16, 115. Mastabas, p. 366.
Une fois identifié, l . 1 sera reconnaissable sur d'autres
monuments. Ainsi la stèle et les parois du tombeau de
Nechtsas (Ve dyn.) nous apprennent que ce personnage était
« directeur et surveillant des artisans de Pharaon » et
« constructeur du grand four à potier » mdh krt a'at *. Le
signe hm a ici la même forme qu'à Koptos (sauf l'incision
inférieure, qui manque; ; il apparaît encore comme nom de
porteurs de caisses (de vases?) au tombeau de Ti (pi. 16 et
115). Les titres de Nechtsas confirment que dès l'Ancien
Empire l'industrie céramique était organisée, aussi bien
dans les services du roi que dans ceux des temples 2. L'as-
1. Mariette, Mastabas, p. 366 ; Caire, stèle 1 140. Weill avait déjà cité ces
deux exemples du signe (p. "7 .
2. Phtah, le dieu potier, avait un atelier d'artisans dont son grand-prêtre
était le chef : wr hrp hm "^fe=^ y T >vo'r 'a graphie ancienne ap. Murray,
Saqqara Mastaba, pi. 28.
148 LIVRES OFFERTS
sociation des mots « directeur des artisans hmtjw » et
« constructeur du grand four à potier krl » justifie au mieux
l'interprétation proposée pour ces deux termes, que nous
avons trouvés aussi réunis aux décrets de Koptos.
LIVRES OFFERTS
M. Omont dépose sur le bureau, au nom de notre correspondant
M. Louis Demaison, président de l'Académie de Reims, le discours
qu'il a prononcé à la séance annuelle de cette Académie, tenue à
Paris le 10 décembre 1015 Reims, 1915, in-8°, 11 pages). M. Demai-
son rappelle dans son discours les ruines irréparables que les bom-
bardements répétés de l'ennemi ont accumulés dans cette malheu-
reuse cité : la cathédrale, Saint-Remi, Saint-Jacques, le Palais archi-
épiscopal, avec lequel ont péri le Musée archéologique, qui venait
d'y être installé, les archives, les publications et la bibliothèque de
l'Académie de Reims.
M. Henri Cordier, au nom du P. Léonard Ilennion, d'Estaires,
commissaire général de Terre Sainte, procureur des Missions fran-
ciscaines, a l'honneur de présenter à l'Académie un Atlas des Missions
franciscaines en Chine (1915), publié par la Procure de Paris, mais
dont l'idée première, il y a vingt-cinq ans, revient à Mgr Potron Frère
Marie de Brest), évêque de Jéricho. Cet atlas comprend, outre une
carte générale de la Chine, dix cartes au 1 1.000.000 des vicariats
apostoliques qui relèvent des Frères Mineurs, à savoir le Chan Tong
septentrional et oriental, le Chansi septentrional et méridional, le
Chansi septentrional et central, le Hou Pe Nord-Ouest, méridio-
nal et oriental, et le Ilou-Xan méridional. Ces cartes, dessinées par le
cartographe bien connu R. Hausermann, ont été tirées par l'impri-
merie Monrocq, à Paris; leur exécution est particulièrement soi-
gnée. C'est le premier travail de ce genre que nous possédons sur
les Missions franciscaines de Chine alors que les Missions étrangères
de Paris avaient publié en 1890 un très bel atlas de 27 cartes dû à
l'abbé Adrien Launay. Cet atlas est accompagné d'un petit volume
de Notes géographiques et historiques sur les Missions franciscaines
en Chine, écrit par le P. Pacifique Marie Chardin, ancien mission-
naire au Chan Tong, qui en forme un complément fort utile.
149
SÉANCE DU 31 MARS
PRESIDENCE DE M. MAIRICE CROISET.
M. Cagnat, au nom de la Commission du prix Saintour,
annonce que ce prix a été ainsi partagé :
1.000 francs à M. Henri Graillot, professeur à la Faculté des
lettres de Toulouse, pour son livré intitulé : Le culte de
Cyhèle.
800 francs à M. de Labriolle, professeur à l'Université de Fri-
bourg, pour son ouvrage intitulé : La crise montaniste.
600 francs à M. Edmond Gourbaud, professeur adjoint à la
Sorbonne, pour son étude sur Horace.
600 francs à M. Pierre Noailles, chargé de cours à la Faculté
de droit de Grenoble, pour son volume intitulé : Les collec-
tions de Novelles de Justinien.
M. Maxime Collignon fait le rapport suivant :
« La Commission du prix Prost a partagé le prix de la manière
suivante :
600 francs à M. Emile Duvernoy, archiviste de Meurthe-et-
Moselle, pour son Catalogue des actes des ducs de Lorraine de
1048 à 1139 et de 1176 à 12*20.
600 francs à M. Charles Chevreux, sous-préfet de Ribérac,
pour son ouvrage intitulé : Les institutions communales d'Epi-
nal sous les êvêques de Metz (xe siècle — 1444). »
M. Seymour de Ricci lit une note sur une inscription grecque
d'Egypte'.
M. Héron de Yii.i.efosse communique un rapport du R. P.
Delattre, correspondant de l'Académie, sur les fouilles d'une
grande basilique chrétienne, située à Carthage, près de Sainte-
Monique.
Le R. P. Delattre a poursuivi très activement cette exploration
1. Voir ci-apr^n.
150 BASILIQUE PRÈS DE SAINTE-MONIQUE A CARTHAGE
à l'aide d'une généreuse subvention de l'Académie. Il considère
cette église, aujourd'hui complètement ruinée, comme une des
plus importantes de la ville antique, et croit avoir retrouvé une
des principales basiliques de Saint-Cyprien, probablement celle
où Bélisaire se rendit le lendemain de la prise de Carthage.
Bâtie dans une situation magnifique d'où se développait une vue
splendide sur le golfe et la pleine mer, elle ne comptait pas
moins de sept nefs ; ses dimensions étaient considérables. Au
milieu d'intéressants débris d'architecture, le P. Delattre a
recueilli plus de trois mille fragments épigraphiques provenant,
pour la plupart, d'inscriptions funéraires. Cette grande basilique
a subi tant d'outrages que les textes intacts y sont assez rares;
il y a lieu pourtant de signaler l'épitaphe métrique d'une jeune
fille dont le nom nous reste inconnu. Les résultats de cette explo-
ration présentent un intérêt particulier pour l'onomastique dé
Carthage à l'époque byzantine '.
M. Joseph Loth, professeur au Collège de France, donne
lecture d'une noie intitulée : Remarques aux inscriptions
latines sur pesons de fuseau trouvées en territoire gaulois et,
en particulier, a l'inscription celtique de Saint-Bévèrien
[Nièvre) 2.
COMMUNICATIONS
UNE GRANDE BASILIQUE PRÈS DE SAINTE-MONIQUE A CARTHAGE.
RAPPORT DU R. P. A. L. DELATTRE,
CORRESPONDANT DE L'ACADÉMIE.
Lorsque fut construite la voie du tramway qui traverse
l'emplacement de Carthage depuis Le Kram jusqu'à La
Marsa, les travaux donnèrent lieu à plusieurs observations
archéologiques.
1. Voir ci-après.
2. Voir ci-après.
BASILIQUE PRÈS DE SAINTE-310N1QUE A CARTHAGE 151
En dehors de la cité même de Carthage, c'est-à-dire au
delà de l'ancienne enceinte, entre la station de Sainte-
Monique et la suivante (La Briqueterie), l'abaissement du
terrain nécessitait un remblai assez considérable. La terre
fut empruntée, d'une part aux ruines de Carthage, et
d'autre part aux pentes de Sidi-bou-Saïd. Ceux qui ont
assisté à l'exécution de ces travaux n'ont pas oublié l'as-
pect des terres provenant de la montagne de Sidi-bou-Saïd,
tout différent de l'aspect des terres qui étaient extraites
des ruines de l'antique cité.
La terre qui venait de Sidi-bou-Saïd était une argile rouge
vierge de tout débris, tandis que la terre de Carthage,
remplie de vestiges de toute nature, avait la couleur de
cendre.
C'était un spectacle curieux et en même temps instruc-
tif de voir s'avancer l'une vers l'autre les deux parties du
remblai, et la différence fut encore mieux marquée lors-
qu'elles arrivèrent à se rejoindre.
En creusant les fondations de la pile sud du pont sous
lequel passe le chemin de la chapelle de Sainte-Monique,
on découvrit, du côté qui regarde la mer, une citerne large
de 2"1 30, aux murs épais de 0 "' 40. Elle était remplie d'os-
sements humains sur une couche de terre noirâtre *.
Si, de ce point, on se dirige vers la chapelle de Sainte-
Monique, on traverse un terrain sablonneux et rougeâtre
qui ne paraît renfermer aucune ruine. Mais, après avoir
dépassé le chemin de Sidi-bou-Saïd, parallèle à la voie du
tramway, en s'écartant à gauche d'une vingtaine de pas,
on voit le sol changer d'aspect. De sablonneux et de rou-
geâtre il devient gris et couvert de débris. La végétation
naturelle de l'été y est elle-même différente. Tandis qu'à
droite le champ est rempli de chardons, cette plante se
montre plus rare à gauche, pour bientôt disparaître complè-
tement. Cette partie du plateau de Sainte-Monique pré-
1. Note pri6e le b mai 1907.
152 BASILIQUE PRÈS DE SAINTE-MONIQUE A r.ARTIIAliF
cède immédiatement le premier ravin de Sidi-bou-Saïd.
C'est là qu'une série de sondages m'a fait découvrir, l'année
dernière, une des principales basiliques de Carthage.
Cette église, qui n'avait laissé aucune trace extérieure-
ment, a été profondément ruinée. Malgré une construction
militaire arabe, turque ou espagnole, malgré une série de
silos, malgré le séjour des Arabes sur cet emplacement,
séjour révélé par des poteries, des lampes, des carreaux en
faïence émaillée, nous avons pu reconnaître le plan de ce
vaste édifice chrétien. Grâce à la bienveillante générosité
de l'Académie des inscriptions, les fouilles m'ont permis de
constater que la basilique a la forme bien africaine d'un
rectangle terminé par une abside. Celle-ci mesure 9 m 58 de
largeur et 9 m 74 de profondeur. La basilique n'a pas moins
de sept nefs et sa largeur totale est de 37 '" 65. La nef cen-
trale mesure 1 1 m 35 d'axe en axe des colonnes. Nous ne
connaissons pas encore la longueur totale, mais elle doit
atteindre une soixantaine de mètres. A 80 m 35, on trouve
les traces d'un mur près de l'arête du plateau, du côté de la
mer. Il y avait sans doute un atrium en avant de la basi-
lique.
Le mur latéral sud que nous avons surtout déblayé est
construit en maçonnerie avec chaînes de pierres de taille à
assises disposées en harpe. Ce mur se dirige exactement
vers Korbous, les Aquae Carpitanae, dont le groupe de
maisons blanches s'aperçoit sur l'autre rive du golfe.
L'autre mur longitudinal suit, à quelques mètres, l'arête du
plateau du côté du ravin.
L'entrée l de la basilique dominait la mer. On a de là
une vue splendide qui s'étend sur le golfe, vers le cap Bon
et la pleine mer. Cette situation et l'importance du monu-
ment me portent à croire que j'ai retrouvé une des princi-
pales basiliques de Saint-Cyprien, probablement celle dont
parle Procope et dans laquelle se rendit Bélisaire le lende-
1. Telle que nous la supposons pour le moment.
BASILIQUE PRÈS DE SAINTE-MONIQUE A CARTHAGE 153
main de la prise de Carthage qui était le jour de la fête de
l'illustre évêque martyr. Elle était située, nous dit Pro-
cope, en avant de la ville, près de la nier. Nous savons
que les Vandales s'en étaient emparés, et les noms van-
dales, tels que [CJALIMER, CVDILV, AEQITZA, rencon-
trés parmi les épitaphes, semblent venir à l'appui de mon
opinion.
Puisse cette identification être confirmée par la suite des
fouilles ! Il restera alors à étudier les rapports que peut
avoir cette église, soit avec les actes du martyre de saint
Cyprien, soit avec ceux du martyre de saint Maximilien de
Théveste, ou encore avec les textes de saint Augustin et de
Victor de Vite. Même avec notre identification, la question
des Basiliques ei/priennes n'a pas fini d'exercer la sagacité
des savants, des écrivains et des archéologues.
Dans les fouilles, nous avons découvert beaucoup de
tronçons de colonnes de divers modules, les unes lisses,
les autres à cannelures concaves soit droites, soit obliques.
Quelques-unes sont de beau marbre et proviennent assuré-
ment de monuments païens plus anciens. J'en dirai autant
des nombreux chapiteaux, des bases et des portions de
pilastres.
Ici la pioche des ouvriers découvre un sommier, là des
débris de chancel, des corniches, des ornements en stuc,
des fragments de cuves ou de couvercles de sarcophages.
Plusieurs têtes, des personnages mutilés proviennent de
bas-reliefs funéraires. Des portions de mosaïque (tête
de personnage, croix dans une couronne, lettres, vestiges
d'épitaphes), enfin de nombreuses lamelles de marbre, sur-
tout de marbre numidique, découpées en forme de disque,
de fuseau, sont sorties également des fouilles. Signalons
encore une main de statue, l'oreille d'un grand catillus,
quelques rares fragments de lampes chrétiennes, et un
poids de plomb, tronc de cône haut de deux centimètres et
correspondant à 2;i1 grammes.
154 BASILIQUE PRÈS DE SAINTE-MONIQUE A CARTHAGE
Les tombeaux chrétiens ne renferment ordinairement
aucun mobilier '. Nous avons cependant rencontré quelques
poteries. Dans un tombeau, nous avons recueilli les débris
d'une cassette en ivoire rehaussée de dorures, et dans une
autre sépulture 70 monnaies minuscules pesant ensemble
39 grammes.
v, -
:
W&
ta,.
d
#*%
mê
<b>\
'lUÏÏ
'•. i
l\'l
«-. Ie
\
\
v**1
r~^
Objet en marbre trouvé à Carthage dans une grande basilique
près de Sainte-Monique.
Un petit marbre, à section carrée, épais de deux centi-
mètres, long- de sept, aux angles des deux bouts arrondis,
1. Les sépultures chrétienne ne renferment presque jamais de bijoux.
Une découverte fait exception à cette règle. Le 29 décembre, M. l'abbé
Munier, directeur de l'Institution Perret, faisant exécuter des travaux
de culture, derrière son établissement, sur le sommet du Koudiat-Zàteur,
découvrait un beau sarcophage avec squelette accompagné d'une riche
parure d'or. C'était sans doute le tombeau de la fille ou de la femme
d'un chrétien opulent. Le corps avait été déposé avec son collier d'or et
de pierres précieuses, auquel était suspendu un médaillon portant la croix
monogrammatique accostée de l'a/p/ia et de l'oméga. On recueillit dans
cette tombe des pendants d'oreille, de grandes agrafes ornées de cabo-
chons, une épingle à ressort dont le métal avait conservé son élastfcité,
une boucle avec incrustation de pierres, deux bagues, une centaine d'ap-
pliques carrées, une vingtaine d'autres avec pierres enchâssées, enfin des
milliers de petits tubes qui formaient des dessins sur le vêtement. Tous ces
bijoux et ces ornements sont du plus bel or. Depuis quarante-trois ans
que je suis à Carthage, c'est la première fois que j'y vois une sépulture
chrétienne vraiment riche.
BASILIQUE PRÈS DE SAINTE-MONIQUE A CARTIIAGE 1 55
était peut-être un instrument de jeu. Je l'ai fait repro-
duire en dessin (figure ci-jointe).
Mais ce qui sort le plus abondamment des ruines de la
vaste basilique que nous explorons jusqu'au sol naturel, ce
sont les épitaphes et les fragments d'épitaphes, car l'édi-
fice sacré était rempli de sépultures. Il y en avait dans
l'abside; il y en a surtout le long des murs latéraux et
autour des nombreux piliers des différentes nefs.
A côté des dalles funéraires intactes, des textes que j'ai
pu reconstituer en entier, le nombre des débris épigra-
phiques recueillis depuis le début des fouilles dépasse trois
mille.
L'intérêt principal du produit des fouilles réside donc
surtout dans les inscriptions. Par leur forme et par la
dimension des lettres, certaines paraissent remonter à une
très haute antiquité.
Tel est ce fragment avec le symbole primitif de l'ancre :
VIVAS/////
PASTOR//////
FELIX////////
Hauteur des lettres : 0 m 025.
Tel est cet autre fragment, avec lettres de 0 '" 018 :
////R///7////////
CONSCR//////
INPACE-//////
FE//7//////////
Les épitaphes nous offrent d'ailleurs toutes les formules
funéraires usitées, soit simultanément, soit successivement
dans l'église de Carthage, depuis le seul nom suivi de IN
PACE jusqu'au titre de FIDELIS IN PACE avec ou sans
l'indication des années qu'a vécues le défunt, puis avec la
mention de la déposition et enfin celle de l'indiction.
156 BASILIQUE PRÈS DE SAINTE-MONIQUE A CARTHAGE
Le mot MARTYR se lit sur un seul fragment. Une épi-
taphe malheureusement incomplète est celle d'un PRES-
BITER.
Une autre dalle brisée concerne un diacre : /// //DIACO-
NVS IN PACE.
Hauteur des lettres : 0 "' 09.
Je joins à ce rapport un choix d'une vingtaine d'épi-
taphes entières.
1. _ Sur une tablette de marbre (0m 10."'» X 0 '" 17) :
VINCETDE
VS IN PA
CE
colombe
Hauteur des lettres : 0 "' 017.
2. — Sur une tablette de marbre (0 m 22 X 0 ra 25) :
P ASCENT
EA IN PA
CEM VJXI/
ANNIS LX
Hauteur des lettres : 0"'0o.
3. — Sur un marbre de forme trapézoïdale : (0m43x
0m 14).
M A I O R IN PACE £
FIDELIS VIXITANXXV
Hauteur des lettres : 0 m 03.
4. — Sur une dalle de saouân, haute de 0m45, longue
de 1 "' 1 o :
DOMINICAFIDELISINPACEVIXIT
AN XXXV
Hauteur des lettres : 0 ni 065.
5. _ Sur une dalle de marbre haute de 0 m 34, longue de
BASILIQUE PRÈS DE SAINTE-MONIQUE A CARTHAGE 157
0 m 57. Le texte est gravé dans un cartouche à queues
d'aronde :
ANTIOCVS
F I D E L I S
I N P A C E
X ITA NUI
Hauteur des lettres : 0 m 045.
6. — Sur une dalle de saouân :
EVQVITIVSFID*
LISINPACE
Hauteur des lettres : 0 m 06.
7. — Sur une dalle de saouân (0m 70x0 m 40) :
COVVLDONIAFI
DELISIN^VIXITAN
NOS XXXX
Hauteur des lettres : 0 m 05.
8. — Sur une dalle de saouân (0 m 48 x 0 m 41) :
BENEDICTAFI
DELISINPACEVI
XITANXXXV
Hauteur des lettres : 0 ni 055.
Certaines inscriptions paraissent avoir été gravées sans
connaissance exacte de la valeur des caractères.
0. — Sur un bloc de marbre (0 m 63 x 0 m 24) :
AEQITZA F/VELISINP kce
EXSILARAIAFIDLISENPACE (sic)
EXSIIZIOSVSEIDELISIIIPAOE (sic)
BIXIANIS
Hauteur des lettres : 0 m 055 à la première ligne et 0 m II."»
aux autres.
158 BASILIQUE PRKS DE SAlNTK-MONlnlJE A GARTHAGK
Nous avons trouvé également la lettre H pour FI dans
le mot FIDELIS.
10. — Sur une dalle de marbre ( 0 "' 69 X 0 "' 33) :
FORTVNATA FIDELIS
INPACEVIX1TANLXDPXVKALNOB
Hauteur des lettres : 0 m 05.
11. — Sur une dalle de marbre carrée (0 ra 44) :
RVSTICA
• FIDVINPC> (sic)
VXSANSXXXV
DEP'PRID5
IDSMAIAS
Hauteur des lettres : 0 m 055.
12. — Sur une dalle (0 »' 63 x 0 m 38) la mention de la
déposition se lit au début de l'épitaphe :
DPÇIKALNOVEMBRES
DEOGRATIASFIDINPA
CEVIXITAN LXXX
Hauteur des lettres : 0 m 07.
Au revers de cette dalle on lit :
CYPRIANA FIDELIS IN pace
Hauteur des lettres : 0 m 055.
13. — Sur une dalle de marbre (0 "' 67 X 0 '•' 33) :
VIOLAFIDELISINPACE
FELICITASFIDELISVI
XITINPACEANNOS XL
DEPOSITAX^KADIANARAS (sic)
Hauteur des lettres : 0'" 045. Il faut lire ka(len)d(as)
jan(u)ar(i)as.
Au revers de cette inscription, autre épitaphe :
BASILIQUE PRÈS DE SAINTE-MONIQUE A CARTHAGE 159
+ VICTORIAFIDELISINPCVIXIT
ANSLXXXDPrVIDSEPTEMBRES-P
INDCII
Hauteur des lettres : 0 m 035.
14. Sur une dalle de marbre, presque carrée, haute de
0m30, large de 0 '» 32 :
+ BICTORINIAF
I DELIS IN PA
CE BIXI ANN
OS XL DEPOS
ITA SEXTV IDV
SIANVARIAS I
• NDITIONE TER
TIA +
Hauteur des lettres : 0m 035.
15. — Une grande dalle (0m 56x0 m 59) porte une liste
de noms.
MARIA V P C
MAIA
DATIBA
PROEICIVS (sic)
Hauteur des lettres : 0m 08. La lettre C qui termine la
première ligne a une forme étrange, elle ressemble à une
oreille.
16. — On peut ajouter à ces divers types d'inscriptions
l'emploi de l'expression LOCVS, rare à Carthage. On lit sur
une pierre noire bien équarrie, haute de 0 m 55 et longue
de 0 m 74, brisée à droite :
B O N I F A T I V S F I D E lis in pace
LOCVS B I A T O Ris
GEMINIAFIDELISINPACEVLv// annos ///
160 BASILIQUE PRKS DE SAINTE-MONIQUE A CARTHAGE
Hauteur des lettres : 0 ,n 075 aux deux premières lignes,
()'" i.'i à la troisième.
17. — La formule Hic jacet est également rare à Car-
tilage. Sur une grosse dalle, haute de 0m44, longue
de 0'»60 :
HICIACETIN///////////
<$£ QVIVIXIT annosllllj
Hauteur des lettres : 0 m 08.
18. — Comme particularité, je citerai encore la fin des
trois premières lignes d'une inscription gravée sur une
belle plaque de marbre :
/////////////// DVSAMICITIA
III II II lllll III STTOTVIRTVTVM
Hllvixit ann ISXL^I/ '/ '/ '/QVIESCIT
Hauteur des lettres : 0 m 04.
19. — Et aussi ce fragment important :
////////// SIMPLEXDOCT
condîtVRTVMOLOCQV
/////////■//////SSEMORIV
llllll II lllll I lllll «MB RE S
Hauteur des lettres : 0 m 04.").
Signalons, en terminant, les mots FAMVLA et PEREGRI-
NVS qui se lisent sur des fragments.
20. — Il est excessivement rare de trouver dans les
épitaphes des simples fidèles la qualité du défunt. Or voici
que dans la première semaine de janvier 1 9 1 G , peu de jours
après la découverte de la riche sépulture chrétienne signa-
lée plus haut dans une note, les ruines de la basilique nous
fournissaient la double épitaphe d'un AYRIFEX.
Un marbre brisé à droite, haut de 0m 28, long de 0 m i9,
porte :
BASILIQUE PRÈS DE SAINTE-MONIQUE A CARTHAGE 161
Hauteur des lettres : 0m035. Au revers de la plaque se
lit le nom de DEVSDEDIT accompagné d'une palme.
Presque en même temps, nous sortions de terre dans les
fouilles 19 morceaux d'une dalle de saouàn avec cette
inscription :
PAVLVSAVRIFESFI delis in pace
FELICISSIMAFIDELIS in pace vixit annos
\l II IV E B~R fNLVXI III
^AVLV_SINNC INP
////////I
Hauteur des lettres : 0 "' 075 à la première ligne et
0 m 045 aux autres.
De ces trois personnages, Yaurifex PAVLVS mourut le
premier, et lorsqu'on eut inhumé FELICISSIMA et PAVLVS,
peut-être sa femme et son fils, on enleva la première épi-
taphe de l'orfèvre pour la remplacer par une autre por-
tant de nouveau son nom et celui des deux membres de sa
famille qui l'avaient rejoint dans la même tombe.
21. — Nous avons aussi trouvé dans les fouilles plusieurs
inscriptions grecques. Voici la copie de l'épitaphe la moins
mutilée. Elle se lit sur un marbre haut de 0m 17 et long de
0 m 20 :
€NeAKIT€//////
niTOCNIO///////
TGÛNOIPGÙN ///
ZHTÀC€ICHT
Hauteur des lettres : 0 m 04 ; celles de la quatrième ligne
sont incomplètes.
1916 U
lt)2 BASILIQUE PRES DE SAINTE-MONIQUE A CARTHAGE
Un bon nombre d'inscriptions sont gravées au revers de
sculptures, fragments de pilastres, de Corniches, de frises
on de plinthes, de soffites et autres. Beaucoup de plaques
portent une épitaphe chrétienne sur chaque face.
Gomme emblème, on a vu plus haut que nous avons
trouvé une fois l'ancre. Mais, à côté de la croix latine ou
de la croix monogrammatique, c'est le monogramme du
Christ sous la forme constantinienne qui se montre le pins
souvent. Signalons encore Forante, la colombe, le calice,
la croix srammée.
La basilique a été construite sur des bâtiments plus
anciens. Une citerne très étroite remonte peut-être à
l'époque punique. A cette époque appartient assurément
une anse d'amphore rhodienne sortie des fouilles. Elle
porte la marque :
ONAIIOIKOY
D'autres citernes sont romaines.
Il convient encore de signaler, avec plusieurs fragments
d'épitaphes païennes, un marbre votif mentionnant un
temple de la Sécurité : TEMPLVM SECVRITATIS » .
Je n'ose me prononcer sur l'âge du fortin, arabe, turc
ou espagnol, qui est venu s'asseoir sur le mur latéral sud
de la basilique. Près de ce fortin, nous avons trouvé
plusieurs boulets de pierre et des cailloux ronds avant pu
servir de projectiles.
Les silos creusés dans l'enceinte doivent remonter à la
même époque. J'en dirai autant de petits moulins à main
destinés a moudre le grain. Quant à l'occupation arabe,
outre les pièces signalées plus haut, elle se révèle par des
anses massives de grands vases d'argile, dont une porte
l'estampille du potier, et par une portion de corniche en
plâtre avec caractères arabes anciens.
1. Voir la note de M. Héron de Villefossè dans les Comptes rendus de
1915. p. 497-498.
BASILIQUE PRÈS DE SAINTE-MONIQUE A CARTHAGE 163
Le présent rapport donne un aperçu succinct du résultat
de nos fouilles. Il n'est pas douteux que la continuation des
travaux d'exploration, en dévoilant de plus en plus le plan
de l'édifice, nous fera exhumer encore des centaines et des
centaines d'inscriptions.
Parmi tant de textes, puissions-nous en trouver un plus
important que les autres, assez explicite pour fixer défini-
tivement l'identification de cette vaste église ! C'est dans
cet espoir, à travers l'imprévu des fouilles, que je désire,
poursuivre jusqu'au bout l'exploration méthodique com-
mencée et déjà en si bonne voie.
Saint-Louis de Cartilage, 19 janvier 1916.
Post-scriptum. — Le 25 janvier 1916, nous avons ren-
contré dans nos fouilles de la basilique une inscription
funéraire d'un intérêt particulier. C'est l'épitaphe, en vers
latins, dune jeune fille.
En voici la copie (voir ci-après p. 164).
Hauteur des lettres : 0 m 04 à la première ligne, et 0 m 03
aux autres.
La dalle de marbre qui porte ce texte intéressant mesure
1 "' 51 de longueur et 0 "' 42 de hauteur. Elle a été trouvée en
une douzaine de morceaux qui, heureusement, se rejoignent
exactement. Le texte, sauf deux lettres faciles à suppléer,
est complet. Le nombre des lignes est de treize ; aucune
n'occupe toute la longueur de la dalle. La plus longue s'ar-
rête à 0 m 36 de l'extrémité du marbre, ce qui forme une
très grande marge. En dehors de la première ligne qui est
restée inachevée, sans doute intentionnellement, et de la
dernière qui indique la déposition, les autres sont autant
de vers latins formant cinq distiques et un hexamètre.
Saint-Louis de Carthage, ce 30 janvier 1916.
164 BASILIQUE PRÈS DE SAINTE-MONIQUE A CARTHAGE
Z ^ ._; " H
w w s S ,—
m > v, > « oo ~
S^H 'AH g OS
£2* ~ * 5 5û
en
Q <j r ^ < <
O7^ ^ w * c* S ^ ^ w
-a> ■ — -
< ° o ^ ù0Sw^Q
" 2^^^^>^ £.■§
^«S^S^
o
165
UNE INSCRIPTION GKECQUE d'ÉGYPTE,
PAR M. SEYMOLR DE RICCI.
Le Musée d'Alexandrie possède depuis 1892 environ
deux fragments d'une plaque en marbre gris-bleu, portant
une inscription de l'an V d'Hadrien. La provenance exacte
n'en est pas connue : Botti les a vus, dès 1891, chez l'ama-
teur alexandrin Pietro Pug'ioli. Les fiches de ce dernier,
que m'a communiquées feu Th. Schreiber, contiennent une
transcription de ces deux fragments, sans aucune indica-
tion de provenance. Pourtant il n'y a guère de doute qu'ils
aient été découverts à Alexandrie ou dans les environs.
Ces fragments ont été publiés à plusieurs reprises par
Botti, par M. Breccia, par moi-même et dans le recueil
d'inscriptions gréco-romaines édité par M. Gagnât pour
l'Académie des inscriptions1.
La restitution présente de grandes difficultés en raison
des lacunes qu'offrent ces fragments, et les commentateurs
ne se sont pas mis d'accord sur la manière de compléter
ces bribes de texte.
La solution de la plupart de ces difficultés était pourtant
à portée de toutes les mains : un troisième fragment de la
même pierre existe depuis près de vingt ans au Musée
d'Alexandrie, et personne n'a eu l'idée de le rapprocher des
deux autres, ni Botti qui l'a publié le premier en nous
disant qu'il a été trouvé en 1897 à Alexandrie, ni moi, qui
1. Bihliographie. — Fragments A et B. Pugioli, Fiches mss.; Botti,
Ilirista Quindicinale, t. III (1891), p. 446; Botti, Police (1893), pp. 163-166
(cf. pp. 1J3-154) et Calai. (1901), pp. 270-272, n. 74: Milne, Fiches mss.
n. 19; de seconde main, en minuscule, de Bicci, Archiv fur Pnpyrusfor-
sc/iunr/, t. II 1903,, p. 400, n. 49 (cf. P. M. Meyer, ibid., t. III, 1903, p. 79,
note 5 et p. 87, note 1) et Cagnat-Jouguet, Inscr. yr. rom., t. I, p. 372,
n. 1078; Breccia, Calai. 1912:, pp. 49-50, n. 07, en minuscule. — Frag-
ment C. Botti, Bull. Soc. arch. Alex., I. I (1898), p. 45, n. 23; Milne, Carnets
mss., n. 115; d'après eux. de Bicci, Archiv. I. II (1903), p. 567, n. 134, en
minuscule; Breccia. Calai., p. 98, n. 169, en minuscule.
1f>6 UNE INSCRIPTION GRECQUE DÉGYPTE
l'ai republié d'après Botti, ni M. Breccia qui l'a réédité en
1912.
Voici comment se présente l'inscription d'après une
copie prise en 1 909 et contrôlée sur mes estampages.
Les fragments de lettres visibles à la ligne 7 sont aujour-
d'hui presque impossibles à distinguer, à cause du plâtre
dont un ouvrier maladroit les a recouverts. Je ne puis donc
en garantir la lecture.
ArAQHTYXHI
JTirPA4>0NYri0MNHMATIcJ
r-mrJuAOrO) L€AAPIAN0YKAICAPC
nOTAMLUNOCKAlTUJNCYNAYTUJ^
AIOMYCIUjrPAMMAT£IKU)M0rPAMf
MATO(j)YAAKIAN n POCHKOYCAN AY/
TOVnAPOMTOCrPAMMATÉCUClO)N
yNMAPKlOYMOICIÀKDYToYTPoCTiu
cpioy eoue ici OYAmoy
\YM ato c A>) k i co M e n i n APorTi
^UJTOïjfeinONTÎJOKM NH
^OYAéf pNTOJCrnoûlorYcioy
~i^/nfr\ i r\ i i-i n^.Tu^T^
['AjvTiypaçov Û7CO[AVYj[j.ax'.j[;.(ov Mapxicu Mstaiaxou xcy Ttpoç tw
tcûo Xi-ftp ("E-ouç) s' 'AopiavoU Kaiaapofç toj x]upisu 0w9 x; .
OùXtuou IloTa[JLO)vo? xai xwv aùv aj-rto â[icb ftoXrr]st3[Jt.aio$ Auxîwv
etcî TCapsvTi Atovuîiw Ypa^AaTst xe>{ii0Yp3((A[iAàTsiaç tou M]«pêw-
tou Xei7ï6vTo>7 p.vY]iJ.aTOfuXaxiav Tîpoarçxouaav aùifciç xa]i ôy
âeovT(7)ç, ÛT50 Atovuai'ou xou rcapovTûç Ypap[J.afea>$ "<^v[
aù]-:oîç oioa;at xat...
L'intérêt de cette inscription ainsi reconstituée réside
dans les nombreux problèmes qu'elle soulève et dont je ne
veux ici que signaler les principaux.
Nous avons ici, placé sous l'invocation usuelle à la
« Bonne Fortune », un extrait d'un registre officiel, celui de
Yidiologue d'Alexandrie, dont la principale fonction était
l'administration du domaine impérial, domaine énorme où
une fiction administrative faisait rentrer tous les biens sans
UNE INSCRIPTION GRECQUE d'ÉGYPTE 167
propriétaire connu. Le 27 Thoth de Tan V d'Hadrien, c'est-
à-dire le 24 septembre 120, comparut devant l'idiologue un
o-roupe de personnages dont le chef Ulpius Potamon était
apparemment un affranchi de Trajan. Il avait sous ses
ordres, si ma restitution est exacte, un groupe de Lyeiens
appartenant à un politeurna,. Ce mot, dans la plupart des
textes grecs, désigne un groupement municipal et est
presque l'équivalent de tcôXiç. A coup sûr, nous devons ici
le comprendre tout autrement et y voir un groupement plus
restreint ; un exemple typique de cet emploi du mot nous
est fourni par le papyrus 32 de Tebtunis où il est question
d'individus é-r/.î'/Mpr^.svwv ;ù t.oA'-zùij.xv, twv KpYjTÔv ; un
autre exemple, à peine moins clair, nous est apporté par
la belle inscription grecque de Memphis communiquée à
l'Académie en mars 1902 par M. Maspero ' et par une
stèle hellénistique de Sidon, attestant l'existence dans cette
ville d'un tïoa{t£u;j.x des gens de Caunos en Carie2. Ce
politeurna des Lyeiens demeurant à Alexandrie est peut-
être identique avec le ■x.cvtbv tûv Auxtwv que nous savons
avoir existé à Alexandrie dès le règne de Ptolémée Epi-
phane3.
Ces Lyeiens étaient chargés d'un service tout spécial et
dont je ne connais point d'autre mention ; il s'agit de la
garde des nécropoles, service d'autant plus nécessaire que
les Alexandrins aimaient davantage à être enterrés avec
leurs bijoux. Cette fonction, notre inscription nous apprend
qu'ils s'en étaient fort mal acquittés, de sorte que leur supé-
rieur hiérarchique, le comogrammate du Maréôtès, avait
été obligé de les traduire devant son supérieur à lui, l'idio-
logue. La portion perdue de l'inscription relatait sans doute
la condamnation de ces gardiens peu zélés et, pour inspirer
à leurs émules éventuels une crainte salutaire, on crut bon
1. Musée du Caire, n. 33027.
2. Dittenbcr^er, Orientis ittscr., t. I, p. fif>3,
3. C. /. G. 4677.
1G8 INSCRIPTIONS LATINES SUR PESONS UE FUSEAU
d'ordonner 1' « affichage du jugement » ; à cette époque,
Ton affichait sur marbre, et c'est à cet usage dispendieux
que nous devons de connaître ce petit scandale de la nécro-
pole alexandrine.
REMARQUES AUX INSCRIPTIONS LATINES
SUR PESONS DE FUSEAU TROUVÉS EN TERRITOIRE GAULOIS
ET, EN PARTICULIER, A L'iNSCRIPTION CELTIQUE
DE SAINT-RÉVÉR1EN (NIÈVRE),
PAR M. J. LOTH.
Par sa récente publication sur les pesons de fuseau 1 avec
inscriptions latines, M. Héron de Villefosse a rendu un
signalé service à l'archéologie et à la linguistique. Il n'est
pas douteux que ces objets n'aient servi à l'usage indiqué
par le terme sous lequel ils sont connus de pesons de fuseau
ou de fusaïoles. Mais ils en avaient d'autres que l'on n'a pas
jusqu'ici réussi à préciser et que les remarques de M. Héron
de Villefosse sont de nature à éclaircir. De plus, il nous
révèle l'importance qu'on ne soupçonnait guère de ce genre
d'objets au point de vue épigraphique. C'est en vain qu'on
chercherait pour eux une catégorie à part dans le Corpus
inscr. lat. Or M. Héron de Villefosse n'en signale pas
moins de quinze avec des inscriptions qu'il nous donne, trou-
vés en territoire gaulois, la plupart dans la région éduenne
ou sénonaise : deux seulement proviennent de 'Langres et
de Trêves. Il est à craindre qu'un bon nombre d'autres
n'aient disparu.
En revanche, il n'est pas impossible que les pesons de
fuseau épars dans nos musées ou conservés chez des par-
ticuliers nous réservent de nouvelles surprises épigra-
phiques, maintenant que l'attention des chercheurs est
1. Pesons de fuseau avec inscriptions latines 'Paris. Impr. nat.; 1895:
extrait du Bulletin archéologique, 1914
INSCRIPTIONS LATINES SUK PESONS DE FUSEAU 169
éveillée sur ce point. De plus, on peut espérer de nouvelles
trouvailles, les fusaïoles étant des objets fort communs
depuis l'époque néolithique jusqu'en pleine époque histo-
rique, du temps même de la domination romaine en Gaule.
Pour ne parler que des inscriptions, elles sont du plus
grand intérêt, parce qu'elles prouvent clairement que l'a
région où on les a trouvées était encore bilingue, que le
celtique y était d'un usage courant au moins chez le peuple,
à coté du latin, vers le m°-ive siècle de notre ère, date à
laquelle on peut faire remonter approximativement ces
inscriptions. L'inscription de Saint-Révérien est, en effet,
purement celtique, et, de plus, certains mots des inscrip-
tions latines sont évidemment du gaulois latinisé. Ces
inscriptions ont en outre le mérite d'être purement popu-
laires, tandis que les inscriptions gauloises du Ier et du
ii° siècle de notre ère ont un caractère en quelque sorte
officiel ; aussi ce genre d'inscription a-t-il de bonne heure
disparu, le latin étant devenu exclusivement la langue de
l'administration, de la religion romanisée et de l'aristocra-
tie.
Au point de vue celtique, les mots des inscriptions
latines qui méritent l'attention sont : eiwmi, geneta, vimpi,
marcosior.
Inscript. 7, p. 16 :
NATA VIMPI.
CVRMIDA
Curmi est une vieille connaissance, mais il n'est pas dou-
teux qu'on ait confondu sous ce nom deux variétés sensi-
blement différentes de bière. D'après Dioscorides, 2, 1 10, le
xoûp[Ai est fait avec de l'orge fermenté. D'après Poseido-
nios chez Athénée, i, 39, p. 152e, le xôp^a serait du froment
fermenté avec une addition de miel. Ces deux espèces de
boisson existaient chez les Gallois. La bière proprement
dite, faite généralement avec de l'orge, parfois, sans doute
170 INSCRIPTIONS LATINES Slii PESONS DE FUSEAU
ii défatil d'oPgêj au moins chez 1rs IrlandaiSj avec du
ffoment ou de l'avoine, porte le nom de cure/', cwryf en
moyen-gallois, gallois mod. nrr/r, correspondant exacte*
ini'iit ii l'irlandais cuirm = vieux-celtique cùrrnen, thème
neutre en -n (cf. nomê/i), comme le prouve le datif irlan-
dais cormaim. Le mol existe également en comique; au
\n'' siècle, c'est corrf. cofuf glosé par cervisia vel celea, en
corn, moderne cor par la chute du v final. Quant à la variété
de curmi décrite par Poseidonios, elle portait, en vieux-
gallois, le nom de hracaut, qui, au \" siècle, dans les gloses
du ms. connu sous le nom d'O.rnniensis posferior, g\, mulso,
et rnélligatam (Gr. Celt.2, 1061, 1063) : c'était de la bière
additionnée de miel et d'épices. Le mot, sinon la chose, a
été emprunté par les Irlandais (en vieil-irl. brocôit) et par
les Anglo-saxons sous la forme bragget. Les Bretons insu-
laires paraissent avoir été d'éminents brasseurs : dans une
charte anglo-saxonne de 790-701 [, du roi Offa, une mesure
pleine de bière bretonne est réclamée comme redevance
(eiimh fulnr wêliscès alôd). D'après les Lois Galloises, la
boisson la moins chère était le cwrv ou bière proprement
dite. Le bfagavid avait plus de valeur. La boisson distinguée
et de beaucoup la plus appréciée était l'hydromel (med\ irl.
nom. mid, gén. medo = *medu, indo-eur. medhu), Le
prince-poète de Powjs (xne s.), Owain Cyveiliog, nous
déclare sans ambages qu'il est honorable de s'enivrer d hy-
dromel écumant2. Marcellus Empirions, de /ned.,c. 16,
33, attribue au curmi ou cervisia des propriétés curatives :
il recommande à ceux qui toussent une potion de ccrvesa
ou de curmi' additionnée d'une poignée de sel. Il s'agit
très probablement de la bière avec addition de miel, du
btagawt'* gallois. En Galles, c'est l'hydromel proprement
1. Earle, Ifandhook to Land-cliarters. p. 311.
2. Myv. arch., 191. 1 : anrydetus vetw o vet gorewyn.
3. Salis quantum intra palmain Lenere potest qui Lussiet in potionem
cervesae aut curmi mitlat.
i. Bragawt esl dérivé de brag, mail : irl. braieh = mraci-, gaulois brac e.
INSCRIPTIONS LATINES SLR PESONS DE FUSEAU 171
dit qui passe pour avoir des vertus curatives ; d'où le terme
qui le désigne en anglais de metheglin : ce n'est pas autre
chose que le gallois medyg-lyn, boisson de médecin.
Geneta paraît dans deux inscriptions :
8 GENETA 9 GENETA IMI
VISCARA DAGAVIM ///
M. Héron de Villefosse suppose que viscara est pour
vis cara ou vi[vas)cara ; imi serait pour tnihi, et gavim pour
gau{d)ium.
Il est certain que les incorrections sont fréquentes dans
ce genre de graffiti ; néanmoins, l'interprétation de ces
mots laisse place au doute.
Geneta est un terme commun dont le sens et l'origine
sont assurés de la façon la plus heureuse par le gallois
actuel gène th. Geneta a tous les sens de nata qui revient
dans plusieurs inscriptions et aussi de puella (n° 11, p. 17,
salve tu, puella). C'est un terme de tendresse à l'origine, et
aujourd'hui encore le mot a un caractère affectueux, quand
on s'adresse directement à une adolescente ou à une jeune
fille. On dit encore en Galles fy ngheneth dans le sens du
français : mon enfant, ma chère enfant, ma fille, sans qu'il
y ait nécessairement entre les interlocuteurs aucun lien de
parenté. Geneth remonte évidemment à un vieux-celtique
*genettdK Le redoublement du t est caractéristique de ce
genre de dérivés. C'est un procédé en usage chez les
peuples indo-européens dans les noms propres dits hypoco-
PistiqtiêÊ. Les noms de personnes étaient des noms compo-
sés, en général, de deux termes. A côté du nom plein exis-
tait un nom en quelque sorte abrégé consistant le plus
souvent dans le premier terme avec un suffixe de dériva-
tion. La consonne interne était souvent redoublée : à côté
1. Je m'aperçois que j'ai été précédé dans l'explication de ce mot par
J. Morris .loues. .1 irelsh Gr&mmar histor. umJcnmp.. 1913,]), 133.
172 INSCRIPTIONS LATINES SUR PESONS DE FUSEAU
des noms gaulois composés avec epo-, cheval, comme
Eporedirix, Eposognatos, on trouve Eppo, Eppius. Le vieil-
irlandais montre à côté de Tuathal, vieux-bret. Tut-wal
= Touto-valo-s, Tuatàn qui suppose* Ton ttag nos. Le nom
hypocoristique, concurremment avec le nom composé, pour
le même personnage, se montre jusqu'à une époque assez
récente chez les Bretons insulaires et continentaux. Plu-
sieurs de nos saints ont jusqu'à trois noms, sous lesquels
ils sont connus et honorés. C'est le cas pour saint Brieuc.
Le nom plein est Brigo-maglos, qui est devenu, en gallois,
Briavael, conservé dans le nom de paroisse Briavel's Gastle
en Gloucestershire. En Bretagne, c'est sous la forme déri-
vée du premier terme, Brioc, Brieuc = *Brigâco-s, que le
saint est l'objet d'un culte. La forme abrégée avec le pré-
fixe to-, *To-brigâco-s a évolué en Ty-vrioc qui a donné
son nom à la paroisse galloise de Llan-dyvriog , ou monas-
tère de Ty-vriog ' .
Ce procédé s'est étendu des noms propres à un certain
nombre de noms communs, notamment à des diminutifs ou
dérivés comportant une nuance de tendresse2. Genetta sup-
pose une forme genetâ qui serait la nôtre. Le thème gène-,
comme la racine gen-, est largement représenté dans les
langues celtiques à toute époque. 11 est fort possible que
geneta soit une graphie imparfaite pour genetta. On ren-
contre assez souvent t ou tt, entre voyelles, indifférem-
ment, dans les noms propres gaulois; je relève, chez
Holder : Bitio et Bittio, Catio et Cattio, Catus et Cattus,
etc. Il y a en gallois moyen un nom propre Genethauc qui
1. Pour d'autres faits du même genre, v. J. Loth, Les noms des saints
bretons, p. 6-7.
2. Il me parait vraisemblable que le redoublement de la consonne
répond à un fait psychologique, et qu'il a dû prendre naissance dans les
appels ou invocations particulièrement passionnés. Cf.Brugmann, Grund-
riss, I. 117 et suiv. ; Zimmer, KZ ,30, 32, 158-197; Thurneysen, ibid.. 30,
4S0 ; d'Arbois de Jubainville, Mémoires de la Soc. de ling. de Paris,
IX, 189-191.
INSCRIPTIONS LATINES SUR PESONS DE FUSEAU 173
présente le même redoublement du t que geneth : Gene-
thauc remonte à un vieux-celt. *genettaco-s.
6 TAVRINA 7 NATA VIMPI
VIMPI/// CVRMI DA
12 NATA VIMPI. (H. de V. : nata vimpi,
POTA.VI.M pota vi(nu)m).
Il est évident, comme le dit M. Héron de Villefosse, que
vimpi est une expression courante appliquée de préférence
à des femmes. A vimpi correspond exactement le gallois
actuel gwymp qui eût été au vme-ixe siècle wymp : beau,
joli, distingué, brillant. En g-allois, comme en gaulois,
c'est une épithète fréquemment appliquée aux femmes.
Hywel ah Ywein, fils dTwein (Owen), roi de Gwyned ou
Nord-Galles, qui tomba les armes à la main, comme la plu-
part des chefs gallois de son temps, en 1170, dans une
bataille contre son frère, guerrier valeureux et grand poète
à en juger par les trop rares poèmes qui nous sont parve-
nus sous son nom, après avoir célébré son pays, ses mon-
tagnes, ses bois, le rivage qui le borde, vante ses blancs
goélands et ses jolies femmes [gwymp, jolies) '.
Hywel aime la guerre, la nature et les femmes. Il garde
un bon souvenir du rivage de Meirionyd (Merioneth) où un
bras blanc lui a servi d'oreiller-, et, dans le môme poème,
il rappelle avec complaisance ses conquêtes féminines. Il
n'est pas modeste, — ce n'est pas une vertu bardique, — il
en compte jusqu'à huit; à propos de la cinquième, gwymp :i
revient : «j'en ai eu cinq à la jolie peau blanche ». Gwymp
s'applique aussi à un beau paysage '* ; il qualifie également
certains actes de générosité hautement appréciés par les
1. Myv. arch., 198. I : ae gwylein gwynnyon ae gwymp wraget. Il n'y
aurait rien à changer aujourd'hui : irru((p( s'écrirail seulement wragedd.
2. Myv. arch. 198. 2 : men ym bu vreich wenn yji ohenni/l.
3. Ibid. : Keveis hymp o rei gwymp eu gwyngnawd .
1. Dafyd ab Gwilym, éd. de Liverpool, 1873, p. 2 (c&nfod gwymp; cf.
gorwym lethryd).
17i INSCRIPTIONS LATINES SUR PESONS DE FUSEAU
bardes '. Dans un poème de Taliessin qu'on peut faire
remonter hardiment au xne siècle, gwymp qualifie une
corne à boire2.
Gwymp avec les préfixes ar et gor a un sens intensif :;.
Il est employé aussi avec le préfixe négatif ah- dans le sens
de disgracieux, laid. Gwymp, employé au masculin et au
féminin, suppose un vieux-celtique uimpi- : notre vimpi
serait un vocatif parfaitement régulier. Il est à remarquer
que ce qualificatif suit toujours le substantif qualifié, ce qui
est conforme à la syntaxe néo-celtique. La racine vimp- est
bien représentée dans l'onomastique gauloise : Vimpus,
Vimpuro{m), Vimpurila, Vimpia (Vimpiae conjugi). Le mot
n'existe plus qu'en gallois. Je lui ai vainement cherché un
équivalent en irlandais, en breton et en comique. Il sup-
pose un pan-celtique uinqui-. Son sens exact et primitif
reste incertain4. Il a des équivalents latins dans les inscrip-
tions de ce genre : ave, vale, hella tu ;>.
VEADIA. Inscr. i :
VEADIATVA
TENET
Veadia me paraît caractériser vin véritable peson de
fuseau. Je traduirais veadia tua tenet par : il tient (Je peson)
tes fuselées. Veadia me paraît être pour vegiadia avec g
1. Myv. arch. 171. 2 : anrydel gwymp arivet gtvin, « c'est une éclatante
marque d'honneur que d'apporter du vin ».
2. Skene. Four anc. Books of Wales. II, ltii : ae vedgorn ewyn gwerlyn
gwymha : gwymha est le superlatif de givymp, pour gwymhàv : v final
a disparu de bonne heure dans les superlatifs; cf. guartha dans le L.
Lland. pour gwarlhav.
3. Myv. arch., 238. 1 : ar-wymp gerted ; ibid., 251. 2 : aricymp daim ;
400. 2 : anrymp et fudd ; 230. 2 : gor-wymp heirt ey veirt.
A. Thomas Hichards, dans son Dictionnaire (1815), donne cet exemple,
d'après un auteur anonyme : goleuach a gwympach no'r haul, plus lumi-
neux et plus beau (?) que le soleil.
5. Une fibule de Reims porte : AVE VIPI (C. /. L., XIII, n° 10027.155),
que je lirais avec M. Héron de Yillefosse : "ave vimpi, salut la belle.
INSCRIPTIONS LATINES SUR PESONS DE FUSEAU 175
intervocalique palatal spirant (très voisin de *veiadia) : g
intervocalique disparaît de bonne heure en gaulois (exemples
chez Holder k la lettre G). Vegiadia est un dérivé de
vegio- qui a donné i'irl. fighe — vegio-n, action de tisser,
enrouler, tordre (cf. fighim, je tisse, je tords) ; gallois
gwe-u, tisser; gwehyd, tisserand, = *vegiio-s; bret. gwea
et giveya, tisser et tordre; corn, du xue siècle guiat, gl.
tela. Le corn, gwiat et le breton gwiad * = vegiato-. Dans
veadia on a un suffixe -adio-, -adiâ, représenté par l'irl.
-de, la voyelle a étant syncopée2 : cf. grec xpoxx-a-âta :
veadia, vegiadia serait un pluriel neutre et signifierait éty-
mologiquement ce y«i es£ enroulé (autour du fuseau). Pour
le sens, on peut comparer le v. h. a. ivickili, dérivé de la
même racine, et ayant le sens de quenouillée, quantité de
lin ou de laine à filer.
M ARC OS 1 OR : S.
MARCOSIOR
MATERNIA
Ce sont peut-être deux noms propres, dit M. Héron de
Villefosse, celui d'un homme et celui d'une femme, comme
cela se voit souvent sur les bagues échangées entre amants.
Le nom de Maternia n'offre aucune difficulté. Peut-être
même est-ce une évolution du nom gaulois Matronia,
comme Materna, forme que l'on trouve déjà dans l'Ano-
nyme de Ravenne, pour Matrona, la Marne. En revanche,
on chercherait vainement dans toute l'onomastique gauloise
des noms propres en -or du type marcosior. Je suis con-
vaincu qu'on est en présence d'un verbe déponent à la lre
pers. du sing. du subjonctif ou d'un présent-futur désidératif.
Le déponent a existé en celtique aussi développé qu'en
1. Le breton gwiadenn a le sens de tresse de fil, <lc paille, de cheveux.
2. Vieil-irl. nem-de, céleste, irl. mod. neamhdha ; si on rapproche -de
(1rs dérivés gallois en -aidd, on peut légitimement supposer -a-dio-, -a-dia
(Thurneysen, Handb., p. 213; Pedersen, Vergl. Gr., II. 28 .
170 INSCRIPTIONS LATINES SUR PESONS DE FUSEAU
latin : le vieil-irlandais le prouve. Il y en a des traces en
gallois. De plus, toutes les langues brittoniques aujourd'hui
même ont des formes verbales en -/-improprement appelées
passives, qu'on ne peut séparer, à l'origine, des formes
déponentes '. Quant au subjonctif en -s, c'est une formation
commune à tout le celtique insulaire : il n'y a entre l'irlan-
dais, d'un côté, et le gallois, de l'autre -, qu'une différence :
c'est qu'en gallois il y a une voyelle entre s et la con-
sonne 3. Il est vraisemblable que le subjonctif irlandais en
-s avec redoublement est, a l'origine, par sa formation, un
désidératif 4. Le point le plus embarrassant, au point de
vue du celtique connu, c'est -io- après -s-. Ce serait une
formation analogue à celle des futurs en -sio-, qui n'est
autre chose, d'après l'opinion courante, qu'un élargisse-
ment par -io- des formations verbales en s. Cette forme a-
t-elle existé en celtique? Il y en a, à mon avis, une trace
certaine dans un verbe gallois en -r qui a beaucoup intrigué
les linguistes. Dans un proverbe du Livre Bouge de Her-
gest, manuscrit dont la partie la plus ancienne est du com-
mencement du xive siècle, publié en partie par Skene, mais
dont certaines poésies sont plus anciennes au moins de
deux siècles, on remarque la forme llemittyor '.
Poh llyfwr 5 llemittyor arno
Pob ffer dyatter heibio.
(( Tout poltron, qu'on lui saute dessus ; tout homme
résolu, qu'on le laisse aller. »
1. J. Loth, Remarques et add. à P« Introduction to Early Welsh » de
Strachan, p. 83-84.
2. Vcndryes, Mèm.Soc. ling. Paris, XI, p. 2b8.
3. Il y a au moins deux formes en gallois, où s se joint, comme en irlan-
dais, immédiatement à la consonne de la racine (duch, girares). La même
formation se présente au prétérit du subj. en s (J. Loth, Remarques et
add., p. 92-93).
4. Zimmer, KZ. 30, p. 128.
5. D'après la mesure, il faut lire Ihrfyr. lâche, poltron : llyfwr signifie
lécheur, flatteur.
INSCRIPTIONS LATINES SUR PESONS DE FUSEAU 177
Au point de vue du sens, llemittyor arno serait tout aussi
bien ou mieux traduit par : on a envie de lui sauter dessus.
Quant à la forme, il est évident que llemittyor a été formé
sur un présent-futur avec t : lemit, * le m hit. Il est non moins
sûr qu'il a dû exister une forme sans t : lemhyor. En sup-
posant une forme déponentielle parallèle à la lre personne
dusg., on arrive à *lam(n)-d-s-io-r\ c'est-à-dire aune forme
identique à marcosior. On peut aussi supposer qu'il s'agit
d'une forme hybride celto-latine.
Si, comme je viens de le supposer, marcosior est un
subjonctif déponent en s ou un désidératif, son sens est
des plus limpides. Traduit littéralement, le mot ne peut
choquer la pudeur la plus ombrageuse : marcosior signifie-
rait : que je monte à cheval, je désire montera cheval. Mais
il a dans l'inscription sur fusaïole un sens métaphorique
qu'on me sera reconnaissant de traduire en latin. Pour un
Gallo-Romain de l'Autunois, marcosior, Maternia équivalait
à equitare vellem, Maternia. Ce sens particulier de equitare
et equus est bien connu; on le constate dans VArs amato-
ria d'Ovide, chez Juvénal, Martial, Arnobe [vestras inequi-
tare matronas). Marco-, dans toutes les langues celtiques, a
le sens de cheval mâle, étalon. En breton moyen, marcha ff
est glosé par calulire (Ernault, Gloss., a marchaff). Le sens
métaphorique que je propose pour marcosior est loin d'être
inconnu des Bretons insulaires.
Une glose galloise du ixe siècle semble bien le prouver.
Dans le manuscrit connu sous le nom d'Oxoniensis poste-
1. Il va de soi qu'une formation de ce genre ne remonte pas au vieux-
celtique, lamm étant un thème primitivement en -n, comme sufîirait à
le prouver, en dehors de toute comparaison avec l'irlandais, l'infinitif
moyen-gallois llemein. Il s'agirait donc d'une formation relativement
récente du vieux-brittonique. On pourrait aussi songer à un vieux-cel-
tique ma.rco-s-igo-r, 1" personne d'un subj. déponent en -s-ig- pour o,
cf. vieil-irl. ro-cloor : d'ailleurs la valeur de .o, dans ces formes, est indé-
terminée .
1916 12
178 INSCRIPTIONS LATINES SUR PESONS DE FUSEAU
rior, adulter* est glosé par guas marchauc, que le glossa-
teur a éprouvé le besoin d'expliquer par servus equarius
(guas, serviteur ; marchauc, cavalier). Pour la Gramma-
tica celtica, le servus equarius est un jeune serviteur sur
lequel a jeté son dévolu une maîtresse lascive [domina
lasciva) : il s'agirait dans les vers d'Ovide de Pasiphaé.
Gomme je l'ai établi (Revue Celtique, 1911, p. 220), le sens
métaphorique de guas marchauc est assuré par une expres-
sion à peu près identique que j'ai relevée chez Davvd ab
Gwilym, poète du xive siècle, le plus grand des poètes
gallois et le plus remarquable peut-être du mo}ren âge par
la fantaisie et la richesse de l'imagination. Au lieu de guas
marchauc, on a givus mardi serviteur de cheval, mot à
mot) : « Si tu appréciais le gwas march... je réclamerais, et
je serais hardi, d'être un g w as march., pour toi 2. »
Il n'y a pas à s'étonner de trouver sur des fusaïoles des
inscriptions qu'on ne peut guère traduire en français.
M. Héron de Villefosse a très justement fait remarquer la
parenté qu'il y a entre ce genre d'inscriptions et celui des
vases a boire. Venus fait une redoutable concurrence à
Bacchus sur les vasa potoria de la Gaule. On pourrait y
apprendre la plupart des temps et modes du verbe amare.
Il y a même des expressions auprès desquelles marcosior
parait faible : futue me, futuile, futui ospita (C.I.L. XIII,
92, 93, 95).
Gomme le dit M. Héron de Villefosse, certaines expres-
sions des inscriptions sur fusaïoles nous transportent, sem-
blet-il, dans une taverne et font naître la pensée que ces
objets ont été donnés à des servantes ou à des filles de
1. Nulliis quaeralur aduller, clans l'Ars amatoria.
3. Il y a un jeu de mot certain clans l'expression. C'est confirmé par les
quatre vers précédents :
Os diriaid ddyn, fun firynaf
Gior hy' a garit ti' r haf,
Bum, dra diriacld fy nheidiau,
O gariad march y tad tan.
INSCRIPTIONS LATINES SUR PESONS DE FUSEAU 179
mœurs faciles (p. 20). Entre autres milieux douteux que
supposent les inscriptions, celle qui porte le n° 7 dans sa
publication indique très vraisemblablement un établisse-
ment de bains :
MATTA DA GOMOTA.
BALLINEE XATA.
Balineum est la forme ordinaire pour bain. Quant au
passage d'un pluriel neutre à un féminin'singulier, c'est une
évolution fort naturelle et bien connue.
En bas latin, balinea, ou balnea est constaté. Je relève
balinea dans le manuscrit d'Orléans du xe siècle à gloses
bretonnes. D'autres manuscrits de la même collection de
canons donnent halneas. Matta est un nom propre connu.
Le seul mot embarrassant est gomota . Rien de semblable
n'existe dans les langues celtiques ni en latin. Je serais
tenté de croire à une incorrection et de lire comoda. Dans
Du Gange, commodum, commoda, a le sens de paiement,
salaire, contributions. Suidas donne : Kiij.ica. xà XucriTeXf],
ypr^x-x-x. Le peson en question pouvait être un jeton en
usage dans les maisons de bains. Aujourd'hui encore, dans
certains établissements de bains parisiens, après avoir payé
au comptoir le prix du bain, on vous remet un jeton à don-
ner au garçon ou à la fille de service pour des accessoires
du bain : xopoSa ? Si gomota a le sens de paiement, l'expres-
sion s'adresserait à la servante soit de l'établissement, soit
de la dame gallo-romaine se présentant à cet établissement
[Matta, donne les accessoires (ou prix) du bain, ma fille?).
Gomota pour comoda, surtout dans des graffiti populaires,
n'a rien d'extraordinaire. Je relève dans les inscriptions de
la Gaule narbonnaise : tauripolium, quatragies ; dans des
inscriptions de la Gaule cisalpine : coiuces, retere (reddere)
et quodannis ; dans Vinstrumentum domesticum des Gaules
(C.I.L. XIII); Ganico (942), Canico (429); Gatus (943),
Catus (500), Gemeni (9o3), Ce me nia (526), Litucin(us)
180 INSCRIPTIONS LATINES SLR PESONS DE FUSEAU
(1151b), Litugeni (ibid. a) : vol. VII, 1336, 563 : Lituge-
nus f[ecil); Locirnius et Logirnius 1152).
On peut envisager une autre hypothèse : c'est qu'il s'agit
non pas précisément d'une incorrection, mais d'une hésita-
tion explicable par un fait réel de prononciation. Il me paraît
très probable que la graphie de l'inscription gauloise de
Saint-Révérien dont je vais parler, gnatha au lieu de gnata,
est due à un phénomène analogue. Cette graphie indique
vraisemblablement un commencement d'évolution pour les
occlusives sourdes celtiques intervocaliques, évolution qui
a abouti différemment en irlandais et dans les langues brit-
toniques mais dont le point de départ a été le même : en
irlandais, l'occlusive sourde précédée d'une voyelle accen-
tuée est devenue une spirante sourde ; en néo-brittonique,
en général, une occlusive sonore. Le vieux-celtique *gnâto- ',
habitué à, usuel, est en irlandais gnâth, en gallois gnaivd,
gnodol. habituel. Ces occlusives sourdes étaient probable-
ment à l'époque où nous reportent les inscriptions sur
fusaïoles, dans une sorte d'instabilité au commencement de
leur évolution : c'étaient peut-être, entre voyelles, des
sourdes aspirées. Quant aux occlusives sonores, à cette
époque, elles sont en pleine évolution : le g intervocalique
est si bien spirant que l'écriture parfois n'en laisse voir
aucune trace ; le b paraît l'être aussi, ce qui explique Dea
ardbinna à côté de Arduinna, Cevenna et Cebcnna2. Il y a
1. En Glamorgan aujourd'hui, les occlusives sourdes initiales sont des
aspirées; les occlusives sourdes intervocaliques du vieux-celtique, aujour-
d'hui des sonores dans l'écriture en gallois comme en breton, sont de pures
occlusives sourdes. Les occlusives sonores sont à peu près des moyennes
sourdes.
2. Holger Pedersen, Vergl. Gr., I, p. 533, a supposé'avec raison, pour
le gaulois, à la fois des occlusives sourdes aspirées et non aspirées. Il
regarde (p. 437) la chute du p initial ou intervocalique comme un indice
d'une évolution des occlusives celtiques, évolution qui aurait commencé en
même temps que le grand phénomène de la substitution des consonnes
indo-européennes en germanique, c'est-à-dire vers le ix-vm" siècle avant
J.-C. Si l et c paraissent intacts, il n'est nullement prouvé qu'ils n'aient pas
INSCRIPTIONS LATINES SUR PESONS DE FUSEAU 181
aussi à tenir compte de graphies comme arcanto-dan, verco-
hreto, carpentum, pour arganto-dan, vergo-breto, carben-
tum. Si on admet un commencement d'évolution pour les
occlusives intervocaliques, on est obligé de l'admettre pour
les occlusives initiales en composition syntactique. D'après
une loi générale des langues néo-celtiques, lorsque deux mots
font étroitement corps par le sens, la consonne initiale du
second terme est traitée comme si elle était à l'intérieur d'un
mot : si le mot précédent se termine par une voyelle, cette
consonne subit un affaiblissement : l'occlusive sourde
devient une spirante sourde en irlandais, une occlusive
sonore en gallois, breton et comique. Il est certain qu'une
expression comme da commoda, pour des Celtes, devait être
traitée comme un tout, en quelque sorte comme un seul
mot avec accent principal sur le second terme, et que le c
de commoda était dans la situation d'une consonne intervo-
calique. Il est de plus à remarquer que l'évolution des con-
sonnes précédant la voyelle accentuée semble avoir été
plus rapide.
Il est assurément un peu hardi de^ faire remonter à la
période gauloise même la plus récente une loi qui n'est pas
entièrement appliquée, au moins dans l'écriture pour les
verbes, en exceptant le verbe substantif, dans les plus
anciens textes irlandais ; mais il est logique de supposer
qu'elle avait déjà des effets en vieux-celtique, se traduisant
par quelque différence dans la prononciation et une certaine
hésitation dans les transcriptions. Si gomota est pour
comoda, commoda, on n'a pas le droit de conclure que g
soit une occlusive sonore pure ; on est fondé à soutenir, en
revanche, que c'est l'indication d'un commencement d'évo-
été atteints : ils n'ont pas été aussi loin dans leur évolution que le p pour
des raisons physiologiques. D'ailleurs, les consonnes du même ordre évo-
luent souvent différemment. En haut- vanne tais maritime, d intervocalique
estspirant; b'elg ne paraissent pas l'être. A Groix, c initial paraît aspiré,
et p et / ne le sont pas.
182 INSCRIPTIONS LATINES SUR PESONS DE FISEAT
lution du c intervocalique soit à l'intérieur du mut, soit en
construction syntactique.
Parmi les inscriptions sur fusaïoles. il y en a une qui est
purement celtique : c'est celle de Saint-Hévérien (Nièvre).
M. Héron de Villefosse la publie (p. 23), d'après un croquis
fait sur l'original, il y a bien des années, dit-il '. L'objet était
alors conservé dans une vitrine plate, placée dans la pre-
mière salle du Musée céramique au Palais ducal de Nevers.
L'objet a peut-être disparu; car, en 1897, 0. Bohn l'a vai-
nement cherché et s'est vu réduit à donner l'inscription
d'après une communication de Bulliot.
Je me base pour l'interprétation sur la version de
M. Héron de Villefosse qui n'a aucune hésitation sur sa lec-
ture :
MONPGNATLAGABI
BVBBVTTON MON
Le point lumineux dans cette inscription, à mon avis,
est gabi : c'est la 2e pers. du sg. de l'impératif présent d'un
des verbes les mieux connus de l'irlandais : en vieil-irl.
lre pers. du sg. du présent de l'ind. gaibim, forme jointe
-gaibiur, impér. 2e pers. du sg. gaib- qui représente très
exactement gabi : le type de présent est celui du thème
latin capio- capi- (irl. mod. gabhaim, à la lre pers. du sg. du
prés, de l'ind.).
Ce verbe a des sens très variés que la composition avec
préverbes a grandement contribué à multiplier. Les trois
principaux sont : prendre ou tenir, donner, chanter ou
réciter. Le sens le plus commun est celui de prendre, sai-
sir ; c'est celui des dérivés gallois gavacl, corn, gavel. Mais
le sens d'avoir et celui de donner n'est pas rare 2. On peut
1. Se reporter à l'opuscule de M. Héron de Villefosse, Pesons et fuseaux,
dans le Bull. arch. 1914, Paris, 1915, p. 24 (49»).
2. Cf. Whitley Stokes, Urk. Spr. : j'ajoute rot-gaibh friurnsa, tu m'as
donné, Lives of saints of the Hook of Lismore, ligne 1591 : cf. Félire Oen-
yusso, p. 251-2.
INSCRIPTIONS LATINES SUR PESONS DE FUSEAU 183
faire remonter cette acception au vieux-celtique, non seu-
lement à cause de l'accord de l'irlandais avec le latin et le
germanique, mais, ce qui est plus décisif, avec le comique.
Le comique gava (Gwreans, 429, 4172,2044; moyen-corn.
gafe, avec f = v) a le sens de pardonner : cf. latin cond-
nare. C'est également le sens que j'ai constaté en irlandais,
dans un texte du xvn* siècle, Tri bior ghaoithe an bhâis
(les trois lances de la mort), de Keating" : gahh agam, par-
donne-moi, p. 99, 26; même sens, 86, 24. On passe faci-
lement d'ailleurs du sens de tenir à celui de donner, parti-
culièrement à l'impératif : habe vinum peut se traduire aussi
bien par : je te donne du vin, que prends du vin, tiens, voilà
du vin l.
Gnatha, fdle, pour gnâtâ vieux-celtique, n'a pas besoin
d'explication 2.
Budctutton est clairement un accusatif masculin ou neutre-
sing\ Buddutto- paraît dérivé de bussu, qui est représenté,
en irlandais, par bus, nominatif sing-., génitif busso, bussa :
bouche, lèvre : thème en -u. Le redoublement du f comme
dans genetta indique un diminutif ou un terme caressant.
En l'absence d'un dérivé identique dans le celtique insu-
laire 3, on est réduit aux hypothèses. Buddutto-, au sens
propre, peut sig-nifier petite bouche ; peut-être est-ce un
terme humoristique à double entente désignant la fusaïole
à cause du trou central : prends cette petite bouche. Je pen-
cherais plutôt pour un sens métaphorique. Le lith. buczû-
ti, dérivé du même thème avec un suffixe de dériva-
tion en -ti-, signifie baiser. Un baiser se dit, en irlandais
1. Il y a eu en celtique mélange du sens de gab- et kng. Gah-u été évincé
en breton par euh- qui vient peut-être d'une contamination de gab- et
eu/-. Thurneyscn croit que le sens primitif de gab' est- tenir, saisir (I<'est~
yruss zu Oslhoff, pp. 5-S).
2. Dans des noms gaulois composés avec ynalo-, gnâta, on peut sou-
vent avoir affaire à gnSto-, habitué à, usuel.
3. Whitlev Stokes (Urlc. Spr.) a rapproché a tort le gallois ç/tee/'us, lèvre,
de l'irlandais bus.
184 INSCRIPTIONS LATINES SIR PESONS DE FUSEAU
moderne, busôg, }>usog, dérivé de bus. Moni pourrait être
l'impératif 2e pers. du sing. d'un verbe dont il ne reste plus
que l'infinitif en breton, gallois et comique : bret. monet,
gallois mi/ned, corn, mons pour moues, mo/ied '. Ce verbe
a le sens d'aller mais a pu avoir aussi bien le sens de venir
(cf. gall. dos, va; bret. deus, viens). L'inscription pourrait
donc être traduite : « viens, ma fille (cf. accède urbana
inscription 3, p. 15), donne un petit baiser, viens. »
Mon après buddutton serait la reprise de moni.
Le G.I.L. XIII, n°2827, donne, d'après une communica-
tion de Bulliot :
MONIGNATH AGABI 2
BVDBVTTONIMON
Coug-nv : Bulletin de la Soc. niv., I (1835), p. 336; Gal-
lois, Congrès arc/i. de France, XVIII1' session (1851),
p. 214; Bulliot et Thiollier, Mém. de la Soc. éduenne, nou-
velle sér., t. XIX, p. 138-139, n° i, ont lu i après buddut-
ton ; Buhot de Kersers, Recueil des inscr. gallo-romaines de
la 7,ne divis. arch., Nièvre, n° 21, dans Congrès arch. de
France, IIe session 1873), p. 262-263, donne la version de
Cougnv. Comme M. Héron de Villefosse a fait son croquis
d'après l'original même, il est vraisemblable que la croyance
à un i est due à quelque éraflure ou défaut dans le schiste
du peson.
Si on admet budduttoni. il est évident qu'on a affaire à
un datif : budduttoni serait formé sur buddutto- à l'aide
1. Suivant Strachan (Stories from Tdin. p. 122: cf. Vendryes, Rev. celt .
1914, p. 223), l'irl. muini ther aurait le sens de vient (irna-muinitlier meirg,
autour duquel (le fer vient la rouille).
2. Le signe l légèrement séparé de A (GNA1 I A a été lu /' Cougny, Gal-
lois1. Il a. en effet, cette valeur parfois dans des inscriptions de la Gaule
narbonnaise n° 311» . Il me parait à peu près sûr qu'il s'agit ici d'un II dont
la seconde barre est remplacée par le premier trait de A. S'il fallait lire
gnntfu, ce qui parait bien extraordinaire, il faudrait supposer une pronon-
ciation spirante, une spirante dentale sourde p. invraisemblable à pareille
époque.
INSCRIPTIONS LATINES SUR PESONS DE FUSEAU 185
d'un suffixe -ô(n) connu dans l'onomastique gauloise ; ce
serait un dérivé analogue aux dérivés latins en -o, -ônis :
edô, edonis, glouton ; bibo, nebulo; cf. grec zâyw, «faywvoc
Buddutto(n) aurait le sens d'amateur de petites bouches ou
de baisers. Ce serait un terme commun ou même un nom
propre, peut-être l'un et l'autre. Dans ce cas, on pourrait
supposer pour gahi un sens assurément très ancien en
irlandais, mais peu vraisemblable, celui de chanter { : chante
pour Buddutto.
On peut aussi supposer que moni est un thème neutre en
-i complément direct de gahi. Moni-a donné muin, cou, en
irlandais : gahi moni aurait ainsi le sens du français acco-
ler-. Muin a aussi le sens d'amour d'après Whitley Sto-
kes (Bévue celt.. V, p. 248 3). On aurait dans ce cas un
sens voisin du premier fondé sur la lecture buddutton :
littéralement : donne ton cou à Buddutto (l'avide de bai-
sers).
Enfin, si on lit budduttonimon en un mot, on est en pré-
sence d'un composé. Ce serait peut-être tout simplement le
mot gaulois pour peson de fuseau : buddutto-, peson, par
sens métaphorique (petite bouche et nimo-n pour snlmo-n :
irl. sniomh, action de filer; snimhaire, fuseau (viens ma
fille, prends ce peson de fuseau).
Voilà assurément bien des hypothèses; mais, en pareille
matière, non seulement elles sont excusables, mais même
louables, pourvu qu'elles ne violent pas les lois de la lin-
guistique celtique. C'est un devoir de les envisager toutes.
Il est possible qu'une d'entre elles mette sur la voie de la
solution définitive ; elle peut amener la découverte d'un
mot décisif, d'une expression encore inconnue, cachée dans
1. Lives of saints of the Book of Lismore. 1. 17G3; 3406; Priscien de
Saint-Gall Thésaurus palaeohih., II, 757 : sens de dire).
2. Les Gallois ont emprunté pour Vosculum l'anglo-saxon : eusan. Le
baiser est remplacé chez eux par Vaccolade : on jette les bras autour du
cou de la personne aimée.
3. Main, avec un sens voisin se montre dans Tri bior gh. an Bh. 278,
« : do mhnin chrotdhe, du fond du cœur : cf. gall. mymnes, sein.
IRf> ; LIVRES OFFERTS
quelque manuscrit, ou en usage dans quelque coin perdu
de l'Irlande, du pays de Galles ou de la Bretagne.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel présente un volume de la part de
M. le duc de Loubat :
« Je vous annonçais, il y a quinze jours, que notre confrère M. le
duc de Loubat faisait préparer un second volume de photographies
représentant des monuments mexicains, pour nous en faire hom-
mage. Voici ce volume qui égale presque l'autre en étendue et riva-
lise avec lui en intérêt pour les études américaines. L'interprétation
de ces monuments est à ses débuts ; il n'en est que plus nécessaire
d'avoir des reproductions d'eux qui soient bien complètes. L'Acadé-
mie n'en est plus à compter les dons généreux de notre confrère :
elle lui adressera une fois de plus ses remerciements sincères. »
M. Salomon Reinach offre, au nom de l'auteur, M. Emile Espéran-
dieu, un travail intitulé : Les monuments antiques figurés nu Musée
archéologique de Milan (Paris, 1916, in-8°).
M. Camille Julxian dépose sur le bureau de l'Académie le n° LX1X
de ses Notes gallo-romaines (extr. de la « Revue des Études
anciennes », Bordeaux et Paris, in-8°).
M. HéitoN de Villefosse offre à l'Académie, au nom du
R. P. Delattre, correspondant à Carthage, un travail intitulé : Inscrip-
tions de Damous-EI-Karita, nouvelle série (extr. de la lievue tuni-
sienne, 1914) :
« Ces inscriptions, ou plutôt ces fragments, car bien peu de ces
textes sont intacts, forment un ensemble de ;il(i numéros apparte-
nant presque tous à l'épigraphie chrétienne. Il était nécessaire de
les faire connaître. Plusieurs concernent des gens d'église, évèque,
prêtre, diacre, sous-diacre et religieuses. La partie inférieure d'un
sarcophage en marbre blanc qui porte, gravé sur la plate-bande du
bas, le nom d'une vierge consacrée à Dieu, Calcedonia virgo sacrala,
est digne d'attention. On voit sur le petit morceau qui subsiste les
restes de deux croix dont les bases se terminent par des encoches
formant trident, comme sur certains sarcophages de la Gaule remon-
LIVRES OFFERTS 187
tant à la même époque. C'est un fait intéressant. Il est regrettable
que le P. Delattre n'ait pas retrouvé d'autres compléments de ce
monument. Une vingtaine de débris appartiennent à des épitaphes
chrétiennes rédigées en grec. L epigraphie païenne n'est représentée
que par un petit nombre de morceaux : l'un d'eux est particulière-
ment important puisqu'il fournit quelques lettres complémentaires
à un elogium recueilli dans les mêmes ruines, il y a plus d'un quart
de siècle. »
COMPTES RENDUS DES SÉANCES
DE
L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES- LETTRES
PENDANT L'ANNÉE 1916
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET
SÉANCE DU 7 AVRIL
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
Le Secrétaire perpétuel communique la correspondance qui
comprend :
1° Des lettres de MM. Graillot, CourbaudetP. Noailles remer-
ciant l'Académie pour les prix qu'elle leur a décernés ;
2° Une note de l'Académie française demandant à notre
Académie de vouloir bien voter en principe sa participation à
l'érection d'un monument à nos morts de la guerre, et de délé-
guer son bureau à l'effet de s'entendre pour l'exécution avec les
bureaux des autres Académies. — L'Académie accepte en prin-
cipe et délègue son bureau.
Le Secrétaire perpétuel rappelle ensuite que dans la séance
générale du mercredi 5 avril l'Institut a réglé les conditions
d'exécution des legs Thorlet et Barbier-Muret. Il a décidé de
décerner les prix établis sur ce dernier legs en séance générale
sur présentation de candidats par chaque Académie. Il a réparti
entre chaque Académie les 17.600 francs du legs Thorlet, à rai-
l'.M) SÉANCE DU 7 AVRIL 191 G
son de 4.000 francs pour l'Académie française, pour l'Académie
des inscriptions, pour l'Académie des beaux-arts, pour l'Acadé-
mie des sciences morales, et les 1.600 francs restants pour l'Aca-
démie des sciences. Les deux legs étant disponibles dès cette
année, L'Académie doit créer deux commissions afin de faire les
propositions nécessaires, les unes à tout l'Institut pour le legs
Barbier-Muret, les autres à notre Académie pour le legs Tborlet.
Il est procédé à la nomination de la commission Barbier-
Muret. Sont élus : MM. de Vogûb, Senart, Scheil, Guq, aux-
quels se joindront MM. Gagnât et Babelon, membres de la com-
mission Debrousse.
M. le comte Paul Durriku s'est attaché à étudier la manière
dont les peintres miniaturistes français de la fin du moyen âge
et du début du xvie siècle figuraient les dieux et les déesses de
l'Olympe et les autres personnages des légendes antiques. Il
signale que des représentations de ces personnalités mytholo-
giques se sont glissées jusque dans l'illustration de livres d'Heures
exécutés à Paris au xve siècle. Mais, de l'ensemble des observa-
tions de M. Durrieu, il résulte que, à l'époque envisagée, les
miniaturistes français ne s'imaginaient guère que les divinités
païennes et les héros antiques pussent différer, pour les cos-
tumes et les manières d'être, des Français et des Françaises
vivant à l'époque même où les artistes travaillaient.
Cette tendance pouvait être favorisée chez eux par la rédaction
des textes qu'ils étaient appelés à agrémenterd'images, textes qui
rajeunissaient, en quelque sorte, les souvenirs de l'antiquité.
M. Durrieu cite, par exemple, à cet égard, un récit des amours de
Héro et Léandre, dans lequel ce n'est plus le Bosphore, mais la
Seine que Léandre traverse à la nage pour aller rejoindre Héro,
celle-ci étant en résidence à Honfleur '.
M. Cha. vannes étudie quelques textes se rapportant à l'histoire
de la principauté de Wou et Vue qui eut une existence à peu
près indépendante dans la province chinoise de Tchô-kiang, de
l'an 897 à l'an 978 de notre ère : un brevet gravé sur une tuile
de fer en l'année 897; un récit de la construction de la digue
1 . Voir ci-après.
MYTHOLOGIE ANTIQUE DANS UN LIVRE d'iIEURËS 191
de Hang-tcheou en 910 et de la bataille livrée par les archers
de YVou et Yue aux Ilots de la mer; une plaquette de jade et
une tablette d'argent de Tannée 928, relatives à la cérémonie
taoïste qui consistait à jeter dans un lac des dragons en métal
destinés à convoyer la prière du roi ; ces petits monuments
éclairent certaines coutumes et croyances de la Chine.
COMMUNICATION
SOUVENIRS DE LA MYTHOLOGIE ANTIQUE
DANS UN LIVRE D'HEURES EXÉCUTÉ EN FRANCE
ENTRE 1423 ET 1430,
PAR M. LE COMTE PAUL DURR1EU, MEMRRE DE L'ACADÉMIE.
Les travaux de divers érudits, notamment la thèse latine
si intéressante que notre confrère M. Antoine Thomas a
consacrée à Jean de Montreuil, ont fait ressortir cette cons
tatrttion que, sous le règne de Charles VI et au début du
règne de Charles VII, et spécialement pendant les vingt-
cinq ou trente premières années du xve siècle, il y avait eu
en France, dans le monde des esprits cultivés et avides
d'apprendre, un retour sensible vers l'attention à donner
aux souvenirs de l'antiquité classique. Entre autres marques
de cette tendance ligure une propension, plus développée
que dans les âges immédiatement précédents, à faire
intervenir, en multiples occasions, les noms des dieux et
des déesses de l'Olympe et des héros mythiques du paga-
nisme.
Ce n'est pas que les noms de ces divinités et de ces
héros eussent jamais été totalement oubliés dans la France
du moyen âge. Les chansons de geste, qui confondent les
Sarrasins avec les païens, nous montrent fort bien en l'oc-
currence un émir musulman adorant son dieu Apollin. On
1(.)2 MYTHOLOGIE ANTIOL'E DANS UN LIVRE IMIEURES
sait aussi quelle place tiennent dans notre vieille littérature
les romans épiques qui se rapportent à Thèbes, au siège de
Troie, à l'histoire d'Enée et à celle d'Orphée, au conte de
Narcissus. Les Métamorphoses d'Ovide ayant été traduites et
arrangées en français, il nous est parvenu de cette adapta-
tion des manuscrits du xiv'" siècle, ornés de très intéres-
santes illustrations dont j'aurai occasion de reparler. De tels
exemples pourraient être multipliés. Mais, ce que j'ai été
amené à observer, et que je me propose de montrer par un
cas typique, c'est qu'à l'époque que j'indiquais au début de
cette communication, les traces d'une tendance à remettre
en honneur des personnalités de la mythologie classique
apparaissent de plus en plus multipliées en France, et cela
jusque dans certaines circonstances où l'on ne s'attendrait
guère à avoir à relever le fait.
Bien des causes diverses ont concouru, je le crois, à
développer ce mouvement dans les esprits. Parmi elles, je
retiendrai seulement l'influence qu'ont pu exercer certaines
œuvres littéraires écrites en français au début du xve siècle.
A cet égard, il faut noter la diffusion vers cette époque,
dans le centre de la France royale et spécialement à Paris,
par l'intermédiaire d'adaptations en notre langue, de deux
traités historico-philosophiques que l'italien Boccace avait
écrits en latin dans le courant du siècle précédent.
Le premier de ces traités est celui De claris mulieribus,
devenu par la plume d'un traducteur français qui acheva
son travail de traduction à Paris le 12 septembre i 4-01 ,
le livre Des cleres et nobles femmes ou Des femmes nobles
et renommées. La galerie des femmes illustres que le
lecteur de la version française voyait passer devant lui
comprenait : « la très noble Minerve », « la très belle
Vénus », Médée, Déjanire, Clytemnestre, Didon, etc. ; et de
cette traduction, dès les années 1402 et 1403, on exécuta,
pour des destinataires tels que le duc Jean de Berry et le
duc de Bourgogne Philippe le Hardi, de très beaux manu-
MYTHOLOGIE ANTIQUE DANS UN LIVRE D HEURES 193
scrits ornés d'images représentant, entre autres figures, les
divinités et héroïnes païennes célébrées par Boccace1.
Bien plus complète encore fut la fortune littéraire en
France de l'autre traité de Boccace, le De casibus virorum
illustrium. Sous le titre : Des Cas des nobles hommes et
femmes, un littérateur français, Laurent de Premier-fait, que
M. Henri Hauvette a principalement contribué à faire
bien connaître, rédigea, de ce traité, une amplification, plu-
tôt qu'une véritable traduction, dont la rédaction défini-
tive fut achevée à Paris le 15 avril 1409 et dédiée par
l'auteur au grand protecteur des arts, le duc Jean de
Berry.
Tout le début de cet ouvrage, à quelques chapitres près
se rattachant aux récits bibliques, est emprunté aux
mythes de l'Antiquité grecque. Les personnages dont les
malheurs se trouvent racontés, sont Gadmus, et ses filles :
Antinoé, mère d'Actéon, Agave, mère de Panthée, et Ione,
mère de Mélicerte ; puis Laïus, OEdipe, Jocaste, Méléagre,
Atalante, Priam, Hécube, Agamemnon, Clytemnestre,
Didon, etc. Or il n'est peut-être pas un livre qui ait eu une
plus grande divulgation en France, durant la majeure partie
du xve siècle, que le traité Des Cas des nobles hommes. Des
copies en furent multipliées à maintes reprises. L'une de
ces copies, le fameux Boccace de Munich, dont le texte a
été achevé de calligraphier à Aubervilliers près Paris, le
24 novembre 1458, pour un haut fonctionnaire de l'admi-
nistration des finances royales, maître Laurens Gyrard, fut
illustrée dans l'atelier de Jean Foucquet et constitue un des
1. Sur ces plus anciennes copies du livre Des cleres femmes, voir mes
études sur certains Manuscrits de luxe exécutés pour des princes et des
yrands seigneurs français, publiées dans la revue Le Manuscrit, t. II
(1895), p. 107-168 et 17S-179. Vers les limites des iv« et xvie siècles, on exé-
cutait encore en France des manuscrits de cet ouvrage illustrés de minia-
tures, comme le prouve notamment un très bel exemplaire qui a été fait
pour Louise de Savoie, mère de François Ier (Bibl. nationale de Paris, ms.
français 599).
1916 t3
lOi MYTHOLOGIE ANTIQUE DANS UN LIVRE d'hEURES
chefs-d'œuvre de notre art français du xv° siècle. Bien
d'autres très beaux manuscrits du même traité avaient
déjà été exécutés auparavant. Il en résulta que des exem-
plaires de l'ouvrage finirent par prendre place dans presque
toutes les bibliothèques des princes et des seigneurs fran-
çais du temps \ ou même, comme le prouve l'origine du
Boccace de Munich, dans celles des hauts bourgeois et fonc-
tionnaires. Et rien qu'à feuilleter les premières pages de
ces volumes, les possesseurs se trouvaient familiarisés avec
une partie des noms les plus fameux de la mythologie et
de l'histoire anciennes.
Tout ceci cependant ne présente encore rien que de nor-
mal, en somme. Ce qui est plus curieux, c'est de voir les
souvenirs des fables antiques se glisser dans des manu-
scrits d'un ordre fort différent de ceux que je viens de
citer, et qui, par leur caractère même, sembleraient devoir
être réfractaires à l'extension de pareille tendance. C'est
cependant ce qui est advenu pour des volumes spécialement
destinés aux exercices de la dévotion chrétienne, je veux
dire pour des livres d'Heures -.
Les livres d'Heures exécutés en France, tels que la dis-
position s'en est définitivement établie vers la fin du
xine siècle, débutaient en principe par un calendrier don-
nant l'indication des fêtes liturgiques. Souvent ce calendrier
était illustré. Suivant une tradition iconographique qui
remontait à une très haute époque, la règle, en thèse géné-
rale, était de peindre pour chaque mois la figure du signe
du zodiaque afférent à ce mois et d'y juxtaposer la repré-
sentation d'une des occupations principales auxquelles on
1. Voir à ce propos : Comte Paul Durrieu, Le Bnccnce de Munich
(1909, gr. in-4°, avec vingt-huit planches reproduisant toutes les miniatures
du manuscrit», p. 24 et 25.
2. En dehors du livre d'Heures du duc de Bedford. dont je vais parler,
je me permets de renvoyer à ce que j'ai dit, relativement à des imitations
■de l'antique, aux pagres 3S-10et 98-99 de mon grand ouvrage sur Les Très
riches Heures de Jean de France, duc de Berry Paris, 1904, in-folio).
.MYTHOLOGIE ANTIQUE DANS UN LIVRE d'heuRES 195
pouvait se livrer à ce moment de l'année. Ce second sujet
pouvait prêter à l'imagination de l'artiste, et vous savez
que dans les Très riches Heures du duc Jean de Berry,
conservées à Chantilly, les travaux et plaisirs des Mois
ont donné matière à une suite de tableaux d'un art
exquis.
Cependant, pour l'illustration des calendriers de livres
d'Heures, on ne s'en tint pas toujours à ce seul thème. Au
xive siècle, on imagina en France un cycle de compositions
symboliques destinées à mettre en parallèle les Prophètes
de l'Ancien Testament et les Apôtres du Nouveau et à mon-
trer l'église de la Synagogue s'écroulant peu à peu pour
faire place à la Chrétienté. De ce cycle allégorique, nous
n'avons pas seulement des exemples en peintures, dans
plusieurs très beaux manuscrits ; nous en possédons le pro-
gramme écrit, dont le texte a été publié par M. Marcel de
Fréville de Lorme, le père de ce jeune et si distingué
Robert de Fréville qui est tombé glorieusement pour la
cause de la France, alors que, par l'étendue de sa science
juridique, il apparaissait justement aux yeux de tous
comme l'héritier désigné, pour sa chaire à l'Ecole des
Chartes, de notre confrère Paul Viollet. Le cycle en ques-
tion se rencontre pour la dernière fois appliqué en France
dans un manuscrit terminé en 1409, les Grandes Heures du
duc de Berry (Bibl. nat., ms. latin 919).
Une autre combinaison fut essayée. Elle consistait à dis-
poser, en bordure de chaque page du calendrier, une série
de plusieurs petits médaillons, de forme tantôt circulaire,
tantôt rectangulaire, qui contiendraient chacun un sujet
différent. Deux de ces sujets continuaient à être, comme par
le passé, le signe du zodiaque et une allusion à l'occupation
particulièrement propre au mois. Pour les autres médaillons,
une idée très naturelle était celle d'y introduire les images
des principaux saints dont les fêtes tombaient au cours du
mois et se trouvaient notées dans le texte du calendrier. Ce
196 MYTHOLOGIE ANTIQUE DANS IN LIVRE D 'HEURES
système eut du succès principalement dans le Nord de
la France et les pays flamands ' .
Mais un très beau et très célèbre livre d'Heures qui,
après avoir appartenu au xvic siècle au roi de France
Henri II, et avoir passé ensuite par plusieurs grandes col-
lections anglaises, a finalement été acquis en 1852 pour le
Musée britannique, le Bcriford Missal, comme on l'ap-
pelle communément (Addit. Ms. 18850), nous montre cette
combinaison, qui consiste en un ensemble de plusieurs
médaillons peints sur les marges, utilisée dans un tout
autre esprit que le rappel des fêtes de la liturgie chrétienne.
C'est sur ce cas, vraiment fort curieux, que je voudrais
attirer l'attention de l'Académie après avoir rappelé, pour
rendre à chacun son dû, que les inscriptions explicatives
tracées sur le manuscrit et dont je vais parler, ont été
relevées déjà, il y a un demi-siècle, par Yallet de Viriville
au cours d'articles publiés dans la Gazette des Beaux-Arts
en 1866, sans toutefois que cet érudit ait suffisamment fait
ressortir leur caractère très exceptionnel, ni qu'il ait pris
soin, sauf pour quatre ou cinq endroits, de décrire les
miniatures mêmes 2.
Le livre d'Heures dont il s'agit, superbe par le nombre et
la beauté de ses peintures, est d'autant plus précieux qu'on
peut avec certitude déterminer et son origine et sa date
approximative tout au moins à six ou sept ans près. Les
1 . On en trouve un remarquable exemple en tète d'un charmant livre
d'Heures qui constitue les mss. n°" 638 et 639 delà Bibliothèque de l'Ar-
senal, volumes désignés vulgairement sous le nom de « manuscrits du
Maître aux fleurs ».
2. Vallet de Viriville, Notice de quelques manuscrits précieux sous le
rapport de iart, dans la Gazette des Beaux-Arts, 1S66, tome II de cette
année, p. 275-285. Cf. sur ce manuscrit: le recueil de la Palœographical
Society, 1" série, planches 172 et 173; George F. Warner, llluminaled
manuscripts in the British Muséum (Londres, 1899-1903, 4 séries de
15 planches chacune, petit in-folio) ; C" Paul Durrieu. Les souvenirs his-
toriques, dans les manuscrits à miniatures, de la domination anglaise en
France au temps de Jeanne d'Arc, Paris, 1905. in-8° (extrait de VAnnuaire
Bulletin de la Société de l'Histoire de France), p. 10-15.
MYTHOLOGIE ANTIQUE DANS UN LIVRE d'hEURES 197
armoiries et devises qui y sont répétées à divers endroits
prouvent que le manuscrit a été exécuté pour un person-
nage très célèbre dans l'histoire, Jean de Lancastre, duc de
Bedford, oncle du roi d' Angleterre Henri VI, qui fut régent
du royaume de France au nom de son neveu encore enfant
du temps de Jeanne d'Arc, et pour la première femme de
ce duc de Bedford, Anne de Bourgogne, fille du duc
Jean sans Peur. Chez le duc de Bedford, le politique était,
on le sait, doublé d'un grand bibliophile. Le fait que
le manuscrit associe ses armoiries à celles de sa pre-
mière femme, Anne de Bourgogne, prouve que le volume
n'a été commencé que postérieurement au mariage des
deux époux, lequel fut célébré le 14 mai 1423. Ceci se
trouve d'accord avec une indication relative à la succes-
sion des années bissextiles qui se rencontre au calendrier et
qui a justement pour point de départ l'année 1424 (nou-
veau style). D'autre part, le livre d'Heures était entièrement
achevé, peut-être depuis un certain temps déjà, avant la
Noël de l'année 1430. En effet, la veille de Noël, 24
décembre 1430, la duchesse de Bedford, Anne de Bour-
gogne, agissant du consentement du duc son mari, a fait
don de ce volume, qualifié alors de « magnifiquement et
somptueusement décoré », à son neveu le petit roi Henri VI,
qui venait d'avoir neuf ans. C'est donc entre le milieu de
1423 et la fin de 1430, et plus vraisemblablement aux alen-
tours de l'année 1424, que se place la date de confection
du superbe livre. Quant à son origine locale, le caractère
de ses peintures l'apparente d'une manière très étroite
avec d'autres manuscrits à miniatures qui sont très certai-
nement sortis d'ateliers fonctionnant à Paris. Il est d'ail-
leurs tout naturel que le duc de Bedford se soit adressé à
l'un de ces ateliers parisiens, si renommés pendant le règne
de Charles VI qui venait à peine de finir, puisque c'est à
Paris que le prince anglais avait à cette époque une de ses
résidences principales en sa qualité de régent du royaume
198 MYTHOLOGIE ANTIQUE DANS UN LIVRE D HEURES
de France, et qu'il s'y mêlait à l'occasion d'une façon
active à la vie de la capitale française1.
Dans ce livre d'Heures, dont nous pouvons si bien éta-
blir la genèse, le calendrier est illustré d'après le système
des petites images multiples disposées sur les marges des
pages ; et les professionnels qui ont travaillé à l'exécution
du volume ont pris soin d'expliquer les sujets des minia-
tures peintes dans chacun des compartiments au moyen
de légendes inscrites auprès de toutes les peintures qui s'y
succèdent, légendes qui sont rédigées en langue française.
Or ces légendes explicatives, malgré le caractère pieux
du volume, n'ont absolument rien de commun avec les
fastes de la liturgie catholique. Elles se réfèrent, si l'on
excepte ce qui concerne les signes du zodiaque et les occu-
pations des mois, exclusivement à des souvenirs emprun-
tés, sauf un unique cas °-, à l'Antiquité et le plus souvent
même à la Mythologie païenne.
Voici, en effet, pour ne pas tout citer, ce qu'on peut lire
auprès d'une partie de celles des petites peintures qui sont
les plus typiques.
Mois de janvier. Auprès d'un homme à double visage
[JanusJ : « Comment janvier porte la clé de l'an et ouvre
la porte de l'an. » — Près de deux groupes d'hommes nus
dont les uns disent, d'après des mots tracés sur l'image :
1. Ainsi ce fut lui qui, le vendredi saint 1424, montra lui-même au
peuple parisien les grandes reliques à la Sainte-Chapelle du Palais.
2. Ce cas est celui-ci : dans une des petites miniatures placées au mois de
septembre, on voit une jeune femme debout, vêtue d'une robe bleue,
tenant une palme à la main; une colombe vient voler près de sa poitrine ;
au-dessus de sa tête on lit le mot Elul. La légende explicative porte :
« Comment le mois de septembre est dit en ebrieu [hébreu] : ebrefchel
[sic], qui est interprété Mère de Dieu. » Comme l'avait déjà reconnu Vallet
de Viriville, le mot elul est le « nom d'un des mois lunaires hébraïques
qui correspondent à septembre ».
Il serai! curieux de retrouver l'origine de ces légendes explicatives. J'ai
cherché si elles ne viendraient pas, peut-être, du traité de Bède le Véné-
rable De lemporum rntione ; mais l'ensemble de ces légendes dépasse de
beaucoup, par la multiplicité des exemples, les renseignements fournis par
le traité de Bède.
MYTHOLOGIE ANTIQUE DANS ON LIVRE D'HEURES 199
« Bon an ! Bon an ! » et les autres « Salve, festa dies » :
« Comment on se souloit saluer le 1er jour de Tan, et s'en-
trebailloient les mains, tous nus, les uns aux autres en
signe d'amour. »
Février. A côté de l'image d'une dame en robe rouge,
baisant une fleur : « Comment febvrier est nommé d'une
femme qu'on appeloit Februa, mère de Mars, dieu des
batailles, selon les poètes qui disoient que Februa avoit
conceu le dieu des batailles en baisant et adorant [c'est-à-
dire en sentant] une fleur. »
Auprès de deux autres petits médaillons représentant,
l'un une procession où l'on porte des cierges allumés,
l'autre un festin animé : « Comment en février on faisoit
procession générale entour la Cité pour révérence de
[mot laissé en blanc]. — Comment en février on souloit
faire la feste avec fols et aux morts. »
Cette « procession » et cette « feste avec fols » se pas-
sant au mois de février nous représentent évidemment un
souvenir des « Lupercales » romaines *.
Mars. Un guerrier debout, en armure, avec une grande
barbe : « Comment les payens nommèrent ce mois de Mars,
leur dieu de batailles. »
Avril. Une élégante dame assise, allaitant un enfant.
Cette dame, vêtue à la mode de France vers 1425, n'est
autre que Vénus, et l'enfant qu'elle nourrit est vraisembla-
blement l'Amour; on lit, en effet, auprès de leur image :
« Comment le mois d'avril est dédié à Venus, selon les
mécréants, pour ce que Venus est planète chaude, movstre
et attremprée comme le mois d'avril. » Deux autres médail-
lons, pour le même mois, rappellent l'enlèvement de Pro-
serpine et le culte rendu à la déesse Flore.
1. A voir la petite miniature, on pourrait penser au premier abord qu'il
s'agit, pour la procession représentée, de la Chandeleur. Mais la légende
explicative précise qu'il s'agit d'une cérémonie des temps passés, d'une
" procession générale » qui se faisait, et par conséquent qui n'existait plus
à l'époque où le manuscrit fut exécuté, comme ce serait au contraire le
cas pour la Chandeleur, léle chrétienne restée toujours en honneur.
200 MYTHOLOGIE ANTIQUE DANS IN LIVRK D'HEURES
Mai. La légende dit : « Comment le mois de may fut
nommé d'une des Plyades appelée Maye, mère de Mercure,
pour ce que le dit Mercure estoit le dieu de éloquence, et
seigneur et maistre de Rhétorique et de Marchandise. »
On voit dans l'image Maïa qui joue de la harpe, et les six
autres Pléiades qui dansent en rond, en tenant toutes un
même cordon rouge.
Juin. Légende d'une des petites images : « Comment
Juno, suer et espouse de Jupiter, donna le nom de juing ;
laquelle Juno estoyt dite dessse de richesses et mettoit les
jeunes hommes en esprove de vaillance. » Dans l'image,
une dame, toujours à la mode de 1425, est assise près de
coffres remplis d'or et de joyaux ; autour de sa tête on lit,
en caractères très lins : je joing et assamble richesse et
P
Deux autres images représentent : l'une, « Hercules »
couvert de sa peau de lion, qui tient par la main « Ebé » en
ample robe rouge ; la seconde, deux rois suivis de leurs
gens qui portent des rameaux d'olivier et se serrent les
mains. Légendes : «Comment Hebé fut conjoincte à Her-
cules par mariage, et pour [ce] le mois fut appelé juing. »
Puis : « Comment ce mois fut appelé juing, pour ce que
Romulus et Tatius en ce mois furent joins par accord. »
Le jeu de mots sur lequel les légendes insistent à trois
reprises, et qui consiste à faire venir le nom du mois de
juin [prononcé évidemment jouin ou join] d'un des temps
du verbe joindre, l'indicatif : je joing, ou le participe
passé [joins, est assurément fort mauvais; mais il est
intéressant à noter parce qu'il prouve que l'homme qui a
imaginé l'arrangement de cette illustration du calendrier
était un brave Français, familiarisé avant tout avec sa
langue maternelle. En effet, en latin, le nom du mois,
junius, ne se prêterait pas à une semblable assimilation
avec les temps de \erbejungo etjuncti.
Pour juillet et août, légendes et images se rapportent à
MYTHOLOGIE ANTIQUE DANS UN LIVRE D'HEURES 201
l'histoire et à la mort de Jules César et au règne pacifique-
ment triomphant de l'empereur Auguste.
Septembre. Une reine est assise, ayant derrière elle une
sorte d'ange tenant un livre sur lequel on lit : Je enseigne
les Vil ars. Légende : « Comment le mois de septembre
fut nommé du nombre de VII, qui est attribué à Pallas,
laquelle signifie sagesse. Laquelle Pallas est maistresse des
VII ars libérais. » — Autre petite image : un homme dont
le corps est tout couvert de feuilles, debout dans un verger.
Légende : « Comment au moys de septembre Vercompnus
[Vertumnej rend son fruit. »
Octobre. Auprès d'un petit tableau représentant un roi
qui rend la justice : « Comment octobre est dit le nombre
de VIII qui senefie justice; fut appliqué à Saturnus, lequel
estoit dit roy des sercles [siècles] d'or, car en son temps
chascun vivoit justement. » — Une dame en robe bleue
s'apprête à couper ses cheveux, tandis que derrière elle
deux arbres perdent leurs feuilles : « Comment au moys
d'octobre, Pales, qui signifie la Terre, se despoile de ses
aornemens et se délivre. » — Un vieillard assis, au milieu
de personnages à genoux ou debout : « Comment le
nombre du mois d'octobre fut appliqué à Scipion l'Afri-
cain, parce qu'il avoit VIII bonnes propriétés. »
Novembre. « Comment novembre est attribué à neuf
Sagesses, car les Sagesses en ce temps se reclouoient [res-
taient recluses] en leur estude et vivoient en contempla-
tion. » L'image montre, entourant une fontaine, les neuf
Muses sous l'aspect de neuf jeunes filles, chastement cou-
vertes de vêtements de la tête aux pieds, et dont chacune
porte une banderole sur laquelle est écrit son nom. —
Autres images : Une princesse s'approche de la fontaine et
les Muses s'agenouillent devant elle : « Comment Pallas
vient visiter la fontaine de Sapience. » — Un guerrier
monté sur Pégase se dirige vers cette fontaine : « Comment
Perseaux [Persée] arriva à celle fontaine sur son cheval
ailé. »
202 MFTHOLOGIE ANTIQUE DANS IN LIVRE D 'HEURES
Enfin, pour décembre, deux des petites miniatures s'ap-
pliquent à ces sujets : « Gomment décembre fut nommé
del nombre de X et fut appliqué aux X rois principaux sur
lesquels les Romains avoient seigneurie x », et « Gomment
Seneque enseigne que ou mois de décembre l'on doit vivre
soubrement. »
Les souvenirs de la mythologie classique mêlés à ceux
de l'histoire romaine tiennent, on le voit, une place pré-
pondérante dans l'illustration du calendrier du livre
d'Heures fait pour le duc de Bedford vers 1424 et qui fut
donné à la Noël 1430 au jeune roi Henri VI.
Cette tendance que l'on peut qualifier de franchement
païenne a-t-elle eu sa répercussion sur l'artiste ou les
artistes, appartenant à l'école parisienne, qui ont été appe-
lés à représenter dans les petits tableaux disposés sur les
marges de ce calendrier les sujets prescrits par les légendes
qui accompagnent ces images ? Les indications que j'ai eu
l'occasion de donner, en décrivant sommairement une par-
tie de ces miniatures, peuvent déjà laisser soupçonner plutôt
le contraire. En effet, Februa, mère de Mars, Vénus, Maïa,
mère de Mercure, Junon, Hébé, Pallas, les Muses nous
apparaissent sous le costume des Françaises vivant au
premier quart du xv° siècle. Remarque analogue en ce qui
concerne Mars, Saturne, Persée et les personnages de l'his-
toire romaine, Romulus, Tatius, Scipion l'Africain, César:
tous sont représentés sous l'apparence de rois ou de cheva-
liers du moyeu âge. Aucun caractère antique non plus
dans la procession qui vise à rappeler les fêtes des Luper-
cales, ni dans ces images du mois de mai qui montrent
l'enlèvement de Proserpine et les honneurs divins rendus
à Flore. Tout au plus peut-on noter qu'Hercule, quand il
épouse Hébé, est enveloppé de la peau du lion de Némée,
que Vertumne a le corps couvert de feuilles et qu'enfin,
1. L'imape montre un monarque debout, près duquel se lisent ces mots :
Je. suis monnrche du inonde.
MYTHOLOGIE ANTIQUE DANS UN LIVRE d'iIËURES 203
dans une des petites miniatures du mois de janvier, le
peintre a supprimé tout vêtement, en obéissant d'ailleurs à
cet égard à 1 indication de la légende, pour ces groupes de
gens qui, au premier de l'an « s'entrebailloient les mains,
tous nus, les uns aux autres en signe d'amour ».
La conclusion à tirer de ces observations, c'est que le
mouvement de retour vers les imaginations, mythes ou
épisodes historiques de l'Antiquité classique, si accentué
au point de vue de la conception générale du programme à
suivre pour l'illustration de ce livre d'Heures, ne s'est
étendu que d'une manière extrêmement peu sensible à la
traduction en peintures, sous le pinceau des miniaturistes
de Paris, des idées exposées dans les explications données
par écrit.
Le même fait apparaît non moins frappant quand on étu-
die les autres manuscrits à peintures d'origine française,
même ceux dont le texte touche essentiellement, en tout ou
en partie, aux mythes et souvenirs antiques, par exemple
les exemplaires des adaptations françaises des deux traités
de Boccace : Des cleres et nobles femmes et Des cas des
nobles hommes.
Dans les manuscrits du premier de ces traités qui furent
copiés et enluminés à Paris au début du xve siècle, Vénus,
Pallas et les autres déesses ou héroïnes du paganisme ne
sont pas autrement attifées que ne l'étaient, dans le milieu
de la cour de Charles VI, les contemporaines de Christine
de Pisan. Il n'est pas jusqu'à Eve elle-même, placée en
tète du défilé des femmes illustres, qui ne soit vêtue d'une
ample robe en forme de houppelande, en étoffe brochée
garnie de fourrures, hermétiquement fermée jusqu'au men-
ton et avec de grandes manches ne laissant à découvert que
les mains depuis le poignet 1.
Les nombreuses copies illustrées du traité Des cas des
nobles hommes, sauf en ce qui concerne le couple d'Adam
I. Bibl. nal. ms., française JU-i2o, fol. 0 v,erso.
204 MYTHOLOGIE ANTIQUE DANS UN LIVRE D'HEURES
et Eve qui y reprend la nudité traditionnelle du Paradis
terrestre, nous maintiennent également en pleine société du
xve siècle. Le plus précieux de ces exemplaires est le Boc-
ca.cc de Munich, dont les miniatures ont été peintes dans
l'atelier, et en grande partie de la main même de Jean
Foucquet. Jean Foucquet a cependant fait effort pour
atteindre une certaine couleur historique. Avant d'être
appelé à exécuter ou faire exécuter les images du Bocca.ce
destiné a maître Laurens Gyrard, il avait fait un voyage en
Italie, ayant poussé jusqu'à Rome où il peignit un portrait
très admiré du pape Eugène IV. De ce voyage, il avait rap-
port la vision des formules de l'architecture romaine, aux-
quelles il a donné désormais une grande place dans son
œuvre. Il connaissait aussi les détails de l'armement des
soldats romains, ces cuirasses et ces casques que l'on peut
étudier sur les bas-reliefs antiques. Mais en ce qui con-
cerne les acteurs des scènes de la mythologie, ou de la
primitive histoire grecque, le côté militaire excepté, tout ce
qu'il a imaginé c'est de donner aux personnages, au lieu
du pur costume français, quelques-unes des coupes de vête-
ments et des formes de coiffures qu'il avait vu porter au
Sud des Alpes par les Italiens du milieu du xve siècle.
D'ailleurs, en maintes circonstances, le texte même des
livres qu'ils avaient à illustrer ne devait donner aux peintres
miniaturistes français du xve siècle qu'une idée plus que
vague du caractère a chercher dans les représentations des
mythes païens, ou des faits de l'histoire ancienne. Ainsi
l'adaptation française du traité Des cas des nobles hommes
raconte de la manière suivante le meurtre d'Agamemnon
par Egisthe et Clytemnestre.
« Comme Agamemnon se levait de souper, suivant ce
que disent certains historiens, ou d'après d'autres, de son
lit, Clytemnestra lui bailla une neuve robe longue qui
n'avait point d'entrée pour la tète. Tandis donc qu'Aga-
memnon cherchait le passage pour la tête dans cette robe
MYTHOLOGIE ANTIQUE DANS UN LIVRE d'hEURES 205
et qu'il était embarrassé par le reste du vêtement au point
qu'il n'y voyait goutte, Glitemnestra livra son mari aux
mains de son ribaud Egistus ; et celui-ci, par l'exhorte-
ment de Clitemnestra, frappa d'une épéele roi Agamemnon,
si durement qu'il l'abattit mort. »
Foucquet, dans le Boccace de Munich, s'est docilement
conformé à ce récit. Il a peint Ag-amemnon se débattant
dans une sorte de grande robe de chambre dont il cherche
vainement à faire émerger sa tête *. Avec ce roi des rois,
ainsi grotesquement empêtré dans un vêtement qui, pour
tout dire, ressemble à une de nos modernes chemises de
nuit, nous sommes fort loin, je ne dis pas seulement de
l'art antique, mais même du tableau du baron Guérin que
l'on me donnait à admirer dans mon enfance au Musée du
Louvre comme un des chefs-d'œuvre de l'école française :
Clytemnestre, poussée par Egisthe, se préparant au meurtre
d' Agamemnon.
Il n'est pourtant pas sans exemple que les miniaturistes
français du xve siècle, comme déjà ceux des deux ou trois
siècles antérieurs, n'aient, en certains cas, donné à des
figures se rattachant au domaine des fables païennes une
apparence moins éloignée des formules plastiques des
Anciens. J'ai mentionné précédemment des manuscrits du
xive siècle qui contiennent une adaptation française des
Métamorphoses d'Ovide. Un d'entre eux (Bibl. nat., ms.
français 871) est illustré de charmants dessins légèrement
rehaussés de touches de couleurs, et l'on peut y contem-
pler les neuf Muses au bain, dans un état de nudité com-
plète, nudité fort naïvement rendue et aussi accentuée que
chez l'admirable, mais audacieuse Diane de Houdon, en
marbre, qui est au Musée de l'Ermitage. Il est vrai qu'à
côté de ces Muses dévêtues, s'avance une Pallas dont l'ha-
billement de reine française du moyen âge eût fait excellente
1. Miniature reproduite dans ma publication, déjà mentionnée plus
haut, du Iluccace de Munich, planche V, en bas, à gauche.
20G MYTHOLOGtE ANTIQUE DANS UN LtVRE D HEURES
figure dans les salles de l'hôtel Saint-Paul, aux réceptions
de la cour du roi Charles V.
Pour le xvc siècle, je pourrais indiquer quelques somp-
tueux manuscrits d'origine française où les dieux et les
déesses de l'Olympe, par exemple Vénus et les trois Grâces,
sont caractérisées par un costume, ou plus exactement par
une absence complète de costume, rappelant les données
de Part gréco-romain.
Les cas se multiplieraient si je remontais jusqu'à de plus
hautes époques et à la période carolingienne. Au ix° siècle,
en effet, on fit, pour certaines peintures de manuscrits, des
copies si fidèles de modèles antiques que la critique a pu
hésiter sur l'âge vrai de ces miniatures et se demander si
réellement elles ne dataient pas de la fin de l'empire
romain. Le fait se produit notamment pour un des Virgiles
du Vatican, le Bomanus, et pour un Aratus conservé à la
Bibliothèque universitaire de Leyde. Mais, pour la période
qui s'est déroulée en France à partir du xmc siècle, le
retour aux traditions de Part classique, dans des illustra-
tions de livres, n'a jamais été, en proportion du nombre
total si élevé des manuscrits enluminés parvenus jusqu'à
nous, qu'une exception relativement très rare.
Dans le premier tiers du xvie siècle, où cependant l'An-
tiquité était redevenue tout à fait à la mode en France,
sous l'influence de ce mouvement général des idées que
l'on est convenu d'appeler la Renaissance, on voit encore
les miniaturistes français demeurer, en général, attachés
aux vieux errements de leurs devanciers.
Sous les règnes de Louis XII et de François Ier, un livre,
depuis peu mis en circulation, eut un vif succès. Ce fut la tra-
duction en vers français, exécutée du temps de Charles VIII,
d'après l'original latin, par Octavien de Saint-Gelais, des
Héroïdcs d'Ovide. De cette traduction, quoique l'imprimerie
fût alors en plein fonctionnement, on fit d'assez nombreuses
copies manuscrites ornées de miniatures, copies à l'étude
MYTHOLOGIE ANTIQUE DANS IN LIVRE d'iIEURES l2()7
critique desquelles, en collaboration avec mon collègue du
Musée du Louvre, M. Jean-J. Marquet de Vasselot, j'ai
consacré un travail d'ensemble qui a été publié en 1 894 '.
On sait que les Hcroïdes d'Ovide sont une série de lettres
d'amour supposées. Les personnages que le poète latin fait
écrire appartiennent généralement aux légendes ou aux
histoires de l'antique Grèce : Pénélope, Briséis, Phèdre,
Didon, Hermione, Déjanire, Ariane, Héro et Léandre,
Paris et Hélène, etc. Ce sont ces individualités dont les
miniatures des manuscrits, contenant la traduction française
d'Octavien de Saint-Gelais, prétendent nous donner les
effigies. Dans quelques-unes de ces effigies, on peut relever
une certaine tendance à Limita tion d'oeuvres de l'art italien,
tels que des arrangements de coiffures à la manière de
Botticelli. Parfois on y sent une vague recherche d'orien-
talisme. Mais, dans l'ensemble et en principe, les figures,
par exemple celles d'un ravissant manuscrit de l'ouvrage
dont j'ai eu la bonne fortune d'être le premier à signaler
aux connaisseurs français la présence à la Bibliothèque
royale de Dresde, sont totalement dénuées de tout carac-
tère venant évoquer le sentiment de l'Antiquité '-'. L'appa-
rence de ces effigies est par rapport, à l'époque où elles ont
été peintes, tellement « modernes », que l'un de nos
anciens confrères, Paulin Paris, voulait y voir une galerie
de portraits des grandes dames françaises du temps.
Ici encore, pour cette adaptation française de l'œuvre
d'Ovide, le texte même transcrit dans les volumes a pu
contribuer à ne pas pousser du tout les artistes vers une
recherche quelconque de la couleur antique. Quand je pré-
parais avec M. Jean-J. Marquet de Vasselot le travail d'en-
1. Paul Durrieu et Jean-J. Marquet, de Vasselot, Les manuscrits à minia-
tures des Héroïdes d'Ovide traduites par Saint-Gelais, Paris, 1894, gr. in-8*
(extrait de L'Artiste, mai et juin 1894).
2. Voiries quatre reproductions cPsprès le manuscrit des Héroïdes de
Dresde qui sont données dans la publication mentionnée à la note précé
dente.
208 MYTHOLOGIE ANTIQUE DANS ( \ LIVRE d'hEURES
semble, dont j'ai parlé, sur les manuscrits à miniatures des
Héroïdes d'Ovide traduites par Saint-Gclais, mon jeune
et savant collaborateur me fit remarquer que, dans un des
exemplaires dont nous avions à nous occuper et qui offre
cette particularité d'avoir été exécuté, pour ses peintures,
par les maîtres d'un atelier avant travaillé à Rouen, on
avait ajouté, en tète de la correspondance qu'Ovide ima-
gine avoir été échangée entre Héro et Léandre, un récit ' où
le début de l'aventure des deux illustres amants de la
légende grecque est présenté sous un aspect qui diffère
évidemment beaucoup de ce que raconte le poème grec
attribué à Musée.
« Leander, dit en substance cette addition aux Héroïdes
d'Ovide, fut fils du duc de Caux et se tenait comme son
père dans une cité nommé Fécamp. Vis-à-vis de Fécamp,
il y avait une ville nommée Honfleur 2, laquelle était au
duc de Normandie. Et il y avait entre les deux cités un
bras de mer qui avait environ une lieue de large ; mais,
pour qui y voulut aller par terre, il y avait plus de deux
cents lieues. Et se tenait en ladite ville d'Honfleur la fille
au duc de Normandie... En cette même cité d'Honfleur,
il y avait un palais où était adorée la déesse Minerve,
laquelle faisait tant de miracles que la renommée en allait
partout. Et, pour ce que le dit Leander eut un jour quelque
maladie de péril de mort, il alla à Honfleur au dit temple
de Minerve, en y arrivant par terre. Advint, quand Lean-
der se fut trouvé au temple pour accomplir son pèlerinage,
qu'il vit Héro; et Héro lui. Et, pour ce qu'elle était dame
de la cité, fit prier au dit Leander d'aller dîner avec elle
en son château ; et en dînant se regardèrent moult l'un
1. Bibl. nat., ms. français 874, folio 118. — Cf., pour le texte littéral corn
plet de ce récit, notre publication, citée ei-dessus, p. t.'5-lo du tirage à part.
2. Cette indication topographique est évidemment très fausse. En écri-
vant : Fécamp, le rédacteur de cette interpolation pensait sans doute plu-
tôt à Harfle-ur où à quelque localité de la même région en face d'Honfleur,
de l'autre côté de la Seine.
MYTHOLOGIE ANTIQUE DANS UN LIVRE D HEURES 209
l'autre... Et, après dîner, entrèrent en propos, si que à la
fin furent amoureux l'un de l'autre... Or est ainsi que le
dit Leander s'en retourna à son pays, duquel il pouvait
voir le château de la dite Héro. Et elle aussi voyait le châ-
teau dudit Leander, car, comme dessus est dit, il n'y avait
qu'une petite lieue d'eau entre les deux châteaux. Leander
fut si amoureux que, un soir, il se mit en l'eau et la passa
à la nage tant qu'il arriva au château d'Hero ; dont elle
fut joyeuse merveilleusement et ébahie. »
Héro habitant Honfleur et lille du duc de Normandie,
Léandre résidant à Fécamp, l'estuaire de la Seine substitué
au Bosphore ! Des transformations de ce genre n'étaient-
elles pas faites pour maintenir chez les artistes français
l'habitude de se borner, dans leurs images, à reproduire,
sans chercher plus loin, ce que la vie courante mettait ordi-
nairement sous leurs yeux ?
En résumé, les observations auxquelles m'a conduit l'en-
semble iconographique si curieux des petites miniatures
peintes dans le calendrier du livre d'Heures de Jean de
Lancastre, duc de Bedford, conservé au Musée britannique,
pourraient se répéter, sauf quelques rares exceptions, pour
l'immense majorité des manuscrits enluminés en France
du xme siècle au début du xvie. Les personnages mytholo-
giques qui sont appelés à y jouer un rôle, en certaines
occasions, n'y apparaissent guère que comme un simple
écho de noms sonores. Quand il s'agissait de représenter
les entités correspondant à ces noms classiques, les peintres
miniaturistes de France ne s'imaginaient pas, en thèse
générale, que ces dieux et déesses de l'Olympe, ces héros
de l'épopée homérique et des mythes grecs aient pu, poul-
ies costumes, les manières d'être, les habitudes d'existence,
différer des Français et des Françaises de leur propre
temps.
1916 14
210
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau :
1° Le fascicule du mois de novembre 1915 des Comptes rendus des
séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres (Paris, 1915,
in-8°).
2° Prolégomènes à l'élude de la religion égyptienne, par E. Améli-
neau, directeur d'études à l'Ecole pratique des Hautes Etudes
(Paris, 1916, in-8°).
M. G. Sciilumberger a la parole pour un hommage :
<( J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, de la part de M. Louis Bré-
hier, professeur à la Faculté des Lettres de Clermont, un exemplaire
du volume qu'il vient de faire paraître intitulé : La cathédrale de
Reims; une œuvre française. M. Bréhier, dès longtemps, s'est voué à
l'étude de nos monuments religieux du moyen âge. Pénétré d'horreur
et de douleur comme tous les Français par l'attentat commis contre
la cathédrale de Beims par les barbares de 1914 et de 1915, il lui a
semblé, dit- il, que la meilleure manière de faire ressortir la grandeur
du crime était de dresser un tableau aussi fidèle que possible des
trésors d'art incomparables que renfermait le plus bel édifice reli-
gieux français.
« Ceci n'est point une étude complète de la cathédrale de Beims.
M. Bréhier, qui avait autrefois pu étudier celle-ci au temps de sa
splendeur, a voulu seulement rassembler ses impressions et mon-
trer tout ce qu'elle représentait encore dans notre France du
xxe siècle. Sans viser, à une description minutieuse qui a été donnée
déjà dans d'autres excellentes monographies, il a cherché plutôt, dit-
il encore, à reconstituer le milieu intellectuel, religieux, artistique,
social, dont la cathédrale de Beims fut l'expression la plus haute, et,
en montrant la place si grande qu'elle tient dans l'histoire de notre
art national, à découvrir les rapports intimes qui l'unissaient aux
aspirations les plus profondes, aux qualités fondamentales de notre
race.
« On lira ce volume écrit d'un style si ému et si lucide avec un
intérêt passionné. C'est toute la glorieuse histoire de notre patrie et
de nos rois qui se déroule conjointement à celle du noble édifice.
Pour mieux faire comprendre toute la beauté de la cathédrale de
Beims, il ne suffisait pas de l'étudier en elle-même. Il fallait faire
SÉANCE DU 14 AVRIL 1916 211
connaître même le terroir dont elle est comme la floraison sublime
et dont elle résume toutes les qualités. C'est ce qu'a fait M. Bréhier
dans un premier chapitre traitant du pays rémois et de la ville de
Reims au moyen âge. Les chapitres suivants sont consacrés à l'his-
toire même de la construction de l'église, à son architecture, c'est-à-
dire au cadre, au plan, à l'ordonnance intérieure, à l'ordonnance
extérieure et aux façades. Le chapitre IV développe cette idée que
la cathédrale de Reims est l'image même de la civilisation française
au xmc siècle. C'est d'elle que rayonne l'influence française en
Europe à cette époque. Puis viennent les chapitres plus particuliè-
ment consacrés à la décoration iconographique en rapport avec le
sacre même des rois, à la sculpture monumentale dont celle de
l'église de Reims est l'apogée, aux maîtres admirables des statues de
la grande façade, à l'inspiration antique qui se révèle dans ces
œuvres. Je dois me borner ici. Les derniers chapitres traitent
encore de diverses autres questions de l'école de sculpture de Reims,
de celle aussi de la polychromie dans la statuaire, des vitraux, etc.
Ces descriptions de tant de merveilleuses statues, de tant d'admi-
rables motifs de sculpture et d'architecture sont écrites d'un style
si vivant, si passionnément français, que la lecture en est pleine d'un
charme douloureux. C'est un magnifique monument que M. Bréhier
a élevé à la gloire du plus illustre de nos édifices nationaux si cruel-
lement, si indignement mutilé par le plus lâche, le plus inexcusable
des attentats. Une soixantaine de planches excellentes et de plans
complètent à merveille ce beau et poignant volume. >;
SÉANCE DU 14 AVRIL
PRESIDENCB DE M. MAURICE CROISET.
Le Secrétaire perpétuel lit la correspondance qui comprend :
1° Des lettres par lesquelles MM. Gautier et Protat remer-
cient l'Académie du prix et de la mention qu'elle leur a décernés ;
2° Une note annonçant la formation du « Comité du Livre »
destiné à combattre l'influence allemande dans la litérature,
la science, les arts, l'enseignement, etc., en France comme à
l'étranger, et à lui substituer l'inlluence française. Des comités
212 LIVRKS OFFERTS
en rapport avec le nôtre s'organisent en Italie, clans L'Amérique
du Sud, dans les pays de langue espagnole, et le français sera
constitué légalement dans quelques jours ; âpres quoi, il répar-
tira le travail entre un certain nombre de sous-comités. Il
nous demande des adhésions individuelles, et il serait heureux
d'avoir le patronage de notre Académie comme celui des autres
classes de l'Institut.
M. Alfred Croiset appuie très chaudement cette proposition
et, le Président l'ayant mise au vote, l'Académie décide que la
séance de vendredi prochain, Vendredi saint, étant avancée au
mercredi immédiatement précédent, la Commission des travaux
littéraires se réunira ce même jour pour examiner la question,
puis faire son rapport à l'Académie.
M. Maurice Croiset, cédant momentanément la présidence à
M; Thomas, lit une courte étude sur le rôle d'Apollon dans les
Euménides d'Eschyle et principalement dans la scène du juge-
ment. C'est à tort que l'on considère généralement tout ce qui est
dit par le dieu comme un plaidoyer en faveur d'Oreste. En réa-
lité, Apollon se contente de déclarer, dès le début, qu'Oreste est
justifié par le seul fait qu'il a agi selon l'ordre de Zeus. Les
paroles que le poète lui prête ensuite ne sont pas, comme on le
dit souvent, des arguments en faveur de l'accusé, mais des
ripostes passionnées du dieu aux insinuations malveillantes que
les Érinyes dirigent contre lui-même. Apollon exige l'acquitte-
ment. Il ne se croit pas obligé d'en donner d'autre raison que la
volonté de son père, dont il a été l'interprète.
M. Théodore Reinach présente quelques observations.
M. Salomon Reinach lit la première partie d'un mémoire sur
une particularité des mystères d'Eleusis.
LIVRES OFFERTS
M. Héron dk Yillefosse offre à l'Académie, au nom deM. A. Merlin,
correspondant à Tunis, directeur du Service des antiquités et des
arts de la Régence :
LIVRES OFFERTS 213
1° Note sur un plat à sujet figuré trouvé en Tunisie (extr. du Bul-
letin archéologique, 1913, p. 325, pi. XXVIII) :
« Ce plat, en terre rouge et de forme rectangulaire, a été récem-
ment découvert dans les souterrains qui s'étendent sous l'arène de
ramphithéàtred'El-Djem. La partie centrale est ornée d'une scène en
relief qui représente Priam venant demander à Achille de lui rendre
le cadavre d'Hector; les bords étaient décorés de poursuites d'ani-
maux. La disposition du décor rappelle celle des plats d'argent de
la même forme, comme le célèbre plat d'argent découvert dans la
Tyne près du mur d'Hadrien, comme celui qu'Exupère, évêque de
Bayeux, donna au ve siècle à son église. La scène s'ajoute aux sou-
venirs homériques si fréquemment retracés sur les monuments afri-
cains, même sur les plus modestes comme les lampes d'argile. On
est ainsi autorisé à penser que les récits d'Homère jouissaient d'une
grande faveur auprès du public africain. »
2° Les statues du Capitole de Thuburbo-Majus, avec 2 planches
(extr.de La Revue Tunisienne^ 1915) :
« Des fouilles poursuivies à Henchir-Kasbat, prèsdu Pont-du-Fahs,
sur l'emplacement de Thuburbo-Majus, ont fait découvrir un impo-
sant édifice, dédié en l'année 168 aux divinités capitolines. Le somp-
tueux monument devait naturellement renfermer les statues des trois
divinités qu'on y honorait, Jupiter, Junon et Minerve. Le Service des
antiquités a eu la chance de retrouver la tête de la statue de Jupiter
dans un état de conservation qui permet encore d'en apprécier la
valeur et l'importance. Le maître des dieux était figuré assis; son
image devait atteindre près de 7 mètres de haut. La tête, en marbre
blanc, mesure à elle seule 1 m 35 et pèse environ 1300 kilogs. Le nez
s'est écrasé dans la chute. Les détails de cette œuvre colossale sont
traités avec une belle vigueur ; il s'en dégage une impression de
puissance d'un grand effet. Les pieds du dieu ont été également
retrouvés. »
3° Supplément au Catalogue des lampes du Musée Alaoui ; deuxième
série (extr. de La Revue Tunisienne, 1915) :
« Ce Catalogue contient l'inventaire et la description des lampes
antiques entrées au Musée Alaoui pendant les années 1911, 1912 et
1913. La plupart sont des lampes romaines provenant de différentes
localités de la Tunisie, en particulier de Cartbage, El-Djem, Lemta,
Souk-el-Abiod, El-Aouja et Beni-Guédal. Plusieurs portent des
marques intéressantes de fabricants et sont ornés de sujets mytho-
logiques. L'une d'elles fn° I34j présente une scène du «jeu du tau-
reau ii : un homme armé d'une longue perche s'en sert comme point
d'appui, pour exécuter un saut par-dessus un taureau lancé à fond de
214 SÉANCE DU 19 AVRIL 1916
train. Ce périlleux exercice est encore pratiqué dans les courses de
taureaux du midi de la France.
« On voit que, sous l'énergique impulsion de notre correspondant
M. Merlin, les fouilles de Tunisie apportent sans cesse de nouveaux
documents à nos travaux et que l'activité du Service des antiquités
et des arts de la Régence ne se ralentit pas. »
M. Héuon de Villefosse offre ensuite, au nom du R. P. Delattre,
correspondant à Carthage, conservateur du Musée Lavigerie, une bro-
chure intitulée': Quelques bulles de plomb trouvées à Carthage, 1914-
1915 (extr. de la Revue Tunisienne, 1916; :
« Parmi les dernières bulles de plomb qu'il a recueillies à Car-
thage, au cours des deux dernières années, le P. Delattre en signale
quelques-unes portant les noms de personnages importants. Sur
une de ces bulles on lit le nom du patrice Thomas que le P. Delattre
assimile avec le préfet d'Afrique en fonctions sous Justin II et Tibère
Constantin, ainsi que le montrent plusieurs textes africains. »
M. Babelon dépose sur le bureau de l'Académie, de la part de
l'auteur, M. Emile Eude, une étude intitulée : L'itinémire parisien
de Jeanne d'Arc et la journée du S septembre 1 429.
« Ce mémoire, extrait de la Revue des, Etudes historiques janvier-
mars 1916), est le développement de la communication si justement
appréciée que M. Eude a faite à l'Académie, il y a deux mois. Il est
suivi de quelques éclaircissements relatifs à des points spéciaux. Je
n'ai pas à revenir sur l'épisode de l'histoire de Jeanne d'Arc dont
M. Eude s'est attaché à préciser et à éclaircir les détails ; je me con-
tente de signaler son intéressante publication. »
SÉANCE DU 19 AVRIL
(Séance avancée au mercredi à cause du vendredi saint.
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
Au milieu du silence ému de l'assistance, le Président pro-
nonce, à l'occasion de la mort de notre confrère M. Barth, les
paroles suivantes :
SÉANCE DU 19 AVRIL 1916 215
« Mes chers confrères,
« Un nouveau deuil vient d'affliger notre Académie. Samedi
dernier, 15 avril, Auguste Barth, dont nous regrettions l'absence
depuis longtemps, est décédé dans la maison de santé des frères
de Saint-Jean-de-Dieu, à la suite d'une douloureuse maladie.
« Il venait d'entrer dans sa quatre-vingt-troisième année.
Longue et fructueuse existence, honorée par un travail assidu,
ornée par d'éminentes qualités d'esprit et de cœur. Nous regret-
tons en lui un des maîtres de l'Indianisme, un savant d'une
autorité reconnue, un homme excellent que nous entourions
d'une affectueuse vénération.
« Il était né à Schiltigheim, près de Strasbourg, le 22 mars
1834. Alsacien de famille, il a manifesté dans toute sa carrière
les belles et fortes qualités de cette race, qui a été et qui va
redevenir un des meilleurs éléments de notre nationalité. Après
avoir fait de brillantes études au lycée de Strasbourg, il conquit
à la Faculté des Lettres de cette ville le grade de licencié et fut
nommé, en 1859, professeur de rhétorique et philosophie au
collège communal de Bouxwiller. Il y resta cinq ans. Et, sans
doute, ce fut alors qu'il commença de s'adonner aux études spé-
ciales par lesquelles il devait se faire plus tard une grande et
légitime réputation.
« En 1864, il donnait sa démission et revenait se fixer à
Strasbourg, avec l'intention d'y vivre désormais dans l'indépen-
dance, qu'une modeste fortune lui assurait, et d'utiliser pour
ses travaux les ressources de la riche Bibliothèque municipale.
La guerre de 1870 bouleversa ses projets. Auguste Barth, qui
avait combattu comme franc-tireur pendant le siège de la ville,
ne se résigna pas à subir la domination odieuse du vainqueur. Il
s'établit d'abord en Suisse, à Genève; puis, à partir de 1874, à
Paris, où devait s'écouler la seconde partie de sa belle exis-
tence.
« C'est de cette période que datent ses premiers travaux. Des
mémoires remarqués par les meilleurs juges, des comptes rendus
nsérés dans la Revue criii(jue mirent rapidement en lumière ses
connaissances, la finesse et l'originalité de son esprit, la fermeté
de son jugement, la sûreté de sa méthode. Quelques années
216 SÉANCE DU 19 AVRIL 1916
suffirent pour qu'il acquît, malgré sa modestie naturelle, une
autorité incontestée dans le domaine de l'Indianisme.
« Il était donc naturel que le directeur de V Encyclopédie des
Sciences religieuses, Lichtenberger, s'adressât à lui pour l'article
relatif aux Religions de ï Inde. Cet article devait avoir une cin-
quantaine de pages. Mais l'auteur s'aperçut vite que, réduit à
ces dimensions, ce ne serait qu'un aperçu superficiel et banal.
Il obtint de l'éditeur de le développer librement. Ainsi fut com-
posé l'ouvrage justement renommé auquel son nom demeurera
attaché, h" Histoire des religions de l'Inde, donnée d'abord sans
bibliographie dans l'Encyclopédie de Lichtenberger en 1879, fut
ensuite publiée séparément avec des notes et de précieuses indi-
cations bibliographiques. Quelques années plus tard, en 1882,
elle reparaissait en anglais dans VOriental séries de Trùbner,
avec des corrections et des additions. Elle figurera enfin, sous
son aspect définitif, dans l'édition des œuvres complètes de Barth,
qui est en préparation.
« Il appartiendra à des juges plus compétents de louer cette
œuvre comme elle le mérite. Mais l'unanimité des suffrages
qu'elle a recueillis m'autorise à en rappeler les plus frappantes
qualités. Possédant pleinement toutes les parties d'un sujet
immense et singulièrement complexe, dont personne encore
n'avait réussi à embrasser l'ensemble d'un seul coupd'œil, Barth
a su mettre sous les yeux de ses lecteurs, dans une synthèse
admirablement claire, toute l'évolution religieuse de l'Inde,
caractérisant avec une précision judicieuse chacune des périodes
qu'il y distinguait et saisissant, par des aperçus pleins de finesse,
les relations plus ou moins cachées qui unissaient ces périodes
entre elles. Il y passe en revue, tour à tour, le védisme, le
brahmanisme, le bouddhisme, le jaïnisme, l'hindouisme, et il
réussit à donner, de chacune de ces formes de la pensée hindoue,
une idée juste et concrète. Il déclarait modestement, dans sa
préface, qu'il ne prétendait rien apprendre de nouveau aux
Indianistes. Je ne crois pas qu'aucun savant ait ratifié cette
déclaration. On sent que tout, dans ce livre, a été étudié direc-
tement, soumis à une critique perspicace. Tout y porte la marque
d'un jugement indépendant, et partout y abondent les vues per-
sonnelles.
SÉANCE DU 19 AVRIL 1916 217
« Peu après, Barth donnait la preuve de ses connaissances
épigraphiques en collaborant avec Bergaigne et avec notre émi-
nent confrère, M. Senart, à la publication des Inscriptions
recueillies au Cambodge par M. Aymonier.
« L'Académie des inscriptions et belles-lettres, qui l'avait
agréé pour cette collaboration, fut heureuse de l'élire en 1893,
pour occuper le fauteuil laissé vacant par le décès du marquis
d'Hervey de Saint-Denis. Barth a donc appartenu à notre Com-
pagnie pendant vingt-deux ans. Cette dernière période de sa vie
n'a pas été moins active ni moins féconde que la précédente. On
appréciera mieux les services qu'il a rendus à la science, lors-
qu'on pourra relire, réunis en volume, les articles qu'il a donnés
au Journal des Savants, et surtout ce remarquable Bulletin des
religions de V Inde, qu'il publiait, à des intervalles irréguliers,
dans la Revue de Vhistoire des religions. Les analyses qu'il y
donnait des ouvrages récemment parus montraient combien il
se tenait au courant de tout ce qui se faisait d'utile dans le
domaine de l'Indianisme et avec quelle clairvoyance il savait
exercer son influence dans les études qui lui étaient chères.
« Nous aurions tous aimé à entretenir avec lui un commerce
plus familier. La surdité dont il avait été atteint dès sa jeunesse,
et qui s'était développée avec l'âge, rendait malheureusement
les relations moins faciles qu'on ne l'aurait voulu. Et pourtant,
quand on l'approchait, on ne pouvait s'empêcher de sentir le
charme de cette nature exquise, en qui la bonté, la droiture, la
franchise s'unissaient à une rare distinction d'esprit et à un
enjouement aimable, qui survivait aux longues tristesses de la
solitude.
« Le souvenir qu'il laisse parmi nous sera durable. Et quand
ceux qui l'ont connu auront disparu à leur tour, leurs succes-
seurs le retrouveront encore dans la collection alsacienne qu'il
avaitdonnée de son vivant à la Bibliothèque de l'Institut et qu'il
se plaisait à enrichir. Formée peu à peu par son père et par
d'autres membres de sa famille, accrue amoureusement par lui-
même, il lui semblait sans doute qu'elle conservait, dans les pièces
variées qui la composent, quelque chose de cette petite et chère
patrie, qu'il avait abandonnée pour se rattacher à la grande plus
étroitement, mais dont il portait si nettement l'empreinte dans
218 -i \m.i Dl 28 \\i:il. 1916
sa personne, dans son accent, dans son caractère, cl qu'il aimait
passionnément. Il n'aura pas ou la joie suprême, avanl de mou-
rir, de la voir affranchie de la servitude. 11 nous appartiendra,
Messieurs et chers confrères, quand nous irons réinstaller l'Uni-
versité française dans Strasbourg arraché à l'ennemi, de deman-
der que son nom soit inscrit quelque part dans ce lieu d'études
dont il fut exilé, mais qu'il a honoré, de loin comme tic près, par
sa vie tout entière. »
M. Homolle donne le résumé d'une lettre de M. Briois conte-
nant la traduction du Rapport de l'éphore des Antiquités de
Chypre pendant le cours de l'année 1914.
M. Salomon Reinach achève la lecture d'un mémoire sur l'ins-
truction préparatoire que recevaient les candidats à l'initiation
d'Eleusis. Il insiste particulièrement sur les légendes et généa-
logies divines, différentes de celles que nous connaissons, dont
les candidats devaient se pénétrer avant d'être admis aux mys-
tères. Une de ces légendes, qui faisait de ' Démeter, et non de
Latone, la mère d'Apollon et d'Artémis, fut l'objet, dans une
tragédie d'Eschyle, d'une allusion jugée indiscrète, qui mit en
péril la vie de l'auteur. M. Reinach montre que Déméter devait
être considérée, à Eleusis, comme l'épouse de Dionysos : légende
mystérieuse dont quelques traces se retrouvent ailleurs.
SÉANCE DU 28 AVRIL
PRESIDENCE HE M. MAURICE CROISET.
M. Homolle commence la lecture d'un mémoire sur l'ori-
gine des caryatides.
MM. Théodore Ri.in.vcu et Gollignon présentent quelques
observations.
M. Emile Eude lit un mémoire sur l'ancien hôtel de Yaucou-
LIVRES OFFEKTS 219
leurs, à Paris. Cet hôtel n'est mentionné que clans une note
manuscrite, ajoutée (au xvir9 siècle) sur un livre du xvie. L'anno-
tateur dit que l'hôtel était sis rue des Poulies, et qu'il tirait son
nom de ce que « c'estoit la maison et hostel de la Pucelle, qui
estoit de Vaucouleurs ».
Jeanne d'Arc n'ayant jamais pénétré dans la partie de Paris
où se trouvait la rue des Poulies, il y a là un problème histo-
rique. M. E. Eude estime qu'il ne s'agit pas de Jeanne d'Arc,
mais de l'une des fausses Jeanne d'Arc qui parurent en France
après le supplice de l'héroïne. Il croit qu'il serait question de
Claude des Armoises, qui vint à Paris en 1440 et qui y eut des
démêlés avec la justice.
L'hôtel de Vaucouleurs était situé dans ce qui est aujourd'hui
la rue du Louvre, à l'angle de la rue de Rivoli.
M. Salomon Reinach présente quelques observations.
LIVRES OFFERTS
M. Clermont-Ganneau a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, de la part de l'auteur,
M. Eusèbe Vassel, trois fascicules de ses Etudes puniques contenant
les mémoires suivants :
I. La dédicace néo-punique de Bir Tlelsa.
II. Cinq stèles votives de Carthage.
III. Encore l'inscription de Bir Tlelsa.
IV. Treize ex-voto.
« Dans ces études d'ordre spécialement épigraphique, l'auteur, qui
se tient avec un zèle louable au courant des découvertes archéolo-
giques faites dans la Tunisie où il réside depuis nombre d'années, fait
preuve de beaucoup de savoir et de sagacité.
« Déjà l'Académie avait été à même d'apprécier ses qualités, grâce
à d'autres travaux similaires présentés en son nom par notre regretté
confrère M. Pli. Berger. Les nouveaux ne le cèdent pas en intérêt
aux précédent et, de plus, on y constate une expérience et une maî-
trise épigraphique qui vont s';illirmant toujours davantage.
« A ces opuscules d'un caractère tout technique, M. Vassel a joint
220 LIVRES OFFERTS
un mémoire plus étendu qui mérite une mention particulière et dont
le titre seul attire l'attention : Le panthéon d'IInnnihnl. L'auteur a
tenté d'y tracer un tableau d'ensemble de la religion carthaginoise,
voire de toute la religion phénicienne, avec des aperçus lointains
sur l'essence des cultes sémitiques en général. Il a pris comme point
de départ de son essai le fameux passage du serment d'Hannibal, le
opxoç solennel rapporté par Polybe ; d'où le titre adopté. C'est sur
cette base, base assez solide mais un peu étroite, qu'il s'est efforcé
de faire en quelque sorte la triangulation de ce vaste et obscur sujet.
Sans doute, on ne saurait prétendre qu'il y ait pleinement réussi ;
bien des données mises en œuvre sont forcément insuffisantes ou
entachées d'inexactitude, et, si l'on peut s'exprimer de la sorte, le
réseau ainsi construit contient trop d'angles douteux et de côtés de
mesure hypothétique, pour que le polygone se ferme exactement.
« Néanmoins, il faut louer M. Vassel du soin diligent avec lequel il
a réuni et présenté les éléments de ce problème complexe; son
mémoire, qui contient plus d'une vue ingénieuse, sera toujours con-
sulté avec profit par ceux qui voudront après lui en reprendre l'exa-
men. »
M. Omont a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur de déposer sur le bureau de l'Académie, au nom
de M. le Dr V. Leblond, président de la Société académique de l'Oise,
un volume intitulé : Les deux plus anciens comptes de VIIôtel-Dieu de
Beauvais (1377- 13S0) ; texte et analyse. Essai sur l'administration
de cet hôpital au xive siècle (Paris, Impr. nat., 19l5,in-8°, 184 pages;
extrait du Bulletin philologique et historique \jusqu'k 1715] du
Comité, 1914).
« L'Hôtel-Dieu de Beauvais a conservé ses anciens comptes depuis
l'année 1377, et à partir de 1445 on en a la suite presque ininterrom-
pue jusqu'à nos jours. M. le Dr Leblond s'est contenté de publier
aujourd'hui les deux plus anciens de ces comptes ; il les a fait
précéder d'une étude dans laquelle il passe successivement en revue
l'organisation de cet établissement hospitalier, son personnel, son
administration et ses revenus au xive siècle. C'est un premier cha-
pitre d'une histoire de l'Hôtel-Dieu de Beauvais, que M. Leblond,
auquel on doit déjà de nombreux travaux sur Beauvais et le Beau-
vaisis, est mieux que quiconque préparé à écrire. »
Le Gérant, A. Picard.
MAÇON, PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS
COMPTES RENDUS DES SÉANCES
DE
L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES -LETTRES
PENDANT L'ANNÉE 1916
PRÉSIDENCE DE M. MAURICE CROISET
SÉANCE DU 5 MAI
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
La correspondance contient trois lettres : Tune, de M. le Dr
Carton, par laquelle il annonce qu'il va pouvoir reprendre les
fouilles de Buda Reçjia; — l'autre, de M. Pierre Paris, directeur
de l'Institut français de Madrid, qui déclare que les circons-
tances politiques et la reprise des chaleurs l'empêcheront d'aller
entreprendre des fouilles à Rolonia, près de Gibraltar ; il espère
pouvoir les commencer en octobre prochain; — la troisième,
de M. Léon Mirot, archiviste aux Archives nationales (voir ci-
après).
M. Senart annonce à l'Académie qu'il a reçu de M. Finot la
triste nouvelle de la mort de M. Commaille, conservateur des
ruines d'Angkor.
Le Prédident dit que l'Académie ne peut que s'associer aux
regrets de la perte que la science et l'art ont faite dans la per-
sonne de M. Commaille.
Le Secrétaire perpétuel donne lecture de la lettre suivante
de Mme la marquise Arconati-Visconti :
1916 lb
222 SÉANCE DU .*) MAI 101 G
Paris, le 29 avril 1916.
Monsieur le Président,
J'ai l'intention de fonder un prix triennal de trois mille francs qui
serait décerné par l'Académie des inscriptions et belles-lettres à
des travaux concernant aussi bien l'art et l'archéologie espagnols
depuis les temps les plus anciens jusqu'à la fin du xvi° siècle, que
les trésors artistiques ou archéologiques de ces mêmes époques con-
servés dans les collections publiques ou privées de l'Espagne.
Ce prix devra porter le nom de Raoul Duseigneur, pour conserver
la mémoire d'un amateur très distingué qui a toujours porté un
grand intérêt à l'histoire de l'art espagnol qu'il connaissait à fond.
Si l'Académie accepte mon offre, je mettrai à sa disposition la
somme nécessaire à l'institution de ce prix.
Vu les circonstances présentes et pour des raisons particulières,
je désire que le prix en question soit donné pour la première fois
cette année même et avant le 1er août prochain. A cet effet, je m'en-
gage à verser immédiatement entre les mains de M. le Secrétaire
perpétuel la somme de trois mille francs qui servira à le décerner
en 1916, en attendant que les formalités exigées pour l'acceptation
soient accomplies.
Veuillez agréer, etc..
Raoul Duseigneur est le collectionneur bien connu, récem-
ment décédé, qui a légué au Musée du Louvre ses collections
d'art espagnol.
M. A. Thomas donne lecture de la lettre suivante de M. Léon
Mirot, archiviste aux Archives nationales :
« Versailles, 4 mai 1916.
Monsieur le Pbésident,
« Permettez-moi d'ajouter quelques renseignements à la commu-
nication faite par M. Eude, à la dernière séance de l'Académie des
inscriptions et belles-lettres, sur un hôtel parisien de la rue des
Poulies, l'Hôtel de Vaucouleur, communication dont le Journal des
Débals du 30 avril a donné un résumé.
« M. Eude paraît admettre que si ce nom d'« Hôtel de Vaucouleur »
ne provient ni de Jeanne d'Arc, ni d'un membre de sa famille (opi-
nion émise par Vallet de Viriville dans le Moniteur du 1er avril 18">5),
il pourrait cependant se rapporter à l'une des faussés Jeanne et vrai-
semblablement à Claude des Armoises, qui fit un voyage accidenté
SÉANCE DU 5 MAI 1916 223
à Paris en 1440. Cette très séduisante hypothèse n'est malheureuse-
ment corroborée par aucun texte.
« On connaît assez bien l'histoire de cet hôtel aux xve et xvie siècles.
Possédé en 1443 par Simon Coignet, qui en avait hérité de son père
Jean Coignet, il passa à une famille de Bellefayejen 1512, il était
aux mains d'Adam Émery, avocat au Parlement, dont la fille Jeanne
l'apporta à son mari Marc de Ranconnet, président en la Chambre
des Enquêtes; les héritiers Ranconnet le vendirent à Florimond
Robertet et à Jeanne d'Halluyn, sa femme ; possédé à la fin du
xvie siècle par Louise d'Halluyn, dame de Cipières (d'où son nom
d'hôtel de Cipières), il fut adjugé le 15 février 1582 moyennant 34500 1.
à Antoine d'Arches, baron de Cresceque; il passa ensuite aux Créquy,
aux d'Argenson, aux Conti et au comte d'Angivillers. Les actes qui
s'y rapportent sont assez nombreux ; partout, du xvc au xvne siècle,
il est désigné sous le nom d'hôtel de l'image Notre-Dame, ou de la
Belle image (Arch. nat. S. 61) ; jamais sous celui d'Hôtel de Vaucou-
leur. D'où provient cependant cette désignation relevée par un
auteur du xvne siècle?
« Au xivc siècle, cet immeuble fut possédé par une famille d'ori-
gine bretonne; Hamon et Jean de Vaucouleur en furent propriétaires.
Ces personnages, — qui tiraient leur nom d'un écart de la commune
de Trélivan, département des Côtes-du-Nord, — furent au nombre
des bienfaiteurs du chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois. Par
son testament, daté du 12 février 1332 (nouveau style), Hamon de
Vaucouleur donna 10 s. p. de rente au chapitre de Saint-Germain,
et les assigna sur sa maison de la rue des Poulies; son fils Jean, qui
testa le 10 septembre 1344, légua de son côté au môme chapitre 5
s. p. sur la même maison.
« Ces fondations pieuses sont soigneusement reproduites dans
toutes les déclarations passées du xve au xvne siècle pour l'hôtel de
l'Image Notre-Dame, au terrier de l'évêché de Paris ; et le nom de
Vaucouleur reparait dans tous ces actes. Il a frappé sans doute l'au-
teur du xvne siècle qui a trop rapidement fait un rapprochement sans
fondement avec la localité lorraine illustrée par l'héroïne nationale,
el attribué au souvenir de Jeanne d'Arc la persistance du nom d'une
famille bretonne remontant au xive siècle.
«Veuillez agréer, etc. »
M. M. Pillet, architecte, ancien attaché à la Délégation en
Perse, l'ait une communication sur un naufrage d'antiquités
assyriennes dans le Tigre '.
1 . Voir ci-après.
22 ï NAUFRAGE D'ANTIQUITÉS ASSYRIENNES DANS LE IK.Kl.
M. Pottier présente quelques observations sur l'importance
de la découverte faite par M. Pillet.
M. Clermont-Ganneau ajoute qu'on pourrait peut-être trouver
quelques renseignements dans les papiers de M. de Saulcy, qui
sont déposés à la Bibliothèque de l'Institut.
M. Havet commente un passage de Properce relatif à la déesse
Brimo. Elle fut aimée d'Hermès. Elle le repoussa d'abord, puis
elle se donna à lui quand il eut miraculeusement changé en
prairie un étang thessalien, la Boebeis.
M. Salomon Reinach présente quelques observations.
COMMUNICATION
UN NAUFKAGE D ANTIQUITÉS ASSYRIENNES DANS LE TIGRE,
PAR M. PILLET, ARCHITECTE,
ANCIEN ATTACHÉ A LA DÉLÉGATION EN PERSE.
Le 22 août 1851, Victor Place, consul de France à Mos-
soul, recevait mission de continuer les fouilles de Khorsa-
bad entreprises par Botta, son prédécesseur, et interrompues
en 18451.
Une faible somme de 8.000 francs lui était allouée sur le
crédit (de 70.000 fr.) que l'Assemblée nationale avait voté
le 8 août de la même année pour subvenir aux frais d'une
expédition scientifique en Mésopotamie "2 ; celle que dirigera
Fresnel et dont l'illustre Oppert sera le collaborateur.
Les résultats considérables obtenus par Victor Place
dans ses travaux qui se poursuivirent durant deux années3,
1. Paris, 7 septembre 1851. M. de La Valette.
2. Affaires étrangères. Paris, 19 octobre 1851.
3. Place, Rapport n" 1, Mossoul, 26 janvier JS52. Rapport n° 3, Mossoul,
16 février 1852, et lettre de Mossoul, 26 janvier 1854.
NAUFRAGE D'ANTIQUITÉS ASSYRIENNES DANS LE TIGRE 225
furent publiés en 1867, sous le titre de Ninive et V Assyrie,
en trois grands volumes in-folio où l'architecte Thomas,
attaché successivement aux deux missions de Fresnel et de
Place, nous donne des dessins et des plans aussi nombreux
qu'intéressants. Quant au Musée du Louvre, il vit le pre-
mier fonds assyrien, qu'il tenait de Botta, s'enrichir d'un
certain nombre de pièces représentant à peine le quart des
trouvailles, la majeure partie des antiquités gisant au fond
du Chatt-el-Arab à la suite d'un naufrage qui fut un véri-
table désastre.
Quelles étaient les pièces perdues? En quel point du
fleuve reposaient-elles? Existait-il un espoir de les sauver
à l'aide de procédés modernes et puissants? Telles étaient
les questions qui se posaient à nous.
Place, dans sa publication, effleure rapidement le sujet
du naufrage de ses antiquités; cela lui est pénible, et l'on
n'aime pas à rappeler d'amers souvenirs, mais il dit que
ses rapports sont conservés à l'Administration des Beaux-
Arts et de la Maison de l'Empereur1. Nous nous mettons
alors en quête de ces dossiers : aux Archives des Affaires
étrangères, les documents antérieurs à 1855 ne sont pas
publics ; d'ailleurs elles ne doivent pas être riches en docu-
ments sur ces fouilles. Aux Beaux-Arts, on ignore tout de
ces dossiers. Au Musée du Louvre, M. Pottier, après de
nouvelles recherches de l'archiviste, nous déclare qu'il
serait heureux de pouvoir mettre la main sur ces archives
intéressantes, mais que le fonds du Musée ne les possède
malheureusement pas. Restaient les Archives nationales, où
nous avions enfin le plaisir de retrouver ces documents
réunis en trois liasses portant les mentions suivantes :
« F21 516 et 547. Fouilles sur l'emplacement de l'ancienne
Ninive 1851-1860» et « F'2! 548 Mission de Fresnel en
Mésopotamie ».
C'est de l'étude de ces pièces officielles que nous extrai-
1. Place, Ninive et l'Assyrie [Paris, 1867), t. I-r, p. vu.
220 NAUFRAGE D'ANTIQUITÉS ASSYRIENNES DANS LE TIGRE
rons aujourd'hui le récit du naufrage et des tentatives
faites pour sauver les pièces qui parvinrent, après tant de
péripéties, jusqu'au Musée du Louvre.
En janvier 1854, Victor Place cessa ses fouilles sur l'in-
vitation du ministre ', puis, l'état troublé du pays l'engagea
à les reprendre de sa propre autorité 2, et elles continuèrent
ainsi jusqu'à la réception d'un ordre exprès lui enjoignant,
en juillet 1854, de cesser définitivement ses travaux. Dès
la réception des premières dépêches ministérielles du 16 et
du 22 août 1853 3, il s'était occupé du transport de ses
antiquités, trésor immense, mais volumineux et pesant, qui
allait courir les pires dangers durant ces milliers de lieues
qui le séparaient du Musée du Louvre.
Après des efforts inouïs, Place était arrivé, dans les pre-
miers jours de décembre 1853, à transporter la totalité des
antiques au bord du Tigre, sur un monticule à l'abri des
débordements du fleuve. Toutes les pièces, y compris deux
figures colossales et deux grands taureaux à face humaine,
pesant chacun environ 32.000 kilogs, avaient été transpor-
tées à l'état de monolithes, ce à quoi Botta et les fouilleurs
anglais avaient été obligés de renoncer. Les deux taureaux
provenant des fouilles de Botta sont en effet divisés en
6 blocs, par 2 traits verticaux et 1 horizontal. Ils ont été
remontés au Louvre où l'on peut distinguer très nettement
ces coupures. Un vaisseau de l'Etat devait prendre ces
antiquités au port de Bassorah pour les conduire en France,
mais la lenteur des communications postales via Gonstan-
tinople ou Alep et la longueur du voyage par mer, exi-
geant de 6 à 7 mois 4, firent remettre l'embarquement à l'an-
née suivante5.
A la fin du mois de mars 1855, Place opère le charge-
1. Place, Mossoul, 26 janvier 1854.
2. Place, Mossoul, 31 juillet 1854.
3. Place, Mossoul, 15 décembre 1S53.
4. Place, Mossoul, 17 juin 1855. Rapport n° 59, et Jones, consul anglais.
5. Place, Mossoul, 27 avril 1855.
NAUFRAGE p'A^TIQUITÉS ASSYRIENNES DANS LE TIGRE 227
3
o
22N NAUFRAGE D'ANTIQUITÉS ASSYRIENNES DANS LE TIGRE
ment de ses trésors sur des radeaux qui doivent les con-
duire jusqu'à Bassorah1. Ces radeaux appelés « kèlek »
sont composés d'un grand nombre de peaux de bouc ou de
mouton gonflées à la bouche et réunies entre elles par un
treillis de mauvaises pièces de bois2. Si mobile est cet
antique appareil, qu'un seul homme peut manœuvrer un
kèlek de mille outres comme un simple batelet, à l'aide
d'une corde. Enfin, son tirant d'eau est presque nul, ce
qui lui permet de franchir sans difficultés les nombreux
bas-fonds et rapides qui barrent le cours du Tigre ; mais sa
composition le rend assez fragile et les outres ne résistent
guère plus d'un mois ; après quoi il faut les gonfler à nou-
veau ou même les changer. Le 29 avril, les 8 kèleks chargés
d'antiquités et des quelques bagages du Consul, quittent
la rive 2 et s'abandonnent au courant qui les conduit jus-
qu'à Bagdad, où ils arrivent le ï mai après six jours de
voyag-e. En partant de Mossoul, Place avait l'intention,
ainsi qu'il le déclare dans une lettre du 27 avril, de con-
duire ses antiques jusqu'au port de Bassorah :î. Mais il fut
touché, à Bagdad, par des dépèches ministérielles lui
ordonnant de rejoindre sans délai son nouveau poste de
Galatz, pour lequel il doit partir à la fin de mai au plus
tard. D'ailleurs, enfreindrait-il les ordres reçus, qu'il n'au-
rait aucun espoir de trouver dans le Chatt le navire affrété
par l'Etat, car les autorités consulaires n'ont reçu aucune
nouvelle de l'arrivée de ce bâtiment dans le Golfe Persique.
Cependant on ne craindra pas de reprocher plus tard à cet
agent, qui reçoit des ordres contradictoires du Ministère
des Affaires étrangères et de celui des Beaux-Arts dont il
dépend, de n'avoir pas « conduit les antiques non seule-
1. Place, Mossoul, 15 décembre 1853.
2. Place, Mossoul, 17 juin 1855, et Ninive et l'Assyrie, t. II, p. 141.
3. Place, Mossoul, 27 avril 1855, et Mossoul, 2 juillet 11S54, où il demande
d'obtenir de M. Drouyn de Lhuys l'autorisation d'entreprendre le voyage
de Bassorah pour assurer le transport de ses antiquités au milieu des tri-
bus révoltées.
NAUFRAGE D 'ANTIQUITÉS ASSYRIENNES DANS LE TIGRE 229
ment à Bagdad, mais à Bassorah, comme il s'était engagé à
le faire », car « le malheur ne serait probablement pas
arrivé»1. Obligé d'abandonner à d'autres le soin de con-
duire au port les découvertes qui lui avaient tant coûté
d'efforts et de labeur, et cela « d'une manière tout à fait
gratuite, puisqu'il n'a reçu de l'Etat aucune rémunération
autre que son traitement de consul'2 », Place prend toutes
les précautions pour assurer leur transport jusqu'à Basso-
rah. L'affaire n'est pas aisée : les tribus arabes du Bas-
Tigre et du Chatt-el-Arab sont en pleine insurrection.
Bassorah est bloquée, la révolte gronde autour d'elle; une
partie de la pauvre armée et de l'Irak- Arabi est à Hillah,
et le reste est cerné à Chouk-ech-Chiouk.
Le Gouverneur général de Bagdad, Mehemmed Rèchid
Pacha 3, est à la tète de l'armée, et son secrétaire-comp-
table, Mehemmed Khâlisi, gouverne par intérim * ; il cherche
à dissuader Place d entreprendre le voyage de Bassorah, si
périlleux dans ces conditions, lui représentant qu'il ne peut
assurer la sécurité du convoi. Le colonel Rawlinson, consul
général britannique de Bagdad, l'avait aussi averti par lettre,
dès le 21 février, qu'il doutait de « la possibilité de faire
descendre les kèleks a Bassorah dans l'état actuel des
affaires », a cause de la révolte arabe et encore pour la rai-
son que « depuis la rupture de la digue de Om-el-Heunch,
tout le monde déclare qu'un kèlek ne peut pas descendre
le fleuve sans être envahi par le courant et forcé d'échouer
dans le désert. C'est ce qui est arrivé, continue-t-il, vous
vous le rappelez, à un des kèleks de M. Layard, chargé de
marbres, en 1850, et le danger est mille fois plus grand à
présent ». Mais le Manuel, navire nolisé par l'Etat pour le
1. Paris, Ministère d'État, Beaux-Arts, sans date ; 1855).
2. Paris, Ministère d'État, Palais des Tuileries, signé : Meiey, s. d. (1853).
3. Lettre de ce gouverneur, 31 juillet 1855.
i. Annexe à la dépêche diplomatique du 26 juillet 1855, et Mes'soud bey
à Place, Bassorah, 1(.» mai 1855.
230 NAUFRAGE D'ANTIQUITÉS ASSYRIENNES l»ANS I.i: TIGRE
transport des antiquités, était parti de la rivière; de Nantes
le 10 janvier 1855 ', et son contrat ou charte-partie l'obli-
geait à jeter l'ancre, au plus tard le .'10 avril, à Bassorah, où
il était astreint a 120 jours de planche, c'est-à-dire- d'attente
à quai. Passé ce délai, il était dû 200 francs par jour de
retard 2 dans le chargement à Antonin Lopez, son armateur
à Bordeaux, qui recevait 80.000 francs pour le trans-
port, jusqu'au Havre, des antiquités pouvant atteindre
150.000 kilogS3.
Place ne pouvait donc attendre ni la fin d'une révolte à
peu près permanente, ni la réparation d'une digue qui pou-
vait n'être jamais rétablie; et laisser partir, sans son char-
gement, le navire envoyé, lui était tout aussi impossible
que de ne pas obtempérer a l'ordre du ministère qui lui
enjoignait de partir à la fin du mois pour rejoindre son
poste. Dans cette situation difficile, il (it « tout ce que pou-
vait suggérer la prudence humaine4 ». Il remit les kèleks
en état, déchargeant ceux qui portaient les deux pièces les
plus pesantes, des caisses plus petites qui les alourdis-
saient. Ces antiquités, les il caisses de la mission Fresnel
en Mésopotamie •"', et les bas-reliefs provenant des fouilles
anglaises de Koyoundjick et de Ximroud que Rawlinson
abandonnait à la France 5, devaient trouver place dans une
grande barque louée à cet effet à Bagdad. Cette barque de
50 tonneaux'' fut choisie, puis examinée par un officier de
marine, le capitaine Jones, commandant la station anglaise,
qui la jugea en bon état et capable de recevoir les antiquités
1. Extrait du Journal de bord du Manuel, cap. Loquay, Paris. 21 juillet
1853.
2. Il touchera de ce l'ait 7.000 fr. pour 38 jours supplémentaires à Basso-
rah.
3. Charte-partie du Manuel et facture Lopez, Paris, 2 juillet 1836.
■i. Place à M. Fould, ministre d'État, Constantinople, 26 août 1855.
3. Place à M. Fould. ministre d'État, Rapport n° 59, Mossoul, 17 juillet
1865. et Ninive et l'Assyrie, t. II, p. 133.
6. Jones dans son rapport dit 50 tonneaux. Place, qui, dans sa lettre à
Fould 26 ai Mil L855 . dit : « une goélette de 50 tonneaux », donne ensuite,
clans Ninive el l'Assyrie : 60 tonneaux t. II. p. 142).
NAUFRAGE D'ANTIQUITÉS ASSYRIENNES DANS LE TIGRE 231
qu'on lui destinait. Pour le remplacer dans la périlleuse
mission d'accompagner ses découvertes, Place fit choix
d'un Français, nommé Clément, « professeur de langues
européennes auprès d'Abdallah-Pacha » ', depuis un an -,
qu'il nomma agent consulaire afin de le revêtir de quelque
prestige aux yeux des indigènes. Il le munit d'instructions
détaillées, de passeports et de « tezkérèh », lui donna en
outre des cadeaux pour les principaux chefs de tribus que
l'on devait rencontrer en route. Enfin, il fit partir à l'avance
ses deux contremaîtres Naouchi et Yousouf 2, qui, par le
cutter anglais, devaient arriver plusieurs jours avant le
convoi à Bassorah, où ils prépareraient en hâte un débarca-
dère pour les antiques, le Manuel n'étant pas encore
signalé 2.
Toutes ces dispositions prises, Place assista, le 13 mai,
au départ « du bateau chargé de caisses d'antiques et allant
de conserve avec quatre radeaux portant les deux taureaux,
les deux grandes statues et quelques autres antiquités 3 » :
en tout, 23o caisses '. Puis, l'âme sans doute inquiète, il
rebroussa chemin, gagnant Mossoul, puis Diarbekir, pour
retourner en Europe. Dès le départ, l'inhabileté profession-
nelle de l'équipage et son mauvais vouloir se révèlent ;
malgré Place et Clément, on embarque quelques marchan-
dises à bord au moment du départ 5 ; puis, suivant la cou-
tume orientale, on s'arrête à quelques lieues de Bagdad.
En cet endroit, on charge à bord 5 ballots pesant en tout
2o0 kilogs environ i;. D'ailleurs, le patron de la barque
avait le droit, d'après le contrat établi par le capitaine
Jones, de prendre quelques marchandises à son bord'1; il
1. Letli-ede Michel Médawar à M. de Saulcy. Beyrouth, 2S juillel 1*33.
2. Place, Rapport n° 50, Mossoul, 17 juin 1835 ; et Mes'soud bey, 27 mai
1855.
3. Clément, note 1, Maaghill Bassorah), L7 juillel L855.
4. Clément, note 2. Bassorah, 2 novembre 1S55.
5. Clément, noie 1, Bagdad, 1 décembre 1855.
6. Clémenl à M. Fould, note i. Bagdad, 7 décembre 1855.
2'-\'2 NAUFRAGE D'ANTIQUITÉS ASSYRIENNES DANS LE TIGRE
use largement de ce droit, et il est certain qu'il avait caché
sous les antiques, les uns disent pour 43.000 francs1, les
autres pour 70.000 francs de marchandises '' h l'insu de
Place. Dès lors, la cupidité des Arabes est à l'affût du
moindre incident; car, n'ignorant aucun des gestes de l'Eu-
ropéen qui voyage parmi eux, ils sont lixés sur la valeur du
chargement qui va se risquer à portée de leurs mains. C'est
une vieille coutume de ces peuples, que les marchandises
submergées leur appartiennent ; aussi « un naufrage est-il
toujours regardé par les Arabes comme une bonne
aubaine » 3. Surcharger encore les kèleks fatigués par leur
énorme fardeau, les noyer à moitié, telle sera donc la tac-
tique employée pour justifier le pillage de ce riche convoi.
Quant à la barque, elle fait eau de toutes parts, ainsi que
s'accordent à le constater tous les rapports, et sous la charge
des antiques auxquels s'ajoutent les marchandises, elle ne
pourra atteindre Bassorah que difficilement. Son équipage
est inexpérimenté et compte quelques pirates de connivence
avec les tribus révoltées4. Après la lecture des rapports
du capitaine Jones, de Place, de Clément et de Taylor, on
ne peut douter que, lors du chargement effectué à Bagdad,
on substitua à la barque choisie « une autre, ayant une
cale plus profonde, propre à recevoir plus de marchandises
et ayant éprouvé déjà de nombreuses avaries » '. Bref,
malgré ces conditions déplorables, il était possible que le
convoi atteignît le port, tant bien que mal, si les Arabes
consentaient à le laisser passer.
Les cinq premiers jours de navigation s'écoulent sans
1. Clément à Fould, note 1, Bagdad, 7 décembre 1*55.
2. Lettre de Rechid-Pacha. transmise à Constantinople, du 26 août 1855 :
« des objets pour une valeur de 300.000 piastres, soit 70.000 fr., à raison
de 4 p. 1/4 le franc » (noLe 1, Clément, Bassorah, 17 juillet 1855 .
3. Lettre offieielle de Taylor, vice-consul de S. M. H. à Bassorah, 14 juin
1855.
4. Lettre officielle de Taylor, vice-consul de S. M. 15. à Bassorah. 14
juin 1855.
5. Clément à Fould, note 4, Bagdad, 7 décembre 1855.
NAUFRAGE D'ANTIQUITÉS ASSYRIENNES DANS LE TIGRÉ 233
incident ; mais au soir du 17 mai, « à cinq jours de Bagdad,
on nous dit, rapporte Michel, drogman de Clément1, que
nous étions près dune tribu nommée Abou-Chelfa et que
la barque anglaise y avait été pillée ». (C'est celle qui por-
tait les lettres et les contre maîtres de Place 2.)« Nous
jugeâmes convenable de retirer les pavillons français qui
étaient sur les quatre « kèleks » et que le pacha de Mossoul
avait donnés à notre consul au moment du départ de son
convoi3. Le lendemain, 18 mai, 6e jour depuis Bagdad, le
pillage commence à la visite du cheick d'Abou-Chelfa, de
la tribu des Beni-Lam, qui s'empare de tous les cadeaux
destinés aux divers chefs des tribus que l'on devait croiser
au passage. Clément est fort maltraité par « le cheick qui
le prend par les cheveux et lui donne des coups4 », mais
les antiquités n'éprouvent aucun dommage. Le 7e jour
paraît s'être écoulé sans incident notable ; mais le 8e, le
20 mai 5, les scènes de pillage se renouvelèrent plus vio-
lentes, le butin étant moins grand. C'est Ali, neveu de
Cheikh Feisal de la tribu des Musabeth 6, dont le descen-
dant nous offrira, en 1913, l'hospitalité entre Suse et Ahwaz,
qui aborda le convoi en l'absence de son oncle. Faute de
cadeaux, il fît main basse sur « tout ce qui s'est trouvé à sa
convenance dans ma cabine, dit le malheureux Clément, et
m'a donné deux hommes, à prix d'argent, pour me proté-
ger contre les attaques éventuelles de ceux de sa tribu 7 » .
Obligé d'emprunter quelques piastres, à un taux exorbitant,
pour satisfaire aux exigences de ses bourreaux, notre
1. Déclaration de Michel, drogman de Clément, signée Michèle Gésuitte.
Bagdad, 17 juillet 1855.
2. Mes'soud-bey, Bassorah, 19 mai 1855.
3. Place. Ninive et l'Assyrie, t. II, p. 141.
4. Déclaration de Michel, loc. cit., et Clément, 18 juillet 1855.
5. Lettre de Clément à Place, consul de France à Mossoul. Marghill
(Bassorah), 27 mai 1855.
6. Déclaration de Michel, drogman de Clément, signée Michèle Gésuitte,
Bagdad, 17 juillet ls55.
7. Déclaration de Michel, loc. cit., et Clément. 18 juillet 1855.
234- NAUFRAGE D ANTlQUÎf ES ASSYRIKNNKS DANS M". tlGRË
homme est dès lors sans ressources, c'est-à-dire condamné
aux pires aventures. En effet, le lendemain, 21 mai. neu-
vième jour depuis Bagdad, le désastre se produit : il n'a
plus de cadeaux, plus un para à offrir, et tous les bagages
un peu maniables ont été pillés ; aussi le moindre incident
va-t-il devenir tragique. Les deux hommes d'Ali viennent
de le quitter et l'on arrive au lieu dit « Azer » ou Ezéchiel,
pèlerinage juif : là, un autre neveu de Cheikh Feisal monte
à bord : c'est Cheikh Fendi, doux, assez aimable, qui prend
le peu d'objets qui restent '.
Les pirates se succèdent ainsi jusqu'au moment tout
proche où ils se transformeront en pilleurs d'épaves.
« Le 10 Ramazan, en arrivant près de Korna (village
situé au confluent du Tigre et de l'Euphrate), le bateau
chargé d'antiques était arrêté à la douane Zécheiya d'où
l'on nous héla, dit le Kelekdji-bachi (chef batelier), Sullan
Aga2, et nous dûmes aborder;... trois des kèleks s'arrê-
tèrent à l'aval du bateau et le quatrième poursuivit sa
route jusqu'à Korna. » — - On repart, non sans avoir payé
de nombreux droits, et les radeaux ont bien souffert ; l'un
d'eux n'a presque plus de bois, plusieurs de ses outres sont
crevées ; quant au bateau, les abordages violents l'ont
quelque peu disloqué : aussi Clément juge-t-il sage de l'aban-
donner et de faire passer les quelques bagages qui peuvent
lui rester à bord de l'un des kèleks. Bientôt apparaissent les
chaloupes d'Abou Sa'ad : c'est le dernier acte du drame.
Le bateau, brutalement abordé par une barque chargée
d'hommes armés de sabres, de lances et de boucliers, ne
peut résister au choc, une large voie d'eau se déclare 3.
L'équipage ne veut ou ne peut rien faire pour l'aveugler et
les pillards augmentent encore la charge d'un bateau près
de couler bas.
Le pilote met alors la barre toute sur la rive, sans bais-
1. Déclaration de Michel, loc. cit., et Clément, 18 juillet lsôi.
2. Déclaration de Sultan Aga, Bagdad, 2 juillet 1855.
3. Déclarations de Michel et de Clément.
NAUFRAGE d'aNTIQLITKS ASSYRIENNES DANS LE TIGRE 235
ser la voile, ce qui lui est sans doute impossible dans le
désordre qui règne. Le bateau vient heurter la berge avec
violence et coule immédiatement par trois brasses d'eau à
l'arrière, tandis que sa proue reste à quelques centimètres
hors du fleuve. Incliné fortement sur sa hanche bâbord, il
est perpendiculaire à la rive gauche du Chatt-el-Arab où
il vient de sombrer1, à trois milles au Nord de Kournah2.
Les passagers du bateau ont à peine le temps de prendre
quelques bagages, qu ils embarquent sur les kèleks les
moins en danger, « abandonnant le bateau qui était coulé
et laissant les Arabes emporter tout ce qu'ils trouvaient3 ».
A la vue de cet ultime pillage, Clément débarquait avec
deux domestiques, pour aller chercher main forte à Kour-
nah qu'il croyait tranquille '*. Mal lui en prit, car il fut
assailli par les Arabes qui le rouèrent de coups et le dépouil-
lèrent complètement5 : « J'ai été ainsi forcé, dit-il, de faire
près de deux kilomètres sans vêtement, à pied, et porté à
dos de mes domestiques une partie du trajet qui nous
séparait d'un brick ottoman, tranquille spectateur de notre
désastre, où je suis arrivé tout sanglant et meurtri, soit par
les coups que j'ai reçus, soit par cette marche forcée sur
un sol ardent. — Il était une heure de l'après-midi6. »
Le stationnaire turc, dont parle Clément, demeura en
effet impassible durant tout le pillage ; il avait de fortes
raisons pour cela ; car, avec son équipage réduit, presque
sans armes et sans poudre, il n'aurait fourni aux Arabes
qu'une nouvelle et facile proie. D'ailleurs, l'esprit de rapine
et de destruction de ces tribus avait été excité au plus
haut point par ce riche convoi venu de la ville des Kalifes.
1. Clément, note 2. Bassorah, 2 novembre 1855.
2. Lettre de Taylor, vice-consul de S. M. B. à Bassorah, à Jones, gérant
du consulat britannique à Bagdad, le 1 i juin 1855.
3. Déclarations de Michel et de Clément.
4. Rapport Clément, Mauyhele (Bassora . I s juillet 1855.
5. Taylor à Jones, loc. cit., et Clément, n. 1. Maaghill (prés Bassorah),
17 juillet 1855.
6. Clément, n" 1, Maaghill prés Bassorah), 17 juillet 1855.
23G N.uTit.uiK d'antiquités assVriEnNes DANS LE TlGRË
Lui seul les tentait, et Taylor nous apprend1 que « trois
barques chargées de marchandises à destination de Bagdad
étaient mouillées au bord du fleuve, à la distance d'un jet
de pierre du camp arabe, qu'elles ont été rejointes par trois
autres barques de Bassorah, et qu'aucune d'entre elles n'a
eu à déplorer la perte du plus petit objet. » Mahmoud-Agha,
le capitaine du stationnaire, fournit Clément de linge et de
vêtements, mais on ne put lui donner de chaussures, ce
luxe qu'ignore l'Orient 2 ; puis une embarcation le trans-
porta, le soir même, à la résidence anglaise de Maaghill,
située sur la rive droite du Chatt-el-Arab à une lieue de
Bassorah 3 et à onze lieues en aval de Kournah 4.
Maintenant que nous connaissons la triste fin de la
barque chargée de tant de richesses, voyons ce qu'il advint
des quatre kèleks. Nous suivrons à cet effet le récit du
kelekdji-bachi, Sultan Aga, le complétant parfois à l'aide
des récits concordants de Michel et de Clément.
A la douane Zéchiva, trois des kèleks s'arrêtent en aval
du bateau et le quatrième poursuit sa route 5 ; leurs mar-
chandises sont pillées, mais les antiques sont de mauvaise
prise pour les Arabes qui n'y touchent que pour s'assurer
de leur peu de valeur. « A Korna, les quatre kèleks se réu-
nirent ensemble. Bientôt après, nous vîmes venir en cha-
loupe le cheik Abboud des Sa'ad avec sa tribu, qui se
jetèrent sur les kèleks, la plupart sur celui de M. Clément,
et pillèrent tous les effets qu'on y avait transbordés ; ils
enlevèrent jusqu'aux pièces de bois de deux kèleks, et les
deux autres prirent le large. Le nommé Ibn Souèriche tira
un des deux kèleks (dont le bois était pris) près du rivage
et enleva la totalité des petites caisses remplies de pierre,
ainsi que le reste du bois qui s'y trouvait. » C'est le « kèlek
1. Taylor à Jones, Bassorah, 14 juin 1S55, et Clément, note 1, loc. cil.
2. Clément à Place, Maughill, 27 mai 1855.
3. Mes'soud-bey à Place, Bassorah, 27 mai 1S55.
4. Taylor à Joncs, Bassorah, 14 juin 1855, et Clément, note 1, loc. cit.
5. Sultan Aga, 2 juillet 1855.
NAUFRAGE D'ANTIQUITÉS ASSYRIENNES DANS LE TIGRE 237
portant la grande figure » qui « resta échoué sur la rive du
fleuve, de sortequ'à la marée montante l'eau la recouvre
et qu'elle reparaît à marée basse ». — Cette figure de génie
sera complètement dévorée par l'eau du fleuve quelques mois
plus tard, et l'on renoncera pour cette raison à la sauver1.
Voici pour le premier kèlek ; quant au second, qui porte
un taureau ailé, dégarni de tout le bois que les Arabes ont
pu lui arracher, il flotte à peine : « continuant notre route,
reprend Sultan Aga, avec les deux kèleks, nous vîmes de
loin une tache noire sur l'eau qui nous suivait par derrière ;
peu à peu, l'objet s'approche jusqu'à une distance telle que
nous avons reconnu que c'était un des deux kèleks restés
en arrière portant le grand taureau dont on ne voyait que
quatre doigts au-dessus de l'eau ; je mis tout de suite deux
hommes (soutenus chacun par deux outres) à la poursuite
dudit kèlek pour savoir l'endroit où il serait coulé; les deux
personnes suivirent le kèlek depuis 1 heure 1/2 de nuit 2
jusqu'au matin, et enfin ils nous apprirent que ledit kèlek
avait coulé», en eau profonde sans doute, car on n'en
trouve plus trace ensuite et les sondages entrepris n'ont pu
révéler sa présence3. D'ailleurs, son calcaire a dû se déliter
aussi vite que celui du génie, et, le retrouverait-on, que ce
ne serait qu'une pierre informe sans intérêt artistique ou
archéologique. Enfin « nous continuâmes notre route jus-
qu'à Kout-el-Firengui (Maaguel). Là, nous avons traîné tous
ensemble la grande figure à terre, et le taureau est resté sur
le kèlek au bord du fleuve devant Kout-el-Firengui. Voilà ce
qui nous est arrivé », déclare Sultan Aga, fils de Djuma.
1. Clément à M. Fould, note 2. Bassorah, 2 novembre 1855. (Le séjour
des antiquités dans le fleuve fut de trois mois environ.)
2. La journée arabe commence au coucher du soleil, c'est-à-dire vers
8 heures à la fin de mai; 1 h. 1/2 de nuit correspond donc à 9 h. 1/2
(21 h. 1/2).
3. Extrait d'une lettre officielle adressée à M. le capitaine Jones, gérant
du consulat général anglais à Iîagdad, par le O Ilolland, commandant le
bateau à vapeur Cornet, 21 juin 1855.
1916 16
238 NAUFRAGE d' ANTIQUITÉS ASSYRIENNES DANS LE TIGRE
Dès lors, il ne restait plus qu'a tenter de sauver ee que
l'on pourrait de ce naufrage, et ce sera bien peu de chose ;
car l'arsenal de Bassorah est démuni de tout appareil puis-
sant et ne possède pas même un grelin un peu fort1. De
plus, la révolte arabe est toujours maîtresse des rives du
Tigre et de l'Euphrate, rendant les tentatives de sauvetage
périlleuses. On s'y emploie cependant avec activité. Au
départ de Bagdad, aucun inventaire ne fut fait par Place,
qui se contenta de donner, verbalement, le nombre des
caisses à son agent2. Les quatre colosses, la totalité des
trouvailles de la mission Fresnel, soit 41 caisses, un nombre
indéterminé de colis contenant des bas-reliefs de Nimroud
et de Koj'oundjick donnés gracieusement par les Anglais,
d'autres destinés au Musée de Berlin 3, des objets person-
nels du consul, sa bibliothèque, ses collections et son
argenterie4, formaient 235 colis, dont 28 seront sauvés5.
Voyons comment : tout d'abord, un grand taureau, qui pèse
près de 32.000 kilogs et mesure 4 m. 17 sur 4 m. 22, gît
dans la vase à Maaghill. Après plus de six mois d'efforts et
de tentatives infructueuses, du 9 mai à novembre 1855,
Mes'soud-bey, Clément et le capitaine Loquay hissent le
taureau à bord du Manuel le 25 novembre ; il est à fond
de cale le 26 au soir. Le génie, pesant près de 14.000 kilos,
a été embarqué le 1 1 novembre et arrimé à fond de cale
le 1G6. Voilà pour les deux plus lourdes pièces. Mais le
kèlek portant le génie était en outre chargé7 de 15 caisses,
auxquelles il nous faut en ajouter 6 autres que Mes'soud-
1. Mes'soud-bey à Place, n° 2. Bassorah, 27 mai 1855.
2. Clément, note 2. Bassorah, 2 novembre 1855.
3. Place h M. Fould, Bapport n° 59, Mossoul, le 17 juin 1855, et lettres de
Rawlinson à Place. Bagdad, 21 février 1855 ; Place, Ninive et V Assyrie,
t. II, p. 133.
4. Place à M. Fould, Constantinople, 26 août 1855.
5. Extrait du Journal de bord du Manuel, cap. Loquay. Paris, 21 juillet
1856.
6. Extrait du Journal de bord du Manuel, loc. rit.
7. Mes'soud-bey à Place, n° 2. Bassorah, 27 mai 1855.
NAUFRAGE D'ANTIQUITÉS ASSYRIENNES DANS LE TIGRE 239
bey a pu reprendre à prix cf argent et de cadeaux au cours
de deux expéditions faites à 8 lieues de Bassorah1. Puis
un négociant de Kournah, chargé par Taylor, le consul
anglais, de racheter des Arabes ce qu'il pourrait, rapporte
1 caisse et 4 mauvaises briques que l'on fait payer fort
cher-. Ce sont donc 24 caisses d'antiquités, plus 4 briques
qui, avec des estampages d'inscriptions feront une caisse3,
le taureau et le génie, soit 27 colis ou ballots sauvés.
Clément, dans l'un de ses rapports, dit « 25 colis grands
et petits, non compris le taureau et la grande figure ».
D'après la lettre que Clément adressait de Bassorah, le
18 juillet 1855, à Achille Murât, gérant du Consulat général
à Bagdad, l'embarquement des caisses qui se trouvaient sur
les deux kéleks sauvés eut lieu le 20 juin à bord du Manuel.
L'inventaire d'embarquement du Manuel est plus
détaillé; mais, sauf pour le taureau, il ne nous fournit
presque aucun détail sur l'identité des pièces sauvées. Il
compte 28 colis, dont 2 caisses d'objets appartenant au
consul, « un poisson emballé dans une natte, V. P. n° 25,
et un clairon V. P., n° 26 ». Il y a 24 caisses d'antiquités
numérotées de 1 à 24, plus le génie qui portera le n° 79 4
et le taureau, n° 80 •'. En tout, 26 colis d'antiquités qui par-
viendront au Musée du Louvre.
Les découvertes de la mission Fresnel, à quelques briques
près, sont perdues, ainsi que de nombreux bas-reliefs de
Nimroud et de Koyoundjick; des chefs-d'œuvre, tels que
l'arc triomphal et les plinthes de briques émaillées du
palais de Sargon à Khorsabad, aucun morceau ne nous est
parvenu. Ce fut un véritable désastre pour la science et
pour nos collections nationales, un coup terrible de la for-
1. Clément, note 1, loc. cit.
2. Ibid.
3. Paris, Ministère d'État, 3 juillet 18.:>6. Muleur est autorisé a délivrer
à Dubrujeaud 3 caisses ou ballots et un fragment de pierre du taureau; une
caisse contenant 4 briques et des papiers à inscriptions cunéiformes.
■i. C'est le n" 18 du Musée assyrien du Louvre.
5. C'est le n° li du Musée assyrien du Louvre.
240 LIVRES OFFERTS
tune qui, en quelques instants, renversa l'œuvre de cet
homme qui en est réduit à implorer du ministre que Von
veuille bien lui pardonner l'espèce d'acharnement qu'il a,
durant quatre années, mis à ses fouilles '.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le fascicule du
mois de décembre 1915 des Comptes rendus des séances de l Acadé-
mie des inscriptions et belles-lettres (Paris, 1915, in-8°).
M. Omont a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur de déposer sur le bureau de l'Académie, au nom
de M. Charles Fremont, professeur à l'École nationale des Mines, un
mémoire intitulé : Origine de V horloge à poids (Paris, 1915, in-4°,
28 pages et figures).
« M. Ch. Fremont, auquel on doit de nombreuses et savantes
études sur les sciences mécaniques et leurs diverses applications, a
eu le mérite de reconnaître au feuillet 22 du célèbre album de l'ar-
chitecte français Villard de Honnecourt la plus ancienne fig-ure con-
nue du mécanisme à échappement de l'horloge à poids. Cet album
de dessins date du milieu du xme siècle, et le Journal du Trésor de
Philippe le Bel (ms. latin 9783, fol. 3 v° et 96) nous apprend que la
première horloge du Palais, à Paris, a été fabriquée un demi-siècle
plus tard par Pierre Pipelart en 1299-1300. La découverte de M. Fre-
mont a fait récemment l'objet d'une communication à l'Académie des
sciences (séance du 6 décembre 1915). Il a joint dans le présent
volume différentes études sur l'horloge de Héron d'Alexandrie et
sur les mouvements d'horloges et autres mécanismes analogues des-
sinés dans les manuscrits de Léonard de Vinci. »
1. Place à M. Fould, ministre d'État, Constantinople, 26 août 1853.
241
SÉANCE DU 12 MAI
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
Le P. Sciieil annonce que la Commission du prix Bordin
(études orientales) a décidé d'en partager également le montant
(soit 1500 francs à chacun) entre M. E. Fagnan, professeur à
l'Université d'Alger, pour sa traduction de l'ouvrage arabe de
Mawerdi intitulé : Statuts gouvernementaux, et M. l'abbé F.
Nau, professeur à l'Institut catholique de Paris, pour ses travaux
sur les Ménologes des Evangéliaires coptes-arabes et sur les
œuvres cTAmmonas.
Le Président donne lecture de la résolution suivante qui rend
publiques les décisions prises par l'Académie au sujet de la
donation Arconati-Visconti :
« Grâce à une libéralité de Madame la marquise Arconati-
Visconti, l'Académie attribuera cette année avant le 1er août un
prix exceptionnel de 3.000 francs, portant le nom de Raoul
Duseigneur, à des travaux concernant l'art et l'archéologie espa-
gnols depuis les temps les plus anciens jusqu'à la fin du
xvie siècle, aussi bien que les trésors artistiques ou archéolo-
giques de ces mêmes époques conservés dans les collections
publiques ou privées de l'Espagne.
« Les ouvrages présentés pour ce prix devront être déposés, en
double exemplaire, au Secrétariat de l'Institut, avant le 15 juin
1916. Ils devront avoir été publiés dans le courant des six der-
nières années. »
M. Homoli.e continue sa communication sur l'origine des
caryatides.
M. J.-B. Chabot commente quelques inscriptions puniques
trouvées en Algérie depuis longtemps et pour lesquelles aucune
explication satisfaisante n'avait été proposée jusqu'à ce jour '.
1. Voir ci-après.
242 INSCRIPTIONS PUNIQUES ET LATINE d' ALGÉRIE
MM. Salomon Reinacii et Cuïrmont-Ganneau présentent
quelques observations.
COMMUNICATION
SLR DEUX INSCRIPTIONS PUNIQUES
ET UNE INSCRIPTION LATINE d'aLGÉRIE,
PAR M. J.-B. CHABOT.
I
En 1876, le propriétaire d'un terrain situé aux portes de
Constantine, sur la petite colline appelée el-Hofra, entre
le Rumel et la route de Sétif, fit exécuter des travaux pour
la plantation d'une vigne. Les ouvriers mirent au jour un
certain nombre de stèles puniques portant des symboles et
des inscriptions. Ces monuments furent recueillis avec
beaucoup de zèle par un pharmacien italien, depuis long-
temps établi à Constantine, Lazare Costa. Cet amateur
réussit ainsi à constituer une fort belle collection qui com-
prenait environ 120 stèles. Il mourut l'année suivante, et la
collection fut achetée parle Louvre.
La majeure partie des monuments qui la composent est
encore inédite. Le Dr V. Reboud, dans une notice consacrée
à la mémoire de Costa *, a donné le fac-similé -de 35 stèles,
qui furent interprétées avec plus ou moins desuccès, par
M. Abel Cohen, grand-rabbin d'Alger 2. M. Ph. Berger a con-
sacré à l'ensemble de la collection une étude3 dans laquelle
1. Quelques mots sur les stèles néopuniques découvertes par Lazare
Costa, dans le Recueil des notices et mémoires île la Société archéologique
de Constantine, t. XVIII (1877), p. 134 et suiv.
2. Inscriptions puniques et néopuniques de Constantine (el-Hofra);
même recueil, t. XIX, p. 2J2 et suiv.
3. Dans les Actes du XIe congrès des Orientalistes (Paris, 1897), IV° sec-
tion, p. 273-274.
INSCRIPTIONS PUNIQUES ET LATINE D'ALGÉRIE 243
il a fait ressortir le caractère particulier de ces monuments,
et fixé la place qu'ils occupent dans l'épigraphie phéni-
cienne ; ces stèles marquent la transition entre les inscrip-
tions puniques et les inscriptions franchement néo-puniques.
Quelques stèles recueillies par Costa ont été distraites
de sa collection avant qu'elle n'entrât au Louvre. On ignore
ce qu'elles sont devenues. Lune d'elles, retrouvée depuis
une dizaine d'années, est maintenant au Musée de Cons-
tantine. C'est celle dont je veux tenter l'interprétation. Elle
est brisée en haut et en bas, mais l'inscription est demeu-
rée intacte. Au-dessous de l'inscription se trouve une figure
composée de huit petites cavités disposées sur deux rangs
séparés par une fossette rectangulaire. Des représentations
analogues se sont déjà rencontrées sur d'autres stèles
puniques 1. On les regarde comme des tahulae lusoriae.
Cette stèle incomplète a été reproduite par le D1' Reboud,
dans la notice dont j'ai parlé, sous le n° 11. M. Hinglais,
qui a signalé la présence de la stèle au Musée de Constan-
tine, dans le Bulletin archéologique 2, dit que la reproduc-
tion de Reboud n'est pas exacte, attendu que la pierre ne
porte qu'une seule rangée de quatre trous. Cette critique
n'est pas fondée. S'il n'y a plus actuellement que quatre
trous, cela prouve que la pierre a été endommagée depuis
l'époque où elle était en la possession de Costa ; car un
estampage envoyé par ce dernier à la Commission du
Corpus, au moment même de la découverte, montre que
l'aspect extérieur a été très fidèlement reproduit dans la
gravure.
L'inscription, placée dans un cartouche rectangulaire,
comprend cinq lignes d'écriture. Elle est divisée en deux
parties; la séparation est marquée par un alinéa, de cette
manière :
1. Voir les planches correspondant aux n°* i .'ï S et 2.Î77 du C. /. S., 1" partie:
2. Bull. arch. du Comité des Travaux historiques, 1906, p. ccv. — ltép.
d'épigr. sém., n° 685.
244 INSCRIPTIONS PUNIQUES ET LATINE l/.\LGÉRlK
•h: btn n~: ]- SjnS naS
k: vin» p mntirsna
Djma z^ei^z rarûl
La première partie, constituée par les trois lignes supé-
rieures, forme un tout par elle-même. C'est un ex-voto
conçu sur le môme cliché que la plupart des autres inscrip-
tions de Constantine :
Au seigneur Baal-Hammon, vœu qu'a voué BodaUart,
fils de Benhodés ; parce qu'il a entendu sa voix, il l'a béni.
Il faut remarquer que le lapicide a commis deux fautes
en gravant ce texte : 1° il a écrit ]~ au lieu de ] -~ ; et il
semble avoir voulu se corriger en ajoutant un petit D au-
dessous du n, entre les lignes '. 2° Au début de la 3e ligne,
il a omis le w de NOW et l'a ensuite ajouté en marge.
Le seconde partie du texte contient une formule tout à
fait insolite dans l'épigraphie phénicienne, dont je ne puis
donner une explication complètement satisfaisante, à cause
du doute qui subsiste dans la lecture du dernier mot.
Cette formule se traduit littéralement : Et scripsi msprm
quadraginta et très Le dernier mot, d'une lecture
douteuse, est vraisemblablement un adverbe, modifiant le
verbe scripsi. Que signifie le mot msprm? C'est un sub-
stantif masculin, au pluriel, à l'état absolu, complément
direct du verbe, et désignant les 43 choses qui ont été
écrites. Or, si on compte les lettres qui forment la première
partie de l'inscription, en ne tenant pas compte des deux
signes surajoutés, on trouve que ces lettres sont précisé-
ment au nombre de 13. La première idée qui se présente
est donc de traduire : j'ai écrit 43 lettres ; l'auteur aurait
en vue la première partie de l'inscription, et l'adverbe qui
termine la phrase préciserait la manière dont ces 43 lettres
1. A la vérité, le >3 el le "J sont si peu différents qu'f>n pourrait aussi
bien dire qu'il avait écrit Q|"j, et a sousajouté le T ; de toute façon, on voit
clairement qu'il avait omis une lettre.
INSCRIPTIONS PUNIQUES ET LATINE d'aLGÉRIE 245
ont été gravées, par exemple : « J'ai gravé exactement, ou
soigneusement... »; peut-être contient-il une allusion indi-
recte aux deux lettres omises ; le sens serait alors quelque
chose comme : « J'ai écrit 43 lettres seulement. »
Cette interprétation ne va pas sans difficulté. Le mot
□ISpO est évidemment dérivé du verbe "I3D, qui signifie
écrire et graver; l'interprétation ne serait donc pas con-
traire à l'étymoloffie. Mais dans tous les dialectes ara-
méens le mot signifiant proprement une lettre de l'alpha-
bet est ndn^ signum; et l'hébreu biblique connaît le même
mot sous la forme nÏN, que la Septante traduit correcte-
ment par (rrçp.Etov. Il y a donc quelque vraisemblance pour
que dans les dialectes cananéens (hébreu et phénicien) le
même mot rVlN ait désigné les lettres de l'alphabet. Toute-
fois cette objection n'a qu'une portée restreinte ; car dans
aucun passage de la Bible, il n'est question d'une lettre
considérée expressément comme élément de l'alphabet.
Une seconde difficulté, qui m'a été signalée par M. Cler-
mont-Ganneau, vient de l'emploi du mot TSD13 dans l'usage
biblique. Il n'est employé qu'une seule fois au pluriel (à
l'état construit) avec le sens de nombre (I Chron., xn,
23); il est fréquemment usité au singulier, également avec
le sens de nombre et quelquefois avec le sens de narra-
tion. Faudrait-il, en s'appuyant sur cet usage, et en admet-
tant une irrégularité grammaticale, traduire : « J'ai écrit le
nombre de quarante-trois »? Dans cette hypothèse, le
mot final devrait être un substantif au pluriel; or sa forme
extérieure n'est guère favorable à cette supposition.
Si on regarde T\~r.z non pas comme le verbe à la pre-
mière personne, mais comme le substantif ^ZT2, signifiant
en hébreu script urn, scriptura, et qui se rencontre en punique
avec ce sens dans le Tarif des sacrifices de Marseille
[C. I. S., 1, 165), la difficulté est encore plus grande, car il
n y aurait alors aucun verbe dans la phrase.
Le dernier mot pourrait nous mettre sur la voie de la
246 INSCRIPTIONS PUNIQUES ET LATINE D'ALGÉRIE
solution ; malheureusement, la lecture en est très douteuse.
11 comprend quatre lettres; je crois lire i^N, ou "HiN ; mais
les deux 1 sont seuls certains. La racine hébraïque VU a le
sens de « manquer, faire défaut » ; on ne voit pas très bien
comment rattacher ce sens à ce qui précède. J'ai songé à
voir dans iTi le substantif "P « main » avec le suffixe de
la lr0 pers. Le sens aurait été : Tai écrit 43 msprm de ma
main', l'auteur aurait voulu indiquer qu'il était à la fois le
dédicant et le graveur. Pour arriver à ce sens, il faut
prendre la première lettre pour un 2, et son aspect n'est
pas favorable à cette lecture. Et quel besoin y avait-il alors
d'exprimer le nombre des lettres gravées ? Malgré les
obscurités qui subsistent dans l'interprétation du texte, j'ai
cru utile d'appeler sur lui l'attention, avec l'espoir qu'un
philologue plus habile parviendra à les dissiper.
II
Le jardin public de Guelma est orné de quelques stèles
puniques recueillies dans cette localité ou provenant de la
nécropole antique située à quelques kilomètres, au lieu
appelé Aïn Nechma. Parmi ces monuments, il y en a six qui
portent des inscriptions. Une de ces inscriptions a été
publiée dans le Bulletin archéologique de 1803 (p. 71),
d'après un estampage communiqué par M. Boutroue ; mais
cet estampage très imparfait ne permettait pas de lire le
texte en entier, et les conjectures faites pour suppléer les
lacunes ne furent point heureuses. M. Joseph Letaille avait
envoyé à la Commission du Corpus, dès 1888, un estampage
excellent a l'aide duquel on peut déchiffrer l'in.,cription à
peu près intégralement. Enfin, une lettre du Dr V. Reboud,
accompagnée aussi d'un estampage, nous apprend que la
stèle fut découverte en 1874.
Voici la lecture que je crois pouvoir proposer d'après ces
documents :
INSCRIPTIONS PUNIQUES ET LATINE d' ALGÉRIE 247
n:t2 T px Lapis iste ercctus est
-y p yvsrssh -(o Abdkasar filio lA-
-S M'a VOQJtm bdesmunis. Erexerunt e-
WW1 jntwroy N i 'Abdesmun, et 'Aris(us?)
-INI njnïWl et Éâdbarât, et 'Ari-
Diî. KO. W sus, filii cjus
A la 1. 2, le nom "ItWTHy est certain. Je le retrouve d'ail-
leurs dans une autre inscription découverte jadis à Guelma
par Delamarre (néop. $0), et dont il existe un moulage au
cabinet du Corpus. Le sens est « serviteur de "NttD ». Nous
ignorons la vocalisation exacte du second élément, consti-
tué par un nom divin, d'origine numide plutôt que phéni-
cienne (Kasar, Kisar, KesarTj. Les noms propres d'homme
WDJnn, dans une inscription conservée au Bardo (C /. S.,
I, 3261), et "WO, dans des inscriptions de Carthage (C. /. S.,
I, 336, 589, 2150), se présentent sous une forme voisine de
i,V}212'J. Il est assez singulier que l'élément théophore du
nom "liffOJna se trouve à l'état isolé comme nom propre
d'homme. On doit sans doute le considérer comme abrégé
d'un nom où il occupait la première place (par ex. ]rTnti?iD) ;
la vocalisation était probablement modifiée, et comportait
une voyelle finale ; comp. le n. pr. msc. "nVl. — Le 3. de p
avait d'abord été omis, semble-t-il. Il se présente ici sous
la forme d'une petite virgule (comme dans beaucoup
d'autres textes néopuniques), mais partout ailleurs dans
notre inscription il conserve la forme la plus ample.
L. 4. L'aîné des enfants porte, selon l'usage, le nom de son
grand-père, "ja^NTX?. Le second nom est écrit QHN ; et c'est
également le nom du quatrième fils. Cette répétition paraît
surprenante. En y regardant de près, je crois distinguer à
la marge de la 5e ligne un signe confus qui pourrait être un
D ; et alors le nom du second des fils serait à lire D^tX-
On connaît un certain nombre de noms phéniciens qui
se présentent ainsi sous trois formes masculines très voi-
sines l'une de l'autre; tels sont :
248 INSCRIPTIONS PUNIQUES ET LATINE D'ALGÉRIE
unx (C. I. S.,I, 193, 196, etc.) — féminin : rTCHN (228, 307)-.
nupn (354,910, 1025, etc.)
Dttnw (249,258, 317, etc.)
*pv (194, 1467, etc.) — féminin : nS3TC/ (2051)
NS3TC7 (969)
QSxrc (1523, 3176)
Up (366, 1428, etc.) 11337 (178, 239, etc.)
N-Jp (672) K-Û33T (395)
DUp (1 101) D12D5? (236. 600, etc.)
p:m (569, 1380, 3091) n:3 (417, 2070, etc.)
Npivr (981, 2717) NttttD (2668)
Dpa-n (423, 632, etc.) arc» (2247, 2555)
Pour d'autres, on n'a rencontré jusqu'ici que deux de ces
formes ; il est à prévoir que la troisième apparaîtra quelque
jour. Ainsi :
n-2 (230, 288, etc.) ttWia (405, 622, etc.)
mi(515) awna (673, 1328, etc.)
Le nom du troisième fils, nïTDIÎfttf, ne figure pas dans les
listes publiées jusqu'ici; mais j'en ai trouvé au moins trois
exemples certains dans des inscriptions inédites ou inexpli-
quées. C'est probablement un nom numide, dont il n'y a
pas lieu de chercher l'étymologie dans le lexique phénicien.
Le dernier mot de l'inscription se compose de 4 ou 5
lettres ; les deux dernières C sont sûres, mais les signes
qui précèdent sont fort confus. J'ai cru un moment pouvoir
lire DiJN, ou DWD, ce qui aurait donné un participe au
pluriel signifiant lugentes, afflicti. Mais, tout bien consi-
déré, il paraît plus probable que les traits placés avant le
1 constituent les trois éléments distincts d'un n ; il faudrait
donc lire OTt ou Dirn. L'expression serait naturelle s'il
s'agissait du défunt ; elle répondrait au latin vivus sibi fecil.
Elle l'est moins, si l'on veut dire que les quatre fils ont fait
INSCRIPTIONS PUNIQUES ET LATINE d'aLGÉRIE 249
faire le tombeau ' de leur père « de son vivant » ; elle
deviendrait puérile si l'on traduisait « de leur vivant ».
Peut-on interpréter « ses fils vivants », c'ëst-à-dire les
quatre survivants d'une famille plus nombreuse? Une telle
formule est en dehors des habitudes de l'épigraphie punique.
Espérons qu'un exemple plus explicite viendra nous éclairer
sur le sens exact de cette locution.
III
A l'estampage de l'inscription dont nous venons de par-
ler le Dr V. Reboud avait joint celui d'une inscription
latine provenant de la Cheffia.
Ce texte a été publié par Reboud lui-même dans les
Comptes rendus de la Société de numismatique, 1870, II,
p. 353. De là il est passé dans le Corpus inscriptionum
latinorum, VIII, 5211.
Presque en même temps, le général Faidherbe donnait
l'inscription, d'après une copie du capitaine Rouvière, à la
suite de sa Collection complète des inscriptions libi/ques
(Lille, 1870), pi. 5. La copie fut aussi communiquée à Léon
Renier. Après la mort du savant épigraphiste, elle fut
retrouvée dans ses papiers et publiée, avec les autres
inscriptions de Tunisie, dans le Bulletin archéologique de
1887 (p. 109, n° 376), par les soins de M. Cagnat, qui en tira
un meilleur parti que ses devanciers. Du Bulletin, elle
passa dans le Supplément au Corpus sous le n° 17392. Ces
copies, trop imparfaites, ont été lues ainsi :
n° 5211 d-m-s-avla n° 17392 d-m-s-ayla
PADAVICEMVS PAOAVICE..V
MEDICVS/ / / MIDAAVX . .
PIVS-VIXIT VL PIVSVIX I I I
////////////
1. La « pierre >> pouvait faire partie d'un véritable tombeau : il n'est pas
nécessaire de croire que le monument consistait en une simple pierre
tombale.
2oll LIVRES OFFERTS
L'estampage donne la lecture suivante :
D-M-SAV- '
SADAVIS-F-NV
MIDA MISIC
PIVS-VIX-AN LrX]
A la 1. 1, il semble impossible de lire AVLA ; après le V
il y a deux caractères peu distincts, dont le premier paraît
être un C, et la place pour un troisième dont on ne voit
pas trace sur l'estampage, mal venu en cet endroit.
A la 1. 2, l'aspect du V de Sadavis n'est pas entièrement
satisfaisant ; mais c'est la lecture la plus vraisemblable.
L. 3. Après Numida, qui est sûr, on voit assez distinc-
tement les 5 premières lettres du mot MISIC I RI . Misiciri
serait, le nom de la tribu à laquelle appartenait le défunt.
La manière dont nous complétons ce mot est appuyée sur
la comparaison de deux épitaphes provenant de la même
nécropole, qui mentionnent un trihunus Misiciri (VIII,
5217, 5218). Ce nom répond fort exactement, du moins en
apparence, au mot libvque =0£XD. qui se lit sur la plu-
part des épitaphes numides recueillies au même endroit
(Reboud, n°*7, 14, 221, 230, etc.).
L. i. Le second chiffre n'est pas très net sur l'estampage.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel présente à L'Académie un nouveau
volume du Recueil des Historiens de France consacré aux Pouillés
de la province de Trêves, par Auguste Longnon et l'abbé Victor
Carrière : les événements présents donnent un air d'actualité à ce
volume qui renferme les documents intéressant les trois évêchés,
Toul, Verdun et Metz, et parce que M. l'abbé Carrière est mobilisé.
M. Camille Jullian présente, au nom de l'auteur, M. Pierre
LIVRES OFFERTS 2î)l
Duhem, membre de l'Académie des sciences, professeur à l'Université
de Bordeaux le 4e volume de son ouvrage intitulé : Le système du
monde; histoire des doctrines cosmologiques de Platon à Copernic
(Paris, 1916, in-4°).
M. Collignox dépose sur le bureau de l'Académie le second fasci-
cule du tome XX des Monuments et Mémoires de la fondation Piot :
« Ce fascicule contient les Tables des vingt premiers volumes
dressées par M. Léon Dorez. Dans l'avertissement, l'auteur a indi-
qué la méthode qu'il a suivie, en se limitant à deux tables, la pre-
mière, alphabétique, comprenant les noms et les matières, la seconde
donnant la liste des illustrations. Il suffit de parcourir ce fascicule
pour se rendre compte du travail accompli par M. Léon Dorez avec
autant de zèle que de dévouement. L'Académie s'associera certaine-
ment aux très vifs remerciements que je lui adresse au nom de la
Commission Piot, en le félicitant d'avoir mené à bonne fin, au prix
de longs efforts, un travail si méritoire, dont il est aisé de mesurer
l'étendue. Grâce à ses soins, les vingt premières années des Monu-
ments et Mémoires reçoivent un complément indispensable. Ces
Tables permettent de prendre une idée exacte des monuments et des
articles publiés jusqu'à ce jour sous la direction de notre regretté
Secrétaire perpétuel Georges Perrot et de notre confrère M. de Las-
teyrie. »
M. le comte Durrieu a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, de la part de l'auteur,
M. Henry Martin, administrateur de la Bibliothèque de l'Arsenal, une
publication intitulée : La, guerre au XVe siècle (Paris, II. Laurens
éditeur, in-4°). J'ai déjà eu l'occasion de dire devant vous en quelle
particulière estime il faut tenir les travaux consacrés par M. Henry
Martin aux miniaturistes du moyen âge et à leurs œuvres. Mettant à
profit une science très sûre et étendue, vivant en contact permanent
avec les précieux manuscrits de la Bibliothèque de l'Arsenal aux-
quels il a consacré sa vie, il fait preuve en outre, dans ses travaux,
d'excellents principes de méthode et d'une prudence raisonnée qui
attachent un caractère très scientifique à toutes ses productions. Mais,
en même temps, c'est un esprit ingénieux qui sait mettre en relief
les côtés curieux et pittoresques des créations de nos vieux peintres
miniaturistes. En ce moment où la préoccupation de la guerre
domine toutes les autres pensées, il a eu l'idée de montrer, en
reproduisant une suite de trente miniatures choisies avec beau-
coup de discernement, comment nos aïeux se battaient au xv° siècle.
Prenant les opérations dès le début de ce que nous appellerions
2')2 LIVRES OFFERTS
aujourd'hui La « mobilisation », il les suit ;'i travers toutes les phases
de la lutte jusqu'au moment où le roi de France rentre enfin victo-
rieux, ramenant triomphantes les bannières de la Patrie. Un texte
écrit sobrement, mais inspiré des meilleures données archéologiques,
accompagne les images. Le tout forme un ensemble très vivant d'as-
pect, qui instruira et intéressera certainement beaucoup le grand
publie, et que j'ai plaisir a signaler également à L'attention des éru-
dits. »
M. Héron de Villefosse offre à l'Académie, au nom de l'auteur
M. le 1>' V. Leblond, président de la Société académique de l'Oise,
un travail intitulé : La topographie romaine île Beauvais et son
enceinte au IVe siècle (extr. du Bulletin archéologique, 1915) :
« Jusqu'à ce jour, les antiquités romaines de Beauvais avaient été
étudiées isolément. M. le l)r Leblond a le mérite d'en reprendre
sérieusement l'examen, en tenant compte de toutes les trouvailles
connues : il nous présente un tableau d'ensemble formant en quelque
sorte l'esquisse d'une histoire de la formation et du développement
de la ville romaine. Les Bellovaques dépendaient de la province de
Belgique; les nombreuses routes qui traversaient leur territoire
mettaient leur capitale en communication avec les chefs-lieux des
peuples voisins, Amiens, Beim£, Senlis, Paris, Bouen, etc. La décou-
verte du balnéaire de Saint-Etienne, faite à Beauvais, il y a quelques
années, a ravivé dans cette ville le goût des recherches archéolo-
giques et ramené l'attention sur le tracé de 1 enceinte romaine dont
les vestiges ont été relevés avec plus de soin.
k M. le D1 V. Leblond a eu la bonne fortune d'acquérir en janvier
1914 les notes manuscrites relatives au Beauvaisis qui faisaient
partie de la collection du comte de Troussures. Dans cette précieuse
mine de renseignements, notamment dans les papiers du chanoine
Léonor Foy 1624-1700), abbé de Saint-Ililaire, il a trouvé des docu-
ments d'un grand intérêt. Le plan du temple du mont Capron,
imparfaitement connu jusqu'ici, en est extrait, ainsi que les détails
précis sur les découvertes qui furent faites sur ce point au
xvne siècle. Au commencement du ive siècle, les habitants de Beau-
vais reconstruisirent leur cité sur un périmètre restreint, dans la
portion occidentale de la première ville romaine, et l'entourèrent de
nouveaux remparts à la base desquels ils placèrent à la hâte,
comme on le fit dans les autres villes de la Gaule, les gros blocs
taillés et sculptés provenant des édifices détruits par les Barbares.
Cette nouvelle enceinte avait la forme d'un quadrilatère à peu près
régulier dont chaque angle était défendu par une tour carrée; dans
SÉANCE DU 19 MAI 1916 253
les intervalles, tous les 20 ou 22 mètres, des Eours rondes mesurant
3m50 de diamètre, débordaient de 2 mètres le profil de la muraille.
Le plan dressé par le chanoine Foy de Samt-Hilaire en montre net-
tement l'emplacement et les dispositions. »
M. Héron de Villefosse dépose ensuite sur le bureau, en son
nom et au nom de M. Etienne Michon, conservateur-adjoint au Musée
du Louvre, quinze fascicules intitulés : Musée du Louvre. Départe-
ment des antiquités grecques et romaines. Acquisitions et dons, not II,
IV à XVII, 1898, 1900 à 1913 (extr. du Bulletin de la Société natio-
nale des Antiquaires de France).
Ces fascicules renferment la description, année par année, de
tous les objets entrés au département des antiquités grecques et
romaines soit par suite d'acquisitions, soit par suite de dons. On y
trouve quelques images et, pour chaque année, des listes de dona-
teurs et de provenances.
SÉANCE DU 19 MAI
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
Le Secrétaire perpétuel lit une lettre de M. le Dr Carton,
correspondant de l'Académie, annonçant que le Gouvernement
français vient de lui retirer les prisonniers allemands employés
aux fouilles de Bulla Regia pour les envoyer en France où ils
seront employés aux travaux agricoles ; il les a remplacés par
une équipe d'indigènes.
M. Eude, en réponse à la lettre de M. Mirot, lue dans la pré-
cédente séance, adresse au Secrétaire perpétuel la lettre suivante :
Paris, 17 mai 1916.
Monsieur le Secrétaire perpétuel,
J'apprends aujourd'hui seulement, et d'une manière assez va^ur,
qu'il a été écrit à l'Académie des inscriptions une lettre contredi-
sant la communication que j'ai eu l'honneur de l'aire devant cette
Académie, au sujet de l'ancien hôtel de Vaucouleur à Paris.
1916 n
254 SÉANCE DU 19 MAI 1916
J'accepte la contradiction avec facilité, même avec gratitude, lors-
qu'il est démontré que j'ai tort. Mais esl-ce bien le cas ici? Qu'il
existe plusieurs Vaucouleur en France, personne ne l'ignore; mais
cela n'importe pas dans la question. Ce qu'il convient d'expliquer,
c'est la phrase qui fait la base de ma communication et qui figure,
notée d'une écriture du xvne siècle, dans les marges des Annales
d'Aquitaine, sous un croquis aux armes des Du Lys, c'est-à-dire de
Jeanne d'Arc : « Et en l'an 1616, telles armes furent trouvées sui-
te une vitre d'une vieille salle basse ou cuisine d'une maison en la
« rue des Poulies, appelée communément l'hostel de Cypierrc, et
<( jadis l'hostel de Vaucouleur, à cause que c'estoit la maison et
« hostel de ladite Pucelle, qui estoit de Vaucouleur. »
Je crains que mon honorable contradicteur, ne connaissant ma
communication que par le résumé de quelques lignes qu'en ont
donné les journaux, n'en ait pas bien saisi le sens et la portée.
Il a (me dit-on) établi, par des documents provenant des Archives
nationales, que l'hôtel de la rue des Poulies avait été la propriété
d'une famille bretonne, du nom de Vaucouleur. Rien ne me déplaît
dans cette nouvelle, qui comble une lacune de Berty ; mais cela
rend-il compte de ce fait qu'au début du xvne siècle les armes des
Du Lys, c'est-à-dire de Jeanne d'Arc, existaient sur certaine verrière
dudit hôtel? — Mon explication me paraît donc rester entière.
Je dirai plus : dans la lettre qui m'est signalée et dont j'ignore
l'exact contenu, loin de trouver le renversement des idées que j'ai
présentées, je trouve au contraire la confirmation directe de mon
hypothèse. J'ai cru pouvoir avancer que la dame des Armoises aurait
été, lors de son arrivée à Paris, accueillie par une riche famille de
la capitale : la famille bretonne des Vaucouleur était toute indiquée
pour ce rôle. Se rattacher à la Pucelle, à la guerrière qui se procla-
mait la Pucelle, aura semblé la chose la plus honorable pour cette
famille, en raison de son propre nom ; est-ce que le frère de Jeanne
d'Arc ne s'était pas rattaché lui-même à la dame des Armoise^ '.'
Rien ne s'oppose à ce qu'une famille bretonne « de Vaucouleur »
en ait fait autant; et comme preuve d'une origine commune, d'une
parenté glorieuse, elle aura vraisemblablement emprunté le blason
des Du Lys, qui figurait encore en 1616 sur la vieille vitre de la rue
des Poulies.
Je vous serai très obligé, Monsieur le Secrétaire perpétuel, de vou-
loir bien me faire tenir une copie de la lettre sus-visée, afin que je
puisse répondre en pleine connaissance de cause ; car jusqu'ici, ne
sachant que très imparfaitement ce qu'elle contient, il m'est assez
difficile de me défendre.
séance du 26 mai 1916 255
M. Théodore Reinach communique une épigramme grecque
inédite qui a figuré il y a quelques années dans une vente d'an-
tiquités. Elle est adressée à une poétesse ou musicienne, qualifiée
de Sirène, qui a mis en scène une pièce ou un ballet où figu-
raient des sirènes.
M. Camille Jullian lit une lettre de M. De Pachtere annonçant
que dans une des tranchées de Salonique a été découvert le
couvercle d'un sarcophage d'époque romaine.
Le Président annonce que la Commission du prix Barbier
Muret a arrêté avant la séance les décisions qu'elle remettra
à ses commissaires pour être présentées à la Commission
Debrousse et par celle-ci, s'il y a lieu, à l'Institut réuni en séance
plénière.
Il rappelle en même temps qu'un mois s'est écoulé depuis la
perte cruelle que l'Académie a faite en la personne de M. Barth.
Il consulte l'Académie pour savoir s'il y a lieu de procéder au
remplacement de notre regretté confrère. — L'Académie décide
de remettre l'élection à six mois.
L'Académie propose pour le concours du Prix ordinaire du
budget à décerner en 1919 le sujet suivant : Les institutions
militaires en France, de la mort de Louis XI à la fin des
guerres d'Italie [1559).
Dépôt des Mémoires au Secrétariat de l'Institut avant le
1er janvier 1919.
SEANCE DU 26 MAI
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
Le Secrétaire perpétuel donne lecture de la correspondance
qui comprend : 1° une lettre de M. l'abbé Nau remerciant l'Aca-
démie pour l'attribution, à lui faite, d'une part du prix Bordin
(Orient); — 2° une lettre par laquelle M. le Gouverneur général
236 LIVRES OFFERTS
de l'Indo-Chine annonce à l'Académie son intention de créer
dans ce pays un dépôt d'Archives générales et la prie de réserver
une des bourses de pensionnaire actuellement vacantes à l'Ecole
française d'Extrême-Orient à un candidat possédant le diplôme
d'archiviste paléographe ; — cette lettre est renvoyée à la Com-
mission de l'Ecole d'Extrême-Orient ; — 3° une lettre de notre
confrère M. Marcel Dieulafoy, nous annonçant la mort de sa
femme, MmeJane Dieulafoy.
Le Président exprime le sentiment de compassion profonde que
cette perte douloureuse excite dans l'Académie et, en quelques
mots émus, assure notre confrère de toute notre sympathie.
M. Homolle termine la lecture de son mémoire sur l'origine
des caryatides.
M. Collignon présente quelques observations.
L'Académie choisit pour faire partie de la Commission du prix
Thorlet MM. Collignon, Prou, Cordier et Dlrrieu.
LIVRES OFFERTS
M. le comte Durrieu a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, de la part de Madame Joseph
Delaville Le Roulx, un livre posthume de son mari, intitulé : Les
Hospitaliers à Rhodes jusqu'à la mort de Philibert de Naillac. 1.310-
1 121 (Paris, grand in-8° de 425 pages). Le très regretté Joseph
Delaville Le Roulx corrigeait les épreuves de ce volume quand le
trépas est venu subitement l'enlever. Il n'a pas pu y apporter cette
ultime révision à laquelle il s'était adonné avec tant de soins pour
ses précédentes publications et que, seul, peut pousser à sa pleine
perfection l'auteur lui-même, profondément familiarisé avec son
sujet. Mais l'œuvre, heureusement, se dressait déjà dans toute son
intégrité. Notre illustre confrère, M. le marquis de Vogué, a bien
voulu écrire pour ce volume une préface qui en signale l'importance
et l'intérêt. De cette préface, il ressort que la période de l'histoire de
l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (devenu plus
LIVRES OFFERTS 257
tard l'Ordre de Malte) qui est embrassée dans le livre est non seule-
ment la période la plus brillante de l'histoire de l'Ordre, mais aussi
la période « la plus française »; et M. le marquis de Vogué constate
que nombre de nos compatriotes « revivent, comme il le dit très
justement, dans le récit fortement documenté de Joseph Delaville
Le Roulx ».
<( Cet ouvrage est la suite d'un autre volume, paru en 1904, sur Les
Hospitaliers en Terre Sainte et à Chypre, qui, réuni au monumental
Cartulaire général des Hospitaliers du même auteur, fit décerner à
Joseph Delaville Le Roulx par notre Académie le premier prix
Gobert. En le parcourant, on comprend encore plus la perte qu'a
faite l'érudition française par la disparition prématurée de ce savant
qui, après avoir déjà tant travaillé pour l'histoire de l'Orient latin,
se proposait de continuer à utiliser encore dans des publications suc-
cessives le vaste ensemble de matériaux scientifiques réuni par lui
avec une inlassable activité. »
COMPTES RENDUS DES SÉANCES
DE
L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES- LETTRES
PENDANT L'ANNÉE 1916
PRÉSIDENCE DE M. MAURICE CROISET
SÉANCE DU 2 JUIN
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
La correspondance comprend deux lettres : l'une, de
M. Fagnan, remerciant l'Académie de lui avoir décerné une part
du prix Bordin (Orient) — ; l'autre, de M. Clouzot, la remerciant
de lui avoir accordé une subvention de mille francs pour com-
pléter ses recherches dans les bibliothèques de Suisse.
M. Cagnat communique, de la part de M. Merlin, le texte
d'une inscription trouvée dans les fouilles de l'ancienne ville de
Thuburbo Majus en Tunisie. Elle mentionne les purifications
auxquelles devaient se soumettre les fidèles d'Esculape avant de
pénétrer dans son temple (abstinence de certains mets, non fré-
quentation des bains publics, etc.). Ce document est unique jus-
qu'à présent parmi les inscriptions latines1.
M. Héron de Villefosse présente, de la part du lieutenant
Louis Châtelain, actuellement au Maroc, fils de notre confrère,
la photographie d'un monument intéressant, découvert au com-
mencement de l'année 1916 dans les ruines de la ville romaine
1 . Voir ci-après.
260
SÉANCE DU 2 JUIN 1916
de Volubilis. Il a été trouvé en déblayant l'une des pièces d'un
édifice situé au Sud-Ouest de Tare de triomphe.
C'est un chien en bronze, creux, recouvert d'une belle patine
et de dimensions assez considérables puisqu'il mesure 0m63 de
longueur; sa hauteur atteint 0 "' "25 au garrot et 0m 315 à l'at-
tache des reins. Cette différence de hauteur s'explique par son
attitude. Il est, en effet, représenté dans la position du « chien
aboyant au ferme », le cou tendu, la tête portée en avant, la
gueule ouverte, les oreilles rabattues ^en arrière, les pattes de
Chien en bronze découvert dans les ruines de Volubilis (Maroc).
devant allongées et raidies par suite d'un brusque arrêt, ce qui
amène forcément l'abaissement de son avant-train. Le mouve-
ment est remarquable et bien rendu. L'animal à poil ras est
maigre ; ses côtes apparaissent sous la peau ; la queue est courte,
mince et relevée en trompette; il porte un collier au cou. C'est
un chien courant d'Afrique du genre sloughi.
Le bronze a subi quelques petits dommages : du côté droit de
la mâchoire deux grosses dents ont disparu et le pied postérieur
gauche manque; l'animal a également perdu l'œil gauche. Au
moment de la découverte, il paraissait privé d'une bonne partie
SÉANCE DU 2 JUIN 1916 261
de sa queue, ce qui lui donnait un air assez pitoyable. Heureuse-
ment le morceau manquant, qui était un morceau rapporté, fut
retrouvé dans le corps du chien; et on le remit facilement en
place.
Le lieutenant Châtelain, qui m'a transmis ces détails, ajoute
que ce bronze important restera à Volubilis et qu'il y sera con-
servé dans un musée en voie de formation.
Vers 1896, on a découvert dans le département de la Charente,
aux environs de Luxé, un chien aux longs poils soyeux, assis
sur son train de derrière et haut seulement de 0.11. Sa fabrica-
tion paraît être analogue à celle du chien de Volubilis. Le corps
de Tanimal a été finement modelé dans une feuille de bronze
très mince ; ses pattes de devant, qui battaient dans le vide en
faisant saillie, avaient été rapportées comme la queue du chien
de Volubilis; elles se sont détachées et on n'a pas eu la chance
de les retrouver. Leur place reste indiquée par deux trous
(G. Chauvet, Revue archéoL, 1901, I, p. 281, fig\ 12 et 13).
M. le comte Durrieu, au nom de la Commission du Prix
Fould, annonce que la Commission a décerné :
Un prix de 3.000 francs à la Société française de reproductions
de manuscrits à peintures, pour l'ensemble de ses publications ;
Une récompense de 1.500 francs à M. de Mély pour son livre
intitulé : Les primitifs et leurs signatures. Les miniaturistes ;
Une récompense de 500 francs à M. Pierre Gusman pour son
livre sur La gravure sur bois et d'épargne sur métal.
M. Cuq fait une communication sur une inscription latine,
récemment découverte à Volubilis par le lieutenant Châtelain
et dont le texte a été publié dans les Comptes rendus de 1915,
p. 396. Il en signale l'intérêt au point de vue de l'histoire du
droit public romain.
Claude accorde divers privilèges à un municipe dont la popu-
lation avait été décimée par la guerre. Pour combler les vides
faits dans les rangs des citoyens, il promet aux indigènes qui
viendront s'établir sur son territoire le droit de cité romaine
et le conubium avec les femmes pérégrines afin que les enfants
naissent citoyens romains; il leur assure en outre l'immunité
des charges municipales pendant dix ans. Par compensation, il
262 INSCRIPTION DÉCOUVERTE A THUBUBBO MAJUS
accorde aux citoyens qui, pendant ce temps, supporteront seuls
ces charges, le droit de recueillir les biens de leurs concitoyens
tués à l'ennemi sans laisser d'héritier. C'est une dérogation à la
loi d'Auguste qui attribue les successions vacantes au Trésor
public.
Claude avait-il le droit de modifier la loi, ou bien le fisc
impérial était-il déjà substitué au Trésor public? M. Cuq établit
que, dans les provinces sénatoriales, la substitution du fisc au
Trésor a été réalisée, à partir d'Hadrien, par une série de séna-
tus-consultes. Pour les provinces impériales, les documents
jusqu'ici connus ne permettaient pas de faire remonter le droit
du fisc au-delà du règne de Trajan. Le passage de Tacite qu'on
a invoqué pour en établir l'existence sous Tibère n'est pas pro-
bant. L'inscription de Volubilis prouve que, dès le règne de
Claude, l'empereur disposait à son gré des successions vacantes
dans la Maurétanie Tingitane. Bien qu'elle ait été gravée après
sa mort, elle ne fait aucune allusion à une confirmation du Sénat.
L'attribution des successions vacantes à certaines cités pro-
vinciales est un fait connu par un rescrit de Dioclétien. mais
on n'en avait qu'un exemple relatif à une ville de Bithynie, et
l'on ignorait les causes qui avaient déterminé les empereurs à
renoncer au droit du fisc. L'inscription de Volubilis nous en fait
connaître une et nous indique en même temps dans quelles
limites le privilège fut accordé.
COMMUNICATION
UNE NOUVELLE INSCRIPTION DÉCOUVERTE A THUBURBO MAJUS,
PAR M. ALFRED MERLIN,
DIRECTEUR DU SERVICE DES ANTIQUITÉS DE LA RÉGENCE
DE UNIS.
Parmi les inscriptions intéressantes récemment décou-
vertes dans les thermae aestivalês de Thuburbo Majus{,
1. Sur cet édifice et sur les inscriptions qu'on y a découvertes, cf. Mer-
INSCRIPTION DÉCOUVERTE A THUBURBO MAJUS 263
il en est une qui mérite d'être tout spécialement mise en
évidence. C'est le curieux rituel d'un sanctuaire dédié à
Esculape.
La pierre qui porte ce document, fort étroite (0 '" 22) et
très haute (1 ra 48), avait été remployée comme seuil de
porte entre deux salles, la face épigraphe en dessous; elle
est actuellement au Musée du Bardo. Dans sa tranche
gauche, épaisse de 0m 13, est pratiquée une grande rainure,
haute de 0ra 94, large de 0m 06 et profonde de 0™ 065, où
venait originairement s'encastrer une dalle dressée de
champ. La tranche droite ne présente pas d'entaille sem-
blable, mais son arête postérieure s'incurve sur presque
toute la hauteur en un quart de rond qui porte les traces
de trois goujons de fer scellés au plomb à 0m 36, 0 m 625 et
0ra 89 du sommet de la stèle 1. D'après ces constatations,
le petit pilier de calcaire formait le jambage gauche d'une
baie ménagée dans une balustrade de pierre et fermée par
une grille de métal.
Sur le devant, qui est soigneusement poli, de ce pilier est
gravée l'inscription dont les lettres comptent 0m 325 à la
première ligne, 0m 031 à la seconde, 0 ,n 028 de la troisième
à la quatorzième, 0 m 026 à la quinzième, 0m 024 à la sei-
zième, 0m 22 à la dix-septième, 0m 019 aux dix-huitième
et dix-neuvième, 0m 016 à la vingtième :
IVSSVpDOMNp
AESCV LAP Ip
L C5 NVMISIVSpLpFcj
VITALIS
5 PODIV M p DE
SVO 15 FECI T
lin, Bail. arch. du Comité, 1915, procès-verbaux de la Commission de
l'Afrique, mars: 191G, ihid., février et mars.
1. Distants entre eux, par conséquent, de 0 '" 205.
26 1 INSCRIPTION DÉCOUVERTE A THL'BURBO MAJUS
Q V I S Q [5 INTRAp
POD I V M P AD
SCEN DERE pVO
10 LET p A p MVLI
ERE [5 A P S VILLA
ApFABA t5 A p TON
SOREpA bali
NEO C5 COM M V
15 NE p C VSTODI
ATpTRIDVO
CANCE L LOSp
CALCI ATVSps
INTRAREpNO
20 L I T O
Cette inscription appartient à la catégorie des règle-
ments sacrés qui étaient sans doute affichés à la porte de
tous les sanctuaires et qui faisaient connaître « par quels
actes, par le contact de quels animaux et de quels objets
une personne devenait impure et perdait le droit d'entrer
dans le hieron^ ». On possède quelques spécimens de ces
rituels dans le monde grec 2 ; mais jamais encore on n'en
avait signalé dans l'Afrique romaine.
Les prescriptions qu'édicté notre texte rentrent pour la
plupart dans des séries courantes. Nous nous bornerons
ici à quelques comparaisons des plus succinctes, le peu de
temps dont nous disposons ne nous permettant pas pour le
1. S. Reinach, Traité d'épigraphie grecque, p. 104.
2. Cf. S. Reinach, op. cit., p. 105 et suiv.; Bouché-Leclercq, clans Darem-
berg et Saglio, Dict. des antiquités, III, en part. p. 1124. — A Lindos (Le
Bas-Foucart. Inscr. de la Grèce, II, p. 171 ; Michel, Rec. des inscr. grecq.,
n° "23); à lalysos (Newton, Trans. of the Royal Soc. of Literature. XI,
p. 443 : à Acacesion, en Arcadie (Dittenberger, Sylloçje inscr . graec. ,
nu 939); à Andania, en Messénie (Dittenberger, n° 653: Michel, n° 694 ; Le
Bas et Foucai't, Mégaride et Péloponèse, n° 326a : en Atlique, clans un
sanctuaire de Mon Turannos {Corp. inscr. allie, III, 1, 2Î; S. Reinach,
op. cit.. p. 105, n. 3; Michel, n° 988).
INSCRIPTION DÉCOUVERTE A THUBURBO MAJL'S 265
moment une étude détaillée, que nous souhaiterions voir
faire par d'autres.
Une période d'observances diététiques et de purifications
plus ou moins longues était le prélude ou l'accompagne-
ment habituel des initiations, des mystères et des fêtes, la
préparation requise en général de ceux qui voulaient s'ap-
procher des dieux ou entendre leurs oracles. L'introduc-
tion d'observances de ce genre dans le culte d'Esculape
est peut-être due à ce que ce dieu, dans l'Afrique romaine,
n'est autre bien souvent que l'Eschmoun punique latinisé l.
Toutefois certaines pratiques d'abstinence semblent bien
avoir été répandues dans les Asklépieia grecs qui les
avaient peut-être reçues d'Orient ; Philostrate raconte qu'un
jeune Assyrien étant venu consulter Asklépios à Aeges, le
dieu le négligea pendant longtemps, parce qu'il ne cessait de
boire et de faire bonne chère2.
La continence sexuelle était parmi les recommandations
les plus usuelles; c'est ainsi, par exemple, qu'elle était
ordonnée à ceux qui voulaient pénétrer alaîwr dans un sanc-
tuaire de Lindos ou dans un temple de Men Turannos en
Attique.
L'interdiction de tels ou tels mets était également
fréquente : suivant les cultes, tantôt c étaient les lentilles,
la viande de chèvre ou de fromage frais15; tantôt l'ail et
comme ici, la chair de porc4; tantôt les grenades, les
pommes, la chair des animaux, certaines espèces de pois-
sons et, comme dans notre texte, les fèves5, etc.
.1. Toutain, Cultes païens sous l'empire romain, I, 1, p. 336.
2. Vie d'Apollonius de Tyane, I, 9: cf. P. Girard, L'Asclêpieion d'A-
thènes, p. 75-"6.
3. A Lindos.
1. Dans un sanctuaire de Men Turannos, en Attique.
5. Initiés aux mystères d'Eleusis; cf. Daremberg et Saglio, Dict. des
antiquités, II. p. 558. — Pour l'abstinence de la fève, cf. I.enormant,
//(à/.. II, p. !>17. C'est sans doule parce ([ne la fève était consacrée à
Esculape qu'on ne devait pas la manger, el c'est peut-être pour la même
raison que nous voyons des négociants en fèves rendre grâces à ce dieu et
266 INSCRIPTION DÉCOUVERTE A THUBUBBO MAJUS
Le commandement relatif au tonsor et au halineum com-
mune est plus particulier. Le fer qui touche la tête lui com-
munique une souillure qu'il faut éviter, et si la propreté
corporelle, gage et symbole de la pureté de l'âme, est
essentielle, la purification par l'eau doit avoir lieu dans des
conditions et avec une eau déterminées; rappelons qu'à
l'entrée de nombreux sanctuaires consacrés à des religions
orientales latinisées d'apparence, on trouve en Afrique des
citernes destinées aux ablutions rituelles1.
Les indications concernant les chaussures sont assez
communes et fort variées. Tandis que dans notre cas la
prohibition est absolue comme dans le sanctuaire de Des-
poina à Acacesion en Arcadie, on défend à Ialysos, dans
l'île de Rhodes, de marcher sur le territoire sacré avec des
souliers faits en cuir de porc, à Andania d'avoir des chaus-
sures autres qu'en feutre ou fabriquées avec le cuir des
victimes.
Le nombre des inscriptions où le titre de dominus est
appliqué à Esculape est infime. On en cite quatre2 :
deux à Rome 3, une en Dacie 4 et une seule jusqu'ici en
Afrique5.
A Thuhurho Majus, le culte d'Esculape a été très en
honneur; dans le déblaiement des thermae aestivales, on a
découvert une tête qui fort probablement appartenait à une
effigie de ce dieu 6 ; un piédestal de statue trouvé non loin
de ce monument, remployé dans une construction posté-
rieure, célèbre les mérites d'un personnage qui a été sacer-
lui faire des cadeaux (Corp, inscr. latin,, VI, 18 = Dessau, Inscr. Lit. sel.,
3851).
1 . Cf. Merlin, Le sanctuaire de Baal et de Tanit près de Siagu, p. 38,
n. 5.
2. Lugli, dans De Ruggiero, Dis. epujr., II, p. 1956.
3. Corp. inscr. latin., VI, 17 et 18.
4. Ibid., III. 1079.
5. Ibid., VIII, 1267.
6. Merlin, Bull. arch. du Comité, 1915, procès-verbaux de la Commis-
sion de l'Afrique, mars, p. vi.
LIVRES OFFERTS 267
dos Aesculapii bis * ; mais, d'après le contexte, cette fonc-
tion a été presque sûrement remplie à Carthage 2.
Dans la région du Fahs, les souvenirs du culte d'Escu-
lape sont rares, et je ne vois guère à citer qu'un temple du
dieu à Thibica (quinze kilomètres environ au Sud-Ouest de
Thuburbo) 3.
Le personnage qui a fait construire le podium*1, L. Numi-
sius Vitalis, figure dans une autre inscription de Thuburbo
où il se présente comme l'auteur d'une aec/es0; aucune
divinité n'est mentionnée dans ce texte, mais il ne serait
pas téméraire aujourd'hui, à notre sens, de supposer que
ce sanctuaire était placé sous l'invocation d'Esculape.
L. Numisius Vitalis a élevé le podium sur l'ordre que lui
a donné Esculape ; sans doute le dieu, à son ordinaire 6, lui
était-il apparu en songe ".
LIVRES OFFERTS
M. Cagnat offre, de la part de M. le Dr Raphaël Blanchard, membre
de l'Académie de médecine, un Corpus inscriptionum ad medicinam
hiologiamque speclantium. Ce recueil est destiné à contenir toutes les
inscriptions relatives à la médecine et aux médecins du monde
entier. Le premier volume seul a paru. On y trouvera des textes qui
vont du xve siècle au xix,; ; la plupart concernent le xvne, le xvme et
le xixe.
1. Cf. Merlin. Bail. arch. du Comité, 1916. procès-verbaux de la Com-
mission de L'Afrique, février, p. ix.
2. Cf. L. Poinssot, Mouv. Arch. des missions, nouv. série, VIII, p. 6,
n. 3.
3. Corp. inscr. lutin., VIII, 1222s.
4. Pour le sens de podium, cf. Saglio, dans Daremberg- et Saglio, Dict.
des antiquités, IV, p. 52Q.
5. Corp. inscr. Int.. VIII. 812.
6. Cf. Besnier, Ile Tibérine, p. 223.
7. Cf. Héron de Villefosse, Comptes rendus de l'Académie des inscr.,
1913, p. 4.
268 SÉANCE DU 9 JUIN 1916
M. Camille Jullian dépose sur le bureau de l'Académie le n° LXX
de ses Noies gallo-romaines (Bordeaux et Paris; exlr. de la m Revue
des Etudes anciennes »).
SÉANCE DU 9 JUIN
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
Soua ce titre : Une participation inconnue à la Croisade de
Philippe le Bon contre les 7'»r<?5, M. Georges Doutrepont, pro-
fesseur à l'Université de Louvain, fait une communication rela-
tive à un important projet politique du célèbre duc de Bour-
gogne. On sait qu'après la prise de Gonstantinople par les Turcs,
ce prince et les familiers de sa cour avaient, au fameux Ban-
quet du Faisan, à Lille, le 17 février 1454, prononcé des vœux
ou promesses par lesquels ils s'engageaient à marcher contre les
Infidèles. M. Doutrepont a découvert, dans un manuscrit de la
Bibliothèque nationale de Paris, 1 12 engagements du même genre,
restés inconnus jusqu'aujourd'hui. Ce sont des engagements pris,
durant les mois de mars et d'avril, clans quatre autres villes,
par d'autres seigneurs et « nobles hommes » dépendant égale-
ment de Philippe le Bon. Ils prouvent une fois de pins que le
projet de croisade du grand duc d'Occident était vraiment
sérieux.
LIVRES OFFERTS
M. Héron i>r. Villefosse dépose sur le bureau, au nom de l'au-
teur, le commandant Emile Espérandieu, correspondant de l'Aca-
démie, le t. V] du Recueil général des bas-reliefs, statues et bustes de
la Gaule romaine. Belgique — deuxième jmiiie (Paris, Imprimerie
nationale, 1915, in-4° ; ouvrage qui fait partie de la Colin-lion de
Documents inédits sur l'histoire de France.
LIVRES OFFERTS 269
« Ce nouveau volume concerne, comme le précédent, la province
romaine de Belgique. On y trouve la suite des monuments des Médio-
matriques, à l'exception de ceux de Metz et de la basse Lorraine,
publiés dans le volume V, les monuments du pays des Leuques et
ceux du pays des Trévires.
« Il nous fait pénétrer dans la haute Lorraine, à Tarquimpol, Sar-
rebourg, Scarpone et Verdun ; il nous introduit dans une grande
région où se sont multipliés les groupes du cavalier cuirassé terras-
sant un anguipède, images de la résistance victorieuse à la barbarie
et à l'oppression, qui se dressaient de ce côté du Rhin dans un
grand nombre de localités. Ceux de ces groupes dont les débris
sont arrivés jusqu'à nous méritent notre respect et notre attention,
malgré leur facture grossière, malgré l'insuffisance de leur exécu-
tion, malgré les injures du temps et les outrages des hommes. Ils
proviennent de la forêt de Hommert, de Senon, Pannes, Portieux,
Liffol-le-Grand, Grand, Schlachthof sur la rive gauche de la Moselle;
deux groupes viennent d'Ehrang, dont l'un présente, dans certaines
parties de sa décoration, des analogies avec la colonne de Cussy ;
pour d'autres, la provenance reste inconnue. Ils donneront certai-
nement lieu à de nouvelles études. A Sarrebourg, un sanctuaire
mithriaque, découvert en 1895 en creusant les fondations des
écuries d'une caserne, a fait connaître des sculptures malheureuse-
ment très mutilées. C'est à quelques mètres de ce sanctuaire que fut
trouvé un autel au dieu Sucelluset à la déesse Nantosvelta, conservé
au Musée de Metz.
« La région de Nancy, avec Lunéville, Toul, Naix, le Châtelet,
Epinal, Soulosse et Grand, appartient au territoire des Leuques où
les monuments de pierre sculptée deviennent moins nombreux. Les
fouilles que le maître de forges Grignon avait entreprises au Châ-
telet au xvine siècle furent cependant assez heureuses, mais presque
tout ce qu'il recueillit en 1772 et 1774 a été dispersé depuis ou perdu :
la plupart de ces antiquités ne sont plus connues que par d'anciens
dessins ou des descriptions. Les pierres provenant de Grand, au con-
traire, ont été réunies au Musée d'Épinal.
« lien est tout autrement pour le pays des Trévires. La collection
lapidaire de Trêves est aussi remarquable par le nombre que par
l'intérêt des monuments qui la composent. Formée dès 1808 par les
Français, à l'instigation de la Société des recherches utiles du départe-
ment de la Sarre, elle n'a pas cessé de se développer et de s'enrichir
depuis plus d'un siècle. Trêves est le centre du mouvement archéo-
logique de la province; les sculptures découvertes dans la ville
ou dans la région voisine trouvent le meilleur et le plus sûr asile
1916 18
270 LIVRES OFFERTS
dans son Musée provincial. A côté de celles qui ont trait à la mytho-
logie indigène ou à la mythologie romaine, comme la belle triade
capitoline, comme le Satyre en mouvement de Wellen près Sarre-
bourg, on y remarque de nombreux monuments funéraires, de beaux
bas-reliefs décoratifs, des fragments d'architecture et même des
morceaux d'art grec dont le plus précieux est le torse d'Amazone,
exhumé en 1 S '*-"> des thermes de la ville. C'est là aussi qu'est
conservée l'importante série des monuments funéraires de N'euma-
gen, aux types vnriés, aux représentations curieuses, dont la poly-
chromie a donné lieu à des études instructives. Ce volume VI se ter-
mine par la description du monument d'Igel qui ne mesure pas moins
de 23 mètres de hauteur et se dresse encore debout aujourd'hui sur
une place de la commune du même nom.
« Le commandant Espérandieu se disposait à retourner à Trêves
afin d'y compléter ses notes et ses observations lorsque la guerre
éclata. Les événements l'ont empêché d'entrer en possession des cli-
chés qui avaient été préparés pour sa publication par les soins de la
direction du Musée. Il a dû se résoudre à faire usage de photogra-
phies moins bonnes et, à leur défaut, de dessins et de photogra-
vures tirés du Catalogue de Ilettner. Il faut lui savoir gré, il faut le
remercier d'avoir continué courageusement son œuvre malgré les
difficultés de l'heure présente. C'est une œuvre nationale qui ne
souffrait pas de retard : il sera temps d'en combler plus tard les
lacunes ou d'en corriger, s'il y a lieu, les défectuosités. L'éloge de ce
travail n'est plus à faire ; il se défend lui-même par les services qu'il
nous rend tous les jours. »
Le Secrétaire perpétuel présente le tome I du Recueil des actes
de Philippe Auguste roi de France, publié sous la direction de
M. Élie Berger, membre de l'Institut, par M. IL-François Delaborde,
professeur à l'École des Chartes (Paris, 191G, in-4°).
M. Emile Senart dépose sur le bureau de l'Académie deux bro-
chures, dont il est l'auteur, intitulées :
1° Notes d'épigraphie indienne. L'inscription du vase de Wardak
(Paris, 1915, n-8° ; extrait du « Journal Asiatique », novembre-
décembre 1914) ;
2° Rojas et la théorie indienne des trois Gunas ^Paris, 1915, in-8° ;
extrait du « Journal Asiatique », juillet-août 1915).
M. G. Schlumbergkr offre son volume intitulé : Voyage dans les
Abruzzes et les Fouilles (3-17 mai 1914), avec gravures dans le texte
(Paris, 1910, in-8°).
271
SÉANCE DU 16 JUIN
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
Le Secrétaire perpétuel communique une lettre de M. Gines-
tel, au sujet de la destruction imminente d'un hôtel du
xvie siècle, à Agde.
M. Franz Cumont, associé étranger, a la parole pour une
communication :
« A un moment où la guerre a fait suspendre, en France
comme en Belgique, presque toutes les fouilles archéologiques,
l'Académie apprendra avec satisfaction que dans une autre par-
tie de l'ancienne Gaule, en Hollande, se prépare une entreprise
dont on est en droit d'attendre des résultats considérables. Le
promoteur principal en est le DrJ. H. Holwerda, le distingué
conservateur des antiquités au Musée de Leyde,qui a bien voulu
me communiquer quelques détails sur un projet dont la réali-
sation sera, souhaitons-le, prochaine '.
« Feclio, aujourd'hui Vechten sur le Rhin inférieur, fut sous
l'Empire, on ne l'ignore pas, le grand entrepôt du commerce
fluvial et maritime dans l'extrême Nord de la Gaule. On y a
découvert depuis longtemps des dédicaces où l'Océan et le Rhin,
divinités qui assuraient la prospérité de ce port, sont invoqués
à la suite de la triade capitoline, et « dans toute l'Europe cen-
trale, on ne pourrait peut-être citer aucun endroit qui soit plus
riche en tessons de terra siqillata. de toutes les époques et de
tous les centres de fabrication ». On y a déchiffré les noms
de près de six cents potiers différents. Ces précieux débris
témoignent de l'extension et de l'intensité d'un trafic qui com-
mence dès le début du premier siècle de notre ère. On a pu
démontrer aussi que, déjà à cette date, Fectio était une place
forte et une station de la flotte impériale : Noviomagus
1. Cf. J. II. Holwerda, Opgraving te Vechten, Utrecht (Keinink en
zoon), 1915.
272 séance du 1G juin 191 G
(Nimègue) est, chez les Balaves, le seul établissement auquel on
puisse attribuer avec certitude une origine aussi ancienne. Il
est infiniment probable que ce fut Fectio qui, en 16 ap. J.-C,
servit de base navale à Germanicus lors de sa grande expédition
de Germanie.
« Ges quelques indications montreront suffisamment l'impor-
tance de ce site archéologique et l'intérêt des recherches qui
pourraient y être tentées. Des sondages ont permis déjà de
déterminer remplacement exact du vieux camp romain, entouré
de remparts de terre et de palissades, et plus récemment le génie
militaire, en creusant des tranchées qui coupent le terrain de la
forteresse antique, a découvert près de là les restes d'un autre
établissement de l'époque impériale et mis au jour un petit autel
portant l'inscription : Iovi optimo maximo v(olum) s(olvit)
! ibens) m[erito) C. Iulius Bio trierarchus. La dédicace de ce
triérarque, ou capitaine de la flotte, achève de prouver que celle-
ci eut à Fectio un de ses ports d'attache.
« La Société Anthropologique Hollandaise (Nederlandsch
Anthropologische Vereeniging) a associé ses ressources à celles
de la Société Historique d'Ltrecht pour entreprendre des
fouilles étendues à Vechten, dès que les tranchées provisoires
auront été évacuées par les troupes. Souhaitons qu'elles pro-
duisent tout ce que promettent des indices éminemment favo-
rables. »
M. Camille Jullian fait ressortir l'importance possible de ces
fouilles pour la géographie et l'histoire du Nord de la Gaule
romaine.
Le Président rappelle qu'aujourd'hui étant le dernier jour de
dépôt pour les auteurs qui désirent prendre part au nouveau
concours Raoul Duseigneur, il y a lieu d'élire une commission
de six membres.
MM. DlKULAFOY, CoLLIGNON, CaGNAT, MoREL-FaTIO, G. JcLLIAN
et Durrieu sont élus au scrutin.
M. Morel-Fatio lit un mémoire sur un fort beau volume,
illustré de nombreuses planches, que vient de publier, à Madrid,
M. le duc de Medinaceli, et où ont été reproduits les documents
les plus importants de ses archives et de sa bibliothèque.
LES CAMPS DE LA TROISIÈME LÉGION EN AFRIQUE 273
La maison de Medinaceli, d'origine à la fois castillane et
française, dérive du fils aîné du roi Alphonse X le Savant et de
Blanche, fille de saint Louis. Au cours des siècles, elle a contracté
des alliances illustres, notamment avec la maison de Cordoue,
qui lui a apporté le duché de Cardona. C'est dans le fonds des
archives de Cardona que se trouvent les diplômes de Charles le
Chauve et de Raoul, les deux joyaux de la collection.
M. Durrieu fait quelques observations sur un sigle ayant servi
de signature, entre autres à Christophe Colomb.
M. Cagnat lit, de la part de M. De Pachtere, lieutenant de
zouaves, actuellement à l'armée d'Orient, une note rédigée «en
avant de Salonique, en avril dernier », sur l'emplacement du
camp de la légion troisième Auguste d'Afrique au premier
siècle de l'Empire. M. De Pachtere croit que ce camp était, non
point à Tébessa, mais dans la localité appelée aujourd'hui Haïdra,
en Tunisie '.
COMMUNICATION
LES CAMPS DE LA TROISIÈME LÉGION EN AFRIQUE
AU PREMIER SIÈCLE DÉ L'EMPIRE,
PAR M. DE PACHTERE.
On s'accorde à penser que, dès Tan 14 après J.-C, et
durant tout le premier siècle, le camp de la troisième légion
Auguste, la légion d'Afrique, se tint à Tébessa. Mommsen
le premier l'affirma au tome VIII du Corpus par deux fois -
sur le témoignage : 1° de deux bornes milliaires d'Asprenas
trouvées sur la route de Gabès à Gafsa, la voie romaine
qui menait des castra hiberna à Tacapes; 2° de trois ou
1 . Voir ci-après.
2. C. I. L., VIII, p. xxi et 859.
274 I.RS CAMPS DE LA TROISIÈME LÉGION EN AFRIQUE
quatre épitaphes de légionnaires romains du premier siècle
découvertes à Tébessa ; 3° de quelques briques légionnaires
rencontrées en cette localité parmi des ruines diverses i ;
4° d'un passage de Tacite sur la révolte de Tacfarinas 2.
Or ces preuves avaient faible valeur au moment où elles
ont été produites; elles en ont encore moins aujourd'hui que
de nouvelles découvertes épigraphiques ont été faites dans
le Sud tunisien et constantinois, bornes milliaires et épi-
taphes militaires.
1° Les deux pierres d'Asprenas précitées indiquent seu-
lement que la route créée en 14 après J.-C, qui menait
des Castra hiberna à Tacupes, devait passer par Gafsa et
que le camp de la légion doit être cherché au delà et au
Nord-Ouest de cette localité.
2° Des épitaphes de légionnaires aussi anciennes, plus
anciennes même à première vue que celles découvertes à
Tébessa, avaient déjà été trouvées dans la région même de
Tébessa, à Ammaedara, à Thala par exemple, et il n'y
avait aucune raison, dès lors, d'indiquer Tébessa comme le
camp de la légion, sinon qu'il l'était plus tard, à la fin du
premier siècle.
3° Les briques légionnaires n'ont pas été découvertes à
Tébessa dans le camp, dont on ignore l'emplacement, mais
ici et là dans des ruines; et elles ne peuvent être datées
exactement.
4° Enfin, et surtout, le passage de Tacite auquel se réfé-
rait Mommsen n'a pas été bien interprété par lui. Il y est
dit que le proconsul Blaesus,en l'an 22, pour en finir avec
Tacfarinas, le traquer ou tout au moins lui interdire l'accès
du territoire romain, disposa ses forces {legio III Augusta
et legio IX Hispana) sur une ligne qui s'étendait des fron-
tières du pays de Cirta {nagi Cirtcnsium) jusqu'à celles du
territoire de Lepti. Le proconsul avec le gros de son armée
1. Cf. Capnat. Armée d'Afrique, 2° éd., p. 430.
2. Ann., II, 74.
LES CAMPS DE LA TROISIÈME LÉGION EN AFRIQUE 275
se tenait au centre de cette ligne1. C'est là, selon Morara-
sen, que se trouvait évidemment le camp de la légion
d'Afrique. Or il n'est pas douteux, à son compte, que la
Lepti dont il est question dans Tacite soit Lepti de Tripoli-
taine, voisine des suffugia Garamantum dont il est ques-
tion au même passage de l'historien.
Il me paraît, au contraire, certain — etNiese, en son édi-
tion critique de Tacite, ne s'y est pas trompé — que la
Lepti dont il s'agit n'est pas Lepti magna de Tripolitaine,
mais Lepti minus, cité de l'ancienne province d'Afrique.
Cette conclusion ne ressort pas seulement du texte même
interprété strictement, mais s'impose encore si l'on
veut considérer les dispositions prises par le proconsul
comme raisonnables. On ne s'imagine pas, en effet, cette
faible armée de deux légions, même en lui adjoignant ses
auxiliaires, disséminée en redoutes, en postes d'où devaient
partir d'incessantes offensives contre Tacfarinas, depuis les
hauts plateaux de Constantine jusqu'à l'arrière-pays de
Tripolitaine. Dès lors, si, au jugement de Mommsen,
Tébessa se trouve sur la ligne qui rejoint les limites du
territoire cirtésien à celles de la cité de Lepti magna, il se
trouve bien avant, au Sud, d'une ligne qui rejoint les fron-
tières de Cirta à celles de Lepti minus. Le texte de Tacite,
bien loin d'apporter un argument à la thèse mommsénienne,
la contredit plutôt.
Bien plus, de ce même passage et de l'ensemble du récit
que fait Tacite en plusieurs chapitres des Annales 2 de la
1. Tacite, Annales, III, 74. . . très incessus, iolidem agmina p.irantur. Ex
quis Cornélius Scipio legatus praefuit,qua praedatio in Leptitanoset suf-
fugia Garamantum, alio la ter e, ne Cirtensium pagi impune traherentur,
propriam manu m Blaesus filius duxit; medio cum delectis, caslella et muni-
tiones idoneis locis imponens, dux ipse arda et infensa hostibus cuncta.
fecerat. . . Tunv tripartitum exercilum plures in manus dispergU. . .
2. II, 52; III, 20-21, 32, 73-71; IV, 23-25.
276 LES CAMPS DE LA TROISIÈME LÉGION EN AFRIOIE
révolte de Tacfarinas, on est amené à penser que Tébessa ne
pouvait être le camp de la légion d'Afrique au début du
règne de Tibère.
Sans qu'il convienne d'aborder ici dans le détail tous ces
textes, l'étude qu'on en peut faire aboutit aux conclusions
suivantes :
1° On sait que le proconsul Blaesus, après sa campagne
d'été de 22 après J.-C, n'imita pas ses prédécesseurs qui
faisaient hiverner leurs troupes à l'intérieur de la provincia
vêtus d'Afrique 1. Or on ne conçoit pas pourquoi les
généraux précédents se seraient, chaque année à la mau-
vaise saison, imposé cet hivernage dans la provincia vêtus,
si Tébessa avait été dès lors les castra hiberna de la légion,
et ces castra hiberna ne peuvent être Tébessa, car cette
localité est bien loin au Sud des limites de la provincia
vêtus.
2° Le sol romain ne comprenait pas au début du premier
siècle le pays des Musulames 2, les meilleurs alliés de Tac-
farinas3, les agresseurs de Thubuscu (Thuhursicum Numi-
darum), ville située aux frontières des territoires de nom
romain. Les Musulames constituaient une vaste tribu abso-
lument libre composée de ces nomades 4 qui, si l'on se sou-
vient des demandes de Tacfarinas à Tibère, devait aspirer
dès ce moment à se fixer sur le sol de l'empire. Or nous
connaissons, par des inscriptions du début du ne siècle, les
limites que les Romains fixèrent sur plusieurs points au
territoire de leurs anciens ennemis. Ces limites, qui pas-
saient àl'Ouest-Sud-Ouest de Tébessa, s'arrêtaient au Nord
1. Tacite, Ann., III, 74. Nec, ut mos fuerat, acta aestale relrahit copias
aut in hihernaculis veteris provinciae componit : sec], ut in limine helli,
dispositis castellis, per expeditos et solitudiniim gn&ros, mutantem mapa-
lia Tacfarinatem prolurbabat.
2. Sur les Musulames, voir Toutain, Mém. de la Soc. des Ant. de France,
LVII, p. 271 et suiv.
3. Annales, II, 52; IV, 24.
4. Annales, II, 52: III, 73.
LES CAMPS DE LA TROISIÈME LÉGION EN AFRIQUE 277
à quelques milles de Madaure, ville située, selon Apulée,
au confin d'une ancienne frontière1. Comme il est impos-
sible d'admettre que, libre, la tribu des Musulames ait eu
un territoire plus restreint que celui que tixèrent plus tard
les Romains à ces nomades soumis et fixés, il faut donc
penser que la région de Tébessa était sous Tibère en plein
pays musulame, et l'on n'imagine pas que les Romains aient
pu, sous Tibère, installer leur camp principal au milieu d'un
territoire ennemi, peu connu, en avant de leurs postes-
frontière (comme Thala) sans cesse menacés eux-mêmes de
surprises.
Cette conviction, qui s'autorise déjà de la lecture de
Tacite, se fortifie de trouvailles épigraphiques récentes faites
dans le Sud tunisien et constantinois.
1°découverte de bornes MiLLiAiRES. — Sur la route militaire
créée en 14 après J.-C, le commandant Donau et ses auxi-
liaires ont découvert, entre Gabès et Gafsa, à côté de nom-
breux milliaires dont les plus récents datent du ive siècle,
une quinzaine de bornes nouvelles d'Asprenas '2. Quelques-
unes portent encore le chiffre des milles qui leur convient.
Pour les autres, le chiffre manquant peut être restitué. De
l'étude de ces pierres milliaires, il apparaît : a) que les
castra hiberna étaient à 93 milles environ au Nord-Ouest
de Gafsa ; h) que les milles de cette route étaient non pas
le mille romain ordinaire, mais un mille de 1600 mètres
environ. Cet étalon de mesure fut conservé pour cette voie
jusqu'à la fin de l'empire, puisque des bornes du bas empire
sont placées à cr,té de celles qui jalonnèrent la route dès sa
création.
1. Apulée, Apol 24.
2. Toutain, Les waveaux milliuires de la roule de Gafsa à Tacape, dans
les Mèm- de la S' des Anliq. de France, t. LXIV.
278 LES CAMPS I)Ë LA TROISIÈME LÉGION EN AFRIQUE
Il résulte de là : 1° que si, de Gafsa comme centre, ou
trace vers le Nord-Ouesl un arc de cercle dont le rayon
serait compté comme mesurant (X\ l'ois 1000 mètres, Tébessa
apparaît immédiatement comme situé trop au Sud de la
courbe de l'arc pour avoir été le point d'origine de la route
militaire. D'autres localités, Thala, Ammaedara, par
exemple, ont pu l'être.
2° Que, si Tébessa avait été le camp de la légion dès
14 après J.-C, on aurait dû découvrir sur une des routes
se dirigeant de Tébessa sur Gafsa, sinon des bornes d'As-
prenas, du moins des milliaires plus récents espacés de
1600 mètres environ les uns des autres. Or les voies
romaines de la région sud de Tébessa ont été particulière-
ment bien étudiées, tout récemment encore par le comman-
dant Guénin 1. Sur aucune on ne rencontre de bornes anté-
rieures à Trajan, et l'étalon de toutes est le mille romain
ordinaire. Dès lors les castra hiberna de la légion n'étaient
pas, dès 14 après J.-C., à Tébessa.
2° découverte depitaphes militaires. — Depuis la publica-
tion du tome VIII du Corpus, il s'est découvert, à Tébessa
et aux environs, une trentaine d'inscriptions militaires qui
ont paru ou sont à paraître dans ses Suppléments. Les plus
nombreuses ont été trouvées à Tébessa et surtout à Am-
maedara. Ce sont généralement des épitaphes de légion-
naires du 1er siècle. Mais celles de Tébessa apparaissent plus
récentes que celles d' Ammaedara.
Il serait nécessaire, pour le démontrer complètement
d'étudier d'ensemble l'épigraphie militaire du ier siècle et
plus particulièrement l'onomastique. C'est un travail qu'on
peut reprendre en détail après Mommsen et Domaszewski,
grâce surtout aux découvertes faites dans les camps d'Es-
pagne, de Dalmatie, de Pannonie, des Gaules et surtout
des Germanies. Ce n'est pas le moment de faire ici cette
1. Guénin, Nouv. Arch. des missions, XVII, fasc. 4.
LES CAMPS DE LA TROISIÈME LÉGION EN AFRIQUE 279
étude; mais, l'ayant conduite, j'estime qu'elle aboutirait cer-
tainement sur deux points aux conclusions suivantes :
]° Les simples soldats romains et les militaires de grade
subalterne ne sont, jusqu'au règne de Claude, désignés, au
moins sur leurs épitaphes, que par leur prénom et leur
gentilice. Ce n'est que plus tard que leur cognomen appa-
raît sur les inscriptions et devient ordinaire ; 2° les soldats
de la fin de la république et des premiers débuts de l'em-
pire, sous Octave, Auguste et Tibère, sont surtout des
hommes de l'Italie centrale et de la Cisalpine. C'est peu à
peu, sous les deux premiers empereurs, qu'apparaissent des
soldats originaires de la Narbonnaise, puis des Gaules pro-
prement dites ; ils deviennent de plus en plus nombreux au
cours du Ier siècle, de Claude à Vespasien. Or, si l'on com-
pare, à ce double point de vue, d'une part l'épigraphie mili-
taire d'Ammaedara et de Thala, d'autre part celle de
Tébessa, on constate que la seconde est plus récente que la
première. Ce n'est pas qu'on ne trouve déjà sur les inscrip-
tions d'Ammaedara trace de soldats originaires des Gaules
et portant le cognomen, mais on y rencontre surtout le nom
de militaires italiens qui n'ont pas de surnom (voir
en particulier les soldats de la cohors XV). Par contre, à
Tébessa, la plupart des soldats sont des Gaulois qui ont le
cognomen. C'est dire que les postes militaires d'Ammae-
dara et de Thala sont plus anciens que celui de Tébessa et
qu'ils ont dû être abandonnés quand Tébessa est devenu un
camp, à une époque du 1er siècle où l'armée d'Occident cessa
d'être recrutée parmi les Italiens et comptait beaucoup de
Gaulois, c'est-à-dire sous Vespasien au plus tôt.
De fait, les premières dédicaces impériales de Tébessa ne
remontent qu'à Vespasien, Titus et Domitien ; les premières
routes qui partent de Tébessa sont de cette date ; les pre-
mières inscriptions qui signalent à Tébessa l'état-major de
la légion sont de l'extrême fin du règne de Vespasien et du
début du règne de Domitien.
280 LES CA.MPS DÉ LA TROISIÈME LÉGION EN AFRIQUE
On en pourrait déjà conclure que c'est sous le règne de
Vespasien que la légion se transporta vers le Sud à Tébessa,
si l'on ne pouvait encore confirmer cette étude en recher-
chant le lieu où elle campait précédemment, et jusqu'à quelle
date elle y séjourna.
Il est à peu près certain qu'elle stationna précédemment
à Ammaedara.
En eiïet, deux localités au Nord de Tébessa ont été des
postes militaires avant lui, Ammaedara et Thala. Ils font
partie d'une ligne de défense très ancienne de l'Afrique
romaine dont M. Cagnat a marqué quelques points dans
son livre sur Y Armée romaine d'Afrique K Jalonnée par les
redoutes du haut pays de Girta, par Yatari où tomba un
soldat de Lepti minus, elle se prolongeait au delà d1 Ammae-
dara et Thala par le castellum Sufetanum pour rejoindre
sans doute les limites méridionales de la cité de Lepti
minus. Elle marquait dans la région de Madaure et d' Am-
maedara ces anciens confins de la Numidie et de la Gétulie,
d'un pays devenu romain et du pays encore insoumis dont,
sous les Antonins, Apulée de Madaure gardait le souvenir
alors que le territoire romain s'étendait au Sud de l'Aurès
et des grands chotts tunisiens.
Or, nous l'avons vu, Ammaedara et Thala sont tous
deux, au delà et au Nord-Ouest de Gafsa, assez éloignés de
cette localité pour qu'on puisse y placer les castra hiberna
d'où partait la route qui rejoignait Gabès. Mais le camp de
la légion ne peut avoir été à Thala ; car si dans les ruines
de cette cité, on a trouvé quelques inscriptions militaires
très anciennes que de nouvelles fouilles pourraient multi-
plier, il est question dans Tacite 2 de Thala comme d'un
1. P. 581 et suiv.
2. Annales, III, 21.
LES CAMPS DE LA TROISIÈME LÉGION EN AFRIQUE 28l
simple poste frontière défendu par une garnison de 500
hommes ; si la légion y avait été établie, l'historien n'au-
rait pas manqué de le signaler.
D'autre part, Ammaedara a certainement été ville mili-
taire importante, a) Des recherches de quelques journées
opérées à deux reprises différentes dans ses nécropoles ont
produit au jour de nombreuses inscriptions militaires des
débuts de l'empire1. Il suffirait sans doute d'y instituer
des fouilles méthodiques pour y découvrir un vaste cime-
tière militaire dans les parages du terrain qui vient d'être
remué.
b) Ammaedara fut bien à son origine un camp, car non
seulement une inscription y signale une porta militaris 2 ,
mais surtout Hygin la cite en exemple des villes cons-
truites sur le type d'un camp 3. N'est-ce pas un précieux
indice qu' Ammaedara en fut un à ses débuts ?
Que ce camp ait été celui de la légion jusqu'à la fin du
règne de Vespasien, on peut dès aujourd'hui l'induire de
deux inscriptions qui donnent à penser que l'état-major de
la légion y séjourna vers le temps de Tibère et s.ous Ves-
pasien. L'une 4 est l'épitaphe d'un esclave fonctionnaire de
Cornélius Gethegus (vers 30 après J.-C), un des derniers
proconsuls qui aient exercé le pouvoir militaire dans la
province d'Afrique avant la réforme de Galigula. L'autre 5
marquait la tombe d'un esclave du légat Domitius Tullus
qui commanda la légion sous Vespasien. Deux personnages
de la maison du proconsul et du légat, dont l'un apparte-
nait certainement à leur bureau, sont enterrés dans le cime-
tière & Ammaedara où sans aucun doute ils sont morts.
Qu'on trouve en cette localité trace de la présence de com-
1. Gauckler, Bull. arch. du Comité, 1900, p. 94 cL suiv. : Piganiol et
Laurent Vibcrt, dans les Mél. de l'École de Home. L912, p. 69 et suiv.
2. Cl. L., VIII, 304.
3. Hygin., De Um.const., p. ISO.
i. Hull. arch. du Comité, 1899, p. ccvi.
5. Ibid., 1896, p. 219, n. 188.
282 LES CAMPS DE LA TROISIÈME LÉGION EN AFRIQUE
mandants des troupes d'Afrique à la fois à l'époque où la
légion dépendait encore du proconsul, et au moment où
elle obéissait au légat impérial, c'est là un très fort argu-
ment pour penser que la légion y tenait camp dés Tibère
et encore du temps de Domitius Tullus, sous Vespasien.
Dès lors on peut admettre — et de nouvelles découvertes
ne feront sans doute que confirmer cette étude — qu.lm-
maedara fut le camp de la légion de Tibère au moins à
Vespasien et qu'à la fin du règne de ce prince, en 74 ou 75,
certainement avant 70, le camp fut transporté à Tébessa.
Si une conclusion se vérifie surtout par les explications
satisfaisantes qu'elle donne de textes ou de problèmes jus-
qu'alors obscurs, la nôtre mérite bien d'être prise en sérieux
examen.
1° Elle éclaire enfin un passage très discuté, l'allocution
adressée en 128 par Hadrien aux soldats de Lambèse : Nos-
tra mejnoria bis non tantum castra mutastis, sed et nova
fecistis. La première partie de cette phrase soulevait une
question difficile à résoudre. Hadrien en son discours affir-
mait que de son temps la légion changea deux fois son
camp permanent. Mais, puisqu'on admettait avec Moram-
sen que Tébessa dès le début de l'empire avait été la gar-
nison de la 3e légion Auguste, il fallait de toute nécessité
supposer qu'avant de se fixer à Lambèse où elle était cam-
pée en 128 depuis plusieurs années, elle s'était installée
quelque temps entre Tébessa et Lambèse. C'est à Khenchela
(Mascula) qu'on imaginait cette station l. Or on ne trouve
à Khenchela aucune trace du camp, on n'a découvert
aucune inscription militaire ou routière qui permît de
s'arrêter sérieusement à cette hypothèse. D'ailleurs, entre
Tébessa et Lambèse, aucun des postes militaires antiques
qu'on a reconnus ne peut pas plus que Mascula prétendre
d'avoir servi d'asile à la légion -. Le texte d'Hadrien
1. Cagnat, Armée romaine d'Afrique, p. 432.
2. Cf. cependant Gsell, Mélanges Boissier. p. 232, note 5.
LES CAMPS DE LA TROISIÈME LÉGION EN AFRIQUE 283
jusqu'alors obscur s'explique tout simplement dès qu'on
admet que la légion campa jusqu'en 74-76 à Ammaedara
avant de se transporter à Tébessa, puis directement à Lam-
bèse, tous déplacements qui s'opérèrent du vivant d'Hadrien
(né en 76).
2° Surtout cette hypothèse a le mérite d'expliquer nette-
ment les progrès de la conquête et de la civilisation
romaines en cette région. Tandis que l'Afrique romaine
constantinoise, au début du règne de Tibère, ne s'étendait
qu'aux limites méridionales des pagi Cirtensium, de la
gens Numidarum de Khamissa, bordée au Sud par des
postes comme Gadiaufala, Vatari, Thala, commandée par
les troupes du camp d' Ammaedara, elle gagna de Tibère à
Vespasien le pied de l'Aurès. Tant que cette zone de con-
quête ne fut pas complètement pacifiée, les postes et le
camp de la vieille frontière la commandèrent encore effica-
cement. Mais quand les Musulames se fixèrent et s'appri-
voisèrent, quand ils fournirent aux Flaviens leurs contin-
gents, il convint de mieux protéger leurs champs et leur
paix ; c'est alors qu'une nouvelle frontière s'établit aux
lisières septentrionales de FAurès, surveillée par les déta-
chements de la légion qui s'installa dans le camp nouveau
de Tébessa. Quand enfin l'Aurès fut encerclé par les
routes romaines, quand le danger vint surtout des nomades
insoumis du Sud-Ouest algérien, dès Trajan, le camp de la
légion se fixa à Lambèse.
Or, a chaque progrès vers le Sud de la frontière mili-
taire, la marche que le soldat venait d'abandonner devenait
un territoire civil. Elle en méritait d'autant plus les privi-
lèges que durant la période d'occupation, les soldats encore
italiens ou gaulois romanisés la marquaient de leur
empreinte, y attiraient le commerce du negoliator, s'y
fixaient à leur retraite souvent en famille et s'y groupaient
en cités de type latin comme Madaure. Aussi, en poussant
plus au Sud les postes et le camp, l'administration impé-
284 SÉANCE DU 23 JUIN 1916
riale reconnaissait la romani té de l'ancienne marche en
accordant le droit latin ou romain aux villes qui y avaient
grandi. C'est ainsi que les villes et les postes que le camp
dArnmaedara commanda devinrent en général, comme
Ammaedara, des cités llaviennes. Au Nord de cette zone
militaire, le pays pourtant soumis, mais non peuplé de
soldats ou d'anciens soldats, garde plus longtemps les tra-
ditions de son indigénat. En arrière de Madaure, d? Ammae-
dara, les tribus locales restaient très vivantes, la (jcns
Numidarum de Khamissa naissait à peine à la vie urbaine.
C'est seulement sous les Antonins qu'elle gagna ses grades
de cité. Tout de même, en arrière des Germanies peuplées
de soldats, de marchands italiens, la Gaule du Nord accé-
dait plus lentement à la vie romaine.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel présente, au nom de l'auteur, l'ouvrage
suivant :
Essai sur les origines du Christianisme nu Tonkin et dans 1rs
autres pays annamites, par M. F. Romanet du Caillaud (Paris, 1915,
iu-8").
SÉANCE DU 23 JUIN
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
M. Edouard Guq fait une seconde lecture de son mémoire sur
une inscription latine découverte récemment à Volubilis et qui
nous fait connaître l'un des moyens imaginés par les Romains
pour reconstituer les cités éprouvées par la guerre. — Ce tra-
vail sera imprimé dans les Mémoires de V Académie.
séance du 23 juin 1916 285
A la suite d'un comité secret, le Président annonce que l'Aca-
démie a décerné le premier prix Gobert à M. Delachenal, pour le
tome III de son Histoire de Charles V \ le second prix à M. l'abbé
Dussert, pour son ouvrage sur Les Etats de Dauphiné au
XIVe et au XV siècle.
M. Juluan communique, au nom de M. Fabia', correspondant
de l'Académie, professeur à l'Université de Lyon, une note sur
la mosaïque de l'Ivresse de Bacchus, découverte à Vienne en
1841 et reconstituée au Musée de Lyon en 1867 J.
M. Franz Gumont, associé étranger de l'Académie, fait une
communication sur un fragment de sarcophage romain, exposé
dans la nouvelle section chrétienne qu'a constituée récemment
M. Paribeni au Museo Nazionale. Au milieu de ligures pure-
ment païennes, Victoires ailées, quatre Saisons, pâtres de Bac-
chus foulant le raisin, est sculptée une représentation du chan-
delier à sept branches. Ce tombeau a probablement été celui
d'un de ces « judaïsants » qui combinaient les doctrines bibliques
avec les croyances des mystères dionysiaques. Les images des
Saisons qui rappellent la mort et le réveil annuels de la nature,
étaient devenues un emblème de la résurrection et purent être
acceptées comme telles par le judaïsme comme par le christia-
nisme. Le candélabre à sept branches était regardé comme un
symbole des planètes et il fait allusion à la vie bienheureuse
réservée aux âmes pieuses qui, croyait-on, devaient revivre au
ciel brillantes comme des astres. Le sarcophage du Museo Nazio-
nale prouve en outre, avec quelques autres monuments, que la
prohibition de représenter la figure humaine n'a pas été tou-
jours strictement observée à Rome parles adeptes d'un judaïsme
plus ou moins orthodoxe.
I. Voi
i" ci après.
1916. 19
286
COMMUNICATION
LA MOSAÏQUE DE L'iVRESSE DE BACCHUS AL MUSÉE DK LYON,
l'An M. PHILIPPE FAB1A. CORRESPONDANT DE l' ACADÉMIE.
11 y a quatre mosaïques provenant de Vienne ou de
Sainte-Colombe dans les salles du Musée de Lyon, deux
en totalité, la mosaïque d'Eros et Anteros ou des jeux de
la palestre1 et celle du combat de l'Amour et de Pan2;
deux en partie seulement, la mosaïque d'Orphée parmi les
animaux3 et celle de l'ivresse de Bacchus4. Sur l'amoin-
drissement et le bouleversement considérables qu'a subis
la première des deux. Artaud ' et Comarmond 6 nous ren-
seignent de façon à peu près suffisante. La seconde fut
remise au jour trop tard pour être connue d'Artaud, repo-
sée trop tard pour que Comarmond, qui la vit lors de la
découverte, ait pu la voir dans son état présent. Si l'on
en croyait M. Georges Lafaye7, elle serait « au Musée de
Lyon, sauf quelques compartiments détruits » ; indication
vague et qui ne laisse même pas soupçonner la réalité.
Xous ne connaissons guère la mosaïque primitive que
par une médiocre notice de Comarmond s et par la figure
1. Inventaire des mosaïques de la Gaule. ■ — I. Narbonnaise et Aquitaine,
par M. Georges Lafaye, n° J61.
2. N° 199.
3. N» 201 = 242.
,. X» 17 1.
5. Histoire abrégée de lu peinture en mosaïque, p. 119-122; pi. LVIII.
6. Description des antiquités et objets d'art conservés dans les salles du
Palais des arts de la ville de Lyon, \>. 690-691.
7. Ouvr. cité, ii 17 i.
8. Quelques explications sur îles mosaïques de Vienne et en particulier
sur celle dont la lithographie se trouve dans ce volume: dans Congrès
scientifique de France; neuvième session tenue à Lt/on en septembre 1841;
Lyon, 1842; tome II. p. 140-145). Le même volume contienl un rapport de
Dominique Branche sur une excursion faite à Vienne le 7 septembre 1841,
LA MOSAÏQUE DE L'iVRESSE DE BACCHUS 287
qui l'accompagne, lithographie de Storck, d'après un dessin
de Drivet et Pirouelle, mentionnée dans le texte de l'In-
ventaire publié sous les auspices de l'Académie des inscrip-
tions et réduite au sixième environ dans l'album où cette
planche porte le sous-titre erroné : d'après Artaud. La com-
paraison de la figure avec ce qui reste aujourd'hui de l'ori-
ginal montre déjà, comme il fallait s'y attendre, qu'elle n'a
pas la tidélité rigoureuse d'une photographie : on y relève
plusieurs détails inexacts, surtout dans les motifs acces-
soires de l'ornementation, laquelle était fort riche et com-
pliquée. De plus, au témoignage de Comarmond, la con-
servation de la mosaïque laisse beaucoup à désirer ; or, si
les dessinateurs ont marqué le vide du seul caisson entiè-
rement détruit, ils ont négligé les menues dégradations qui
devaient être nombreuses. Mais cette comparaison et toutes
les données précises de la notice montrent aussi que la
lithographie nous offre cependant une image très satisfai-
sante de l'ensemble.
La mosaïque, à champ blanc et décor polychrome, rectan-
gulaire hormis qu'elle avait sur un de ses petits côtés un
seuil ' qui en bordait la partie médiane, les deux tiers envi-
ron, était entourée et quadrillée par un double chapelet de
petits losanges noirs qui la divisaient en cinq rangées lon-
gitudinales et neuf rangées transversales de compartiments ;
ou plutôt ii de ces compartiments avaient ce cadre, un
seul, ne l'ayant pas, excédait ainsi quelque peu l'étendue
des autres, celui qui contenait le sujet principal, Bacchus
et son cortège ~, et qui occupait la place du milieu dans la
où il est question de notre mosaïque, p. 426 (= Butl. inonum., VII. 1841
p. 618). La note de la Bévue archéologique, XV, 1858, p. 187-188, n'apporte
rien de nouveau.
1. Bianche a pris ce seuil pour « une frise ou guirlande ornée » entou-
rant la mosaïque.
2. Branche : « Le principal tableau semble représenter le désarmement
d'Hercule, tandis que du haut de l'Olympe regardent les dieux étonnés. »
Comarmond a bien délini et copieusement décrit ce sujet principal. C'esl
288 LA MOSAÏQUE DE L,' IVRESSE DE BACCHUS
septième rangée transversale; à partir du seuil. Les autres
cases quadrangulaires contenaient toutes un sujet ornemen-
tal différent, avec alternance des sujets dérivant du cercle
et du carré. Des motifs accessoires très variés, masques,
oiseaux, vases, Heurs, etc., garnissaient les écoinçons des
panneaux à sujets circulaires. Un seul panneau manquait
complètement, le premier de la cinquième ligne transver-
sale. Une rangée de deux sortes alternantes de fleurons
décorait le seuil que soulignait un rang de peltes. Non
compris le seuil, les dimensions du pavement étaient
10 m. 33 et G mètres ', soit à fort peu de chose près une
surface de 62 mètres, à laquelle on peut ajouter approxima-
tivement un mètre et demi pour le seuil. Nous verrons
d'ailleurs bientôt que nous n'en serions pas réduits à cette
évaluation approximative, s'il était besoin de préciser
davantage.
Transportons-nous maintenant dans la grande galerie des
peintres lyonnais, ancienne galerie Chenavard, devant la
mosaïque reposée. Nous constatons qu'elle n'a plus de seuil,
qu'elle compte seulement trois rangées longitudinales et
huit rangées transversales de caissons, soit 24 panneaux en
tout au lieu de 45. Elle mesure 9 m. 53 en longueur et
4 m. 2-j en largeur2, soit un peu plus de 40 mètres carrés et
demi. Bref, la mosaïque, telle que nous la voyons ici, a perdu
Allmer, je crois, qui l'a intitulé le premier L'ivresse de Bacchus (Bull.
delV Istituto di corr. arch. rom., 1867, p. 193). Même titre dans le Cata-
logne sommaire des Musées de Lyon, 1887, p. 135, n° 15 ; 1899, p. 207, n° 16.
Bévue arch. : « Bacchus chancelant et soutenu par un groupe de Bac-
chantes. » (1. Lafaye : « Bacchus soutenu par le jeune Ampélus et entouré
de bacchantes et de faunes. »
1. Dimensions données par Comarmond. Il est évident que la longueur
ne comprend pas le seuil ; car la rangée transversale supprimée représente
à elle seule la différence entre la longueur primitive et la longueur actuelle,
10"' 33 — 9'" 53. La partie débordante du seuil mesurait 0'" 58.
2. Tandis que V Inventaire donne, d'après Comarmond, les dimensions
de la mosaïque primitive, le Catalogue sommaire donne celles de la
mosaïque réduite, 10'" 60 et 4 m 23, avec une erreur manifeste d'un mètre
et plus sur la longueur.
LA MOSAÏQUE DE l'iVRESSE DE BACCHUS 289
presque la moitié de ses panneaux et plus d'un tiers de sa
surface * . Pourquoi ?
Le simple rapprochement de trois dates nous suggère
une explication. Ce pavement fut remis au jotir en 1841 2,
acquis par la ville de Lyon en 1858 3, reposé en 1867 4.
Déjà fort détérioré quand on le découvrit, mal garanti sans
doute contre les intempéries pendant le premier laps de
temps, il eut encore à souffrir pendant le second de son
séjour dans les dépôts du Musée 5. Je tiens d'un maître
mosaïste bien connu à Lyon, M. Glaudius Mora, qui prit
part à la repose, que certaines parties étaient alors en très
mauvais état, bonnes seulement à fournir des cubes pour la
réparation des parties mieux conservées. Il fallait donc ou
refaire de toutes pièces à peu près les panneaux hors d'usage,
ou réduire l'ensemble. Mais cette première raison ne suffit
pas à tout expliquer6. Combien y avait-il de panneaux vrai-
ment hors d'usage? Ce qui me fait douter que le mauvais
état de la mosaïque à reconstituer soit seul responsable des
dimensions relativement restreintes de la mosaïque recons-
tituée, c'est que nous retrouverons en bon état, remployées
1. Il est bien étrange que, selon Travaux archéologiques extraits des
Mémoires de V Académie de Lyon, 1859-1867; Lyon, 1868; p. 165, Martin
Daussigny, alors conservateur du Musée, affirme : « Cette mosaïque, éta-
blie aujourd'hui dans notre grande salle de tableaux..., existe dans toute
sa longueur, mais on s'est vu dans la nécessité de supprimer un rang de
médaillons de chaque côté, ce qui en réduit le nombre à 27, de 45 qu'il en
existait auparavant»; — non moins étrange qu'il affirme cela le 21 juin
1867, le devis de la restauration à faire étant, nous le verrons, du 19 juillet.
Faut-il penser que la réduction à 27, au lieu de 21, fut au moins envisagée?
2. Gomarmond et Branche. Martin Daussigny, ouv. cité, dit inexacte-
tement 1840.
3. Archives municipales, M'. Palais des Arts, Architecture, année 1858;
Catalogue sommaire. Martin Daussigny, inexactement, 1857.
4. Arch. mun., ibid., année 1867 ; témoignage oral du maître mosaïste
Claudius Mora qui fut alors le collaborateur de son père, Edouard Mora.
5. Le devis (19 juillet 1867) de la restauration s'élève à fr. 5319,75, et
réserve en outre l'imprévu.
6. C'est la seule pourtant qu'invoque Martin Daussigny : « Cette
mosaïque... avait de telles avaries qu'il a fallu la réduire de plus d'un
tiers. »
290 LA MOSAÏQUE DE L'iVRESSE DE BACCHUS
ailleurs ou non, des parties éliminées de la reconstitution,
spécialement le seuil. On aurait eu, semble-t-il, le moyen
de moins réduire et peut-être, par exemple, de ne réduire
qu'en longueur; on aurait ainsi, sans aucun dommage
esthétique, rapproché du carré le rectangle très prononcé
qu'était le pavement primitif. La réduction en longueur
pouvait ne supprimer que cinq, dix, quinze panneaux ; la
réduction en largeur, vu les exigences de la symétrie, en
supprimait nécessairement à elle seule deux rangées, soit
dix-huit au minimum.
Il y eut donc une seconde cause, et ce fut l'exiguïté rela-
tive de l'emplacement choisi pour recevoir la mosaïque.
Cette victime passa par l'épreuve d'un lit de Procuste à
deux dimensions. Trouvée trop longue et à la fois trop
large, elle fut raccourcie et rétrécie assez pour que le
public circulât aisément dans la salle autour de la barrière
qui la protégerait '. Je n'attribue pas à cette seconde cause
une importance excessive ; elle ne suffirait pas plus que la
première à tout expliquer. Si elle avait agi seule, on se
serait naturellement borné, pour rentrer dans les limites
voulues, à supprimer avec le seuil la plus haute rangée
transversale et une rangée longitudinale de chaque côté.
Or on est bien parti de ce dessein, mais on n'a pu le réali-
ser jusqu'au bout. Le plus grand nombre des caissons que
leur place désignait pour être maintenus, l'ont gardée ; mais
cinq l'ont cédée à d'autres pris dans les rangées sacrifiées ;
c'est apparemment qu'ils ne semblèrent pas utilisables. Le
schéma ci-joint fera voir le rapport de l'original et de la
reconstitution. Les compartiments y sont numérotés dans
le même ordre, pour le premier en chiffres arabes, pour la
seconde en chiffres romains. Le caisson qui manquait déjà
1. Il fut même question de la réduire encore davantage, de supprimer
deux autre:» rangées transversales, si du moins A limer ne fait pas erreur,
lorsqu'il écrit à Henzen : « Dans quelques jours, cette mosaïque réduite à
18 tableaux se verra dans une des salles du Palais Saint-Pierre. » (Bul
dfll Islituto ai corr. arch. rom., 1867, p. 193, nota.
1 A
<?4
* +
©
S~ = ï
©
ïi
©
/ s
@
■fi d
/i =ir
/ç A
<? s
'?=!£
20
11 +
<?Srj~
J
zr^M
Z/^TTT
?/ A
hz=xm
S^-XJT
Zl^KVïï
zj^W
-iM
?f= vu
JJ^xx/
4o J>
tt +
/ \
il sXXa)
4 3- xx m
,i£Xu
A
tr^iu
Mosaïque «le l'Ivresse de Bacchus, an Musée de Lyon (schéma)-
21*2 LA MOSAÏQUE DE i/lVRESSE DE HACCHUS
en 1841 y est indiqué par une croix et cette date, les élé-
ments détruits depuis lors par une croix.
Ce signe ne marque pas tous les éléments exclus de la
reconstitution ; car plusieurs, comme je L'ai annoncé plus
haut, existent ailleurs. Je n'ai pas eu de peine à retrouver
le seuil : il s'étale en bonne lumière dans le vestibule de la
galerie des Antiques, au-dessous de la Table Glaudienne,
tel, à fort peu de chose près, que le représente la lithogra-
phie, si ce n'est qu'on a cru devoir prolonger sur ses deux
petits côtés le rang de peltes qui le soulignait. Il fait partie
d'une décoration composite qu'en 1868 Martin Daussigny,
utilisant diverses mosaïques fragmentaires fournies par les
dépôts du Musée, imagina pour les parois de ce vestibule '.
Quatre caissons de notre pavement, moins bien placés et
moins faciles à reconnaître que le seuil, y figurent aussi, en
totalité ou partiellement. Seuil et panneaux sont marqués
sur le schéma de la lettre A. Le même conservateur fit
encastrer, dans le soubassement du couloir qui sépare les
deux salles de la sculpture, un grand nombre de débris
moindres. Parmi ce pêle-mêle, on distingue des fragments
de cinq caissons, marqués S sur le schéma. Enfin, grâce à
mon collègue, M. Focillon, directeur du Musée, qui ne
demande qu'à introduire partout le jour et l'ordre, ayant
exploré une cave, véritable capharnaùm dès longtemps
plongé dans la nuit, j'y ai découvert, avec une mosaïque de
la place des Célestins2 et beaucoup d'autres fragments dont
je poursuis l'identification, un débris qui complète, ou peu
s'en faut, l'un des caissons encastrés dans le soubassement
(DS) et trois nouveaux caissons bien conservés (D). Je
souhaite que ceux-ci aillent rejoindre aux murs du vestibule
1. Arch. mun., ibid.; même témoignage oral.
2. Inventaire des mosaïques de la Gaule; II. Lugdunaise, Belgique el
Germanie, par M. Adrien Manchet; n° 745. Les fragments que j'ai retrou-
vés, nombreux et contigus, répondent à la description et au croquis de
M. Claudius Mora, le spécialiste qui les enleva, et non à la notice de
l'Inventaire.
LA MOSAÏQUE DE L'iVRESSE DE HACCHUS 293
des Antiques, où l'espace ne leur manquera pas, les quatre
qui, sans mériter mieux cet honneur, les y ont précédés.
Ainsi se trouverait rapproché presque tout ce qui reste de
la mosaïque primitive en dehors de la reconstitution. Le
total des panneaux entièrement disparus depuis 18 il ne
s'élève donc qu'à huit ; mais de ce nombre sont, par malheur,
quelques-uns des plus intéressants : le labyrinthe circu-
laire avec les têtes de Thésée et d'Ariane au centre (2), les
bustes des sept divinités de la semaine dans un cadre com-
mun et des médaillons octogonaux de torsade (3) ; l'oiseau
dans un cadre circulaire de biges et de cariatides (8) ; le
lion parmi six oiseaux (23). Pour avoir la somme complète
des pertes, il faut ajouter que trois caissons à sujet circu-
laire, qui font partie de la reconstitution, ont perdu leur
motif central remplacé par un champ de cubes rougeâtres :
le n° 12 une tête de Méduse, le n° 18 un Silène portant sur
son épaule gauche un bâton dont les extrémités soutenaient
deux cistes de vendange; le n° 28 un satyre accroupi gar-
dien d'un enfant enchaîné.
Une autre mosaïque, découverte à la même époque et au
même endroit, acquise aussi par la ville de Lyon ', enlevée
sans doute et transportée en même temps 2, est mentionnée
dans Y Inventaire4 comme étant au Musée. Je n'ai pas jus-
qu'à présent trouvé trace de ce pavement. Branche lui attri-
bue trente-deux caissons contenant « des losanges, des
têtes de Bacchus couronnées de pampre et de Gybèle cou-
ronnées de tours ». Gomarmond affirme que cette petite
mosaïque était en général mieux conservée que la grande,
qu'elle mesurait G mètres et 2 m 33, qu'elle était « décorée
de médaillons à masques de théâtre avec des ornements
1. Arcli. mun., série citée, dossiers de 1857 et 1858 (dans le dossier de
1807, il n'est plus question de la petite mosaïque); Revue archéol., pas-
sade cité.
2. Du moins le devis de 1857 concerne-t-il l'enlèvement, le transport et
la mise en place des deux mosaïques.
8. I, n" 173.
29 i LIVRES OFFERTS
variés de vases, de tiges de plantes », et qu'une grecque
entourait les principaux sujets. Rien de ce que j'ai vu dans
les salles et les dépôts ne ressemble à L'une ou à l'autre de
ces descriptions qui ne se ressemblent guère entre elles.
LIVRES OFFERTS
M. Babelon a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, de la part de l'auleur,
M. Charles Fremonl, un mémoire intitulé : Le balancier à vis pour
estampage (1916, in-4°). C'est une étude expérimentale de technolo-
gie industrielle qui fait suite à de nombreux travaux de même nature
que l'auteur a publiés antérieurement : ils ont trait principalement à
la résistance des métaux, à leur élasticité, au laminage, à la fusion,
au rivetage, etc. L'auteur est, d'ailleurs, professeur â l'Ecole supé-
rieure des Mines et ses travaux relèvent plutôt de l'Académie des
sciences que de la nôtre. Pourtant quelques-uns d'entre eux sont
particulièrement dignes d'être signalés à l'attention des archéo-
logues. Je noterai, par exemple, les Etudes techniques de M. F rémont
sur la chaudronnerie même dans l'antiquité, sur le cisaillement et
le poinçonnage des métaux, sur la fonderie de cuivre, sur le coup de
pointeau central dont on voit les traces sur le flan de nombreuses
monnaies antiques, surtout sur les grandes pièces de bronze de la
série des Lagides et des Séleucides ; sur l'origine et l'évolution des
outils de l'époque préhistorique ; sur l'origine de l'horloge à poids,
etc. M. Fremont a même consacré une étude spéciale au carré creux
des monnaies grecques archaïques, considéré au point de vue de la
fabrication technique.
<i Le nouveau mémoire qu'il m'a chargé d'offrir à l'Académie, sur le
balancier à vis pour estampage, passe en revue, au point de vue
mécanique, les instruments qui, dans l'antiquité, au moyen âge et à
l'époque moderne, ont servi à la Trappe des monnaies et des bijoux :
coins, emporte-pièce, poinçons, étampes, bouteroles, matrices, presse
à foulon, etc.
<< Le caractère exclusivement technique des recherches de M. Fre-
mont, la description minutieuse des opérations successives de la
fabrication monétaire est, on le voit, tout autre que le point de vue
SÉANCE DU 30 JUIN 1916 29:',
qu'envisagent d'ordinaire le numismate et les archéologues. 11 vient
donc très utilement compléter nos propres recherches et, en quelque
sorte, s'y adjoindre sans empiéter sur notre domaine. Il nous fournit
les résultats d'expériences mécaniques qu'il peul être très important
pour nous de connaître.
SÉANCE DU :M) JUIN
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROI3ET.
M. Morei-Fatio, au nom de la Commission du Prix Raoul
Duseigneur, annonce que le prix extraordinaire de cette année
a été décerné à M. Leite de Vasconcellos, archéologue portugais,
professeur à l'Université de Lisbonne, pour l'ensemble de ses
travaux d'archéologie hispanique.
M. Paul Fournier appelle l'attention de l'Académie sur une
décision du IIe concile de Latran. tenu en 1 139, sous la prési-
dence du pape Innocent II. Le concile prohibe l'usage, dans les
guerres entre chrétiens, de l'arc et de l'arbalète, considérés
comme des engins trop meurtriers; cette disposition fut insé-
rée, au siècle suivant, clans le recueil officiel des Décrétales.
File fait partie d'une série de mesures prises par l'Fglise pour
atténuer les maux de la guerre qu'elle se reconnaissait impuis-
sante à supprimer: on sait que la plus ancienne de ces mesures
est la Trêve de Dieu. Alors prit naissance un courant qui repa-
rut à l'époque moderne et trouva son expression dernière dans
les conventions diplomatiques systématiquement méconnues et
violées par nos adversaires, qui répudient ainsi les meilleures
traditions de la société chrétienne. M. Fournier recherche les
motifs qui inspirèrent la décision du concile de Latran : perfec-
tionnement du mécanisme de l'arbalète qui devenait ainsi plus
dangereuse, modifications dans la tactique du combat, à la suite
de la première croisade, et il constate que celle décision ne lut
guère respectée que par la France, dont les soldats, pendanl
près d'un demi-siècle, s'abstinrenl d'employer l'arbalète.
296 séance di 30 .11 i.n 1916
MM. Salomon Reinacii, Maurice Croiset el Edouard Cha-
\ \wi > présentent quelques observations.
M. Antoine Thomas signale une curieuse tentative faite aux
environs de l'an (300, à Paris même, pour distinguer, dans l'or-
thographe du Français, le iinal masculin de le final féminin.
Elle consiste à écrire Ve masculin par un e cédille, procédé que
l'on retrouve seulement au xvie siècle, où Giles du Wés, profes-
seur de français du roi d'Angleterre Henri VIII, et Louis Mei-
gret en ont fait un large emploi. Le seul manuscrit où M. Tho-
mas ait constaté cet usage est le journal du trésor de Philippe
le Bel pour les années 1298-1301, conservé à la Bibliothèque
nationale
MM. Maurice Prou el Omont présentent quelques observa-
tions.
M. (îlot/, lit un mémoire sur l'histoire de Délos d'après le
prix d'une denrée
Sur la proposition du Président, l'Académie réélit les membres
de la Commission de vérification des comptes : MM. Omont et
Guq.
Au moment où le Président donne la parole au Secrétaire
perpétuel pour les hommages, M. Maspero est frappé d'un
malaise subit. Plusieurs de ses confrères s'empressent à son
secours. Un médecin, aussitôt appelé, ne peut malheureusement
que constater le décès.
/ e Gérant, A. Pic krd.
MAÇON, l'ROTAT t'RKRES, I M l'H I M I I II -
COMPTES REiNDUS DES SEANCES
DE
L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES -LETTRES
PENDANT L'ANNÉE 1916
PRÉSIDENCE DE M. MATRICE CROISE!
SÉANCE DU 7 JUILLET
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
M. Maurice Croiset prononce, au sujet de la perte que l'Aca-
démie vient de l'aire dans la personne de son Secrétaire perpétuel,
M. Maspero, les paroles suivantes qui sont écoutées avec émotion :
« Mes chers Confrères,
« Vous avez encore devant les yeux le drame silencieux et poi-
gnant qui s'est passé ici même vendredi dernier. Vous m'excu-
serez si j'éprouve de nouveau et si j'ai peine à dominer, en me
retrouvant à cette place, l'émotion qui m'a étreint, quand j'ai
vu s'affaisser dans la mort, à mes côtés, notre éminent Secrétaire
perpétuel, un des plus chers compagnons de ma jeunesse, un
ami de toute ma vie.
« Ce n'est ni le lieu ni le moment de raconter en détail cette vie
si active, si féconde en oeuvres qui ont honoré grandement la
science française. Le nom de Gaston Maspero a pris place désor-
mais, dans l'histoire de légvptologie, à côté des plus illustres.
I) autres, plus compétents, apprécieront les travaux qui l'ont
mis en si haut rang dans l'estime universelle. Je veux seule-
1916 -JU
298 SÉANCE DU " JUILLET L916
meut aujourd'hui rendre à notre confrère disparu un premier
hommage, simple témoignage de notre douleur et de nos regrets.
« Né à Paris, le 23 juin 1846, Gaston-Camille-Charles Maspero
était, par sa famille, d'origine italienne. 11 dut peut-être à l'Italie
quelque chose de cette souplesse d'esprit, qui fut un de ses dons
naturels, mais il ne dut qu'à lui-même la force de volonté qu'il
a manifestée dans toute sa carrière. Il lit ses études, de très
brillantes études, à Paris, au lycée Louis-le-Grand. L'histoire,
je m'en souviens, avait dès lors pour lui un intérêt particulier.
et je ne sais quel instinct l'orientait, tout jeune encore, vers les
études qui devaient un jour l'illustrer. Il était égyptologue avant
d'avoir quitté le lycée, il l'était avec passion.
« Qu'il me soit permis de rappeler quelques visites au musée
égyptien du Louvre que nous finies à quinze ans, visites dans
lesquelles ma profonde ignorance s'émerveillait à bon droit d'une
science qu'aucune question ne trouvait jamais en défaut. D'ail-
leurs cette spécialisation précoce n'était pas absorbante ; elle
ne nuisait en rien à ses autres études. Il s'appliquait à tout,
il réussissait en tout. Il entra dans sa carrière de savant.
pourvu de l'éducation classique la plus solide et la plus complète.
« Reçu en 1865 à l'École normale supérieure, il n'y resta que
deux ans. A la suite du licenciement de 18*>7, profitant d'une
occasion qui s'offrait à lui, il alla passer un an dans l'Amérique
du Sud, heureux de s'initier aux vieilles civilisations améri-
caines, dont on ne s'occupait guère alors dans notre pays.
« Il revint en France en 1868; et, depuis lors, on peut dire
qu'il s'est donné tout entier à sa science préférée, sans jamais
s'en laisser distraire ni s'en fatiguer. L'Kcole des Hautes Études,
qui venait de naître, l'accueillait immédiatement, en 1869, comme
répétiteur de langue et d'archéologie égyptiennes. Quatre ans
plus tard, en 1873. il obtenait le grade de docteur es lettres,
avec une thèse sur le Heure épistolaire chez les anciens Égyp-
tiens, qui fut le premier travail d'égvptologie présenté en France
devant une Faculté des Lettres.
■ I fn peu plus tôt, en 1872, la chaire de philologie et antiquités
égyptiennes, qui avait été créée au Collège de France, en 1831,
pour Champollion, sous le titre de chaire d'archéologie, et qui
avait été successivement occupée par Letronne, par Charles
SÉANCE DU 7 JUILLET 1916 299
Lenormant et par Emmanuel de Rougé, était devenue vacante
par la mort de ce dernier. L'assemblée des professeurs proposa
pour lui succéder Gaston Maspero, alors âgé de vingt-six ans
seulement. Jugé trop jeune par un minisire trop scrupuleux, il
ne fut nommé professeur que deux ans plus tard, le 4 février
1874.
« Son enseignement et ses travaux justifièrent bien vite et bien
complètement la confiance cpie lui avait témoignée l'assemblée
du Collège de France. Lorqu'on organisa, en 1880, la mission
archéologique qui allait devenir l'Ecole française du Caire, il se
trouva tout naturellement désigné pour en être chargé. Toute sa
vie, depuis lors, se partagea entre l'Egypte et la France.
« De 1880 à 1880, il organisa l'Ecole nouvelle avec une intelli-
gence pratique et une activité vraiment admirables. En même
temps, ayant recueilli, en 188J , l'héritage de Mariette comme
directeur des fouilles et antiquités de l'Egypte, il entreprenait la
double tâche de préserver les monuments anciens déjà décou-
verts et d'entamer des explorations nouvelles. Prodiguant ses
forces jusqu'à compromettre sérieusement sa santé, il réalisa
celte tâche avec un remarquable succès, malgré d'incessantes
difficultés. \e se rebutant de rien, aussi habile à négocier que
ferme dans ses desseins, il se montrait capable de pourvoir à tout.
Son autorité de savant était soutenue par une patience ingé-
nieuse et inlassable qui réussissait presque toujours à reprendre
ce qu'elle avait paru d'abord abandonner, et il venait à bout de
tout.
«En 1886, l'état de sa santé le ramenait en Fiance, et il y
reprenait ses cours au Collège de France ainsi qu'à l'Ecole des
Hautes Eludes ; double enseignement singulièrement élargi et
fortifié parles connaissances qu'il n'avait cessé d'augmenter pen-
dant ses missions. Il le continua pendant quatorze ans. Puis, en
1899, il retournait en Egypte pour y reprendre le poste diflicile
qu'il avait occupé déjà si brillamment. On sait ce que le Muser
du Caire et le Service des antiquités sont devenus alors, grâce à
lui. Ce fut une nouvelle période de travaux aussi féconds que
fatigants, où il développa l'œuvre qu'il avait commenc
quelques années auparavant. Il s'y donna avec un dévouement
sans bornes, avec une conscience admirable, qui n'ont pas subi
:{()(.) SÉANCE DU 7 .llll.l.i:i 1916
un seul instant de défaillance. Il y usa peu à peu sa santé. En
1914, il lui fallut abandonner définitivement l'Egypte. Il rentra
en France presque épuisé et, malgré cela, dans le courant de
1915, il reprit, au Collège de France, son cours abandonné
depuis seize ans.
« Dans le cadre biographique déterminé par ces quelques laits
et par ces dates, quelle succession de publications et de travaux
ne devrais-je pas rappeler, si je voulais marquer les progrès
qu'il a fait faire à l'égyptologie ? Ses élèves, devenus à leur tour
des maîtres dans cette science, jeune encore et déjà si étendue,
exposeront tout ce qu'il a réalisé par ses fouilles, par ses déchif-
rements d'inscriptions et de papyrus, par ses mémoires, par ses
leçons. A défaut de compétence personnelle, je dois me conten-
ter de dire, d'après leur témoignage unanime, qu'il a su embras-
ser, avec une force d'esprit exceptionnelle, un domaine immense,
qu'il en a éclairé presque toutes les parties et qu'il n'en a
négligé aucune. L'histoire de l'Egypte ancienne est étroitement
associée à celle de l'Asie antérieure d'abord, puis à celle de la
Grèce. Maspero avait senti, dès ses débuts, qu'il lui était indis-
pensable, pour interpréter la vie du peuple égyptien, de con-
naître à fond celle des autres peuples de l'Orient. Il tint donc à
s'initier aux recherches relatives à l'Assyrie, à la Chaldée, à
la Perse, à l'Arabie, aux nations de la Syrie et de l'Asie Mineure*
11 voulut se mettre en état de les contrôler par lui-même; et il y
réussit, grâce à une étonnante puissance d'assimilation et à
une mémoire qui ne laissait rien perdre.
« C'est de ce labeur qu'est sortie son Histoire ancienne des
peuples de l'Orient, ébauchée d'abord sous la forme d'un manuel
qui est demeuré classique, puis élargie et complaisamment déve-
loppée en trois volumes, publiés de 1895 à 1899, où se trouve
condensé tout ce que l'on savait sur l'Orient à la lin du
xixe siècle. Ce bel ouvrage, consulté avec fruit par les savants
eux-mêmes, olFrira longtemps au grand public la meilleure syn-
thèse de ces histoires obscures qui font revivre sous nos
yeux les drames d'une humanité lointaine. De la sécheresse des
vieilles annales, Maspero a su faire surgir des tableaux pleins de
vie ; il nous montre des intérêts et des passions en jeu, des luttes
effroyables et de terribles révolutions, des royaumes qui s'élèvent
SÉANCE DU 7 JUILLET 1916 301
et d'autres qui s'écroulent; il semblerait qu'il eût connu per-
sonnellement les acteurs de ces sanglantes tragédies, tant sont
précis les portraits qu'il en dessine; et derrière ces péripéties,
il découvre à nos yeux d'antiques civilisations, des religions et
des cultes, des lois, des sciences et des arts. Archéologue et his-
torien, comme il l'a montré dans les deux éditions de son Manuel
d'archéologie égyptienne, il a pu concrétiser dans son histoire
de l'Orient les évocations brillantes du narrateur par les illus-
trations les mieux choisies. Et il est résulté de là une œuvre qui
parle aux yeux autant qu'à l'imagination et qui est vraiment la
représentation la plus suggestive d'un monde disparu.
« La science unie au talent donnait à Maspero le droit d'entrer
à l'Académie des inscriptions à un âge où Ton oserait à peine,
ordinairement, ébaucher de loin une première candidature. Il en
devint membre à trente-sept ans, en 1883. Il a donc appartenu
à notre Compagnie pendant trente-trois ans. Ses séjours en Egypte
l'en tinrent éloigné, il est vrai, pendant une longue période de
temps. Mais, absent de l'Académie, il ne l'oubliait pas. Nous nous
souvenons tous des rapports annuels, si précis et si vivants, par
lesquels il nous mettait au courant de ce qui se faisait là-bas
sous sa direction; rapports dans lesquels, bien souvent, il s'atta-
chait surtoutà louer ses collaborateurs. Quand la place de secré-
taire perpétuel devint vacante, à la fin de juin 1914, à la mort de
Georges Perrot, nos suffrages l'y appelèrent unanimement.
Nous nous disions alors que personne ne ferait mieux que lui
l'éloge de l'émiiient archéologue et de l'homme excellent qui avait
été l'un de ses maîtres. Et vous vous rappelez avec quelle grave et
touchante simplicité il nous retraça, clans notre dernière séance
publique, sa vie et son œuvre. Dans son trop court passage au
secrétariat, il a manifesté les qualités d'administrateur dont il
avait donné tant de preuves dans sa carrière. Mais celles qui
nous attachaient tous à lui étaient d'un ordre plus intime et plus
délicat. La simplicité de ses manières était charmante, sa
bonté était exquise. Nul ne fut plus fidèle que lui aux vieilles
amitiés, plus prompt à obliger ni plus heureux de pouvoir le
faire. Il avait une énergie patiente et comme voilée, qui s'alliait
à une sensibilité profonde. Lorsque son fils, Jean, qui avait été
plus particulièrement son élève et dont les premiers succès le
3l)2 SÉANCE DU 7 JUILLET 11H6
remplissaient de joie, tomba glorieusement pour la patrie,
cpielque effort qu'il ait fait pour se dominer lui-même, tous ceux
qui l'approchaient sentirent qu'il était, lui aussi, frappé à mort.
Il fallut l'admirable dévouement de celle qui avait partagé
toutes ses fatigues, et qui partageait toutes ses douleurs en les
adoucissant, pour lui permettre de résister à cette terrible
épreuve. C'est dans la vie de famille et dans les plus intimes
atFections qu'il avait toujours puisé la meilleure partie de sa
force morale; c'est là qu'il retrouva aussi, aux derniers jours de
sa vie, sa suprême consolation. Il semble naturel que, dans
l'hommage dont je me fais ici l'interprète, le souvenir de ce
savant qui a si noblement contribué par son labeur à la bonne
renommée de notre pays ne soit pas séparé de celui du jeune
homme qui a donné sa vie pour le défendre. Et il est juste aussi
que, par ce rapprochement, un double honneur soit attaché au
nom qu'ils ont ainsi glorifié l'un et l'autre, afin d'apporter, si
cela est possible, quelque atténuation à la douleur de la veuve
et de la mère, doublement éprouvée. »
Le Secrétaire perpétuel intérimaire donne lecture d'une
dépêche de condoléances adressée à l'Académie, à l'occasion de
la mort de M. Maspero, par le Secrétaire de l'Académie des
sciences de Turin. Elle est ainsi conçue :
Turin, 3 juillet.
La mort de M. Gaston Maspero, membre étranger de notre Aca-
démie royale des Sciences, est une très grave perte pour la science et
un deuil commun aux deux nations latines sœurs. Je vous prie
d'agréer nos vives condoléances et l'expression d'une intime solida-
rité dans la douleur présente comme dans la très prochaine joie de la
victoire commune.
Le Secrétaire de l'Académie,
Ettore Stampini.
Le Président lit l'article du règlement relatif à l'élection du
Secrétaire perpétuel. Elle aura lieu le vendredi 21 juillet.
M. Héron de Villefosse communique à l'Académie une lettre
qui lui a été adressée par M. Lemonnier, membre de l'Académie
des beaux-arts ' .
I . Voir ci-après.
LES STUCS DU COLISÉE 303
M. Fournier donne lecture de son rapport sur le concours des
Antiquités de la France de cette année '.
M. Glotz continue la lecture de son mémoire sur l'histoire de
Délos d'après le prix d'une denrée.
M. Homolle présente quelques observations.
COMMUNICATION
LETTRE DE M. HENRY LEMONN1ER,
MEMBRE DE L'ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS,
SLR LES STUCS DU COL1SÉE.
Mon cher confrère,
Vous avez eu l'obligeance de me faire connaître un
article de Lanciani, signalant deux dessins de Jean d'Udine 2,
le célèbre collaborateur de Raphaël, qui donnent l'idée de ce
que pouvait être la décoration en stuc de certaines parties
du Colisée. On les trouve gravés dans le Recueil d'es-
tampes tf après les plus beaux tableaux et tï après les plus
beaux dessins qui sont en France dans le Cabinet du Roy'K..
avec ce titre : Grotesques ou ornements de stuc qui étaient
dans le Colisée à Rome, d'après le dessin de Jean d'Udine.
Le n° 76 (gravé par Caylus) représente une moitié d'arcade
feinte soutenue par des colonnettes, avec guirlandes de
fleurs, un génie volant et, au-dessus de l'entablement, des
satyres dénudant une femme endormie. Le n° 77 (gravé éga-
1 . Voir ci-après.
2. BuUettino délia Commissione comunale di Roma, 1880, p. 216.
3. 2 vol. in-f», 1729, t. I, n- 76 et 77. L'un do ces dessins était dans le
Cabinet du Roi et l'autre dans celui de Crozat. Ce dernier venait de la
collection du cardinal Vittoria.
On peut consuller sur l'amphithéâtre llavicn un mémoire de Marangoni
et surtout l'ouvrage récent et très important de Colagrossi, L'Anfitealro
Flavio, 1913, in-4".
3(1 ï LES STUCS DU COLISÉE
lement par Caylus) montre aussi une moitié d'arcade
feinte et un entablement, mais en outre une voûte avec
caissons. Les motifs ornementaux sont les mêmes ; les cais-
sons contiennent des scènes mythologiques, inventées ou
arrangées par Jean d'Udine, au dire des archéologues com-
pétents, et dont sans doute il n'y a pas à tenir compte.
On pourrait, d'après cela, se demander si même les
motifs décoratifs présentent quelques garanties d'exacti-
tude ou s'il ne faut y voir que la fantaisie de l'artiste du
xvie siècle. Mais nous pouvons les confronter avec deux
autres documents jusqu'ici inconnus ou inemployés. Il
existe a la Bibliothèque de l'Institut1 deux albums de des-
sins attribués à Charles Errard2, et même, par Mariette, à
Poussin, cette dernière attribution tout k fait contestable,
à mon avis. Mais, à coup sur, ils appartiennent au
xvne siècle et plutôt à la première moitié. On y trouve de
nombreuses reproductions d'antiques : vases, bas-reliefs,
statues, à côté de motifs décoratifs tirés de Raphaël, de
Peruzzi, etc. Au folio il du t. I, on lit, en bas d'une grande
planche double : Bas-reliefs de sfuc qui ornent le plafond
d'un des grands vestibules du Colisce, et au f° 1 2 : Ornements
et bas-reliefs de stuc au-dessus d'une des arcades par où
l'on entre dans les quatre grands vestibules du Coliséc. Toute
l'ornementation du f'J 12 est semblable à celle des dessins de
Jean d'Udine, sans en constituer une copie, car elle n'est p;is
prise du même point de vue. Le f° 11, beaucoup plus déve-
loppé, offre un grand cadre horizontal, deux cadres verti-
caux, des caissons, etc., avec des scènes mythologiques
1. N. 100 a et 100 a*, gr. in-f.
2. Il s'agit de Charles Krrard II. peintre, graveur et architecte, qui passa
à Rome une partie de sa vie et fut directeur de l'Académie de France de
1666 à 1672, puis de 167.) à 1689. Il a construit l'église de l'Assomption à
Paris, décoré des appartements à Versailles, au Louvre, aux Tuileries, la
salle des machines des Tuileries, ce qui donne un motif sérieux de lui
attribuer les dessins des deux albums. Une pari ic de son reuvre f dont il ne
reste plus rien) a été gravée.
LES STUCS DU COLISÉE 303
qui sentent la fantaisie, comme celles que figurait Jean
d'Udine. Mais toute la partie décorative doit être conser-
vée et tenue pour exacte, puisqu'elle s'accorde avec les
dessins du recueil Crozat.
Bien mieux, elle s'accorde avec un autre document encore
plus indiscutable.
On connaît l'ouvrage de l'architecte Desgodetz, publié
en 1682 : Les édifices antiques de Rome dessinés et mesurés
très exactement (l vol. in-f°) '. Cet ouvrage, qui eut un suc-
cès exceptionnel, et que consultèrent tous les architectes
jusqu'à la lin du xvm° siècle, se compose de planches
médiocrement gravées, qu'accompagne un commentaire
explicatif assez bref. Treize planches sont consacrées au
Colisée. Elles n'en reproduisent aucun motif ornemental.
Mais Desgodetz avait conservé le cahier de ses croquis
originaux : un petit volume de format in-4° carré2. Recueil
précieux, parce qu'il contient des notes et des dessins pris en
face des monuments et dont plusieurs détails ne passèrent
pas dans l'ouvrage gravé. On y trouve même quelques monu-
ments que Desgodetz n'a pas reproduits. Il vaut, je crois,
d'être signalé et mériterait peut-être une étude particulière.
Pour le moment, je n'en retiens que les croquis du f° 67,
ainsi désignés dans un style aussi incorrect que l'orthogra-
phe et l'écriture :
Développement du Sophide des arcs du second corridor exté-
rieur du 1"' ordre, qui entre en la grande salle du milieu du
Colisée.
Les grands paneaux sont des bas-reliefs d'histoire et les petits
sont des jeux d'enfants; l'un et l'autre, ils sont si ruinés que l'on a
beaucoup de peine à en connoistre quelque chose.
Frise et Sophide de la voulte du milieu de la grande salle du
1er ordre du Colisée.
l. Antoine Desgodetz 1653-1728 avait été un des premiers élèves de
l'Académie d'architecture. Il lit plus tard partie de l'Académie, el y joua
un ^rand rôle comme membre, puis comme professeur. C'était surtout un
érudit, un archéologue, un technicien.
•->. Bibliothèque de l'Institut, MSS. X. S. LXIV.
306 LES STUCS DU COI.ISÉK
Les bas-reliefs do cette voulte son! comme les autres si ruinés
qu'on ni connois rien.
Selon les apparences, toutte cette édiffices estoil fort ornée de
stucque ; il en reste encor beaucoup des petits arcs qui entre au
petit corridor intérieur, qui le sont.
Mesine en beaucoup d'autre endroits, il y a aussi de pareille
ornements, mais fort ruinés.
Puis deux dessins de détail des bordures :
Petits paneaux Grands paneaux
Marqués X Marqués V
Il n'y a pas à douter de l'absolue sincérité de ces dessins.
Desgodetz n'a pas essayé d'en restituer les parties dispa-
rues, mutilées, ni de rien interpréter. Il s'est borné à une
transcription qu'on pourrait dire naïve.
Or, si l'on rapproche les croquis de Desgodetz des dessins
de Jean d'Udine ou d'Errard, on retrouve un très grand
nombre de motifs identiques dans la disposition générale,
dans les détails ornementaux, etc. Les trois documents se
justifient l'un par l'autre, se complètent et permettent une
reconstitution au moins partielle de ces décors de stuc si
goûtés des artistes romains de l'Empire. Ils permettent
même de les localiser et de restituer quelques ensembles1.
Et maintenant, si l'on songe que ce décor du Colisée fut
vu par les artistes du xvie siècle, alors qu'il était intact en
certaines parties ; qu'il fut. étudié par eux — les dessins de
Jean d'Udine en font foi — ; qu'il dut être regardé par
Raphaël, si amateur des antiquités romaines, on considérera
qu'il ajoute un élément non seulement à la connaissance de
l'art antique, mais aussi à l'histoire du style décoratif de
la Renaissance italienne et de notre style, à nous, qui s'est
tant inspiré de l'Italie.
Il resterait à chercher si quelques-uns de ces motifs ont
passé plus ou moins directement dans des œuvres du
1. Colagrossi (ci-dessus, p. 55), qui a étudié jusque dans le moindre détail
la décoration du Colisée, n'a connu ni le recueil d'Krrard, ni le ms. de Des-
godetz. Il ne pouvail le,s connaître.
CONCOURS DES ANTIQUITÉS NATIONALES 307
xvie siècle, et le parti qu'en aurait tiré Charles Errard, qui
fut précisément dessinateur d'ornements. C'est une étude
spéciale à faire. Jusqu'à présent, je n'ai trouvé aucune imi-
tation, sinon de détail.
APPENDICE
RAPPORT SUR LE CONCOURS DES ANTIQUITÉS DE LA FRANCE
EN 1910; LU PAR M. PAUL FOURNIER, MEMBRE DE L'ACADÉMIE,
DANS LA SÉANCE DU 7 JUILLET 1910.
Messieurs et chers confrères,
Six ouvrages ont été soumis à votre Commission du Con-
cours des Antiquités de la France. C'est bien peu, si l'on
compare ce chiffre aux chiffres des années antérieures ; les
événements que traverse la France depuis deux ans
expliquent assez cette pénurie pour qu'il ne soit pas besoin
de lui chercher d'autre cause.
La Commission a eu le regret de ne pouvoir retenir un
de ces ouvrages, portant sur des événements du règne de
Louis XIV. Il est en effet de règle que le concours n'est pas
ouvert aux écrits consacrés à une période postérieure à la
mort de Henri IV.
Restaient cinq ouvrages, à l'examen desquels notre Com-
mission a procédé. A la suite de cet examen, elle a attri-
bué des médailles à deux des œuvres qui lui ont été sou-
mises, et n'a point accordé de mention.
En première ligne, elle a sans hésitation placé le travail
manuscrit de M. Pierre Gautier, archiviste de la Haute-
Marne, intitulé : Eludes diplomatiques sur les actes des
évcques de Law/res, </u VIIe siècle à 14 36.
La portion principale de cet ouvrage esl un catalogue des
3dS CONCOURS DES ANTIQUITÉS NATIONALES
actes des évêques. L'auteur en a réuni 281», parmi lesquels
un bon nombre d'actes inédits, dont il a publié le texte
in extenso. Quant aux actes déjà publiés, il se borne à les
résumer et renvoie pour le texte aux ouvrages imprimés.
Parmi ces nombreux actes, L'auteur a reconnu 2b apo-
cryphes.
Il n'est pas besoin de démontrer l'intérêt que présentent
les actes anciens. Beaucoup d'entre eux fournissent les ren-
seignements les plus précieux sur l'organisation politique
de l'ancienne France; l'historien du droit public ne saurait
les négliger. Quant aux actes portant sur des objets qui
concernent le droit privé, ils ne sont pas de moindre impor-
tance ; quiconque a étudié le droit des personnes, de la
famille ou du patrimoine a pu facilement s'en rendre compte.
En outre, les actes fournissent des renseignements abon-
dants qui, pour être étrangers à leur objet propre, n'en
sont pas moins d'une grande valeur, par exemple sur les
généalogies, la chronologie, la géographie historique, la
philologie, l'histoire des poids, mesures et monnaies. Il
en résulte que tout catalogue permettant de retrouver faci-
lement les actes est un très utile instrument de travail pour
les historiens. Un tel recueil sera d'un plus grand prix si
les documents d'une même chancellerie y sont groupés de
telle façon qu'il soit possible de comparer les actes et d'en
déduire les règles diplomatiques qui guidèrent les rédac-
teurs et les scribes chargés de les dresser. Par ce moyen,
le critique arrivera à séparer l'ivraie du bon grain, c'est-à-
dire les actes apocryphes des actes authentiques.
Le catalogue des actes des évêques de Langres dressé
par M. Pierre Gautier répond à cette conception scienti-
fique. Les actes des évêques y sont classés chronologique-
ment ; pour chacun, l'auteur indique d'abord la date, rame-
née au style moderne, puis vient l'analyse très complète
de la pièce. On trouve ensuite, si le texte n'est pas édité
in extenso, Vincipit de l'acte, et la formule de la date telle
I
CONCOURS DES ANTIQUITÉS NATIONALES 309
qu'elle se présente dans le document. L'auteur donne
ensuite l'indication des manuscrits qui ont conservé le
texte; il mentionne d'abord l'original, s'il existe, puis les
copies prises sur l'original, mais indépendantes les unes des
autres, et enfin les copies des copies. Les derniers para-
graphes signalent les ouvrages ou recueils imprimés où
figure l'acte catalogué et aussi les œuvres diverses qui
en font mention. S'il y a lieu, M. Gautier ajoute une
note pour justifier la date assignée par lui à l'acte, ou pour-
faire remarquer les anomalies et les interpolations. Le
répertoire des actes est suivi d'un catalogue des sceaux,
accompagné de photographies. Tous les sceaux des évêques
de Langres y figurent depuis 1050 jusqu'à la Révolution;
toutefois, à dater de 1345, l'auteur a cessé de décrire les
sceaux et s'est borné à une simple énumération.
Le catalogue des actes des évêques est précédé d'une
longue et minutieuse étude où M. Gautier, après avoir passé
en revue les fonds d'archives auxquels il a puisé, s'est
efforcé d'établir les règles diplomatiques en usage dans la
chancellerie des évêques de Langres. Il a complété son
œuvre en y joignant des tableaux des dignitaires de l'église
de Langres et de copieuses dissertations consacrées aux
actes apocryphes ou suspects. L'ouvrage se termine par
seize pièces, ajoutées comme preuves, dont l'utilité peut
être contestée ; l'auteur s'était d'ailleurs abstenu de les
annoncer dans son introduction.
On voit que M. Pierre Gautier a compris son œuvre
d'après un plan large en même temps que scientifique. En
général, l'exécution de ce plan répond à toutes les exi-
gences de la critique. L'auteur s'est montré toujours sou-
cieux de l'exactitude de ses observations, en même temps
que sagace, judicieux et prudent dans ses conclusions. 11
lui arrive cependant d'omettre des particularités qu'il eûl
bien l'ait de signaler; parfois, quand il rencontre des diffi-
cultés d'interprétation, il n'épuise pas les hypothèses aux-
310 CONCOURS DES ANTIQUITÉS NATIONALES
quelles il serait possible de recourir pour les résoudre.
Quelques-unes des notices sur les actes apocryphes eussent
gagné à être rédigées avec plus de clarté ; peut-être aussi
L'auteur n'a-t-il pas su mettre en lumière, avec toute la
netteté désirable, les résultats de ses recherches sur la
diplomatique des évoques de Langres. Très maître de toutes
les ressources de l'érudition locale. M. Gautier semble
moins informé de celles de l'érudition qui en dépasse les
limites; dans ses citations d'ouvrages imprimés, il omet
parfois des publications importantes, telles que celles de
Pardessus et des Monument a Germaniae, de même qu'il
s'abstient de faire allusion a certaines questions d'ordre
général, que touchent les documents par lui catalogués.
L'auteur n'en a pas moins accompli une œuvre très méri-
toire, fruit de laborieuses recherches, conduites avec beau-
coup de soin et de conscience, d'après une méthode vrai-
ment scientifique. Les résultats acquis sont de nature à
éclairer, non seulement l'histoire des évêques de Langres,
mais aussi celle de la Bourgogne, et, à un point de vue plus
général, celle de la diplomatique et des institutions diocé-
saines. Il est à souhaiter que M. Gautier publie bientôt son
travail après une revision qui lui permettra de le complé-
ter et de l'unifier sur divers points de détail. Peut-être, et
nous ne saurions trop le désirer, son exemple provoquera-
t-il des entreprises semblables, de la part de nos archivistes,
pour les plus importants diocèses de l'ancienne France : il
est inutile d'insister sur l'utilité de premier ordre qu'offri-
rait pour notre histoire un ensemble de travaux de ce genre.
J'en ai dit assez, je crois, pour justifier la deuxième médaille
que nous avons attribuée à l'œuvré de M. Gautier.
En seconde ligne, la Commission a placé l'œuvre de
M. Morel : Le plan <ï Ar ras- ville en 13S"2, a laquelle elle
attribue une troisième médaille. — Cet ouvrage, comme
le dit l'auteur, est une simple étude de topographie arra-
geoise, sans prétentions historiques. Il y est question
CONCOURS DES ANTIQUITÉS NATIONALES 311
uniquement de la ville des comtes, et non de la ville d'Arras
tout entière, telle que l'a constituée l'édit de réunion de
1749; jusqu'à cette époque, en effet, la ville comtale et la
cité épiscopale, encore qu'elles fussent juxtaposées, for-
maient deux agglomérations distinctes et autonomes. L'ou-
vrage de M. Morel, édité sous les auspices de l'Académie
d'Arras, avec le concours de la municipalité, est une recons-
titution topographique de la ville, telle qu'elle existait à
la fin du xive siècle.
Cet ouvrage a pour fondements deux registres, l'un de
1382, l'autre de 1396, comprenant toutes les propriétés
immobilières de la ville, groupées par paroisses et subdi-
visées en tours pour l'usage du clergé paroissial. L'auteur
s'est aidé aussi d'autres recueils de textes de la même
époque, et de chartes conservées, comme ces registres, dans
les divers dépôts d'archives d'Arras. Ainsi son œuvre
repose sur des documents excellents, et très sûrs. Laissant
a peu près complètement de coté les ouvrages qui ont pré-
cédé le sien, parce qu'il en a reconnu les lacunes et les
imperfections, M. Morel est arrivé à décrire, maison par
maison, la ville d'Arras à une époque particulièrement inté-
ressante de son histoire, puisque c'est le temps où, sous les
premiers ducs de Bourgogne de la maison des Valois, son
industrie fut le plus florissante. Sur chaque immeuble,
M. Morel résume, en termes brefs et clairs, les informations
qu il a recueillies au prix d'un minutieux et pénible travail,
et s'efforce de résoudre les problèmes qui s'offrent à sa
critique. On jugera de l'importance de son œuvre, si l'on
veut bien considérer qu'elle retrace l'histoire de très nom-
breuses maisons.
Cet ouvrage ne concerne pas seulement la topographie
historique d'Arras. Il sera consulté avec fruit par quiconque
s'occupe de l'histoire de la population, des mœurs, de 1 in-
dustrie, du commerce, et aussi par quiconque s'intéresse
à ces familles bourgeoises d'Arras, opulentes «'I anciennes.
:!I2 CONCOURS hi;s AMlni lil.> NATIONALES
dont les noms se retrouvent dès le x m0 siècle et sont parfois
mentionnés dans les poésies des jongleurs et dans les listes
vénérables de la confrérie des Ardents. Le lecteur curieux
du pittoresque relèvera les enseignes annonçant les pro-
fessions diverses des habitants; le jurisconsulte ne man-
quera pas de recueillir les renseignements qui lui feront
connaître le régime de la propriété urbaine au moyen âge.
Cette ville, à laquelle M. Morel, après une légion de très
honorables érudits, a consacré avec amour son travail et sa
peine, a été grièvement blessée par le bombardement sau-
vage qu'elle subit depuis plus de vingt mois. Sans aucun
doute, la vieille cité renaîtra des ses ruines et aura vite fait
de reprendre dans la France du xxe siècle une place digne
de son glorieux passé, après avoir ajouté un chapitre, — et
quel chapitre ! - - à l'histoire des sièges d' Arras. Mais la ville
reconstruite ne sera plus celle que notre génération a connue,
gardant encore le plan et parfois la physionomie de la cité
de Philippe le Hardi et de Jean sans Peur. En outre, l'in-
cendie a détruit dans les archives beaucoup des documents
dont M. Morel s'est servi pour reconstituer le vieil
Arras; il lui serait impossible, désormais, de refaire l'oeuvre
dont il s'est si bien acquitté. Aussi cette œuvre nous sera
doublement précieuse, à cause de sa valeur intrinsèque, et
parce qu'elle gardera la mémoire d'un passé dont les der-
nières traces ont disparu. L'auteur n'a point survécu au
désastre qui a frappé la cité dont il était l'enfant. Sur la
tombe du bon travailleur, qui a sauvé ce que l'on pouvait
sauver de l'antique Arras, de 1 Arras des riches bourgeois,
des joyeux chansonniers et des habiles ouvriers en tapis-
serie, nous déposons la couronne qu'il a bien méritée par
son labeur, aussi consciencieux que désintéressé.
En un temps où la production des œuvres consacrées à
l'étude des antiquités de notre pays s'est, par la force des
choses, sensiblement ralentie, un imprimeur dont le nom
nous est familier a voulu, tout au moins, rendre plus faci-
I
LIVRES OFFERTS 313
lement accessibles aux travailleurs quelques-uns des
ouvrages de nos grands érudits français. Appartenant à
cette partie de la Bourgogne qui avoisine Cluny, M. Protat
a formé le projet de réimprimer deux recueils qui con-
tiennent les principaux documents de l'histoire de la glo-
rieuse abbaye. Il compte nous donner dans un avenir peu
éloigné le Bullarium Cluniacen.se; au cours de l'année 1916,
il a achevé la réimpression de la Bihliotheca Cluniacensis,
œuvre d'une haute importance, à laquelle sont attachés les
noms de dom Marrier et d'André Duchesne. M. Protat a
reproduit l'édition originale de 1614, non sans avoir pris
soin d'en corriger les fautes. Une œuvre de ce genre ne sau-
rait évidemment prétendre à l'une des récompenses du
Concours des Antiquités nationales ; mais la Commission
estime qu'il convient de rendre hommage à cette initiative,
qui a mis à la portée du public une œuvre réputée introu-
vable, en même temps qu'elle a assuré du travail à bon
nombre d'ouvriers. Ainsi M. Protat a contribué pour sa
part à donner au pays l'impression qu'en dépit de la tem-
pête qu'il traverse, sa vie intellectuelle et économique n'est
pas interrompue.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel intérimaire dépose sur le bureau de
l'Académie les ouvrages suivants :
Le fascicule de janvier-février 1916 des Comptes rendus des séances
de l 'Académie des inscriptions et belles-lettres (Paris, 1916, in-8°) ; —
le tome xi. des Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-
lettres (Paris, 1916, in-i°) ;
,,(' 'a pari de M. Johannes Steenstrup, correspondant de l'Aca-
démie, St.itsrettens gennem tiderne oij nutidens Statsforfatninger
(Copenhague, 1916, in-8°).
19lf, 01
314 LIVRES OFFERTS
M. Héron de Villefosse présente à L'Académie, au nom de
M. Georges Dottin, doyen do la Faculté des lettres de lionnes, un
ouvrage intitulé: Le* anciens peuples de l'Europe; t. [de la Collection
pour l'étude des antiquités nationales, dirigée par M. Camille Juixian
tl éditée par la librairie C. Klincksieck Paris, 1916, in-8°) :
(c Le nouveau livre de M. Dottin a été inspiré par l'ouvrage célèbre
de notre regretté confrère d'Arbois de Jubainville. En le lisant, on
éprouve ce sentiment que, pour bien exposer l'histoire d'un pays, il
faut connaître à la fois les textes littéraires <'t les documents archéo-
logiques, il faut savoir puiser à cette double source, rapprocher des
leçons que les choses nous apportent les témoignages 'les hommes,
en faire jaillir la lumière de façon à présenter ainsi, à l'aide des
monuments silencieux, un commentaire vivant, et souvent décisif, des
renseignements incertains ou obscurs, transmis par les écrivains.
C'est ce que M. Dottin a fait avec autant de sûreté que de prudence.
Un ensemble de faits historiques, éclaircis el confirmés par les
découvertes de l'archéologie et de la linguistique : telle est la base
essentielle de son ouvrage. Sous une forme très condensée, le doyen
de la Faculté des Lettres de Rennes a fait appel à toutes les res-
sources scientifiques ; son exposé clair el solide, qu'il appelle modes-
tement un livre de vulgarisation, offrira aux travailleurs, aux étu-
diants des Facultés, aux érudits un guide commode et méthodique,
un instrument nécessaire pour entreprendre l'étude de nos vieilles
civilisations. Si ses recherches s'étendent à tous les anciens peuples
de l'Europe, c'est la Gaule surtout qui le préoccupe; car la vie de la
Gaule, dans l'antiquité, comme celle de la France actuelle, a été
intimement mêlée à la vie de l'Europe et en a dépendu pour une
forte part.
ff Ce volume est appelé à rendre des services incontestables. 11 inau-
gure une Collection pour l'étude de nos antiquités nationales, dirigée
par notre confrère M. Camille Jullian, toujours soucieux de nos inté-
rêts scientifiques et dont l'inlassable ardeur s'exerce d'une manière
si profitable. Son but est de mettre à la disposition de tous une série
de répertoires contenant les documents indispensables pour aborder
la connaissance de noli'e passé et de favoriser surtout les recherches
de ceux qui se trouvent privés du secours des grands recueils scien-
tifiques. Le plan de cette collection, fondée par la librairie C. Klinck-
sieck, est arrêté; le format en est commode; plusieurs autres
volumes sont déjà en préparation : le nom de celui qui en est l'àme
nous donne l'assurance que le public lui réservera le meilleur accueil.
Comme il le dit lui-même en tète de ce premier volume, « la
science du passé est une science difficile et complexe. Et les événe-
LIVRES OFFERTS 315
ments viennent de nous rappeler que notre devoir de Français est
de ne plus faire de la besogne facile, mais d'aborder sans peur les
lâches les plus ardues. »
M. Héron de Villefosse offre ensuite à l'Académie, de la part de
M. C. Jullian, le n° LXXI de ses Notes gallo-romaines (extr. de la
Revue des Eludes anciennes, t. XVIII :
« M. Jullian pense que si Jules César a choisi Nyon pour y établir
une colonie, c'était afin d'assurer à l'Empire la possession de la
route de Lyon au Rhin. Les deux colonies fondées par Munatius
Plancus, Lyon et Augst, étaient reliées par une voie qui traversait
le Jura au pas de l'Écluse, passait à Genève, Nyon et Avenches, —
La chronique gallo-romaine rédigée par notre savant confrère est
toujours pleine de nouveauté, de variété et d'intérêt. »
M. Clermont-Ganneac a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur de présenter à l'Académie, de la part de l'auteur,
M. Vassel, un fascicule de ses Etudes puniques contenant deux
mémoires intitulés : V. Sur la bilingue d'Althiburos. — ■ VI. Un pas-
sage de la dédicace de Bir-Tlelsa. »
M. Rabelon a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, au nom de MM. Gabriel Petit
et Maurice Leudet, un ouvrage intitulé : Les Allemands et la Science
(Paris, Félix Alcan, 1910, in-12). Ce volume, honoré d'une préface
de M.Paul DeschaneL président de la Chambre des députés, est un
recueil de 28 mémoires rédigés par autant d'auteurs qui, chacun
dans sa spécialité, se sont, en général, donné pour tâche de mettre
en parallèle la méthode et le rôle de la science française et de la
science allemande. Parmi les collaborateurs auxquels MM. Petit
et Leudet ont fait appel, je relève les noms de nos confrères
MM. Camille Jullian et Salomon Reinach dont les articles sont inti-
tulés : « L'érudition allemande » et « La science caporalisée ». Il s'y
trouve, en majorité, des membres de l'Académie des sciences et
aussi des professeurs du Collège de France et de nos grandes
écoles : MM. Marcellin Roule, Emile Boulroux, Chauffard, Chauveau,
Dastre, Delage, Pierre Delbet, Duhem, Armand Gautier. Gley. Ilen-
neguy, Landouzy, Le Dantec, Stanislas Meunier. Edmond Perrier,
Emile Picard, le professeur Pinard, Sir William Ramsay. Tous ces
nom-, ei d'autres, — je ne saurais les énumérer tous, — sont par
eux-mêmes une garantie du sérieux et de La conscience avec lesquels
;i été faite cette enquête sommaire dans la plupart des brandies de
la science moderne. On y voit, magistralement dessiné, le caractère
:Uli SÉAN< l. D1 \'2 JUILLET 1916
de La science allemande; les procédés méthodiques des savants;
conimont.cn Allemagne, ainsi que le <lit M. Paul Deschanel dans
la préface, l'histoire, la philosophie, la religion sont devenues
des forces nationales, tout comme l'armée, la diplomatie, le crédit.
Elles sont passées exclusivement au service de l'Etat, au lieu de
demeurer choses universelles et humaines. Le désintéressement
scientifique est, depuis longtemps, devenu lettre morte en Alle-
magne : on peut même trouver que nous avons été un peu lents à
nous en rendre compte. Quant à la part qui revient aux savants alle-
mands dans les découvertes contemporaines, il ressort des observa-
lions présentées dans cet ouvrage avec toute l'impartialité dési-
rable, qu'elle est moins originale qu'il était de mode de le répéter
au cours des dernières années. Sir William lîamsay, l'un des colla-
borateurs dont je viens de citer les noms, résume l'impression
générale dans cette réflexion qui remet toute chose au point : c'est
que « les plus grands travaux de la pensée scientifique ne sont pas
dus à des savants de race germanique », et que les initiatives et ce
qu'il appelle « les précoces applications de la science • ne se sont pas
produites chez eux. D'autre part, ce livre nous fait constater, en ce
qui concerne particulièrement la France, que son activité créatrice
et féconde est scientifiquement assez grande pour qu'on puisse dire
que notre pays n'a pas dégénéré ; elle a été assez éclatante depuis
un siècle pour que sa supériorité en bien des genres sur celle de
l'Allemagne soit reconnue dans le monde entier. »
SEANCE DU 12 JUILLET
Séance avancée au mercredi à cause de la Fête nationale.
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
Il est donné lecture du télégramme suivant :
« Barcelone, 8 juillet 1916. Athénée Barcelone envoie témoi-
gnage de condoléance au sujet de la mort du grand égyptologue
Maspero. — Boca, président.
Des remerciements ont été adressés par le Président aux
SÉANCE DU 12 JUILLET 1916 317
dépêches de condoléances de l'Académie royale de Turin et de
l'Athénée de Barcelone.
L'Académie décide, par un vote à mains levées, un nouvel
ajournement à six mois des élections pour le remplacement de
ses membres décédés.
M. Héron de Villefossk lit un mémoire de M. Jules Formigé,
architecte diplômé du Gouvernement, sur un édifice accolé au
théâtre d'Orange et qui, jusqu'à ce jour, a été regardé comme
un cirque. A l'aide de nombreux arguments, M. Formigé établit
que cette opinion n'est pas soulenable. Les plus frappants se
rapportent à l'étroitesse de la pisle qui n'aurait eu que 56 mètres
de largeur, à l'absence absolue de traces de la spina et de sa
décoration, au l'ait que la partie de l'arène, depuis la porte
monumentale jusqu'au fond de l'édifice, est entièrement dallée
en pierre, circonstance qui ne se rencontre jamais dans les
cirques et qui aurait empêché les chevaux de tourner au galop.
Ce n'est ni un cirque, ni un stade, c'est un gymnase : les sub-
struclions reconnaissables permettent d'en retrouver toutes les
dispositions. M. J. Formigé développe cette thèse, d'une manière
très claire, à l'aide de deux plans dont le premier montre l'état
actuel de l'édifice et dont le second présente une restitution qui
parait s'accorder avec le relevé des parties encore visibles.
Le monument présenterait un intérêt exceptionnel : il serait
unique en Gaule: ses similaires sont rares dans l'empire
romain ' .
MM. Bouché- Lecle h cq et Maurice Croiset présentent quelques
observations.
M. Basmadjian lit un mémoire sur des inscriptions armé-
niennes d'Aïn-Bagnaïr et de Marmachène.
M. Moret, conservateur du Musée Guimet, communique l'in-
terprétation de trois décrets de Koptos dont un inédit . Il en
résulte que le roi Pepi II avait fondé un domaine pour servir
les offrandes à une statue de lui-même déposée au temple de
1. Voir un prochain cahier.
.'MN i\ DOMAINE ROYAL SOIS l'KI'l H
Koptos ; à cette occasion, le roi prescrit de faire une déclaration
des terres et des gens, analogue à celle que mentionnent sou-
vent les papyrus ptolémaïques. Dans la suite, ce domaine, érigé
en ville franche, reçoit des immunités el le droit d'ériger un pal
sur la place publique. C'est la première fois qu'un lexte nous
révèle ces analogies avec les coutumes féodales de notre moyen
âge
i
COMMrNICATION
DECLARATION D KN DOMAINE ROYAL
ET TRANSFORMATION EN VILLE NEUVE SOIS l'KI'l II,
PAR M. MORET. CONSERVATEUR DU MUSÉE GUIMET.
Deux décrets de Koptos se rapportent à un domaine
fondé pour fournir l'offrande, dans le temple de Minou a
Koptos, à une statue du roi Pepi II (VIe dynastie, vers
2450 av. J.-C). L'un de ces décrets porte le nom d'Horus
de Pepi II ; il a reçu déjà une interprétation assez correcte.
L'autre décret est en très mauvais état ; le premier quart
de toutes les lignes manque ; la lecture de ce qui reste est
souvent difficile ; le texte a été mal déchiffré, et attribué
par l'éditeur, M. 11. Weill. sans raison valable, à un succes-
seur de Pepi II (Ouadkarà, VIIIe dyn.). Après collation sur
l'original, j'ai pu lire toute la partie conservée, et constater
que les lacunes ne portent sur rien d'essentiel ; grâce à un
décret postérieur de Neferkaouhor sur un sujet similaire,
il est possible de calculer exactement ce qui manque et de
restituer sans trop d'arbitraire le début des lignes d'après
des formules usuelles. Ce second décret est certainement
de Pepi II ; loin d'être postérieur, il est antérieur au pre-
mier. Enfin j'ai trouvé en 1944 à Louxor, chez un mar-
1 Voir ci-après.
UN DOMAINE ROYAL SOUS PEPI II 319
chand, qui le tenait de fouilles clandestines à Koptos, la
fin complète d'un troisième décret de Pepi II relatif au
même domaine ; je puis produire ma copie faite sur l'origi-
nal et la photographie. Les trois textes relatent des
moments différents de l'histoire du domaine ; l'un la fon-
dation et la déclaration au fisc ; l'autre la transformation du
domaine en territoire d'immunité; le troisième, le renou-
vellement de la charte d'immunité.
I. DÉCRET DE FONDATION DU DOMAINE (fig\ I, p. 325).
1 [L'Horus Netercha'ou. L'an...]. 2 [Décret royal pour le
directeur de la ville de la pyramide, juge de la Porte,
vi]zir, prince, directeur du Sud, directeur des scribes des
domaines de Koptos, [des nomes) des deux Plumes, du Cro-
codile, de Minou, du Reliquaire, du Mont-Serpent, du
Térébinthe supérieur, [du Térébinthe inférieur ?'] Shemaj^.
3 [Temple de Minou dans]0- Koptos des Deux Faucons.
L'offrande royale de la statue du roi du Sud et du Nord
Neferkara' maa'chrouA, qu'il [le roi) a donnée à son bien-
sacré [du dieu), est établie dans la Maison-du-Roi 4 [pour
rétendue de. l'éternité] par l'ordre et pour le compte du roi
du Sud et du Nord Neferkara' , vivant à toujours et à
jamais, aujourd'hui à nouveau (à savoir) : champs, 3 aroures
dans [Koptos] des Deux Faucons. 5 [Cela est constitué par
écrit devant le] 4 bureau, scellé au sceau, signé par des
mains nombreuses 5. L'offrande est prise en compte sur lé
1. Shemaj est le directeur du Sud dont j'ai publié le décret de nomina-
tion C. R. Ac, 191 i, p. 565: ce décret et la liste des nomes seraient donc
de Pepi II et non d'un roi de la VIII* dynaslie.
2. Titre restitué d'après les passages similaires aux décrets de Pepi I
Koptos et Dahchour) : Weil, /. c, p. il et 15).
•'i. Epithète de la statue du roi divinisé; elle ne prouve nullement que le
roi est mort, comme l'a cru Weill (p. S8): I. -i Pepi II est qualifié « vivant
à toujours ».
4. Formule restituée d'après le décret de Neferkaouhor, 1. 10 et Y acte de
rente daté de Cheops (1. '.< .
■> Formule difficile à lire, restituée d'après Neferkaouhor, 1. m.
320 UN DOMAINE ROYAL SOIS PEPI 11
livre (sa'), en ces fermes : composée de champs, de vignobles,
de vergers. 6 \de potagers, avec choses excellentes de toute
sorte] ' sur eux. On leur a fait leur nom, à savoir : « Domaine
Minou-fait-prospérer-le-domaine-de-Neferkara' », {dépen -
dant) de la maison d'agriculture. — Les corvées sont créées '
en même temps, et les tenanciers (meritou) sont levés pour
cette maison d'agriculture parmi les meritou 7 [qui sont
dans ce Sud pour exécuter les charges^] de toutes les impo-
sitions et corvées de la Maison-du-Roi ; celui qui ignorerait
sa charte antérieure 4, que son règlement (snv) soit créé
par déclaration des Sarou.
Le roi a donc décrété de fonder un domaine qui fournira
une offrande-royale, pour la statue de Pepi II, olfrande
versée au bien-sacré [neterhelep = îspi p/) du temple de
Minou à Koptos '. Le vizir prélèvera 3 aroures (82 ares
68 centiares) dans la Maison-du-Roi, c'est-à-dire sur la
êacuXixYj y*3 '■> on -rédigera une charte (-,-" a') qui portera :
1° le nom du domaine; 2° un inventaire des terres clas-
sées par catégories de cultures 6 : terre à blé (yr; ctTcoip:;);
vignobles (y?) àj-nréXi-iç) ; vergers (icapâBEKioi) ; pâturages
(vc[xai) ou herbages (-/Xwpâ) ; 3° les impositions et les cor-
vées dues par les tenanciers à la maison du roi : le 3e décret
(G) en donnera le tableau complet ; aussi y reviendrai-je
plus loin. Les tenanciers ne sont pas corvéables à merci ;
on ne peut exiger deux que ce qui est spécifié sur leur
charte. L'établissement et l'interprétation de la charte pou-
vaient prêter à des discussions ; aussi les notables [Sarou)
sont-ils chargés de faire la « déclaration » des corvées
1. Sethe, Urkunden, IV, p. 171.
2. Sur l'expression mst katw, cf. Murray, Saqqara, pi. Itf ; l'rkunden, IV,
p. 453.
3. Cf. Décret A, 1. 36 sqq.
4. Urk., IV, p. 102, 1148.
5. Décret de Xeferkaouhor, 1. 5.
6. Sur les équivalents des papyrus gréco-romains, cf. Houclié-Leclercq,
Lagides, III. 1. p. 183, 194.
UN DOMAINE ROYAL SOLS PEPI II 321
imposées, au moment où Ton « créé les charges » des
tenanciers. A l'époque gréco-romaine, les charges s'ap-
pellent XetxoupYfai; dans les contestations que leur exer-
cice soulève, interviennent aussi les irpedêuirépoi to>v yscoûvôv
OU T^Ç X(ù[/.7]Ç '.
La charte est « prise en compte » (s'ipt [1 D <=>,
af* ) sur le <( Livre » (sa' « — a) du « bureau » dadat
I
, contresigné par des témoins nombreux. Le bureau
devait être constitué par les « scribes des domaines » dont
le vizir est directeur2. A l'époque gréco-romaine, les écrits
du même genre sont consignés, sous la foi du serment,
entre les mains des ioizo- ou v.o)[j.o^pxiJ.\j.oczz<.:, et versés au
Livre cadastral xaTocYpapy) 3.
Le domaine fondé, il faut régler ses rapports avec le
temple de Minou, auquel il servira une offrande pour la sta-
tue du roi. Pour cela, le vizir reçoit l'ordre de se rendre sur
les lieux.
« Va donc 8 [vers la campagne, descends vers 4j ce
champ pour créer V offrande divine là, en livraisons quoti-
diennes de chaque jour, en plus des offrandes des fêtes 9 [qui
existaient auparavant b dans le temple de Minou de Koptos
des] Deux-Faucons ; car elle est établie pour la statue de
Neferkara' maa'chrou, — en bronze d'Asie décoré d'or,
(qui a été) conduite vers ce temple, — pour la suite de
chaque jour. 10 [Fais donc un contrat avec les prêtres-
1. II. Maspero, Les finances sous les Luyides, p. 213 sqq. : liouché-
Leclercq, La.gid.es, III, 1, p. 132.
2. De même, le décret de Neferkaouhor est adressé au « chef des scribes
des champs ou des paysans ».
3. Bouché-Leclercq, l. c, p. 293 sqq. Les « déclarations de gens » des
papyrus de Kahoun se l'ont aussi sous la foi du serment Griffith, Kahun,
p. 20. pi. IX, 1. 9).
4. D'après le décret de Neferkaouhor, 1. 3.
5. Cf. Naville, Deir el Bahari (Xl'dyn.), I, pi. XXIV, 1.9; Urkunden, IV .
p. 768, 769 >•! I. p. 26.
322 UN DOMAINE ROYAL sors PEP1 II
horaires ' de] ce temple ; que les corvées soient créées en
même temps et la déclaration faite des gens <fui sont à la
disposition de l'autorité là, par la levée du prince, ami
unique, sacrificateur deMinou, directeur des prophètes Idj,
dans [Koptos] des Deux-Faucons. »
Les rapports du domaine et du temple sont clairement
définis, si l'on accepte la restitution du début de la 1. 10,
qui s'inspire de ce que nous apprennent les textes simi-
laires ; le service et la gestion des offrandes fondées dans
les temples pour une statue, sont confiés à des prêtres-
horaires (neter hat wnwtw) qui doivent des heures régu-
lières de présence (icapoùcrat) ; celles-ci constituent leurs
« charges » vis-à-vis du fondateur ; moyennant quoi, ils
touchent une part du revenu de la fondation. Ici les prêtres
avec qui le roi passe contrat sont « levés » par le directeur
des prophètes Idj, parmi les gens du temple ; nous verrons
plus loin qu'Idj sera le directeur du domaine nouveau.
On passe maintenant à la déclaration de la charte du
domaine et des contrats, déclaration faite par les deux par-
ties contractantes, le vizir et le directeur des prophètes.
11 [Car on a fait pour lui, certes, un décret •] pour lui
[ordonner] de faire la déclaration des champs de la maison
d'agriculture, avec les chefs supérieurs et les régents des
domaines et des [tenanciers] perpétuels des champs — en
V joignant [Voblation) des colombes 12 \et des oies et V abat-
tage des bœufs et des volai]lles ', comme il est établi pour
la belle fête du dieu. Et c'est le prince, ami unique, sacri-
ficateur de Minou, directeur des prophètes, Idj, qui est
directeur de ht maison d'agriculture 13 [de ce domaine
Minou-fait-prospérer-Neferkara' dans Koptos [des Deux
Faucons . En ce qui le concerne, mets les gens du Roi de
1. Voir les contrats de Siout (Griffith, Sitit. pi. VI, 1. 27H. et Brit. Muséum
Egyplinn Stelae, I, pi. 55.
2. Neferkaouhor, 1. 7-8.
3. Ibid., 1. 8-9, restitution certaine qui donne la grandeur exacte des
lacunes an début dp toutes les lignes.
UN DOMAINE ROYAL SOUS PEPI II 323
cette maison d agriculture sous son autorité, [et fais] qu'ils
soient réglementés par cette déclaration, dans la cam-
pagne 14 les gens de ce temple »
(Le reste manque.)
Le sens de cette fin dépend de l'interprétation du mot
g^ wpit, qui définit l'opération administrative prescrite.
Le vizir et le directeur des prophètes doivent faire
ensemble ïivpit des champs et Vwpit des gens du domaine.
M. Weill traduit wpit par « détermination » (p. 84), ce qui n'a
que peu de sens, car gens et terres, appartenant au domaine
royal, sont déjà connus des agents du roi. M. Sethe tra-
duit « l'opération wpit », ce qui n'interprète rien. Wpit
signifie « décision » ou « déclaration » (avec déterminatif
i— *•*-.) ; les papyrus de Kahun ont conservé des « wpit de
gens » qui sont des listes de contribuables, c'est-à-dire,
comme l'a bien vu M. Maspero, des « déclarations de
gens », En adoptant ici le sens « déclaration des champs »
(wpit aliitou) et « déclaration des gens » [wpit remtou),
on s'appuie sur le fait que toute mutation de propriété, dans
l'Egypte gréco-romaine, donnait lieu à une déclaration :
àxoypa®rt. Cette àiubypaŒnq, en ce qui concerne les édifices
et les terres, s'établit au moyen de pièces analogues à la
« charte » que mentionne notre texte; on y énumère les
terres par catégories de cultures, qui correspondent à des
impôts nuancés; on dresse la liste des gens du domaine
déclaré, et le tableau de leurs XsiToupviott, corvées réglemen-
taires et impositions. Déclarations et pièces comptables
étaient versées aux archives du nome (6i6Xw8^xy] è-ptTqaettv),
et les mutations de propriété étaient mentionnées au
cadastre, r
Cette organisation est bien connue pour l'époque
romaine ; on en retrouve les traits essentiels dans les papy-
rus ptolémaïques ; mais on se demandait si c'était un héri-
32 't UN DOMAINE ROYAL sors PEP1 II
tage des institutions pharaoniques. Jusqu'ici on n'y avait
retrouvé que des éléments d'organisation semblable : les
textes de Mten (IIIe dyn.) mentionnent les chartes de fon-
dation ' ; les papyrus de Kahoun XII-XIII' dyn.) donnent
des listes ou « déclarations de personnes » irj>i? rem/ou * ;
plusieurs textes du Nouvel Empire mentionnent les inscrip-
tions de ventes et de successions, au cadastre :\ Ces élé-
ments divers étaient-ils organisés et codifiés? Le décret
de Pepi II fournit la réponse : sans doute il ne constitue
pas par lui-même une « déclaration », mais il prescrit de
la faire et pour les terres et pour les personnes ; en un mot
le texte donne la preuve que de telles déclarations étaient
réglementaires dès l'ancien empire.
La déclaration est faite « d'un commun accord » par le
fondateur le roi (pie représente le vizir) et par le bénéfi-
ciaire ici Idj directeur des prophètes '*) ; participent à la
déclaration les « chefs supérieurs », les « régents des
domaines » et les Sarou (notables administrateurs); de
même aux papyrus gréco-romains interviennent ■/M[xy.pyz:
et TCpecôuTÉpoi.
D'après le décret de Neferkaouhor (1. 12-13), la déclara-
tion était « transmise par le vizir au bureau des contrats
scellés, pour être prise par l'autorité compétente ». Le décret
de Louxor (et les autres décrets de Koptos) nous révèlent
l'existence, dans l'administration royale, d'une « salle large
d'Horus " Hor shw), où l'on prenait (sp) les décrets pour
les conserver « dans les livres » m sn'/r-'. Dans chaque
nome, il y avait aussi un bureau des contrats et des archives
pour les actes privés. N'est-ce point là l'origine de la biblio-
1. A. Moret, Donations et Fondations, ap. Recueil de travaux, XXIX,
p. 68.
2. (1. Maspero, Études de mythologie et d'archéologie, IV. p. 426.
3. A. Moret, Du caractère religieux..., p. 14 sqq.
1. Au déerel de Neferkaouhor, c'est le chef des scribes de cinq nomes
qui agit comme partie prenante, ou administrateur de la fondation.
5. Voir plus loin. p. 328 .
L"N DOMAINE ROYAL SOIS PEPl II
:^;i
x
326
I N DOMAINE ROYAL SOI S PEPI II
M— 11
"iUj
Si
81
©I
^;
6-1, fol *«~*l "f0|/
Fig. 2. — Première charte d'immunité.
Tc.rle inédit.)
UN DOMAINE ROYAL SOUS PEPI 11 '.\21
thèque du nome (PiêXioôiijxvj xôv v;v-rlGs.ii)v), où Ton déposait
contrats et registres cadastraux (xa-çaYpaçai) !? Assurément,
dans cette organisation administrative bien des détails pré-
cis manquent encore ; cependant il est manifeste que les
déclarations de champs et de personnes étaient conservées
dans des archives, reportées sur des livres cadastraux et
servaient à répartir impôts et corvées, dès l'ancien Empire
comme à l'époque gréco-romaine. Ceci connu, certains titres,
tel que « directeur des déclarations » j^v j-p^! unro wpit1.
sont plus intelligibles, et l'on comprend mieux les indica-
tions laconiques d'autres décrets : celui de Dahchour où
Pepi Ier ordonne « la déclaration de tout livre » {wpit sa
neb) d'un domaine ; celui de Koptos où Neferkaouhor pres-
crit « la déclaration de la charte » [wpit a') d'un autre
domaine.
Comme nous l'avons vu, le domaine restait « établi dans
la Maison du Roi » et soumis aux impositions et corvées
du lise royal. Mais la « maison d'agriculture », c'est-k-dire
le dépôt du personnel et du matériel, était placée sous la
direction d'Idj, directeur des prophètes de Minou. Idj devait
s'efforcer de rattacher au neterhetep de Minou la fondation
de Pepi II : les autres décrets nous apprennent cette trans-
formation. Le premier de ces décrets est celui de Louxor ;
il en reste une moitié, environ, qui donne la fin du texte.
Voici ce document inédit :
II. PREMIÈRE CHARTE D'IMMUNITÉ (fig. 2, p. 326).
A + 1 ...dans fous domaines d'immunité (jui son/ dans
ce Sud \
1. Surtout connus à l'époque romaine : Bouché-Leclercq, Lagides, 111, 1,
p. 296, n. I : P. Jouguet, La vie municipale dans VÉgypte romaine, p. 237s
2. Setlic, Urk.. I. 2, 17, 64, 9t.
3. Restituer, au début, un développement analogue à celui du décret A.
I. 35 sq. ./. Asiatique, L912, II. p. 93, article IV).
328 IN bOMAlKE ROYAL sols ri:i'i il
Ma majesté n'a pas permis de créer aucune charge, 2
pour l étendue de l'éternité, et ma majesté n'a pas permis
non plus que monte aucun messager 3 <l 'aucun directeur
du Sud, ni d aucun Sar. vers cette colline de ce domaine
« Minou-fait-prospérer-Védifice-de-Neferkera1-» — Au con-
traire, il est réservé à ce temple et sous sa protection .
Tout directeur du Sud, tout Sar, tout messager, tout
scribe, s'il n agit point conformément aux paroles de ce
décret , pris par la salle d'Horus de V autorité 5 dans les
livres ', ma majesté na pas permis qu'ils soient prêtres dans
la pyramide Men-a nch, ni dans aucun domaine qui dépend
de V autorité - - 6 Et ma majesté a ordonné de dresser un
mat en Lois étranger'1, et cela dans cette ville-neuve 3 ; ma
majesté a ordonné de faire 1 que ce décret soit placé sur
une stèle de pierre blanche, à la porte du temple de
Minou, dans 8 Koptos. — (Je décret est fait aussi pour le
directeur des laboureurs de ce domaine et pour le direc-
teur de la maison d'agriculture, de cette maison d'agricul-
ture, et pour les fils de leurs fils et les héritiers de leurs
héritiers'1. — Ma Majesté a fait aller l'ami unique Idou à
ce sujet. »
Par ce décret, le domaine cesse d'appartenir à la y^
^affiXu^ ; il est réservé à Minou et mis sous sa protection;
ses gens sont dégagés de toute charge vis-à-vis du fisc royal
et ne doivent plus rien qu'au dieu Minou. Tous ces édifices
sont rangés dans les « villes d'immunité » du Sud (,-^
nwitw nt hwt) ; on les appelle « ville neuve » ® /f
uicit mait).
1. Même passade, mais écourté, aux décrets A et B [J. As., p. 96"i. Le
présent texte justifie l'interprétation proposée par Setlie (Gott. Gel. Anz.,
1912, p. 711 .
2. Vraisemblablement d'Asie cf. Schaefer, Pierre de Palerme, p. 38),
3. Ce passade n'existe dans aucun autre décret.
1. Cf. Stèle de Ilnl-lui-k. 1. 1.
UN DOMAINE ROYAL SOCS PEPI II 329
Ce terme « ville neuve » restait jusqu'ici pour nous un
terme vague, faute de textes explicatifs. Des « directeurs
de villes neuves » apparaissent à la fin de la Ve dynastie ! ;
ces domaines de fondation récente se multiplient sous la
VIe dynastie-, au temps où le domaine royal est démembré
par l'aristocratie civile ou religieuse. Le mot s'applique évi-
demment à une fondation nouvelle ou renouvelée ; dans le
cas présent, il désigne le changement d'état d'un domaine
antérieurement fondé pour une affectation spéciale. Le roi
n'est pas seul à créer des villes neuves. Un nomarque de
la VIe dynastie dit qu'il a « fondé des villes avec des
hommes pris sur d'autres terres ; ceux qui n'étaient ailleurs
que des tenanciers (meritou) faisaient, dans ces villes, fonc-
tion de Sarou (administrateurs, notables)3. » Ainsi l'habi-
tant de la ville neuve est attiré du dehors par la promesse
d'avantages; il est probablement plus ou moins affranchi
de charges vis-à-vis du fisc royal. En effet, notre texte fait
comprendre que « ville neuve » est synonyme de « ville
d'immunité ». Le domaine, au moment où il est fondé par
Pepi II, reste astreint aux charges et corvées; quoique
nouvellement fondé, on ne l'appelle pas alors « ville
neuve », mais, dès qu'il passe sous la « protection » de
Minou, parmi les « villes d'immunité », on le qualifie nwit
mai t.
Je ne puis négliger ici les éléments de comparaison
qu'offre notre moyen âge. La ville neuve qui se multiplie
en France, à dater du XIe siècle, sous l'influence de l'Eglise,
est toujours une « ville franche », soit qu'il s'agisse d'une
commune affranchie réellement nouvelle, soit d'une com-
munauté ancienne que l'octroi d'une charte est venu rajeu-
nir ou renouveler4. Dans notre texte aussi, le mot ville
l. Urkundên, I, p. 21, L 11 ; 87, I. L>. Maspero, Études M. \., IV. p. 353.
■J. Cf. Murray, Index of tilles of A. K., s. v., p. 22.
3. Urk., I. p. 78, 1. i sqq.
1. A. Luchaire, Manuel des institutions françaises, \>. ii> sq,
1916 -yi
330 i \ DOMAINE ROYAL sors ri.i'i il
neuve désigne un domaine détourné des terres royales, par
les prêtres de Minou, et doté dune charte d'immunité.
Notons une autre similitude non moins curieuse, qui
apparaît, pour la première fois, dans notre texte. De même
que la ville neuve capétienne plante sur la place publique
un pal, de même la ville neuve ici décrite reçoit l'ordre
d'ériger, probablement au centre de l'agglomération, sur la
place du marché, un mat (senti) en bois choisi, venu de
l'étranger, qui doit être un cèdre du Liban '. Cet arbre de
justice ou de liberté, que symbolise-t-il, sinon la vie allran-
chie et renouvelée de la petite cité rurale ?
Cependant en Egypte, comme ailleurs, les villes-neuves
avaient une existence précaire : le roi ou ses agents
essayaient perpétuellement de reprendre le domaine et
d'imposer à nouveau les servitudes aliénées : preuve en est
que la plupart des chartes d'immunités « renouvellent »
des franchises antérieures, que le fisc royal avait rendues
inopérantes '. Ainsi le décret A de Koptos est restauré
vingt ans après par le décret B ; de même, la charte retrou-
vée à Louxor a été renouvelée par le 3e décret relatif au
domaine, le document C de Koptos.
III. .NOUVELLE CHARTE DIMMIMTK (YVeill, pi. VIII).
Ce décret ayant été étudié déjà avec soin, je me conten-
terai dune brève analyse.
1. Le mot y ^ senit désigne les mats gigantesques, ornés d'ori-
!
flammes, qu'on plante devant les pylônes, dans les temples : un voit ceux
de Karnak, sous Tlioutmès III. au tombeau du T prophète Amenhetep
(Borchardt, Bnugeschichte des Amonstempels, p. '29. fig. 18 : et sous
Iloremhcb sur les murs de la grande colonnade de Louxor G. Daressy,
Mémoires Mission Caire, t. VIII, •!. pi. II. XV . Un texte du Nouvel Empire
retrouvé par Pétrie {Memphis, I. pi. VI, I I parle d'un pylône précédé <!<•
« mâts senilw en cèdre véritable [tfs ma' . avec application de bronze
d'Asie et pointes en électrum ».
2. Voir, pour l'époque grecque. Lefebvre, Le dernier décret des Lagides.
ap. Mélanges Holleaux, p. In:! sqq.v.
UN DOMAINE ROYAL SOLS PEPI 11 331
Le texte porte le nom d'Horus de Pepi II. Il s'adresse
aux agents du roi pour définir leurs rapports avec les habi-
tants du domaine fondé par Pepi II, « qui fournissent ces
offrandes quotidiennes à la statue » du roi (niv imnw n
client, 1. 2); ces gens sont « réservés à nouveau » au temple
de Minou et libérés des corvées dues à la maison du roi.
La première charte d'immunité n'énumérait sans doute pas
ces charges ; la nouvelle, pour préciser les droits des immu-
nitaires ', en donne un tableau détaillé ; ainsi, par les immu-
nités accordées aux gens de Minou, nous connaîtrons les
charges qui pèsent sur les corvéables de droit commun ; la
comparaison s'impose ici avec les liturgies de l'époque
gréco-romaine.
Lne rubrique finale) classe ces charges en « imposi-
tions » (mdrw) et « corvées » (kativ) 2.
Parmi les impositions, on cite : les charges (fahc) ou
contributions apportées au trésor et les impôts (seditn ).
levés sur place ; les envois au directeur du Sud, peut-être
cadeaux analogues au <rce<pavoç3 dû aux souverains et à leurs
agents ; des contributions en or, argent, bronze, ornements
divers (métaux bruts et travaillés, non monnaie) ; des four-
nitures de matériel à la « double maison de vie » (bureau
des écritures) = Ypaij.jj.xrr/iv 4. Viennent ensuite les contri-
butions en vivres : « corbeilles de légumes » qui rappellent
la taxe perçue pour les corbeilles (ti[ay) tntupîowv ') ; vivres à
manger ; nourriture pour le petit bétail ; fourniture des
pains.
Deux termes obscurs désignent peut-être des cordes d'ar-
1. Le décret B, qui renouvelle le décrel A, donne lui aussi un tableau
détaillé des corvées et impôts, là où le premier décrei reste dans le vague.
Ce tableau permet de restituer les lacunes de notre décret C.
2. Voir le commentaire détaillé que j'ai donné ./. Asiatique, 1912. II,
p. 100 sqq.
3. Bouché-Leclercq, Lagides, III. 1,234.
1. Bouché-Leclercq, /. c, p. 328.
a. Ibidem, p. 327.
■ VA2 I \ DiiM MM. liiilAI. SOUS l'KI'l II
pentage - (le matériel d'arpentage et les frais sont suppor-
tés par le contribuable à l'époque ptolémaïque) 1 — et des
lilés de lin. Puis des peaux. Pour tous ces articles, les imposi-
tions de l'époque gréco-romaine fournissent des équivalents.
Les corvées comprennent : culture des terres labourées
et des champs du Roi, moisson, travaux divers êna'iv). A
l'époque gréco-romaine, les corvées se résument dans les
travaux des champs et l'entretien des canaux '-'.
A la lin, mention des Irais de « passage sur terre et sur
eau » : le décret de Dahchour confirme qu'il s'agit du pas-
sage onéreux des messagers et fonctionnaires royaux ;.
charge si souvent mentionnée par les papyrus gréco-
romains '. De toutes ces impositions et corvées vis-à-vis du
tisc royal, les gens du domaine sont libérés ; ils n'ont d'obli-
gation que vis-à-vis du temple de Minou : « heures de ser-
vice, virements d'offrandes pour la maison de Minou .
imposition mensuelle, que garde le neterhetep dans le
temple de Koptos... •' » Nous ne savons pas le détail de ces
impositions, mais elles devaient être moins lourdes que
celles qu'exigeait le fisc royal, sans quoi la condition de
ville franche n'aurait point été favorisée.
Ici s'arrête pour nous l'histoire du domaine fondé par
Pepi II ; ses destinées ultérieures ne nous sont pas con-
1. Bouché-Leclercq, /. c, p. 307,
2. Ibid., p. 312.
3. Weill, Décrets, p. i«i. 30 et 12.
i. Bouché-Leclercq, /. c, p. .'»08.
5. Voici la transcription de la ligne du décrel C, jusqu'ici mal déchiffrée
*~ ~" AAAA/W n XXX J?_
et interprétée : ,^-fW a n -cs>- I /ww^ D \[
[^ J[ /WVAAA W
Ci
* III
A/^W^v
silt n'Iid. L'imposition mensuelle, apparaît comme un privilège des prêtres
que d'autres ne doivent point toucher à leur place.
SÉANCE DU 21 JUILLET 1916 333
nues ; du moins les trois décrets nous ont-ils fourni des
données nouvelles sur les institutions pharaoniques. Pour
la première fois, nous voyons comment le roi peut autori-
ser la transformation d'une parcelle de ses terres en ville
d'immunité et nous distinguons quelques analogies curieuses
entre les institutions de l'Egypte à la fin de l'ancien empire
et les coutumes féodales de la France capétienne.
LIVRES OFFERTS
M. Héron de Yillefosse offre à l'Académie, au nom de M. J.-B.
Berniolle, professeur honoraire du Lycée de Marseille, secrétaire de
la Société archéologique de Provence, un travail intitulé : Excursion
archéologique à V oppidum de Constantine (commune de Lançon) et à
Merveille, Capdeuil Masfromela'?), La Durance, Mauran, Sain/-
Estève commune de Berre). Extr. du Bulletin de la Sociétc archéolo-
gique de Provence, année i î> 1 4, t. III, n. 21.
Récit d'une excursion archéologique très bien conduite et employée
;i parcourir quelques localités des bords de l'étang de Berre en y
notant tout ce qui peut y attirer l'attention des archéologues.
SÉANCE 1)1' 21 JUILLET
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
M. Maurice Prou, au nom de la Commission du prix Thorlet,
fait le rapport suivant :
« La Commission a décidé d'attribuer sur les revenus de la
Fondation Thorlet :
1° Un prix de 1. .">00 francs à M. Eugène Saulnier, ancien
élève de l'École des Chartes et de l'École des Hautes Études,
pour l'ensemble de ses ouvrages d'érudition;
334 SÉANCE DU 2l JUILLET 1916
2° Ln prix de 1.000 francs à M. Achille Millien, pour ses
recherches sur le folklore du Nivernais;
.'{" Un prix de 1.00(1 francs à M. Poitevin, pour ses recherches
sur la paléographie et la calligraphie. »
M. Collignon, secrétaire perpétuel intérimaire, donne lecture
du rapport, rédigé par M. Maspero, sur les travaux de l'Acadé-
mie pendant le premier semestre de l'année 1916 '.
L'Académie procède à l'élection d'un Secrétaire perpétuel, en
remplacement de M. Maspero, décédé.
M. Gagnai est élu par '2b voix sur '26 votants. — Son élection
sera soumise à l'approbation de M. le Président de la Répu-
blique.
M. Héron de Villefosse fait la communication suivante :
« La semaine dernière, les journaux ont annoncé que le Louvre
venait de s'enrichir d'un marbre précieux, considéré comme
provenant de la frise qui décorait les murs de la cella du Parthé-
non. Le sujet de cette frise célèbre était emprunté aux cérémo-
nies des grandes Panathénées, et on sait que nos collections natio-
nales en possèdent depuis la Révolution un important panneau
recueilli par Fauvel, vers 1784, pour le comte de Choiseul-Gouf-
fier, ambassadeur à Constantinople.
« Le fait relaté par les journaux est exact : je suis très heureux
de pouvoir présenter aujourd'hui à l'Académie un moulage de
ce nouveau fragment du Parthénon et d'informer mes confrères
que l'original vient d'être offert au Musée du Louvre par
M"e Louise de La Coulonche.
« C'est une tète de jeune homme, en relief : le corps qu'elle
surmontait devait se présenter de face dans une attitude calme ; la
tête pleine de noblesse est tournée de trois quarts vers la droite,
elle regardait en arrière. Cette belle tète attique nous arrive dans
un état de fraîcheur et de conservation tout à fait exceptionnel,
sans la moindre égratignuré. L'épaisseur du fond plat, nettement
visible à droite, sous la forme d'une pointe qui subsiste près de
la chevelure, à la hauteur des tempes, paraît avoir été diminuée
par un sciage. En examinant la fracture, à la partie supérieure,
1 . Voir ci-après.
SÉANCE DU 21 JUILLET 1916 335
il semble que ce fragment a dû être détaché de la frise intention-
nellement et non à la suite d'un accident fortuit. On y remarque
en effet des traces assez nettes d'un travail au ciseau qui dénotent
au moins le désir de faire disparaître en cet endroit le bord du
panneau; sous le cou, on reconnaît une mutilation analogue,
mais avec moins de certitude.
« La tradition, pieusement conservée dans la famille de La
Coulonche, veut que ce morceau provienne de la frise du Parthé-
non. On ignore à quelle époque il en aurait été détaché; on sait
seulement qu'il fut donné à Amédée Daveluy, premier directeur
de l'École française d'Athènes, entre les années 1846 et 1867.
Sa petite-fille pense que le roi de Grèce en personne, désireux
de témoigner sa haute bienveillance au représentant le plus
qualifié de la science française en Grèce, l'offrit à son grand-
père. Quoi qu'il soit de cette croyance, le fragment passa ensuite
entre les mains de M. Alfred de La Coulonche, ancien membre
de l'Ecole française d'Athènes, gendre de M. Daveluv et maître
de conférences à l'Ecole normale supérieure.
« C'est en souvenir de son grand-père et de son père, dont elle
est convaincue de réaliser ainsi un des plus chers désirs, que
M""" de La Coulonche. mue par une pensée à la fois touchante et
patriotique, s'est généreusement dessaisie de ce morceau savou-
reux et qu'elle en a fait présent au Louvre. Elle a accompli ce
geste bien français très simplement, avec une rare délicatesse,
sachant que. par suite des difficultés de l'heure présente, le dépar-
tement des antiquités grecques avait peu d'occasions de s'enri-
chir. Elle a voulu que ce joyau, si cher pour elle à tant de titres,
entrât au Louvre en pleine guerre, pour en illuminer les galeries
silencieuses et y apporter en même temps une preuve inébran-
lable de sa confiance dans le triomphe de nos armes. C'est l'of-
frande à la patrie dans ce qu'elle a de plus émotionnant, de plus
spontané et de plus généreux ! Klle l'a faite avec une grâce char-
mante dont tous les amis de l'art lui seront profondément recon-
naissants.
« La matière de ce fragment, sa technique particulière, ainsi
que les dimensions de la tète, viennent apporter à la tradition
l'appui de leur triple témoignage. Le marbre est du pentélique.
La sculpture présente les caractères qui distinguent les autres
p
336 SÉANCE DU 21 JUILLET 1916
tètes de la frise : les cheveux sont traités avec largeur, sans
recherche du détail, comme il convient à des figures placées très
haut et qu'on ne pouvait regarder que d'en bas; dans les yeux,
on remarque l'abaissement si caractéristique de la paupière
intérieure, commun aux tètes de la frise et des métopes ; les
lèvres, souples et gracieuses, sont exécutées avec une aisance
qui semble être le reflet de l'harmonie générale de l'œuvre, eli<--
proclament la force et la vie dont toute la composition est ani-
mée.
u La plupart des jeunes gens qui prennent part à la proces-
sion ont été représentés de profd ; on ne voit que la moitié de
leur visage. Ici, au contraire, le visage est presque de face : par
un hasard providentiel, il n'a rien perdu de son charme, de son
éclat et de sa beauté; il nous est parvenu absolument intact. Les
contours de la bouche sont accentués d'une façon particulière
et permettent un rapprochement utile avec la tête d'un cavalier
qui fait un mouvement analogue en se retournant (Collignon, Le
Parihénon, pi. 85, 2), et même avec la belle tète de Dionysos
dans le groupe des dieux de la face orientale (Collignon, pi. 128).
Les dimensions de la tête de notre fragment sont, en hauteur,
depuis le sommet du crâne jusqu'au bas du menton, 0,155, et
en largeur, 0,145. Ces dimensions sont celles des têtes des jeunes
hommes qui prennent part à la cavalcade ou assistent au départ
des chars. Tout se réunit donc pour faire accepter avec la plus
grande vraisemblance la provenance indiquée.
« On trouvera, je n'en doute pas, la place exacte que cette
tête occupait dans la frise. Il ne serait pas étonnant qu'elle
appartînt à la face du Nord. Un panneau, retrouvé en 18.34 par
l'architecte bavarois Léo von Klenze et conservé au Musée de
l'Acropole, montre un jeune homme debout derrière l'atte-
lage d'un char et privé de sa tête. Or cette tête existait encore
au xvue siècle, au moment de l'ambassade du marquis de Nointel,
ainsi qu'en témoigne un dessin de Garrey d'après lequel on est
en droit de conjecturer qu'elle se trouvait dans la même position
que la tête du Louvre. L'avenir nous apprendra si cette conjec-
ture peut être admise. A ceux qui pourront faire des consta-
tations utiles je signale ce panneau de l'Acropole et un autre
que possède le Musée Britannique (Collignon, pi. 113, xix et
SÉANCE DU 21 JUILLET 1916 337
xvni) : ce dernier montre aussi le corps d'un jeune homme dont
la tête semble avoir été enlevée avec préméditation.
« En 1889, lorsqu'on entreprit le déblaiement méthodique et
complet du plateau de l'Acropole, M. Gavvadias lit une décou-
verte sensationnelle, celle de la charmante tète d'Iris qui man-
quait à Tune des plaques de la frise actuellement à Londres. Les
archéologues et les artistes manifestèrent leur joie d'une trou-
vaille aussi importante. Quelques années plus tard, en 190:2, ils
éprouvèrent une satisfaction encore plus inattendue lorsque
par le plus grand des hasards on recueillit, dans un parc anglais
du comté d'Essex, un magnifique fragment de la frise qui s'y
trouvait oublié depuis des années. Leur joie ne sera pas moindre
assurément en apprenant qu'un nouveau fragment, absolument
intact, de cette admirable frise, conservé à Paris depuis long-
temps dans une famille d'universitaires, vient d'être rendu à la
lumière et que, grâce à la noble pensée de M'"*' de La Goulonche.
il fait maintenant partie des collections du Louvre. »
M. Louis Léger, à l'occasion de la journée franco-serbe, lit un
travail sur la bataille de Kosovo. Ce nom veut dire « le Champ
des Merles ». La bataille fut livrée le 13 juin 1389 i vieux style .
M. Léger décrit le champ de bataille où se rencontrèrent les
Serbes du prince Lazare et du roi de Bosnie d'une part, de
l'autre les Osmanlis et leurs auxiliaires. On a sur cette journée
très peu de documents contemporains. Les chefs des deux
armées périrent; le sultan Mourad fut assassiné par un patriote
serbe appelé Miloch, le prince serbe Lazare fait prisonnier et
décapité par ses ennemis. Au fond, la journée n'eut pas de résul-
tat immédiat. Les Turcs se replièrent. L'Europe, vu la mort du
sultan, crut à la victoire des Serbes. La nouvelle de la bataille
n'arriva à Paris que six ans après, et Charles VI crut devoir
faire célébrer un Te Deum à Notre-Dame. M. Léger expose, en
terminant, les légendes se rattachant à la bataille qui a donné lieu
à tout un cycle poétique.
M. Collignon donne lecture d'une étude sur une statuette
représentant l'Afrique personniliée. Elle avait été acquise en
Egypte, à Alexandrie, par Jean Maspero, le jeune savant qui
portail dignement le nom de son regretté père, et qui en 1915,
.'{.'{S RAPPORT Dl SECRÉTAIRE PERPÉTUEL
a trouvé en Argonne une mort glorieuse. Exécutée dans une
pierre analogue au grès, la statuette est de travail alexandrin, et
parait dater de la fin du Ier siècle axant noire ère, ou des pre-
mières années du siècle suivant. Elle montre la figure allégorique
de l'Afrique sous les traits d'une femme coiifée de la dépouille
d'une tête d'éléphant; un lion est couché à ses pieds. Si l'on
connaissait déjà par des monnaies, des petits bronzes, des bas-
reliefs et des peintures la représentation de l'Afrique, c'est la
première fois qu'elle apparaît en pied dans une œuvre statuaire.
La statuette d'Alexandrie offre en outre une particularité inté-
ressante. Le type du visage, aux lèvres fortes et saillantes, est
empreint d'un caractère africain très prononcé, et témoigne une
fois de plus du goût pour la vérité ethnographique et pour le
réalisme qui est un des traits essentiels de l'art alexandrin.
APPENDICE
Rapport du secrétaire perpétuel sir les travaux des commis-
sions DE PUBLICATION DE I." ACADEMIE PENDANT LE PREMIER SEMESTRE
DE 1916; LU DANS LA SEANCE DU 'J 1 JUILLET 1916.
(v)uelques-unes de nos publications sont demeurées station-
nants du fait de la guerre ; néanmoins notre activité s'est mani-
festée d'une manière satisfaisante pendant ce premier semestre
de 1916, au grand profit des sciences diverses pour lesquelles
elle s'est exercée.
Le tome XL de nos Mémoires a été mis en distribution. Il se
termine par un mémoire de M. H. Omont, Minoïde Minas et ses
missions en Orient ' 1 840-1 855 , dont le tirage à part vous
a été récemment distribué.
Du tome XLI des mêmes Mémoires, vous avez reçu les tirages
à part de M. Gollignon, L'emplacement du Cécropion sur
l'Acropole d'Athènes, et de M. Cordier, Annales de V hôtel de
Nesle — Collège îles Quatre Nations — Institut de France.
RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL 339
Du tome XIII des Mémoires des savants étrangers, a paru :
Glotz, Le droit des gens dans l'antiquité grecque; M. Schwab,
Homélies judéo-chrétiennes. Enfin, nous avons envoyé à l'Im-
primerie Nationale, pour être composé et inséré dans le même
recueil : Sidersky, Etude sur la chronologie assyro-baby Io-
nienne.
En ce qui concerne Y Histoire littéraire de la France, non
seulement le tome XWIY a été distribué, ainsi que je l'ai dit
dans mon second rapport de 1915, mais le tome XXX Y s'an-
nonce comme devant progresser rapidement : les huit premières
feuilles en sont en pages, le bon à tirer en pourra être donné
très prochainement, et les placards 35 à 71 sont corrigés en
grande partie.
Aucune partie des Chartes et Diplômes (rois Carolingiens
et premiers Capétiens) n'a été livrée au public depuis le
31 décembre dernier, et aucun manuscrit nouveau n'est arrivé à
l'impression, mais les collaborateurs ont continué de leur mieux
l'établissement des textes, dans la mesure où les circonstances
le leur permettaient, les uns étant toujours à l'armée, les autres
consacrant à des œuvres de guerre les loisirs que leurs devoirs
professionnels leur laissent. La collection des Pouillés a été
plus favorisée que celle des Chartes et Diplômes pendant ce
semestre, car le cinquième volume correspondant aux actes
relatifs à la province de Trêves a vu enfin le jour ; commencé par
notre regretté confrère Auguste Longnon, vous vous rappelez
que vous aviez délégué à M. l'abbé Victor Carrière le soin
de l'achever. Nous devons louer celui-ci de la diligence
avec iaquelle il s'est acquitté de sa tâche, et cela d'autant plus
qu'il était déjà mobilisé au moment où il a mis la dernière
main à Y Introduction et qu'il était attaché comme infirmier à
un train sanitaire quand il a corrigé les épreuves. Dans le même
temps, l'Imprimerie Nationale expédiait à M. Clouzot cent pla-
cards appartenant au volume dont il est l'auteur, les Pouillés de
la prorince d'Ai.r. M. Clouzot, qui. lui aussi, a trouvé le moyen
Me concilier avec l'exécution de son œuvre scientifique l'accom-
plissement de son devoir patriotique, a tout corrigé ; il ne reste
plus qu'à mettre en pages le volume entier qui comprend cent
trente-l rois placards.
340 RAPPORT Dr SECRÉTAIRE PERPÉTUEL
Actuellement, M. Élie Berger mène de front la publication
des deux volumes qui contiennent le Recueil des actes de
Henri II. roi d Angleterre et duc de Normandie. Le tome I "
est fini et distribué, mais il reste encore à terminer la rédaction
de l'Index : celui-ci est mis sur fiches presque entièrement et,
cette opérai ion terminée, M. Berger dressera la table l'été pro
chain, de façon à en amorcer l'impression en automne. Le
tome IL où figurera la fin des textes, est en bonne voie d'exécu-
tion. La copie et le commentaire des pièces qui lui sont desti-
nées sont chez l'imprimeur n06 CCCCLV-DCCLXVIII, années
I17'J 3-1189). Les feuilles 1-13 sont en bon à tirer, les placards
53-80 sont en bon à mettre en pages, les placards (S 1-85 ont subi
une première correction, ce qui nous mène jusqu'au n° DC des
actes. La mise sur fiches des éléments de l'Index suivra sans
retard pour cette partie comme pour la première.
Le tome I'r des Actes de Philippe Auguste, roi de France,
a paru, et M. Delaborde procède à la préparation du tome II ;
tous les textes qui doivent entrer dans les volumes suivants sont
recueillis et la plupart seraient en état d'être imprimés dès
aujourd'hui.
M. Llie Berger a mis à la disposition de ses auxiliaires.
MM. Henri Stein et Georges Daumet. les fiches et les notes rela-
tives aux Actes de saint i.ouis qui, provenant de Léopold
Delisle, avaient été déposées au cabinet des Chartes et diplômes.
Ces Messieurs continuent en plus à Paris le dépouillement des
fonds conservés aux Archives et celui des collections manu-
scrites ou imprimées de la Bibliothèque nationale, en attendant
la reprise de leurs recherches dans les archives départementales
et dans le- bibliothèques rie la province.
VI. Omont, grâce à l'active collaboration de M. Boulillier du
Bétail, a poussé régulièrement l'impression du tome IV des
Obituaires, qui traite de la province de Sens, diocèse de Troyes.
L'Imprimerie Nationale vient d'achever la mise en pages des
placards l(.»-2 à 288 et dernier: les feuilles 56-72 complètent
ainsi le volume, et le bon à tirer pourra être signé avant les
vacances. M. Boutillier du Bétail, l'éditeur, travaille toujours
activemenl à la confection de la table générale.
RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL Mil
La publication du Corpus inscriptionum semilicarum
demeure toujours slationnaire ; pourtant la préparation des der-
niers fascicules de la Section phénicienne a réalisé quelques
progrès. M. l'abbé Chabot y a fini la rédaction des chapitres
concernant Hadrumète, Maktar, Medidi et plusieurs localités
moindres. Il ne reste plus qu'à attribuer un numéro définitif aux
inscriptions, ce qui ne pourra être fait qu'après une révision des
originaux à Carthage ; M. l'abbé Chabot s'acquittera de cette
tache pendant le voyage qu'il entreprendra en Tunisie pour le
compte de l'Académie. Comme l'Imprimerie Nationale est tou-
jours impuissante, faute d'ouvriers, à nous seconder utilement,
il n'y aurait aucun avantage à lui envoyer, dès à présent, la
copie de textes classés sous un numéro provisoire.
La situation demeure inchangée dans la Section araméenne et
dans 1 hébraïque. Nous avions conçu l'espoir de pouvoir mettre
en train l'impression des parties de la Section arabe qui touche
à l'Egypte ; mais, après examen du manuscrit, notre confrère
Max Van Berchem, qui surveille cette section, a jugé prudent
d'attendre le retour de son auxiliaire, M. Wiet, que le service
retient à Salonique depuis neuf mois. Enfin la Section himya-
ritique en est toujours au même point que le semestre passe :
nous venons pourtant d'adresser à l'imprimeur une forte liasse
de manuscrits qui formeront le fascicule "2 du tome II. Il faudra
que nous nous décidions à publier le fascicule sans les planches,
sauf à composer ensuite une livraison spéciale de celles-ci, en
harmonie avec le texte.
L'activité de la commission du Corpus s'est reportée sur le
Répertoire d'épigraphie sémitique. Les dix premières feuilles
du tome troisième sont en pages depuis la fin d'avril et elles
seront revêtues du bon à tirer dès les premiers jours de juillet.
constituant un fascicule prêt à paraître. M. l'abbé Chabot vient
de remettre aux compositeurs la copie entière d'un second fasci-
cule qui comptera de dix à douze feuilles et dont la mise eu
train ne subira pas, nous l'espérons, de trop grands retards.
Enfin, M. Guérinot a rassemblé les éléments bibliographiques
d'un troisième fascicule et il s'occupe présentement à préparer
la table de tout le volume.
'M2 RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL
Parmi les ouvrages qui s'impriment pour différents libraires,
sous le patronage ou avec le concours de notre Académie, plusieurs
sont suspendus et la continuation en est différée jusqu'à nouvel
ordre. Tel est le cas du Recueil général des monnaies grecques
de ï Asie Mineure, de {'Inventaire des mosaïques de la Gaule et
de l'Afrique, des Inscriptiones grœcse ad res romanas pertinentes
dont un fascicule est commencé, mais reste en placards. La publi-
cation reprendra seulement quand les cabinets numismatique» de
l'étranger redeviendront accessibles, et que les imprimeurs ou les
graveurs auront vu disparaître les difficultés matérielles du
moment. M. Ghavannes pense pouvoir se remettre prochaine-
ment à la publication des Mémoires concernant l'Asie orien-
tale Inde, Asie orientale, Extrême-Orient) et nous donner deux
volumes dans le courant des années 1916-1917. Les Inscriptio-
nes Deli. qui devaient être comprises dans le grand Corpus de
Berlin, sont arrêtées. En revanche, 1 Encyclopédie, en faveur de
laquelle nous avons voté une souscription annuelle, a produit
une livraison nouvelle que nous avons reçue pendant le courant
du semestre écoulé.
Le tome XXX de notre recueil des Monuments et mémoires.
Fondation Eugène Piot, a été complété vers le même temps par
un second fascicule que nous attendions impatiemment. Il con-
tient en effet les tables des vingt premières années, dressées par
M. Léon Dorez : table alphabétique des noms et des matières,
table des illustrations par volumes et par articles, le tout for-
mant 242 pages de petit texte, en majeure partie sur deux
colonnes; on ne saurait trop louer la conscience que M. Dorez
a apportée à ce long et minutieux travail. Le premier fascicule
du tome XXII est sous presse. Ainsi, malgré l'absence du secré-
taire de la rédaction, M. Paul Jamot, et en dépit de certaines
difficultés matérielles, les Monuments Piot paraissent presque
aussi régulièrement que dans une année ordinaire. Notons pour-
tant que le papier sur lequel on tirait leurs volumes étant venu
à manquer, nous avons dû recourir à l'emploi d'un papier moins
consistant : la différence entre les deux espèces est assez peu
>ensible et la collection du recueil Piot n'en sera pas déparée.
Le Journal des Savants ne se ressent plus de la guerre, grâce
RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL 343
à M. Gagnât qui le dirige et à la maison Hachette qui l'imprime.
Nos Comptes rendus sont demeurés en arrière, malgré le zèle
avec lequel M. Dorez presse l'imprimeur et les rédacteurs : la
première livraison de l'année paraîtra bientôt, si elle n'a pas
déjà paru au moment où je lis ce rapport. Espérons que
M. Dorez réussira à faire rentrer nos Comptes rendus dans la
règle, en dépit de toutes les difficultés que rencontre l'impression.
Le Ministère de l'instruction publique avait compris un cer-
tain'nombre de nos publications dans son envoi à l'Exposition
universelle de San Francisco en 1915 : elles y ont obtenu un fort
beau succès et elles ont été données aux bibliothèques publiques
de la ville américaine. M. le Directeur de l'enseignement supé-
rieur, encouragé par cet essai, nous a demandé, le 10 mars 1916,
les ouvrages suivants qui lui ont été livrés aussitôt :
Corpus inscriptionum semiticarum. - - Pars I (Inscriptions
phéniciennes) ;
Mémoires de V Académie et Comptes rendus, un volume à
notre choix ;
Histoire littéraire de la France, t. XXIV renfermant Victor
Leclerc et Renan, Discours sur Vélat des lettres et des beaux-
arts en France au XIVe siècle ; — t. XXXI renfermant l'étude
de Renan sur les Ecrivains juifs français du XIVe siècle ;
Historiens orientaux des Croisades, t. V;
Répertoire oVépigraphie sémitique, t. I ;
Mémoires concernant V Asie orientale, t. I ;
Inventaire des mosaïques de la France et de l'Afrique, tout
ce qui en a paru.
P. Foucart, Les Mystères d'Eleusis et Le Culte de Dionysos
en Attiifue; — ces mémoires étant épuisés en tirage à part, j'ai
expédié au Ministère les volumes de nos Mémoires d'où ils
étaient extraits.
Ces ouvrages remportent actuellement à Barcelone le même
succès que les antres axaient obtenu à San Francisco, et ils seront
déposés, eux aussi, dans les bibliothèques publiques de la ville.
L'exemple donné par le Ministère serait bon à suivre pour notre
compte : il montrerait aux étrangers, trop portés à L'oublier, que
nos travaux ne le cèdent en rien à ceux d'aucune autre Acadé-
mie d'Europe.
344
SÉANCE DU 28 JUILLET
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
M. Legeb esl désigné comme lecteur pour la séance publique
annuelle de l'Académie. La date de cctle séance, sur la propo-
sition du Président, est fixée au 24 novembre.
Il est donné lecture d'une lettre de l'Académie des sciences
de Lisbonne et d'une lettre de l'Académie des sciences de Por-
tugal, par lescpielles ces deux corps savants expriment au Pré-
sident de l'Académie des inscriptions et belles-lettres leurs
condoléances à l'occasion de la mort de M. Gaston Maspero.
M. René Pichon lit une étude sur Virgile et César. Il remarque
que Virgile parle peu de César, et avec peu d'enthousiasme,
dans son Enéide, beaucoup moins que dans les Géorgiques et
surtout que dans les Bucoliques. Il pense que cette froideur
vient de ce que le poète a voulu se plier à la politique d'Au-
guste, lequel, tout en étant le continuateur de César, mettait
toute son application à s'en distinguer.
M. Franz Cumont, associé étranger, communique à l'Acadé-
mie un disque de terre cuite et l'empreinte d'un moule inédit,
conservé au Musée du Louvre, qui appartiennent à une série
déjà assez, nombreuse dYeuvres analogues, sorties toutes, on
peut le démontrer, d'un même atelier de Tarente. Elles semblent
dater du ne ou du Ier siècle avant notre ère. La surface de ces
disques esl surchargée d'une quantité d'animaux sacrés, d'attri-
buts divins et d'objets divers, dont la nature n'a pas toujours
été exactement déterminée. L'accumulation des ligures qui les
décorent et le caractère de certaines d'entre elles ne permettent
pas de douter du caractère magique de ces terres cuites. Il est
probable que ces disques étaient de faux miroirs, et peut-être
servaient-ils aux opérations tic la « catoptromancie », un i^enre
de divination répandu en Grèce comme en Orient, qui a conti-
nué à être pratiqué par les specularîi du moyen âge et s'est per-
pétué jusqu'à nos jours.
COMPTES RENDUS DES SEANCES
DE
L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES- LETTRES
PENDANT L'ANNÉE 1 9 I G
PRÉSIDENCE DE M. MAURICE CROISET
SÉANCE DU 4 AOUT
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
Le Puésident donne lecture du décret présidentiel qui nomme
M. Cagnat secrétaire perpétuel de l'Académie en remplacement
de M. Maspero, décédé.
M. Cagnat prend place au bureau et remercie, dans les termes
suivants, ses confrères de l'honneur qu'ils lui ont fait :
« Ma première pensée, en m'asseyant à cette place que je dois
à votre bienveillance, est et doit être pour celui qui l'occupait
encore il y a un mois et qui, subitement, devant nous, s'y est
affaissé, au milieu de quelles angoisses, vous vous en souvenez,
terrassé par la mort. Ce que l'éclat de son nom, connu, respecté,
admiré dans tous les pays qui font cas de la science et qui sont
sensibles au talent, apportait de lustre à notre Compagnie, il
n'est pas besoin de le rappeler : il était l'honneur de l'Académie.
Avec lui nous avons perdu plus qu'un excellent confrère, plus
qu'un secrétaire plein d'expérience ; nous avons perdu propre-
ment un de nos fleurons.
« L'honneur que vous m'avez fait en m'appelanl à lui succé-
der n'en est que plus flatteur et je ne sais vraiment comment
vous en exprimer ma gratitude; d'autant plus que vous avez
1916 2.j
346 SÉANGE DU i AOUT 1946
doublé le prix de votre faveur par un accord qui m'a profondé-
ment touché.
« A cette insigne bienveillance je ne puis mieux répondre
qu'en vous donnant l'assurance de mon entier dévouement. Je
vôlis dois de me consacrer absolument, de toute ma bonne
volonté, de toute ma volonté, de toute mon activité, â la mission
que vous n'avez pas craint de me confier. .le connais déjà un
peu les détours de cette maison ; je ne les connais pas tous
encore ; il en est où je n'avais pas qualité pour pénétrer et qu'il
me faudra maintenant explorer. Je compte les visiter en détail,
mais avec méthode et sans hâte. Je vous demande donc de me
l'aire un peu crédit à cet égard ; je ne voudrais pas m'exposer à
prendre la moindre décision ou à solliciter votre avisa la légère.
« Votre concours, mes chers Confrères, me sera surtout
nécessaire dans quelques mois. Quand nous serons sortis du
tumulte où nous nous débattons depuis deux ans et que le pays
reprendra son existence normale, nous aurons à participer à ce
renouveau. La vie scientifique à laquelle nous étions habitués
avant la guerre ne sera plus de mise ; des modifications pro-
fondes s'imposeront. Oubliant la confiance si cruellement déçue
et les illusions du passé, nous devrons modifier le système de nos
alliances historiques et philologiques, resserrer et développer les
relations que nous entretenons déjà avec nos amis ; prendre,
d'accord avec eux, des initiatives nouvelles; assurer a la science
française la place éminente qu'elle doit occuper dans ce con-
cert d'érudition : et, cela, malgré la disparition de tant de jeunes,
qui étaient notre espoir et qu'il sera impossible pendant quelque
temps de remplacer. On compte bien — et plusieurs des lettres
qui m'ont été adressées à propos de mon élection me le prouvent
— que notre Académie prendra la tète du mouvement dans
l'ordre d'études qui nous est dévolu : c'est ce qu'un de mes
correspondants, qui a d'autant plus le droit de parler qu'il fait
noblement son devoir au front, appelle « la grande tâche de
demain ». Celle de votre secrétaire en sera augmentée, comme
aussi sa responsabilité. Voilà pourquoi, plus encore que mes
prédécesseurs, j'ai besoin de votre appui. Permettez-moi de
croire que je puis y compter entièrement.
<( Quant à vous, mon cher Président, qui m'avez si aimable-
SÉANCE DU 4 AOUT 1916 347
ment invité à m'asseoir à vos côtés, laissez-moi vous dire bien
affectueusement combien je suis heureux de commencer mes
fonctions sous les auspices de l'administrateur de notre cher
Collège de France, qui, pour nous tous, vous le savez, est, avant
tout, un ami. »
M. Antoine Thomas entretient l'Académie de quelques anciens
noms de famille français dans lesquels entre le verbe naître et
qui ont été souvent altérés par des scribes ou des historiens
incapables d'en comprendre la formation. Il cite notamment
Hautfuné, c'est-à-dire « hautement-fut-né », nom d'un évêque
a Avranches, de 1330 à 1358, que certains auteurs altèrent en
Haut frime et même, chose incroyable, en Austfrien, forme
adoptée par la Gallia chrisliana ; Buerfunêe, c'est-à-dire
« heureusement-fut-née», nom d'un certain Robert, bourgeois de
Chàteaulandon, fonctionnaire zélé de Philippe le Bel et de ses
fils, chargé, en 1316, de garder au Château-Gaillard l'épouse
adultère de Charles de France, plus tard Charles IV, Jeanne,
sœur de Marguerite de Bourgogne : beaucoup d'érudits modernes
l'appellent à tort Berfumée.
Vax terminant, M. Thomas rappelle que le nom de la ferme de
Monacu, que les derniers communiqués militaires nous ont rendu
familier et dont l'aspect étrange pique la curiosité, doit être un
nom de famille ou sobriquet synonyme de « malheureusement
né ». On le trouve écrit Malnacu en 1172, puis on saute sans
transition à Monacu en 1733, Le Monacu en 1704. La première
syllabe représente l'adverbe mal et devrait s'écrire mau, comme
dans maussade. Le participe nacu, qui a servi de modèle à vécu
et a disparu del'usage, est donc conservé, pour ainsi dire à l'état
fossile, dans ce nom de ferme dont l'héroïsme de nos soldats
immortalisera le souvenir.
M. J.-B. Chabot fait une communication sur les inscriptions
néo-puniques découvertes en 1881, par M. Cagnal dans les
ruines de Masculula, aujourd'hui Henehir Guergour, entre Le
Kef et Chemlou (Tunisie;. Plusieurs des monuments originaux
ont été transportés à Paris, mais aucun d'eux n'a été publié.
L'inscription bilingue, latine et néo-punique, dont la partie
latine figure au C. /. L. i VIII), sous le n" 15789, devrait, selon
M. Chabot, être restituée ainsi :
348 LIVRES OFFERTS
[P]. I V N[IJVS-| E G R l Ll
F. SÂT[V R]VS-
[VI] X IT. A///////C-V. H- S-
tSiin p [it2^d irr»] »Sas
wom Djfaiz;] na[w] «in
L;i restitution de l;i partie latine est contraire à ce que nous
savons sur la transmission des noms chez les Romains ; mais
celle anomalie semble imposée par la présence certaine du nom
Egrilius dans le texte punique.
Une dédicace au Baal Adir, c'est-à-dire à Saturne Auguste,
est ainsi conçue :
ms un SyaS na wxw iru
an» dtddiu? nsw TtaaSa »a*s
12 EL* p N2..1 T3j[aj]a
"liaaSa, BLBTR, pourrait être un cognomen latin terminé en
tor, comme on le voit par une inscription inédite où il est écrit
"lNiaa^a. Le nom du dédicant est peut-être Profugus. Les sulïétes
nommés ici sont les seuls magistrats dont fassent mention les
inscriptions jusqu'à présent découvertes à Masculula.
LIVRES OFFERTS
M. Omont a la parole pour un hommage :
<< J'ai l'honneur de déposer sur le bureau de l'Académie, au nom
de l'auteur, M. A. Guesnon, un mémoire intitulé: Un Collège inconnu
des lions enfants d'Arras à Paris, du XIIIe au XVe siècle Paris, 1915,
in-8°, 37 pages, 2 planches et 1 plan; extrait des Mémoires de /;<
Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France 4915), I. XL).
« M. Guesnon, dont l'Académie connaît et a apprécié de longue
date les recherches si étendues «vl si nouvelles par leurs résultats
sur «le nombreux points de l'histoire d'Arras et des trouvères arté-
siens, a eu la bonne fortune de découvrir un nouveau collège d Arras
à Paris, resté jusqu'ici inconnu à tous les historiens de l'ancienne
Université de Paris. C'est à la Bibliothèque el aux Archives nalio-
SÉANCE DU II AGIT 1 9 I (> 340
nales qu'il a retrouvé toute une série de documents sur ce collège.
Il a pu ainsi retracer l'histoire du Collège des Bons enfants d'Arras,
sis rue Charretière, en face du Collège de Coqueret, depuis le milieu
• lu xnr5 siècle jusqu'à la suppression ou réunion des petits collèges
de l'Université en 1783. En même temps, M. Guesnon a déterminé
l'origine du nom de Charretière, porté par la rue où se trouvait le
Collège des Bons enfants d'Arras; cette ancienne rue, ce que n'ont
pas reconnu les auteurs de la Topographie historique du Vieux-
Paris, doit son nom à Emmeline Chartier (Cadrigaria, le Quaretiere .
que l'on voit figurer dans un acte de vente de terrains destinés au
nouveau collège en 1254. »
M. Salomon Reinach offre à l'Académie, au nom de l'auteur, Sir
W. Martin Conway, F. S. A., un volume intitulé: The Abbey of Saint
Denis and its ancient treasures Oxford, lùlii.
in- 1
'.<■
SÉANCE DU 11 AOUT
PRESIDENCE DE M. EDOUARD CIIWANNES, ANCIEN PRESIDENT.
M. Salomon Reinach cherche l'origine d'une étvmologie
ancienne du nom de Lyon, Lugudunum, qui aurait signifié Desi-
deralus mous (glossaire d'Endlicher), alors qu'une étvmologie
beaucoup plus vraisemblable explique le mot par Lucidus nions
(Héric). Il l'ait observer que clair, en grec, se dit photeinos,
tandis que désiré se dit potheinos. Or Potheinos est le nom
du premier évêque chrétien de Lyon, saint Pothin ; sous l'in-
fluence de ce nom vénéré et populaire, dans quelque lexiquegrec
l'aspiration se déplaça et Phnleinos devint Potheinos, ce qui
implique le changement d'interprétation : Moni-désiré au lieu
de Mont-clair. Comme exemple de l'influence d'un nom devenu
célèbre modifiant un nom plus obscur, M. S. Reinach cite
une phrase d'une correspondance d'Athènes, adressée récem-
ment à une Revue américaine, où on lit que le roi de (livre
s'est rendu à la cathédrale dans une calèche h lu Douaumont.
M. Dehérain lit un mémoire de M. Louis Bréhier sur l'hagio-
350 LES MOSAÏQUES DP: I.A DÉSERTE A LYON
graphie byzantine du vme et du i.ve siècles à Gbnstnntinop!e
et dans les provinces.
M. Gagnât communique une note de M. Fabia, correspondant
de l'Académie, professeur à l'Université de Lyon, sur les
mosaïques superposées de la Déserte (place Sathonay à Lyon '.
COMMUNICATION
NOTE SUR LES MOSAÏQUES SUPERPOSÉES DE LA DÉSERTE
(place SATHONAY, A lyon),
PAR M. PHILIPPE FABIA, CORRESPONDANT DE l'aCADÉMIE.
La planche LU d'Artaud2 représente, à l'état fragmen-
taire, les trois mosaïques superposées 3 qui furent exhu-
mées, il y aura un siècle bientôt, dans la partie du claus-
tral de la Déserte où s'édifiaient les premières maisons de
l'actuelle place Sathonay. A quelle date exactement eut
lieu cette découverte? Que sauva-t-on alors des trois pave-
ments ? Que sont devenus depuis les morceaux enlevés ?
Des recherches toutes récentes m'ont procuré le moyen,
qui avait manqué jusqu'ici, d'apporter une réponse sûre,
complète et précise à ces trois questions.
La notice explicative d'Artaud '* fournit seulement cette
donnée chronologique : la découverte fut postérieure à une
autre, faite dans le même endroit le 15 juin et que Flache-
1. Voir ci-après.
2. Mosaïques de Lyon et des départemens méridionaux de la France
(Lyon, 183o).
3. La plus ancienne et la plus récente sont décrites par Adrien Blan-
chet, Inventaire des mosaïques de la Gaule, I. n°" 731 et 73(i. Pour la des-
cription de l'intermédiaire qu'il a confondue n° 7331 avec une mosaïque
voisine (n° 733 , voir Journal des Savants, 1916, p. 27 1 et 321.
4. Histoire abrégée de la peinture en mosaïque Lyon. ls35 , p. lue cl
sui v,
LES MOSAÏQUES DE LA DÉSERTE A LYON 351
ron, l'inventeur, aurait communiquée à l'Académie de Lyon
le 11 juillet 1830. D'où l'assertion de Steyert { reproduite
par M. Adrien Blanchet dans 1 Inventaire des mosaïques de
la Gaule" : « vers 1830 ». Or, vérification faite sur le manu-
scrit d'Artaud3, 1830 est une faute d'impression pour 1820.
L'auteur du Catalogue sommaire des Musées de Lyon le
savait sans doute, puisqu'il a daté 4, inexactement d'ailleurs,
la découverte qui nous occupe de 1820. J'ai pu en outre
réassurer directement que la communication de Flacheron 5,
citée par Artaud, est bien du 11 juillet 1820. Quant à
l'exacte vérité, je l'ai trouvée aux Archives municipales G, du
moins en ce qui concerne les deux mosaïques inférieures.
Le 1 7 juillet 1823, le maire de Lyon, baron Rambaud,
convient avec les marbriers Bernard et Jamey d'un prix
forfaitaire de 400 francs pour l'enlèvement, selon les pro-
cédés de Belloni, et le transport au Musée d'une partie de
mosaïque « qui vient d'être découverte en fouillant l'empla-
cement vendu par la ville de Lyon aux sieurs Godiot et
Giraudon ' dans l'ancien claustral de la Déserte ». Le cro-
quis annexé au compromis ne laisse aucun doute sur l'iden-
tité du pavement : c'est la mosaïque intermédiaire. La sur-
face portée au devis estimatif est de 5m 8. Le 29 août,
Artaud informe le baron Rambaud que Giraudon et Godiot
viennent de mettre à découvert la troisième et dernière
mosaïque et que le pavé mérite d'être enlevé avec soin 8.
1. Nouvelle histoire île Lyon Lyon. L895 . I. 276.
2. Ouvrage cité, n°j734.
3. Bibliothèque de l'Académie de Lyon, M H«i, p. 79.
i. 1887, p. 133, ir 12 et 13= 1899, p. 206, n°5 14 et 15.
5. Bibl. de l'Acad. de Lyon, M 139, fol. L83-184.
6. Série H-, Musées. Acquisitions, recherches archéologiques, travaux,
collections.
7. Cet emplacement est celui sur lequel a été édifiée la maison qui porte
le n0 3 : cf. Vermorel Noies manuscrites pour servir à son ouvrage sur la
topographie et la statistique de Lvun. p. 2 1-», aux Arch. munie. . Steyert,
ouvr. cité, le l'ait correspondre aussi au n .'> maison Raymond .
s. <X Artaud, .Xotes manuscrites, vol. I, fol. I '>' Bibl. de l'Acad. de
Lyon, M LOI
352 LES MOSAÏQUES DE LA DÉSERTE A LTOW
Le •'{() août, le maire et les marbriers traitent au prix de
550 francs pour l'enlèvement et le transport des parties
ci-après désignées : tête de Bacchus, tète de Cérès, trois
rosaces et trente pieds de bordure, dont l'assemblage l'ait
une mosaïque de sept pieds sur toutes les faces.
En même temps que sur les dates, ces documents nous
renseignent sur la nature et l'étendue des fragments sau-
vés. Dans la notice d'Artaud, la conservation de la mosaïque
intermédiaire n'est pas mentionnée du tout; quant à celle
de la mosaïque la [dus ancienne, il ne mentionne que « les
images de Bacchus et de Yertumne ». « Cette mosaïque
avant été abandonnée, nous avons recueilli pour le Musée
ces deux portraits grands comme nature '. » De la mosaïque
la plus récente, il ne semble pas qu'on ait songé à rien
sauver, bien que Steyert2 affirme que les débris des trois
pavements avaient été « réservés pour le Musée ».
Le même auteur ajoute, parlant de la plus ancienne
mosaïque, qu'elle ne figure dans aucune des salles du
Palais des Arts. Son livre étant de 1895, il se trompe :
cela n'était vrai qu'avant 1868, nous allons le voir. Le
Catalogue sommaire aurait pu lui apprendre que les bustes
de l'Eté i Cérès) et de l'Automne Bacchus) sont dans le
vestibule des Antiques. Mais il ne lui aurait appris ni qu'ils
n'y représentent point seuls les mosaïques en question, ni
qu'il en existe ailleurs, hors du Musée, un autre fragment, ni
certains détails curieux de leur histoire entre le temps où
ces débris quittèrent le terrain de la Déserte et celui où ils
reçurent la place qu'ils occupent aujourd'hui. Je dois la
connaissance de ces détails inédits aux archives munici-
pales3, au registre du conseil de fabrique d'Ainay 4, au
témoijmaye oral du maître mosaïste Claudius Mora.
1. Dans Lyon souterrain Lyon, 18ifi . p. 97, note i. Artaud dit vague-
ment : a De grands panneaux de ces pavés précieux mit été recueillis avec
soin et sont conservés dans les dépôts du Musée. »
2. Passage cité.
3. Même série.
«. J'ai en connaissance de ce registre grâce à mon savant ami, le doc-
LES MOSAÏQUES DK LA DÉSERTE A LYON 3S3
La présence aux dépôts des fragments recueillis à la
Déserte est constatée dans un récolement d'inventaire, signé
le 11 juillet 1831, et ils comptaient sans doute parmi les
pièces transférées du premier étage au rez-de-chaussée en
1834. Aune date que je ne puis fixer, après 1840 et avant
1850, Gomarmond, successeur d'Artaud, lit transporter
pour réparations tous les grands morceaux de mosaïque
rassemblés dans les dépôts chez un marbrier de la rue
Sainte-Hélène, le nommé Baratta, en qui, fort légèrement,
il avait mis sa confiance. Ils y séjournèrent longtemps et
ne rentrèrent pas tous au Musée. Baratta négligeait parfois
de distinguer ce qui était chez lui de ce qui était à lui. Il
essaya de vendre le panneau de Cérès à son voisin, le
mosaïste Edouard Mora. Il le vendit avec une des trois
rosaces au curé d'Ainay, l'abbé Boné ; voici à quelle occa-
sion. En octobre 1850, dans une cour de l'Hospice des
jeunes filles incurables, situé entre cette église et la rue
Jarente, on exhuma une mosaïque fragmentaire, qui fut
offerte à la ville1, mais que Comarmond ne jugea pas
digne du Musée. Il écrivit au maire que le curé d'Ainay
voulait la faire placer « comme devant d'autel » dans la
chapelle de la Vierge et qu'il lui paraissait bon de « l'en-
tretenir dans cette pensée2». La pensée se réalisa. La
mosaïque des Incurables servit à paver le chœur dans la
chapelle de la Vierge consacrée par le cardinal de Bonald,
après réfection, le 8 décembre 1851 3. Seulement, elle ne
teur Birot, qui a fait de l'archéologie d'Ainay sa province. Il a pour titre :
Procès-verbaux du Conseil de fabrique, 1S03-18S6. Le procès-verbal de la
séance du 13 juin 1868 contient le texte d'une lettre en date du 11 mais
dans laquelle Martin-Daussigny expose les données de son enquête. Vient
ensuite la délibération par laquelle il est t'ait droit à sa demande.
1. Arch. munie, même série : lettre de M"" Garnier-Aynard au maire «le
Lyon, " octobre L850.
2. Ibid. ; lettre de Comarmond au même, I I octobre Is.Vi. Cette mosaïque
manque dans {'Inventaire de M. Adrien Blanche t.
3. Procès-verbaux du Conseil de fabrique, k cette date.
354 r.KS MOSAÏQUES DE LA DÉSERTE A LYON
comportait que six panneaux 1 et, pour entourer les trois
côtés libres de l'autel, il en fallait neuf. La tête de Gérés
et la rosace vendues par Baratta comblèrent les deux tiers
de cette lacune. Gérés eut la place d'honneur, devant le
tabernacle ; la rosace fut posée à droite de l'autel, là où
elle est encore 2. Une autre rosace pareille, fabriquée de
toutes pièces, lui lit pendant à gauche. Un détail révèle
d'emblée la contrefaçon : les deux rosaces ont un double
cadre de torsade ; mais dans la rosace moderne le cadre
extérieur est continu, comme le cadre intérieur ; dans la
rosace antique il est discontinu à deux angles, parce qu'il
se compose simplement des tronçons de la grecque où s'en-
castraient tous les panneaux de la mosaïque primitive 3.
Lorsque Martin-Daussigny eut à faire vider les dépôts,
en 1863, il constata la double disparition qui avait échappé
à l'insouciance de son prédécesseur; mais, en 1868 seule-
ment, lorsqu'il combinait la décoration composite du ves-
tibule des Antiques et regrettait tout haut l'absence de la
Gérés qui aurait fait si heureusement vis-à-vis au Bacchus,
il apprit par le mosaïste Claudius Mora, qui tenait la chose
de son père, où se trouvaient les deux panneaux man-
quants. Le conseil paroissial d'Ainay, mis au courant des
faits, s'empressa de restituer la Cérès que le conservateur
réclamait seule et qu'il offrait de remplacer, aux frais du
Musée, « par un médaillon de mosaïque antique plus en
1. Comarmond : « Il n'existe que six caissons, dont quatre assez bien
conservés. »
2. En mauvais état. Si on ne la répare bientôt, elle sera perdue dans
quelques années.
3. « Le pavé du sanctuaire de la chapelle est une mosaïque imitée de l'an-
tique et faite d'après le dessin de fragments trouvés dans le local de l'hos-
pice des Incurables... Néanmoins les artistes peuvent y admirer une tète
de Gérés en mosaïque découverte à Vienne et que M. le curé a l'ait placer
dans la partie qui correspond avec le milieu de l'autel. Singulier rappro-
chement ! » (Abbé J. Roux, La Vierge d'Ainay, dans la Revue du Lyonnais,
n. s., 2 (1850), p. 438). La première phrase contient une grosse exagération,
la seconde une erreur causée sans doute par un mensonge de Baratta
LES MOSAÏQUES DE LA DÉSERTE A LYON 355
harmonie avec la sainteté du lieu qu'une divinité païenne ».
Ce médaillon est une rosace à deux cadres, l'intérieur en
torsade, l'extérieur en chapelet de triangles ou têtes de dia-
mant. Je crois pouvoir l'identifier avec un caisson de la
mosaïque figurée sur la planche X d'Artaud et trouvée un
peu avant 1809 dans le quartier d'Ainay, vers l'angle sud-
est des rues d'Auvergne et de Jarente '. Elle passait jus-
qu'ici pour entièrement perdue et Artaud n'en signale point
la conservation partielle ; mais le groupe de trois dont elle
faisait partie avait retenu son attention, et il caressa quelque
temps l'espoir d'acquérir pour le Musée la principale, celle
de Méléagre et Atalante '-'.
Aujourd'hui donc, comme autrefois dans le pavement de
la Déserte, Cérès ou l'Eté regarde vers Bacchus ou l'Au-
tomne dans le vestibule des Antiques, à mi-hauteur de la
paroi qui confronte la porte d'entrée. Mais, au lieu qu'ils
s'encastraient jadis dans la torsade de la grecque, ils
ont maintenant l'un et l'autre un cadre continu de torsade,
qu'ils doivent à quelque Baratta. Les deux rosaces que
celui de la rue Sainte-Hélène n'a point vendues se voient
dans la frise de la même paroi, à droite et à gauche du beau
lion, encadré d'un double filet octogonal, qui en occupe le
centre. Ce lion appartenait à la mosaïque d'Orphée3 dont
les quarante-quatre animaux furent, en 1823, réduits à
douze. La mosaïque intermédiaire de la Déserte a fourni
J. Adrien Hlanchet, Inventaire, n° 721. Cf. Journal des Savants, 1916,
p. 277.
2. Artaud, Histoire de lu peinture en mosaïque, p. 67: Xotes manu-
scrites, vol. 3, fol. 518 (Biblioth. de l'Acad. de Lyon, M 201,; Areh. mini.,
série citée, lettre au baron Rambaud, l"mars 1822. Elle porte le n " 720
dans l'Inventaire ; la troisième du groupe était le n° 723.
3. Georges Lafaye, Inventaire des mosaïques de la Gaule, I, n° 201 =
n° 2 12. J'ai déjà signalé l'identité de ces deux numéros (Revue des Études
anciennes, L916, p. 191). Je la démontrerai bientôt de façon explicite et
prouverai alors que, pour le nombre des animaux, il faut donner raison à
la planche LVIII d'Artaud et à sa notice explicative contre d'autres témoi-
gnages
356 LIVRES OFFERTS
tout le soubassement de cette paroi et la moitié du soubas-
sement de la paroi opposée. La double ligne de postes qui
lui servait de cadre a été scindée : une ligne simple cou-
ronne le soubassement de la première paroi, l'autre borde
la Table de Claude.
LIVRES OFFERTS
M. Pottier présente le 52e fascicule du Dictionnaire des antiquités
qui termine à peu près la lettre V, et il annonce que la prochaine
livraison contiendra, avec les Tables des matières, la fin du grand
ouvrage d'Edmond Saglio. Il remercie ceux de ses confrères qui ont
collaboré au présent fascicule et signale parmi les notices les plus
importantes celles de M. Grenier sur Viens el Villa cette dernière
complétée par M. G. Lafaye . de M. Jardé sur Vinum, de M. Morin-
Jean sur Vitrum, de M. Graillot sur Victoria. Ou peut se féliciter
que, malgré les circonstances difficiles el l'absence de nombreux
collaborateurs, l'achèvement rie la publication se poursuive sans
obstacle insurmontable. L'aide de M. G. Lafaye et de M. V. Chapot,
pour combler les lacunes existantes, a été fort précieuse.
M. Paul Gmvitii a la parole pour un hommage :
(i J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, au nom de l'auteur, M. Cons-
tantin Rados, une brochure (Athènes, 11116) consacrée à Nicolas
Tsesmélis, c'est-à-dire natif de Tchesmé, cette petite ville turque
d'Asie Mineure dont les remparts crénelés s'aperçoivent de la côte
opposée de l'île de Chic. C'est une curieuse figure de condottiere
hellène de la tin du xvme siècle et des premières années du xix*1.
Après avoir été, pendant sept ans. amiral de Mourad-Bey, qui tenait
alors l'Egypte avec ses Mamelouks, il entra, sous le nom de Papazo-
glous, qui rappelait son origine chrétienne, au service de Bonaparte
et contribua grandement à organiser la « Légion grecque ». formée
de trois bataillons cantonnés au Caire, à Rosette et à Damietle. Ce
personnage, dont la vie aventureuse est agréablement contée dans
une langue malheureusement peu accessible aux lecteurs occiden-
taux, puisque c'est le grec moderne, a vivement intéressé M. Rados,
qui prend plaisir à le suivre partout où l'ont appelé les circonstances,
en France, on nous le trouvons à la tête des • (masseurs d'Orient »,
SÉANCE bl 18 AOUT I9i6 357
en Dalmatie, en Épire, ailleurs encore. Son biographe, aussi familier
avec l'antiquité qu'avec les temps modernes, et dont je vous présen-
tais, l'an dernier, le beau livre sur la Bataille de Salamine, le
comparerait volontiers à Cléarque, l'ami de Xénophon, el l'un des
chefs de mercenaires les plus en vue parmi ceux qui figuraient
dans l'armée de Cyrus le Jeune. Quoi qu'il en soit, il appartient à
cette phalange de héros dont l'esprit d'initiative et l'audace rendirent
possible la guerre pour l'indépendance de la nation hellénique. On
comprend qu'un Hellène ait été séduit par l'idée de le tirer de l'obs-
curité relative qui enveloppait sa personne et jusqu'à son nom. En
même temps, la courte étude, très documentée, de M. Hados éclaire
d'un jour nouveau l'histoire d'une institution assez mal connue : ce
qu'on pourrait appeler, comme il le dit lui-même, les « troupes
grecques >• de Napoléon. »
SEANCE DU 18 AOUT
PRESIDENCE DE M. EDOUARD CIIAVANNES, ANCIEN PRESIDENT.
M. Salomon Reinach étudie les contributions du philosophe
Panaelius à la critique littéraire, et essaie de montrer qu'on lui
a attribué des bévues qu'il n'a pas commises, telles que la néga-
tion de l'authenticité du Phédon de Platon et l'assertion qu'un
passage d'Aristophane où Socrate est nommé ne se rapporterait
pas à ce philosophe.
MM. Alfred Croiset et Théodore Reinach présentent quelques
observations.
M. Dehérain continue la lecture du travail de M. Louis
Bréhier sur l'hagiographie byzantine des vin1' et ix'; siècles.
358
SÉANCE DU 25 AOUT
Le Secrétaire perpétuel donne lecture d'une lettre qu'il a
reçue de M. Lantier, membre de l'Ecole des Hautes Études his-
paniques à Madrid :
« Sous ce pli, je vous envoie le calque d'une inscription latine
qui m'a été communiquée par M. l'abbé H. Breuil. Elle pro-
vient de Galera, petite ville de la province de Grenade, entre
Cullar de Baza et Huescar. La ville, qui fut le dernier centre de
résistance des Maurisques, est située sur un cerro dominant une
plaine fertile et irriguée. Le texte qui nous occupe a été décou-
vert cet été par des » chercheurs de trésors », dans une sorte
d'édiculé à colonnes. Il est gravé sur une base de calcaire.
« Pierre calcaire deOm 60 X0m 45; les lettres mesurent 0m 05
pour les 5 premières lignes et 0m03 pour la dernière.
D I V A E IVLIAE
AVG A/I AE D N
IMP- M • N R • SEVE
Ri 1 1 II I llll I llll
PII FEL AVG
RES- P. TVTVC
Divae liiliae AugÇuslae), aviae d(omini) u(ostri) lmp(eratoris)
M(arci) AurÇeli) Scveri [Alexamlri] PU Fel(icïs) .Au(gustt) res
p(jtblica) TutucÇiiand).
« Une inscription de la même ville (C. /. L., II, 3406) porte,
d'après ceux qui l'ont copiée, les mots RES P- TYATVC. Le texte
que je vous communique étant en très bon état de conservation
et sans cassure, je pense que la véritable lecture de celui qui était
déjà connu doit être : RES P- TVTVC, c'est-à-dire Tuluc itnna).
« Julia Maesa est qualifiée ici de Diva.
« L'inscription est postérieure à l'avènement de Sévère Alexan-
dre (222) et antérieure à la mort de Julia Maesa 223 . »
LES FOUILLES DE VOLUBILIS 359
M. Louis Châtelain expose les résultats des fouilles qu'il
dirige à Volubilis (Maroc) par ordre de M. le général Lyautey '.
M. Guq présente quelques observations.
M. Dehérain termine la lecture de l'étude de M. Louis Bréhier
sur l'hagiographie byzantine des vme et ixe siècles à Gonstanti-
nople et dans les provinces.
COMMUNICATION
NOTE SLR LES FOUILLES DE VOLUBILIS (MAROC) ,
PAR M. LOUIS CHATELAIN.
ANCIEN MEMBRE DE LÉCOLE DE ROME.
Les fouilles entreprises à Volubilis, en mai 1 9 1 o , par
ordre de M. le Commissaire Résident général, resteront
l'un des exemples les plus caractéristiques de la profonde
habileté politique du général Lyautey : il importait au plus
haut point de montrer aux indigènes que la France est un
pays fort et qu'elle est capable, en dépit du devoir sacré de
la défense de son sol, de poursuivre tout un programme de
réalisations pacifiques -'.
Ces fouilles présentent un grand intérêt archéologique, et
l'Académie a bien voulu, sur la proposition d'un de ses
membres les plus éminents, M. Marcel Dieulafoy, coopérer
à ces travaux par une subvention "' : j'ai l'honneur de rendre
compte à 1 Académie des principaux résultats obtenus '.
1 . Voir ci-après .
•J. Cf. L. Châtelain, Les fouilles: de Volobilis à l'Exposition de Casa-
blanca Journal <Iex Savants, L916, p, 36-38 .
3. Comptes rendus des séances de l'année 1915, p. 125.
i. Cf. L. Châtelain, Inscriptions de Volubilis Bulletin archéologique,
novembre 1915 : Les fouilles de Volubilis ibid., février 1916 .
360 LES FOUILLES DE VOL1 BILIS
Les ruines de Volubilis, visitées par A\ indus en 17211,
explorées par Tissot en 1 87 i - et par M. de La Martinière
de 1888 à 1890 !, occupent un plateau d'environ 90(1 mètres
de long sur 300 mètres de large \ Elles sont situées à
27 kilomètres au Nord de Meknès, à 65 kilomètres à l'Ouest
de Fez, dans la fertile et riante région du Zerhoun, dont
le principal centre indigène est la petite ville de Moulav-
Idriss. Cette ville est le sanctuaire le plus vénéré du Maroc ;
elle abrite une nombreuse population de chorfa qui, naguère
encore, ne laissait pénétrer dans ses murs aucun Européen 5.
Les travaux organisés par le lieutenant-colonel Bouin,
continués par le capitaine Ilénissart et par moi, sont exé-
cutés aux frais du Service marocain des « Antiquités,
Beaux-Arts et Monuments historiques ». Ce service est
dirigé par un artiste d'un goût des plus délicats, M. Tran-
chant de Lunel. architecte-conseil du Protectorat.
*
* *
Lorsque les fouilles commencèrent, on ne connaissait
que deux grands monuments : au Nord du plateau, un arc
de triomphe; au centre, une basilique. Tissot, par une
reconstitution vraie dans son ensemble, reconnut que les
fragments épigraphiques épars auprès de l'arc se rappor-
taient à Caracalla, et M. de La Martinière, non sans vrai-
semblance, identilia la basilique avec le « temple aux por-
tiques » mentionné sur une inscription du règne d'Antonin.
1. A Journei) lo Mequinez [by John Windus]. London, J. Tonson. 1725,
in-8\ Voir p. 87-SS et planche de la p. 88.
2. Recherches sur la f/ëoyraphie comparée de la Mnurétanie linyitane
(Mém. de VAcad., t. IX, 1877, et tirage à part, p. 147-156).
.'?. Voir Besnier. Archives marocaines, t. I. p. 371, n. 1, et la lettre de
M. de La Martinière à M. Gagnât dans le Journal des Savants de 1912,
p. 34-41.
1. Service géographique de l'armée, carte au 1/100.000, feuilles de Meknès-
Sud-Est et de Fés Sud-Ouest.
5. Cf. Doulté. En tribu, p. 120.
LES FOUILLES DE VOLUBILIS 361
J'ajoute que M. de La Martinière avait également signalé à
l'attention des archéologues, - - outre une soixantaine d'in-
scriptions publiées soit par M. Héron de Villefosse, soit par
M. Cagnat ', — un mur d'enceinte et différents vestiges de
grands édifices.
Le déblaiement complet de l'arc de triomphe '-1 et de la
basilique permit d'explorer méthodiquement les abords de
ces deux monuments. A l'Ouest de la basilique apparaît
maintenant le forum, avec la plupart des inscriptions iné-
dites exhumées au cours de la présente campagne 3 ; tout
récemment, M. Cuq, pour le plus grand honneur des fouilles
de Volubilis, a entretenu l'Académie de l'intérêt que pré-
sente, du point de vue juridique, l'inscription de Sévérus4.
Cette inscription, qui fait remonter au milieu du 1e1' siècle
de notre ère la splendeur de Volubilis, a été trouvée au
centre du forum '.
Au Sud de cette place, on remarque une plate-forme qui
peut avoir été la tribune aux. harangues, les restes d'un
édifice en briques et une petite piscine, enfin un escalier de
cinq marches par lequel on accédait au forum.
A l'Ouest, en contrebas du dallage du forum et bordées
par un couloir, trois grandes pièces, probablement des bou-
tiques.
Au Nord, les travaux continuent et le chantier qui les
poursuit rencontrera celui qui a pris son point de départ au
Sud de l'arc de triomphe.
1. Cf. C. /. /... t. VIII, p. v>:>. 976, 2072, el Besnier, Archives marocaines,
I. 1. p. 37 I . en noir.
2. Sur L'inscription de l'arc de triomphe, ci'. I.. Châtelain, Bulletin de lu
Société des antiquaires de France, 1915, p. 260-269.
■';. Cf. L. Châtelain, Inscriptions de Volubilis, dans le Bulletin archéolo-
gique île lui:,, •-(miic.' 'lu :> novembre.
4. Comptes rendus de 1916, séance du .', juin.
à. Cf. !.. Châtelain, Inscription relative à In révolte d'Aedemon, danv les
Comptes rendus île 1915, p. 394-399.
1916 24
:»(i2 i i.s fouilles DE VOLUBILIS
Les constructions exhumées à l'Est de la basilique, ou
« temple aux portiques ». ne sont pas moins intéressantes,
mais il ne semble pas possible, à l'heure actuelle, d'en fixer
La destination. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est qu'on ren-
contre ici la présence de quatre époques bien distinctes.
On observe, en effet :
1° Un mur de grand appareil, d'un excellent agencement.
qui s'étend du Nord au Sud et qui présente, vers l'Est,
deux redans inégaux ;
Deux restes d'absides tournés vers l'Est;
D'autres traces de murs de la même époque. Cet ensemble
doit être contemporain de Sévérus, c'est-à-dire du milieu
du Ier siècle de notre ère ;
2° La basilique, indépendante des constructions précé-
dentes et postérieure à celles-ci d'un siècle environ, puis-
qu'elle date de l'époque d'Antonin le Pieux ou, plus exac-
tement, de l'année 158 de notre ère;
3° Un mur parallèle à l'extrémité orientale de la basi-
lique et plusieurs salles au Sud;
i° Des matériaux de très basse époque : ces derniers
forment, à l'Est de la partie septentrionale de la basilique,
plusieurs pièces dont l'une enclavait le mur d'époque inter-
médiaire signalé au paragraphe 3.
En continuant vers l'Est, on arrive au bord du plateau et
Ton découvre une voie dallée, d'une bonne conservation.
Enfin, tout au Sud du plateau, l'établissement d'une voie
d'accès branchée sur la piste de Moulay-Idriss à Sidi
Ivassem a mis au jour une huilerie et un important tron-
çon de voie. L'huilerie, — ou quelque maison d'habitation
assez vaste et pourvue d'un torcularium, — possède un
pressoir dont Varea et les cuves sont merveilleusement
conservées.
LES FOUILLES DE VOLUBILIS 363
Quant au tronçon de voie, il est maintenant dégagé sur
une longueur de 180 mètres et l'on en suit le parcours
jusque vers les constructions situées à l'Est de la basilique :
à cet endroit, après une interruption d'une cinquantaine de
mètres, apparaît la voie dallée que j'ai signalée plus haut.
Je reviens au chantier qui a pris son point de départ au
Sud de l'arc de triomphe. Le monument découvert à cet
endroit est, à vrai dire, avec lare de triomphe et la basi-
lique, le seul édifice dont on puisse dès maintenant four-
nir une étude quelque peu détaillée '.
Sur la place où s'élève l'arc de triomphe se trouvent cinq
boutiques : trois mètres en avant de ces boutiques, on
remarque plusieurs pierres analogues à des bases de pilastres
ou de colonnes, ce qui permet de supposer l'existence d'un
portique abritant les acheteurs.
L'une de ces boutiques, la troisième, communique avec
un atrium, d'environ 13 mètres sur 7. L'impluvium, légère-
ment exhaussé, est très bien conservé : à l'intérieur, Ten-
dait est demeuré intact, ainsi que le tuyau de plomb qui
servait à vider le bassin. Quatre bases de colonnes, bien en
place, du côté ouest; deux seulement du côté opposé, qui
parait avoir été remanié. J'ai fait replacer une colonne avec
son chapiteau, sans me porter garant de l'exactitude de la
restitution : si le fût de la colonne a été découvert le Ions:
du bassin, on a, par contre, exhumé de l'intérieur deux fûts
de colonnes de dimensions beaucoup plus restreintes. Le
chapiteau, qu'on voit sur l'image ci-jointe (on en possède
plusieurs du même modèle) 2, bien qu'entaché d'une certaine
1. Cette voie n'est point dallée, mais formée de grosses pierres à sur-
faee légèrement bombée. Elle mesure i mètres de largeur. Diverses cons-
tructions la flanquent de part et d'autre : l'une d'elles offre un podium sur
lequel il y a encore trois bases de colonnes.
2. Je dois celte photographie à l'obligeance h au talent de M, le com-
mandant Laribe,
36i LES FOUILLES DE VOLUBILIS
raideur géométrique, ne manque pas <1 élégance. (Test le
classique chapiteau corinthien, agrémenté, sur chacune de
ses faces, d'une tête humaine.
On compte six pièces de part et d'autre de 1 atrium :
chambres d'habitations, salles diverses ou couloirs. Plu-
sieurs de ces pièces étaient pavées de mosaïques, et l'une
délies (celle dont le seuil est marqué d'un astérisque) ren-
fermait le chien en bronze que M. Héron de Yillefosse a
bien voulu naguère présenter à 1 Académie '.
La partie la plus riche de cette habitation (Hait assuré-
ment la grande salle du fond, le tablinum, que trois seuils.
séparés par deux piliers, faisaient communiquer avec
l'atrium. Cette pièce, — dont la largeur dépasse 7 mètres
et dont la longueur atteint presque 9 mètres, — était pavée
de mosaïques : simples dessins géométriques, il est vrai.
mais dignes d'attention, puisqu'il s'agit de la première
mosaïque découverte à Volubilis '-'.
Cette salle était également décorée de fresques. Si minus-
cules que soient les fragments recueillis (de onze à douze
centimètres pour les plus grands), on peut en préciser les
couleurs et les principaux motifs d'ornementation. Le fond,
très varié, offre les couleurs suivantes : blanc, bleu clair,
jaune de Naples, rouge-brique, brun, terre de Sienne. Le
liséré ou la bordure est blanc, vert d'eau, bleu clair, ver-
millon, brun foncé. Outre les dessins empruntés au style
géométrique, on en rencontre qui figurent des Heurs rouges,
peut-être des roses, et des feuilles vertes ;.
I. Comptes rendus de 1916, séance du 2 juin : voir ci-dessus, p. 259-261.
•2. Sur les différents fragments de mosaïques classés et inventoriés,
ainsi que le> fresques, dans Le Musée en cours de formation à Volubilis .
on distingue tantôt des cubes bleu foncé entre trois et quatre lignes de
cubes blancs, tantôt un agencement de cubes couleur sépia, disposés en
lignes courbes : celles-ci entourent deux lignes de cube blancs, une ligne
de cubes bleu foncé, cinq lignes de cubes blanc-, trois lignes de cubes
bleu foncé. — Cf. Inventaire du Musée en préparation , D.l et D. 2.
3. Inventaire du Musée, E.1-E.10,
LES FOUILLES DE VOLUBILIS
365
•f.
■I,
366 LIVRES OFFERTS
Tels sont les résultats dont je me permets de rendre
compte à l'Académie, en attendant que le déblaiement
complet de la ville antique réalise de nouvelles découvertes.
LIVRES OFFERTS
Le Si;<;iif i .ur.K perpétuel dépose sur le bureau les ouvrages sui-
vants :
1° Annuaire général de VIndo-Chine, l'.'if» i Ilanoï-llaipbong, Impri-
merie d'Extrême-Orient, 1916, gr. in-8° .
2° Catalogue des périodiques dr lu Bibliothèque de l'Académie de
médecine, par le Dr L. Laloy. publié parle D1' Ernest Wickersheimer
Paris, Imprimerie nationale, 1911, in-8° .
3° L'œuvre de Gaston Maspero, par Alexandre Moret Paris. 1916,
in-8°: extr. de la Revue de Paris .
Le Gérant, A. Picard.
MAÇON, l'HOTAT FRERES, IMPRIMEURS
3(/]
COMPTES RENDUS DES SÉANCES
DE
L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES- LETTRES
PENDANT L'ANNÉE 1916
PRÉSIDENCE DE M. MAL RICK CROISET
SÉANCE DU Ie- SEPTEMBRE
PRESIDENCE DE M. ANTOINE THOMAS. VICE-PBESIDENT.
M. Louis Léger lit un travail sur quelques légendes de l'his-
toire slave. La première est relative à trois personnages qui se
seraient appelés Czech, Lech et Rous et qui auraient été les
ancêtres des Tchèques, des Polonais et des Russes. La seconde
est relative à Alexandre le Grand. Ce souverain aurait guerroyé
avec les Polonais et aurait été vaincu par eux. A la suite des
guerres des Hussites, on voit apparaître en Rohême un prétendu
testament d'Alexandre le Grand qui lègue à la race slave tous
les territoires qu'elle occupe encore aujourd'hui, (lotte légende
a l'ait fortune en Rohême, en Pologne, en Russie ; elle a donné
lieu à des ballades serbes. On en retrouve la trace dans le folk-
lore de la Bulgarie.
M. le 1)' Capitan lit une note sur la figuration d'une antiquité
américaine par Fortunio Liceti, dans son traité sur la nature de
la foudre (1634). Il s'agit d'un couteau en pierre avec un manche
enrichi de turquoises et de diverses autres pierres. Or ce couteau
l'.Uii ;>5
368 COUTEAU DE PIERRE \ SACRIFICES HUMAINS
est identique à une pièce conservée au Musée britannique et à une
autre qui se trouve au Musée Kircher à Home. A ce propos,
M. Capitan explique le rituel de ce couteau dans l'ancien
Mexique '.
M. Moret donne lecture d'un travail sur l'administration
locale dans l'ancien Empire égyptien2.
COMMUNICATIONS
LE COUTEAU DE PIERRE A SACRIFICES HUMAINS
DE L'ANCIEN MEXIQUE DANS DEUX LIVRES DU XVIIe SIÈCLE :
COMPARAISON AVEC DEUX PIÈCES ORIGINALES,
PAR M. LE nr CAPITAN.
Les instruments primitifs en pierre taillée sont connus
depuis bien longtemps, surtout les haches polies, les cérau-
nies ou pierres de foudre dont parle déjà Pline et que célèbre
aussi Marbode dans son Liber de gemmis, vers la fin du
XIe siècle.
En 1546, dans son ouvrage paru à Bàle, De ortu et
causis subterraneorum, Agricola répète la même explica-
tion : Ceraunia quoque ex eo nomen invertit r/uod cum ful-
mine... cadit ; mais il ajoute : ul idem vulgrus crédit. Mal-
heureusement il ne donne pas son sentiment.
Conrad Gesner, dans son De omni reriun fossilium génère
Zurich. 1565), parle aussi des céraunies en forme de coins
qu'on trouve là où la foudre est tombée : « il y en a de
pointues.de perforées. » Il avait donc vu divers types d'ins-
truments en pierre. Ces deux auteurs n'ont d'ailleurs pas
donné de figures de ces pièces.
11 faut arriver à Ifi.'H pour trouver dans le mémoire de
1 . Voir ci-après.
2. Voir ci-après.
COUTEAU DE PIERRE A SACRIFICES HUMAINS 369
Liceti (Pyronarcha sive de fulminum natura, Padoue)
la première figure d'un instrument en pierre assez bien
reproduit et bien reconnu comme tel. Il a d'ailleurs été
copié mot à mot (texte et figures) par Zimmermann (Flo-
rilegium philologico-historicum. Meissen, 1687).
Boèce de Boot, dans sa Gemmarum et lapidum historia
(Leyde, 1647), publie une figure de céraunies cunéiformes et
percées, et il en donne cette curieuse interprétation : Non-
nulli non fulminis esse sagittas, sed ferrea instrumenta in
lapides longo tempore mutata eristimarunt.
Aldrovandi, dans son Musseum metallicum (Bologne,
1648), reproduit la ligure de Boèce de Boot, en donne une
nouvelle d'un coin en pierre et une très nette image d'une
pointe de flèche, placées à côté de celle d'une dent de
squale. Toutes deux sont des glossopetra? ; le tout, comme
les céraunies, est produit par la foudre.
Worm [Muséum Wormianum, Amsterdam, 1655) copie
également les cinq pièces de Boèce de Boot et il les décrit,
mais les considère comme des pierres de foudre.
Moscardo, au contraire (\ote overo memorie del Museo
de! Conte Ludovico Moscardo, Padoue, 1655) donne deux
images de haches polies et quatre de pointes de flèches, non
parues ailleurs, mais il les déclare être des pierres de
foudre .
Mercati cependant avait déjà compris la vraie nature
de ces pierres et avait dû écrire le texte et faire exécuter
les ligures vers 1577. Malheureusement son manuscrit ne
fut publié, très luxueusement d'ailleurs, qu'en 1717 [Metal-
lotheca Vaticana) ; les figures des haches sont excellentes ;
ce sont, dit-il, ceraunia lapidum ictu exculpta. Quant aux
pointes de flèches, qu'il figure aussi, il les considère très
exactement comme ayant garni l'extrémité des flèches ou
des épieux des hommes primitifs qui se servaient aussi, pour
cet usage, d'os pointus. Dès lors (début du xvnie siècle), la
question est établie définitivement par le mémoire d'A. de
370
COUTEAU DE PIERRE A SACRIFICES Hï'MAINS
Jussiéu (1723). par le livre de Lalitau : Mœurs des sauvages
amèriquains comparées aux mœurs des premiers temps
(1724), et par la communication de Mahudel à l'Académie
des inscriptions (1730). La conclusion est, comme le dit
Lafitau : « Céraunies, pierres de foudre semblables aux
pierres dont les Amériqiiains faisaient leurs haches et leurs
couteaux. »
Nous ne retiendrons ici que la première publication
d'une figure accompagnant le texte, celle de Liceti (1634)
et celle de son copiste Zimmermann (1687); cette dernière
semblant avoir passé inaperçue jusqu'ici. Je présente à
l'Académie le livre et la figure de Liceti ainsi que ceux de
Le manche et la base du couteau mexicain en pierre
figuré par Liceti en 163 1.
Zimmermann. Ces deux ouvrages renferment, comme on
l'a vu plus haut, la première figure et la première descrip-
tion d'un instrument en pierre compris comme tel et suffi-
samment bien reproduit pour pouvoir être identifié.
En 1634, Fortunio Liceti de Gênes, médecin, physio-
logue au Lyceum de Padoue et jadis à Pise, publiait à
Padoue un volume singulier intitulé : Pyrnnarcha sive de
futmînum nài-ura deque fehrium origine lihri duo...
COUTEAU DE PIERRE A SACK1FICES HLMALVs 371
(petit in-i° de 126 p. et vu fï\). Après avoir longuement étu-
dié l'interprétation philosophique et la nature de la foudre,
puis après des dissertations étendues sur la conception médi-
cale de l'origine des lièvres, Liceti publie une lettre à lui
adressée, de Venise, par Jacques Gaffarél, le 17 septembre
1633, dans laquelle-celui-ci lui annonce l'envoi de la figure
dune idole égyptienne qui constitue « en matière de foudre
la plus belle antiquité qui se puisse imaginer ». Il ajoute
n que la publier serait rendre un service au public ».
En conformité de cette demande, c'est à cet objet qu'est
consacré le dernier appendice du livre de Liceti (i pages
y sont attribuées, suivies de la figure que nous reprodui-
sons ci-contre).
Comme on peut s'en rendre compte sur la figure origi-
nale que je présente avec le volume et sur l'agrandissement
que j'en ai fait, il s'agit d'une fig-ure humaine sculptée,
représentée à genoux, les deux mains en avant, et tenant
contre sa poitrine une lame de couteau en pierre taillée,
brisée à peu près à mi-longueur. C est donc un manche en
bois d'un poignard en pierre.
Voici d'ailleurs ce qu'en dit Fortunio Liceti : Sitnula-
chrum hoc fœminea fade, capite relis ac viiis circumplcxum,
relif/uo cor porc magna ex parte nudum zona ad himbos
pra&cinctum, capite, collo crùribusque contractis corona-
tum cum tetrœ caudœ prestigio, ex ligno ad laurinum
inclinante, fragmentis radium lapillorum diversi coloris
incrustato compaclum, manibus fulgentem lapidem olim
mucronatum vibrans, relatu Memphilici cujusdam merca-
toris qui non ita pridem ipsum Xavarcho tradidit, inven-
tant fuit in fer rudera templi cujusdam Africse interioris
quo secundum traditionem seniorum constituere confuge-
reve potius Idololatrœ consueverant c/uando tonahat. Nec
mirum, quia prisci gentil es ndorahantetiam fehrim, Dœmo-
nes malos et alia cuncta unde sibi noxam aliquam metue-
hant ; quo factum est, ut antiquitus haberetur commune
372 COUTEAU DE PIERRE A SACRIFICES HUMAINS
prseceptum apud Elhnicos, sacrificandum esse malis Daemo-
nibus ne noceant ; qui rnos ctiam setate patrum nostrorum
frequcntissimus observa tus fuit apud Indos ah Hispanis
ffui dudiun eas provincias subjugarunt... Unde verisimile
satis est hoc Idolum esse Fulminis in Lyhia culti. Addo
tertiarn conjecturant, quoniam Idolum hoc vibrare videtur
lapidenx illum cuneatum ac fulgentem r/uem vulgus existi-
mat esse lapidenx fulminis; sacerdotes cnim gentilium
vulgi opinionem sectahantur in plerisque, ut fidem suis
technis aucuparentur
En 1687, le docteur en théologie, pasteur et surinten-
dant de Meissen en Saxe (environs de Dresde) Matthias
Zimmermann publiait chez Gùnther, libraire à Dresde,
un assez gros volume de 824 pages, petit in-i°, intitulé
Florilegium philologico-historicum. C est une sorte de
lexique d'archéologie et d'érudition, quelque chose comme
la publication de fiches analytiques écrites par un curieux
et un érudit. Quelques figures, grossières gravures sur
bois, ornent l'ouvrage. Elles ont pourtant un réel intérêt,
telle celle de la page 363 qui illustre l'article de fulmine
et fulgure.
Cet article est la copie textuelle de l'appendice de Liceti
sus-indiqué ; quant à la figure, c'est la reproduction de
celle de Liceti, mais inversée et avec quelques variantes
dans de petits détails. Ces deux textes sont donc absolu-
ment superposables. Si j'indique celui de Zimmermann.
c'est qu'il ne semble pas avoir été noté jusqu'ici.
En somme, la description de l'objet n'est pas mauvaise.
Il v est bien précisé que c'est un manche en bois de laurier
d'un couteau de pierre que « le vulgaire pense être une
pierre de foudre ». Pour une glose écrite en 1634. à une
époque où la notion de céraunie régnait en maîtresse, c'est
déjà fort intéressant, d'autant que l'auteur ajoute nette-
ment que la pierre a été cassée et qu'elle était autrefois
pointue.
ÉOUTEAU DL PIERRE A SACRIFICES HUMAINS .'!73
Voilà donc un curieux du milieu du xvu" siècle qui avait
reconnu la vraie nature d'un instrument en pierre taillée et
l'avait nettement différencié des céraunies du vulgaire.
Mais il y a plus: l'objet est indiqué comme incrusté de
petites pierres divers/ coloris que. plus loin, l'auteur
nous dit être rouge, jaune, vert et bleu. Il admire d'ailleurs
vivement ce curieux objet : Gaudeal igitur in sinu sihi
nobilis uir Gaffarellus ta m rarse antiquitatis possessor.
Mais, chose singulière, en parlant des sacrifices exécutés
par les Indiens et qu'il devait connaître par les chroni-
queurs espagnols, il n'a pas l'idée d'établir un rapport entre
eux et son couteau ; et cependant, c'était là le nœud de
la question.
Emmanchure, lame en pierre taillée, tout cela rappelle
bien le couteau à sacrifice mexicain. Mais il y a mieux : la
comparaison des figures de Liceti et de Zimmermann avec
deux objets actuellement existants montre une telle simili-
tude que, vraisemblablement, il s'agit des mêmes objets ou
tout au moins d'objets à peu près identiques.
La première de ces pièces se trouve au British Muséum.
C'est un des plus beaux spécimens de la section des anti-
quités mexicaines.
D'après les renseignements qu'a bien voulu me fournir
sur cette belle pièce l'éminent conservateur du British
Muséum i department of british and media-val antiquities and
ethnographe), mon excellent ami Read, cet objet provient
tle Florence ou de Venise (comme nous l'avons vu plus
haut, GatFarel, son possesseur en 1633, était alors à Venise).
Il a fait partie de la collection Hertz, puis de celle de Christv
avec laquelle il est entré au British Muséum. Il a été étudié
par toute une série d'auteurs : Stevens, Brasseur. Tylor,
Pigorini et Read dans son mémoire sur les objets mexicains
en bois incrustés de mosaïques de pierres et coquilles paru
dans YArchaeologia, tome bi.
Je fais passer sous les yeux de l'Académie la figure de
374 COUTEAU DE PIERRE A SACRIFICES HUMAINS
cette pièce publiée dans le Short Guide to the American anti-
quities in (lie British Muséum, parRead(v. fig. ci-dessous).
Voici également un agrandissement de cette figure a la
même échelle que celui du dessin de Liceti.
La comparaison de ces deux images ne semble pas lais-
ser le moindre doute. L'attitude générale si particulière, la
position des mains, celle des jambes, la lame en pierre du
poignard, les liens l'attachant au manche, tout cela est
grossièrement mais nettement figuré sur le dessin ancien.
La seule différence réside dans l'aspect de la tête très dis-
semblable. Y a-t-il une erreur du dessinateur ou y avait-il
une variante dans ces têtes? Mais il y a plus encore. Liceti
insiste beaucoup sur le manche : ex ligno ad laurinum incli-
Lc couteau de pierre mexicain, à manche de bois incrusté,
du British Muséum.
riante fragmentis rudium lapillorum diversi coloris incrus-
tato compactum. Or le manche du couteau du British Muséum
est également en bois dur brunâtre et entièrement incrusté
de petites plaquettes de turquoises et de coquilles formant
une vraie mosaïque aux teintes bleu. vert, rouge, jaune et
blanc jaunâtre recouvrant toute la pièce. Ce sont exacte-
ment les couleurs que Zimmermann avait notées.
Reste la lame même du couteau. Toutes deux sont en
pierre : celle du couteau de Londres est entière : celle du
couteau décrit par le vieil auteur a été brisée comme l'in-
dique nettement la figure, mais il ajoute : olim mucrona-
COUTEAU DE PIERRE A SACRIFICES HUMAINS 375
fum ; c'était donc bien le même type de couteau de pierre.
L'autre pièce de comparaison est un superbe manche de
poignard presque identique à celui de Londres et qui se
trouve au Musée Kircher, à Rome. Le couteau de pierre
manque. Il a été décrit et ligure en couleurs par Pigorini.
léminent et regretté conservateur du Musée Kircher
(Memorie dei Lincei. Section des Sciences morales et his-
toriques, vol. 12, 1883-84 .
La ressemblance, on peut même presque dire l 'identité,
des deux figures est presque absolue.
Reste l'interprétation qu'en donne le vieil auteur : pour
lui, c'est un objet trouvé in fer rudera t empli cujusdam
Afrieœ et qui devait jouer un rôle de protection contre la
foudre. A ce propos, il rappelle les sacrifices faits aux
démons par les Indiens pour éviter leur influence nocive,
comme observatus fait apud Indos ah Hispanis qui diidum
eas provincias subjùgarunt. Il était donc au courant des
récits des chroniqueurs espagnols parlant du Mexique
antique et, chose singulière, ce n'est pourtant pas à ce
pays qu'il attribue le couteau étudié.
Cette interprétation du rôle protecteur du couteau de
pierre centre l'a foudre est-elle absurde <>u se rapproche-t-
elle des observations ethnographiques déjà existantes, c 'est
ce que nous devons examiner en partant du couteau de
pierre à sacrifice humain du Mexique ancien.
Ce couteau, comme tous les ustensiles cultuels, était,
chez les Mexicains, à la fois un objet usuel et un symbole,
ou un objet magique.
Le couteau que nous étudions parait être surtout un
objet eèrémoniel. La richesse de sa facture, sa fragilité, la
forme peu pratique du manche, tout amène à cette inter-
prétation. Le couteau à sacrifice ordinaire avait un manche
droit et uni. On peut s'en assurer en examinant les mul-
tiples figurations de sacrifices humains dans les Codex
mexicains : telle par exemple la ligure du Codex Laud i\v
37li COUTEAU DE PIERRE A SACRIFICES HUMAINS
la Bibliothèque d'Oxford dont je présente à l'Académie
une image agrandie.
D'ailleurs, le couteau était un symbole auquel si- ratta-
chaient nombre de faits de la théogonie mexicaine, entre
autres l'épisode de la création des 16.000 héros. Le dieu
supérieur Ometeuctli. désirant créer ces personnages, lança
sur la terre son (ils. le teopactl, le couteau de pierre qui, en
tombant, se brisa en 16.000 fragments: chacun d'eux
donna naissance à un héros.
D'autre part, le tecpactl était considéré comme doué de
puissances variées tenant à la fois à sa nature et à son rôle.
Instrument divin d'abord, puisque le sacrificateur était fré-
quemment le représentant ou même l'incarnation du dieu
auquel le sacritice était fait, il servait à ce sacrificateur.
revêtu du costume et des attributs du dieu, pour consom-
mer le sacrifice.
D'autre part, constamment couvert du sang sacré de la
victime, il participait ainsi aux vertus saintes de ce sang.
De plus, symbole du feu de par sa nature même de lapis
fulmineus, il représentait souvent le dieu du feu lui-même,
et c'est ainsi que dans le Codex Borbonicus. Xipe Totec. le
dieu du feu, est figuré sous forme d'un couteau à sacrifice,
comme on peut le voir sur la figure agrandie que je montre.
Fréquemment, dans les Codex, il apparaît tantôt avec cette
signification, tantôt avec celle d'emblème du 18e jour du
mois de 20 jours ou caractérisant, tous les cinq ans, 1 an-
née du siècle mexicain de 52 ans.
L'idée de feu et même de feu céleste était attachée, au
milieu de conceptions complexes, au couteau en silex.
Aussi était-il parfois uniquement un objet cultuel ou
magique sans emploi pratique. J'ai eu l'honneur, il y a deux
ans, d'en présenter à l'Académie un curieux spécimen
provenant du grand temple de Mexico et dont la pointe
était fortement implantée dans une boule de copal, la
résine sacrée dont les Mexicains se servaient dans leurs
COUTEAU DE PIERRE A SACRIFICES HUMAINS 377
cérémonies. J'ai montré alors que dans le costume rituel
des divinités mexicaines, il apparaissait parfois comme
simple accessoire, soit dans la coill'ure, soit implanté dans
un bracelet de bras ou dans la jarretière.
Dans les manuscrits astrologiques et divinatoires, le cou-
teau de pierre se montre individualisé et anthropomorphisé.
Le dessinateur lui figure un œil et une bouche, parfois des
bras. C'est une image magique jouant un rôle dans les pro-
nostics astrologiques. Deux spécimens agrandis, d'après le
Codex Borbonicus, que je soumets à l'Académie, sont très
nets à ce point de vue.
Donc, on le voit, l'idée du vieil auteur italien d'attribuer
un rôle au couteau qu il décrivait comme préservateur de
la foudre, cadrait bien avec les idées d'alors, idées que l'on
retrouve d'ailleurs aujourd'hui encore dans le vieux fonds
des croyances populaires des campagnes, ainsi qu'avec
ce que les récits des vieux chroniqueurs avaient pu lui
apprendre touchant les croyances de peuples sauvages.
Donc, à ce point de vue encore, le rapprochement pou-
vait être fait entre les interprétations des vieux auteurs
du xvue siècle et ce que l'étude de 1 archéologie mexicaine
nous apprend.
Ces quelques considérations montrent que le petit fait
ancien, que nous avons l'honneur de soumettre à l'Acadé-
mie, présente un certain intérêt, aussi bien à cause de la
comparaison avec deux objets similaires actuels que parce
qu'il constitue la première figuration connue d'un objet
mexicain ancien et même d'un objet en pierre taillée
antique dans un ouvrage du xvn" siècle.
m
L ADMINISTRATION LOCALE SOUS L ANCIEN EMPIRÉ ÉGYPTIEN,
l'Ai! Al. \. MORET,
CONSERVATEUR DU MUSÉE GUIMET.
L'Egypte pharaonique a donné au monde antique nu
modèle de monarchie absolue et d'administration centrali-
sée. Cependant, sous l'ancien Empire, à coté des fonc-
tionnaires royaux apparaissent des agents appelés sarou
I <n> t) i dont le rôle semble indépendant. Faute de textes
explicatifs, on s'est contenté jusqu'à présent de les appe-
ler « notables » ou « prudhommes», sans pouvoir, d'ail-
leurs, préciser leur condition ou leurs attributions. Je vou-
drais montrer que les décrets de Koptos ont apporté ici
encore des éclaircissements précieux pour L'histoire des
institutions.
Voici ce qu'on savait des Sarou. Sous 1 ancien Empire,
ils se réunissaient en assemblée [seh — H fi | n '• (Im
juge les litiges relatifs aux contrats ~ et châtie les délin-
quants3. Depuis le moyen Empire, l'assemblée des Sarou
s'appelle kenhit [u) = " 1 angle, le conseil qui se réuni!
à l'angle de la grande salle royale » '. Là kenbit juge les
conflits relatifs aux contrats, partages de propriétés, testa-
ments, ventes ', etc.
Cette assemblée n'est pas unique pour toute l'Egypte.
A vrai dire, au nouvel Empire, des textes mentionnent une
1. I ■" de Hankou Davies, Deir cl Gebrawi, II. 24 = Sethe, Urk, 1. 77 .
Ve dyii. (Cf. SinoiihiL, P. B., I. isi éd. Maspero, p. 15 .
•J. A. Moret, Donations et fondations ap. Recueil de travaux. XXIX.
p. 81, 84), [Ve dyn.
3. Mariette, Mastabas, p. i I T = Urk., I. 75.
i. A. Moret. L'appel au roi. p, 143-1 12.
.'>. A. Moret. t n procès de famille, ap. Aey. Zeilschrift, XXXIX, (>• ;>7
sqq. : Gardiner, The inscription of Mes. p. 35 sqq.
ADMINISTRATION LOCALE SOIS i/aNCIEN EMPIRE ÉGYPTIEN 379
h grande kcnbit » dans les capitales, telles que Memphis * ;
mais l'épithète « grande » prouve précisément qu'il existe
ailleurs de « petites u assemblées. En effet, du moyen au
nouvel Empire, on trouve mention de conseil kenhit non
seulement dans les villes, mais dans les districts v\ ir':,
et même dans de petites localités \ Ainsi l'Egypte si for-
tement centralisée possédait quantité de petites assemblées
locales, que l'on voit participer à l'administration du pays
de concert avec les fonctionnaires royaux.
Si ce fait important n'a pas été mis jusqu'ici en valeur,
cela tient au manque de renseignements sur les Sarou. Les
décrets de Koptos permettent heureusement de préciser
leur rôle.
Plusieurs de ces décrets sont des chartes d'immunité qui
définissent ce que l'administration royale, sous l'ancien
Empire, ne doit pas faire contre les immunitaires. Or l'ad-
ministration coupable d'abus de pouvoir se divise en deux
catégories : l°les fonctionnaires rovaux du nome; 2° les
Sarou. Ce sont bien des agents distincts et chacune des caté-
gories fait l'objet d'articles séparés.
Non seulement les Sarou se distinguent des fonction-
naires, mais c'est contre leurs abus de pouvoir que les
décrets royaux mettent surtout en garde l'administration.
Ces abus sont définis par le mot srw 1 <cz> \\ U . I <cz>
v^ ^^__^ '*, qui a paru, au premier abord, nouveau dans le
vocabulaire administratif; aussi n'a-t-il pas été compris.
MM. Weill et Sethe y reconnaissaient le factitif en s d'un
verbe rwj, avec le sens « écarter, détourner»; le délit
prévu aurait consisté à détourner vers le service du roi les
1. Gardiper, /. c, p. 35.
2; Grifflth, Kahun pap., XI. 2i>. fert. p. 31.
3. À. Z., XXXIX. p. 37.
1. Le déterminatif a la forme archaïque, voisine de . Q ..
MO U.MIMSTRATION LOCALE 80US L ANCIEN EMPIRE KGYPTIKS
gens du temple immunitaires. J'ai exposé au Journal asia-
tique 1912, II, p. 8t-86) les arguments qui empêchent de
considérer le mot Srw comme un factitif de rwj ; il dérive
de la racine sr, dsr « ordonner, administrer » et se présente
à Koptos sous la forme verbale « ordonner » et la forme
substantive <- ordre ». Cela explique que srw « ordre »
soit mis en parallélisme avec wtw « décret ». Le délit
consiste donc à donner des « ordres » illégaux. J'ai trouvé
depuis une confirmation décisive de cette interprétation :
l'inscription d'Ouni (VIe dynast. contemporaine des décrets
(1
Ci
srw-t
de Koptos) donne un exemple du verbe
(à la forme relative) dans une formule où srw remplace
wtw « décréter » ; de plus, le signe-mot « — d, v__a (le bras
simple ou armé) donné aux décrets de Koptos est remplacé
par le signe complet f% (l'homme armé de la canne). Or
f^ s'emploie aussi pour écrire le mot .sr rw que nous étu-
dions ici. C'est la preuve que le verbe srw, le substantif srw,
et le nom d'agent sr, pluriel srw, dérivent tous de la même
racine sr « ordonner »> : nous devons traduire en consé-
quence :
\
/n
d
sr ordonner
W
verbe I <cz> j£ srw ordonner.
substantif 1 <=> \\
nom d'agent
var.
srw
ordre.
sr ordonna-
teur.
srlj admi-
nistrateur.
Le premier résultat de cette analyse est d'arriver à une
traduction exacte de 1 <=^> |% *'" que l'on rendait jusqu'ici
par des à-peu-près: <• notable ». « prudhomme ». Sr signifie
AhUlMSTKATlON LOCALE SOIS L*ANCIËN EMPIRE ÉGYPTIEN 8tS i
eu réalité « ordonnateur, administrateur ». Je transcrirai
.sar, pi. sarou, pour rappeler l'analogie évidente avec le
h sar » scftàr\ ou « prince » sémitique '.
Un second résultat, c'est de constater que les « adminis-
trateurs » Srw émettent des « ordres » ou « règlements
d'administration » qui s'appellent de leur nom snv (| <^=
7" . Ces « ordres » ne se confondent pas avec les « décrets »
[ j^ wtw royaux; les textes de Koptos distinguent avec
soin ces deux termes. Cette distinction est-elle purement
verbale ou correspond-elle à une réalité, c'est-à-dire à une
double législation, l'une émanant du roi et s'appliquant à
l'Egypte entière, l'autre émanant des Sarou et essentiel-
lement locale?
A cela répond un des articles des décrets de Pepi II. On
y prévoit le délit de fonctionnaires ou d'agents tels que
les Sarou, qui :
prendraient
des ordres
s rw
écriraient
des décrets
wtw
pour placer les noms des
immunitaires parmi
les corvéables rovaux ?. »
La disposition graphique elle-même indique une divi-
sion essentielle entre snv et wtw. Un fonctionnaire peut
■< prendre •> (ésep) des ordres srw, c'est-à dire il peut légi-
férer, créer un règlement; mais il ne peut qu'« écrire » un
décret royal wtw, c'est-à-dire le transcrire plus ou moins
fidèlement, en y supprimant ou en y ajoutant des noms
Brugsch, Wi'irlh., p. 1261. Au nouvel Empire, on trouve la graphie
sjr
1 (j <=> [%, el plus tard ij [!()(][% P*r
chute de r Erman, .4 . /. .
XXIX. p. 26 . Sur (Vnl les noms hittites : Khitisar, etc
•2. Décret A. I. l'.").
HH'2 ADMINISTRATION LOCALE SOUS L* ANCIEN EMPIRE ÉGYPTIEN
de corvéables, mais sans en créer les dispositions essen-
tielles.
Si mon interprétation est exacte, il faut conclure qu'on
appelle érw les ordonnances que des fonctionnaires locaux
peuvent prendre, c'est-à-dire rédiger ; le mot désigne une
législation locale, tandis que la législation royale est appli-
cable à l'Egypte entière.
Cette interprétation est d'ailleurs confirmée par un autre
article des mêmes décrets. Il y est question des ordon-
nances érw destinées au nome. On dit « qu'elles sont ame-
nées d'auprès du Directeur du Sud, après qu'on les a ame-
nées d'auprès des Sarou^ ». En clair, cela signifie : les
Snrou rédigent une ordonnance snv ; elle est visée par le
Directeur du Sud avant que d'être transmise par celui-ci au
nome pour application. Notons que les autres fonction-
naires royaux n'ont pas ce droit de visa sur les ordonnances
érw\ les textes indiquent nettement que ces fonctionnaires
font appliquer les ordonnances srw, mais que le Directeur
du Sud seul participe, par son visa, à leur création.
A quoi s'appliquent les ordonnances érw! Elles con-
cernent le statut des personnes qui dépendent soit de la
Maison-du-Roi, soit (à Koptos) de la Maison-de-Minou.
L'ordonnance décide que tel ou tel doit être inscrit sur les
listes des gens astreints à tous les travaux de la maison du
Roi ou peut en être exempté 2. De même, dans le décret
relatif à la fondation et à la déclaration du domaine consa-
cré par Pepi II à sa statue, quand on lève des tenanciers
meritou) pour les corvées, on leur donne une charte qui
définit leur statut, et : « celui qui ignorerait sa charte, que
son règlement érw soit créé par déclaration des Sarous. »
Les ordonnances érw règlent donc le statut des personnes
et définissent les corvées et impositions dues au fisc : ainsi
1. Décret A, l. 21-23.
2. Décret A. t. 8-20; 21-23: 24-28.
3. Cf. C. H. Acad.. 1016. p. 320.
ADMINISTRATION LOCALE SOLS l'aNCIEN EMPIRE ÉGYPTIEN 383
intéressent-elles les institutions financières de l'Egypte.
Aussi ne nous étonnons-nous pas que l'inscription d'Ouni
les nomme quand elle décrit l'activité financière du ministre
de Mirinrî ce comptant toutes choses décomptées au fisc
dans ce Sud... toute heure de service décomptée au fisc
dans ce Sud, faisant ce qui avait été « ordonné » (srw-t) de
faire compter dans ce Sud ' ». Une autre inscription indique
pareillement que l'on crée « des Sarou pour le service de
faire les comptes - ».
Naturellement il n'est pas question que les Sarou fixent,
de leur propre autorité, ni les corvées, ni les impôts; ils
sont chargés de répartir ces charges sur la population, en
se conformant aux décrets royaux; les textes de Koptos
prévoient précisément les abus d'autorité qui peuvent se
glisser dans les ordonnances des Sarou ; c'est la preuve
que ces ordonnances ne doivent être que des applications
des décrets rovaux. Enfin le Directeur du Sud vise les
ordonnances.
En somme, la législation des Sarou me semblent ana-
logue à ce que nous appelons des règlements d'administra-
tion publique. Le décret royal en Egypte, comme la loi
chez nous, ne prévoit que les cas généraux ; pour le détail,
on s'en remet à des agents locaux ou à un Conseil d'Etat :
ceux-ci rédigent un règlement d'administration, qui s'ap-
pelle de leur nom : ordonnance sr/c.
Il est à remarquer que les administrateurs Sarou ne sont
pas chargés de l'application de leurs ordonnances ; c'est
l'affaire des fonctionnaires rovaux subordonnés au Direc-
teur du Sud. Mais les Sarou sont chargés de solutionner
1. Ouni. 1. 36-37 ^s>-
M jl tissa
□
/WV\AA
n
2. Brit. Muséum, Eg. Slelae. I. 54 : I <r=> HY VÇb V\ -£^ ^
. w
(m. e.
' ■ w j
1 91 ô 26
de ses membres « comme administrateur » AAW^
a II
.'{81 ADMINISTRATION LOCALE sois L ANCIEN EMPIRE ÉGYPTIEN
les litiges que peuvent soulever les statuts des personnes ou
des biens. Les textes de toute époque nous les montrent
réunis en conseil (a. Empire = seh ; m. et ri. Empire :
këribit*), jugeant les conflits et punissant les délinquants.
Une enquête s'impose-t-elle ? alors le conseil délègue un
nfj m értjz, et conclut sur le rapport de ce com-
missaire enquêteur. On conçoit quelle importance ce rôle
de législateur et d'enquêteur sur les biens et sur les per-
sonnes donnait aux Sarou dans un pays où la plus grande
partie de la population vivait en tenanciers du roi. c'est-à-
dire sous le régime des ordonnances érw. On s'explique
que les textes officiels s'adressent d'une part au Directeur
du Sud, d'autre part aux Sarou, comme à deux organisa-
tions administratives de puissance et de considération
égales.
Il reste à se demander comment se recrutaient les Sarou.
Question fort obscure, car si les actes mentionnent souvent
les Sarou, ils ne disent jamais d'où ceux-ci viennent. Aucun
texte, au moins sous l'ancien Empire, n'attribue leur nomi-
nation au roi ; ce ne sont donc pas des fonctionnaires
royaux véritables. D'autre part, un texte de la Ve dynastie
fait comprendre qu'ils représentent l'élite de la population
rurale. Pour montrer que des tenanciers [meritou) s'enri-
chissent, on dit qu'ils passent à la condition de Sarou ■'•.
Enlin, il y a des Sarou ailleurs que sur les terres royales;
un noble personnage qui fonde une propriété, y installe
des tenanciers [meritou) et des « sarou pour tenir les
comptes '* ». De tout cela il résulte une situation vague que
1. Supra, p. 37s.
2. Quibell, Excavations Saqqarah, 1905-1906, p. 21, stèle d'Ipj (fin ancien
Empire); Kahun papyri. XIII, 26. text, p. 37 : Sethe, Urk.. IV. 1112.
3. /*" d'Hankou, Sethe, Urk., I. 78.
i. /'.'(/. SI cl, te liril. Muséum, I, 54 m. e. .
ADMINISTRATION LOCALE SOUS l'aNCIEN EMPIRE ÉGYPTIEN 3.X.">
Maspero avait excellemment résumée. Relevant les inexac-
titudes des appellations trop précises telles que « proprié-
taires libres » (Mever), « notables » ou « prudhommes ». il
concluait : « Entre les tenanciers des terres (meritou), cer-
tains par leur naissance, par leurs alliances, par leur for-
tune, par leur sagesse, par leur âge, avaient acquis une
autorité sur les gens parmi lesquels ils vivaient ; c'étaient
ceux-là qu'on appelait les Sarou, les mécheikh de l'Egypte
présente. Ces Sarou étaient les vieillards et les notables,
qui s'assemblaient aux portes du village les jours de marché
et devant lesquels on plaçait les affaires privées de la com-
munauté. Ils étaient, par leur position, les intermédiaires
entre leurs concitoyens moindres et les pouvoirs établis '.;'.>)
Ces quelques lignes définissent à merveille la physionomie
générale des Sarou : mais maintenant qu'il est établi que
ces Sarou constituent un corps d'administrateurs locaux,
qui a sa législation et sa juridiction, il paraît peu probable
que leur recrutement se faisait seulement soit par une sorte
de cooptation, soit par consentement tacite de la popula-
tion. Il y avait certainement des conditions à remplir pour
devenir Sar. Etait-ce la condition sociale, par exemple la
qualité de propriétaire libre; était-ce la condition pécu-
niaire, quelque chose d'analogue à un chiffre d'impôt payé,
à un cens ; était-ce l'instruction personnelle ; était-ce un
droit de naissance, l'hérédité d'une organisation locale anté-
rieure au régime pharaonique? Autant de questions aux-
quelles nous ne pouvons répondre, mais que nous devons
nous poser comme sujets de recherches futures.
Parmi ces hypothèses, celle que les Sarou se rattachent
à une organisation politique antérieure- est assez sédui-
sante, car ils sont plus distincts des fonctionnaires royaux,
I. Revue critique, 1912, n° 38.
'2. A propos de l'organisation primitive ir, on est tenté de rappeler la
formule des stèles du moyen Empire qui mentionne « l'administration dsr
d'Abydos par les dieux ancêtres existant aux temps primitifs » (Louvre
C :}. 1. 13-1G1. A Héliopolis. Hà était sur Maspero, llisl.. I. p 136 .
386 ADMINISTRATION LOCALE SOIS L ANCIEN EMPIRE EGYPTIEN
partant plus indépendants, sous l'ancien Empire qu'à tout
autre moment. Les décrets de Koptos opposent encore net-
tement les Sarou aux fonctionnaires de 1 administration
centrale; cela s'explique d'autant plus que la VIe dynastie
est une époque où le pouvoir royal s'affaiblit et se morcelle.
Mais à dater de la XIIe dynastie, c'est-à-dire lorsque l'au-
torité royale restituée a réduit à merci la noblesse des
nomes, le mot Sar change de signification. Il ne signifie
plus que « noble, grand, notable » ; vin peu plus tard, sous
la XVIIIe dynastie, dans les textes de Rechmarâ, Sar
désigne simplement un fonctionnaire royal. Quand le sens
des mots change, c'est que la chose a fait comme le mot :
l'institution a évolué ; le corps des administrateurs locaux
a perdu de son indépendance et de son autonomie. Il est
donc possible que sous l'ancien Empire les Sarou gardaient
encore une parcelle de l'héritage politique d'une organisa-
tion locale antérieure à la monarchie centralisée, et qu'ils
aient été réduits progressivement k un rôle subordonné.
En résumé, si les textes de Koptos ne permettent pas de
résoudre le problème de l'origine des Sarou, du moins nous
laissent-ils entrevoir leur rôle et leurs attributions. Les
Sarou n'apparaissent plus comme de vagues « notables » :
ce sont des administrateurs qui promulguent des règlements
d'administration, interprétation des décrets royaux, et qui
ont la juridiction des conflits relatifs au statut des tenan-
ciers et des terres. Les Sarou ne sont pas, à proprement
parler, des fonctionnaires royaux ; ils représentent une admi-
nistration locale à côté de l'administration royale du nome.
L'Egypte, sous l'ancien Empire, présente donc un exemple
nouveau d'un fait historique assez fréquent. Dans les Etats
absolus, il arrive que des institutions locales relativement
indépendantes corrigent les abus d'une excessive centrali-
sation. Tel paraît être le rôle dévolu aux Sarou en regard
des fonctionnaires du Pharaon.
387
LIVRES OFFERTS
M. Antoine Thomas offre à l'Académie, de la part de notre corres-
pondant à Copenhague, M. Kr. Nyrop, un volume intitulé : Fran-
krike, hemyndigad ofvevsattniiig af Erik Gustaf Skjôld (Lund, C. W.
K. Gleerups Fôrlag, s. d., in-8°, 100 pages). C'est la traduction sué-
doise du livre précédemment publié en danois par M. Nyrop et pré-
senté à l'Académie par M. Thomas, dans la séance du 21 janvier der-
nier.
SÉANCE DU 8 SEPTEMBRE
PRESIDENCE DE M. ANTOINE THOMAS, VICE-PRESIDENT.
M. Salomon Reinach étudie les diverses légendes relatives à
la mort de l'amante de Thésée et s'arrête sur celle que racontait
l'historien Péon d'Amathonte (île de Chypre). Suivant Péon,
Ariane serait morte en couches à Amathonte, où Thésée avait été
obligé de la débarquer. Les détails donnés par Péon doivent être
empruntés à un scénario rituel, où le rôle d'Ariane en travail
était joué par un éphèbe travesti. Cela n'a rien à voir, quoi qu'on
en ait dit, avec la coutume de la couvade où le mari prend le lit
après les couches de sa femme, mais sans simuler les douleurs
de l'enfantement. Les travestissements rituels étaient fréquents
dans les cultes païens et ainsi s'explique pourquoi ils sont qua-
1 i fiés d'abominables par la loi mosaïque qui fut invoquée par les
juges de Rouen contre Jeanne d'Arc. Cette prohibition, que
maintiennent nos règlements de police, n'a nullement pour
origine le souci de la décence, mais l'horreur que marque la
législation biblique pour tout ce qui caractérisait les cultes
païens.
M. Clehmont-Ganneau présente quelques observations.
:!SS DEUX MILITAIRES DE SEPTIME SÉVÈRE
M. Franz Cumont, associé étranger, a la parole pour une com-
munication :
« Deux milliaires, découverts successivement à l'Est d'Alep,
prouvent qu'en 197, au moment d'entreprendre sa grande expé-
dition contre les Parthes, l'empereur Septime Sévère fit cons-
truire ou achever une nouvelle route, de l'Euphrate à Hiéropolis
et Bérée (Alep), afin d'assurer ses communications avec Antioche
et la mer. Cette route resta une des plus importantes du Nord
de la Syrie jusque sous les khalifes de Bagdad, et l'une des deux
bornes, qui porte en surcharge une inscription arabe, semble
avoir été démarquée par un souverain musulman '. »
MM. Cagnat, Monceaux et Théodore Reinach présentent
quelques observations.
COMMUNICATION
DEUX MILLIAIRES DE SEPTIME SEVERE,
PAR M. FRANZ CUMONT,
ASSOCIÉ ÉTRANGER DE L'ACADÉMIE.
En 1907, M. D. G. Hogarth" publiait l'inscription sui-
vante copiée sur une pierre milliaire qu'il avait découverte
dans la Syrie du Nord, entre Hiérapolis, aujourd'hui Mera-
bidj, et Batné (Tell Batnân), près du village d'Arimeh.
IMP CAES///
ANTÔNINI P////
I L///VICO
DI VI ANTONINI PI///
DIVIHADRIANI P///,
1. Voir ci-après.
2. Hogarth, Annual of Ihe British School ;<t Athens, XIV, 1907, p. 185.
— L'inscription d'un second milliaire, qui se trouvait aussi à Arimeh, était
à peu près indéchiffrable.
DEUX MILLIAIRES DE SEPTIME SÉVÈRE 389
DI/////TRAIANI////// - -
DI VINERVAE////NEP
///SEPT- SEVERVS
PERTINAXAVG/////
ADIAB- PP- POT////
V-IMP VIII-COSI////
ETMAVR-AN////
CAESARDESIG////
I M P M P
XIII
Imp(erator) Caes(ar) [divi M.
Antonini P[ii GermÇanici) f-
il(ius), [di]vi Co[mmodi f rater,
divi Antonini Pi[i nep(os),
divi Hadriani p\ ronep(os),
di[vi] Traiani [abnep(ps),
divi Nervae \adnep(ps),
[L(ucius)] Sept(imius) Severus
Periihax Aitg(ustits), [ArabÇictis),
Adiab(enicns), p(ater) pÇatriae), potées tate) [trib(iinicia)
V, imp(erator) FUI, co(n)s(ul) /[/,
et M. Aur(elius) An\t(oninus)
Caesar, desig[natus
iinpÇerator), m(illia) p(assuntn)
XIII.
La borne est donc aux noms de Septime Sévère et de
Garacalla avec leur titulature officielle. Le rédacteur a seu-
lement interverti l'ordre habituel des mots trib(unicia)
pol(estale), à moins que POT- n'ait été sauté par le lapi-
cide.
Comme l'a montré M. Hogârth, la distance de XIII ou
peut-être de XIII I milles est calculée à partir d'Hiéra-
polis ; Arimeh se trouve, en effet, à 3 heures 1/2 de cheval
de Membidj. « La grande carte de Kieperl, qui place ces
390 DEUX MILLIAIRES DE SEPTIME SÉVÈRE
deux Localités à 28 kilomètres Tune de Vautre, à vol d'oi-
seau, est très fautive pour toute la région à l'Est d'Alep. »
Il a échappé à M. Ilogarth qu'un fragment d'un second
milliaire provenant de la même route avait été publié en
11)02 par M. Victor Chapol. d'après un estampage de
M. Pognon1. Celui-ci l'avait découvert à Sheikh-Nedjar,
village situé à deux heures au Nord-Est d'Alep sur la route
de Bâb, qui est près de l'ancienne Batné. Je l'ai retrouvé in
situ en 1907, à dix minutes au Sud du village, couché dans
un champ, à l'endroit même où un laboureur, me dit-on.
l'avait déterré peu d'années auparavant. C'est un tronçon de
colonne de calcaire de 0 ni 88 de haut sur 0m 92 de diamètre,
brisé du haut et du bas. Quand je vis l'inscription, elle
était déjà plus mutilée qu'au moment où M. Pognon l'avait
estampée. Je sépare par un trait la partie qui manquait :
là IMPERATOPIR.VSCA
DIVI/^AUCIANTON
j« GEM^NKISAPMATIC
DIVIC0MM0D1RPATEP
AWOH1NIPIIN j^iU
ANI PROf^PQS Dl t
riABNEP«\p
Imperato[r]i[b]us Caes[aribus
divi Marci Antonini
Ge[r]manici Sarmatici [f^l^us,
divi Commodi \f]rater, divi
Anton i ni PU [mpos, divi Hadri-
ani pronepos, di[vi] Trai-
an\i abnepos, d[ivi Nervae adnepos,
eh'.
]. Çh{ t. Biillelin dreorr. hell.. XXVI, 1902, p. 191.
DEUX MILLIAIRES DE SEPTLME SÉVÈRE 391
Une partie de la titulature a été grattée pour faire place
à un texte arabe.
L'inscription latine est gravée avec une extrême négli-
gence, les lignes ne sont pas droites, les interlignes sont
inégaux, des lettres ont été sautées il. 3 : Rj, d'autres ajou-
tées après coup (1, l : A et D) ou confondues (1.1 : P pour
G, R pour B), et le lapicide, qui apparemment ne savait pas
le latin, a inventé (1. 3 et i) une nouvelle forme pour le R,
que l'alphabet grec ne lui avait pas appris à connaître. De
plus, le rédacteur de la formule a complété l'abréviation
IMP-CAES- par un datif pluriel, qui fait avec les nomi-
natifs suivants une anacoluthe choquante. On a l'impres-
sion que ce milliaire a été exécuté à la hâte et sans soin.
Nous allons peut-être pouvoir découvrir le motif de cette
précipitation.
Ces deux bornes appartiennent à la route qui de Bérée
se dirigeait vers TEuphrate et la Mésopotamie, en passant
par Batné et Hiérapolis ', et elles nous apprennent qu'elle
fut construite ou tout au moins achevée par Septime
Sévère. La première nous permet même de préciser en
quelles circonstances. Sa date peut être déterminée assez
exactement. L'empereur exerça sa cinquième puissance tri-
bunicienne du 10 décembre 196 au 11) décembre 197.
D'autre part, il reçut sa huitième acclamation impériale en
196, la dixième en automne 197, l'époque de la neuvième
restant indéterminée 2. L inscription a donc été gravée
certainement pendant l'hiver, le printemps ou l'été de 197.
La titulature de Caracalla, qui devint César en 196, irnpe-
L. L'Itinéraire d'Antonin 191, 7: cf. 192, i n'indique qu? lu seconde
section de la route, celle entre Haine et les villes de Mésopotamie. La
Table de Peutinger donne an contraire seulement la première entre
Herya. (sic) et Hiérapolis.
2. Cagnat, Cours fVépifjrapliie lutine. V éd., l'Jli, p. 207, d'après les
recherches de Wirth. Quaestiones Severtanae, que la guerre nia empêché
rie me procurer.
.'{02 l>KI \ MIU,IAIlll> DE SEPTIME SÉVÈRE
rnfor désigna tus en 197 et Auguste vers le mois d'avril
198, s'accorde bien avec cette conclusion.
Heportons-nous maintenant aux événements de la vie
de Sévère K En 196, tandis que ses lieutenants assiègent
Byzance, le nouvel empereur franchit l'Euphrate et s'avance
jusqu'à Nisibe. qu'il annexe à l'empire. Byzance prise, il
revient par les provinces danubiennes à Home, où il se
trouve en décembre. Puis il marche contre son compétiteur
Albinus, qu'il bat près de Lyon le 19 février 197, rentre à
Rome le 2 juin et y séjourne une partie de l'été. Enfin, il
s'embarque à Brindes et entreprend sa grande expédition
contre les Parthes dès l'automne de 197.
C'est donc au moment où il préparait cette campagne,
que l'empereur ordonna la prompte exécution d'une route
nouvelle qui lui permît de conduire rapidement ses troupes
et ses convois jusqu'en Mésopotamie et assurât ses com-
munications avec Antioche. En temps de guerre, comme en
temps de paix, les solides chaussées romaines ont joué le
rôle de nos chemins de fer comme voies stratégiques et
commerciales. De même, l'année suivante, en 198, Sévère,
qui de sa main puissante réorganisa toute la défense de la
frontière d'Orient, reculée par ses victoires, faisait remettre
en état, à travers la Cappadoce, la route de Césarée à Méli*
tène, dont le camp gardait l'Euphrate au Nord du Taurus ~,
et en même temps il en traçait une autre à travers le
désert d'Epiphania (Hamâ_}à Palmyre3).
La grande-- voie (fui conduisait d'Antioche en Mésopo-
tamie était auparavant celle qui. se dirigeant vers le Xord-
-1. Ad. De Ceuleneer, Essai sur le règne de Septime Sévère [Méjn. de
lAcad. de Belgique. XLIII). 1880. p. 101 ss.
2. Hdgarth et Munro, Modem and ancient roadsin Eastern Asia Minor
Royal (ieogr. Society. Snpplemenlary Papers. t. UT 1893, p. 679 s. : cf.
C. I. L., III. Suppl.. p. 2063 (n" 1262 ss. .
3. C. I. I... III. 0722. 6723. Plus tard nous voyons encore Sévère faire
restaurer le pont sur le Ghabinas en Corwnaçène, < '. . 1. L., III. 67.Q9 *
DEUX MILLIAIRES DE SEPTIME SÉVÈRE 393
Est, allait chercher le fameux pont de Zeugma, jeté par
Séleucus Nicator sur l'Euphrate et reconstruit par les ingé-
nieurs romains au village actuel de Bâlkîs ' . Elle faisait un
long- détour et, de plus, son tracé à travers un pays tour-
menté obligeait à y cheminer par monts et par vaux ; seule-
ment elle évitait l'approche du désert, et les caravanes ou
charrois n'y étaient pas exposés aux coups de main des
pillards sarrasins. Mais, à la fin du 11e siècle, l'administra-
tion impériale avait assuré la sécurité de la vaste plaine
qui s'étend à l'Est d'Alep. Les ruines de nombreux villages
attestent la prospérité que cette contrée avait atteinte,
grâce à la protection des légions, durant la paix de l'âge des
Antonins. Hiérapolis était une grande ville qui devait deve-
nir, au ivc siècle, la métropole de l'Euphratésie et rester,
sous les khalifes de Bagdad, le chef-lieu d'une province2.
Au moyen âge, quand toute cette région dévastée et désolée,
fut de nouveau abandonnée aux nomades, les marchands
d'Alep furent obligés de refaire le même crochet que leurs
prédécesseurs sous les Séleucides et les premiers Césars, et
le principal passage de l'Euphrate, jusqu'à la construction
du chemin de fer de Bagdad, fut à Biredjik, non loin de
l'ancien Zeugma.
Il est à peine douteux que Septime Sévère ait emprunté
la route dont il avait hâté la construction, lorsqu'il se mit
en marche avec ses légions pour combattre les Parthes, Les
lacunes du texte de Dion Cassius, dont nous ne possédons,
pour les débuts de cette campagne, que le misérable abrégé
de Xiphilin3, nous laissaient jusqu'ici dans le doute sur la
direction suivie par l'empereur pour se rendre en Mésopo-
tamie. Nous savions seulement que la flotte qu'il avait réu-
1. Cf. Mélanges de l'École de Rome, t. XXXV, 1915. p. KSI ss.
2. Le Strange, Palestine under the Moslems, 1890, p. 36.
3. Dion Cassius, LXXVI, 9 (t. III, p. 346, éd. Boissevain . Cf. Do Ceuje-
neef\ op. cit., p. 1 1 1 s.
•')'.» i DEUX MILLIA1RES DE 9EPTIME SÉVÈRE
nie descendit l'Euphrate, dont ses troupes longèrent les
deux rives. Dès lors, il apparaît clairement quelle impor-
lance militaire eut pour lui la nouvelle chaussée qui joi-
gnait le grand fleuve à Antioche et à la Méditerranée, et
nos milliaires permettent ainsi de préciser un fait histo-
rique de quelque intérêt.
Cette voie resta jusqu'à la lin de l'empire la plus coin-
mode et la plus suivie pour se rendre dans les provinces
situées au delà de l'Euphrate et dans les Etats des Sassa-
nides. En 363, c'est par elle que l'empereur Julien s'ache-
mina vers la Perse, lorsqu'il entreprit l'expédition fatale
où il devait trouver la mort, et Ammien note expressément
qu'à son départ d' Antioche il se dirigea vers Hiérapolis
solitis itineribus l. Quelque vingt ans plus tard, une pieuse
abbesse, qui nous a laissé le récit de sa visite aux Lieux
Saints -, choisit le même itinéraire lorsqu elle voulut se
rendre en pèlerinage à Edesse, et, sous Justinien, en 540, le
roi Chosroès parcourut encore, en sens inverse, le même
chemin lorsqu'il vint brûler Bérée et piller Antioche''.
Plus tard encore, cette route garda toute son importance.
Comme la plupart de celles de Syrie, elle resta en usage à
l'époque musulmane : les géographes arabes comptent
deux jours de marche d'Alep à Membidj. tout comme les
anciens4, et une courte étape de Membidj à l'Euphrate \
Toutefois, comme le but qu'il fallait atteindre était main-
tenant Bagdad, la nouvelle capitale, la direction de l'an-
cienne chaussée fut modifiée à son extrémité. Au lieu d'at-
teindre l'Euphrate immédiatement au-dessous de son con-
1. Ammien, XXIII. 2, <>. Cf. Julien, Epist., 27. J'étudierai bientôt en
détail la marche de Julien, dont les étapes furent Antioche. Litarba, Bérée,
Batné, Hiérapolis, Euphrate.
2. Peregrinalio Silviae (dans Gleyer. Itinera Hierosolymitana , e. 18.
3. Procope, Bell. Pers., II, 7 et s.
4. Procope, /. c. p. 173. 1, Haury) : Bspoia oï 'AvTto/îta; jisv xaî 'Ispa-
rroÀsw: ;x£Ta;J •/.eïtx: Suoïv 81 rj[j.ept3v ôSaS euÇoiva) àv8pi éxaTipxç BiÉYêt .
î>. Le Strange. Palestine under the Moslems, p. 501,
DEUX MILUAIRES DE SEPT[ME SKVKRE 3ÔS
fluent avec le Sadjour ', elle le traversa sur un nouveau
pont à une quinzaine de kilomètres en aval près de Kala'at-
an-Nadjm, le célèbre Château de l'Étoile, qui gardait le
passage 5. Nous voyons se vérifier ici une observation faite
par M. Clermont-Ganneau3, que « Byzantins et Arabes
n'ont guère fait qu'entretenir, peut-être en les rectifiant
quelquefois, les anciennes voies romaines ». Notre confrère
a montré qu'à l'imitation des Césars, les khalifes de Damas
et de Bagdad jalonnaient les chaussées qu'ils faisaient res-
taurer d'inscriptions indiquant avec leurs noms la distance
en milles, dont la longueur ne répond pas d'ailleurs à celle
de l'ancienne mesure romaine 4. Il a publié en même temps
le premier milliaire arabe connu : placé par le khalife
omméyade Abd-el-Malik sur la route de Damas à Jérusa-
lem, renouvelée par ses soins, elle y marquait le cent neu-
vième mille. Depuis, d'autres bornes, ou plutôt plaques,
analogues ont été successivement retrouvées en Palestine •"'.
Il est regrettable que M. Pognon n'ait pas publié jusqu'ici,
du moins à ma connaissance, l'inscription arabe 6 qui a été
substituée à une partie du texte latin sur notre tronçon de
colonne mis au jour à Sheikh-Nedjar ; mais je serais tenté
de croire que celle-ci pourrait nous offrir l'exemple curieux
d'une borne antique réutilisée et démarquée par quelque
souverain musulman.
1. Cf. Hogarth, /. c, p. 28-i.
2. Il est vrai que le Château de l'Étoile occupe peut-être l'emplacement
delà forteresse romaine de Caeciliana (Chapot, La frontière de l'Euphrale.
1907, p. 281) et que, suivant la Table de Pcutinger, une route reliait déjà
Hiérapolis et Caeciliana, mais certainement le pont, qui lui donna son
importance au moyen âge, fut l'œuvre d'un des khalifes de Bagdad.
3. Recueil d'archéol. orient., t 1, 1888, p. 206.
4. Selon le P. Lagrange, Revue biblique, 1891, p. 130 s., elle serait de
2592 mètres.
5. Lagrange, /. c. et ibid., 1897, p. 10 i s.
6. M. Pognon ne l'a pas admise dans ses Inscriptions sémitiques de
Syrie.
396
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau l'ouvrage suivant :
Georges Argyropoulo, L'Allemagne ennemie de V hellénisme ; pré-
l'ace de Maurice Barrés, de l'Académie française, et une lettre d'Al-
fred Croiset, de l'Institut, doyen de la Faculté des Lettres (Paris,
1916, in-16 .
M. Louis Léger présente un mémoire sur la Lutte séculaire des
Germains et des Slaves (Paris, 1916, in-8° . Il commente les paroles
du chroniqueur saxon Widukind (xP siècle). « Transeunt dies plurimi
Saxonibus pro gloria et pro magno latoque imperio, Sclavis pro
libertate ac ultima servitute varie certantibus. » Ce texte est com-
plété par celui d'une autre chronique germanique : « Gentiles isti pes-
simi sunt; sed terra eorum optima carne, melle, farina, avibus...
referta ita ut nulla ei possit comparari. Quapropter, o Saxones...,
hic poteritis et animas vestras salvare et optimam terram ad inhabi-
tandum acquirere. »
SÉANCE DU 15 SEPTEMBRE
PRÉSIDENCE DR M. EDOUARD CHAVANNES, ANCIEN PRESIDENT.
Le Secrétaire perpétuel donne lecture du décret qui autorise
l'Académie à accepter la donation faite par Mme la marquise Arco-
nati-Visconti pour la création d'un prix triennal de 3.000 francs
(prix Raoul Duseigneurj en faveur des travaux concernant l'art
et l'archéologie espagnols depuis les temps les plus anciens jus-
qu'à la fin du xvie siècle.
Le P. Scheil fait une communication sur la Prière des Morts
chez les Élamites. Il s'agit d'un petit lot de tablettes trouvées
dans des tombes susiennes et où chaque formule exprime, soit
par la bouche du mort lui-même, soit par celle des survivants,
des souhaits de bonheur pour la vie future.
FOUILLES d'enSÉRUXE, PRÈS DE RÉZIERS 397
M. Po'ttier lil une note de M. Félix Mouret, propriétaire à
Vendres, sur des fouilles exécutées à Lnsérune, près de Béziers.
M. Mouret, s'étanl rendu acquéreur d'un terrain déjà signalé à
l'attention par des recherches antérieures, a eu la bonne for-
lune d'y trouver une nécropole fort riche, où les poteries dites
ibériques, à décor géométrique, voisinent avec des vases peints
grecs du ive siècle. C'est un complément heureux aux décou-
vertes déjà faites par M. Rouzaud à Narbonne ', par M. G.
Yasseur à Marseille 2. La trouvaille est d'autant plus intéres-
sante que, pour la première fois, beaucoup de ces vases sont
recueillis en bon état, dans des tombes à incinération qui les
ont conservés à peu près intacts; jusqu'ici, on n'avait pu récol-
ler que des fragments. L'Académie louera la généreuse initia-
tive de M. Mouret qui réserve à la science un terrain aussi
fécond et elle le félicitera d'avoir, le premier, fourni la preuve
que le commerce grec est venu jusqu'à Béziers. D'après un frag-
ment de vase à figures noires qu'il signale comme provenant de
Béziers même et d'après les textes historiques, il a conclu très
justement que cette pénétration s'était réalisée dès le vie siècle
avant notre ère 3.
MM. Salomon Rf.inach et Babei.on présentent quelques obser-
vations.
COMMUNICATION
.NOTE DE M. FELIX MOURET
SIR SES FOUILLES d'eNSÉRUXE, PRÈS DE UÉZIERS.
A î> kilomètres au Sud-Ouest de Béziers s'élève la haute
colline d'Ensérune dont le sommet terminé par un grand
1 . Voir le rapport sur les l'ouilles de Montlaurès dans les Comptes rendus
de l'Académie, 1909, p. 981.
2. Voir la publication faite par M. G. Vasseur, dans le tome \'III des
Annales du Musée d'histoire naturelle de Marseille.
6. \'<>ir ci-après.
308 fouilles d ensérune, près de réziers
plateau domine tout le pays environnant, depuis les
Cévennes jusqu'à la nier, et conserve encore les vestiges
d'un antique oppidum, avec ses pans de murs cyclopéens
el ses grands silos creusés dans le roc.
Elle a, depuis longtemps, attiré l'attention des archéo-
logues, et si quelque chose doit nous surprendre, ce n'est
pas que j'aie pu y faire de si précieuses trouvailles, mais
bien au contraire que depuis plus d'un demi-siècle tant
d'érudits observateurs aient vanté les richesses archéolo-
giques de sa couche superficielle, sans qu'aucun d'eux ait
entrepris des fouilles suivies dans ses couches profondes.
Vers le milieu du siècle dernier, un numismate biterrois,
L. Bonnet, y recueillait une bonne partie de sa magnifique
collection de monnaies ibériennes et donnait peut-être ainsi
à son compatriote Boudard la première idée de sa Numis-
matique ihérienne, parue en 1859.
Quelques années plus tard, l'abbé Ginieis, curé de Mon-
tady, consignait ses observations personnelles dans un
mémoire inédit dont se servit Noguier, en 1874, pour la
publication d'une importante Notice dans laquelle il signale
ainsi le cimetière à incinération d'Ensérune : « Les sépul-
tures reconnues sur le plateau étaient toutes à incinération
et les os calcinés et les cendres contenus dans de grands
vases en poterie (genre dolium). On les rencontre enfouis
à une petite profondeur, recouverts d'une dalle et entourés
d'autres vases de toutes dimensions. Le nombre infini des
débris de ces poteries est un indice de la quantité des inci-
nérations qui ont été fouillées. » (Bullef. de la Société arch.
de Béziers, 2e série, t. VII, p. 244.)
Vers 1898, M. Thiers, de Narbonne, explora ce même
gisement et fit paraître, dans le Bulletin de la Commission
archéologique de Narbonne, t. X, p. 280, des Notes sur les
Ibères du Bas-Languedoc, dont la première et la plus impor-
tante est consacrée à Ensérune. Il énumère les poteries
grecques et les objets en bronze provenant de cet oppidum,
FOUILLES D ENSÊRUNE, PRÈS DE 1SÉZIERS 1:599
apportés au Musée de Narbonne, en 1887, par un habitant de
Colombiers ; il voit dans cette trouvaille la preuve des rela-
tions des gens d'Ensérune avec les populations de la Grande-
Grèce et fait remarquer que M. Cartailhac, ayant trouvé au
même endroit un grand nombre de fragments de poterie à
patine noire lustrée, les regarde comme grecs (ihid.,
p. 288).
M. Rouzaud, déjà stimulé par ses riches découvertes de
Montlaurès, ne pouvait rester indifférent au champ d'études
qui s'ouvrait devant lui du côté de Béziers ; il vint souvent
parcourir le plateau d'Ensérune de 1909 à 1912 et fit part
de ses observations personnelles à M. Vasseur qui les relata
dans les Annales du Musée d'Histoire naturelle de Mar-
seille, t. XIII, p. 184 ; mais il se livra surtout à des explo-
rations superficielles; toutefois, par quelques sondages
heureux, il eut lé mérite de retrouver le champ d'urnes
cinéraires signalé, trente ans auparavant, par Noguier. En
fouillant la pente d'un talus, il mit au jour une tombe
avec des cendres, un vase cinéraire ibérique et quelques
tessons de poteries grecques du ivc siècle.
Peu après, M. Baquié, de Nissan, MM. Genson et Albaille,
de Béziers, et moi-même nous faisions, au même endroit,
des trouvailles analogues. Je fus dès lors convaincu que la
vigne située au-dessus de ce talus renfermait la nécropole
de l'oppidum, et je demandai à M. Amigues, de Nissan,
qui en était propriétaire, de me la vendre.
Après l'avoir acquise, je m'empressai de creuser une
tranchée que j'ai poursuivie sur une longueur de 40 mètres
environ, une largeur de 4 à 8 mètres, une profondeur de
1 m 10 à 2 m 50, et qui m'a livré 138 petites tombes à inciné-
ration, avec un précieux mobilier funéraire, sur lequel je
donnerai les renseignements d'ensemble suivants.
1916
100
FOUILLES DEKSÉRUNE, PRÈS DE BÉZIERS
DISPOSITION DES TOMBES.
Les vases campaniens et les vases grecs ne se trouvent
pas dans les mêmes tombes, mais dans des tombes diffé-
rentes qui sont ainsi exactement datées par eux.
Les premiers sont de jolis cratères entiers (lig. 1), renfer-
mant toujours les ossements du mort ; ils sont associés à des
vases barbares grossiers, à pâte brune ou noire, qui con-
tennent le repas funéraire : poules, oies, pigeons. Les
Fig. 1. — Cratère campanien servant d
ossuaire.
seconds sont des coupes grecques du iv° ou du vc siècle,
brisées, souvent incomplètes (fig. 2. , dont les fragments
disséminés parmi les cendres des tombes accompagnent des
vases ibériques entiers, ayant servi d'urnes cinéraires (fig. 3
Ces deux genres de sépultures occupent, l'une la partie
septentrionale de la nécropole, l'autre la partie médiane ;
reste à fouiller l'extrémité méridionale.
FOUILLES D*EISSÉRUNE, PRÈS DE BÉZIERS
401
Quelques vases ibériques, sans poteries grecques, sont
intercalés parmi les tombes à cratères campaniens.
Parmi les tombes à cratères campaniens, ils s'en trou-
vait d'autres de la même époque, datées par des plats cam-
F«
Coupe attique apportée en offrande funéraire.
paniens, mais où les ossements du mort étaient renfermés
dans des vases indigènes à pâte grise, fine, plus ou moins
lustrée, dont les formes imitent la poterie hellénique ; là
402
FOUILLES d'eNSÉRUNE, PRIS DE BÉZ1ER8
Fig. i. — Inscription ibérique, gravée sous le pied d'un cratère campanien.
Fig. ."). — Inscription gravée sou- le pied d'un petit vase ibérique .
404 fouilles d'ensérune, près de bézters
aussi, on trouva les mêmes poteries noires grossières
avec ossements de petits animaux ; parfois, cependant,
ces dernières faisaient défaut et le repas funéraire était
servi dans des plats campaniens ou ibériques (certains de
ces plats sont décorés de la peinture rouge caractéristique
des vases ibériques) ; le repas consistait alors en pâtes, œufs
ou aliments, qui se sont réduits en une poussière noire.
Grâce au cimetière d'Ensérune, il sera donc possible de
dater les vases gris clair lustrés, les vases bruns ou noirs
grossiers et les vases ibériques. Le nombre de ces différents
vases que j'ai retirés de cette station s'élève à plus de cent
entiers, à plus de cinquante brisés.
Enfin les tombes à urnes cinéraires ibériques les plus
anciennes sont datées par des fibules, bracelets, agrafes de
ceinturons et vases de bronze. Je dois signaler aussi de nom-
breuses épées en fer, les unes très longues, très larges,
droites, repliées plusieurs fois sur elles-mêmes, les autres
courbées (ibériques) ; parmi celles-ci, j'en ai trouvé une dont
la poignée en bronze est ornée d'un fil métallique jaune qui
s'enroule autour d'elle et produit un bel effet décoratif. Tout
cela sera très intéressant à étudier, ainsi que les inscrip-
tions tracées à la pointe sous le pied de quelques vases
campaniens ou ibériques (fig. 4 et 5).
Voici maintenant l'énumération, par catégories, du mobi-
lier funéraire recueilli dans ces 138 tombes.
le mobilier funéraire.
A. — Céramique.
I. — Vases ibériques :
a) 108 urnes cinéraires ibériques renfermant des osse-
ments humains plus ou moins calcinés, des fusaïoles en
terre cuite et des objets de parure ou d'habillement en
bronze : fibules, agrafes de ceinturons, bagues, anneaux
divers, perles de collier.
FOUILLES d'eNSÉRUNE, PRÈS DE BÉZ1ERS 405
Ces vases sont généralement ornés de lignes droites ou
ondulées, de volutes ou de dessins géométriques peints en
rouge brun, en rouge clair ou en noir (fîg\ 3) ; un seul est
décoré d'une guirlande de feuillage ; plusieurs n'ont reçu
aucune peinture et portent sur la panse une ou deux rai-
nures faites au tour. Ils sont de formes et de dimensions
variées, sans anses, avec une ou deux anses, celles-ci verti-
cales ou horizontales, simples ou bifides, basses ou surélevées
au-dessus des lèvres. Je me bornerai à signaler, parmi les
plus intéressants, des vases ovoïdes sans anses, avec pied
bombé, ornés de volutes et de lignes ondulées, plusieurs
œnochoés à bec tréflé (fig. 3), un grand cratère à anses hori-
zontales, à lèvres évasées, un vase apode à panse renflée
dans le bas, sur laquelle sont peints des losanges et des
cercles concentriques noirs pareils à ceux de tessons d'Ama-
rejo (fig. 3) ; mais alors qu'en Espagne M. Paris n'a trouvé
que deux petits fragments ainsi décorés ', Ensérune m'a
fourni ce vase entier et daté du ive siècle par une belle
coupe grecque (fig. 2).
b) 25 poteries ibériques non cinéraires, comprenant :
4 petites urnes avec ou sans anses ;
4 petits plats avec une ou deux anses ;
1 vase caliciforme ;
2 petites bouteilles à panse renflée ;
14 petites assiettes, dont deux signées sous le pied en
caractères ibériques tracés à la pointe (fig. 5).
Plusieurs de ces poteries rappellent, par leurs formes ou
leurs décorations, celles qui ont été trouvées en Espagne - .
II. — Vases indigènes.
a) 22 urnes cinéraires à pâte fine, grise ou brune, bien
1. P. Paris. Ess&i sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive. 1904.
t. II. p. 59, fig:. 70.
2. Archaeologia, vol. 61. Londres, 1912-13, pi. XII; urnes cinéraires et
poteries de la nécropole d'Aguilar d'Anguita, collection de M. le marquis
de Ceralbo. Yoy. aussi The iceapons of the Iherians. par Horace Sandars.
£06 FOUILLES D ENSÉRUNE, PRÈS DE RÉZIERS
cuite, dure, sonore, à surface polie ou lustrée, unie, de
dimensions et de formes variées, faites au tour, à parois
minces ; ces vases légers ne manquent pas d'élégance et
paraissent imiter les produits de fabrication hellénique ;
plusieurs sont identiques à ceux de Cabrera de Mataro ' ;
quelques-uns ont une forme très particulière.
b) 15 urnes cinéraires à pâte grossière, grise, brune ou
noire, souvent mal cuite, généralement décorées au bas
du col de dessins incisés avant la cuisson.
c) 35 vases culinaires, genre marmite, renfermant
encore les restes des repas funéraires offerts aux morts ; en
terre grossière, rouge, brune ou noire, mal pétrie et mal
cuite. Ils sont souvent brisés par le poids des remblais;
je n'ai pu recueillir que 23 de ces vases plus ou moins
bien conservés et dont plusieurs portent nettement la
trace du feu; ils renfermaient des ossements de poules,
de pigeons (?) et d'autres petits animaux qu'il appartiendra
à des naturalistes de déterminer. Ils sont souvent décorés
sur le col de points, d'incisions ou d'une torsade en forme
de cordelette et munis parfois d'une anse ou simplement
de deux ou trois boutons saillants. On en trouve de pareils
en Espagne, notamment à Gérone 2.
III. — Vases campaniens des ivc et m° siècles, ayant
servi d'urnes cinéraires.
a) 2 grands cratères campaniformes à anses basses
recourbées vers le haut, mesurant, l'un : hauteur 0m 36,
circonférence du pied 0m 39, de la panse 0m 54, des lèvres
1™ 05; l'autre : hauteur 0m il, circonférence du pied
0"1 50, de la panse 0m63, des lèvres lm 20.
b) 12 cratères campaniens à anses plates au niveau
des lèvres, à panse cannelée ou non, à col parfois décoré
d une guirlande de feuilles en relief ou de motifs dans les-
1. Archaeoloyia, ibid. p. 256, fig. 32.
2. P. Paris, op. cit.. p. il. fig. 19.
FOUILLES d'eXSÉRLNE, PRÈS DE BÉZIERS 407
quels on reconnaît des objets de parure (fig. 1). L'un d'eux
rappelle exactement un exemplaire trouvé en Espagne, à
Cabrera de Mataro ', un autre porte des traces de dorure
sur les nervures des feuilles, un troisième a reçu sous le
pied une inscription en caractères ibériques gravés à la pointe
(fig. 4). Plusieurs de ces cratères ont été raccommodés
dans l'antiquité avec des fils ou des bouchons de plomb.
c) 2 petits vases de même forme, de mêmes dimen-
sions, l'un à vernis noir brillant, sûrement grec, l'autre sans
vernis, d'aspect barbare.
d) 2 plats campaniens à palmettes ; sous le pied du plus
grand est incisée une inscription ibérique.
e) o assiettes campaniennes très bien conservées avec
étoiles ou palmettes; 4 petites assiettes sans palmettes.
f) Nombreux fragments de cratères et de plats ; ceux-
ci souvent bien décorés.
IV. — Vases grecs de la fin du v° et du ive siècle.
Un grand cratère à figures rouges, où est représenté, sur
la panse, au-dessus d'une large grecque, un cavalier scvthe
sur un cheval blanc, attaqué par deux griffons ailés. Il a été
raccommodé.
Un vase profond, sans rebord, à rosaces peintes en rouge
avec personnages.
Une belle coupe, à l'intérieur de laquelle, dans un cercle
entouré d'une grecque, est représenté Apollon sur un griffon ;
au revers, suite de personnages et de palmettes.
2 belles coupes avec personnages entourés d'une grecque,
à l'intérieur et au revers : rinceaux et palmettes sur les deux
faces (fig. 2).
Plus de 100 fragments avec figures et palmettes.
V. — Poterie de fabrication particulière.
Un magnifique vase ayant servi d'urne cinéraire est daté
1. Arehneolocjia. ihid. : Sandars, The weapons of the Iberians, p. 260 et
261.
408 fouilles d'ensérune, prks de béziers
du IVe siècle par la coupe représentant Apollon qui la sur-
montait. Il est en terre rouge très fine, bien cuite, à parois
très minces, et recouvert sur toute sa surface extérieure
d'une peinture grise sur laquelle se détachent des lignes
et des volutes blanches rappelant la décoration des vases
ibériques.
VI. — Fusaïoles.
Elles sont en terre grise ou brune, bien pétrie et bien
cuite, presque toutes renfermées dans des urnes cinéraires
ibériques.
B. — Objets en bronze.
8 vases ou gobelets déformés ou brisés, mais dont on
peut cependant reconnaître la forme.
18 agrafes de ceinturons de La Tène I, avec crochets
simples ou triples rappelant celles qui ont été trouvées en
Espagne, à Ampurias (voir Déchelette, Manuel cT archéolo-
gie, époque de La Tène, 1914, fig. 524 et 529).
2 perles de collier oblongues.
2 cuillères, 2 passoires.
2 anses ou crémaillères, dont une terminée en tête de
bélier.
Une louche terminée en crochet, comme on en fait encore
de nos jours, reconnue et reconstituée par M. Cartailhac.
32 fibules entières, de formes variées, mais où domine
celle à arbalète, commune en Espagne et en Portugal
(Sabrozo).
3o bracelets entiers.
2 grands anneaux plats, 25 petits; 12 bagues.
Une plaque rectangulaire de 0in 09 sur 0m 11 percée de
trous au centre et dans les coins — une autre en segment
de cercle.
2 épingles: crochets et menus objets divers.
FOUILLES d'eNSÉRUNE, PRÈS DE BÉZIERS 400
G. — Objets en fer.
10 grandes épées droites, larges, repliées sur elles-
mêmes.
1 épée droite, étroite, non repliée, mieux conservée.
2 épées recourbées ibériques; Tune d'elles, trouvée
devant M. Gartailhac, est munie d'une poignée en bronze
autour de laquelle s'enroule un fil métallique jaune.
Grand nombre de lances, de javelots, de pointes diverses.
Une cnémide (?), 4 fibules ; clous et crochets variés.
Une broche (?), tige longue, mince, arrondie et creuse.
Une hache.
D. — Objets divers.
Un pendant d'oreille en or (cf. Déchelette, op. cit.,
6g. 542, n° 2).
5 perles de collier oblongues en verre opaque, 1 en verre
bleu, 1 en corail.
Un balsamaire en verre blanc et bleu, cannelé, en forme
de petite œnochoé à bec tréflé; une molette, un polissoir en
grès ; 5 dents de sangliers, 2 squelettes de chevaux, l'un
grand, l'autre petit ; des coquilles marines ; des œufs de
poule ou de pigeon placés sous des assiettes campaniennes
ou ibériques.
Plusieurs stèles dressées, taillées ou non sur leurs faces.
Enfin, en dehors de la nécropole, dans les murs en pierres
sèches qui entourent ma vigne, j'ai trouvé plusieurs meules
en pierre basaltique d'Agde, les unes circulaires, perforées
au centre, les autres plates ou concaves, elliptiques, rappe-
lant celles de Numance : voir Excavaciones de Numaneia,
Madrid, 1912, pi. LXII. M. Rouzaud en a recueilli aussi
un assez grand nombre dans la région de Narbonne.
Dans la couche arable, j'ai recueilli, après bien d'autres,
de nombreuses monnaies ibériennes de Nedhen, Medhen ou
il II FOUILLES d'eNSÉRUNE, PRÈS DE BÉZIERS
Serhen, nom dans lequel M. Thiers voudrait reconnaître
celui d'Ensérune [Bull, de la Commission archéol. dp
Narbonne, t. X, 1908, p. 290).
Mais je n'ai rencontré aucune monnaie dans les sépul-
tures, malgré de fréquents tamisages des cendres des tom-
bes, ce qui indiquerait que ces dernières sont antérieures au
monnayage indigène.
Cet ensemble de documents permet de constater deux
faits intéressants pour l'étude de nos origines : 1° la prédo-
minance dans notre région, aux ive et me siècles, de l'élé-
ment ibérique; 2" l'importance de l'influence grecque sur
les indigènes, peu après la fondation de Marseille.
Fig. 6. — Fragment de coupe à figures noires, trouvé à Béziers.
Dans un travail que j'ai rédigé six mois avant de com-
mencer mes fouilles, j'avais déjà montré les Grecs venant
se fixer dans notre port de Vendres et de là à Béziers,
dès le vie siècle avant notre ère K
Un archéologue biterrois, M. G. Caïlet, a recueilli à plus
de 2 mètres de profondeur, dans le sous-sol des nouvelles
halles de Béziers, de beaux fragments de poterie grecque
à figures noires incisées (fig. 6) et d'autres à figures
1. F. Mouret, Le Temple de Vénus près de Vendres et son emporium
phocéen de Ville-Longue, p. 6 Béziers, 191(1 .
LIVRES OFFERTS 111
rouges ; placés au-dessous de la couche romaine, ces tessons
prouvent bien que les Phocéens ont occupé cette ville dès
le vie siècle et s'y sont maintenus dans les siècles suivants.
J'avais indiqué aussi que nos ancêtres de ces temps recu-
lés devaient être des Ibères, non des Gaulois *, et qu'Ensé-
rune ou Tarragone fut détruite à l'époque de l'invasion des
Volkes 2. Mes fouilles me semblent avoir confirmé ce que
mes recherches ethnographiques m'avaient fait entrevoir.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le cahier de mars-
avril des Comptes rendus de l'Académie (Paris, 1916, in-8°).
M. Omont a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, au nom de l'auteur, M. J.
Mathorez, inspecteur des finances, une étude intitulée : Les éléments
de la population orientale en France (Paris, 1916, in-8°, 23 p.) et
publiée récemment par lui dans la Revue des études grecques (janvier-
mars 1916, t. XXIX, p. 46-68). C'est une des enquêtes que M. J.
Mathorez a entreprises sur la pénétration, à différentes époques, des
étrangers en France; celle-ci rentre plus particulièrement dans les
études de l'Académie. Elle a été conduite par l'auteur depuis la prise
de Conslantinople par les Turcs, en 1453, jusqu'à la reconstitution
du royaume de Grèce dans la première moitié du xixe siècle. »
M. Pottier présente à l'Académie, de la part de M. G. Fougères,
directeur de l'Ecole française d'Athènes, un nouveau fascicule du
Bulletin de Correspondance hellénique (janvier-juin 1915), qui con-
tient la relation des fouilles d'Éléonte, exécutées par le Corps expédi-
tionnaire des Dardanelles, dont il a entretenu précédemment ses con-
frères (Comptes rendus, 1915, p. 245,282; 1916, p. 40). C'est le mémoire
détaillé de MM. Chamonard et Courby, qui a été résumé ici même et
qui est accompagné d'une abondante illustration. Le Rapport est fait
au nom de l'Etat-major du Corps expéditionnaire et adressé spécia-
1. Ibid., p. 19.
2. Ibid., p. 4.
412 LIVRES OFFERTS
lement à l'Académie. Dans le même numéro sont exposés les résultats
de deux autres fouilles importantes, dirigées par des membres de
l'Ecole; l'une au temple d'Apollon Clarios à Colophon, par Macridi-
bey et Cb. Picard ; l'autre, à Orchomène d'Arcadie, par A. Plassarl
et G. Blum. D'autres études complètent la livraison : une sur
Lécbaion, port de Corinlbe, par J. Paris, une autre par G. Blum sur
des pierres gravées et des monnaies représentant des Ptolémées et
divers princes bellénistiques. L'Académie constatera avec plaisir que
la guerre n'atteint pas dans ses forces vives l'activité de notre
mission athénienne qui trouve le moyen, à travers tant de péripé-
ties, de poursuivre ses multiples travaux.
M. Babelon a la parole pour un hommage :
« Je suis chargé d'offrir à l'Académie une publication numisma-
tique d'une étendue exceptionnelle qui, en dépit des préoccupations
du temps présent, vient d'être éditée à Paris. Elle a pour titre :
Monnaies de l'Empire russe de 1725 à 1894 (Paris, Feuardent, 1916);
elle se compose de quatre volumes in-folio ; l'un contient le texte des-
criptif des pièces et les trois autres sont des albums de planches en
phototypie ; ces planches sont au nombre de 256, réparties en autant
de séries qu'il y a de règnes. Cet ouvrage, malgré son ampleur, n'est,
pour le texte, qu'un abrégé en français de l'œuvre beaucoup plus
considérable que S. A. I. le grand-duc Georges Michaïlovitch a consa-
crée à l'histoire monétaire de la Russie. Cette traduction, que je
dépose aujourd'hui sur le bureau de l'Académie, est due à Mme Nadine
Tacké, aidée de la collaboration de M. de Villenoisy.
a L'Académie me permettra d'entrer dans quelques éclaircisse-
ments au sujet de la genèse de cette publication que je puis bien
qualifier de franco-russe.
« Tous les numismates connaissent le vaste recueil du grand-duc
Georges Michaïlovitch, œuvre documentaire et de longue haleine,
qui, commencée en 1888, se compose, dans son état actuel, de onze
volumes grand in-folio et comprend, outre la description et la repro-
duction de toutes les monnaies russes et leurs variétés, les docu-
ments administratifs ou autres qui concernent les émissions, le poids,
le métal, les projets, la fabrication et son outillage, les artistes gra-
veurs, les contrôleurs de la frappe, même la démonétisation et le
retrait des espèces, dans tous les ateliers de l'Empire russe. Il y a,
en outre, trois volumes in-8° supplémentaires qui comprennent les
oukases et ordonnances monétaires.
« Le grand-duc Georges Michaïlovitch a bien voulu offrir au Cabi-
net des médailles de la Bibliothèque nationale un exemplaire de
LIVRES OFFERTS 413
cette monumentale publication dont il a pris l'initiative et qu'il a
personnellement dirigée. Mais, comme elle est en russe, j'ai pensé
qu'il y avait intérêt à en faire faire une traduction abrégée, en fran-
çais. Une dame russe, Mme Nadine Tacké, qui babite la France depuis
de longues années et s'intéresse particulièrement à la numismatique
de la Russie et des autres pays slaves, a bien voulu se charger de
ce travail.
« S. A. I. le grand-duc Georges a daigné non seulement autori-
ser cette traduction abrégée de son œuvre, mais le prince a sponta-
nément offert d'annexer toutes les planches de sa grande publication
à la traduction de Mme Tacké. L'ouvrage que je dépose sur le bureau
comprend, règne par règne, la description de toutes les monnaies
russes, avec renvoi aux planches de l'album où elles sont figurées.
Mme Tacké a laissé de côté la partie documentaire de l'œuvre du
grand-duc Georges qui, bien qu'étant la plus considérable et, à cer-
tain point de vue, la plus importante, n'est pas indispensable aux
collectionneurs. Ceux-ci, grâce à la traduction de Mme Tacké, n'au-
ront pas à recourir à l'immense recueil russe ni, d'autre part, aux
anciens ouvrages, si incomplets et si incommodes, de Chaudoir, de
Schubert et de quelques autres que nous étions bien forcés de
prendre pour guides.
« Dans la courte préface que l'on m'a prié d'écrire pour cet
ouvrage, j'ai profité de l'occasion qui m'était offerte, comme conser-
vateur du Cabinet des médailles, pour remercier un certain nombre
de numismates russes qui, dans ces dernières années, ont bien
voulu enrichir, par des dons de monnaies russes, le médaillier de la
Bibliothèque nationale. Dans ce nombre, je rappellerai les noms de
S. Exe. M. Wladimir Akimfov, gouverneur de la province de Simbirsk
et président honoraire de la Commission des Archives de cette ville,
et le baron de Taubé, diplomate russe qui, chaque année, à partir de
1903, lors de ses voyages à Paris, se donnait pour tâche de nous rap-
porter de Russie quelques raretés numisma tiques qu'il savait man-
quer sur nos cartons et qu'il prenait plaisir à recueillir pour nous.
« L'Académie voudra, j'en ai la confiance, s'associer aux remer-
ciements que j'exprime ici à ces donateurs russes et offrir elle-même
l'expression de sa gratitude à Mme Tacké et à S. A. I. le grand-duc
Georges Michaïlovitch, dont la grande publication, accessible désor-
mais à tous les lecteurs français, est en quelque sorte — qu'il me
soit, du moins, permis de l'envisager ainsi, — le symbole numisma-
tique de l'alliance politique et militaire de la France et de la Russie,
glorieusement unies pour revendiquer la liberté des peuples et
refouler le pangermanisme. »
414
SÉANCE DU 22 SEPTEMBRE
PRES1DENCR DE M. HEMîI OMONT, ANCIEN PRÉSIDENT.
Le Secrétaire général du Comité du livre adresse à 1 Acadé-
mie un dossier relatif aux premiers actes du Comité et sollicite
sa souscription de principe. — Renvoi à la Commission des tra-
vaux littéraires.
M. Salomon Reinacii étudie l'anecdote rapportée par Élien surle
portrait équestre d'Alexandre peint par Apelles. Le roi admirait
froidement; mais son cheval, amené devant le tableau, se mit à
hennir. Alors Apelles : « Sire, votre cheval est beaucoup plus
ressemblant que vous! >> Telle était, en 1531, l'interprétation
d'Erasme; mais les modernes ont mal compris le texte et mis
dans la bouche du peintre cette impertinence : « Sire, votre che-
val se connaît en peinture mieux que vous. » Incidemment,
M. Reinach montre que Rayle, à l'article Apelles de son Dic-
tionnaire, tout en faisant erreur sur le passage en question, a
devancé l'érudition contemporaine, en remarquant que les deux
Vénus attribuées à Apelles se réduisaient, en réalité, à un même
tableau.
M. Henri Dehérain lit une étude sur la part qui revient à
Pierre Ruffin, conseiller de l'ambassade de France à Constanti-
nople, de 1794 à 1824 et correspondant de l'Institut, dans l'orien-
talisme français. Les lettres inédites de Ruffin à Silvestre de
Sacy permettent d'éclaircir ce point d'histoire. Bien que possé-
dant d'une façon exceptionnelle la langue turque et la connais-
sance des institutions et des mœurs de l'Lmpire ottoman, Rullin
ne composa aucun mémoire savant. Mais il soutint et lit bénéfi-
cier de ses conseils un certain nombre de jeunes orientalistes,
notamment Bianchi, Jouannin, Desgranges, Joseph Rousseau,
Jean Raymond, qui, à des degrés divers, marquèrent dans la
carrière des consulats, dans l'enseignement et dans les étude-
orientales.
415
LIVRES OFFERTS
M. Chavannes présente à l'Académie l'ouvrage suivant : A third
journey in Central Asia, 1913-1916, par Sir Aurel Stein (extr. du
Geographical Journal, aoùt-sept. 1916):
« Lorsqu'un voyageur est revenu d'un pays lointain, il regrette sou-
vent de n'avoir pu noter ou recueillir tout ce qui aurait dû attirer
son attention ; il sent que, pour bien faire, il devrait revisiter les
lieux qu'il a parcourus trop rapidement. Sir Aurel Stein, le célèbre
explorateur de l'Asie Centrale, montre, par son exemple, combien
il est en effet profitable d'accumuler les expériences. Quand il est
rentré en Europe, au commencement de l'année 1916, il avait renou-
velé, pour la troisième fois, dans les montagnes des Pamirs et les
régions désertiques du Turkestan, les exploits qui, déjà auparavant,
avaient rendu son nom illustre; à chaque fois, les résultats scienti-
fiques ont été plus considérables. Pour résumer brièvement les addi-
tions qu'il apporte maintenant à nos connaissances, la vieille route
de la soie par laquelle circulaient les caravanes à l'époque romaine
a été déterminée dans les parties les plus obscures de son trajet; les
routes que suivirent aux vne et vme siècles les pèlerins et les sol-
dats chinois pour aller en Inde ont été retrouvées; le système de la
triangulation indienne a été étendu, avec la précision rigoureuse qu'il
comporte, jusqu'au massif du T'ien chan, dans le Nord du Turkestan
chinois ; voilà pour la géographie. L'archéologie n'a pas fait de
moindres gains : dans la région du Lop nor, de nouveaux tronçons
de la grande muraille ont été découverts, et les anciens postes mili-
taires des Han ont livré à foison les fiches de bois inscrites qui nous
permettent de retracer la vie quotidienne de ces garnisons perdues
en plein désert ; au Nord de Niya, des documents en kharoshthi ; non
loin de l'Etsin gol, des textes en Si-hia ; à Murluk, près de Tourfan,
des fresques bouddhiques et des pièces d'étoffe où se marque l'in-
fluence sassanide, augmentent singulièrement les trésors qui
attendent dans les bibliothèques et les musées que les patientes
investigations des savants les mettent en pleine valeur. Signalons
enfin une partie tout à fait neuve dans ce dernier voyage de Sir Aurel
Stein. Grâce à des circonstances politiques favorables, l'explorateur
a pu, à son retour, longer toute la frontière entre l'Afghanistan et
la Perse et séjourner dans le Seislan, l'antique Sakaslana ; il y a
signalé les vestiges d'une grande muraille qui est toute semblable à
1910 28
416 SÉANCE DU 29 SEPTEMBRE 1916
la muraille chinoise et qui établit une connexion entre celle-ci et le
limes de l'empire romain. »
SEANCE DU 29 SEPTEMBRE
PRESIDENCE DB M. MAURICE CROISET.
M. Henri Cohdier décrit un manuscrit d'une traduction latine
inédite du Tchoung Young, « le milieu immuable », le second
des quatre livres Se-Chou, canoniques chinois de second ordre,
que le P. de Venlavon exécuta au xviu6 siècle.
M. Dehérain donne lecture d'une note dan9 laquelle M. Sey-
mour de Hicci expose le résultat de ses recherches sur Noël de
Harsy, imprimeur rouennais du xve siècle, et sur l'ouvrage inti-
tulé : L" Ordinaire des chrestiens, sorti de son atelier.
M. Henri Omont est élu membre de la Commission administra-
tive de l'Académie et de la Commission administrative centrale,
en remplacement de M. René Cagnat, élu Secrétaire perpétuel.
M. Emile Eude lit un mémoire sur le vieux moulin de
La Chapelle, près Paris, dont parlent plusieurs chroniqueurs du
xive et du xve siècle. Certains érudits avaient cru que ce moulin
se trouvait à Montmartre, mais l'étude des documents prouve
qu'il était à La Chapelle. C'est près de lui qu'a eu lieu l'entrevue
de l'empereur Charles IV et de notre roi Charles V, en 1378;
c'est là aussi qu'a combattu Jeanne d'Arc, au mois de septembre
14'29. Un certain nombre de pièces d'archives et de plans per-
mettent de suivre l'existence de ce moulin, qui disparut au
xviie siècle et reparut au xvme. Bientôt quatre nouveaux mou-
lins se dressèrent autour de lui : d'où le nom de butte des Cinq-
Moulins donné au canton de la Goutte-d'Or. Bien qu'il ne
reste plus aucune trace de ces ouvrages, on peut retrouver leur
emplacement exact. Le plus ancien, le vrai moulin de La Cha-
pelle ou « des Couronnes », s'élevait sur le point où est aujour-
d'hui l'école de garçons, rue Erckmann-Chatrian.
COMPTES RENDUS DES SÉANCEb
DE
L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES -LETTRES
PENDANT L'ANNÉE 1916
PRÉSIDENCE DE M. MAURICE CROISET
SÉANCE DU 6 OCTOBRE
PRÉSIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
M. le Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts
écrit au Secrétaire perpétuel pour lui faire savoir que le général
Niox, directeur du Musée de l'Armée aux Invalides, se met à la
disposition de l'Académie pour recevoir le pavillon de l'embarca-
tion montée par le capitaine Lenfantàla suite de sa mission au
lac Tchad.
M. Louis Léger communique une note sur l'étymologie du
mot obus* .
M. Seymour de Ricci communique un petit fragment d'ins-
cription grecque dont il a fait l'acquisition en Egypte, il y a
une dizaine d'années. Il en complète les lacunes au tableau et
montre le parti qu'on peut tirer de ce fragment pour la con-
naissance de la constitution des villes grecques de l'Egypte *.
M. Salomon Reinacii rappelle qu'on connaît aujourd'hui deux
exemples de Vénus tenant une balance : sur une monnaie
i. Voir ci-après.
2. Voir ci-après.
'«18 L'ÉTYMOLOGIE DES MOTS « OBUS » ET « OBL'SIER »
romaine de l'an 49 av. J.-C. et sur la colonne historiée de
Mayence, élevée vers l'an 55 après notre ère et dont un moulage
a été récemment reconstitué à Saint-Germain. Le buste de
Vénus, juxtaposé à une balance, paraît aussi sur une monnaie
d'Anlonin le Pieux frappée en Egypte. L'origine de ce motif
rare doit être cherché dans l'astrologie, car, lors de la réparti-
tion des divinités des planètes dans le Zodiaque, qui fut effectuée
avant 1ère chrétienne à Alexandrie, c'est dans le signe de la
Balance que fut placée Vénus. Les Romains expliquèrent cela
plus tard en alléguant que Vénus assortit les cœurs des époux et
des amants comme sous le fléau d'une balance, appelé joug par
les Grecs; Vénus aurait donc tenu la balance parce qu'elle impo-
sait aux hommes le joug de l'amour. C'est à quoi les astronomes
n'avaient certainement pas pensé.
M. Alfred Croiskt donne lecture d'une étude sur les nou-
veaux fragments d'Antiphon publiés dans le recueil des papyrus
grecs d'Oxyrhynchus.
COMMUNICATIONS
LÉTYMOLOGIE DES MOTS « OBUS » ET « OBL'SIER »,
PAU M. LOUIS LEGER, MEMBRE DE l'aCADÉMIE.
Le Dictionnaire français Darmesteter-Thomas donne
comme étymologie d'obus l'allemand « haubitze », plus
anciennement « haubnitze », tchèque « houfnice». Cette
étymologie est exacte, et j'ai d'autant moins lieu de la con-
tester que je crois bien que c'est moi qui l'ai fournie naguère
à M. Thomas. Des circonstances que tout le monde devine
m'ont amené à faire l'histoire de ce mot et des recherches
nouvelles que je crois devoir vous communiquer.
D'après le Dictionnaire de l'ancien tchèque du regretté
professeur Gebauer (Prague. 1905 et années suivantes), la
l'ÉTY.MOLOGIE DES MOTS « OBUS » ET « OBUSIEK » 419
forme la plus ancienne du mot est haufnice\ ce mot qui,
primitivement voulait dire une fronde, désigna plus tard un
canon chargé d'un boulet de cinq livres et même de 2o à
200 livres. D'après M. le Dr Hugo Toman,dans son ouvrage
tchèque sur Y Art militaire des Hussites au temps de Zizka
et de Procope ' (c'est-à-dire drtns la première moitié du
XVe siècle), ce nom désignait des pièces d'un calibre assez
gros. Elles ne tiraient pas très loin Elles étaient destinées à
tirer sur les masses (do houfu), d'où est venu leur nom. Le
tchèque « hauf», masse, foule, est tout simplement l'allemand
moderne der Haufe, la foule, ancien ail. « Hufe ». Le
mot, comme beaucoup d'autres vocables allemands, avait
pénétré dans la langue tchèque du moyen âge. En revanche,
le mot technique haufnice a passé en allemand sous la forme
haufnitz, haufenitz, plus tard Haubitze sur lequel nous
avons fait obus. L'emploi de Yhaufnice est signalé, pour la
première fois, chez l'annaliste tchèque connu sous le nom de
Stary letopisec (le vieil annaliste), lors de la bataille d'Usti
(1436) ; pour la seconde fois, dans un règlement militaire
de Silésie sur les arrangements des voitures de guerre. Ce
règlement est rédigé en allemand, mais pour la désignation
de la pièce d'artillerie on emploie le mot slave sous la
forme howfnicze. Chez Bartosek (chroniqueur tchèque du
xve siècle, année 1432), on trouve l'expression: bombardas
dictas hufnicz. Je dois ajouter qu'il existe encore en Autriche
deux de ces obusiers primitifs. L'un est conserve à l'Arsenal
deVienne, l'autre au Musée de Celovec que les Allemands
appellent Klagenfurt.
Pour en revenir à l'allemand « haubnilz », « haubitz», en
somme dérivé de hufe, il s'est produit de l'allemand au
tchèque et du tchèque à l'allemand le même phénomène que
de 1 allemand heiwache au français « bivouac » qui a
fourni en allemand « bivuakiren ».
1. Prague, 1898, in-8°,
420
UNE INSCRIPTION GRECQUE d'ÉGYPTE,
PAR M. SEYMOCR DE RICCI.
Un épigraphiste de la vieille école, à qui un ami repro-
chait doucement de passer de longues heures à transcrire
minutieusement des bribes informes, lui répondit, à ce que
l'on nous a rapporté jadis : « De minimis non curai praetor
ne sera jamais vrai en épigraphie. »
Aussi me suis-je imposé, en Egypte, à côté de la tâche
agréable de copier ou de collationner les textes d'une cer-
taine étendue, le travail plus pénible et à coup sûr moins
attrayant de dessiner, avec le même soin scrupuleux, les
moindres grafïites et les fragments les plus informes. Pro-
fitant de ce que les autres acheteurs d'antiquités n'accep-
taient d'emporter que des inscriptions plus ou moins com-
plètes, j'ai, au cours de deux voyages successifs, recueilli
tout ce que les bouti (aes des marchands renfermaient de
petits fragments épigraphiques. Pour un franc, rarement
davantage, j'enrichissais d'un numéro, sinon d'un texte
intelligible, le recueil des inscriptions grecques et latines
de l'Egypte que j'ai d -puis vingt ans sur le chantier.
A mou retour en France, M. Guimet, avec la largeur de
vues qui le caractérise, donnait 1 hospitalité de son Musée
à ces vénérables débris et assurait ainsi leur conservation,
jusqu'au jour où un hasard heureux permettrait de les
mettre en valeur.
Le 27 février 1905, à Medinet-el-Fayoum, j'achetais
ainsi, pour une dizaine de francs, sept fragments épigra-
phiques, aujourd'hui exposés dans l'annexe lyonnaise du
Musée Guimet. L'un de ces débris, un morceau de marbre
mutilé, porte l'inscription ci-jointe (voy. p. 421).
Au premier abord, il ne semble pas que l'on puisse tirer
grand chose de ce fragment qui ne présente pas un seul
mot complet et où la ligne la plus longue comporte cinq
UNE INSCRIPTION GRECQUE d'éGYPTE 421
lettres. Pourtant, à l'avant-dernière ligne, on voit bien
qu'il est question dune première année, et la paléographie
nous apprend qu'il doit s'agir d'un empereur romain du
premier siècle. La clef de la restitution nous est fournie
par la quatrième ligne où OMHK no peut guère représen-
ter autre chose que le nombre [k0î\zy.rlv.[ov~z}. A la ligne
précédente, TETPA sera le commencement de TSTpa[xô-ioi].
Qu'est-ce que ce nombre de quatre cent soixante-dix?
r
On songe immédiatement à une inscription du Fayoum,
découverte par Pétrie à Talit, et où il est question d une
portion des citoyens de Ptolémaïs dite les H 170.
Ce texte est une dédicace à Néron, élevée en l'an 7 de
son règne (60-61 apr.) par r, xôXiç r) llTcA£[j.au(ov su "û[v]
éÇaxicf/iXîwv TSTpa[xo]<riu>v é£B;[r/j-/.[sv:a xac] oî tàn (â ïxv. 0£c3
T[tgspbu| KXaoSîou Kawap[eç £e03<rrou] è?iQ{ieox5«ç icàvfwç]
Qu'étaient-ce que ces 6470? Les mêmes, à coup sûr,
comme l'a reconnu M. Wessely, que les 647o cités dans
un papyrus Rainer où ligure un certain Nikanor:
£c[-/Jy;[x]w[; t]>4v 'AX^avspe'cov rcsXeiTÇUV [-pc£Œ7]à>; * èx [~cp
1. Restit-ulion de M. Glotz,
422 ONE INSCRIPTION OUI uU I. l/ EGYPTE
Était-il aussi question, dans l'inscription de Talit, de
6i75 individus et non de 6470? On serait tenté de le croire
et de restituer ttsvts après ^So^xovxa ; mais la lacune
semble un peu courte.
Quoi qu'il en soit, ces deux textes nous permettent de
compléter le nôtre, où l'on lira sans hésiter :
r,\ TCÔXt] ^l\rl]Y[[-cLt[j.y.i.iuyj
îi]ATÛNE[Ç«xioxiX£-]
u)v]TETPA[y.o(jiu)v
èp8]OMHK[ovT« v.-A :;.
tû ]I AL r[a(oo Ka'.aapcç ?]
kyr,$] EY [•/.;■:£; -av-gç]
Cette restitution n'est pas d'ailleurs sans présenter
quelques points obscurs; le nom de Caligula à lavant-
dernière ligne ne doit être rétabli que dune façon hypothé-
tique.
Si vraiment, après [s(33]o[jnrçx[ovTa], on voulait ajouter
îcévts, sur la foi du papyrus découvert par M. Wessely, il y
aurait bien peu de place pour ce mot à la fin de la qua-
trième ligne où, pour introduire la mention, au nominatif,
des èçyj^suxÔTeç, il faut bien intercaler la copule -/.a':. Sur
l'inscription découverte par M. Pétrie, nous avons déjà vu
qu'il était difficile d'ajouter sévte après l{3Sojjrf,x[GVTa].
Résignons-nous donc à admettre l'existence d'une caté-
gorie de citoyens comptant tantôt 6475 individus (papyrus
Rainer) et tantôt cinq de moins, comme sur nos deux
inscriptions.
Une brillante découverte de M. Glotz lui a permis, il y a
quelques années, d'expliquer ce chiffre de 6i-7o '. Les cités
grecques d'Egypte comptaient cinq tribus de douze dèmes,
et chaque dème comprenait douze phratries. Si nous attri-
1. G. Glotz, Les 6475 dans les cités grecques de l'Egypte, dans la Revue
arch.. t. XVIII (1911), pp. 256-263.
UNE INSCRIPTION GRECQUE D EGYPTE 423
buons à chacune de ces 720 phratries, dix citoyens nous
obtenons le chiilYe de 7200, c'est-à-dire 6175 -(- 72o.
Ces 725 citoyens omis dans le décompte, suivant un pro-
cédé de calcul dont M. Glotz a relevé en Grèce plusieurs
exemples, comprenaient évidemment un représentant de
chaque phratrie, soit 720 personnes, plus un représentant
de chacune des cinq tribus, c'est-à-dire les cinq prytanes.
Le chiffre de 6470, si tant est qu'on doive le reconnaître
sur nos deux inscriptions, s'expliquerait sans trop de peine
en admettant non pas un mais deux chefs de tribus.
Quelle est la Ptolémaïs dont il est question sur nos
pierres? C'est un problème qui a fait couler beaucoup
d'encre et qui ne semble pas encore résolu.
Plusieurs érudits et, en dernier lieu, M. Plaumann
semblent persuadés qu'il s'agît de la célèbre cité grecque
de la Haute-Egypte. D'aucuns ont même soutenu que l'ins-
cription de Talit n'avait pas été trouvée en place et qu'elle
avait été apportée au Fayoum du fond de la Thébaïde.
Notre fragment, trop insignifiant pour avoir beaucoup
voyagé, vient, par sa provenance, apporter un nouvel argu-
ment à ceux qui, comme MM. Grenlell et Hunt, placent au
Fayoum la Ptolémaïs de l'inscription. C'est à cette opinion
que nous préférons nous ranger.
Y aurait-il donc eu en Egypte plus de villes à constitu-
tion grecque que nous ne le croyons à l'ordinaire? M. Bou-
ché-Leclercq a montré ' que l'existence de ces institutions
n'était formellement attestée que pour Naucratis et pour
Ptolémaïs de Thébaïde.
Tout d'abord, à Ptolémaïs et à Naucratis, il convient
d'ajouter Alexandrie qui eut peut-être, à l'origine, une
ftauXr,, comme l'a toujours pensé Wilcken, en dépit des nom-
breux savants qui se sont prononcés en sens contraire.
Alexandrie eut, à coup sûr, des dèmes et des tribus, et la
!, Histoire des Lagides, t. III, p. 143,
124 UNE INSCRIPTION GRKCQUE d'ÉGYPTE
mention des 6175, dans le papyrus Rainer, montre bien que
ces tribus et ces dèmes faisaient partie d'une organisation
politique.
Ainsi que l'a remarqué M. Bouché-Leclercq lui-même,
des communautés provinciales adoptaient dans leurs
décrets les formules en usage dans les cités grecques :
citons des inscriptions retrouvées à Héliopolis, à Thèbes, à
Hermonthis, à Aphroditèspolis, enfin à Memphis.
Pour cette dernière ville, une inscription précieuse, com-
muniquée en 1902 à l'Académie par M. M ispero et com-
mentée depuis par MM. Foucart et Bouché-Leclercq ',
laisse entrevoir à Memphis l'existence d'associations à forme
grecque, peut-être même d'une organisation politique auto-
nome.
Une autre inscription, découverte à Memphis par Mariette,
il y a plus d'un demi-siècle, et commentée jadis par Miller2,
nous fournirait peut-être, si elle n'était pas si mutilée, une
indication encore plus précise : au-dessus d'une liste incom
plète d'au moins deux cents noms, la plupart grecs ou
sémitiques — pas un seul n'est égyptien — on déchiffre ces
quelques lettres :
n o a i
OMHKONTAQ
0AAQN0SKAIAI02KA
EA0EETQIK0INQITQNKTI2TQNE
N'est-il pas tentant, à la deuxième ligne de ce texte, de
restituer une fois de plus ce nombre de 0470 3 et d'y chercher
une preuve nouvelle de l'existence, en dehors de Naukratis
et de Ptolémaïs, de cités à constitution hellénique ?
1. Histoire des Lagides. t. III, p. 175.
2. Cf. la bibliographie dans Milne, C&tal. du Musée du dire. n. 9283,
3. La dernière lettre de la deuxième ligne est certainement un Q,
42!
LIVRES OFFERTS
M. Salomon Rkinach dépose sur le bureau de l'Académie le 1er
volume d'une nouvelle édition de son Répertoire de la statuaire
grecque et romaine (Paris, 1916, in-8°).
M le comte Paul Durrieu offre à l'Académie une brochure, dont il
est l'auteur, intitulée : Oderisi da Gubbio et ce que l'on appelait à
Paris, au témoignage de Dante, « Vart d'enluminer » (Paris, 1915,
in-8°; extr. des Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de
V Ile-de-France, tome XLII, 1915).
M. Héron de Villefosse fait hommage, au nom du D1' Carton, cor-
respondant de l'Académie, d'un travail intitulé : Les fabriques de
lampes dans l'ancienne Afrique (extr. du Bull, de géographie et d'ar-
chéologie de la province d'Oran, t. XXXVI) :
« Les fouilles exécutées dans nos provinces africaines ont fait sortir
de terre un nombre très considérable de lampes antiques en terre
cuite. M. le Dr Carton s'est appliqué à rechercher les caractères qui
les distinguent et à préciser les endroits d'où elles proviennent : il
a pu reconnaître, à certains indices, l'existence en Afrique d'ateliers
spéciaux pour leur fabrication.
« Certains de ces ateliers remontent à l'époque punique, d'autres
appartiennent à la période romaine. Les produits de ces derniers
sont nombreux el portent ordinairement des estampilles dont le
classement et l'étude ont fourni à l'auteur l'occasion de faire quelques
intéressantes remarques. A Cherchel et à Tipasa de Maurétanie, on
a recueilli des lampes chrétiennes ornées d'une inscription circulaire
autour de la cuvette; à l'Henchir-Srira et à Oudena, près de Tunis,
on a découvert d'autres lampes dont les formes et les caractères
particuliers sont dignes d'attention. Le sujet n'est pas épuisé; la
contribution apportée par les observations du Dr Carton sera très
utile à ceux qui reprendront cette étude. »
i26
SÉANCE DU 13 OCTOBRE
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISE! .
A propos du procès-verbal de la dernière séance. M. Antoine
Thomas fait la communication suivante :
« Sur la foi de Léopold Delisle [Bibl. de V Ecole des Chartes,
t. XXXI. p. 241), Litlré a admis dans son Supplément, à l'article
obis, un extrait de la Chronique de Metz de Jacomin Husson,
publiée en 1870 par H. Michelant, où figure, à la date de 1515,
le mot hoebus. Le mot en question ne signifie pas « obus »,
mais « arquebuse» ; il est emprunté à l'allemand hakenbûchse,
prononcé dialeclalement hokenbûchse, et d'autres documents
messins l'écrivent : hocque busse. L'exemple le plus ancien du
mot obus se trouve dans cette phrase, souvent citée, des
Mémoires d'artillerie de Surirey de Saint-Remy, publiés en
1697, t. L p. 237: «A la bataille de Nervinde (1693), où
l'armée du Roi commandée par feu M. le duc de Luxembourg
défit celle des Alliez à plalte-coûlure, outre les 77 pièces de fonte
que les Ennemis laissèrent dans leur fuite, il se trouva 8 mortiers
appelez Obus. » Il est étrange que 1'/ de la dernière syllabe du
mot allemand hauhitz ou hauhitze soit rendu en français par u.
Peut-être faut-il voir là l'influence de la terminaison du mot
arquebuse. Dans la transmission orale des noms d'engins de
guerre dune nation à l'autre, il se_produit souvent des contami-
nations analogues, dues à l'élymologie populaire. Tel est le cas,
par exemple, de l'allemand armhrust « arbalète », qui apparaît
tel quel dès le moyen âge et dans lequel on a peine à reconnaître
le bas-latin arbalisla, pour anuballista. D'ailleurs, le mot
allemand hauhitze lui-même ne correspond pas d'une manière
phonétique rigoureuse à la forme du moyen allemand, laquelle
oscille entre hufnitze et haufnitz et reproduit assez exactement
le tchèque houfnice. »
\I. Alfred Croiset continue la lecture de son mémoire sur le
LIVRES OFFERTS 427
nouveaux fragments d'Antiphon publiés dans le recueil des
papyrus grecs d'Oxyrhynchus.
M. Maurice Croiset et M. Bouché-Leclercq présentent
quelques observations.
LIVRES OFFERTS
M. Gagnât offre, de la part de M. Toutain, le numéro 5-6 du Pro
Alesia août-novembre 1915). Ce numéro contient notamment un
article de M. Cumont sur la romanisation de la Belgique dans l'anti-
quité, et un autre de M. Toutain sur les origines et le développement
de l'œuvre d'Alésia.
M. le comte Durrieu a la parole pour un hommage :
« Une des premières fois que j'ai eu l'honneur de faire partie oe
la Commission du prix Gobert, en 1910, je vous ai présenté un rap-
port sur lequel vous avez décerné un des prix Gobert à un tout
jeune érudit, sortant de l'École des Chartes et de l'École de Rome,
qui portait un nom grandement honoré parmi les historiens de
l'art, et pour qui l'on pouvait, d'après ses débuts, présager un
très bri lant avenir dans la science française, Robert André-
Michel. Hélas ! ces espérances, alors si fondées, ont fait place
à de profonds regrets. Dès le début de la guerre, Robert André-
Michel a couru prendre sa place parmi les défenseurs de la patrie, et
il y a juste aujourd'hui deux ans, le 13 octobre 1914, il est tombé
glorieusement pour la France.
« Frappé par une si belle mort en pleine activité scientifique,
Robert André-Michel avait sur le chantier d'importants travaux,
visant en particulier l'histoire de l'art dans la région d'Avignon au
moyen âge. Ces travaux ne seront pas perdus. L'un d'eux, dont notre
valeureux lauréat avait remis le manuscrit quelques jours avant de
partir pour les champs de bataille, a paru récemment dans la Gazette
des Beaux-Arts et j'ai la touchante mission d'en offrir le tirage à part
à l'Académie. Ce travail porte sur les fresques de la garde-robe au
Palais des Papes à Avignon, fresques qui ont été découvertes en 1906.
Ces fresques étaient d'autant plus dignes d'être étudiées qu'au lieu
de sujets sacrés, comme ceux qui se trouvent ailleurs au Palais des
Papes, elle- offrent un cycle de scènes profanes, une représentation
428 LIVRES OFFERTS
des plaisirs de la vie champêtre, dans laquelle une ample place est
faite à l'élément de paysage. Ces peintures ont soulevé des discus-
sions. Tandis que plusieurs érudits les faisaient remonter jusque
vers le milieu du xive siècle, certains ont voulu les rajeunir de
quelque cinquante ou soixante ans. D'autre part, à Avignon, ont tra-
vaillé à la fois des peintres italiens et des peintres français. Sont-ce
les premiers ou les seconds qui ont été chargés d'exécuter les
fresques en question ? Robert André-Michel, par une fine critique
du style, jointe à une analyse serrée des documents, a été amené à
proposer cette double conclusion : que les fresques datent des envi-
rons de l'année 1343 et du début du pontificat de Clément VI; et
que, pour leur exécution, la décoration de la salle où elles se trouvent
« est due vraisemblablement à la collaboration des artistes français
et italiens qui travaillèrent en Avignon au temps de Clément VI,
sous la direction de Matleo de Vilerbe », mais avec cette observation
que, pour la technique par exemple, la part des maîtres d'Italie « y
est prépondérante ». Cette argumentation est complétée par des
considérations rapides, mais extrêmement intéressantes, sur le grand
rôle qu'Avignon, avec son milieu d'art créé par la Cour pontificale,
a joué dans l'évolution de la peinture européenne au moyen âge. La
lecture de ces pages, très savantes en même temps qu'empreintes
du plus louable esprit de méthode et de sagacité, permet d'apprécier
à nouveau toute la perte qu'a faite la France érudite par le trépas
héroïque de Robert André-Michel. »
M. Collignon dépose sur le bureau le premier fascicule du
tome XXII des Monuments et Mémoires de la Fondation Piot :
« Les événements actuels ont retardé la publication de ce fasci-
cule, dont les articles étaient prêts depuis le début de cette année.
L'Académie pourra cependant constater que pour la valeur des
mémoires et l'exécution matérielle, il ne le cède en rien aux précé-
dents. Bien qu'éloigné de Paris, le secrétaire de la rédaction, M. Paul
Jamot, y a donné tous ses soins avec son dévouement habituel.
J'ai plaisir à le remercier ainsi que les collaborateurs qui ont con-
tribué à poursuivre l'œuvre scientifique entreprise par notre Com-
pagnie. Deux des articles sont dus à deux de nos confrères. M. Poltier
a donné une étude sur Thanalos et quelques autres représentations
funéraires sur des lécythes blancs attiques, et M. le comte Paul
Durrieu a publié une étude sur Le livre de prières peint pour
Charles le Téméraire par son enlumineur en titre Philippe de
Mazerolles. M. Georges Bénédite a publié un important monument
égyptien du Louvre. Le couteau de Geb'd ei Arak, et M. Michon,
L'Apollon de Cherchell, excellente réplique d'une belle œuvre de la
SÉANCE DU 20 OCTOBRE 1916 42Ô
sculpture grecque du ve siècle. Le fascicule s'ouvre par une notice
consacrée à notre regretté secrétaire perpétuel Georges Perrot, qui a
dirigé pendant vingt ans le recueil à la création duquel il a pris une
très grande part. Klle est signée par les deux directeurs actuels de la
publication, M. de Lasteyrie et celui qui a l'honneur de présenter
le fascicule. »
M. Héron de Villefosse offre, au nom de son confrère, M. Gustave
ScHLu.MBERGEit, l'ouvrage qu'il vient de publier sous le titre de Récits
de Byzance et des Croisades (Paris, 1916, in-8°).
SÉANCE DU 20 OCTOBRE
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
Le Président prononce l'allocution suivante :
« Mes chers Confrères,
« Un de nos correspondants nationaux, M. Auguste Pru-
dhomme, archiviste du département de l'Isère, vient de nous
être enlevé à la suite d'une longue et douloureuse maladie.
« Né à Bourgoin, dans l'Isère, le 6 mars 1850, il avait fait à
Paris ses premières études. Il y avait été plus lard étudiant en
droit et élève de l'Ecole des Chartes. Après un court passage
aux Archives municipales de Marseille, il devint, en 1878, archi-
viste du département de l'Isère. C'est ce poste qu'il a occupé
pendant trente-huit ans, jusqu'à sa mort.
« Attaché de cœur à son département natal, il lui a consacré
toute son activité scientifique. Les Archives de l'Isère lui ont
dû d'être classées à nouveau, largement enrichies et enfin instal-
lées d'une manière digne de leur importance. Il n'a cessé ni de
les étudier lui-même, ni d'en faciliter l'étude à tous ceux qui
désiraient les consulter. Il a publié successivement Y Inventaire
des Archives de l'Isère antérieures à 1790, puis l'Inventaire
des documents de la période révolutionnaire, en tout 4 vol. in-4°;
en outre, 1 Inventaire sommaire des Archives communales de
430 SÉANCE DU 20 OCTOBRE 1916
Grenoble, en 4 vol. in-4°, et celui des Archives historiques de
l'hôpital de la même ville. A ces recueils de documents, il faut
ajouter de nombreux ouvrages relatifs à l'histoire du Dauphiné.
notamment son Histoire de Grenoble, qui lui valut, en 1889,
une mention honorable au concours des Antiquités nationales
de notre Académie. Dès 1883, l'Académie Delphinale avait fait
de lui son secrétaire perpétuel.
« En 1912, notre Compagnie, qui appréciait le mérite de ses
travaux, le mit au nombre de ses correspondants nationaux.
« Ceux qui l'ont connu personnellement s'accordent à rendre
témoignage de l'aménité de son caractère, de la vivacité de son
esprit, de l'agrément de sa conversation, et aussi de l'obligeance
avec laquelle il mettait son érudition au service de tous ceux qui
y avaient recours.
« 11 laisse, dans le milieu où il a vécu, des regrets profonds
et unanimes. Je me fais l'interprète de l'Académie en y joignant
les nôtres. »
Il est donné lecture du procès-verbal constatant la remise au
Musée de l'Armée du pavillon que le capitaine Lenfant avait
arboré sur son bateau le « Benoît-Garnier », lors de l'explora-
tion qu'il fit au lac Tchad, en 1904, et qu'il avait offert à l'Aca-
démie des inscriptions et belles-lettres, comme témoignage de
sa gratitude pour le généreux appui que notre Compagnie lui
avait prêté.
M. Héron de Vii.lefosse communique à l'Académie, de la
part du R. P. Delattre, deux inscriptions trouvées à Carthage
dans les fouilles de la grande basilique dont il poursuit l'explo-
ration méthodique. La première, datée de l'année 438, par le
16e consulat de l'empereur Théodose 11, permet d'affirmer que
cette basilique existait avant la prise de Carthage par les Van-
dales. La seconde mentionne un Syrien du Haourân, fixé à Car-
thage pour y faire le commerce ; il est qualifié citoyen de Canatha
et de Bostra en Arabie, villes situées sur le parcours de la voie
de Damas à Pétra1.
M. le comte Paul Durrieu a signalé l'an dernier à l'Académie.
1. Voir ci-après.
DEUX INSCRIPTIONS CHRÉTIENNES TROUVÉES A CARTHAGE 431
ainsi qu'à la Société de l'histoire de Paris, un document d'ar-
chives publié en Italie et relatif à un accord conclu, en 1269, par
trois Français alors étudiants à Bologne, au sujet de livres qu'on
devait faire parvenir à l'un de ces Français à Paris. M. Maurice
Prou vient de faire remarquer à M. Durrieu que, dans ce docu-
ment, en lisant un u à la place d'un n, ce qui est légitime, car
lesdeux lettres sont pareilles de forme dans les écritures dumoyen
âge, on trouvait un nom très célèbre de notre ancienne littérature.
En tenant compte de l'observation de M. Prou, M. Durrieu estime
que, d'après l'analyse minutieuse du document et sa confronta-
tion avec d'autres sources d'information, il est permis de conclure
que le fameux poète français Jean de Meun, l'auteur de la
seconde partie du Roman de la Rose, a été dans sa jeunesse
étudier en Italie, particularité de l'existence du poète totalement
ignorée jusqu'ici. Le document montre en outre que Jean de
Meun a été en relation, à Bologne, avec l'enlumineur Oderisi da
Gubbio que Dante a connu de son côté, ce qui établit comme
un point de rapprochement entre un des auteurs de notre
français Roman de la Rose et l'immortel chantre de la Divine
Comédie '.
MM. Thomas et Fournier présentent quelques observations.
M. Charles Diehi. lit un mémoire intitulé : Thessalonique
et les invasions slaves en Macédoine au VIe et au VIIe siècle.
COMMUNICATION
DEUX INSCRIPTIONS CHRÉTIENNES TROUVÉES A CARTHAGE,
PAR M. A. HÉRON DE VILLEFOSSK, MEMBRE DE L'ACADÉMIE.
Le R. P. Delattre, notre zélé correspondant, m'envoie
les copies de deux textes chrétiens découverts par lui à
Carthage dans les fouilles de la vaste basilique, située près
1 . Voir ci-après.
I91t) '.'!'
132 DEUX [NSCRIPTIONS CHRÉTIENNES TROUVÉES \ f'.AUTIIAf.h
de Sainte-Monique dont il poursuit en ce moment l'ex-
ploration méthodique, grâce à la bienveillance de l'Aca-
démie '.
1. — Les inscriptions chrétiennes, recueillies jusqu'à pré-
sent en si grand nombre à Carthag-e. se retrouvent presque
toujours à l'état de débris et ne sont jamais datées. L'ap-
parition d une date consulaire sur une de ces inscriptions
constitue donc un fait nouveau qui la rend particulièrement
précieuse, malgré sa mutilation. Celle dont je veux parler se
compose de cinq lignes dont on n'a ni le début ni la fin-.
Le texte est gravé sur une dalle de saouân, épaisse
de 0m 04, brisée h droite et à gauche, haute deO"' i65,
large de 0m 55.
i II II IIIHl il/1 1 INPACEVIXvAN «. ////// Il III
in pace vix. an N X X X V I I I I v p M
in pace vix. a NN-XLÇ MCII DCI I llll ! Illlllllllll
llllllllllllllllll VIRGOFILI A DEVTE Ri/////////
cons. d. ;/. THEODOSIXÇvETFAV sti. v. c.
Haut, des lettres 0 m 07 aux trois premières lignes et
0 '" Ooo aux deux dernières.
A la troisième ligne. D est traversé par une barre oblique.
Les trois premières lignes offraient chacune le nom d'un
défunt ; ces noms ont été enlevés par des cassures. Ce qui
subsiste ne nous fait connaître que des chiifres d'années.
Encore les chiiTres manquent-ils à la première ligne. A la
seconde, les années sont indiquées approximativement,
. . . .ann(os) XXXVIIII p{lus) m(inus); à la troisième, au
contraire, l'âge du défunt (ou de la défunte) est inscrit avec
la plus scrupuleuse exactitude . . . .ann(os) XLVI, rnenses)
VIII, d(ies) VII. 46 ans, S mois et 7 jours ! A la quatrième
1. Sur les premières fouilles faites dans cette basilique, voir Comptes
rendus, 1916, p. 150-164.
2. Cependant la seconde ligne, plus courte que les autres, semble com
plète à droite : il ne doit manquer que le début .
DEUX INSCRIPTIONS CHRÉTIENNES TROUVÉES A CARTHAGE 433
ligne était mentionnée une religieuse, virgo, fdia Deuter[i] :
le nom propre Deiiterius n'est pas nouveau dans l'épigra-
phie chrétienne de Carthage '.
La cinquième ligne renfermait la date. Les consuls men-
tionnés sont l'empereur Théodose II et son collègue Ani-
cius Acilius Glabrio Faustus, consulat qui nous reporte à
l'année 438. Les Vandales à cette époque avaient envahi
l'Afrique, mais n'étaient pas encore établis à Carthage dont
ils ne s'emparèrent que l'année suivante. Ainsi on peut dire
avec certitude que l'important édifice chrétien dont le
P. Delattre a retrouvé les substructions. et dans lequel on
enterrait les fidèles en 438. avait été construit avant la
prise de Carthage par les Vandales, événement qui n'eut
lieu qu'en 439.
Le même consulat est inscrit sur un texte de Salone 2.
Plusieurs inscriptions chrétiennes de Rome le mentionnent
également ;.
2. La seconde inscription est bilingue ; elle a été
exhumée par le P. Delattre en dehors de la basilique,
dans une tranchée pratiquée le long du mur latéral sud.
A la seconde ligne, ainsi que le propose le P. Delattre,
il faut compléter OTOnO C 110 POYPIOY.
Gravée sur une dalle de saouàn, épaisse de 0 '" 035, haute
de 0m oo et longue de I m 24. elle se compose de neuf mor-
ceaux.
1. Cf. Corp. inscr. lat., VIII. n. 13620. — Les expressions VIRGO,
VIRGO SACRA, VIRGO SACRATA, apparaissent sur plusieurs autres
textes chrétiens de Carthage, ibid., n. 13428 et 13131 : Comptes rendus de
l'Acad. des inscr., 1911, p. 569-571 dernières fouilles de la basilique de
Damous-el-Karita .
2. Ibid., III, n. 2658.
3. G.-B. De Rossi, Inscr. christianae urbis Romae. n. 699 à 701 ; G. Gatti.
Biilleltino cornunale, 1889, p. 155
i34 DEUX [NSCRIPTIÔNS CHRÉTIENNES TROUVÉES A CARTHAGE
c
N e.AA€ KITÉ XPICK (0 Nio«
A
OYAOC06OY OTOnO //////P O Y
P
IOY KANW6H N 0 Y 0 N K6BOCP H N
0
Y
(croix grecque VICTORIA F IDELESINPAC*
dans un cercle)
Haut, des lettres 0ni 055; du cercle renfermant la croix.
0 '" 145. Entre les branches de la croix sont disposées trois
lettres grecques.
Le revers de la plaque, où le nom du défunt est inscrit
en latin, vient confirmer la lecture XPICKGûNIOC
Haut, des lettres, 0 m 07.
Au droit :
'EvOstOS X.ÎTS Xp'.ffXWV -.or
COUAOÇ ()l0l). 0 75TC0[ç IIojpSU-
pwu Kavto9ïjvou<Cov> y.à Bocpyjv-
Vj.
Victoria fidèles in pne[e\ !
Au revers : Cre[sco]nius fidel[is in] pace
i
La partie grecque présente un intérêt particulier.
L'expression TOHOG est employée dans les inscriptions
grecques de la Syrie ' avec la même signification que le mot
latin LOGVS pour désigner le tombeau. Très commun sur
les épitaphes grecques de l'Italie, le mot LOCVS se trouve
I. Waddington, Inscr. gr. et Int. de la Syrie, a, 1854 c.
DEUX INSCRIPTIONS CHRÉTIENNES TROUVÉES A CARTHAGE 43o
rarement sur nos marbres de la Gaule ' : à Carthage, il ne
paraît pas avoir été d'un emploi plus fréquent : on en
connaît deux exemples '.
Porphyrios était à la fois citoyen de Ganatha et de
Bostra, villes qu'on rencontre lune à la suite de l'autre, sur
la grande voie de Damas à Pétra \ Les deux territoires
étaient relativement voisins. Porphyrios, originaire de
cette partie de la Syrie, était donc venu s'établir à Garthage.
L'épitaphe d'un autre chrétien, venu d'Apamée de Syrie en
Afrique, a été trouvée à Sullecthum J.
Les Syriens du Haourân ne craignaient pas de s'expatrier
pour essayer de faire fortune dans des centres commer-
ciaux souvent fort éloignés de leur pays. On peut rappeler,
à cette occasion, la curieuse inscription bilingue trouvée
en 1862 dans les fondations d'une maison du village de
Genay près de Trévoux •'. C'est l'épitaphe d'un Syrien, Thae-
mius Julianus, originaire aussi des environs de Canatha
et mort loin de sa patrie, qui trafiquait principalement à
Lyon et dans la province d'Aquitaine6.
L'ethnique de Canatha affecte diverses formes. Dans les
inscriptions du Haouràn, on trouve KavaOYjvôç ou l\£va6Y;vôç.
L'inscription chrétienne de Carthage donne la forme Kavw-
Ôrjvoç, ce qui s'accorde avec le nom de la ville écrit Kâvc6a
ou KâvojOa dans les documents ecclésiastiques et dans les
actes du concile de Chalcédon7. Ganatha appartenait à la
1. On le relève cependant sur deux marbres de Lyon, Corp. inscr. lat..
XIII, 2385 et 2421, où on lit : IN HOC LOCO REQVIESCIT... etc. au lieu
tle la formule initiale IN HOC. TVMVLO, beaucoup plus usitée dans la
région lyonnaise.
2. Ibid., VIII, n. 13572, + LOCVS CREMENT i ; Comptes rendus de
VAc&d. des inscr., 1916, p. 159. n. 16, LOCVS BIATORIS.
3. En passant par Phaena.
4. Corp. inscr. lat., VIII, 57.
5. Ibid., XIII, n. 2448.
6. Henzen et Wilmanns, Bull. delV Inst. archeol., 1867, p. 203; Wad-
dington, op. cit., p. 535: Allmer et Dissard, Inscr. de Lyon, III, n. 216.
Sur les Syriens dans les inscriptions chrétiennes, cf. Le Blant, Inscr. chré-
tiennes de lu Gaule, n. 225 et 613.
1. Voir les observations de Waddington, op. cit., p. 535,
i3f> jf.an ni; MEUN et l'italie
province de Syrie; vers le règne de Dioclétien, cette ville
passa avec la Batanée dans la nouvelle province d'Arabie.
Elle figure dans les notices ecclésiastiques; ses évêques
prirent part à plusieurs conciles.
Bostra eut, à l'époque chrétienne, une importance plus
considérable; elle joua un rôle dans l'histoire ecclésias-
tique. D'abord siège d'un évêché, Bostra fut plus tard éle-
vée au rang d'archevêché dont le titulaire, au ve siècle,
portait le titre de métropolitain d'Arabie '. Quoique le nom
de la ville soit écrit Biaipa dans tous les textes épigra-
phiques et donne régulièrement un ethnique BoirepTjvoç, on
trouve cependant, dans une inscription de Nela -, la forme
Bo<t?y;vy; qui correspond exactement au Bçapïjviç de l'inscrip-
tion de Garthage.
On voit que les deux documents envoyés par le P. Delattre
sont l'un et l'autre intéressants.
JEAN DE MEL'N ET L ITALIE,
PAR M. LE COMTE PAUL DURH1EU, MEMBRE DE L'ACADÉMIE.
Vers le commencement de cette année, notre confrère
M. Antoine Thomas a communiqué à 1 Académie deux
documents « concernant, pour employer ses expressions
mêmes, un des plus célèbres poètes français du moyen âge,
maître Jean de Meun, auteur de la seconde partie du Roman
de la Rose3 ». 11 me semble, autant qu'on peut être affir-
matif dans une question reposant sur l'interprétation paléo-
graphique d'une seule lettre qui se prête à être lue de deux
manières, il me semble, dis-je, que j'ai la bonne fortune
de pouvoir apporter, aujourd'hui, k la biographie de Jean
1. Waddiïlgton, op. cit., p. itil-162, n. 191 i.
2. Waddinglon, op. cit., n. 2229.
3. Comptes rendus des séances de l'Académie de* inscriptions et belles-
lettres, année 1916, p. 138-140.
JEAN DE MELN ET l'iTALIE 437
de Meun un élément tout nouveau, complètement insoup-
çonné et d'un très grand intérêt. Cette possibilité, je tiens
à le déclarer immédiatement, je la dois à la perspicacité de
notre confrère M. Maurice Prou, qui m'a suggéré une rec-
tification des plus heureuses à apporter à la lecture d'un
texte dont j'ai récemment donné une réédition. Voici ce
dont il s'agit.
Dans la séance de l'Académie du 20 octobre 1915, je
signalais incidemment devant vous un document d'archives
relatif à cet enlumineur italien Oderisi da Gubbio que
Dante a immortalisé en le nommant dans la Divine Comé-
die '. Plus récemment, j'ai réimprimé tout au long, dans les
Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-
France", le document en question, qui a été découvert dans
les Archives notariales de Bologne et publié, pour la pre-
mière fois, en Italie, par M. Malaguzzi-Valeri. C'est un acte
notarié où Oderisi figure à titre de témoin et qui, pour le
principal, expose les termes d'un accord concernant un
important lot de manuscrits, accord que trois Français
conclurent au mois de juillet 1269 à Bologne, où ils étaient
comme étudiants, en stipulant que les livres dont il était
question devaient être expédiés, à l'adresse de l'un d'eux, à
Paris. Le premier de ces étudiants, qui paraît avoir joué le
principal rôle, car c'est îi lui que les livres devaient être
remis personnellement une fois qu'ils seraient parvenus à
Paris, au plus tard le 20 novembre 1269, porte un nom que
Malaguzzi-Valeri a imprimé ainsi : « Magister Johannes de
Manduno, Aurelianensis dyocesis. » J'ai reproduit textuel-
lement cette leçon. Mais M. Maurice Prou, ayant parcouru
mon travail, m'a fait aussitôt remarquer que, paléographi-
quement, ïn et Vu se confondant dans les écritures du
moyen âge, on pouvait lire tout aussi légitimement Mau-
1. Cf. Comptes rendus des séances de l'Académie des inscriptions et
belles-lettres, année 1915, p. 383.
2. Tome XLII Paris, 1915), p. 158 et 159,
438 JEAN DE MEUN ET e'iTALIE
duno que Mandunn. Cette nouvelle lecture est infiniment
plus vraisemblable que la première, lin effet, tandis que la
forme «Manduno » ne se prête à aucun rapprochement utile,
la rectification proposée par M. Prou : « Magîster Johannes
de Mauduno, Aurelianensis dyocesis » donne un nom qui,
traduit en français et avec les qualificatifs qui l'accom-
pagnent, correspond exactement à ce que 1 on pourrait
appeler l'état civil du poète a qui est due la seconde partie
du Roman de la Rose : « Maître Jean de Meun, originaire
du diocèse d'Orléans ».
Ainsi que l'a rappelé devant vous M. Antoine Thomas,
M. Ernest Langlois, professeur à l'Université de Lille et
qui est courageusement resté à son poste en face de l'inva-
sion ennemie, se préparait à publier, au moment où la
guerre a éclaté, une édition du Roman de la Rose, depuis
longtemps objet de ses études, édition où la biographie de
Jean de Meun est résumée eu tête du premier volume.
Dans ce résumé, M. Langlois pose un principe, déduit de
l'expérience : « Il ne s'agit pas, dit-il. de voir l'auteur du
Roman de la Rose dans une mention quelconque d'un Jean
de Meun ; mais si ce nom est précédé du titre de « maître »,
désigné dans une situation de fortune correspondant à celle
qu'on est disposé à accorder au poète, vivant en même
temps que lui, mourant à la même date, le rapprochement
s'impose jusqu'à preuve du contraire. »
La question de la date de mort n'a pas à entrer ici en
ligne de compte, puisqu'il s'agit d'un acte de l'année 1269
et que Jean de Meun a vécu jusqu'en 1305. Mais, pour le
reste, sur tous les points il y a une corrélation complète
entre ce que l'on sait du poète et les données à tirer du
document des archives bolonaises. Même nom, précédé du
même titre de « maître » ; même diocèse d'Orléans, comme
région d'origine locale. Suivant Gaston Paris, Jean de
Meun a dû naître vers 1250; il aurait donc eu une ving-
taine d'années en 1200, date de la pièce d'archives; et c'est
Jean de meun et l'italie 439
bien l'âge d'être étudiant : « scolaris ». Jean de Meun,
abandonnant sa province, s'est transporté à Paris où il a
achevé son éducation, en y établissant ensuite sa demeure
jusqu'à son décès ; c'est justement « à Paris » que les livres
partant de Bologne doivent être expédiés « à maître Jean
de Meun ». Jean de Meun était dans l'aisance; or le
« maître Jean de Meun » du document s'engage à payer,
au reçu des manuscrits, la somme relativement considé-
rable pour l'époque de trois cents livres tournois, plus
onze livres pour les frais de transport ; il fallait donc avoir
une certaine fortune pour pouvoir faire face à une pareille
dépense. Enfin les manuscrits acquis sont des livres
de droit, un Digeste, un Code, etc. ; et les érudits ont
remarqué depuis longtemps que, dans la partie du Roman
de la Rose qui est l'œuvre de Jean de Meun, on discernait
la marque d'études du droit. Suivant Francisque Michel,
dans une note de son édition du Roman de la Rose, tel pas-
sage « a fait soupçonner que l'auteur était homme de loi ' ».
Sans aller aussi loin, M. Ernest Langlois constate, à pro-
pos de Jean de Meun, qu'« à trois reprises différentes, il
fait part au lecteur de ses connaissances juridiques. Une
fois, c'est un article des Institutes de Justinien qu'il cite.
Plus loin, il fait allusion soit à un texte du Digeste, soit à
quelque commentaire de ce texte. Enfin, il rappelle une
prescription du « Code Justinien » '-'.
Tout ceci est singulièrement suggestif. Toutefois, il reste
un point à discuter. Jean de Meun, le poète du Roman de la
Rose, a eu un homonyme, vivant à la même époque que lui
et originaire de la même contrée : Jean de Meun. archi-
1 . Le Roman de lu Rose . . . nouvelle édition revue et corri([ée. par Fran-
cisque Michel (Paris. 1864, 2 vol. in-12), t. II, p. 20. note 1.
2. Ernest Langlois, Origines et sources du Roman de la Rose (Paris,
1890, in-8°), p. 130. — M. Langlois estime (pie la citation du « Code .Tnsti
nien» a été empruntée par Jean de Menu à Guillaume de Saint-Amour.
Mais la même idée peut se rencontrer chez les deux auteurs., sans qu'il ^"it
démontré que l'un ait nécessairement copié l'autre.
440 IKAN DE MELIS ET I.'lTAUE
diacre de Beauce en l'église d'Orléans, qui fit son testament
à Orléans, le 2.*i janvier 1298, et vivait encore le 13 décembre
1303. Ne serait-ce pas peut-être cet homonyme dont il
serait question dans le document des Archives de Bologne?
Je crois que l'on peut répondre sans hésitation par la néga-
tive. En effet, d'une part, l'archidiacre est resté purement un
Orléanais dans le cours de sa vie, tandis que le poète se tixail
à Paris. Or, où les livres partis de Bologne, en 1269, doivent-
ils être expédiés? C'est à Paris, et non pas à Orléans.
D'autre part, il est déjà question du chanoine, archidiacre
de Beauce, dans un acte Orléanais de 1270. C'était donc, à
ce moment, déjà un personnage d'importance. Il serait
invraisemblable qu'un an plutôt, en 1269, il eût été encore
un étudiant travaillant à Bologne. Au contraire, cette situa-
tion d'étudiant en 1269 correspond à merveille, comme je
l'ai déjà indiqué, à ce que nous savons du poète. Suivant
Gaston Paris, celui-ci prolongeait encore ses études aux
alentours de 1277 '.
J'estime donc que c'est bien Jean de Meun le poète, le
continuateur du Roman de la Rose après Guillaume de
Lorris, que le document découvert par Malaguzzi-Valeri. et
signalé récemment par moi-même à la plus grande atten-
tion du public français, nous montre, en juillet 1269, étu-
diant à Bologne, mais, à cette époque, se disposant évidem-
ment à quitter bientôt Bologne pour rentrer à Paris, puisque
c'est à Paris qu'il se faisait envoyer le lot de manuscrits,
avec l'obligation que l'envoi lui arrivât dans la capitale de
la France pour le 20 novembre.
De ce séjour en Italie, au temps de sa jeunesse, resta-t-il
quelque chose dans l'esprit de Jean de Meun? C'est à son
œuvre capitale, la seconde partie du Roman de la Rose,
I. Notre confrère M. Paul Fournier a t'ait encore, à ce propos, cette
judicieuse remarque (pie. s'il s'était agi du chanoine, les manuscrits à
transporter de Bologne à Paris auraient été des livres de droit canonique.
tandis que ce sont exclusivement des ouvrages de droit civil.
JEAN DE MEUN ET l'iTALIE 44 1
qu'il faut se reporter pour chercher quelque indice à cet
égard.
On a relevé, avec juste raison, que Jean de Meun con-
naissait fort bien les auteurs classiques. « Ce qui est vrai-
ment à son honneur, d'autant plus que c'était une chose
très rare, c'est son intelligence de la littérature antique »,
a pu dire M. Ernest Langlois. La partie qui est la sienne
dans le Roman de la Rose prouve que Jean de Meun était
très familiarisé avec les écrits de Cicéron, Salluste, Virgile,
Juvénal, Tite-Live, Suétone et surtout Ovide. Il cite même
Homère, connu de lui vraisemblablement par l'intermé-
diaire des œuvres de Boèce. Ces auteurs de l'antiquité, au
xiii° siècle, on ne les ignorait pas en France; mais c'était
surtout en Italie, dans les écoles italiennes, qu'ils jouissaient
de la grande notoriété. Il n'y a qu'à se souvenir du rôle
capital que Dante assigne à Virgile dans la Divine Comédie.
Toutefois, je concéderai que la grande connaissance par
Jean de Meun des lettres latines n'est encore qu'un argu-
ment secondaire.
Mais voici une observation plus topique et qui, bien
qu'elle soit assez caractéristique pour impressionner forte-
ment 1 esprit, quand on veut y bien réfléchir, ne me parait
pas avoir été dégagée jusqu'ici par aucun des diiférents
commentateurs du Roman de la Rose.
Dans la seconde partie du Roman, composée par Jean de
Meun, les acteurs purement allégoriques imaginés par l'au-
teur de la première partie, Guillaume de Lorris, continuent
à occuper presque uniquement la scène. Cependant on y
rencontre des allusions a certains faits historiques, s'élant
passés au temps de Jean de Meun ; on y lit des noms de
personnages qui ont vécu à la même époque que lui. Les
personnages du xme siècle ainsi mentionnés sont : Charles Ier
d'Anjou, frère de saint Louis, Manfred et Conradin de
Hohenstaufen, Henri d'Espagne, frère du roi de Castille
Alphonse le Sage, et le comte Robert II d'Artois.
î \'2 .ii;a> dé m 1:1 n et i.'i i ami;
Le poète s'attache surtout à Charles d'Anjou, dont il l'ait
un éloge enthousiaste. Il regrette même de ne pas pouvoir
s'étendre plus longuement sur sa vie glorieuse, car s'il vou-
lait tout rapporter.
Un grant livre en convendroit faire.
Mais ce que Jean de Meun célèbre en Charles d'Anjou,
ce n'est pas le prince du sang' de France ; c'est le conqué-
rant qui, par la force des armes, a établi son empire dans le
Sud de l'Italie et a fondé la dynastie des rois angevins de
\aples ; c'est celui, dit le poète,
Qui par devine porveance
Est ores [maintenant de Sezile rois.
En un mot, c'est le prince devenu un souverain italien.
Quant à Manfred et Conradin et à Henri d'Espagne, si
.lean de Meun en parle, c'est pour rappeler qu'ils ont été les
adversaires de Charles d'Anjou dans le royaume de Xaples,
et des adversaires dont le prince français a triomphé : Man-
fred battu par lui à Bénévent, Henri d'Espagne
Plain d'orguel et de traïson,
jeté en prison par ses ordres : Conradin enfin,
Dont li rois Karles prisi la teste
Maugré les princes d'Alemaigne,
vers dignes d attention, remarquons- le en passant, qui nous
montrent Jean de Meun ayant cette juste clairvoyance poli-
tique de comprendre que le renversement des Hohenstaufen
fut la défaite d'une emprise germanique sur l'Italie.
Reste le comte Robert II d'Artois. Pour celui-ci, c est
également dans le royaume de Naples que s'est déroulée la
plus brillante partie de sa carrière. Après les Vêpres Sici-
liennes, en etfet. Robert d'Artois alla porter son concours
en Italie à Charles d'Anjou : et à la mort de celui-ci. comme
sou lils et héritier, h' roi Charles II, était prisonnier chez les
443
JEAN DE MEUN ET L ITALIE
ennemis des Angevins, Robert d'Artois devint régent du
royaume de Sicile, fonction qu'il occupa pendant cinq
années d'une manière très heureuse.
En cherchant bien, il est encore un dernier souvenir his-
torique qu'évoque Jean de Meun. Mais ce souvenir se rap-
porte également à la dynastie angevine, car il s'agit de la
manière dont Charles d'Anjou réprima une révolte à Mar-
seille :
. . .ains [avant] que de Sezile
Li fust li roiaumes donés.
Ainsi ce qui hantait la mémoire de Jean de Meun, dans
l'ordre des choses de son temps, quand il complétait le
Roman de la Rose, c'étaient des événements et des noms
que le poète rattache tous ou pouvait rattacher tous à ce
chapitre de l'histoire d'Italie que fut l'établissement des
Français de Charles d'Anjou dans les provinces méridio-
nales de la Péninsule. Il nous apparaît sous l'impression de
cette conquête du trône de Sicile qui, faisons-le ressortir,
venait de s'accomplir avec éclat et, par conséquent, s'impo-
sait en Italie aux imaginations, précisément à l'époque où.
d'après l'acte notarié de 1269, en lisant celui-ci comme je
crois qu'on doit le faire. « maître Jean de Meun » était
étudiant a Bologne.
En résumé, si l'on adopte mes conclusions, nous voyons
le document bolonais du mois de juillet 1269 nous révéler,
grâce, je veux encore le répéter, à la correction de lecture
si heureuse suggérée par M. Maurice Prou, ce fait, totale-
ment ignoré jusqu'ici des biographes de Jean de Meun, que
le poète destiné à compléter un jour le Roman de la Rose
a fait, dans sa jeunesse, un séjour en Italie, qu'il a étudié à
Bolo°-m\ ville où les lettres et les sciences étaient alors
très en honneur et, circonstance secondaire, mais intéres-
sante, qu'il a été <mi relation à Bologne avec cet enlumi-
neur Oderisi da Gubbio, que Dante a connu de son côté, ce
\ïi i.ivkks OFFERTS
qui éta))lit comme un point de rapprochement entre un des
auteurs de notre français Roman de la Rose et l'immortel
chantre italien de la Divine Comédie.
LIVRES OFFERTS
M. < )mont a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur de déposer sur le bureau, au nom de l'auteur
M. Henry Cochin, un exemplaire de la seconde édition de Dante
Alighieri, Vita nova, suivant le texte critique préparé pour la Società
Dantesca Italiana, par Michèle Barhi, traduite avec une introduction
et des notes (Paris, Champion, 1914, in-8°, lxxiv et 255 pages).
« La première édition de cet élégant volume a été présentée à
l'Académie par notre regretté confrère Léopold Delisle dans la
séance du 6 novembre 1908. Quatre ans après, elle était épuisée;
c'est le meilleur témoignage du mérite de la traduction de M. Henry
Cochin et de l'intérêt de ce petit livre, œuvre de la jeunesse de
Dante, qui permet de suivre l'évolution première de son esprit et
son activité morale pendant les années où se formait son génie. Cette
seconde édition, imprimée en grande partie avant la guerre, offre
quelques corrections et additions importantes au texte, mais surtout
à la traduction et aux notes, qui ont été l'objet d'une révision aussi
exacte que savamment informée. »
SÉANCE DU 27 OCTOBRE
PRÉSIDENCE DE M. ANTOINE THOMAS, VICB-PRESIDBNT.
PUIS DB M. MAURICB CROISET.
M. le Dr Capitan fait une lecture sur six stations préhistoriques
dans la région du Haut-Sénégal et au Nord de Tombouctou '.
1 . Voir ci-apré-
NOUVEAUX GISEMENTS PREHISTORIQUES DANS l'aZAOUAD Ho
M. Prou lit un mémoire de M. l'abbé Carrière, pour le moment
mobilisé, sur l'origine de l'appellation d'Urhs Clavorum, souvent
appliquée à Verdun depuis le rve siècle. Ce ne serait là qu'une
déformation d'Urhs Sclavorum qui témoigne de l'établissement
à Virodunum d'une colonie de Slaves, probablement des Sar-
mates venus des pays entre la Baltique et le Pont Euxin, c'est-
à-dire la Russie, comme il y en eut beaucoup d'autres en Gaule,
au temps de l'Empire romain. Le concours que ces Slaves prê-
tèrent aux Gaulois et aux Romains contre les envahisseurs ger-
mains rappelle, à la distance de seize siècles, les raisons qui
nous unissaient déjà à notre grande alliée, la Russie.
MM. Léger, Thom\s et Cagnat présentent quelques observa-
tions.
COMMUNICATION
SIX NOUVEAUX GISEMENTS PRÉHISTORIQUES DANS LAZAOUAD
(NORD DE TOMBOUCTOL
ET DANS LA RÉGION DU HAUT-SÉNÉGAL.
PAR M. LE Dr CAPITAN.
Les études d'ethnographie préhistorique asiatique et
africaine, malgré de nombreuses découvertes, manquent
encore d'une systématisation générale, analogue à celle qui,
créée en France, a permis de donner en Europe à ces études
un développement si remarquable. Mais aujourd'hui l'em-
ploi des méthodes précises actuelles de la préhistoire per-
met d'arriver à de bien plus précis résultats. Je voudrais
en communiquer à l'Académie de très nets exemples encore
inédits.
M. Brévié, administrateur de lre classe des Colonies,
chef du Cabinet du gouverneur du Haut-Sénégal-Niger,
est venu, il y a quelques années, me demander des indica-
illi NOUVEAUX GISEMENTS PREHISTORIQUES DANS L AZAOUAD
tions techniques précises touchant les recherches préhisto-
riques à réaliser sur place. Je l'ai complètement docu-
menté.
Grâce à l'appui du président Dislère, de M. Clozel, gou-
verneur du Haut-Sénégal-Niger, M. Brévié a pu, lui-même,
faire d'intéressantes explorations dans le centre de l'Afrique
et en susciter d'autres : celles-ci, réalisées par le colonel
Gadel dans l'Azaouad, région au N. de Tombouctou, tan-
dis que celles de M. Brévié ont porté sur le Haut-Sénégal.
1° Dans l'Azaouad, il existe une première région s'éten-
dant vers le Nord sur une distance de 250 kilom., de Tom-
bouctou à Arraouan, où des pluies d'hiver déterminent
l'apparition transitoire d'une végétation herbacée. Il y
pousse aussi des mimosas et des gommiers.
Mais, au Nord d'Arraouan, il n'y a que de grandes dunes
moxivantes, sans aucune végétation. C'est une des parties
les plus dangereuses du Sahara. C'est là, à 300 kilom. au
Nord d'Arraouan, avant Taodenit, que le long de l'Erg
Jineïart, le colonel Gadel a recueilli, en des petits amas,
distants de 10 à 20 mètres les uns des autres, toute une
série de haches quaternaires, identiques à celles découvertes
par M. Bonnel de Mézières et que j'ai communiquées à
l'Académie, en 1911 .
2° Plus au Nord encore, entre Taodenit et le Ksaïb.
dans de petites dunes correspondant à d'anciens habitats,
M. Brévié a pu faire recueillir des meules dormantes en
forme de cuvettes peu profondes avec leurs cylindres
écraseurs. (J'en présente un beau spécimen envoyé par
M. Brévié.) Jadis il y avait certainement là des points
d'eau et un climat bien plus humide rendait la vie possible.
3° Dans le Haut Sénégal, à 110 kilom. de Kayes, dans
la direction de Kiffa, au pied de falaises, sur les bords du lit
d'un ruisseau, M. Brévié a trouvé, entre les herbes et de
gros blocs de pierre, un grand nombre de pierres taillées
que nous étudierons plus loin. Plusieurs lieux d'habitats
NOUVEAUX GISEMENTS PRÉHISTORIQUES DANS l'aZAOUAD 447
toujours près d'un cours d'eau furent ainsi reconnus. Ces
lieux portent le nom de Kollé.
4° A 80 kilom. au Nord du précédent, à 9 kilom. de l'an-
cien lac de Kankossa, au pied d'une colline, sur les bords
d'un ancien cours d'eau, M. Brévié a trouvé un autre gise-
ment très analogue au précédent. C'est celui d'Agamami.
D'ailleurs on peut, dans la région, recueillir fréquemment
des armes en pierre. Il y existerait aussi des ruines et des
cavernes. C'est la riche région soudanaise décrite par les
vieux géographes arabes Ibn Haoukal, Bekri et Edrisi.
5° Dans la région du Haut-Sénégal, sur la rive gauche
du fleuve, à hauteur du confluent du Ba-fing et du Ba-Koï,
au sommet de la berge la plus élevée, M. Brévié a décou-
vert une station préhistorique s'étendant sur une longueur
de 1 kilom. et constituée par un dépôt considérable de
cailloux roulés du fleuve brisés, débités et taillés par
l'homme primitif.
6° Aux environs de Sikasso, dans les mêmes parages,
M. Brévié a pu recueillir de nombreux spécimens de haches
polies, presque toujours sur le bord des cours d'eau ou sur
l'emplacement des villages actuels ou des villages anciens
et très rarement dans la brousse. Il y avait donc un choix
tout spécial fait par les néolithiques pour y établir leurs
villages dans les meilleures conditions. Il est probable que
c'était déjà des sédentaires agriculteurs.
Malgré d'extrêmes difficultés, M. Brévié a pu recueillir,
dans ces divers gisements, de nombreuses pierres taillées,
en suivant les indications que je lui avais données. Après
triage, classement et étude de ces séries, j'ai pu en déduire
des observations que je voudrais soumettre à l'Académie.
On sait qu'en Europe chaque époque de l'âge de la pierre
est nettement caractérisée par des formes d'armes ou d'ins-
truments en pierre taillée, de types spéciaux à chacune de
ces époques. En est-il de même en Asie et en Afrique ? Telle
est la question, non encore résolue d'ailleurs, que l'on peut
1916 30
H8 NOUVEAUX GISEMENTS PRÉHISTORIQUES DANS l'azaOUAD
se poser. En bonne logique, il ne paraît pas possible d'at
tribuer aux gisements extra-européens un âge tout autre et
une chronologie toute différente de celle d'Europe, sous
prétexte qu'ils se trouvent en Asie ou en Afrique. Tout au
plus pourrait-on admettre qu'ils sont un peu plus ou un
peu moins anciens qu'en Europe ; cela paraît surtout vrai-
semblable pour les époques les plus anciennes : chelléenne,
acheuléenne. En effet, les communications entre lEurope
méridionale et 1 Asie étaient aisées à l'époque quaternaire
et entre l'Europe et l'Afrique, bien plus faciles et plus
larges qu'elles ne le sont de nos jours.
Les spécialistes sont donc d'accord sur ce point : les
gisements contenant, en Asie comme en Afrique, des silex
taillés des types dit chelléen et acheuléen, correspondent
sensiblement comme âge, à ceux d'Europe et, comme eux,
sont quaternaires inférieurs. Ils sont d'ailleurs nombreux
en Afrique, depuis ceux du cap de Bonne-Espérance jusqu'à
ceux du Zambèze, des Somalis, d'Egypte et de Tunisie,
sans parler de ceux au Nord de Tombouctou que j'ai eu
l'honneur de présenter à l'Académie.
Mais d'autres civilisations préhistoriques ont laissé
leurs traces sur le sol africain. Elles se différencient, par
leur morphologie, des civilisations quaternaires, mais, en
général, elles restent, jusqu'ici, assez indéterminées comme
âge.
C'est pour cela que l'étude des gisements découverts par
M. Brévié présente un intérêt tout particulier. Leur analyse
technologique et leur comparaison avec les silex typiques
des divers niveaux de l'époque de la pierre d'Europe nous
permettra, je pense, d'arriver à des conclusions beaucoup
plus précises que celles auxquelles on était parvenu jus-
qu'ici.
Examinons donc, au point de vue technologique, les
séries systématiques que nous avons constituées au moyen
<l<>^ diverses récoltes du colonel Gadel et de M. Brévié.
NOUVEAUX GISEMENTS PRÉHISTORIQtES DANS l'aZAOUAD 449
1° Station de l Erg Jineïart.
Les belles pièces dont nous présentons quelques spéci-
mens sont du type classique des haches plates ovales et
lancéolées, caractéristiques du quaternaire inférieur corres-
pondant au Chelléen supérieur de l'Europe.
Ces pièces sont identiques à celles que j'ai présentées en
1911 à l'Académie. Leurs caractères, leur patine, leur usure
par les sables, leur aspect ne permettent pas d'autre inter-
prétation. Elles démontrent l'existence en ces lieux, au
début des temps quaternaires, d une population nombreuse,
vivant d'ailleurs dans des conditions météorologiques tout
autres qu'aujourd'hui : eaux abondantes, climat à humidité
assez grande, végétation luxuriante, faune variée et riche.
2° Habitats près de Taodénit.
Très au Nord de l'Azaouad, nous avons vu qu'il existait
entre le Ksaïb et Taodénit des sortes de petites dunes sem-
blant être des vestiges d'habitats antiques d'un tout autre
âge que les gisements de Jineïart. On y trouve en effet des
fragments de poteries et des broyeurs, des percuteurs et de
grandes meules plates à broyer en forme de cuvettes en
pierre, avec leur pilon de pierre ayant dû servir à la fois de
broyeur et d'écrasoir.
M. Brévié nous a envoyé une de ces meules mesurant
0m 50. Celle que je présente à l'Académie est de plus petite
dimension (0m30), mais très typique avec son pilon. Ces
objets permettent des conclusions fermes, basées sur d'in-
nombrables observations mondiales. Ce sont des moulins
peu transportables : ils devaient donc appartenir à des
populations sédentaires. D'autre part, pour moudre des
grains, il faut en avoir et, pour en avoir, il faut les culti-
ver. Il paraît donc légitime d'admettre qu'en ces lieux, des
populations préhistoriques, se comportant à ce point de
vue comme nos néolithiques d'Europe, s'étaient installées
et avaient vécu, ayant une culture analogue à la leur.
|.">0 NOUVEAUX GI8EMENTS PRÉHISTORIQUES DANS L AZAOUAD
Donc les conditions désertiques actuelles, rendant toute
vie impossible en ces lieux, n'existaient pas encore durant
une période qui doit correspondre sensiblement à notre
néolithique, mais probablement plus reculée dans le temps,
ainsi que les observations faites en Egypte permettent de
le penser. La, en ell'et, il semble que l'on doive faire remon
ter au delà du IV1' ou Vp millénaire avant l'ère l'évolution
du néolithique.
Peut-être ces habitats voisins de Taodénit correspondent'
ils à cette période.
3° Ateliers de Kollé.
Les pièces de cette station ont été taillées dans une
roche noire à l'intérieur qui a pris, en surface, une patine
ocre d'aspect rugueux, résultant de l'altération assez pro-
fonde de la surface des pierres. Par comparaison avec des
pièces déjà signalées dans le Bas-Sénégal, il est vraisem-
blable qu'il s'agit d'une roche éruptive, sorte de lave
dénommée lahrudorite.
L'outillage des stations de Kollé comprend d'abord d'in-
nombrables fragments, résidus de taille ou pièces d'usage,
de larges éclats, puis de grandes lames mesurant jusqu'à
0m 20 de longueur, formant des sortes de couteaux.
Ensuite vient une série de types caractéristiques d'une
réelle valeur documentaire. Ce sont : 1° des pièces irréguliè-
rement cylindriques taillées à grands coups, terminées à une
extrémité en pointe et à l'autre présentant une surface élar-
gie formant un vrai tranchant constitué par le bord natu-
rel du silex ou façonné par quelques coups seulement. C'est
là le type ciseau ou tranchet, si caractéristique du début
du néolithique en Europe et qui apparaît seulement à ce
moment.
2° Des pièces, se rapprochant de celles-ci par leur aspect!
général, se présentent aussi sous la forme d'un instrument
cylindrique aplati, taillé à grands coups, terminé en pointe ;
NOUVEAUX GISEMENTS PRÉHISTORIQUES DANS l'aZAOUAD 4ol
à une extrémité, tandis que l'autre s'élargit et forme un
tranchant déterminé par une série de retouches assez fines.
Il y a là une différence très nette avec les pièces précé-
dentes. En Europe, on désigne ce type très caractéristique
par la dénomination, d'ailleurs erronée, de hache préparée
pour le polissage. On le rencontre en abondance, accom-
pagné d'ailleurs du tranchet, par exemple, en France,
dans les grandes stations-ateliers de l'Yonne ou de l'Indre-
et-Loire, et en Belgique, à Spiennes. L'identité morpholo-
gique entre ces pièces européennes et celles que nous décri-
vons ici est absolue. Tranchets comme haches étaient cer-
tainement des outils destinés aux divers usages auxquels
peut être employée la hache ou l'herminette (couper,
entailler, creuser, racler, voire même piocher). Ces pièces
sont très spéciales. Elles caractérisent en Europe un faciès
du néolithique primitif et, chose singulière, elles appa-
raissent à ce niveau archéologique ne s'étant jamais ren-
contrées dans l'industrie des époques antérieures. Plus
tard, elles continuèrent à être en usage dans le courant du
néolithique, associées à des haches polies de plus en plus
fréquentes.
3° Avec ces tranchets, ces haches ou herminettes, comme
dans l'Yonne, comme dans les limons tout à fait supérieurs
de la Somme, comme à Spiennes en Belgique, on trouve
des pièces analogues irrégulièrement cylindriques, taillées
à grands coups, pointues à une extrémité ou aux deux, aux-
quelles on a donné en Europe le nom de pic. Lui aussi
apparaît tout à fait au début du néolithique, sans jamais
; s'être manifesté antérieurement. Il accompagne constam-
ment en Europe le ciseau et la hache taillée.
4° Enfin fort rares sont des pièces circulaires, discoïdes,
à tacettes, et que nous allons, au contraire, trouver en abon-
dance dans le gisement suivant.
Gomme on le voit, la constatation, dans les ateliers de
Kollé. du tranchet, de la hache néolithique taillée et du pic
5-52 NOUVEAUX GISEMENTS PRÉHISTORIQUES DANS LAZAOUAb
permet de les dater certainement et de les attribuer à une
période qui, dans l'évolution préhistorique africaine, cor-
respondrait tout à fait au début de notre néolithique.
4° Atelier d' ' Agamami.
Les pièces sont fabriquées en même matière que dans
les ateliers de Kollé. On y retrouve également de larges
éclats et de grandes lames, quelques pics et ébauches de
haches néolithiques, et des pièces ressemblant à de gros
perçoirs ou à des pics plats et fort larges vers la base. Mais
ce qui caractérise surtout cet atelier, ce sont de multiples
pièces discoïdes taillées à grands coups, généralement sur
les deux faces. Or cet aspect et cette taille sont en Europe
très caractéristiques du moustérien. On ne les trouve qu'as-
sez exceptionnellement dans les milieux néolithiques.
Quelques-uns de ces disques montrent sur une de leurs faces
un large éclat enlevé d'un seul coup et occupant presque
toute la surface de la pièce. Ce type, qui se rencontre rare-
ment en Europe et dès les gisements moustériens, est au
contraire très abondant et très typique dans les gisements
paléolithiques égyptiens qui semblent correspondre à notre
moustérien.
Il y a donc, pour cet atelier d'Agamami, un petit pro-
blème résultant de l'association de pièces qui sembleraient
(d'après ce que nous savons d'autre part) ne pas devoir se
trouver réunies. Il serait possible que là, comme dans
beaucoup de gisements de France, il y eût un mélange d'in-
dustries d'époques très diverses (la couche archéologique
n"a, en effet, que 0 '" 20 à 0m 30 d'épaisseur), ou bien encore
ce serait là une particularité nouvelle et intéressante de la
persistance jusque dans le néolithique d'un instrument qui
paraît bien être originairement moustérien.
Ces deux stations-ateliers semblent être à peu près de
même époque ; c'est la première fois qu'on signale en
Afrique un pareil outillage.
NOUVEAUX GISEMENTS PRÉHISTORIQUES DANS l'aZAOUAD 453
5° Station de Bafoulabé.
Toute différente est l'industrie recueillie par M. Brévié
sur la rive gauche du Haut-Sénégal.
La matière première est constituée par des cailloux rou-
lés d'un silex argileux blanc ou grisâtre à l'intérieur et
brun fort usé à l'extérieur. La matière première a nécessai-
rement fait diminuer considérablement les dimensions des
objets exécutés qui sont tous assez petits. On trouve, dans
cette série, d'abord des nuclei ou blocs matrices sur les-
quels ont été enlevées de petites lames fines, minces, allon-
gées. Celles-ci sont assez nombreuses dans le gisement.
Quelques-unes de ces petites lames sont retaillées sur le
bord, constituant des sortes de petits couteaux racloirs ;
d'autres sont retouchées à une extrémité, formant l'instru-
ment dit grattoir sur lame. Enfin deux pièces paraissent
être des sortes d'ébauches de pointes de flèche.
Comme on le voit, il s'agit donc là d'une industrie com-
plètement différente de celle des autres gisements et où la
finesse de la taille et la petite dimension des pièces, l'em-
ploi d'une matière tout autre indiquent nettement l'œuvre de
populations très différentes. Pour ce qui est de l'âge
à attribuer à ces silex, il paraît vraisemblable de les consi-
dérer comme beaucoup moins anciens et probablement
d'âge néolithique très avancé.
6° Trouvailles erratiques et emplacements de villages de
la région de Sikasso (Haut-Sénégal).
Les observations très précises de M. Brévié sus-indiquées
ont montré que les haches polies se rencontrent ou bien
d'une façon erratique et en n'importe quel point du Sahara,
ou sur les emplacements de villages anciens ayant souvent
occupé ceux de villages beaucoup plus récents.
C'est là une règle mondiale d'ailleurs. Quand un empla-
cement était favorable et, surtout en Afrique, lorsqu'il était
voisin de l'eau puits, sources ou cours d'eau) et voisin
i."«i NOUVEAUX GISEMENTS PRÉHISTORIQUES DANS l'aZAOUAD
aussi de terres cultivables, il fui choisi et habité par les
premiers sédentaires qui s'y installèrenl dès le néolithique
et \ restèrent tant que les conditions météorologiques le
leur permirent. Rien d'étonnant donc à ce que l'on ren-
contre la pièce caractéristique de leur industrie : la hache
polie, surtout sur ces emplacements de sédentaires agricul-
teurs, à état social probablement déjà relativement assez
avancé. Ces haches, au contraire, manquent ou sont excep-
tionnelles dans les lieux, tels que la brousse, où ces popula-
tions sédentaires ne séjournaient pas, les conditions de vie
y étant pour eux défavorables.
Ces haches sont variées de formes et de matières. Les
unes sont presque cylindriques, d'autres à tranchants plus
évasés, d'autres courtes à larges tranchants. Ce sont là des
variétés qui n'ont rien de typique.
Quant à la matière, ainsi qu'on peut le voir, c'est tantôt
de la diorite, tantôt une sorte de labradorite, quelquefois
du minerai de fer très compact hématite;. Il est probable
que d'autres pièces accompagnent les haches polies. Dans
les séries que nous avons reçues on n'a recueilli que la
hache qui constituait l'objet le plus typique et le plus frap-
pant. Les populations actuelles ont à l'égard de ces haches
les mêmes superstitions que les Anciens et le plus grand
nombre des primitifs actuels, civilisés ou non. Ils les con-
sidèrent comme des pierres de foudre douées de puissance
magique.
Telles sont les quelques ob-ervations que l'on peut faire
sur la série d'objets préhistoriques des régions au Nord de
Tombouctou et du Haut-Sénégal recueillis par M. Brévié.
On voit que leur étude systématique permet de reconnaître,
dans ces régions de l'Afrique centrale, l'existence de popu-
lations trèsdilférentes. ayant occupé, à diverses périodes de
la préhistoire, des emplacements variés en rapport avec leur
mode d'existence. Il y a là une méthode qui peut, en
ethnographie préhistorique fournir d'intéressants résultats;
OBSERVATIONS SLR LE THÉÂTRE ROMAIN DORANGE ioo
c'est pour cela que je me suis permis d'attirer l'attention
de l'Académie sur cet ensemble de faits et de documents
nouveaux.
APPENDICE
OBSERVATIONS SLR LE THÉÂTRE ROMAIN D ORANGE.
PAR M. JULES FORMIGÉ.
J'ai eu l'honneur de lire, le 12 juillet 19161, devant l'Aca-
démie, une communication sur le prétendu cirque accolé
au théâtre d'Orange, qui est, en réalité, un gymnase. Cette
communication sera publiée dans le prochain volume des
Mémoires présentés par divers savants. Le plan de ce
théâtre y figure.
Je voudrais rassembler ici quelques observations, rela-
tives au théâtre lui-même, que j'ai été amené à faire en
examinant cet édifice et en dressant son plan.
Le tracé général de la cavea est, comme à Arles, un
cercle outrepassé : on doit y voir une influence grecque.
Le balteus de l'orchestre a laissé sa trace très nette en
deux points, de sorte qu'on peut le placer.
On a aussi la limite des gradins de l'orchestre à
trois mètres du balteus. Il y a lieu de penser qu'ils étaient
au nombre de trois, mesurant chacun 1 mètre de large. Cela
donne comme diamètre de l'orchestre 11) m 10, alors qu'à
Arles on trouve 18 m 9o. Un fragment de siège en marbre
paraît en provenir2.
1. Voir ci-dessus, p. 317.
2. Une découverte analogue a été faite au théâtre de Vaison (Vaucluse).
Voir le Théâtre romain de Vaison, par J. Sautel, dans les Mémoires de
l Académie de Vaucluse Avignon, 1909). On y lit : N° 38. Partie supérieure
« du dossier d'un siège en marbre blanc. La partie enroulée qui le termine
n est recouverte d'écaillés imbriquées les unes sur les autres, les deu.\
4S6 OBSERVATIONS SUR LE THÉÂTRE ROMAIN d'oRANGE
Au-dessus de chacune des grandes entrées se trouvaient
trois gradins et une loge. On accédait à cette dernière par
La repëTifiOn de 1a moulure en
talon est caractéristique de lin-
-f'uence d>ecaue
V
J. F. del.
Fragments d un siège en marbre qui parait provenir
des gradins de l'orchestre.
un escalier adossé au mur qui la supportait, du côté de la
scène. Elle était de plain pied avec la première précinc-
tion.
« extrémités en sont taillées avec une grande délicatesse et représentent
» d'un coté, une jolie rosace: de l'autre, une tête de Mercure aux cheveux
» en désordre, avec deux têtes de serpents se nouant sous le menton...
I-argenr du siège 0 "'495; épaisseur à la partie enroulée 0 m 05 à 0m 06... •
De même, au théâtre de Cherchcl (Algérie), les fouilles de 1915 ont donné
une patte de lion provenant d'un siège. Voir le Journal officiel de la Répu-
blique française, 29 avril 1916, p. 1" (compte rendu de M. Albert Ballu.
OBSERVATIONS SUR LE THÉÂTRE ROMAIN D ORANGE
titt
Le mur du pulpitum est très exactement défini du côté
de l'orchestre par une rigole et de l'autre côté par l'aligne-
ment des cassettes. Son épaisseur est de 0 m 75. Il est donc
probable qu'au lieu d'être orné de niches suivant la dispo-
CONTRE MVR P
DV PLANCHER °
11 n'est figure ici que
la partie en pierre des
cassettes: Les coulis-
ses en bois et leurs
cordes sont donc sup-
primées.
■ O* C°)
Coupe perpendiculaire au mur du pulpitum.
sur la fosse des cassettes du rideau.
sition habituelle, il possédait une irise continue comme
celle qu'on voit au théâtre de Dionysos à Athènes1. Un
scellement sur la dalle qui lui est adjacente, au centre, fait
l. Nous n'avons pas de données précises sur cette décoration. Néan-
moins il faut mentionner qu'on a retrouvé dans la fosse du rideau un des
fragments ornés de Centaures. Il n'est pas impossible qu'il provienne du
mur du pulpitum,
iaS OBSERVATIONS SLR LE TUÉAÏRI. ROMAIS 0 ORANGE
penser qu'il présentait un autel en son milieu. Peut-être y
en avait-il d';iutres. On ignore si des escaliers reliaient la
scène à l'orchestre et s'ils étaient en marbre ou en bois.
Mais .en revanche, aux extrémités, on voit deux autres
escaliers de quatre marches, revêtus de marbre, qui des-
cendaient de la scène aux grandes entrées. Ils mesurent.
0 m 89 de large. Les marches ont environ 0 m 28 de haut, ce
qui donne 1 m 12 pour l'ensemble du pulpilum.
Les cassettes du rideau mesurent 0 m 30 sur 0 m 32. Elles
sont au nombre de trente et une, dont seize bordent la fosse
du côté de l'orchestre et quinze du côté opposé. Elles sont
sensiblement équidistantes. Leur profondeur est de 1 m 1)9.
La fosse est large de 0 m 69. Des dalles épaisses de 0 m 26
la recouvraient, comme à Arles, pour que le rideau ne des-
cende pas plus bas : l'une d'elles a été retrouvée en place.
Il résulte de ces dispositions que la course utile de rame
des cassettes était environ de 2 ra 80, hauteur à laquelle l'au-
laeum s'élevait au-dessus du plancher. Le contre-mur, qui
recevait ce plancher, est éloigné du mur du pulpitum de
1 m 82. Il mesure 1 m 2o d'épaisseur. Une rigole pour l'eau
borde son pied. Le plancher s'appuyait à son autre extré-
mité sur la base du socle des colonnes de la frons scaenae
et, au droit des trois grandes niches, sur des murs spé-
ciaux. J'ai remarqué que les colonnes de la frons scaenae
reposaient sur le bord extérieur de leur socle, large de
2 m 30, ce qui change complètement l'aspect de la décora-
tion restituée par Caristie. Au lieu d'être tourmentée, elle
est simple et ample. C'est le même parti d'ensemble qu'à
Arles, et qu'on retrouve en plus petit à Dougga. Il permet
l'emploi des trigones comme je l'ai proposé pour Arles.
L'escalier placé au fond du large passage dallé, séparant
le théâtre du gymnase, desservait les gradins supérieurs
du théâtre. Il remplissait, du côté de l'Ouest, le même
rôle que le grand escalier extérieur, du côté de l'Est,
489 " L
LIVRES OFFERTS
M. Salomon Reinach présente une brochure de M. le Dr Baudouin
sur l'orientation des dolmens des environs de Vannes. Les conclu-
sions de cette brochure, fondées sur des considérations astronomiques,
semblent, dit M. Reinach, attribuer une antiquité trop reculée aux
tombeaux mégalithiques du Morbihan.
/.c Gérant, A. Picard.
M \i ON, l'ROTAl ! RERES, IMI'UIMI 1 RS
COMPTES RENDUS DES SÉANCES
DE
L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES -LETTRES
PENDANT L'ANNÉE 1916
PRÉSIDENCE DE M. MAURICE CROISET
SÉANCE DU 3 NOVEMBRE
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
Le Président renouvelle, en quelques mots, l'expression des
regrets de l'Académie à propos de la mort de notre confrère
M. l'abbé Tuédenat, aux obsèques duquel, mardi dernier, il a
pris la parole au nom de la Compagnie.
M. Antoine Thomas résume une étude philologique, destinée
aux Mémoires de l'Académie et dans laquelle il expose l'origine
et l'extension géographique de certains mots français, proven-
çaux, espagnols, catalans, italiens, etc., qui sont synonymes du
français « jointée » et désignent le contenu des deux mains
jointes en forme de coupe. Les plus anciens, ambosla (Lyon-
nais, Dauphiné, Savoie, Suisse romande. Piémont, Catalogne.
Aragon, Asturies) et galoxina (Normandie, Champagne.
Franche-Comté, Relfort), se rattachent à des types pré-latins
sur la famille linguistique desquels on ne peut que faire des
conjectures; un autre, répandu surtout dans le Massif Central
(Corrèze, Creuse, Haute-Vienne, Dordogne, etc.), paraît reposer
1916 25
164 LIVRES OFFERTS
sur un type "ganfata, dérivé du haut allemand r/aufe, qui a le
même sens.
M. le comte Durrieu présente quelques observations.
M. Paul Fourmer fait une seconde lecture de son travail sur
les collections canoniques du pontificat de Grégoire VII.
LIVRES OFFERTS
M. Gustave Schlumbergeu a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur de déposer sur le bureau de l'Académie le tome
troisième et dernier des Papyrus grecs d'époque byzantine publiés à
partir de 1910 dans le Catalogue général des antiquités égyptienne
du Musée du Caire par le si jeune, si séduisant et déjà si excellent
érudit dont nous pleurons la mort si belle pour la France : j'ai
nommé Jean Maspero, tué par une balle allemande le 17 février
1915, le fds bien-aimé de celui qui vient de nous quitter aussi, Gaston
Maspero, l'illustre savant qui fut, durant plus de quarante années,
une des plus pures gloires de notre patrie. En tète de ce volume, ce
père infortuné a consacré ses dernières forces à rédiger cette tou-
chante notice sur la vie si courte et les beaux travaux de son cher
fils, cette notice qu'aucun de nous n'a pu lire sans sentir ses yeux
se remplir de larmes en présence d'une telle douleur si noblement
supportée et de cette jeune vie si pleine des plus belles promesses,
si prématurément fauchée par la plus cruelle, mais aussi par la plus
glorieuse des morts. En parcourant ces lignes où, à travers la
presque sublime simplicité du récit, perce l'infinie tendresse du
père fier de son enfant, lequel parmi nous n'a pas été étonné de cet
immense labeur accompli déjà par tel érudit encore si jeune dont
nous nous rappelons tous la douce, la fine physionomie aux traits
encore presque adolescents? Jean Maspero n'avait pas achevé sa
trentième année quand il est tombé au champ d'honneur, et cepen-
dant quelle somme de travail déjà parcourue par le jeune maître,
surtout dans ces domaines si obscurs, si inconnus, des antiquités
LIVRES OFFERTS 465
coptes et de l'histoire d'Egypte à l'époque byzantine ! Quelle science
profonde, claire, souple ! Quel beau talent à tirer le plus précieux
enseignement de ces innombrables papyrus d'ordre administratif,
en apparence si maussades, si arides, si dépourvus de vie et d'inté-
rêt ! Quelle vive lumière jetée par tant de notes précises, succinctes,
sur la vie intime des foules agricoles de la vallée du Nil à cette
époque ! Pour tous ceux désormais qui étudieront l'histoire d'Egypte,
le souvenir de Jean Maspero ne périra pas. Il survivra à côté de
celui de son illustre père.
« Pour ce qui est du présent volume, je n'en parlerai que pour en
répéter tout le bien que j'ai dit déjà de l'œuvre en général, lorsqu'en
1910, en 1911, 1913 et 1914, j'ai présenté ici même les divers fasci-
cules des tomes I et II des Papyrus grecs d'époque byzantine. Jean
Maspero a publié dans cette dernière livraison près de cent docu-
ments inédits nouveaux : requêtes administratives, ordres et rap-
ports de hauts fonctionnaires, quittances ou tableaux d'impôts,
comptes publics ou privés, lettres, actes de cautionnement, contrats
d'èuç'jTS'jai;, contrats de locations diverses, quittances de redevances
et de loyers, reconnaissances de dettes, prêts à intérêt, contrats de
mariage ou de divorce, testaments, partages d'héritage, listes de
pâturages, listes de comptes, registres de cautionnements, procès-
verbaux d'audiences d'avocats, comptes de dépenses de villages,
donations entre vifs, comptes publics ou privés, comptes relatifs
aux impositions urbaines. Beaucoup de ces documents sont très
importants, d'une grande étendue. Leur transcription tient parfois
de nombreuses pages de ce volume. Ou demeure stupéfait de l'im-
mense labeur accompli, du si grand service rendu à la connaissance
de la vie administrative et publique de l'Egypte à cette époque si
obscure jusqu'ici. Et ce n'est là qu'un des si nombreux et utiles tra-
vaux qui occupaient si constamment cette jeune vie.
« Quand Jean Maspero quitta l'Egypte, il emporta le manuscrit
de ce volume. Seules les diverses tables, si nombreuses, si impor-
tantes, manquaient encore. Il comptait les rédiger au fur et à mesure
de l'impression. La mort ne lui en laissa pas le temps. Les soins
pieux de son père et de son maître très aimé, notre cher confrère
M. Bernard Haussoullier, qui fut pour lui le plus précieux des conseil-
lers et qui se dévoua à cette dernière grande tâche avec un soin pas-
sionné, ont comblé cette lacune. Ainsi a été assuré cet énorme tra-
vail de la correction des épreuves et de la rédaction des onze Indices
différents. En dehors des si nombreux travaux de Jean Maspero, en
dehors de ceux encore inédits dont des soins pieux surveilleront la
publication, ces trois volumes sur l'époque byzantine de l'histoire
4f)6 LIVRES OFFERTS
de l'Egypte constituent à eux seuls un monument de science exacte,
profonde, infiniment utile. Jean Maspero, « déroulant, classant, décri-
vant, commentant » ces innombrables papyrus à l'écriture si diffi-
cile, a réalisé une œuvre de bénédictin comme j'en connais peu.
« Et maintenant que la mémoire du père comme du fils est entrée
dans l'éternité, nous, leurs amis, conservons précieusement en notre
souvenir le plus précis cette grande gloire paternelle et cette jeune
gloire filiale inaugurée si utilement sur les champs de fouilles de
l'antique Egypte, terminée si noblement, avec une si belle vaillance,
avec un si complet renoncement, sur le sol envahi de la patrie. Pour
nous consoler quelque peu, pour restaurer nos âmes meurtries par
de telles douleurs, relisons les pages si belles en leur simplicité con-
sacrées par le père à son fils, le journal si émouvant en cette même
simplicité rédigé par le fils aux mornes veillées du front, et ses
lignes dernières, admirable testament de cette jeune vie. Adressons
un salut suprême à celle qui, non loin d'ici, si hautement courageuse
en son affreuse douleur, veille d'un soin maternel sur cette jeune et
charmante mémoire. »
M. Omont a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur de déposer sur le bureau de l'Académie, au nom
de l'auteur, M. René Fage, l'Histoire d'une famille bourgeoise depuis
le XVIe siècle (Brive. 1916, in-8°, 59 pages; extr. du Bulletin de la
Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze).
« M. René Fage, dont l'Académie a maintes fois apprécié les nom-
breux et attachants travaux sur l'histoire de Tulle et du Limousin, a
eu la bonne fortune de retrouver un livre que se sont transmis de main
en main, entre les années 1580 et 1835, sept générations de la même
famille des Maruc et des Froment, de Tulle. On ne lira pas sans inté-
rêt les détails qu'il en a tirés pour reconstituer l'histoire d'une famille
de la bourgeoisie tulloise, dont le dernier représentant, l'abbé Fro-
ment de Condamines, fut à Paris l'un des fondateurs du Collège
Stanislas. »
467
SÉANCE DU 10 NOVEMBRE
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
M. Maurice Prou est nommé membre de la Commission des
travaux littéraires, en remplacement de M. Gagnât, élu Secré-
taire perpétuel.
Le Président annonce ensuite à l'Académie qu'il vient de rece-
voir, de M. Robert de Vogué, l'annonce de la mort de M. le
marquis de Vogué, son père, membre libre de l'Académie.
La séance est levée en signe de deuil.
SÉANCE DU 17 NOVEMBRE
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
Le Président annonce que l'Académie a accepté, en comité
secret, les trois donations suivantes :
1° Celle de M. et Mme Le Senne, d'une rente de 1.000 francs,
pour la fondation d'un prix biennal de 2.000 francs, en mémoire
de leur fils Emile Le Senne, mort glorieusement pour la France.
Ce prix est destiné à récompenser un travail relatif à l'histoire de
Paris ;
'2° Celle de M. le professeur Giles, de l'Université de Cam-
bridge, destinée à fonder un prix biennal de 800 francs pour
récompenser un travail relatif à la Chine, au Japon ou à
l'Fxtrême-Orient en général, ce prix devant être décerné à un
Français ;
tliS SÉANCE DU 17 NOVEMBRE 1916
3° Celle de M. le duc de Loubat, qui fonde, sous le nom de
« Prix Gaston Maspero », un prix quinquennal de 15.000 francs,
en faveur d'un travail sur l'Orient classique et plus particuliè-
rement l'Egypte.
M. George Foucart, directeur de l'Institut français d'archéo-
logie orientale du Caire, expose à l'Académie le résumé des tra-
vaux et des publications de cet Institut durant l'année écoulée.
Il signale surtout l'importance croissante des études d'archéo-
logie musulmane el leur intérêt particulier au point de vue
français.
M. Pottier lit un i^apport sur les résultats de la mission que
l'Académie lui avait conférée, ainsi qu'à M. Salomon Reinach,
pour examiner sur place les objets recueillis dans les fouilles
entreprises par M. Mouret à Ensérune, près Béziers1.
M. Salomon Reinach fait observer que les fouilles d'Ensérune
posent des problèmes ethnographiques que nous sommes hors
d'état de résoudre. Elles nous montrent, vers l'an 400, des épées
et des fibules de La Tène I, c'est-à-dire celtiques, dans des
tombes à incinération, alors que les mêmes objets, dans l'Est de
la Gaule, paraissent toujours dans des tombes à inhumation. La
présence de graffites ibériques sur les vases paraît attester que
le milieu n'est pas celtique, mais seulement destiné à le devenir,
soit par conquête, soit par lente infiltration.
MM. Antoine Thomas et Héron de Villefosse présentent
aussi quelques observations.
1. Voir ci-après.
469
COMMUNICATION
RAPPORT DE MM. E. POTTIER ET SALOMON REINACH,
MEMBRES DE L ACADÉMIE,
SUR LES FOUILLES d'eNSÉRUNE, PRÈS DE BÉZIERS.
L'Académie a bien voulu nous déléguer pour examiner
les résultats des fouilles entreprises à Ensérune, près de
Béziers, par M. Félix Mouret ; cette décision fut prise après
la lecture d'une note rédigée par l'auteur des découvertes
[Comptes rendus, 1916, p. 42 et suiv.). Dans ce premier
rapport ont été exposés les détails essentiels sur la nature
des trouvailles, la disposition des tombes dans la nécropole,
la composition du mobilier funéraire ; il est accompagné de
quelques photographies qui éclairent les descriptions. Nous
n'aurons donc pas à revenir sur les faits déjà connus. Nous
nous bornerons aux explications qui peuvent compléter les
précédents renseignements et aux particularités qui nous
ont paru dignes d'attention.
Le plateau d'Ensérune, situé à 9 kilomètres au Sud-Ouest
de Béziers, s'élève à une centaine de mètres au-dessus de
la plaine environnante et forme une véritable acropole à
laquelle on accède par un chemin assez raide. Du haut de
cette éminence, on découvre un panorama de grande éten-
due qui comprend, outre les villages situés dans la plaine,
les lointains contreforts des Cévennes, même des Pyrénées
perdues à l'horizon, et qui s'étend jusqu'à la mer. Le site
de Montlaurès, dont le nom est familier à notre Académie
depuis les belles découvertes de M. Rouzaud, de Narbonne
(Comptes rendus, 1905, p. 136, 283 ; 1907, p. 260 ; 1909,
p. 981-995), n'en est distant que de 14 kilomètres vers le Sud,
et ces deux oppida, de la même civilisation pré-romaine,
470 fouilles d'ensërune, près de béziers
semblent jalonner une route qui commandait l'accès de
l'embouchure de l'Aude.
Le nom d'Ensérune est connu de tous les habitants de la
région ; pourtant il ne se trouve pas sur la carte de l'Etat-
major et ne correspond à aucun lieu habité. Il paraît avoir
une sonorité exotique, peut-être ibère, dont nous laissons à
de plus compétents le soin de rechercher l'origine. L'endroit
était bien choisi pour y grouper des habitations sur une
hauteur dont les pentes ardues rendaient l'attaque difficile
et d'où l'on pouvait surveiller les environs à longue dis-
tance. Les traces de l'oppidum sont encore visibles près du
plateau où l'on voit de grands silos creusés dans le roc ;
mais les restes des habitations n'y sont pas aussi bien
définis qu'à Montlaurès. Les ruines d'une villa romaine
considérable, sur le flanc méridional, pourvue d'un impor-
tant réservoir avec sa canalisation, des constructions en
pierres de taille avec colonnes, donnent à penser que les
constructions ultérieures ont dû faire disparaître totalement
l'habitat primitif. Il n'en est resté que la nécropole, épar-
pillée à l'Ouest sur la dernière croupe et sur les pentes de
l'éminence. Une partie de ce cimetière pré-romain se trouve
aujourd'hui enclose dans le plant de vignes que M. Mouret
a eu la bonne idée d'acquérir et d'entourer d'une palissade
pour la protéger contre les déprédations qui ne pouvaient
manquer de se produire. C'est là que nous fûmes conduits
par notre hôte dès le premier jour de notre arrivée (10
octobre) ; c'est là que nous avons passé toute la journée du
lendemain pour opérer nous-mêmes des sondages sur le
terrain. Disons tout de suite que notre travail y fut grande-
ment facilité grâce à l'expérience acquise par M. Mouret
dans la conduite de ses fouilles, grâce aussi à la présence
de M. Gartailhac, directeur du Musée archéologique de
Toulouse et correspondant de notre Académie, qui voulut
bien se mettre à notre disposition pendant ce voyage et
qui, ayant suivi de près les travaux d'Ensérune, savait en
FOUILLES D ENSÉRUNE, PRÈS DE RÉZ1ERS
471
en
a;
■—
"2
S
o
CD
■d
o
S
ta
.2*
-3
4)
3
X?
là —
x o
a œ
X O
•H '-
en 3
Z -C
K O
P *
ce en
W eu
S »-J
O .
H S
s-
- -
3
O
a
c
o
<u
13
CD
a
'ce
3
T3
<0
O.
3
u
ci
i72 fouilles d'ensérune, près de réziers
explorer les tombes avec méthode. Nous ne saurions trop
le remercier de l'aide précieuse qu'il nous adonnée pendant
tout notre séjour avec une inépuisable obligeance.
L'état actuel des tranchées rendait assez facile notre exa-
men. Le croquis ci-joint (fig. 1), qui est un schéma con-
ventionnel de la disposition des tombeaux, fera comprendre
l'agencement de la nécropole. Au-dessous du sol actuel,
planté de vignes, à une profondeur qui varie entre 1 m. et
2 m. 50, on a déposé en terre des vases d'argile contenant
les ossements incinérés des morts ; on n'a trouvé jus-
qu'à présent aucun exemple d'inhumation. Pas de construc-
tion en pierre, ni en briques; rien qu'une poche, un loculus
pratiqué dans l'argile compacte, dont les dimensions varient
de 0 m. 60 à 0 m. 80 en hauteur et en largeur ; la pré-
sence en est vite dénoncée aux fouilleurs par une terre
plus meuble, mêlée de cendres. Ces loculi se trouvent à
peu de distance les uns des autres ; ils sont parfois presque
contigus, quelques-uns superposés en deux étages, mais
rarement. Il en résulte que la coupe de terrain offre aujour-
d'hui l'aspect d'une sorte de columbarium, dans lequel on
aurait disposé les ossuaires à peu près à la même hauteur
et à courtes distances irrégulières. On remarque, en outre,
qu'une couche de cendres mince forme une ligne à peu près
continue à la partie supérieure, au-dessus des loculi ainsi
répartis.
De ces observations on peut déduire les conclusions sui-
vantes. Si les morts avaient été brûlés sur place, la couche
supérieure de cendres n'aurait pas cette régularité et cette
mince épaisseur ; de plus, on n'aurait pas pu creuser, en
dessous, la cavité où l'on déposait l'ossuaire. Il faut sup-
poser que l'incinération rituelle avait lieu ailleurs, dans
quelque ustrinum voisin. On recueillait d'abord les osse-
ments brûlés du défunt, on les plaçait dans le vase
ossuaire avec les menus accessoires de costume dont nous
parlerons plus loin (fibule, agrafe de ceinturon), et on
FOUILLES D ENSÉRUNE, PRÈS DE BÉZIERS
473
V\AA .
V.,
' -=
- ■ %
K
LVV-
te
.r- a
J. E
LES TOMBES d'bNSBRUNE.
Fir, . 2. — Une tombe avant et après l'enlèvement du tesson de protection.
i74- FOUILLES d'eNSÉRUNE, PRÈS DE BÉZIERS
déposait le vase dans une petite fosse creusée en terre, en
a}'ant soin de couvrir le récipient avec un ou deux frag-
ments de poterie épaisse (ordinairement des morceaux de
dolium), afin de protéger l'ossuaire contre tout accident
(fig. 2). Malgré cette précaution, le vase est souvent fêlé et
brisé par la seule pression des terres. On devait ensuite
recueillir les cendres du bûcher lui-même, avec les débris des
offrandes déposées auprès du corps (vases à libation, réci-
pients pour la nourriture et la boisson du mort, épées) ;
une partie des cendres servait à combler la cavité où repo-
sait l'ossuaire, et le reste était déposé en couche mince et
régulière par-dessus le tombeau, comme une deuxième et
dernière couverture destinée à protéger la sépulture. Telle
est l'hypothèse qui nous paraît rendre compte exactement
de l'état actuel des lieux.
Examinons maintenant le mobilier funéraire. Le vase
ossuaire, qui est de dimension moyenne (0 m. 25 à 0 m. 30),
ne pouvait pas contenir les offrandes importantes ; on n'y
trouve que des ossements calcinés, mêlés de terre, souvent
aussi un objet provenant de l'habillement du mort, libule
de bronze ou boucle de ceinturon ajourée, bracelet, perle
de collier, etc., ou bien des petits vases à parfums, une
coupelle pour les aliments, etc. Mais autour de l'ossuaire,
dans la poche de terre formant le loculus,ou dans la couche
supérieure des cendres du bûcher, on recueille les débris des
autres offrandes : assez fréquemment une grande épée en
fer très oxydé, soit placée à plat sous le récipient, soit tor-
due et repliée sur elle-même, en vertu d'un rite funéraire
déjà signalé et étudié (cf. S. Reinach, Cultes, mythes et
religions, t. III, p. 141), et déposée près de l'ossuaire ; des
restes de strigiles, d'anneaux de fer, de vases ayant servi
aux libations sur le bûcher ou destinés à l'entretien, à la
toilette, à la nourriture du défunt. Pour les diverses catégo-
ries céramiques qui sont représentées par ces poteries, nous
renvoyons à la note déjà citée de M. Mouret où elles sont
FOUILLES d'eNSÊRCNE, PRÈS DE RÉZIERS iT'S
énumérées. Nous y reviendrons en parlant de la collection
réunie au château du propriétaire.
Pour la suite des travaux, il est à souhaiter qu un journal
de fouilles soit tenu, au jour le jour, situant exactement les
découvertes et le contenu des tombeaux. Voici les procès-
verbaux de ceux que nous avons vu ouvrir et dont nous
avons exploré nous-mêmes le contenu.
Mercredi 11 octobre 1016. — Tombe n° t. Profondeur au-
dessous du sol actuel : '2 m. 10. Dimensions du loeulus, environ
0 m. 60 de haut sur 0 m. 60 de large. Ossuaire en forme d'œno-
choé 'argile claire sans décor), rempli de terre et de petits osse-
ments incinérés, sans doute d'enfant; aucun objet. Deux gros
fragments de dolium formaient protection par-dessus ; deux
autres sur les côtés. L'œnochoé avait été cependant brisée par la
pression des terres.
Tombe n° 2. Profondeur 2 m . Dimensions 0m. 80 sur 0 m. 70
environ. Grand fragment de dolium servant de couverture sur
l'ossuaire en forme cTœnochoé (argile claire sans décor, traces
d'engobe blanc sur la panse), brisée par la pression des terres.
Dans le vase, terre et ossements calcinés: aucun objet. Un peu
plus haut et à gauche, dans la terre mêlée de cendres, on a
recueilli les débris très oxydés d'une épée en fer, un morceau de
bracelet et un petit anneau de bronze, les fragments d'une petite
coupe grecque à vernis noir (fabrication dite de dîmes, décor
en rosace incisée à l'intérieur).
Tombe n° 3 (voir notre fîg. 2). Celle-ci se trouvait au-dessous
de la précédente, à environ 0 m. '20 de distance et un peu plus
sur la droite, formant un loeulus de dimensions analogues;
grand fragment de dolium recouvrant l'ossuaire en forme d'umo-
choé (argile claire et traces d'engobe blanc qui fut retirée
intacte ; elle ne contenait que de la terre et des petits ossements.
Mais, dans une poterie indigène, en forme de marmite, couchée
sur le flanc à côté de l'ossuaire, étaient renfermées les offrandes
funéraires : une belle plaque de ceinturon ajouré avec son
anneau de bronze, trois bracelets de bronze réunis par un petit
anneau. Enfin, dans une partie des terres avoisinant le loeulus.
iTt) FOUILLES D'ENSÉRl NE, PRÈS DE BÉZ1ER8
sur la droite, était posée de champ une coupe à deux anses,
d'argile grise, sans décor (vase sans doute indigène imitant les
formes hellénicpjes).
Tombe n° 1 . Dans une tranchée pratiquée à l'extrémité du
champ de fouilles, vers le Nord, les parties supérieures du sol
ont fourni d'abord quelques fragments de vases samiens à cou-
verte rouge, d'époque romaine, puis des fragments de vases cam-
paniens, enfin au-dessous et à environ 0 m. 80 du sol moderne,
sans forme définie de loculus, mais dans un terrain mêlé de
cendres, est apparu un ossuaire formé d'un grand cratère grec
(brisé, avec tous les morceaux en place), décoré de figures
rouges de style rapide et négligé (fabrique attique du ive siècle) ;
sur la panse très encroûtée et endommagée on distingue un
éphèbe assis, derrière lequel est debout une femme qui semble le
couronner ?i, et de grands ornements en forme de rinceaux et
palmettes. Aucun fragment de poterie ne protégeait le dessus du
vase, et M. Moureta noté que cette mesure de protection, usitée
pour les ossuaires en œnochoés ibériques, manque aux ossuaires
formés de vases grecs. Dans la terre qui remplissait la cavité du
cratère, on a recueilli, mêlés aux ossements, un petit vase en
forme d'aryballe orné de cercles jaunâtres, un autre en forme
de petite marmite, un troisième en soucoupe d'argile claire, les
débris d'une autre poterie plus grande, beaucoup de fragments
de fer rouillé (strigiles?), un gros anneau et deux petites cupules
de bronze, d'un usage indéterminé. En outre, sous le pied du cra-
tère, reposait à plat une grande épée de fer, à environ 1 m. 30 du
sol actuel.
Nous ne quitterons pas le plateau d'Ensérune sans dire
un mot des circonstances dans lesquelles M. Mouret a été
amené à acquérir ce terrain si fertile en trouvailles. L'envoi
de votre délégation officielle ne pouvait passer inaperçu et
suscita dans la région quelques commentaires passionnés
qui eurent leur écho jusque dans la presse locale. Nous
n'aurions pas à nous occuper de ces petites querelles, si
l'on n'avait pas cherché à y dénaturer le rôle du possesseur
actuel, en lui prêtant l'intention d'accaparer les découvertes
FOUILLES D'ENSÉRUNE, PRÈS DE BÉZIERS 477
d'autrui. Nous nous contenterons de renvoyer au rapport
publié dans nos Comptes rendus et lu à l'Académie le 15
septembre, où M. Moureta fait, en toute loyauté et équité,
l'historique des fouilles d'Ensérune, en énumérant tous
ceux qui, avant lui, avaient pris part à ces recherches.
Le site antique est connu depuis quarante-deux ans; on
s'étonne seulement que les amateurs du pays aient attendu
si longtemps pour y exécuter des fouilles méthodiques, et
nous en avons d'autant plus de gratitude envers le proprié-
taire actuel pour avoir'mis fin à des recherches intermittentes
qui risquaient d'épuiser le gisement sans profit scientifique.
D'ailleurs, la haute autorité de ceux qui, dans la région
languedocienne, représentent la science française suffit à
établir le caractère des fouilles actuelles. M. Cartailhac, de
Toulouse, et M. Rouzaud, de Narbonne, ont apporté leurs
encouragements et leur collaboration à l'entreprise nou-
velle. M. Rouzaud nous a remis une note détaillée, qui est
un journal de ses observations faites sur le terrain depuis
1909 et comme une préface aux recherches de M. Mouret ;
nous souhaitons que ce rapport prenne place un jour dans
la publication définitive sur les fouilles d'Ensérune. M. le
comte Bégouen, bien connu par ses explorations de grottes
préhistoriques, a été un des premiers à nous signaler le
grand intérêt des trouvailles de M. Mouret. A Béziers
même, deux jeunes archéologues dont nous noterons plus
loin les excellents travaux, MM. Gensonet Albaille, prêtent
obligeamment leur concours à ces recherches. M. Michel
Clerc, correspondant de l'Académie, conservateur du Musée
Borély, nous a fait l'amitié de venir de Marseille pour se
joindre à la délégation, et il a constaté avec nous la haute
valeur des résultats obtenus. Tant de témoignages nous per-
mettent donc de féliciter sans restriction M. Mouret de son
œuvre, qu'il saura poursuivre dans les conditions les meil-
leures pour la science.
i78 FOUILLES d'eNSÉRUNE, PRÈS DE IÎÈZ1ERS
Dans la propriété du Nègre, près de Vendres, se trouve
réuni l'ensemble des découvertes faites au cours de son
exploration ; on y voit le contenu d'environ loO tombes.
Sans revenir sur les détails déjà exposés par M. Mouret
dans sa notice, nous parlerons seulement de quelques trou-
vailles qui ont plus spécialement attiré notre attention.
Les objets en métal qui peuvent être datés avec quelque
précision (épées de fer, agrafes de ceinturon et fibules de
bronze) appartiennent tous, comme l'a reconnu M. Mouret,
à la première période du deuxième âge du fer (450-300).
La fréquence des agrafes ajourées est remarquable ; la col-
lection de M. Mouret en contient déjà un plus grand nombre
que le Musée de Saint-Germain, qu'ont enrichi pourtant
les nécropoles à inhumation de la Marne, contemporaines
des incinérations d'Ensérune. Un des types d'agrafes s'est
retrouvé presque exactement dans le cimetière gaulois de
Somme-Bionne (Déchelette, Manuel, II, %. 524, I),
d'autres dans la Marne et les Ardennes (ibid., G et 7). Une
fibule diffère du type ordinaire par l'absence de l'appendice
caudal ; le Musée de Saint-Germain en possède deux sem-
blables, provenant aussi des nécropoles de la Marne et qui
semblent marquer une survivance d'un modèle du premier
âge du fer.
Le cimetière comprend quatre catégories : vases grecs
de fabrication attique, vases campaniens, vases dits ibé-
riques, vases indigènes.
Parmi les vases grecs, outre les sujets déjà décrits par
M. Mouret, il faut mettre à part, comme une pièce de pre-
mier ordre, les fragments d'une coupe attique, dont nous
avons pu reconstituer l'ensemble à peu près complet.
M. Mouret nous a communiqué le procès-verbal de la décou-
verte faite dans la tombe n° 71, le 8 mai 1916.
Vase-ossuaire en forme d'œnochoé sans décor où étaient dépo-
sées, avec des ossements calcinés, une fibule de bronze à arbalète
FOUILLES d'eNSÉRUNE, PRÈS DE RÉZIERS 479
et une agrafe de ceinturon dont la découpure ajourée représente
deux oiseaux affrontés ; contre le vase adhérait un fragment de
fer de lance rouillé. Près de l'ossuaire, on a recueilli plusieurs
anneaux de bronze, deux boutons de forme bombée, deux tiges
de métal en forme de poignée et d'anse de vase, une fusaïole
en terre cuite grise, une coupe brisée, de fabrication sans doute
indigène, en argile grise, imitant les formes helléniques, et les
fragments de la coupe grecque attique, décorée de figures rouges,
dont voici la description. Intérieur : femme debout drapée, éten-
dant le bras gauche (main droite disparue) vers un éphèbe assis
qui lui tourne le dos, mais en retournant la tête vers elle ; il est
nu, assis sur sa draperie. Entre les deux personnages, un chien
à poil ras lève la tête vers la femme. Le terrain est indiqué par
une bande d'oves formant un court segment. L'encadrement cir-
culaire, en grecque serrée, est mêlé de petites croix en damier.
Tout autour, près du rebord, court une guirlande de lierre
(feuilles en rouge réservé), accompagnée de baies peintes en blanc
laiteux. — Revers A. Ephèbe nu, le pied gauche sur une émi-
nence ; devant lui une femme drapée (tunique ouverte sur la
jambe) avance le bras droit (bracelet en double spirale indiqué
par un relief de barbotine qui a dû être doré) et tend la main
gauche vers un éphèbe debout, vêtu d'une chlamyde (le haut du
personnage manque). Derrière lui se tient une autre femme
drapée, la main droite levée, la gauche abaissée. — Revers B.
Ephèbe nu debout ; devant lui, une femme drapée, le corps de
face, tend une phiale (indiquée en relief de barbotine) à un autre
éphèbe nu, assis sur sa draperie, appuyé de la main droite éle-
vée sur un long bâton ou une lance ; derrière lui, une autre
femme drapée lève le bras droit (tête disparue). — Autour des
anses, un peu carrées du bout, dont les attaches sont ornées
d'une collerette d'oves, s'épanouit un motif floral composé de
trois grandes palmettes unies par des rinceaux à volutes.
Le sujet, comme on le voit, ne sort pas de la banalité et
rentre dans la catégorie connue des « conversations entre
femmes et éphèbes » qui sont si fréquents dans la seconde
moitié du Ve siècle et pendant le ive, mais le style de la
peinture est excellent, l'exécution fine, et l'on y reconnaît
1916 26
480 TOUILLES d'eNSÉRUNE, PRÈS DE HÉZIERS
un produit de la catégorie dite « du style fleuri », dont
l'artiste Meidias a été le plus illustre représentant (voir
l'étude de G. Nicole, Meidias et le style fleuri clans la céra-
mique attiquc, avec un Supplément, Genève, 1908). Un
spécimen de ce genre tranche sur l'ensemble des autres
produits grecs, qui sont généralement des vases d'exporta-
tion, d'un style rapide et négligé. C'est le joyau de la col-
lection Mouret, et nous pensons que c'est la plus belle
peinture grecque qu'on ait jusqu'à présent trouvée sur le
sol de France.
La série dite ibérique, qui comprend de nombreux exem-
plaires bien conservés, mérite aussi une attention spéciale.
La question chronologique, qui a déjà soulevé beaucoup
de discussions i'voir le Journal des Savants, 1905, p. 583;
Comptes rendus de l'Académie, 1909, p. 991 et note 1),
trouve ici une nouvelle confirmation du fait que les fouilles
de M. Rouzaud à Montlaurès avaient déjà démontré. Cette
céramique est contemporaine des vases à figures rouges de
la fin du Ve et du ive siècle. Dès 1907, dans un article de
V Anthropologie (XYlll, p. 277, A propos de poteries pseudo-
mycéniennes), M. Louis Siret s'accordait avec M. Hohverda
pour reconnaître dans cette catégorie un produit de l'âge
hellénique et pour combattre la théorie qui voulait faire
remonter au mycénien et au crétois l'origine et même la flo-
raison de ce style ibérique. Les faits se sont multipliés
depuis cette époque pour confirmer la date basse de cette
fabrication. Mais on continue à se demander si les produits
trouvés en France ont été importés d'Espagne qui en a
fourni un si grand nombre (voir P. Paris, Essai sur l'Es-
pagne primitive, tome II), ou s'ils sont dus à des ateliers
indigènes de la Gaule, et enfin quel serait le centre de créa-
tion et de fabrication originaire de ce style. Signalons à ce
propos une intéressante remarque de M. Rouzaud. Dans
une grotte sépulcrale d'Aubussarges, explorée en 1865
(Lombard-Dumas, Mémoire sur la céramique antique de
FOUILLES d'eNSÉRUNE, PRÈS DE BÉZIERS 481
la vallée du Rhône, Nîmes, 1879, pi. 12 et 13), on a recueilli
des tessons de poterie grise dont le décor incisé est presque
identique à celui d'un vase peint ibérique, et ce décor est
assez familier à la céramique du Gard ; on peut donc se
demander si ce style n'était pas depuis longtemps entré
dans le répertoire des ateliers céramiques de notre pays et
s'il n'est pas franchement indigène en Gaule. Dans les pro-
blèmes si délicats qui concernent l'emploi du style géomé-
trique, il faut toujours poser en principe que l'on a souvent
affaire à des « recommencements », à des « renaissances de
procédés connus », plutôt qu'à des influences et à des survi-
vances lointaines.
Il est certain que le style dit ibérique, répandu dans notre
pays, comporte des variétés assez nombreuses. La collection
de M. Mouret comprend les fragments d'un beau vase que
dans son rapport (p. 49) il avait signalé comme une pote-
rie ibérique, de fabrication particulière et énigmatique. Il est
en terre rouge, recouverte d'un engobe gris sur lequel se
détachent en blanc des lignes et des volutes dont la disposi-
tion rappelle un peu la belle décoration des vases de Sara-
gosse que M. P. Paris a publiés (Monuments et Mém.Piot,
XVII, 1909, p. 70,fig. 9-10).
Nous avons remarqué aussi, chez d'autres collectionneurs
de la région, des fragments de poteries recouverts d'un enduit
blanc laiteux, ornés de dessins jaunes ou rouges, qui pour-
raient appartenir à une catégorie « ibérique » très soignée
et fort nouvelle, que nous connaissons mal. Les promesses
pour l'avenir sont grandes dans ce domaine.
Enfin l'importance des inscriptions ibériques, tracées sur
les poteries d'Ensérune, dont le rapport de M. Mouret
signale déjà plusieurs spécimens (p. 46, 48), n'échappera
pas aux linguistes qui savent combien ces documents sont
encore rares. Nous avons noté, dans une autre collection du
pays, celle de M. J. Albaille, la présence d'un précieux
texte de quatre lignes.
482 FOUILLES D ENSÉRUNE, PRÈS DE BÉZIERS
Tel est le résultat de notre examen, soit sur le terrain
même des fouilles, soit dans la collection réunie au château
du Nègre. L'Académie jugera sans doute avec nous que ces
découvertes valaient, en effet, la peine d'être étudiées de
près et qu'elles font honneur à celui qui en eut l'initiative.
L'activité scientifique de M. Mouret ne s'est d'ailleurs pas
limitée au site d'Ensérune. Il nous a conduits aux ruines
situées près du village de Vendres, où la tradition locale
place un temple de Vénus ; on y trouva, au xvu° siècle, un
torse d'enfant en marbre et, provenant de la même région,
un petit groupe de bronze représentant Vénus et Cupidon ;
l'un et l'autre sont perdus. Toutes les publications et les des-
sins anciens, relatifs à cet édifice, ont été recueillis avec soin
par M. Mouret dans sa publication sur Le temple de Vénus
près de Vendres (extrait du Bulletin de la Société archéo-
logique de Béziers, 1916). Notre visite rapide ne nous a pas
permis d'éclaircir les questions qui se posent au sujet de
cette construction ; il y faudrait la science d'un architecte
compétent. Notre impression sur l'ensemble est que ces
restes sont loin d'être homogènes et que sur l'édifice primitif
ont pu s'élever des reconstructions de l'époque romaine ou
même plus tardives. A cet égard, les conclusions de la bro-
chure de M. Mouret semblent devoir être soumises à une
sérieuse révision (cf. Bévue archéologique, 1916, II, p. 197).
Dans le voisinage, les magnifiques et puissantes ruines
d'un grand aqueduc romain, dont on trouvera une repro-
duction dans la même brochure (pi. V), attestent la prospé-
rité antique de cette région et l'activité des constructions
de l'époque impériale. Non loin de là, M. Mouret a retrouvé
aussi les fondations d'une grande et riche villa romaine,
qu'il fait dégager avec soin et qui s'étend sur une surface
de terrain assez considérable ; on y voit de grandes
chambres, un portique, des canalisations d'eaux fort bien
aménagées, des fragments d'énormes dolia ayant servi de
dépôts pour les provisions ; on y a recueilli des morceaux
FOUILLES d'eNSÉRUNE, PRÈS DE BÉZIERS 483
de l'enduit rouge des murs et des mosaïques du sol, de
beaux fragments de verreries et quantité de poteries rouges
à reliefs. Cette importante exploration, s'ajoutant à celle
d'Ensérune et à celle de Vendres, vous montrera que les
efforts de M. Mouret se portent sur tous les points de la
contrée où il espère exhumer des antiquités et reconstituer
l'histoire ancienne de cette partie du Languedoc.
En résumé, la mission dont vous avez bien voulu nous
charger nous donne le très agréable devoir de dire que les
découvertes de M. Mouret sont importantes et ses
recherches dignes de tous éloges. On doit souhaiter qu'elles
soient poursuivies dans de bonnes conditions scientifiques
et qu'elles aboutissent à une publication d'ensemble qui
enrichira de documents précieux l'histoire de notre pays.
Nous dirons en terminant que l'impulsion intelligente
donnée aux recherches archéologiques nous a paru se faire
sentir ailleurs que sur ce point particulier; et là nous
retrouvons l'influence active de notre confrère M. Car-
tailhac, dont l'exemple et les leçons ne sont pas perdus
pour les jeunes gens qui s'intéressent aux antiquités de la
région. Nous eûmes l'occasion de visiter, tout près de
Béziers, la collection de deux jeunes propriétaires,
M. Eugène Genson et M. Joseph Albaille, qui emploient
leurs loisirs à explorer les environs et à recueillir les objets
de toute époque, qu'ils classent avec une impeccable
méthode, en tenant un journal détaillé de leurs découvertes.
C'est surtout dans le domaine du préhistorique et du début
de l'âge de bronze qu'ils ont fait des récoltes remarquables :
ils ont soigneusement exploré la grotte de Bise, déjà fouil-
lée par Tournai vers 1830, la grotte de la Crouzade, dans
l'Aude et près de la mer, signalée en 1874 par M. Rousseau
et étudiée aussi par M. Hélena, instituteur à Narbonne,
la grotte de Bringayret, près d'Amissau, à laquelle
M. Genson a consacré une note dans le Bulletin de la Soc.
préhistorique, X, 1013, p. 589. Leur intention est de
484 LIVRES OFFERTS
publier leurs trouvailles. On ne saurait trop se réjouir de
voir dans ce beau pays du Midi, si fertile en sites anciens,
sous la direction de maîtres autorisés et avec le secours de
l'excellent Manuel du regretté J. Déchelette, se former de
nouvelles générations qui prennent l'habitude du travail
méthodique et qui remplacent les théories hâtives et les
rêveries téméraires, dont l'archéologie a trop souvent fourni
le prétexte, par de solides et précises études dont la science
française tirera profit.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le fascicule de mai-
juin 1916 des Comptes rendus des séances de i Académie des inscrip-
tions et belles-lettres (Paris, 1916, in-8°).
M. Antoine Thomas dépose sur le bureau une brochure, dont il est
l'auteur, intitulée: Cartulaive de Bertaud de Ry, gentilhomme nor-
mand, capitaine de Felletin sous Charles VII (Paris, 1916, in-8° ;
extrait du « Bulletin philologique et historique », 1915).
M. Maurice Prou offre à l'Académie une étude, dont il est l'auteur,
intitulée: Le transfert de l'abbaye de Saint-Remy de Sens à Vareilles;
étude sur les plus anciens privilèges de Saint-Remy (Sens, 1916, in-8° ;
extrait du « Bulletin de la Société archéologique de Sens », tome
XXVIII).
M. le comte Paul Durrieu a la parole pour un hommage :
« Il y a un an et demi, le 15 mai 1915, tombait pour la France, sur
unchamp de bataille, un jeune aspirant d'infanterie, M. Paul Lecestre,
élève de l'École des Chartes et de l'École des Hautes Études. Fils
de M. Léon Lecestre, le très érudit collaborateur et continuateur de
notre confrère M. de Boislisle dans la magistrale édition de Saint-
Simon et héritier des qualités de travailleur de son père, Paul Lecestre
avait préparé, comme thèse pour l'obtention du diplôme d'archi-
LIVRES OFFERTS 485
viste paléographe, une Notice sur l'Arsenal royal de Paris. Sa mort
glorieuse ne lui a pas permis de pousser jusqu'au bout cette étude.
Mais toute la partie se rapportant à la période la plus ancienne de
l'histoire de l'Arsenal, jusqu'à la fin du règne de Henri IV, était déjà
sur pied. Elle a pu paraître dans les Mémoires de la Société de l'his-
toire de Paris et de l'Ile-de-France (tomes XLII et XLIII); et c'est le
tirage à part de cette Notice, formant un véritable volume de près de
200 pages d'impression, rempli de détails intéressants, que je suis
chargé d'offrir à l'Académie, en mémoire du jeune érudit qui, si sa
vie n'avait pas été sacrifiée à la cause de la patrie, aurait certaine-
ment, comme on peut en juger par ce premier travail, grandement
honoré le nom qu'il portait. »
M. Durrieu offre ensuite, de la part de l'auteur et à destination de
la Bibliothèque de l'Institut, un exemplaire du livre de M. Pierre
Gusman intitulé: La gravure sur bois et d'épargne sur métal, du
XIVe au XXe siècle, auquel l'Académie a décerné cette année une
récompense sur le prix Fould.
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
DU VENDREDI 24 NOVEMBRE 1916
PRÉSIDÉE PAR
M. MAURICE GROISET
DISCOURS DU PRESIDENT
Messieurs,
Voici la troisième fois que nous tenons cette réunion
annuelle au milieu des émotions d'une lutte qui absorbe
toutes nos pensées. C'était pourtant le devoir de l'Aca-
démie de poursuivre ses travaux ordinaires. Elle a pu le
faire, grâce à sa foi irréductible dans le triomphe définitif
du droit et de l'humanité, représentés par la France et par
ses alliés. Cette foi, elle l'a gardée entière aux heures
les plus sombres, parmi les deuils, parmi les anxiétés per-
sonnelles de ses membres. Aujourd'hui, quand nos vail-
lantes armées arrachent à l'ennemi, morceau par morceau,
ces territoires qu'il croyait déjà posséder, comment ne
s'associerait-elle pas à l'élan qui soulève et emporte toutes
les âmes dans une commune exaltation de fierté patrio-
tique ? Voilà pourquoi, avant de vous parler d'ouvrages
dont beaucoup se rapportent au passé de notre pays,
aux grandes époques de notre civilisation, je me sens
obligé d'adresser d'abord notre hommage unanime à
i88 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
ceux qui écrivent en lettres de sang, au livre de notre
histoire nationale, cette page nouvelle, vraiment incom-
parable, à ces chefs et à ces soldats qui ont sauvé le
monde d'une domination écrasante, à nos morts dont le
sang généreux va faire surgir de notre sol reconquis une
moisson nouvelle de gloire et de vertu, à cette chère jeu-
nesse, dont l'effort sublime a effacé le souvenir cuisant de
nos défaites et nous assure, dès à présent, la joie immense
de revoir bientôt la France victorieuse s'épanouir en force
et en beauté dans l'intégrité de son territoire, désormais
inviolable.
Evidemment, Messieurs, à côté de ce qu'ils ont accompli,
les travaux d'érudition, les recherches paisiblement pour-
suivies dans les archives ou dans les bibliothèques, les
ouvrages lentement écrits au foyer domestique peuvent
paraître choses bien modestes. Les récompenses qu'on
obtient dans nos concours n'ont pas l'éclat des étoiles d'or
qui scintillent sur le ruban de la Croix de guerre. N'hési-
tons pas à dire, cependant, que ceux qui les ont méritées
ont fait, eux aussi, œuvre utile, et qu'à leur manière ils
ont bien servi le pays. En face de la science d'outre-Rhin,
science orgueilleuse s'il en fût, qui prétendait naguère
s'imposer à tous comme le modèle unique, il est bon, il est
nécessaire que soient affirmées courageusement les saines
traditions de la science française, plus lucide, plus modeste
aussi, et par là même moins sujette à faillir. Nos lauréats
les ont maintenues malgré les très sérieuses difficultés du
temps présent. Rendons justice à l'énergie de notre race.
Elle ne néglige rien de ce qui est bon et honorable. Tout
en combattant comme elle sait combattre, elle poursuit
sans défaillance les œuvres indispensables de la paix. Elle
laboure ses champs, elle fait le pain quotidien, et elle écrit
son histoire.
Elle l'écrit même très bien.
Le concours pour le grand prix d'histoire de France,
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 489
fondé par le baron Gobert, nous a donné, cette année,
une satisfaction particulière. En présence d'événements
qui nous font si vivement sentir tout ce que nous devons
à l'héritage moral de nos pères, nous étions en droit de
désirer que les ouvrages présentés à ce concours ne fussent
pas simplement des monographies érudites, des études
d'un intérêt par trop restreint. Il nous semblait que nous
pouvions espérer mieux ; qu'il nous fallait des œuvres
plus larges, plus nationales, où se montrât quelque chose
du puissant effort, bien des fois séculaire, qui nous a fait
ce que nous sommes.
Notre espoir n'a pas été trompé. Un véritable historien,
M. Delachenal, qui avait déjà obtenu le même prix en
1909 pour les deux premiers volumes de son Histoire de
Charles V, nous apportait, cette année, la troisième partie
de son œuvre, comprenant la période qui s'étend entre
1364 et 1368. Nous y avons reconnu immédiatement le
livre que nous attendions. Ce sont les débuts d'un règne
réparateur que M. Delachenal nous expose dans son troi-
sième volume. 11 le fait avec une abondance et une sûreté
d'informations qui ne laissent rien à désirer. Il apporte des
documents nouveaux; il utilise, d'une manière personnelle,
tous ceux que l'on connaissait déjà. Sa critique est ferme
et lucide, son jugement est éclairé et impartial. Il sait
débrouiller une matière complexe, démêler les intérêts en
lutte, dégager les grands desseins politiques, former, avec
les faits qu'il analyse, des groupements synthétiques, que
le lecteur saisit et retient. Mais ce qui vaut mieux encore,
c'est que M. Delachenal ne traite pas les hommes comme
des abstractions. Il y a en lui un psychologue, qui sait inter-
roger les témoignages, les faire parler, en tirer de la vie.
Nous voyons revivre en effet, dans son récit, des person-
nages que tout le monde connaît bien de nom, mais dont
la figure prend sous sa plume un relief vraiment caracté-
ristique. Voici d'abord le roi lui-même, notre Charles V,
490 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
prince de chétive apparence, n'ayant rien de la fougue
chevaleresque du roi Jean, son père, ni de son incurable
frivolité, politique réfléchi, calculateur subtil, formé par
les dures expériences de sa jeunesse, trop dissimulé peut-
être, trop enclin à la ruse, mais à tout prendre prudent
et sensé, soutenant sans faiblir le fardeau accablant de la
responsabilité royale, habile à profiter des occasions, pilote
sage qui, à travers une période difficile, sut gouverner le
vaisseau de France, tout désemparé, et qui le mit en état
de supporter les terribles tempêtes dont il allait être assailli
sous le règne de son malheureux fils. Et, k côté de lui, le
brave et rude Duguesclin, le vainqueur de Cocherel, large
d'épaules et ferme de volonté, vrai chef de guerre à la mode
du moyen âge, intrépide et avisé, dévoué, généreux au
fond, bien que capable d'imposer sa forte main à des
bandes de pillards, héros de légende et d'histoire tout à la
fois, au demeurant une des gloires de notre pays, un des
ancêtres de nos admirables fusiliers bretons, qui ont arrêté
à Dixmude la ruée allemande, sous l'ouragan de la mitraille.
Ces hommes d'autrefois, M. Delachenal les peint tels qu'ils
ont été ; mais, parce qu'il ne s'en tient pas à la superficie
des choses, parce qu'il découvre, quand il le faut, le fond
des âmes, il nous permet de sentir le lien qui nous unit
à eux, il met en lumière la perpétuité de la France. L'Aca-
démie lui a décerné sans hésitation le premier prix.
Elle attribue le second k M. l'abbé Dussert pour son
étude sur les Étals du Dauphiné aux XIVe et XVe siècles.
Travail de moindre envergure sans doute, mais très méri-
toire en son genre, très propre, lui aussi, à nous faire mieux
connaître la vieille France. Il s'agit ici d'une province qui
ne fut réunie au royaume qu'en 1349 et qui, s'autorisant
du traité conclu alors entre le dauphin Humbert II et le
roi Philippe VI, s'attacha jalousement, pendant plus d'un
siècle, k conserver une certaine autonomie. Les Etats en
étaient les défenseurs naturels. Exposer ce qu'ils ont fait
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 491
ou essayé de faire aux xive et xvp siècles jusqu'au moment
où Louis XI, qui n'aimait pas à être contredit, les assujettit
définitivement à son autorité, c'était mettre en lumière un
épisode caractéristique de cette grande lutte entre la force
centralisatrice de la royauté et les résistances locales, qui
est en quelque sorte la trame de notre histoire intérieure.
La tâche était loin d'être aisée. Il fallait compléter par des
recherches méthodiques une documentation insuffisante,
il fallait ensuite en tirer parti. M. l'abbé Dussert y a
réussi. Son ouvrage, riche en informations précises et
dont beaucoup sont neuves, est d'ailleurs bien composé,
facile à lire. Il abonde en traits qui marquent d'une
manière intéressante le caractère original des populations
dauphinoises. Il nous fait réfléchir et nous instruit sur
notre formation nationale.
Après le concours pour le prix Gobert, un de ceux
auxquels l'Académie attache une importance particulière,
est le concours des Antiquités de la France. Elle est heu-
reuse lorsque des concurrents nombreux viennent se dis-
puter les médailles et les mentions qu'il comporte. Elle
aime à y voir la manifestation de ce culte intelligent du
passé qui atteste la solidarité des générations dans la
famille française.
Certes, ce culte est aujourd'hui plus vivant que jamais.
Mais ceux qui, depuis plus de deux ans, le célèbrent si
magnifiquement sur les champs de bataille ne pouvaient
prendre part à nos concours académiques. Nous n'avons
eu à nous prononcer que sur cinq ouvrages. Malgré les
circonstances, l'Académie n'a pas cru pouvoir transiger
sur les exigences de la méthode scientifique. De ces cinq
ouvrages, elle n'en a retenu que deux, auxquels elle attri-
bue une seconde et une troisième médaille, la première
n'étant pas décernée cette année.
La seconde médaille a été obtenue par M. Pierre Gautier,
pour son travail manuscrit intitulé : Etudes diplomatiques
492 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
sur les actes des évéques de Langres, du VIIe siècle à 1136.
On sait quel intérêt présentent les actes des chancelleries
épiscopales pendant tout le cours du moyen âge. Ce sont
des sources abondantes d'informations, sur le droit public
et privé, sur la chronologie, la géographie historique, sur
les généalogies, sur les mœurs, sur les idées. En catalo-
guant-soigneusement les actes des évêques de Langres, en
publiant ceux qui étaient inédits, en séparant les apo-
cryphes des authentiques, M. Pierre Gautier a donc fait
une œuvre très utile. On ne peut d'ailleurs que louer son
exactitude, sa sagacité, sa prudence. Sa connaissance des
choses locales paraît complète et solide. Elle aurait gagné
seulement à se compléter par des vues plus étendues, qui
lui auraient permis d'accroître la valeur de son ouvrage en
faisant mieux ressortir certains résultats généraux de ses
recherches.
La troisième médaille est accordée à M. Moret pour son
Plan d' Ar ras-ville en 138$. Ce nom d'Arras-ville désigne
l'ancienne ville comtale d'Arras, distincte de la cité épis-
copale qui n'y fut réunie qu'au xvme siècle. L'auteur pré-
sente lui-même son ouvrage comme une simple étude de
topographie urbaine, sans prétentions historiques. Pré-
cieuse pourtant par les descriptions minutieusement exactes
qu'on y trouve, cette étude nous donne une idée de ce que
fut, au temps des grands ducs de Bourgogne Philippe le
Hardi et Jean sans Peur, la vieille et industrieuse capitale
de l'Artois, hère de la richesse de ses bourgeois, de l'adresse
et du goût de ses artisans, de ses merveilleuses tapisseries
et des jolies inventions de ses chansonniers. Elle a pris
une valeur nouvelle, depuis que les obus allemands y ont
fait leur œuvre impie de destruction. L'auteur lui-même
n'a pas survécu à la beauté de sa ville natale. Son livre,
manifestation touchante de sa piété filiale, demeurera du
moins comme un témoin véritable de ce qu'avait édifié une
civilisation active, intelligente, éprise d'art et de beauté, et
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 493
de ce qu'une barbarie odieuse et stupide a fait disparaître,
au xxe siècle.
Un autre ouvrage nous a été adressé, qui ne sollicitait
pas de récompense, comme ne répondant pas aux condi-
tions du concours, mais qui ne peut être passé sous silence.
Un imprimeur qui fait honneur aux bonnes traditions de
la typographie française, M. Protat, attaché par un patrio-
tisme local aux souvenirs de la grande et glorieuse abbaye
de Cluny, a pu achever, au cours de cette année, la réim-
pression de la Bibliotheca Cluniacensis, œuvre d'une haute
importance historique, devenue introuvable, et qu'il s'agis-
sait de rendre plus accessible aux érudits français. Il
assurait ainsi du travail à d'anciens et fidèles ouvriers,
sans aucune pensée de lucre personnel, et en même temps
il rendait service à la science. L'Académie doit un hom-
mage à cette pensée doublement honorable et généreuse.
Je suis heureux de m'en faire ici l'interprète.
C'est encore à notre histoire provinciale qu'est destiné
le prix Prost. Et la province qu'a eue en vue le fondateur
est une de celles qui nous sont le plus chères : c'est la
Lorraine, notre Lorraine tout entière, celle que nous avons
gardée et celle que nous allons reprendre. L'Académie a
partagé le prix, d'une valeur de 1.200 francs, par portions
égales, entre M. Emile Duvernoy, archiviste de Meurthe-
et-Moselle, pour son Catalogue des actes des ducs de Lor-
raine de 1048 à 1139 et de 1176 à 1W0, et M. Charles
Chevreux, sous-préfet de Ribérac, pour son étude intitu-
lée : Les institutions communales d'Épinal sous les évêques
de Metz. Ce sont deux bons travaux d'érudition. Le
premier, faisant suite à d'autres publications analogues,
achève de constituer, à l'usage des historiens de la Lor-
raine, une série continue de documents très instructifs,
bien classés et bien analysés. Le second offre un tableau
précis et complet de ce qu'était la commune d'Epinal,
depuis le xc siècle jusqu'à sa réunion au royaume de France
i9i SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
en 14 H, ainsi que de ses relations avec l'autorité épisco-
pale du siège de Metz, dont elle dépendait. De tels livres
sont toujours à consulter. Derrière ces événements locaux
et les pièces authentiques qui les constatent, il y a des
intérêts, des passions, des caractères, il y a, en un mot,
des hommes, et ce sont ces hommes qui ont fait notre
France.
Après la Lorraine, voici la Bourgogne. Le prix Dela-
lande-Guérineau, d'une valeur de 4.000 francs, destiné au
meilleur ouvrage relatif au moyen âge, est décerné, cette
année, à un livre qui est surtout un recueil de matériaux,
mais un recueil bien fait. C'est le tome second des Inven-
taires mobiliers et extraits des comptes des ducs de Bour-
gogne de la maison de Valois. Commencée par M. Bernard
Prost et interrompue par sa mort prématurée, cette publica-
tion a été continuée par son neveu, M. Henri Prost, récem-
ment sorti de l'Ecole des Chartes. Ce jeune homme a donné
sa vie pour la France le 27 janvier 1915. Sergent au 260e
régiment d'infanterie et « blessé une première fois en con-
duisant sa section au feu avec une belle énergie », il fut
atteint mortellement « quand, ne pouvant plus marcher,
il pansait un de ses camarades blessé ». C'est à ce vaillant
soldat, glorieusement cité en ces termes à l'ordre de sa
division, qu'est attribué le prix. Avant de donner cet
héroïque exemple d'abnégation, il s'était révélé comme un
érudit formé aux meilleures méthodes. Les comptes du duc
Philippe le Hardi, si bien publiés par lui, nous font con-
naître par le détail les encouragements que ce prince de la
maison de France donnait aux arts de toute sorte. Ils
témoignent de la splendeur de cette cour, dont l'influence
allait susciter, en Bourgogne et dans les Flandres, tant de
chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture, de peinture,
d'orfèvrerie. Henri Prost aurait honoré l'Ecole des Chartes
par ses travaux, s'il avait vécu; il l'a honorée, plus encore,
par le sacrifice de sa vie.
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 495
A côté des actes et des chartes, il n'y a pas de docu-
ments plus précieux pour l'historien que les monnaies. Et
pourtant, nous n'avions pas, jusqu'à ces dernières années, un
manuel de numismatique française qui répondît à ce qu'on
était en droit de demander. Cet ouvrage, grâce à la colla-
boration de plusieurs spécialistes, est aujourd'hui en cours
de publication. Le tome second, qui a pour titre Les mon-
naies royales françaises depuis Hugues Capet jusqu'à la
Révolution, est dû à M. Adolphe Dieudonné, conservateur
adjoint du Cabinet des médailles. Comme le titre l'indique,
il se rapporte en grande partie à la numismatique médié-
vale, pour laquelle a été fondé par M"10 Duchalais un prix
d'une valeur de 1.000 francs. M. Dieudonné n'a pas fait
simplement une description des divers types de la monnaie
royale; il en a vraiment écrit l'histoire; et, en l'écrivant,
il a montré qu'il possédait à fond un sujet singulièrement
complexe et difficile. Son Manuel, à la fois substantiel et
bien composé, clair et précis, contient tout ce qu'il est utile
de connaître sur les ateliers monétaires et leur technique,
sur les multiples questions de droit, de science financière
et d'économie politique auxquelles il devait toucher. Il
note, comme il convient, les rapports de cette histoire par-
ticulière avec l'histoire générale. C'est au témoignage du
juge le plus compétent, notre confrère M. Babelon, un
livre remarquable, complet, savant, qui fait honneur à la
numismatique française. Nous ne pouvions mieux répondre
aux intentions de la fondatrice qu'en décernant à M. Dieu-
donné le prix Duchalais.
Si l'érudition ne craint pas de s'adonner aux tâches les
plus sévères, elle est bien éloignée pourtant de dédaigner
ni l'art ni la littérature. Et, à leur tour, l'art et la littéra-
ture doivent reconnaître les grands services que leur rend
l'érudition. Notre poésie du moyen âge, trop longtemps
méconnue, profite chaque jour du développement des
méthodes historiques et philologiques. Des textes oubliés
1916 -'T
190 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
sont remis au jour ; et plus on étudie ces vieilles produc-
tions de l'esprit français, plus on sent combien elles nous
éclairent sur nos origines morales et intellectuelles. C'est
bien à ce sentiment, si je ne me trompe, qu'est due la fon-
dation du prix de La Grange, d'une valeur de 1.000 francs,
destiné à récompenser la publication dune œuvre inédite
d'un de nos vieux poètes français.
Cette année, ce prix est décerné à un des maîtres de la
philologie médiévale, à M. Jeanroy, professeur de littéra-
tures méridionales à la Faculté des lettres de Paris, pour
ses éditions des Chansons de Jaufré Rudel et des Joies du
Gay savoir, ainsi que pour ses publications antérieures
d'anciennes poésies provençales. L'Académie entend d'ail-
leurs témoigner ainsi en quelle haute estime elle tient
l'auteur des Origines de la poésie lyrique en France au
moyen âge, des Mystères provençaux du XVe siècle et
d'autres écrits, où la science la plus sûre et la plus précise
s'allie à un talent des plus distingués.
Notre art du moyen âge, certainement égal en mérite
et en intérêt à la littérature du même temps, n'est pas
moins étudié de nos jours. Il était juste que cette étude
trouvât aussi parmi nous des encouragements. Le prix
Fould, d'une valeur de 5.000 francs, a pour objet de
récompenser le meilleur ouvrage sur les arts du dessin,
dans la période antérieure à la fin du xvie siècle.
Il est partagé cette année entre trois concurrents. La part
principale est attribuée à la Société française de reproduc-
tion des manuscrits à peintures. Fondée en 1910 par M. le
comte Alexandre de Laborde, cette Société s'est vouée en
quelque sorte au culte des belles peintures qui illustrent
tant de nos vieux manuscrits français. Œuvres charmantes
et délicates, souvenirs infiniment précieux, images vivantes
de ce qui n'est plus, mais images trop fragiles, toujours
menacées de destruction, soit par les accidents qu'on ne
peut prévoir, soit du fait de ces accès de barbarie furieuse
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 497
dont nous avons aujourd'hui sous les yeux le terrible spec-
tacle. Dans sa pieuse prévoyance, la Société que nous
récompensons a entrepris de les reproduire par les moyens
les plus perfectionnés que l'industrie moderne met au
service des artistes. Elle s'est attachée à cette tâche avec
amour et, depuis 1911, elle n'a pas publié moins de sept
magnifiques volumes. Ses reproductions sont de nature à
satisfaire à la fois les érudits les plus exigeants et les
hommes de goût les plus délicats. Les historiens de l'art
en France, en Flandre et en Italie, y trouveront des docu-
ments très précieux. L'Académie décerne à cette belle
et utile publication un prix de 3.000 francs.
Sur les 2.000 francs restant, une récompense de
1.500 francs est attribuée à M. de Mély, pour son ouvrage
intitulé Les Primitifs et leurs signatures. Par cette distinc-
tion, l'Académie a voulu reconnaître des mérites incontes-
tables, une érudition étendue, un zèle infatigable, qui ont
permis à l'auteur de recueillir des informations très variées,
d'enrichir son livre d'illustrations fort belles, dues en
grande partie à ses recherches personnelles. Elle se plaît à
témoigner qu'il a fait ainsi œuvre utile. Seulement, elle
entend lui laisser toute la responsabilité de sa thèse fon-
damentale, qui consiste à affirmer l'existence de signatures
d'artistes sur un grand nombre de peintures où les meil-
leurs connaisseurs ne réussissent pas à les découvrir. Elle
ne pense pas que d'ingénieuses combinaisons puissent équi-
valoir à une démonstration positive. Et elle doit exprimer
quelque regret de ce que cette œuvre d érudition prenne
trop souvent les allures d'une polémique acerbe et passion-
née.
Une autre récompense, de 500 francs, est dévolue à
M. Pierre Gusman pour un travail intitulé: La gravure sur
bois et d'épargne sur métal, du XIVe au XXe siècle. L'au-
teur, qui est lui-même graveur sur bois, a traité son sujet
en homme du métier et en artiste. Si son exposé trahit
498 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
quelque inexpérience d'écrivain, il est du moins très ins-
tructif. Les différentes techniques y sont démontrées avec
précision et avec un sentiment d'art délicat. C'est un livre
qui manquait à l'enseignement des beaux-arts et où l'on
trouvera beaucoup à apprendre.
Tous les concours dont je viens de rendre compte se
rapportaient à notre histoire nationale. Mais l'activité de
l'Académie s'étend aussi, personne ne l'ignore, à l'anti-
quité d'une part, aux civilisations de l'Orient et du Nou-
veau Monde, d'autre part. Et elle doit d'autant moins s'en
désintéresser que le cours des événements nous oblige de
plus en plus à porter nos regards, soit au loin, vers ces
nations jeunes qui enferment en elles-mêmes quelques-
unes des forces destinées à entrer en jeu tôt ou tard, soit
en arrière, vers le monde gréco-latin, source féconde des
grandes idées qui scellent aujourd'hui l'alliance des peuples
épris d'idéal humain contre ceux qu'anime l'esprit de vio-
lence et de rapacité.
Pour l'antiquité classique, nous ne disposions, cette
année, que du prix Saintour, d'une valeur de 3.000 francs.
Il nous a fallu le partager entre quatre ouvrages, que
nous aurions voulu pouvoir récompenser bien plus large-
ment.
Un prix de 1.000 francs est décerné à M. Henri Graillot,
pour son livre sur Le culte de Cyhèle, mère des dieux,
à Rome et dans l Empire romain. Œuvre considérable,
fruit d'un très long et très patient travail, qui apporte à
l'histoire si complexe des religions antiques une importante
contribution. Sous la richesse des détails que l'auteur a su
dégager et préciser, ce qui fait surtout la valeur de son
livre, c'est le souci constant de la réalité psychologique.
Nous comprenons, en le lisant, comment et pourquoi un
culte, né dans quelques cantons de l'Asie Mineure, simple,
grossier même à l'origine, a pu, en évoluant peu à peu, en
s'enrichissant d'idées et de sentiments nouveaux, conque-
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 499
rir, subjuguer des âmes, s'insinuer et s'étendre de proche
en proche, envahir enfin la ville reine, la capitale du
monde, y prendre pied si fortement qu'il devint, à un
certain moment, le plus tenace adversaire du christianisme.
Rien de plus intéressant pour quiconque cherche à sur-
prendre, dans l'intimité profonde des consciences, le phé-
nomène mystérieux de la croyance, que cette marche des
idées, où la réflexion semble avoir bien moins de part que
l'imitation spontanée, provoquée par des aspirations à la
fois confuses et puissantes.
Une autre étude d'histoire religieuse, sur La crise mon-
taniste, due k M. Pierre de Labriolle, a valu à son auteur
un prix de 800 francs. Il s'agit ici d'une secte, née elle
aussi en Phrygie, dans un foyer de christianisme exalté,
et qui a vécu environ sept siècles, malgré les condamna-
tions de l'Eglise et les rigueurs des empereurs chrétiens.
M. de Labriolle l'a étudiée en véritable historien. Ni sa
science ni son impartialité ne se laissent prendre en défaut
dans cet ouvrage, où tous les documents ont été examinés
et jugés à leur valeur. Enquêteur de bonne foi, il n'hésite
pas à reconnaître que les témoignages laissent subsister
bien des points obscurs. Mais ce qu'il a su en tirer nous
explique comment la prétendue révélation apportée par
Montan avait pu séduire un esprit aussi ferme que celui
de Tertullien et d'où est venue l'influence profonde qu'elle
a exercée sur ses mystiques sectateurs. L'Académie fran-
çaise avait déjà récompensé un ouvrage du même auteur,
qui était comme le complément de celui-ci, son étude sur
Les sources de l'histoire du montanisme. Nous sommes
heureux de joindre notre témoignage à celui de nos con-
frères.
Le reliquat du prix est partagé également entre
M. Edmond Courbaud, pour son livre sur Horace, sa vie et
sa pensée à l'époque des Epitres, et M. Pierre Noailles,
pour ses études sur les Novelles de Justinien. Le charmant
oOO SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
esprit d'Horace n'est pas de ceux qu'on enferme aisément
dans des définitions rigoureuses ni dans une chronologie
inflexible. M. Courbaud, qui le sait mieux que personne,
s'est simplement donné pour tâche de déterminer l'essen-
tiel de ses pensées à une époque bien délimitée, tout en
notant finement ses variations de sentiments et d'humeur,
ainsi que les circonstances d'où est née chaque composi-
tion. Dans ce travail d'analyse, à la fois historique et psy-
chologique, il a rencontré mainte question de philologie,
soulevée par la critique contemporaine, et surtout par
l'hypercritique allemande. Bien loin d'en avoir peur, il les
a discutées simplement, doctement, délicatement, avec une
raison saine et ferme, qui ne s'en laisse pas imposer par
le dogmatisme pédantesque, quelle qu'en soit l'étiquette.
Nous lui en avons su beaucoup de gré. — Le livre de
M. Pierre Noailles complète le travail d'ensemble entrepris
par lui sur la collection des Novelles de Justinien. Grâce à
des recherches savantes et consciencieuses, il a pu éclairer,
d'une façon qui paraît définitive, la question obscure des
sources et de la formation de ce recueil. Les études de droit
romain profiteront grandement de son travail. Chez lui
aussi, la clairvoyance et la netteté des vues s'allient à la
prudence. De tels ouvrages attestent la persistance, chez
nous, des qualités auxquelles nous devons tenir plus que
jamais.
En Orient, il n'est point de pays qui mérite plus que
l'immense empire chinois de solliciter la curiosité des
savants, par son histoire, par ses monuments, par ses
mœurs, par sa langue. Domaine presque infini, qui ne
pourra être exploré que peu à peu. L'Académie ne dispo-
sait, jusqu'ici, pour encourager cet ordre de recherches,
que du prix Stanislas Julien, de 1.500 francs, fondé en
faveur du meilleur ouvrage relatif à la Chine. Elle l'attri-
bue, cette année, à M. Bernhard Karlgren, professeur à
l'Université d'Upsal, pour ses Études sur la phonologie
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 501
chinoise. Ce savant suédois a écrit en français ce beau tra-
vail de linguistique, dont un spécialiste éminent, notre con-
frère M. Chavannes, a pu dire qu'il marquerait une date
dans les études sinologiques. Non seulement, en effet, il
abonde en renseignements nouveaux sur la détermination
et l'évolution des sons articulés dans la langue chinoise,
mais il institue une méthode et la justifie par ses premiers
résultats. L'auteur a ouvert une voie. La récompense que
l'Académie lui décerne est un hommage rendu à cette heu-
reuse initiative.
C'est aussi aux études orientales que revenait, cette
année, le prix Bordin, de 3.000 francs. Il a été partagé
également entre MM. Nau et Fagnan. M. l'abbé Nau est
un orientaliste aussi zélé qu'érudit, qui s'est adonné parti-
culièrement à l'étude du syriaque et du copte, et qui, par
ses publications nombreuses, a bien mérité de la patris-
tique. En récompensant son recueil de Mênologes des Évan-
géliaires coptes-arabes et son édition des Œuvres dAm-
monas, disciple et successeur de saint Antoine, recueillies
par lui pour la première fois, FAcadémie témoigne de son
estime pour un ensemble de travaux des plus honorables,
d'autant plus dignes de son attention qu'ils ne sont pas
de nature évidemment à passionner le grand public.
M. Fagnan, professeur à l'Université d'Alger, obtient
l'autre partie du même prix pour sa traduction de l'ouvrage
arabe de Mawerdi, intitulé Statuts gouvernementaux.
Les études relatives à l'Amérique, d'origine plus récente,
sont encore loin d'avoir pris tout le développement qu'elles
comportent. C'est pour les encourager que notre confrère
M. le duc de Loubat a fondé, il y a quelques années, le
prix de 2.000 francs qui porte son nom. Sur cette somme,
l'Académie attribue, cette année, un prix de 1.500 francs
k M. Henry Vignaud pour son ouvrage sur Améric Vespuce;
livre bien documenté, qui fait suite aux travaux antérieurs
de l'auteur sur la découverte de l'Amérique. On y retrouve
r»02 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
tous les mérites qu'il avait déjà manifestés dans ses études
sur Christophe Colomb ; il y ajoute celui de donner, à un
âge très avancé, l'exemple dune activité d'esprit et d'un
zèle d'historien vraiment infatigables. Les 500 francs res-
tant sont attribués, comme encouragement, à M. Callegari,
de Vérone, pour ses recherches sur l'ancien Mexique.
J'aurais achevé cette énumération, si nous n'avions eu,
grâce à des libéralités récentes, deux prix nouveaux à
décerner cette année.
Tout d'abord, l'Académie a reçu, pour sa participation
à la fondation Thorlet, commune à tout l'Institut, une
somme de 2.500 francs. Elle a cru répondre aux intentions
du fondateur, qui a voulu à la fois récompenser le mérite et
faire le bien, en attribuant des encouragements à des
hommes de travail, dignes d'intérêt et de sympathie. Elle
en a fait bénéficier, pour une somme de 1.500 francs,
M. Saulnier, ancien élève de l'Ecole des Chartes, en consi-
dération de l'ensemble de ses travaux; pour 1.000 francs,
M. Poitevin, auteur d'études sur la paléographie et la cal-
ligraphie ; pour 1.000 francs, M. Achille Millien, qui s'oc-
cupe de recherches sur le folk-lore nivernais.
L'autre prix est dû à une donation de M'"° la marquise
Arconati-Visconti, qui a, si largement déjà, témoigné sa
générosité à nos grands établissements scientifiques. Fondé
en mémoire et sous le nom du savant collectionneur Raoul
Duseigneur, ce prix de 3.000 francs sera attribué tous les
trois ans à des travaux concernant l'art et l'archéologie
espagnols, depuis les temps les plus anciens jusqu'à la tin
du xvie siècle. Dès cette année, l'Académie l'a attribué à
M. Leite de Vasconcellos, professeur à l'Université de Lis-
bonne, directeur du Musée ethnographique portugais. M. de
Vasconcellos jouit d'une réputation méritée, à la fois
comme archéologue, comme érudit et comme poète. Sans
parler de ceux de ses travaux qui intéressent la philolo-
gie romane, il a rendu d'éminents services aux études
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 503
d'histoire ibérique par ses deux volumes sur les Reli-
gions de la Lusitanie, par sa revue intitulée Y Archéologue
portugais. Nul n'était plus digne que lui d'inaugurer le
nouveau prix. En le lui décernant, l'Académie n'a voulu
considérer que ses titres scientifiques. Mais elle se réjouit
d'avoir pu honorer, en la personne de ce savant, le glorieux
pays de Camoëns et de Vasco de Gama, le peuple énergique
qui a tant fait pour la propagation de la civilisation latine,
et qui, aujourd'hui, s'est rangé si résolument dans le parti
des défenseurs du droit.
A côté de cette libéralité, j'en dois mentionner une autre,
d'un genre différent, mais qui procède d'une pensée égale-
ment élevée. L'Académie vient d'entrer en possession d'un
legs de Mlle Pellechet, qui lui permettra d'accorder, soit à
des municipalités, soit à des particuliers, des subventions
pour la conservation de monuments historiques de l'anti-
quité ou du moyen âge, en France et dans nos colonies. De
tels monuments sont une partie de notre patrimoine natio-
nal. Nous nous associerons de grand cœur aux intentions
de la fondatrice.
J'ai à rendre compte maintenant de l'activité scientifique
des trois écoles sur lesquelles l'Académie exerce son patro-
nage : École de Rome, École d'Athènes, École d'Extrême-
Orient.
Depuis les débuts de la guerre, elles sont pour nous
l'objet d'une sollicitude quelque peu inquiète. Presque tous
les jeunes pensionnaires ont été arrachés a leurs travaux,
a leurs projets, à nos espérances, par l'appel aux armes.
Tous ont fait vaillamment leur devoir. Un trop grand
nombre, hélas! ont succombé sur les champs de bataille;
d'autres ont disparu, sans qu'aucune nouvelle ait apporté
à leurs familles des raisons d'espoir. Ceux qui restent con-
tinuent le plus possible à travailler. Grâce à eux, nos
écoles auront traversé cette crise sans consentir à l'inaction.
L'École de Rome ne comptait, cette année, que deux
•JOi SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
membres. L'un d'eux, M. Canet, s'attachant aux études
bibliques, a profité des ressources manuscrites réunies à
Rome par une circonstance favorable pour publier à nou-
veau la version de certains fragments du Livre de Daniel
due à saint Jérôme, avec une introduction intéressante.
L'autre, M. Pocquet du Haut-Jussé, poursuit activement
ses recherches sur les relations de la papauté avec les
ducs de Bretagne. En même temps, réminent directeur
de l'École, notre confrère Mgr Duchesne, dont l'influence
rayonne bien au delà du Palais Farnèse, obtenait, pour la
continuation des Mélanges qu'il dirige, la collaboration de
quelques savants italiens, travaillant ainsi, dans son dio-
cèse franco-italien, à l'union intellectuelle et morale qui
doit associer fraternellement les peuples latins.
La Grèce a ceci de particulier qu'étant un petit Etat,
elle s'est donné deux gouvernements, entre lesquels elle
hésite et louvoie, de telle sorte que l'un, le plus récent,
animé d'un grand désir de bien faire, n'en a pas les moyens,
tandis que l'autre, l'ancien, devenu archéologique, n'en a
pas la volonté. Notre École d'Athènes, dans ces circon-
stances, pouvait être tentée de devenir une école de diplo-
matie. Mais elle pense sagement que la meilleure diploma-
tie consiste à faire simplement ce qu'on s'est engagé à faire.
Après tout, elle donne ainsi à la Grèce officielle un bon
exemple. Elle comptait, cette année, quatre pensionnaires
français, un membre belge, un professeur français en mis-
sion, et enfin un architecte. Ajoutons qu'elle est dirigée par
un savant, M. Gustave Fougères, qui est en même temps
un homme d'action et un homme de devoir. Deux de ses
champs de fouille, l'île de Thasos et la Macédoine, lui ont
été fermés par les péripéties de la guerre, malgré les ten-
tatives courageuses de MM. Lejeune et Replat. Elle s'est
rabattue sur Délos, notre Délos. pourrait-on dire, car en
vérité, l'île sainte nous appartient scientifiquement, depuis
que nos confrères, M. Homolle, par sa science et ses explo-
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 505
rations, M. le duc de Loubat, par son inépuisable généro-
sité, l'ont en quelque façon annexée à notre Académie.
Nous sommes là chez nous, presque au même titre qu'Apol-
lon lui-même. Nous y cohabitons avec lui, nous y travail-
lons pour lui, et il semble bien qu'en revanche il nous y
protège. Cette année, M. Plassart a profité d'un sursis
d'appel pour reprendre ses recherches sur les voies sacrées
par où montaient les pèlerinages vers les deux cimes du
Cynthe ; il a pu en achever l'exploration jusqu'au vieux
sanctuaire de Zeus Cynthien, qui en dominait l'un des som-
mets. Il a découvert que l'autre sommet fut consacré, vers
le 111e siècle avant notre ère, à Zeus Hypsistos, c'est-à-dire
au Très Haut, dédoublement sémitique du maître de
l'Olympe grec. Outre ses travaux sur le terrain, l'Ecole a
continué aussi, malgré la guerre, à publier son Bulletin de
correspondance hellénique. Le premier fascicule de 191G
contient le résumé de recherches exécutées par elle anté-
rieurement, en particulier de celles qui avaient été si bien
commencées sur la côte d'Asie, près de l'antique Colophon,
là où s'élevait autrefois le temple oraculaire d'Apollon
Clarios, recherches qu'il faudra reprendre après la guerre
et qui avaient déjà justifié les plus belles espérances.
Aujourd'hui, nos jeunes archéologues sont presque tous
dans notre armée d'Orient. Leur directeur nous a dit avec
émotion les grands services qu'ils y rendent, comme inter-
prètes, comme guides et comme chefs. Il nous a dit aussi
leur belle intrépidité et comment l'un d'eux, le lieutenant
Charles Avezou, a succombé, il y a quelques mois, en Macé-
doine, à la tête de sa section de zouaves, tandis qu'il fai-
sait face à une attaque bulgare. « Sa nature généreuse,
nous écrivait-il, sa verve, son intelligence le rendaient
populaire partout où il passait;... les Hellènes reconnais-
saient en lui le type achevé du Français. » Ce jeune
homme, en effet, était de ceux en qui éclatent les meilleures
qualités de notre race; il la faisait aimer. Il n'aura donc
pas vécu inutilement.
S06 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
De notre Ecole d'Extrême-Orient, je ne dirai que quelques
mots. Privée par la guerre de son directeur et de presque
tout son personnel, elle a trouvé le moyen de vivre, c'est-
à-dire d'entretenir là-bas, dans cette lointaine Indochine, le
bon renom de la France. L'honneur en revient au directeur
intérimaire, M. Finot, et à ses quelques collaborateurs,
particulièrement à MM. Parmentier, Henri Maspero, Mar-
chai et Gœdès. Grâce à eux, le Bulletin de l'Ecole a con-
tinué à paraître, et, ce qui n'est pas moins méritoire, les
travaux de déblaiement et de recherches, entrepris à Angkor
et sur plusieurs autres points, n'ont pas été abandonnés.
L Ecole a eu malheureusement à déplorer la mort tragique
de M. Gommaille, conservateur des monuments d'Angkor,
assassiné le 29 avril 1916. Témoignage douloureux des
dangers qui menacent parfois ces missionnaires de la science
et du courage tranquille avec lequel ils les affrontent.
Il me reste, Messieurs, un triste devoir à remplir. J'ai à
rappeler, en terminant, le souvenir de ceux de nos confrères
que nous avons eu la douleur de perdre depuis un an.
C'est d'abord un des plus éminents représentants des
études de grammaire comparée, Michel Bréal. Vous enten-
drez tout à l'heure son éloge, qu'un autre de nos confrères
disparus, notre regretté Secrétaire perpétuel, Gaston Mas-
pero, avait achevé de composer, lorsque lui-même nous fut
enlevé. L'hommage qu'il rendait à Michel Bréal vous sera
lu dans quelques instants par celui de nos confrères qui lui
a succédé dans ce poste d'honneur et de confiance, auquel
l'appelaient naturellement sa grande renommée d'épigra-
phiste et la haute estime qui s'attache à son caractère. Je
n'ai donc pas à remémorer les travaux de Bréal ni sa vie si
bien remplie. Je dois seulement inscrire pieusement son
nom dans cet hommage collectif à nos morts, comme celui
d'un des savants qui nous ont fait le plus d'honneur et qui
ont le mieux représenté parmi nous quelques-unes des qua-
lités vraiment caractéristiques de l'esprit français.
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 507
Le 15 avril dernier, la mort nous enlevait un des maîtres
de l'indianisme, Auguste Barth, qui avait conservé, dans
l'extrême vieillesse, toutes ses remarquables qualités. Son
Histoire des religions de l'Inde, qui avait établi sa réputa-
tion, restera comme un monument durable d'une science
aussi étendue que scrupuleuse, d'une intelligence historique
aussi lucide que compréhensive. Ce grand savant, si simple,
si modeste, si attable, était la loyauté personnifiée. Il ins-
pirait à la fois la sympathie et le respect. Alsacien de nais-
sance et de cœur, il est mort trop tôt pour voir se réaliser
le vœu le plus ardent de son àme de patriote, mais il est
mort plein de confiance dans la victoire libératrice.
Moins de trois mois après, le 30 juin, c'était celui que je
viens de nommer à l'instant, notre cher et illustre Secré-
taire perpétuel, Gaston Maspero, qui succombait au milieu
de nous, subitement, pendant notre séance hebdomadaire.
Tout le monde sait avec quelle autorité et quel éclat il
représentait cette science d'origine française, l'égyptologie,
dans laquelle il s'est montré le digne successeur de Cham-
pollion et de Mariette. Plus tard, il conviendra que cette
belle existence, si active, si féconde en œuvres, soit expo-
sée ici et louée comme elle le mérite. Je ne peux aujour-
d'hui qu'en résumer en quelques mots les traits essentiels.
Doué d'une intelligence curieuse et pénétrante, d'un esprit
aussi capable d'observation patiente que d'intuition, d'une
mémoire excellente, d'une puissance de travail presque
invraisemblable, Maspero a pu, grâce à une volonté forte
et réfléchie, mettre à profit toutes ses facultés, réaliser
en œuvres tout ce qu'il avait conçu. Professeur au Collège
de France, il y a continué avec honneur l'enseignement
d'Emmanuel de Rougé. Historien et archéologue, il a
écrit, non seulement de savants mémoires qui ont marqué
autant de progrès de l'égyptologie, mais aussi des œuvres
de longue haleine, comme sa belle Histoire des peuples
de l'Orient classique, monument durable, où tant de
508 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
science s unit à un remarquable talent d'exposition. Là,
comme dans ses livres de vulgarisation archéologique,
il a fait revivre l'ancien Orient, l'Egypte particulièrement,
dont il a décrit, avec une si vive précision, les mœurs, les
idées, les monuments. Directeur de l'Ecole du Caire et du
Service des Antiquités égyptiennes, il s'est révélé adminis-
trateur excellent, négociateur habile, organisateur métho-
dique de travaux et de recherches. Les fouilles qu'il a exé-
cutées personnellement, comme celles dont il fut l'inspira-
teur, ont été l'occasion de découvertes retentissantes. Déga-
geant du sable les antiques sanctuaires, rendant au jour
les nécropoles enfouies, exhumant parfois les vieux rois
eux-mêmes, qui dormaient depuis des siècles dans leurs
cachettes souterraines, il apparaissait de loin comme une
sorte de vainqueur pacifique, qui reprenait à l'oubli ce qu'il
avait enseveli et le rendait à l'histoire. L'Europe savante
l'admirait, la France était fière de lui. On ne savait guère
ce que cette œuvre glorieuse lui coûtait de peines et de
fatigues, ce qu'il y mettait de dévouement passionné et
comment il s'y consumait peu à peu. Chaque année, nous
le voyions revenir, toujours énergique, toujours aussi décidé
à suivre sa voie jusqu'au bout. Et nous le retrouvions
alors, nous, ses confrères et ses vieux amis, tel que nous
l'avions toujours connu, simple et familier, portant sans
aucune trace d'ostentation sa renommée qui grandissait.
Appelé par nos suffrages unanimes, en 1912, à remplacer
Georges Perrot comme Secrétaire perpétuel, il n'a pu rem-
plir ces fonctions que bien peu de temps. Il nous a quittés
prématurément, usé par ses longs travaux, mais surtout
frappé au cœur par la mort d'un fils qu'il avait lui-même
orienté dans les voies de la sience et qui a donné sa vie au
champ d'honneur en combattant pour la France. A ce nom,
deux fois glorieux, la patrie doit un souvenir doublement
reconnaissant.
Le mois dernier, nous avons vu s'éteindre un de nos
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 509
membres libres, l'abbé Henri Thédenat. Archéologue et
épigraphiste, il a marqué sa place dans la science par des
études qui ont obtenu les suffrages des meilleurs juges et
où l'érudition précise s'allie à la clarté, à la bonne méthode.
Il était connu du public qui voyage et qui s'intéresse aux
choses de l'antiquité par des ouvrages sur le Forum romain
et sur Pompei, qui ont eu, l'un et l'autre, les honneurs
d'une réédition. Il les avait préparés par des visites répé-
tées aux lieux célèbres qu'il voulait faire connaître. Tout
dans ses descriptions avait été vu et vérifié par lui-même ;
et il savait, en s aidant des témoignages anciens, évoquer,
autour des vieux monuments, les scènes dont ils furent
jadis les témoins. Prêtre de l'illustre congrégation de l'Ora-
toire, il l'a honorée par sa science, par son talent, par ses
vertus. Il fut directeur de la maison de Juilly et professeur
à l'Ecole des hautes études ecclésiastiques du collège
Massillon. Assailli au seuil de la vieillesse par de dures
épreuves, il les supporta avec la douceur, la résignation
sereine qui étaient un des charmes de sa nature. Il laisse
parmi nous le souvenir d'un homme de grand mérite, bon
et obligeant, aussi digne d'estime pour son caractère que
pour son grand et solide savoir.
Il y a quelques jours seulement, nous rendions les der-
niers devoirs à un autre de nos membres libres, au marquis
Melchior de Vogué, mort, à quatre-vingt-sept ans passés,
dans la pleine possession de sa forte intelligence. Peu
d'existences ont été plus belles que la sienne. Descendant
d'une ancienne et illustre famille, il a tenu à justifier sa
noblesse par le meilleur emploi de ses brillantes facultés.
Archéologue, épigraphiste, historien, diplomate, il s'est
honoré lui-même et il a honoré la France par tout ce qu'il
a fait. Il était entré dans notre Compagnie en 1808, comme
un des représentants, ou plutôt comme le rénovateur en
France, des études araméennes. Pendant de longues années,
il a dirigé la publication du Recueil des inscriptions sémi-
SlO SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
tiques avec une science égale à son zèle. Quand le pavs
eut besoin de lui pour représenter et défendre ses intérêts
nationaux en Orient, il répondit sans hésiter à l'appel qui
lui était adressé par Thiers. Ambassadeur de France à
Gonstantinople, de IS71 à 187.'). puis à Vienne, de 187o a
1879. il rendit, dans cette période difficile, les plus grands
services. Rentré en 1879 dans la vie privée, il manifesta,
par la publication des Mémoires de Villars, par ses études
sur cet homme de guerre, par d'autres travaux encore sur
le xviic siècle, un rare mérite d'historien et d'écrivain.
L'Académie française l'élut en 1901 comme successeur du
duc Albert de Broglie. Ses dernières années ont été sur-
tout consacrées à faire le bien. Président de la Société des
Agriculteurs de France, de la Société de secours aux blessés,
de la Croix rouge française, il se multipliait pour ne man-
quer à aucun devoir. Sa bonté, sa simplicité lui attiraient
l'affection de tous. La beauté de son caractère autant que
sa science et son talent commandaient le respect et l'admi-
ration. Il n'y a pas une seule ombre dans le souvenir que
nous gardons de ce grand serviteur du pays.
Parmi nos correspondants nationaux, nous avons perdu
récemment M. Auguste Prudhomme, archiviste de l'Isère,
un de ces savants attachés de cœur à leur province natale
et qui se donnent à elle tout entiers. Il s'était comme con-
sacré aux archives du Dauphiné. Il a beaucoup fait par son
activité, par son dévouement professionnel, par ses publi-
cations, pour mettre en valeur ces documents de notre his-
toire. Le pays ne doit pas être indifférent à l'égard de ces
excellents travailleurs qui ne veulent rien laisser perdre de
son passé.
Ces disparitions plus ou moins récentes, s'ajoutant à
d'autres qui ont été déjà rappelées ici, ont laissé parmi nous
des vides douloureux. Ces vides, Messieurs, nous n'avons
pas pu nous décider jusqu'ici à essayer de les combler.
Peut-être attendrons-nous, pour le faire, que la France,
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 511
victorieuse et rassérénée, puisse de nouveau se livrer sans
trouble aux œuvres fécondes de la paix. Il nous semble
qu'en cette crise si longue nous sommes semblables à des
voyageurs qui stationneraient, aux dernières heures d'une
nuit d'orage, en attendant l'aube. Et voici déjà que nous la
voyons blanchir à l'horizon. Elle va se lever sur le monde,
qui s'étonnera presque de vivre encore, après cette tempête
et ce déluge de sang. Elle se lèvera, radieuse, sur une huma-
nité instruite par la souffrance, et qui, sans doute, déli-
vrée des puissances malfaisantes, sentira le besoin de se
faire à elle-même une vie meilleure par plus de justice et
plus de bonté. Nous aurons alors à rassembler nos forces, à
nous reconstituer pour l'œuvre de réparation et d'expan-
sion. En le faisant, nous accomplirons la pensée de nos
morts. Tous, ceux qui sont tombés dans la mêlée comme
ceux qui ont consumé leur vie dans les travaux de l'esprit,
tous indistinctement ont eu en vue la grandeur de la France ;
tous lui ont apporté une contribution d'honneur et de
beauté. Il s'agira, pour leur être fidèles, de la faire plus
glorieuse encore. Le rôle magnifique qu'elle vient de jouer
depuis trois ans, l'a comme revêtue d'une splendeur incom-
parable. Elle a fait la guerre malgré elle; elle l'a faite
héroïquement. Victorieuse, elle ne tirera pas de ses succès
un vain orgueil ; elle ne se laissera pas enivrer par des
ambitions malsaines. Mais, parce qu'elle a souffert cruelle-
ment pour sa liberté et pour celle des autres, elle revendi-
quera le droit de travailler, de concert avec ceux qui ont
comme elle le culte de l'honneur et de l'humanité, à la
grande œuvre commune de réparation et de progrès, qui
va s'imposer à toutes les nations civilisées.
1916. 28
512 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
II. JUGEMENT DES CONCOURS
PRIX DU BUDGET (2.000 fï.)
L'Académie avait proposé, pour l'année 1916, le sujet suivant :
Étudier la fabrication et le commerce des draps dans une. région
de la France au moyen âge.
Aucun mémoire n'ayant été adressé au concours sur le sujet pro-
posé, la question a été retirée et remplacée par la suivante, pour le
prix ordinaire à décerner en 1919 :
Les institutions militaires, en France, de la mort de Louis XI à la
findes guerres d'Italie (1559).
ANTIQUITÉS DE LA FRANCE
La commission des Antiquités de la France a attribué :
La 2e médaille (1.000 fr.) à M.Pierre Gautier, archiviste de la
Haute-Marne, pour sou mémoire intitulé : Éludes diplomatiques sur
les actes des évêques de Langres, du VIIe siècle à 1 136.
La 3e médaille (500 fr.) à M. E. Morel pour son ouvrage : Le plan
d'Arras en 1382.
PRIX DE NUMISMATIQUE DUCHALAIS 1 1.000 fY.)
Le prix de numismatique fondé par Mme veuve Duchalais (numis-
matique du moyen âgei a été décerné à M. Adolphe Dieudonné, con-
servateur adjoint au département des médailles à la Bibliothèque
nationale, pour son Manuel de numismatique française.
PRIX FONDÉ PAR LE BARON GOBERT (10.000 fr.)
pour le travail le plus savant et le plus profond sur l'histoire
de France et les études qui s'y rattachent.
L'Académie a décerné le premier prix à M. Roland Delachenal,
pour le tome III de son Histoire de Charles V ;
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 513
Le second prix à M. l'abbé Dussert, pour son ouvrage sur Les
États du Dauphiné aux XIVe et XVe siècles.
prix bordin (3.000 fr.)
La commission du prix Bordin, réservé cette année aux ouvrages
sur l'Orient, a partagé le prix entre M. E. Fagnan, pour son volume :
Mawerdi. Les statuts gouvernementaux ou règles de droit public ;
Et M. l'abbé F. Nau, pour ses Ménologes des Évangéliaires coptes-
arabes et pour son ouvrage sur Animonas, successeur de saint Antoine.
prix louis fould (5.000 fr.)
Ce prix biennal, destiné à l'auteur du meilleur ouvrage sur l'his-
toire des arts du dessin, en s'arrêtant à la fin du xvie siècle, a été
partagé de la façon suivante :
1° Un prix de 3.000 francs, à la Société française de reproduction
de manuscrits à peintures ;
2° Une récompense de 1.300 francs à M. de Mély, pour son ouvrage :
Les Primitifs et leurs signatures;
3° Une récompense de 500 francs à M. Pierre Gusman, pour son
ouvrage : La gravure sur bois et d'épargne sur métal, du XIVe au
XXe siècle.
PRIX STANISLAS JULIEN (1.500 fr.)
La commission du prix Stanislas Julien a décerné le prix
à M. Bernard Karlgren, docteur de l'Université d'Upsal, pour son
livre en français intitulé : Études sur la phonologie chinoise.
prix delalande-guérineau (1.000 fr.)
Le prix Delalande-Guérineau destiné, cette année, à récompenser
le meilleur ouvrage relatif au moyen âge ou à la Renaissance, a été
décerné à MM. Bernard et Henri Prost pour leur ouvrage intitulé :
Inventaires des ducs de Bourgogne.
prix de la grange (1.000 fr.)
La commission du prix de La Grange (publication du texte d'un
poème inédit des anciens poètes de la France) a décerné le prix à
:\\ï SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
M. Jeanroy pour ses deux publications intitulées : Les Chansons de
Jaufré Rudel et Les Joies du Gay Savoir, et pour l'ensemble de ses
publications antérieures d'anciennes poésies provençales.
PRIX DU DUC DE LOUBAT (3.000 fr.)
Ce prix, destiné au meilleur ouvrage imprimé concernant l'his-
toire, la géographie, l'ethnographie et la linguistique du Nouveau
Monde, a été attribué de la manière suivante :
1° Un prix de 2.500 francs à M. Henry Vignaud, pour son ouvrage
sur Améric Vespuce ;
2° Une récompense de 500 francs au professeur Callegari, de
Vérone, pour l'ensemble de ses éludes américaines.
NOUVELLE FONDATION DE M. LE DUC DE LOUBAT (6.000 fr.)
L'Académie a appelé, cette année, six personnes au bénéûce de
cette fondation, destinée soit à venir en aide aux savants momenta-
nément arrêtés dans leurs travaux par le manque de ressources
matérielles ou la maladie, soit à secourir leurs parents, etc.
PRIX JOSEPH SAINTOUR (3.000 fr.)
La commission du prix Saintour, destiné à des ouvrages relatifs
à l'antiquité classique, a partagé le prix de la façon suivante :
1° 1000 francs à M. Graillot, professeur à la Faculté des .lettres
de Toulouse, pour son ouvrage: Le culte de Cybèle ;
2° 800 francs à M. F. de Labriolle, professeur à l'Université de
Fribourg, pour son ouvrage : La crise montaniste ;
3° 600 francs à M. Edmond Courbaud, professeur adjoint à la
Sorbonne, pour son ouvrage sur Horace ;
4° 600 francs à M. P. Noailles, chargé de cours à la Faculté de
droit de Grenoble, pour son ouvrage : Les collections de Novelles
de Justinien.
PRIX GABRIEL-AUGUSTE PROST
La commission du prix Auguste Prost, destiné à récompenser les
travaux historiques sur Metz et les pays voisins, a accordé, sur
les revenus de cette fondation, les récompenses suivantes :
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 51")
600 francs à M. Duvernoy, archiviste de Meurthe-et-Moselle,
pour son ouvrage: Les actes des ducs de Lorraine jusqu'au XIIe siècle;
600 francs à M. Chevreux, sous-préfet de Ribérac, pour son
ouvrage : Les institutions communales d'Epinal sous les évêques de
Metz.
PRIX RAOUL DUSEIGNEUR
(fondé par Mme la marquise Arconati-Visconti), triennal, 3.000 fr.
Mme la marquise Arconati-Visconti a fait don entre vifs, à l'Aca-
démie des inscriptions et belles-lettres, de la somme nécessaire pour
la fondation d'un prix triennal de 3.000 francs pour être décerné à
des travaux concernant aussi bien l'art et l'archéologie espagnols
depuis les temps les plus anciens jusqu'à la fin du xvie siècle, que
les trésors artistiques ou archéologiques de ces mêmes époques
conservés dans les collections publiques ou privées de l'Espagne.
Ce prix devra porter le nom de Raoul Duseigneur pour conserver
la mémoire d'un amateur très distingué, qui a toujours porté un
grand intérêt à l'histoire de l'art espagnol qu'il connaissait à fond.
Conformément au désir exprimé par Mme la marquise Arconati-
Visconti, un prix extraordinaire de 3.000 francs devait être décerné,
pour la première fois, en 1916 ; il l'a été à M. Leite de Vasconcellos,
archéologue et professeur à l'Université de Lisbonne, pour l'en-
semble de ses travaux d'archéologie hispanique.
PRIX THORLET (4.000 fi*.)
Les revenus de cette fondation seront employés par l'Institut à la
distribution de prix de toute espèce : prix de vertu, prix d'encoura-
gement pour des œuvres sociales ou d'érudition s'occupant d'histoire
ou d'art, en particulier de peinture...
L'Académie a attribué sur les revenus de la fondation :
1° Un prix de i.500 fr. à M. Eugène Saulnier, pour l'ensemble de
ses ouvrages d'érudition ;
2° Un prix de 1.000 francs à M. Achille Millien, pour ses recherches
sur le folk-lore du Nivernais;
3° Un prix de 1.000 francs à M. Poitevin, pour ses recherches sur
la paléographie et la calligraphie.
516 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
III. EMPLOI DES REVENUS DES FONDATIONS
FONDATION PIOT
L'Académie a attribué, sur les arrérages de la fondation, les sub-
ventions suivantes:
1.500 francs à M. Merlin, directeur des antiquités et arts
de la Régence de Tunis, pour continuer ses fouilles à Thuhurbo
Majus ;
3.000 francs au R. P. Delattre, pour continuer son exploration
de la basilique chrétienne qu'il a découverte récemment à
Carthage ;
2.000 francs à M. Gsell, pour une mission épigraphique en
Algérie ;
2.000 francs à M. le Dr Carton pour continuer les fouilles de
Bulla. Régla.
517
IV. DÉLIVRANCE DES DIPLOMES
D ARCHIVISTE PALEOGRAPHE
En exécution des prescriptions d'une lettre du Ministre de l'ins-
truction publique en date du 2 février 1833, l'Académie déclare que
les élèves de l'Ecole des Chartes qui ont été nommés archivistes
paléographes par arrêté ministériel du 21 avril 1916, conformément à
la liste dressée par le Conseil de perfectionnement de cette École,
sont par ordre de mérite :
1. M. Pierre d'Espezel ;
2. M. Jacques de Pont-Réaulx.
51 (S SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
V. ANNONCE DES CONCOURS
DONT LES TERMES EXPIRENT
en 1917, 1918, 1919 et 1920.
PHIX ORDINAIRES DE l' ACADÉMIE
L'Académie rappelle qu'elle a proposé les questions suivantes :
1° Pour l'année 1917 :
Etude critique et bibliographique de la Germanie de Tacite.
2° Pour l'année 1918 :
Etude grammaticale sur une des langues nouvellement découvertes
de VAsie centrale.
L'Académie propose, en outre, pour l'année 1919, le sujet suivant :
Les institutions militaires en France, de la mort de Louis XI à la
fin des guerres d'Italie (1559).
Les mémoires sur chacune de ces questions devront être déposés
au Secrétariat de l'Institut, avant le 1er janvier de l'année du con-
cours '.
Chacun de ces prix est de la valeur de deux mille francs.
ANTIQUITÉS DE LA FRANCE
Trois médailles, de la valeur de quinze cents francs la première,
mille francs la deuxième, et cinq cents francs la troisième, seront
décernées en 1917 aux meilleurs ouvrages manuscrits ou publiés dans
le cours des années 1915 et 1916 sur les antiquités de la France, qui
auront été déposés en double exemplaire, s'ils sont imprimés, au
Secrétariat de l'Institut, avant le 1er janvier 1917. — Les ouvrages de
numismatique ne sont pas admis à ce concours.
Le concours est annuel.
1. Voir p. 433 les Conditions générales des concours.
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 519
PRIX DE NUMISMATIQUE
I; Le prix de numismatique fondé par M. Allier de Hauteroche
sera décerné, en 1917, au meilleur ouvrage de numismatique ancienne
qui aura été publié en 1916.
II. Le prix de numismatique fondé par Mme veuve Duchalais sera
décerné, s'il y a lieu, en 1918, au meilleur ouvrage de numismatique
du moyen âge qui aura été publié en 1917.
Chacun de ces prix est de la valeur de mille francs.
Les ouvrages, pour chacun de ces prix, devront être déposés, en
double exemplaire, au Secrétariat de l'Institut, avant le 1er janvier de
l'année du concours.
PRIX FONDÉS PAR LE BARON GOBERT (10.000 fr.)
Pour l'année 1917, l'Académie s'occupera, à dater du 1er janvier, de
l'examen des ouvrages qui auront paru depuis le 1er janvier 1916 et
qui pourront concourir aux prix annuels fondés par le baron Gobert.
En léguant à l'Académie des inscriptions et belles-lettres la moitié
du capital provenant de tous ses biens, après l'acquittement des frais
et des legs particuliers indiqués dans son testament, le fondateur a
demandé « que les neuf dixièmes de l'intérêt de cette moitié fussent
proposés en prix annuel pour le travail le plus savant et le plus pro-
fond sur l'histoire de France et les études qui s'y rattachent, et l'autre
dixième pour celui dont le mérite en approchera le plus; déclarant
vouloir, en outre, que les auteurs des ouvrages couronnés continuent
à recevoir, chaque année, leur prix jusqu'à ce qu'un ouvrage meilleur
le leur enlève, et ajoutant qu"il ne pourra être présenté à ce concours
que des ouvrages nouveaux ».
Tous les volumes d'un ouvrage en cours de publication, qui n'ont
point encore été présentés au prix Gobert, seront admis à concourir,
si le dernier volume remplit toutes les conditions exigées par le pro-
gramme du concours.
Sont admis à ce concours les ouvrages composés par des écrivains
étrangers à la France.
Sont exclus de ce concours les ouvrages des membres ordinaires
ou libres et des associés étrangers de l'Académie des inscriptions et
belles-lettres.
L'Académie rappelle aux concurrents que, pour répondre aux inten-
tions du baron Gobert, qui a voulu récompenser les ouvrages les
T)20 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
plus savants et les plus profonds sur l'histoire de France et les études
qui s'y rattachent, ils doivent choisir des sujets qui n'aient pas encore
été suffisamment approfondis par la science. La haute récompense
instituée par le baron Gobent est réservée à ceux qui agrandissent
Le domaine de la science en pénétrant dans des voies inexplorées.
Six exemplaires de chacun des ouvrages présentés à ce concours
devront être déposés au Secrétariat de l'Institut (délibération du 27
mars 1840) avant le Ie1' janvier 1917, et ne seront pas rendus.
Ce concours est annuel.
prix bordin (3.000 fr.)
M. Bordin, notaire, voulant contribuer au progrès des lettres, des
sciences et des arts, a fondé, par son testament, des prix annuels qui
sont décernés par chacune des cinq classes de l'Institut.
L'Académie des inscriptions et belles-lettres a décidé que, à partir
de l'année 1904, le prix annuel de la fondation Bordin sera destiné à
récompenser successivement, tous les trois ans, des ouvrages rela-
tifs : 1° à l'Orient; 2° à l'antiquité classique; 3° au moyen âge ou à
la Benaissance.
En conséquence, le prix Bordin sera décerné :
En 1917, au meilleur ouvrage relatif à l'antiquité classique publié
depuis le 1er janvier 1914;
En 1918, au meilleur ouvrage relatif au moyen âge ou à la Benais-
sance publié depuis le 1er janvier 1915 ;
En 1919, au meilleur ouvrage relatif aux études orientales publié
depuis le 1er janvier 1916.
Deux exemplaires de chacun des ouvrages présentés devront
être déposés au Secrétariat de l'Institut, avant le 1er janvier de
l'année du concours.
PRIX EXTRAORDINAIRE BORDIN (3.000 fr.)
L'Académie a décidé que le prix extraordinaire Bordin, qui est
biennal, sera décerné :
En 1917, au meilleur ouvrage sur le sujet suivant :
Étudier les relations littéraires de la France et de l'Angleterre pen-
dant la Guerre de Cent ans.
Dépôt des ouvrages au Secrétariat de l'Institut avant le 1er jan-
vier 1917.
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE o2i
L'Académie décide, en outre, que, s'il y a lieu, c'est-à-dire au cas
où aucun mémoire ne serait déposé, ou encore si les travaux étaient
insuffisants, elle admettra exceptionnellement au concours les
ouvrages manuscrits ou imprimés relatifs au moyen âge ou à la
Renaissance parvenus à sa connaissance.
PRIX LOUIS FOULD (5.000 fl\)
. Après la délivrance du prix de vingt mille francs, fondé par
M. Fould, un prix biennal de cinq mille francs a pu être institué, d'ac-
cord avec ses héritiers, sur les revenus de la même fondation, en
faveur de l'auteur du meilleur ouvrage sur l'histoire des arts du
dessin, jusqu'à la fin du xvie siècle.
Ce prix sera décerné en 1918.
Les ouvrages imprimés devront être écrits ou traduits en français
ou en latin et déposés, en double exemplaire, au Secrétariat de
l'Institut, avant le 1er janvier 1918 '.
PRIX DE LA FONS-MÉLICOCQ (1.800 fl\)
Un prix triennal de dix-huit cents francs a été fondé par M. de
La Fons-Mélicocq, en faveur du meilleur ouvrage sur l'histoire et
les antiquités de la Picardie et de l'Ile-de-France (Paris non compris).
L'Académie décernera ce prix, s'il y a lieu, en 1917; elle choisira
entre les ouvrages manuscrits ou publiés en 1914, 1915 et 1916, qui
lui auront été adressés en double exemplaire , s'ils sont imprimés,
avant le 1er janvier 1917.
prix rrunet (3.000 fr.)
M. Brunet, par son testament en date du 14 novembre 1867, a
fondé un prix triennal de trois mille francs pour l'ouvrage de biblio-
graphie savante que l'Académie des inscriptions jugerait le plus
digne de cette récompense.
L'Académie décernera, en 1918, le prix au meilleur des ouvrages
de bibliographie savante publiés en France dans les trois dernières
années et dont deux exemplaires auront été déposés au Secrétariat de
l'Institut avant le 1er janvier 1918.
1. Par décision de l'Académie du 22 mai 1908, les ouvrages manuscrits
sont exclus de ce concours.
o22 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
PRIX STANISLAS JULIEN (1.500 fl\)
Par son testament en date du 26 octobre 1872, M. Stanislas Julien,
membre de l'Institut, a légué à l'Académie des inscriptions et
belles-lettres une rente de quinze cents francs pour fonder un prix
annuel en faveur du meilleur ouvrage relatif à la Chine.
L'Académie décernera ce prix en 1917.
Les ouvrages devront être déposés, en double exemplaire, au Secré-
tariat de l'Institut, avant le 1er janvier 1917.
PRIX DELALANDE-GUÉRINEAU (1.000 fr.)
Mme Delalande, veuve Guérineau, par son testament en date du
16 mars 1872, a légué à l'Académie des inscriptions et belles-lettres
une somme de vingt mille francs (réduite à dix mille francs), dont les
intérêts doivent être donnés en prix tous les deux ans, au nom de
Delalande-Guérineau, à la personne qui aura composé l'ouvrage jugé
le meilleur par l'Académie.
L'Académie décide que le prix Delalande-Guérineau sera décerné,
en 1918, au meilleur ouvrage relatif au moyen âge ou à la Renais-
sance.
Les ouvrages manuscrits ou publiés depuis le 1er janvier 1916, desti-
nés à ce concours, devront être déposés, en double exemplaire, s'ils
sont imprimés, au Secrétariat de l'Institut, avant le 1er janvier 1918.
PRIX JEAN REYNAUD 10.000 fr.)
Mme veuve Jean Reynaud , « voulant honorer la mémoire de son
« mari et perpétuer son zèle pour tout ce qui touche aux gloires de
« la France », a, par un acte en date du 3 décembre 1878, fait dona-
tion à l'Institut d'une rente de dix mille francs, destinée à fonder un
prix annuel, qui doit être successivement décerné par chacune des
cinq Académies.
Conformément au vœu exprimé par la donatrice, « ce prix sera
« accordé au travail le plus méritant, relevant de chaque classe de
» l'Institut, qui se sera produit pendant une période de cinq ans.
« Il ira toujours à une œuvre originale, élevée, et ayant un carac-
« tère d'invention et de nouveauté.
« Les membres de l'Institut ne seront pas écartés du concours.
<< Le prix sera toujours décerné intégralement.
« Dans le cas où aucun ouvrage ne paraîtrait le mériter entière-
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
323
ment, sa valeur serait délivrée à quelque grande infortune scienti-
fique, littéraire ou artistique.
« Il portera le nom de son fondateur Jean Reynaud. »
L'Académie aura à décerner ce prix en 1920.
PRIX DE LA GRANGE (1.000 fr.)
M. le marquis de La Grange, membre de l'Académie, par son tes-
tament en date du 4 août 1871, a légué à l'Académie des inscriptions
et belles-lettres une rente annuelle de mille francs destinée à fonder
un prix annuel en faveur de la publication du texte d'un poème
inédit des anciens poètes de la France; à défaut d'une œuvre inédite,
le prix pourra être donné au meilleur travail sur un ancien poète déjà
publié.
Ce prix sera décerné en 1917.
PRIX DU DUC DE LOUBAT (3.000 fl\)
M. le duc de Loubat, membre de l'Institut et de la New-York Hislo-
rical Society, a fait don à l'Académie des inscriptions et belles-lettres
d'une rente annuelle de mille francs, pour la fondation d'un prix de
trois mille francs, qui sera décerné, tous les trois ans, au meilleur
ouvrage imprimé concernant l'histoire, la géographie, Varchéologic,
V ethnographie et la linguistique du Nouveau Monde.
Ce prix sera décerné en 1919.
Seront admis au concours les ouvrages publiés, en langue latine,
française ou italienne, depuis le lePjanvier 1916.
Les ouvrages présentés à ce concours devront être déposés en
double exemplaire, avant le 1er janvier 1919, au Secrétariat de
l'Institut.
Le lauréat, outre les exemplaires adressés pour le concours, devra
en délivrer trois autres à l'Académie, qui les fera parvenir, un au
Columbia Collège, à New- York, le deuxième à la New-York Hislorical
Society de la même ville, et le troisième à l'Université catbolique de
Washington.
NOUVELLE FONDATION DE M. LE DUC DE LOUBAT (6.000 fl\)
Par actes du 20 octobre 1910 et du 28 mars 1911, M. le duc de
Loubat, membre de l'Institut, a fait donation entre vifs à l'Académie
des inscriptions et belles-lettres de deux titres de rente annuelle
de trois mille francs chacun. « Cette fondation, dit le donataire,
524 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
a pour objet et pour but de parer aux difficultés de la vie maté-
rielle qui pourront entraver les recherches scientifiques, soit que
ces difficultés refusent les loisirs nécessaires à ceux qui voudraient
s'engager dans cette voie, soit qu'elles leur enlèvent la liberté
d'esprit dont ils ont besoin, qu'elles les troublent par les inquié-
tudes qu'ils peuvent concevoir sur le sort réservé à leur vieillesse,
ou à la famille qu'ils risquent de laisser après leur mort dans
une situation étroite et pénible. En conséquence, les fonds pro-
duits par cette Fondation seront attribués, sous telle forme qui
sera déterminée par l'Académie, aux études qui rentrent dans l'ordre
de celles que l'Académie patronne et encourage. Ils serviront aussi
à venir en aide aux savants momentanément arrêtés dans leurs tra-
vaux par le manque de ressources matérielles ou par la maladie,
ou à secourir les parents, veuves, ascendants, descendants ou col-
latéraux, que la position précaire ou le décès de ces savants laisse-
rait dans l'embarras. »
L'Académie réalisera en 1917 les généreuses intentions du dona-
teur.
FONDATION JOSEPH SAINTOUR (3.000 fl\)
L'Académie rappelle que ce prix, de la valeur de trois mille francs,
sera décerné dans l'ordre suivant :
En 1917, au meilleur ouvrage relatif au moyen âge ou à la Renais-
sance, publié depuis le 1er janvier 1914 ;
En 1918, au meilleur ouvrage relatif aux études orientales publié
depuis le 1er janvier 1915 ;
En 1919, au meilleur ouvrage relatif à l'antiquité classique, publié
depuis le 1er janvier 1916.
Seront admis au concours les ouvrages, manuscrits ou imprimés,
d'auteurs français.
Les ouvrages destinés à ces concours devront être déposés, en
double exemplaire, s'ils sont imprimés, au Secrétariat de l'Institut,
avant le 1er janvier de Tannée du concours.
PRIX ESTRADE-DELCROS (8.000 fr.)
M. Estrade-Delcros, par son testament en date du 8 février 1876,
a légué toute sa fortune à l'Institut. Le montant de ce legs a été,
selon la volonté du testateur, partagé, par portions égales, entre les
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 525
cinq classes de l'Institut, pour servir à décerner, tous les cinq ans, un
prix de la valeur de huit mille francs.
Ce prix sera décerné par l'Académie des inscriptions et belles-
lettres, en 1917, à une œuvre rentrant dans les ordres d'études
dont elle s'occupe et publiée dansles cinq années précédentes.
PRIX DE CHÉNIER (2.000 IV.)
Mme Adélaïde-Élisa Frémaux, veuve de M. Louis-Joseph-Gabriel
de Chénier, a légué à l'Académie des inscriptions et belles-lettres
une somme de quatorze mille francs, « pour le revenu être donné
« en prix, tous les cinq ans, à l'auteur de la méthode que ladite
« Académie aura reconnue être la meilleure, la plus simple, la plus
« prompte, la plus efficace pour l'enseignement de la langue
« grecque ».
Par suite d'un accord survenu, le 2 juillet 1909, avec les héritiers
de la fondatrice du prix, il a été ajouté au programme ci-dessus la
clause suivante :
(( A défaut d'un ouvrage répondant exactement aux termes de la
« fondation, l'Académie pourra donner le prix à l'ouvrage qui lui
« paraîtra être le plus utile à l'étude de la langue et de la littérature
« grecques, pourvu qu'il ait été publié dans les quatre années qui
« seront écoulées depuis que ce prix aura été décerné. »
L'Académie décernera ce prix en 1919.
PRIX JEAN-JACQUES BERGER (15.000 fl\)
Le prix Jean-Jacques Berger, de la valeur de quinze mille francs,
à décerner successivement par les cinq Académies « à l'œuvre la plus
méritante concernant la ville de Paris », sera attribué par l'Académie
des inscriptions et belles-lettres en 1918.
PRIX GABRIEL-AUGUSTE PROST (1.200 fr.)
M. Gabriel-Auguste Prost, membre de la Société des Antiquaires
de France, par testament olographe du 7 février 1894, a légué à
l'Académie des inscriptions et belles-lettres une rente de douze
cents francs, pour la fondation d'un prix annuel à décerner à l'auteur
français d'un travail historique sur Metz et les pays voisins.
*»2fi SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
L'Académie décernera ce prix en 1917.
Les ouvrages destinés à ce concours devront être déposés, en
double exemplaire s'ils sont imprimés, au Secrétariat de l'Institut,
avant le 1er janvier 1917.
PIUX DU BARON DE JOEST 2.000 IV.)
Ce prix, de la valeur de deux mille francs, à décerner successive-
ment par les cinq Académies «à celui qui, dans l'année, aura fait une
découverte ou écrit l'ouvrage le plus utile au bien public », sera at-
tribué par l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1920.
Les ouvrages destinés à ce concours devront être déposés, en
double exemplaire s'ils sont imprimés, au Secrétariat de l'Institut
avant le 1er janvier 1920.
PRIX DU BARON DE COURCEL | 2.400 h.)
Ce prix, de la valeur de deux mille quatre cenfs francs, à décerner
successivement par l'Académie française, l'Académie des inscriptions
et belles-lettres et l'Académie des sciences morales et politiques,
est destiné à récompenser « une œuvre de littérature, d'érudition
ou d'histoire qui sera de nature à attirer l'intérêt public sur les
premiers siècles de l'histoire de France (époque mérovingienne ou
carlovingienne) ou à populariser quelque épisode de cette histoire,
depuis l'origine rudimentaire des tribus franques jusqu'aux environs
de l'an 1000».
Ce prix sera décerné par l'Académie des inscriptions et belles-
lettres en 1919.
Les ouvrages destinés à ce concours devront être déposés, en
double exemplaire s'ils sont imprimés, au Secrétariat de l'Institut,
avant le 1er janvier 1919.
L'Académie se réserve d'introduire, s'il y a lieu, les candidatures
d'auteurs dont les ouvrages n'auraient pas été présentés.
PRIX HONORÉ CHAVÉE (1.800 fr.)
Ce prix biennal, de la valeur de dix-huit cents francs, institué par
Mme veuve Honoré Chavée, est destiné à encourager des travaux de
linguistique et spécialement des recherches, missions ou publica-
tions relatives aux langues romanes.
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 527
Ce prix, de la valeur de dix-huit cents francs, sera décerné en 1917.
PRIX LEFÈVRE-DEUMIER (20.000 fl\)
Ce prix, d'une valeur de vingt mille francs, sera décerné tous les
dix ans par l'Académie. Suivant le vœu du testateur, il doit être attri-
bué « à l'ouvrage le plus remarquable sur les mythologues, philoso-
pbies et religions comparées ».
Le prix sera décerné, pour la deuxième fois, en 1918.
Les ouvrages étrangers traduits en français seront admis à prendre
part au concours.
Les ouvrages présentés devront être postérieurs à l'année 1908.
FONDATION PAUL BLANCIIET
M. R. Cagnat, membre de l'Institut, a fait don à l'Académie des
inscriptions et belles-leltres, au nom du Comité du monument
Blanchet, d'une somme de six cents francs, reliquat de la souscription
ouverte pour élever un monument à Paul Blanchet, mort à Dakar
(Sénégal) au cours d'une expédition scientifique. Les arrérages de
cette somme serviront à fonder une médaille qui sera attribuée à
une découverte relative à l'histoire, la géographie ou l'archéologie
de l'Afrique du Nord.
PRIX DE NUMISMATIQUE ORIENTALE (1.200 fl\)
M. Edmond Drouin a, par ses testament et codicille olographes
des 10 avril 1889 et 17 janvier 1899, légué à l'Académie des inscrip-
tions et belles-lettres une rente annuelle de trois cents francs, pour
fonder un prix qui sera décerné, tous les quatre ans, au meilleur tra-
vail, manuscrit ou imprimé, sur la numismatique orientale, quelle
que soit la nationalité de l'auteur. Ce prix, qui pourra être partagé,
sera décerné en 1918.
Les ouvrages destinés à ce concours devront être déposés, en
double exemplaire s'ils sont imprimés, au Secrétariat de l'Institut,
avant le 1er janvier 1918.
prix henri lantoine (500 fr.)
Mlle Louise-Bérengère-Marthe Lantoine a fait donation entre vifs à
1916 29
528 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
l'Académie des inscriptions et belles-lettres d'une somme de cinq
cents francs pour être attribuée, sous forme d'un prix une fois donné,
à l'auteur d'un travail sur Virgile [étude ou édition), écrit de préfé-
rence en latin, quelle que soit la nationalité de l'auteur. Ce prix por-
tera le nom de Henri Lantoine, frère de la donatrice. Il sera décerné,
s'il y a lieu, en 1917.
Dépôt des ouvrages au Secrétariat de l'Institut, en double exem-
plaire, avant le 1er janvier 1917.
prix raoul duseigneur (triennal, 3.000 fr.)
Mrae la marquise Arconati-Visconti a fait don, entre vifs, à l'Aca-
démie des inscriptions et belles-lettres, de la somme nécessaire pour
la fondation d'un prix triennal de trois mille francs, portant le nom
de Raoul Duseigneur, et destiné à récompenser des travaux concer-
nant aussi bien l'art et l'archéologie espagnols depuis les temps les
plus anciens jusqu'à la fin du xvie siècle que les trésors artistiques ou
archéologiques de ces mêmes époques conservés dans les collections
publiques ou privées de l'Espagne.
Ce prix sera décerné en 1919.
PRIX THORLET (4.000 fr.)
Les revenus de cette fondation doivent être employés par l'Institut
à la distribution de prix de toute espèce : prix de vertu, prix d'en-
couragement pour des œuvres sociales ou d'érudition, etc.
L'Académie des inscriptions et belles-lettres, en ce qui la con-
cerne, attribuera, en 1917, divers prix suivant le programme précité.
FONDATION AUGUSTE PELLECHET (9.000 fr.)
MlleMarie-Léontine-Catherine Pellechet, aux termes de son testa-
ment du 1er janvier 1909, a légué à l'Académie des inscriptions et
belles-lettres une somme de trois cent mille francs : « Les intérêts
de cette somme, dit la testatrice, devront être employés à conser-
ver les monuments existant en France et aux colonies qui présen-
tent un intérêt historique ou archéologique.
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
529
« Chaque année, une commission sera nommée, comprenant les
membres de l'Académie des inscriptions et belles-lettres auxquels
on adjoindra des architectes de l'Académie des beaux-arts, dont le
nombre ne devra jamais être inférieur au quart des membres de la
commission.
<( Cette commission sera chargée de centraliser les demandes
faites par les municipalités et même les particuliers pour obtenir un
secours afin de consolider un monument. Ces secours devront être
consacrés surtout à empêcher la ruine ou la détérioration du ou des
monuments, et non à la restauration générale de ces monuments...
« Cette fondation prendra le nom de Fondation Auguste Pellechet,
en souvenir de mon père qui m'a donné le goût des arts et les moyens
de fonder cette rente. »
Mlle Catherine-Hélène-Dorothée Pellechet, usufruitière de ce legs,
étant décédée le 30 juin 1916, l'Académie est entrée depuis cette
date en possession dudit legs.
La fondation recevra pour la première fois son application en 1917.
fondation garnier (15.000 fr. de revenu)
M. Benoit Garnier, par son testament en date du 11 avril 1883, a
légué à l'Académie des inscriptions et belles-lettres la totalité de
ses biens (legs réduits d*un tiers en faveur des héritiers, par décret du
27 septembre 1884). Les intérêts du capital résultant de la liquida-
tion de la succession doivent être affectés, chaque année, « aux frais
d'un voyage scientifique à entreprendre par un ou plusieurs Français,
désignés par l'Académie, dans l'Afrique centrale ou dans les régions
de la Haute Asie ».
L'Académie disposera, en 1917, des revenus de la fondation selon
les intentions du testateur.
fondation piot (17.000 fr. de revenu)
M. Eugène Piot, par son testament en date du 18 novembre 1889,
a léo-ué à l'Académie des inscriptions et belles-lettres la totalité de
ses biens. Les intérêts du capital résultant de la liquidation de la
succession doivent être affectés, chaque année, «à toutes les expédi-
tions, missions, voyages, fouilles, publications que l'Académie croira
devoir faire ou faire exécuter dans l'intérêt des sciences historiques
530 SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE
ou archéologiques, soit sous sa direction personnelle par un ou plu-
sieurs de ses membres, soit sous celle de toutes autres personnes
désignées par elle ».
L'Académie a décidé qu'il sera réservé, chaque année, sur les
revenus de la fondation, une somme de six mille francs pour la
publication d'un recueil qui porte le titre suivant : Fondation Piot.
Monuments et Mémoires publiés par l'Académie des inscriptions cl
belles-lettres.
L'Académie disposera, en 1917, du surplus des revenus de la fon-
dation selon les intentions du testateur.
fondation dourlans (43.000 francs de revenu).
M. L.-G. Dourlans a, par son testament du 24 octobre 1899, légué
toute sa fortune à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, pour
être employée en faveur des études dont celle-ci s'occupe. La guerre
ayant atteint momentanément les revenus de cette fondation, l'Aca-
démie ne saurait compter, pour 1917, sur cette source de revenus.
FONDATION LOUIS DE CLERCQ
Mme De Clercq et M. le comte de Boisgelin ont fait donation, entre
vifs, à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, d'une somme
d'environ deux cent mille francs, représentée par huit actions de la
Société des mines de houille de Dourges (Pas-de-Calais), dont les
revenus seront affectés à continuer la publication, commencée par
feu M. De Clercq, du catalogue de sa collection d'antiquités et de
médailles. Après l'achèvement du catalogue, qui devra être terminé
dans un délai maximum de dix ans, les revenus devront être
employés à subventionner des publications relatives à l'archéologie
orientale.
Le Cataloa-ue ayant été terminé dans le courant de l'année 1912,
l'Académie aurait dû disposer du revenu de la fondation en 191 <
pour subventionner des publications relatives à l'archéologie orien-
tale : le rendement des mines de Dourges étant momentanément
arrêté par la guerre, la fondation est, pour le moment, sans effet.
SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 531
CONDITIONS GÉNÉRALES
DES CONCOUBS
Les ouvrages envoyés aux différents concours ouverts par l'Acadé-
mie devront parvenir, francs de port et brochés, au Secrétariat de
l'Institut, avant le Ier janvier de l'année où le prix doit être décerné.
Ceux qui seront destinés aux concours pour lesquels les ouvrages
imprimés ne sont point admis, devront être écrits en français ou en
latin. Ils porteront une épigraphe ou devise, répétée dans un billet
cacheté qui contiendra le nom de l'auteur. Les concurrents sont pré-
venus que tous ceux qui se feraient connaître seront exclus du con-
cours ; leur attention la plus sérieuse est appelée sur cette disposi-
tion.
L'Académie ne rend aucun des ouvrages imprimés ou manuscrits
qui ont été soumis à son examen ; les auteurs des manuscrits ont la
liberté d'en faire prendre des copies au Secrétariat de l'Institut.
Le même ouvrage ne pourra pas être présenté en même temps à
deux concours de l'Institut.
Nul n'est autorisé à prendre le titre de Lauréat de l'Académie s'il
n'a été jugé digne de recevoir un prix ou l'une des médailles du con-
cours des Antiquités de la France.
Les personnes qui ont obtenu des récompenses ou des mentions
ou bénéficié des fondations ci-dessus n'ont pas droit au titre de
lauréat.
Le montant des sommes annoncées pour les prix n'est signalé qu'à
titre d'indications subordonnées aux variations du revenu des fonda-
tions.
LA BATAILLE DE KOSOVO
ET
LA CHUTE DE L'EMPIRE SERBE
PAR
M. LOUIS LEGER
MEMBRE DE l'aCADEMIE
I
A la fin du xive siècle, la nouvelle des événements accom-
plis dans la Péninsule balkanique mettait de longues
années avant d'arriver en Occident. Si Ion en croit la chro-
nique dite du « Religieux de Saint-Denis » l, c'est seule-
ment au mois de juillet 1395 que fut apporté à Paris le
récit de la bataille de Kosovo qui avait eu lieu au mois de
juin 1389; et sous quelle forme arrivait ce récit !
Il était apporté à Paris par des ambassadeurs vénitiens.
Ils racontaient, sans préciser la date, que le sultan des
Turcs, appelé Lamorat, avait amené à travers la Valachie
et la Bulgarie, qui étaient devenues des provinces de son
empire-, une armée colossale, une armée si formidable
qu'on eût cru qu'il se flattait de soumettre toute la chré-
tienté.
A la nouvelle de son arrivée, le roi de Hongrie — qui,
notons-le immédiatement, n'a pris aucune part à la journée
1. Collection des Documents inédits, tome III, livre xvi, p. 389.
2. Ceci est absolument inexact.
.*'>:{ \ LA BATAILLE DE KOSOVO
de Kosovo — rassemble une armée, dont l'avant-garde est
aussitôt écrasée par les envahisseurs. Mais il ne perd pas
courage.
« Braves compagnons, dit-il à ses soldats, mettons notre
espoir en Jésus-Christ. Il n'a jamais failli à ceux qui ont
espéré en lui. » Les chrétiens, encouragés par ses paroles,
se jettent sur l'ennemi et combattent avec acharnement.
Parmi eux, le roi se distingue par sa valeur. Les barbares
furent enfin vaincus, et ainsi s'accomplit, par la main des
chrétiens, la vengeance que le ciel devait tirer de cette
nation sacrilège.
Le dit Lamorat et son fils restèrent sur le champ de
bataille avec cent mille des leurs. Les survivants s'en-
fuirent. Le roi de Hongrie avait juré de vaincre ou de mou-
rir. Rien ne put le faire renoncer à sa résolution.
Le roi de France apprit avec joie la nouvelle de ce
succès des chrétiens. Il alla le lendemain rendre grâces à
Dieu dans l'église Notre-Dame de Paris avec ses oncles et
les grands du royaume et y fit célébrer dévotement une
messe solennelle au Saint-Esprit.
Voilà ce que Ton savait en France de la bataille de
Kosovo, six années après la fatale journée. On savait que
le sultan Mourad avait été tué et, comme on avait des idées
très vagues sur les Slaves balkaniques, on substituait au
tsar Lazare un roi de Hongrie. Au fond, cette confusion
n'était pas bien extraordinaire. Jusqu'à ces dernières
années, nous avons toujours été assez ignorants des popu-
lations du Danube et du Balkan.
A ce roman de nos ancêtres, essayons de substituer la
réalité.
Au lendemain de la mort du tsar serbe Douchan (1355)
qui avait porté à son apogée la puissance de sa nation et
qui s'intitulait souverain autocrate des Serbes, des Grecs,
des Bulgares et des Albanais, les Turcs s'établissaient à
Gallipoli (1357). Douchan avait bien créé un empire assez
LA BATAILLE DE KOSOVO 535
vaste, mais cet empire était peu homogène. Il n'avait pas
eu le temps de le consolider. A sa mort, ses Etats furent
partagés entre son frère Siméon et son fils Ouroch. C'eût
été le moment d'unir toutes les forces des Slaves balka-
niques et des Grecs contre l'invasion ottomane. Mais ces
nations ne surent pas s'entendre pour concentrer leurs
efforts.
Le 26 septembre 1371, le roi Vlkachin (Voukachin) et
le despote Ougliecha de Sérès furent défaits sur la Maritsa,
à Kermianon (le Tchirmen des Turcs, le Tchernomien des
Bulgares). Tous deux périrent et leurs corps ne furent
même pas retrouvés. Le fils de Voukachin. Marko, le légen-
daire Marko Kralievitch l, devient un vassal des Turcs. Les
chants serbes qui le célèbrent longuement ne dissimulent
point cette vassalité.
Au lieu de se concentrer sous un seul souverain, les
Serbes se divisent de plus en plus. A la mort d 'Ouroch,
le dernier des Xemanides, Lazare Hrbelianovitch, qui avait
épousé une princesse de cette dynastie, prend le titre de
prince, Marko celui de roi. Le ban de Bosnie Tvrdko se
proclame re.r Bnsciœ, Bosnise, maritim or unique portuum.
Georges Balchitch règne à Prizren. Lazare essaye de s'en-
tendre avec les Ottomans, movennant un tribut annuel de
mille livres d'argent, et en mettant à leur service un contin-
gent de mille cavaliers. En 1382, les Turcs s'emparent de
Sofia, en 1380 de Yiddin. L'année suivante, Lazare réussit
à les repousser devant Plotchnick, sur la rivière Toplitsa.
Cette défaite, la seule que les Osmanlis aient éprouvée
de la part des Slaves balkaniques, allait être cruellement
vengée par le désastre de Kosovo polie.
Kosovo polie veut dire le Champ des merles et c'est
ainsi que L'interprètent les textes latins du moyen âge : Cam-
1. Dont j'ai étudié L'histoire et la légende dans un volume de la Biblio-
thèque slave (librairie Leroux .
."130 f.A BATAILLE DE KOSOVO
pus merularum; Amschclfcld, Amselfeld, traduisent les
Allemands. C'est une vallée, un ancien bassin d'alluvion,
orienté du Nord-Ouest au Sud-Est, d'environ cinquante
kilomètres de longueur sur vingt de largeur, qui s'étend
au Nord de la ville de Prichtina. Cette vallée représente
un ancien fond lacustre dont la partie la plus basse est à
550 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle est fermée
au Sud par le mont Char et traversée dans toute sa lon-
gueur par le cours de la Sitnitsa, rivière qui va se jeter
dans Tlbar, affluent de la Morava occidentale. Les localités
sont, outre Prichtina, siège d'un vilayet, Voutchi ïrn 1 et
Mitrovitsa. Les rois serbes, qui n'avaient point de résidence
fixe, ont souvent résidé ici dans des châteaux, notamment
sur les flancs du Char Planina. La vallée s'allonge au croi-
sement des routes qui menaient de Constantinople à la
Bosnie et à l'Adriatique, et de Salonique au Danube. Elle
devait être nécessairement le point de rencontre et le
champ de bataille des nations.
En 1072, les Byzantins y repoussèrent une attaque des
Serbes et des Bulgares. De 1091 à 1091, Alexis Comnène
v tint les Serbes en échec. Vers 1180, le grand joupan
serbe Etienne Nemania y vainquit ses frères et leurs alliés,
les Bvzantins.
Après la bataille qui fait le sujet de cette étude, la plaine
de Kosovo fut encore le théâtre de sanglants engagements.
En 1448, quatre ans après le désastre de Varna, Jean
Hunyade, gouverneur de la Hongrie, entreprit une expédi-
tion contre les Ottomans. Il rencontra le sultan Mourad II
dans la plaine. L'action s'engagea le 18 octobre et dura
trois jours entiers. Les Turcs furent vainqueurs et 17.000
chrétiens perdirent la vie. Un certain nombre d'entre eux
réussirent à s'échapper dans la direction de l'Ouest et trou-
vèrent un asile à Raguse.
I. Prononcez « tern ». Ce mol veut dire « Tépine du loup ».
LA BATAILLE DE KOSOVO ."»37
Avec le xvne siècle, c'est l'armée autrichienne qui entre
en scène. En 1689, Piccolomini occupe Prichtina et Prizren.
L'année suivante, les Impériaux sont battus et obligés de
se replier sur Nich. En 1831, une rencontre eut encore lieu
entre les Turcs et les Musulmans de Bosnie, insurgés contre
les réformes du sultan Mahmoud. Ils furent défaits par le
général Kara Moustapha.
La bataille de 1389 eut lieu le jour de la Saint- Vid ou
saint Guv (Vidov Dan). En laissant de côté tous les orne-
ments, tous les hors-d'œuvre dont l'a parée la poésie popu-
laire, elle peut se résumer ainsi.
Au cours de l'année 1389, le sultan entreprit en per-
sonne une campagne contre les Serbes. Il était accompagné
de ses deux fils Bavezid et Jakoub, de son vizir Ali Pacha
et des plus célèbres généraux de son armée ', Timon Tach
et son fils, Evrenos, Sakji Beg, Saroudj, Moustedja, Bala-
ban Beg. Les Etats vassaux de l'Empire, l'Asie mineure,
l'Albanie, l'Epire, la Thessalie. même un prince serbe, Cons-
tantin, avaient envoyé des troupes auxiliaires. « On avait
rarement, dit M. Jorga, vu une armée turque si nombreuse
et si bien conduite. »
Lazare s'était préparé de son côté ; il s'était assuré le
concours du roi de Bosnie Tvrdko. Il avait sollicité celui
du régent de Hongrie, le prince Sigismond, mais les négo-
ciations traînèrent en longueur. Ce ne fut que le 7 juillet
1389, trois semaines après la bataille, que Gara, ban de la
Matchva -, apparut à la cour du Kenezius de Rascia 3 (c'est
ainsi que le protocole hongrois désignait Lazare). Elle appa-
rut pour apprendre qu'il n'était plus de ce monde.
L'armée de Mourad franchit le défilé d'Ichtiman, puis
1. Jorga. Histoire de l'empire ottoman, tome I. p. 360.
2. Région du bassin de la Save, dont le centre était la ville actuelle de
Schabats. Elle appartint tour à tour à la Hongrie et aux Serbes.
3. Kenezius représente le serbe Knezn, prince. Rascia est un des noms
de la Serbie.
.">38 LA BATAILLE DE KOSOVO
obliqua subitement à l'Ouest dans la direction de Kustendjil
et de Prichtina, dépassa cette ville et rencontra l'ennemi
dans la plaine de Kosovo.
Lazare avait avec lui son gendre Brânkoviteh et les
troupes auxiliaires envoyées par le roi de Bosnie, Etienne
Tvrdko. Parmi les Serbes figurent un certain Milocfa (pie
les documents postérieurs appellent au xvie siècle Kobi-
litch ou Kobilovitch1, et au xvine, Obilitch. Ayant été
calomnié auprès de Lazare, il voulut prouver à tout prix
sa loyauté. Il pénétra dans le camp turc jusqu'à la tente du
sultan Mourad et réussit à le poignarder. Il fut aussitôt mas-
sacré par les Ottomans. Si invraisemblable que semble cet
exploit, on en retrouve l'analogue au siècle suivant dans
l'histoire des Roumains. En 1462. Mohammed II entreprend
une expédition contre le prince Vlad, surnommé l'Em-
paleur. Vlad, qui savait admirablement la langue turque —
ce qui ne devait pas être le cas de Miloch — s'habille à
la turque et, avec un certain nombre de compatriotes vêtus
de la même façon, il entreprend de pénétrer jusqu'à la
tente du sultan afin de l'assassiner ; mais, dans l'obscurité,
il prend la tente d'un pacha pour celle du sultan. Il réussit
à s'échapper, rejoint son armée et, plus heureux que le
Lazare serbe, il met les troupes ennemies en déroute.
Le tils de Mourad, Bayezid, prend immédiatement le
commandement et rétablit la bataille un instant compromise.
Le prince Lazare est fait prisonnier et a la tète tranchée.
Plus tard, la légende racontera qu'il a péri en combattant.
Son corps, abandonné ou restitué à ses compatriotes, fut
enterré au monastère de Ravanitsa qu'il avait fondé huit
ans auparavant. De Ravanitsa il fut transporté en 1683 à
Saint-André, près de Bude en Hongrie, puis enfin dans la
Frouchka Gora (montagne des Francs), dans la Slavonie, au
monastère de Yrdnik qui fut appelé Nova Ravanitsa
1. Ce qui voudrait dire " fds de jument •>.
LA BATAILLE DE KOSOVO 539
(Glasnik, XII, p. 622). Ainsi le martyr de Kosovo repose
aujourd'hui en terre hongroise. Le corps de Mourad fut
transféré à Brousse. Ses entrailles furent ensevelies dans
un tulbe ou mausolée de marbre blanc. C est un petit monu-
ment qui affecte la forme d'une mosquée sans minaret.
Ce monument a été restauré au xixe siècle par le séraskier
(ministre de la guerre) Hourch pacha. Il est pour les
Musulmans le but d'un pieux pèlerinage. Ce tulbe est
entouré de quelques habitations réservées au personnel
chargé de sa conservation. Aux deux extrémités du cercueil
brûlent deux cierges. Au-dessus, sept lampes sont suspen-
dues. Les visiteurs — quelle que soit leur religion — ont
le droit d'être défrayés gratuitement pendant trois jours.
Après la Mekke, le tulbe de Mourad est le sanctuaire le
plus vénéré des pays musulmans. Autour de lui se groupent
de nombreuses tombes surmontées d'un turban1.
Un autre tulbe se dresse non loin du village de Mazgit.
Il renferme le tombeau de Sinan pacha, vizir de Mourad,
et celui de son serviteur. Toute cette région s'appelle « le
cimetière des héros».
II
Que nous apprennent de précis les documents historiques
sur cette bataille, qui semble appartenir beaucoup plus à
I épopée qu à l'histoire ? En somme, bien peu de chose.
Et d'abord, consultons les textes contemporains.
Deux mois après la bataille, le 23 août 1389, le Conseil
de Venise nous révèle ce qu'il sait dans des instructions
données à un ambassadeur qu'il envoie à Constantinople.
II s'exprime ainsi :
« On raconte sur cette bataille différentes choses aux-
quelles il est difficile de croire ; mais nous devons tenir
1. Ilahn. Reise von Belgrad nachSalonik; Hilfording, La Bosnie. l'Herzé-
govine et lu vieille Serbie.
540 LA BATAILLE DE KOSOVO
compte des nouvelles qu'on rapporte de la mort de Murât
et de son fils et de l'avènement de son second (ils '. »
Le roi Tvrdko de Bosnie, dans une lettre adressée à la
commune de Trogir (Trau) en Dalmatie (Mémoires de
l'Académie d'Agram, année 1893), annonce que le 15 juin
précédent, le sultan a été tué in campo turdorum, au champ
des grives (il se trompe d'oiseau, sans doute par distrac-
tion). Il ignore dailleursla mort de Lazare.
Il transmet la même nouvelle à la ville de Florence. Et
par une lettre datée du 20 novembre 1389, la cité le féli-
cite de ce glorieux triomphe. Pour les contemporains, si le
sultan a péri, c'est évidemment qu'il a été vaincu.
Un renseignement sérieux nous est fourni par des voya-
geurs russes qui, vers cette époque, avaient fait le voyage
de Constantinople, le métropolitain de Moscou, Pimène,
l'évêque de Smolensk, Michel, et le diacre Ignatiev.
Ignatiev s'exprime ainsi : « Miloch, fidèle serviteur de
Lazare, tua par ruse Murad, et immédiatement après, les
Turcs proclamèrent Bayezid fils de Murad. Alors les Turcs
furent victorieux et s'emparèrent du tsar serbe Lazare. Sur
l'ordre de Bayezid, il fut massacré. »
Ce document russe est le premier qui nous révèle le nom
de Miloch. Ce nom est répété dans un firman du sultan
Bayezid, dont la traduction serbe a été publiée au tome X
du Glasnik, recueil de Mémoires de la Société des Sciences
de Belgrade. Ce document désigne le meurtrier du sultan
sous le nom de Miloch Kobilitch. Ce personnage aurait,
sous prétexte de se convertir à l'islam, pénétré dans le
camp turc et tué le sultan avec une arme empoisonnée.
Voilà, en somme, les seuls documents contemporains de
la bataille.
Les récits serbes du xve et du xvn° siècle n'ajoutent rien
au peu que nous savons. Ils nous fournissent les noms d'un
1. Cité par Rackzi, dans son étude sur la bataille de Kosovo (Mémoires
de l'Académie d'Agràm, XCVII).
LA BATAILLE DE KOSOVO 541
certain nombre de Serbes qui auraient péri avec Lazare :
Joug Bogdanovitch, Miloch Omilevitch, Etienne Mousitch,
etc.
L'ensemble des chants serbes relatifs à la bataille de
Kosovo constitue un groupe dont certains adaptateurs ont
voulu faire un cycle épique analogue aux poèmes homé-
riques. Quelques-uns de ces chants ont dû, vu le tempé-
rament poétique des gouslars serbes { , se produire peu de
temps après la bataille. Des légendes se sont formées peu
à peu, et quelques-unes sont fort belles. On peut s'en faire
une idée parles traductions de Mrae ElisaVoiart, d'E. d'Avril,
de Dozon 2.
La bataille de Kosovo ne marque pas — comme on le
croit volontiers — l'écrasement définitif de la Serbie.
L'État serbe devait subsister encore soixante-dix ans. Sous
le règne d'Etienne Lazarevitch et de Georges Brankovitch,
il eut même plus d'étendue qu'il n'en avait au temps de
Lazare. Mais, au fond, il ne fit guère que végéter entre la
Turquie musulmane et la Hongrie catholique.
La mort tragique de Lazare, victime des infidèles, lui
valut d'être canonisé par ses compatriotes.
L'imagination populaire a voulu expliquer le désastre
de Kosovo par la trahison d'un gendre de Lazare, Vouk
Brankovitch. Il devient le Ganelon de l'épopée populaire.
Il aurait passé à l'ennemi avec 12.000 hommes et sa tra-
hison aurait entraîné la mort de 77.000 guerriers. Les
textes primitifs ne connaissent rien de cette trahison, qui
aura été imaginée pour consoler l'amour-propre national.
Ces chiffres sont empreints d'une singulière exagération.
77.000 et 12.000, cela fait 89.000. En supposant que 10.000
1. Joueur de gousle ou guzla. qui chantent en «'accompagnant de cet
instrument.
2. Élisa Voiart, Chants populaires des Serbiens. Paris, 1834 traduit
d'après l'allemand). — K. d'Avril, La bataille '/<• Kosovo, rhapsodie serbe.
Paris, Librairie du Luxembourg, L866.-- Dozon, L'épopée serbe. Paris
188:2.
542 LA BATAILLE DE KOSOVO
aient pu s'échapper, cela ferait, pour les Serbes, un total
de 100.000 pertes, ce qui suppose une armée deux ou trois
fois plus considérable. Le colonel serbe Michakovitch, qui
a consacré à notre bataille une étude technique ', évalue
— sans s'appuyer, d'ailleurs, sur des données positives —
l'armée de Lazare à 25.000 hommes, celle des Bosniaques
à 10.000 ; total : 35.000. Il suppose que celle des Turcs
était trois fois plus forte. Tout cela donnerait un chiffre
d'environ 120.000 combattants pour les deux parties. Les
historiens turcs Nechria et Saduddine Khodja, qui sont
postérieurs de plus d'un siècle à la bataille, donnent libre
carrière à leur imagination. Nechria évalue le nombre des
Serbes à 500.000. Il fait combattre dans leurs rangs des
Allemands, des Valaques, des Arnautes, des Hongrois,
des Tchèques, des Bulgares. En réalité, les seuls alliés de
Lazare furent des Bosniaques, autrement dit des Serbes.
Quelques légendes sont restées attachées à la plaine de
Kosovo. Un écrivain contemporain, AL Yeselinovitch, les
a recueillies et publiées (au tome XIV du Recueil annuel
Godichnitsa de la Fondation Tchoupitch). En voici le
résumé.
Les petites pierres blanches qui jonchent le sol au lieu
dit Gazimestan et près du tombeau de Mourad représentent
les fragments de biscuit que l'armée serbe dut abandonner
dans sa retraite. Ces vivres furent changés en pierre par
la vertu de la prière du sultan. Ceci est, évidemment, une
lég-ende turque. Quel intérêt le sultan avait-il à cette méta-
morphose? C'était probablement pour que les Serbes ne
pussent s'alimenter de nouveau s'ils reprenaient l'offen-
sive.
Le sol de la plaine présente une teinte rougeâtre. Il la
doit au sang- des combattants tombés pour la défense de la
patrie.
I. Kosovska Bitka. La bataille de Kosovo, étude d'histoire militaire
(Belgrade, 1890, in-8).
LA BATAILLE DE KOSOVO 343
Une fleur appelée bojour croît en abondance dans la
région. C'est la pœonia officinalis, une espèce de renoncule
ou de pivoine de couleur rouge. D'après les Serbes, elle
n'a commencé à croître qu'au lendemain de la bataille.
Un proverbe conserve encore le souvenir de la journée
fatale.
Da je meni chtelo dobro biti
Ne bi Laxo meni poginuo.
« Pour mon bonheur, il eût mieux valu que Lazare n'eût
pas péri à Kosovo. »
La bataille est restée dans la tradition comme le sym-
bole de la défaite des Serbes écrasés par les Osmanlis. En
réalité, le terrain était demeuré aux mains des Serbes. Les
Turcs, déconcertés par la mort du sultan, n'avaient pas
osé poursuivre leur avantage. Ce n'est qu'en 1445 que
Kosovo tomba aux mains des Musulmans. Quatre ans
après, la Serbie devenait un pachalik. Depuis, elle a eu
de glorieux triomphes, elle a subi de cruelles épreuves.
Nous pouvons lui dire, avec le poète :
O passi graviora, dabit Deushis quoque fiucra.
0 vous qui avez souffert de pires maux, Dieu mettra fin,
cette fois encore, à vos souffrances !
l'Jlb. 30
É»
u
Comp - i en tu «, r ç / Ij.
MICHEL BREAL
- "2-1 91 S)
Pholotypie Alarjr-Ruelis
NOTICE
SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
DE
M. MICHEL BRÉAL
PAR
FEU GASTON MASPERO
SECRÉTAIRE PERPÉTUEL
LUE PAR M. REISÉ CAGNAT, SECRÉTAIRE PERPÉTUEL
Messieurs,
Si ce grand cardinal à qui notre Compagnie doit indi-
rectement l'existence daigne encore s'intéresser, dans
l'autre monde, aux choses de notre monde terrestre, j'ima-
gine qu'il ne laisse pas d'être étonné assez souvent par
l'étrangeté des études auxquelles plusieurs d'entre nous
se livrent et par la nomenclature dont nous nous servons
pour les désigner. L'un est à la fois un romanisant et un
médiéviste, l'autre s'intitule assyriologue, un troisième ne
songe qu'à la sinologie, et son voisin se vante d'être un
américaniste de marque ; tel s'est voué presque dès l'en-
fance à l'égyptologie la plus farouche ou s'adonne au déchif-
frement des langues qu'on découvrit naguère au désert de
l'Altaï. La plupart se retranchent dans leur domaine spé-
cial avec un soin jaloux. Michel Bréal se plaisait à cumuler
les sciences rares : il était tout ensemble sanscritisant,
546 NOTICE SLR M. MICHEL BRÉAL
iranisant, grécisant, mythologue ; il ne recula point devant
les dialectes italiotes les plus rebelles à l'interprétation, et
il se mut longtemps à l'aise dans la grammaire comparée
des idiomes indo-européens.
Il naquit le 2C> mars 1832 au pays rhénan, dans Landau,
la vieille forteresse qui, revenue légalement à la France
vers le milieu du xvir siècle, en fut brutalement séparée
au lendemain de Waterloo pour être livrée contre son gré
au roi de Bavière. J'ignore ce qu'il en est maintenant, après
un siècle de servitude ; mais alors, si les diplomates réunis
à Vienne avaient pu imposer aux habitants une nationalité
étrangère, ceux-ci n'avaient pas dépouillé leurs sentiments
intimes, et nulle part, chez eux, le regret de la patrie per-
due ne persistait plus vivace que dans la famille israélite
à laquelle Bréal appartenait. Aussitôt qu'il fut en âge de
commencer son éducation, elle l'envoya chez nous, à Wis-
sembourg, à Metz, à Paris, enfin au collège Louis-le-Grand;
et partout lintelligence de l'enfant, son assiduité au tra-
vail, l'ardeur avec laquelle il concentrait son attention sur
les littératures classiques présagèrent une admission cer-
taine à l'Ecole normale. J'ai dit ailleurs { qu'il faillit être
arrêté au seuil de sa carrière par l'intolérance du saint-
simonien repenti, M. Fortoul, qui régentait alors l'instruc-
tion publique : il fallut que Napoléon III, d'esprit plus
large que son ministre, intervînt auprès de lui pour que
Bréal fût autorisé à concourir. Il fut reçu en même temps
que Perrot, Wescher, Benoist, Girardin, Goumy et d'autres
dont les noms sonnent moins familiers à nos oreilles ; mais
le régime de suspicion auquel l'Empire naissant soumit
l'Université attrista ses trois années de séjour, de 1852 à
1855. Un demi-siècle plus tard, il ne se rappelait point
« sans rage » les hommes qui, vers cette époque, préten-
dirent plier la jeunesse à une discipline de régiment ou
1. A'otice sur la vie et les travaux de M. Georges Perrot, p. 6.
NOTICE SUR M. MICHEL BRÉAL ."U7
d'ordre monastique, espérant réfréner ainsi les « curiosités
indiscrètes » qui l'entraînaient à débattre les questions les
plus hautes de l'histoire ou de la philosophie. Leur système
d'inquisition et d'étoutfement pesa lourdement sur une
dizaine de promotions, jusqu'au jour où Victor Duruy par-
vint à en atténuer la rigueur, non sans peine : le maître,
s'adressant à des esprits portés vers l'indépendance, ne
devait pas seulement s'abstenir de les exciter librement ; il
était obligé de leur enseigner que tout avait été découvert
avant eux et que, si on leur concédait encore la faculté
d'apprendre le vieux, ils n'avaient plus celle de pouvoir
chercher du nouveau. L'Orient islamique n'a jamais pensé
autrement, et c'est ce qui prête à sa civilisation entière cet
air d'indolence et de fatalisme engourdissant que nous lui
voyons 1 .
Et pourtant, le ministre qui décourageait ainsi la
recherche prit, par hasard, une mesure qui influa sur l'ave-
nir de Bréal d'une manière décisive. Ce n'est pas qu'il eût
à le faire un désir bien chaud d'utilité générale ; il s'y
résigna par la nécessité de caser avantageusement un érudit
allemand, M. Hase, qui, vivant chez nous depuis le Con-
sulat, avait été précepteur des fils de la reine Hortense,
puis était entré à la Bibliothèque royale. Napoléon III,
toujours empressé à récompenser les services rendus, avait
promu Hase au rang de conservateur lorsqu'il était lui-même
simple président de la République ; maintenant que la for-
tune l'avait élevé au trône, il réclamait pour son protégé
un poste plus honorifique, surtout mieux rétribué. Cette
requête, qui équivalait à un ordre, n'était pas facile à exau-
cer, car aucune des grandes chaires où l'on professe l'anti-
quité n'était vide à Paris pour le moment : il devenait
I. Voir pour une partie des détails qui vont suivre la notice que M. Salo-
mon Heinach a consacrée à Bréal et les lettres de celui-ci, datées du
12 janvier 1881 et du 3 avril 1909, dans la lievue archéologique, j série,
t. III (1916), [). 139 et suiv.
548 NOTICE SUR M. MICHEL BRÉAL
nécessaire d'en créer une tout exprés pour le candidat impé-
rial. Fortoul se rappela fort opportunément l'existence
d'une science récemment éclose en Allemagne, la gram-
maire comparée, qui comptait déjà divers adeptes en
France : il l'importa en Sorbonne au bénéfice de Hase.
A dire le vrai, celui-ci, ayant quitté son pays natal avant
l'apparition des doctrines dont il allait être chargé d'expo-
ser les principes, en ignorait très probablement le premier
mot, mais ce détail ne fut point pour embarrasser le
ministre : le cours fonctionna dès 1852 et les élèves furent
invités à le suivre. Le professeur, qui avait soixante et
douze ans révolus, « commença un enseignement nouveau
ou qui portait un titre nouveau et, dans une série de leçons
qui ne manquaient ni d'intérêt, ni de charme, il apprit à
ses auditeurs beaucoup d'excellentes choses, philologie,
épigraphie, paléographie, qui ne sont pas absolument étran-
gères à la grammaire comparée ' ». Cette appréciation, suf-
fisamment ironique, rend bien l'impression de Bréal et le
genre d'agrément qu'il tira de cette première rencontre
avec l'érudition allemande ; néanmoins il trouva dans ce
fouillis de notions incohérentes la contre-partie des théo-
ries arides qu'on prétendait lui inculquer par ailleurs sur
la grammaire des langues classiques, et, son ingéniosité
naturelle aidant, il lia plus que superficiellement connais-
sance avec le sanscrit et le zend.
Les normaliens d'alors ne jouissaient pas du privilège
de pouvoir se présenter aux examens d'agrégation à la fin
de leur troisième année : ils étaient astreints à faire un
stage dans les classes des lycées. Bréal, sorti de l'Ecole
en 1855, ne devint agrégé qu'en 1857 ; mais comme, depuis
quelque temps déjà, la Sorbonne ne lui fournissait plus de
quoi satisfaire ses appétits de science, il demanda un congé
]. M. Bréal, La jeunesse de M. Hase, dans la Revue des Deux Mondes.
mars 1883, p. 366.
NOTICE SUR M. MICHEL BRÉAL 549
pour aller terminer son apprentissage de linguiste à Berlin,
au cœur des études indiennes. Il y fréquenta les séminaires
de Bopp et d'Albrecht Weber et il y noua des relations
amicales avec plus d'un étranger venu là aux mêmes inten-
tions. L'un d'eux, le Norvégien Sophus Bugge, plus jeune
que lui de deux ou trois ans, s'était acquis déjà une répu-
tation d'érudit, et il avait publié dans le journal de Kuhn
divers articles sur l'osque et sur l'ombrien ; ce qui, « pour
un élève frais émoulu de la rue d'Ulm, nourri de la bonne
direction de M. Nisard et de M. Jacquinet, était prodi-
gieux ' ! » Il acheva de se pénétrer de sanscrit, de zend,
de grammaire comparée; et, par une conséquence qui nous
paraît aujourd'hui assez singulière, celle-ci le mena droit
à la mythologie. Aussi bien, c'était le temps où les spécula-
tions de Max Millier sur la mythologie maladie du lan-
gage, se substituant aux rêveries symboliques de Creuzer
et de son école, tendaient à faire de l'histoire des religipns
anciennes une dépendance de la linguistique. Des images
du parler populaire prises pour des réalités, des jeux de
mots évoluant sur des termes à double entente, condui-
saient les savants à grouper les légendes les plus disparates
autour du Soleil ; les interprétations solaires les moins jus-
tifiées sévissaient presque sans contradiction dans l'Europe
entière. Bréal les accepta avec ardeur et les propagea chez
nous par ses premiers travaux.
Seul dans le pays, Paris lui offrait alors les ressources
indispensables à pousser plus avant ses recherches. De
retour en France, la perspective d'aller remplir en province
la place due à son titre d'agrégé lui apparut si désolée qu'il
sollicita comme une faveur la permission d'occuper à la
Bibliothèque impériale un emploi même secondaire, mais
où il pût s'abandonner sans contrainte à sa vocation scien-
I. Lettre du 11 juillet 1907 à Salomon Reinach, dans la Revue archéolo-
(fique. 5" série, t. III (1916 .p. 1 il.
550 NOTICE SUR M. MICHEL BRÉAL
tiiîque. Il fut nommé surnuméraire au département des
manuscrits par arrêté du 28 juillet 1800, pour suppléer
Renan alors en mission dans la Phénicie, puis il passa titu-
laire dix-sept mois plus tard, le premier janvier 1862 '. 11
ne laissa aucune trace de son activité pendant les quatre
années qu'il demeura en fonction ; il n'ajouta rien au cata-
logue des livres syriaques que Renan avait commencé, il
n'amorça aucun catalogue nouveau, il travailla presque
exclusivement à coordonner les connaissances qu'il avait
précédemment acquises et à les utiliser pour son avance-
ment. Notre Académie avait mis au concours pour le prix
ordinaire de 1862 le sujet suivant : Recueillir les faits qui
établissent que les ancêtres de la race brahmanique et les
ancêtres de la race iranienne ont eu, avant leur séparation,
une religion commune; mettre en lumière les traits prin-
cipaux de cette religion sous le rapport des rites, des
croyances et de la mythologie ; exposer les lois qui ont
présidé de part et d'autre aux transformations des vieilles
fables et qui fournissent une méthode assurée pour les
comparer. Le jury, composé de Jules Mohl, Ravaisson,
Adolphe Régnier et Renan, adjugea le prix de 2.000 francs
à Bréal, et le jugement porté sur lui par le Secrétaire per-
pétuel dans son rapport sembla d'autant plus flatteur qu'il
émanait d'un partisan convaincu des doctrines adverses,
Guigniaut, le traducteur de la Symbolique : « La méthode
et surtout la distribution des matières a paru satisfaisante,
l'exposition nette, bien ordonnée; l'auteur est remonté aux
sources mêmes pour y chercher les éléments de la question,
et il a fait preuve d'un véritable savoir philologique. »
Quelques reproches se mêlaient à ces louanges : la com-
mission regrette que l'auteur « n'ait pas établi des degrés
de certitude, de vraisemblance, de simple conjecture, entre
1. Je dois à ["obligeance de notre confrère M. Omont les renseignements
relatifs au séjour de Bréal à la Bibliothèque impériale.
NOTICE SUR M. MICHEL RRÉAL 551
les résultats qu'il a ou empruntés à d'autres ou obtenus
lui-même ' ». Le mémoire étant resté inédit, on ne peut dire
jusqu'à quel point l'éloge et la critique paraîtraient justifiés
aujourd'hui : les qualités principales que nous avons con-
nues à l'homme sont déjà là, ainsi que quelques-uns de ses
défauts ; mais dans quelle proportion qualités et défauts
se trouvaient-ils combinés?
Les morceaux sur la composition des livres zends et sur
la géographie de VAvesta, qui furent insérés peu après au
Journal asiatique*, peuvent nous en donner une idée, mais
surtout les deux thèses qu'il présenta en 1863 pour l'exa-
men du doctorat es lettres : De persicis nominibus apud
scriptores graecos et Hercule et Cacus 3, enfin l'article sur
le mythe d'OEdipe, qu'il écrivit pour la Bévue archéolo-
gique \ Il prenait la fable de Cacus chez les Latins ou
celle d'QEdipe chez les Grecs, et, après avoir défini d'après
quelles lois universelles elle s'était déformée en Asie ou
en Europe, il tirait d'après elles les conséquences des faits
qu'il avait établis au cours de son analyse. On devinait
sans peine dès le début la conclusion à laquelle il aboutis-
sait : « Plus on pénétrera dans la nature des mythes primi-
tifs, — affirmait-il avec Max Millier, — et plus on se con-
vaincra qu'ils se rapportent au soleil pour la meilleure
part. » Le Soleil était donc présent partout dans ces pages,
lui, ses doublures ou ses dérivés, ses alliés^ ses ennemis, et
tous ils incarnaient en eux les phénomènes de la nature.
L'Héraclès hellénique, que les nations d'Italie ont super-
posé à leur Hercule ou à Sancus, est un fils de Zeus-Dyaus,
1. Comptes rendus, 1862, p. 11 et 123.
2. Journal asiatique, t. XIX (1862), reproduits dans les Mélanges de
mythologie et de linguistique, L878, p. 187-199, 207-215.
3. La thèse sur Hercule et Cacus, publiée originairement chez Thorin,
Paris, in-8°, a été reproduite en tète des Mélanges, 1878, p. 1-161.
\. Revue archéologique, nouvelle série, t. VIII (1863), réimprimé dans
les Mélanges, p. 163-165.
.">.">;> NOTICE SUR M. MICHEL BRÉAL
et, procédant de son père, il personnifie en un être vivant et
agissant un des aspects du firmament éblouissant de clarté.
Sous le nom de Cacus-Caecius, on entendra le vent dorage
qui chasse devant lui ce que la tradition prétend être les
vaches de Géryon, mais qui est en vérité le troupeau des
nuées chanté aux hymnes védiques. On discernera sous
Tidée des Centaures comme sous celle des Gandharvas
l'image de la chevauchée des vapeurs orageuses à travers
l'espace. Ixion sera, ainsi que son nom le révèle, la roue du
soleil que le dieu suprême dispute au démon de la nuit et
de la stérilité. Dans OEdipe comme dans Apollon, dans
Héraclès, dans Bellérophon, un héros de lumière se cachera
pour nous; et le Sphinx dont il résout les énigmes, que
figure-t-il sinon la nue qui crève après avoir grondé sour-
dement et qui s'abat en pluie sur le sol? Au temps où la
nature vraie des dieux cessa d'être comprise, les peuples
qui reçurent l'héritage de leurs histoires, voulant se rendre
compte des mots qui les exprimaient et transportant dans
la réalité matérielle ce qui n'était que métaphore, inven-
tèrent la légende.
Bréal, d'abord conquis à ces interprétations des mythes,
conçut peu à peu des doutes sur leur légitimité; à la fin,
il n'aimait plus guère à en parler, et quand on lui en citait
qu'il avait émises dans sa jeunesse, il détournait volontiers
la conversation. Elles furent tenues à l'époque pour la vérité
pure. Le jour de la soutenance des thèses, le 18 mars 1863,
le jury d'examen où le vieux Hase siégeait à côté d'Egger,
de Patin, de Victor Leclerc, d'Himly, et l'assistance où l'on
remarquait Adolphe Régnier, Renan. Stanislas Julien '
les accueillirent avec une faveur marquée ; même le gros
des lettrés leur fît, en dehors de la Sorbonne, un accueil
tel qu'on n'aurait jamais osé l'espérer.
I. Mémoires de Hase, cités par S. Reinach dans la Revue archéologique,
:,- série, I. TIT [1916), p. 143.
NOTICE SLR M. MICHEL BRÉAL 553
Ce n'était pas assez toutefois d'avoir prouvé par la plume
l'utilité souveraine de la science comparative ; Bréal voulait
obtenir le droit de l'enseigner officiellement et de la pro-
pager par la parole comme par la plume dans la France
entière. Sa première tentative dans cette direction échoua ;
et, en vérité, elle ne pouvait qu'échouer. Depuis trop d'an-
nées déjà, la chaire de langue et de littérature sanscrite au
Collège de France était entre les mains d'un simple chargé
de cours : à l'automne de 1862, le Ministère de l'instruc-
tion publique, résolu à redresser enfin cette situation anor-
male, déclara la vacance de la chaire magistrale. Aussitôt
Bréal entra en campagne, mais « en subordonnant son
action à la détermination du savant » Adolphe Régnier,
« que les votes du Collège placeraient en première ligne,
et sans prétendre, le cas échéant, s'opposer au candidat »,
M. Foucaut, « qui, pendant nombre d'années, avait occupé
le poste. Ce qu'il ambitionnait dans cette circonstance,
c'était un témoignage d'estime des professeurs et de F Aba-
ttue, qui avait couronné récemment son mémoire sur les
origines védiques des religions iraniennes' ». Ce témoi-
gnage lui fut refusé provisoirement; la mort de M. Hase,
survenue peu après, en 18G4, lui permit de réparer ce petit
échec. Le ministre, jugeant que la grammaire comparée
était dépaysée en Sorbonne pour l'instant, la transféra de
l'autre côté de la rue Saint-Jacques; puis, appliquant le
règlement qui lui laissait le droit de nommer directement à
toute place de création nouvelle dans un établissement de
l'Etat, il désigna Bréal comme chargé de cours. La leçon
d'ouverture sur la méthode comparative appliquée à l'élude
des langues 2, prononcée devant un auditoire où se trou-
vaient plusieurs membres de l'Institut, lit ressortir en évi-
1. Ce sont, à peine modifiés, les termes de la lettre de candidature qu'il
adressa à l'Académie Comptes rendus, 1862, p. 220-221).
2. En brochure chez Thorin, lsiiT, Paris, in-X° : reproduite dans les
Mélanges, 1878, p. 217.
*.* K*
)4 NOTICE SLH M. MICHEL l'.l'.KAI.
dence les qualités qu'on avait seulement entrevues le jour
des thèses : la sobriété élégante et la pureté de la forme, la
netteté de l'exposition, la maîtrise de soi-même: on la relit
avec plaisir aujourd'hui encore, après un demi-siècle. Les
leçons suivantes, si elles furent plus techniques, ne soule-
vèrent pas un intérêt moindre; mais l'inexpérience des
assistants et le manque de livres français où il leur fût pos-
sible de compléter la parole du maître décidèrent celui-ci à
terminer au plus vite la traduction qu'il avait commencée
en Allemagne du gros traité de Bopp sur la Grammaire
comparée.
Il nous a confié, dans l'Introduction du premier volume,
quelles raisons il eut de l'entreprendre. Tout d'abord, il fut
séduit par le plan de l'ouvrage qui, étudiant d'ensemble un
certain nombre d'idiomes indo-européens, les replaçait dans
le milieu où ils étaient nés. et, les soumettant à une anahrse
minutieuse à partir du point où leurs grammaires spéciales
finissent, les commentait l'un par l'autre, en rendait le
développement sensible et démontrait que les soi-disant
anomalies demeurées jusqu'alors inexpliquées dans chacune
d'elles sont uniquement les manifestations particulières de
lois générales. Il y avait là un trésor de connaissances qu'il
fallait ouvrir à la science française pour l'aider à sortir de
l'anarchie où elle se complaisait. « Ce n'est pas, ajoutait
Bréal, que les travaux de linguistique manquent en France :
nous pourrions en citer qui sont excellents et qui valent à
tous égards les plus savants et les meilleurs de l'étranger ;
mais... ils s'ignorent les uns les autres, je veux dire qu'ils
ne se continuent ni ne se répondent ; chaque écrivain, pre-
nant la science à son origine, s'en constitue le fondateur et
en établit les premières assises. Par une conséquence natu-
relle, la science, qui change continuellement de terrain, de
plan et d'architecte, reste toujours à ses fondations... A la
vue de tant d'efforts incohérents, le lecteur est tenté de
supposer que la linguistique est encore dans son enfance.
NOTICE SUR M. MICHEL BRÉAL 555
et il est pris du même scepticisme qu'exprimait saint
Augustin, il y a près de quinze siècles, quand il disait, à
propos d'ouvrages analogues, que l'explication des mots
dépend de la fantaisie de chacun, comme l'interprétation
des songes1. » Le tome premier fut imprimé en 1866 et
obtint le prix Volney '2 ; les deux volumes suivants se suc-
cédèrent régulièrement de 1866 à 1869, avec des Introduc-
tions substantielles, où le traducteur résumait les données
fournies par les portions afférentes de l'original et, à l'oc-
casion, en discutait la doctrine. Le quatrième ne fut prêt
qu'en 1872:j.
Aussi bien, la vie de Bréal s'était compliquée avec les
ans. Disons d'abord que, devant le succès du cours, Duruy
s'était cru autorisé à transformer en chaire magistrale la
chaire de chargé de cours qu'il avait instituée, pour la
grammaire comparée, au Collège de France; Bréal, renon-
çant à son emploi près la Bibliothèque 4, fut élu, en 1864,
à l'unanimité des professeurs, par 28 voix, sur 33 votants,
dans l'Académie des inscriptions. D'autre part, avec le
concours de M. de Charencey, et principalement d'Egger,
qu'on trouve mêlé à tout ce qui se fit d'utile vers cette
époque, une société avait essayé de se constituer, la même
année, pour grouper les linguistes ; mais la formation de
cette Société de linguistique fut pénible et le sort en
demeura précaire jusqu'en 1867, où Bréal accepta définiti-
vement d'en être le secrétaire, fonction de pur dévouement,
dont aucun avantage ne rachetait les ennuis. Et pourtant,
malgré l'ardeur de conviction inlassable qu'il y déploya, il
ne put empêcher qu'elle ne menât longtemps encore une
1. Introduction, p. ii-iii.
2. Comptes rendus, 1866, nouvelle série, t. II, p. 91, 142.
3. Ces volumes furent présentés à l'Académie, le deuxième en 186», le
troisième en 1870, le quatrième en 1872.
4. Notre confrère M. Omont veut bien m'a p prendre que ce fut le l,r
octobre 1864.
556 NOTICE SUR M. MICHEL BRÉAL
vie errante : jusqu'après le siège de Paris, nous la vîmes
se réunir un soir chez Egger, l'autre chez Renan ou chez
Brunet de Presle, tant qu'enfin la salle Gerson la recueillit
dans les annexes de la vieille Sorbonne.
Il participa de même à la fondation de la Revue critique,
lorsque, en 1866, ses amis, Gaston Paris, Thurot, Paul
Meyer, de La Berge, Gabriel Monod et d'autres, y entamèrent
leur campagne contre la mollesse et la légèreté avec
laquelle on conduisait et on jugeait en France les travaux
historiques et philologiques. Il faut avoir assisté a ces
luttes pour apprécier à leur juste valeur le courage et la
ténacité dont les rédacteurs du début eurent à faire preuve
en plus d'une occasion. Les auteurs qu'ils censuraient,
rudement parfois, et qui étaient habitués à plus de douceur,
s'indignaient contre la Revue, et l'appelaient rageusement
la vipère ; dès que la vipère eut sifflé contre eux à plusieurs
reprises, ils se renfoncèrent chacun dans son coin, et s'y
tinrent muets; ou, s'ils se risquèrent encore à élever la
voix, ce fut avec une prudence qui leur évita sa morsure.
Bréal joua son rôle dans cette petite guerre, et ce n'est pas
sans raison qu'il fut choisi par la suite pour être un des
quatre directeurs de la Revue.
D'autres soucis s'ajoutèrent bientôt à ceux que lui caur
sait cette besogne d'assainissement scientifique. Victo-
Duruy, toujours en quête d'innovations précieuses, songeait,
à fonder parmi nous quelque chose d'analogue à ce que
sont les séminaires auprès des Universités allemandes, mais
avec les vertus de clarté lumineuse et, si possible, de faci-
lité littéraire qui sont ici, comme par droit de naissance,
l'accompagnement de l'érudition. Lorsque, en 1868, il réa-
lisa son projet, Bréal se trouva naturellement désigné pour
enseigner la grammaire comparée a l'Ecole pratique des
Hautes Études, dans la section d'histoire et de philologie.
C'était une charge en surcroît de celles qu'il portait déjà;
il l'accepta avec allégresse, car elle achevait de lui donner
NOTICE SUR M. MICHEL URÉAL 557
la haute direction sur la science à laquelle il s'était voué
dès la sortie de l'Ecole.
Des trois moyens qu'il possédait ainsi de l'avancer, l'en-
seignement du Collège de France fut celui que l'expérience
lui révéla bientôt comme étant le moins efficace. Avec ses
salles constamment accessibles aux désœuvrés et aux
curieux pendant que le maître parle, avec ses auditeurs
dont la plupart viennent assidûment plutôt pour entendre
un développement bien équilibré sur des points curieux
de science que pour apprendre patiemment les méthodes
de la science même, le Collège lui sembla ne pas offrir à
ses besoins de prosélytisme scientifique un champ beaucoup
plus favorable que n'était alors la Faculté des lettres.
Comme tout bon normalien de son temps, il excellait dans
l'art de trousser vivement une leçon, et il l'avait prouvé
chaque fois qu'il avait ouvert son cours ; mais il préférait
à cet exercice d'éloquence un peu solennel la conférence
familière, causée sans apparat au milieu de ses élèves, inter-
rompue à l'occasion par leurs questions ou par leurs
remarques, et l'École des Hautes Études lui prêta le cadre
simple qu'il considéra comme plus propre que celui du
Collège aux besognes utiles. Ceux qui travaillèrent alors
sous lui dans les salles étroites de la vieille Sorbonne
gardèrent un souvenir très particulier de leurs premières
rencontres avec lui. En ce temps-là, le candidat qui solli-
citait la libre pratique de ce véritable laboratoire linguis-
tique ne pouvait l'obtenir qu'après avoir rendu au pro-
fesseur de son choix une visite d'épreuve préliminaire, et
lorsqu'il se présentait à Bréal, s'il n'avait pas encore vu
de près celui-ci, il échappait malaisément à un accès de
timidité. Il devait dire d'où il sortait, les motifs qu'il avait
de croire à sa vocation, le point où il pensait en être arrivé
de ses études, au besoin traduire et commenter quelques
lignes d'un texte grec ou sanscrit ; cet interrogatoire conduit
posément, à voix lente, par ce petit homme bâti carré-
5S8 NOTICh' SUR M. MICHEL IfHÉAL
ment, épaules larges, tête énorme, traits taillés puissam-
ment, qui l'écoutait sans broncher et le cou penché légère-
ment sur l'épaule gauche, le regardait d'un air malicieux, ne
laissait pas de lui brouiller un peu les idées ; mais la bien-
veillance retenue du sourire corrigeait cette impression
troublante, et les rapports que le cours établissait presque
aussitôt entre le maître et les élèves achevaient de la dis-
siper. Il réussissait, dès le premier jour, à éveiller en eux
la sensation qu'ils étaient pour lui des collaborateurs
autant que des élèves, il provoquait leurs observations,
il critiquait leurs essais, et, impitoyable pour les fautes
de méthode, il leur accordait, pour le reste, une liberté
absolue. Rien, toutefois, ne leur était plus instructif que
d'assister au travail qui s'accomplissait dans son esprit
lorsqu'il abordait à leur intention l'examen d'un point de
doctrine mal résolu ou jugé insoluble par d'autres. La
franchise parfaite avec laquelle il exposait les données du
problème, l'argumentation serrée par laquelle il écartait
les solutions avancées précédemment, son adresse à grou-
per insensiblement les faits d'où allait découler la sienne,
et les mots saisissants qu'il employait pour la formuler,
tout leur montrait comment on s'y prend pour dégager
la vérité des nuages qui l'obscurcissent et excitait en eux
l'ambition de l'égaler, sinon de le surpasser.
Deux ans à peine s'étaient écoulés depuis sa nomination
à ce poste privilégié, quand la guerre franco-prussienne
et le désir de contribuer selon son pouvoir au relèvement
de notre pays donnèrent un autre cours à son activité.
Après la défaite de l'Autriche, en 1866, c'était devenu
à Paris un lieu commun de répéter que la Prusse devait
le meilleur de ses succès militaires à la façon pratique
dont elle avait organisé l'instruction populaire, ou, pour
citer une des phrases à la mode en ces jours déjà lointains,
que Sadowa avait été gagné au moins autant par l'insti-
tuteur que par le fusil à aiguille. Après le désastre de
NOTICE SUR M. MICHEL BRÉAL 559
Sedan, cette opinion, d'ailleurs contestable, passa soudain
a l'état d'axiome, et se répandit par toute la France ; les
survivants de notre génération n'ont pas oublié la violence
des assauts que le système d'éducation en vigueur alors
subit à cette occasion et les nombreux projets qu'on
échafauda pour le réformer. Or, depuis son séjour à Ber-
lin, en 1858, Bréal ne cessait d'amasser des notes sur la
valeur comparative des études telles qu'elles étaient orga-
nisées en France et en Allemagne ; ce ne furent donc pas
les événements de l'année terrible qui lui suggérèrent
l'idée de se jeter dans la mêlée : ils le décidèrent seulement
à produire ses observations plus tôt qu'il n'aurait songé
à le faire sans eux. Il les condensa, en 1872, dans un petit
volume in-18 qu'il intitula modestement : Quelques payes
sur l'instruction publique en France l. Elles formaient une
critique très fermement motivée et très dure par endroits,
sous son expression courtoise, des trois degrés d'enseigne-
ment que l'Etat avait combinés : enseignement primaire,
enseignement secondaire, enseignement supérieur ; véri-
fiant les résultats de ses enquêtes personnelles par ceux
des expériences d'autrui, Bréal indiquait pour chacun de
ces degrés les mesures qu'il estimait être le plus propres à
les régénérer. Le livre eut deux éditions coup sur coup ; les
conclusions en furent approuvées ou condamnées chaude-
ment ; mais, à quelque parti que l'opinion s'arrêtât, elle
demeura convaincue désormais que l'auteur, loin d'être un
de ces savants enfermés hermétiquement dans leur science,
se doublait d'un observateur attentif de tout ce qui se
passait dans le monde et de qui l'on pouvait espérer beau-
coup pour la réfection de notre édifice universitaire.
Toutefois, avant de réclamer l'application intégrale de
ses principes, il lui parut nécessaire d'en tenter les essais
1. Publié chez Hachette, Paris, 1872, in-18 ; une seconde édition en parut
la même année, dans le môme format et chez le même éditeur.
1916 31
560 NOTICE SUR M. MICHEL ItRÉAL
partiels sur divers objets déterminés. Il fut donc de ceux
qui, fondant l'Ecole Alsacienne, puis le Collège Sévigné,
montrèrent aux éducateurs officiels les voies qu'il convenait
de suivre pour perfectionner l'instruction secondaire des
garçons et des filles. De même, il s'associa, dès le premier
jour, aux travaux de la Société pour l'enseignement supé-
rieur, et il devint, en 1879, un des promoteurs les plus
ardents de cette Société pour renseignement secondaire,
qui a fourni depuis de si belles destinées, acceptant de la
présider deux fois de suite, en 1880 et en 1881, puis, après
deux années de repos bien gagné, une fois encore, en 1 88 i.
Il avait été nommé dans l'intervalle un des inspecteurs de
l'enseignement supérieur, un peu à son corps défendant,
car l'âge l'alourdissait déjà, et les voyages d'inspection le
fatiguaient.
Défendant ainsi la cause des études classiques, il ne
négligeait pas celle des études orientales. Il relevait, au
cours de ses tournées, les endroits qui lui paraissaient
offrir le plus de ressources pour celles-ci, et, de retour
à Paris, il insistait auprès du Ministère pour qu'on y
envoyât des professeurs spéciaux ; c'est à son initiative
que Lyon, par exemple, doit ces deux chaires de sanscrit
et d'égyptologie dont elle n'est pas peu fière aujourd'hui.
Enfin, quand la loi de 1880, modifiant la constitution du
Conseil supérieur de l'instruction publique, y laissa un
certain nombre de places à la nomination du ministre,
Jules Ferry le désigna pour remplir l'une d'elles, et ce choix
ne rencontra partout qu'approbation. A partir de ce
moment, Bréal vécut pour ainsi dire deux vies accolées
l'une à l'autre, et dont chacune aurait suffi à fatiguer les
énergies d'un homme actif.
C'est qu'en effet, tout en ayant la mine de se livrer
entièrement à l'amélioration et à la défense de l'Université,
il n'avait rien relâché de sa vigueur scientifique. Son
<roùt l'avait entraîné de bonne heure vers le déchiffrement
NOTICE SUR M. MICHEL BRÉAL 561
des dialectes les plus obscurs de l'Italie : les Comptes
rendus de notre Académie, les Mémoires de la Société de
linguistique, la Revue critique sont pleins des articles où
il déposait fragment par fragment le produit de ses recon-
naissances sur ce terrain mal exploré. Une première fois,
en 1875, cet effort aboutit à la mise au jour d'une œuvre
considérable sur les Tables eugubines dans la Bibliothèque
de l'Ecole des Hautes Etudes. Les six plaques de bronze
déterrées jadis à Gubbio et couvertes, les unes de carac-
tères étrusques, les autres de caractères latins, contiennent
les restes d'un rituel ombrien qui prescrivait des cérémo-
nies destinées à assurer la prospérité des moissons. Non
seulement le texte en offrait de l'intérêt pour l'archéologue,
mais l'idiome dans lequel il est conçu ouvrait un champ
fécond au linguiste. Bréal le remua assez à fond pour en
tirer les éléments d'une grammaire où il montrait que
l'ombrien, à côté de quelques particularités d'allure toute
moderne, possédait des formes plus archaïques que celles
du latin.
Tandis qu'il travaillait à rédiger cette œuvre, un fauteuil
étant devenu vacant chez nous par la mort de Brunet de
Presle, il se présenta pour l'obtenir ; le 3 décembre 1875, il
fut élu au premier tour de scrutin par 19 voix1. Désormais
notre Académie reçut la primeur de ses recherches. C'est
ainsi qu'il compléta sa reconstruction de l'ombrien par
l'analyse des inscriptions volsques de Velletri et de Scop-
pito, par l'examen de la loi de Bantia et de la tablette
d'Anagnone, par une tentative d'interprétation plus rigou-
reuse du chant des frères Arvales. La même curiosité
qui l'attirait vers les monuments les plus difficiles à élu-
cider de l'Italie, le poussa vers ceux des dialectes les plus
excentriques de la Grèce, le cypriote, l'étolien, le crétois :
1. Comptes rendus, 1875 (4e série, t. III), p. 294-296 : il prit place dans
la séance du 10 décembre (ibid., p. 297).
562 NOTICE SUR M. MICHEL BRÉAL
un morceau de la loi de Gortyne enfoui au Louvre depuis
I808 lui permit d'éclairer certaines obscurités du langage,
de définir les termes relatifs aux adoptions et de recon-
stituer par là un chapitre entier du droit grec1. Malgré
que la science ait progressé depuis lors, et que certains
des faits discutés dans ces mémoires aient été reconnus
incomplets ou inexacts, il y a plaisir toujours, et souvent
profit, à les relire, tant la méthode en est ferme et péné-
trante, tant la hardiesse s'y unit à la prudence. Bréal
avait l'instinct de ce qui est possible en exploration scien-
tifique comme de ce qui ne l'est pas selon les conditions
du temps présent, et cet instinct, affiné par une longue
pratique, le garda contre les théories où d'autres se plai-
saient à voir des inspirations de génie. Quel savant
aujourd'hui, même au delà du Rhin, défendrait les thèses
bizarres de Corssen sur la façon de lire les inscriptions
étrusques et de comprendre la langue dans laquelle elles
sont écrites? Ce fut Bréal qui, le premier, démontra au
professeur allemand qu'il avait perdu son temps à compo-
ser un gros ouvrage afin d'établir que l'étrusque est un
latin mal prononcé 2.
Le moment vint pourtant où, les forces d'un seul mena-
çant de succomber sous le poids de tant de fonctions di-
verses, il devrait se débarrasser de l'une ou de l'autre d'entre
elles : à l'automne de 1881, il renonça à l'Ecole des Hautes
Études. Ainsi qu'il arrive souvent dans nos sciences, celui
qui assemble en un corps de doctrine cohérent les notions
éparses que d'autres ou lui ont acquises dans un certain
laps de temps semble ne clore la période pendant laquelle
sa théorie s'est élaborée que pour ouvrir une période nou-
velle, pendant laquelle une génération plus jeune manifeste
des tendances opposées, sinon pour le tout, du moins pour
1. Comptes rendus, 1878 (4e série, t. VI), p. 139.
2. Revue critique, 1874, 2' semestre, t. VIII, p. 321, et 1876, 1" semestre,
t. X, p. 81.
NOTICE SUR M. MICHEL BRÉAL 563
une grosse part des résultats estimés le plus solides par ses
prédécesseurs. Bréal en avait fini à peine en 1872 avec le
dernier volume de sa traduction, que l'œuvre de Bopp, for-
tement battue en brèche et dans son pays et dans le nôtre,
commençait à chanceler. Pour Bopp et pour son école,
l'important était de retracer la naissance, l'accroissement,
puis le dépérissement des formes grammaticales indo-euro-
péennes, ceux surtout de la flexion, mais sans trop s'in-
quiéter ni de leur évolution phonétique, ni de leur emploi
dans la phrase, ni de la structure de cette phrase même.
Près de lui déjà on avait entrepris de substituer, à l'étude
des lettres et de leurs correspondances de langue à langue,
celle de l'articulation et de ses changements, si bien qu'on
en arriva vite à dégager les faits applicables à toutes les
langues et non pas propres seulement à telle ou telle : on
reconnut que le moindre changement phonétique s'accom-
plit mécaniquement, suivant des lois sans exception ; en
d'autres termes, qu'il a lieu dans une direction toujours la
même chez tous les hommes qui parlent un même langage
et, dans celui-ci, un même dialecte, si bien que tous les
mots où entre le son sujet à l'altération la doivent subir.
Les élèves de Bréal entraînés par le courant que son ensei-
gnement critique avait déterminé s'étaient éloignés de Bopp,
puis de leur maître, tant qu'enfin l'écart entre les doctrines
plus récentes et les plus anciennes devint manifeste lorsque,
en 1879, Saussure publia le Mémoire sur le système pri-
mitif des voyelles dans les langues indo-européennes ', qui
édifia de façon définitive la théorie du vocalisme dans ce
groupe linguistique. La rigueur inflexible introduite ainsi
dans la science ne convenait pas beaucoup mieux au tem-
pérament de Bréal que le sec empirisme de l'enseignement
grammatical donné par l'Ecole normale au temps de sa jeu-
nesse. Il continua son cours des Hautes Etudes pendant
1. Leipzig. 1879, in-8° ; Paris, 1887, in-8".
564 NOTICE SUR M. MICHEL BRÉAL
trois années encore; puis, en 1881, la fissure s'élargissant
toujours, il quitta la partie, mais en désignant, pour le rem-
placer, celui-là même dont les directions scientifiques s'éloi-
gnaient le plus des siennes, Ferdinand de Saussure.
Rien ne montre plus clairement la libéralité de son esprit
et l'intelligence très avisée qu'il avait des besoins du mo-
ment. Peu de professeurs, appelés à se donner un successeur,
auraient dirigé aussi généreusement le choix du ministre
sur un disciple qui s'écartait si résolument de leurs idées
propres. Bréal trouva tout naturel d'agir comme il fît en
cette circonstance, suivant d'ailleurs en cela la règle de sa
vie entière. Jamais il ne demanda à ses élèves d'adopter
aveuglément ses idées : il n'exigea d'eux que le sérieux et
la bonne foi dans les recherches.
Allégé ainsi d'une partie de ses devoirs professoraux, il
lui devint moins difficile de conduire à une même allure et
sa poursuite de la vérité scientifique et sa lutte pour l'Uni-
versité. La jeune école de linguistique n'avait pas pu s'en-
fermer presque exclusivement dans la démonstration des
lois phonétiques, de leur constance, des conséquences qui
en découlent pour chacun des membres de la famille indo-
européenne, sans négliger un peu l'analyse des sens et de
leur évolution, ce que les Allemands affublaient du nom de
sémasiologie. Bréal préféra ne pas oublier qu'à côté de ces
lois strictes qui meuvent le corps matériel du langage, il y
en a d'autres aussi rigoureuses qui en commandent le méca-
nisme psychologique, et il en donna l'application dans une
série de notes rédigées au jour le jour pendant des années.
Les changements de signification qui atteignent les mots et
les formes grammaticales sont le produit des opérations
incessantes par lesquelles l'esprit humain se fabrique à lui-
même des outils de plus en plus commodes et les perfec-
tionne ou les remplace à mesure qu'ils s'usent, afin de s'en-
tendre toujours mieux avec ses semblables ; mais tandis
que leurs sons se modifient méthodiquement à travers les
NOTICE SUR M. MICHEL BRÉAL 565
siècles, leurs sens évoluent avec non moins de régularité.
Ce n'est pas qu'ils jouissent d'une autoplastie réelle et que
nous ayons le droit de leur attribuer une sorte de vie,
comme l'imagina Arsène Darmesteter : cette conception,
empreinte qu'elle était du mysticisme germanique, n'était
pas pour plaire à Bréal, et n'a pas résisté à sa critique; mais
ce fut en 1897 seulement qu'il crut enfin avoir précisé
suffisamment ses idées sur ce sujet, et qu'il les livra au
public dans ses Essais de sémantique. Le mot avait été
frappé par lui pour désigner cette branche de la science où
le langage est considéré avant tout au point de vue des
choses à exprimer, et il fît une fortune rapide, car les sa-
vants de profession s'en emparèrent et le monde lettré
l'adopta presque aussitôt qu'eux: il est entré dans l'usage
courant et on n'imagine pas le temps où il n'y était pas.
L'ouvrage n'est pas un simple répertoire de faits, hérissé
de mots techniques et écrit dans la manière aride ou peu
compréhensible que tant d'auteurs affectent en cas pareil ;
c'est plutôt un traité psychologique, mais d'une psychologie
toujours claire dans ses principes. Ecartant « l'inconscient »
des théories germaniques ou germanisantes, Bréal se refuse
à prêter au langage un développement spontané, mais il
voit en lui un produit réfléchi de l'homme vivant en société,
que le milieu ambiant, l'école, la littérature, la pratique des
classes instruites, le frottement hostile ou^pacifique avec
l'étranger modifient sans relâche. A la netteté des principes
déterminés successivement correspond une limpidité et un
bonheur d'expression où l'on retrouve l'ancien normalien
rompu dès l'enfance à l'art de bien écrire. La phrase est
agile, sobre, dépouillée d'ornement superflu, imagée cepen-
dant quand il faut lètre. Le livre a eu cinq éditions de 1897
à nos jours, et le succès n'est pas épuisé, loin de là. Bréal,
qui en avait préparé l'effet par mainte note préliminaire, le
continua et l'accrut par la publicationjninterrompue de ce
qu'il appelait ses « Variétés philologiques ». « C'est, dit-il,
560 NOTICE SUR M. MICHEL BRÉAL
de la graine jetée un peu au hasard : cela germe quel-
quefois mieux qu'en serre chaude1. » La bonne semence,
en effet, quand elle est lancée à propos, se perd rarement,
quel que soit le sol sur lequel elle tombe : celle-ci a levé
drue en serre chaude et en terre libre ; mais souvent,
lorsque la plante est arrivée à maturité, la moisson ne rend
pas au semeur les fruits qu'il en attendait, et les espoirs qu'il
avait bâtis sur elle sont déçus cruellement.
Il l'éprouva vers le même moment, lorsqu'en 1896 il fut
obligé de renoncer à cette partie éducatrice de son œuvre
qui ne lui tenait pas moins à cœur que la partie scientifique.
Vainement avait-il, depuis 1880, prodigué son temps et sa
peine pour aider à la reconstitution de notre enseignement:
ses projets, tombés entre les mains de gens plus habitués à
exécuter des manœuvres de stratégie parlementaire qu à
toucher aux rouages délicats de notre machine éducatrice,
avaient subi bientôt des déformations qui en altéraient sin-
gulièrement la nature. Non seulement l'étude du grec
tendait à disparaître des lycées, mais celle du latin fléchis-
sait, et, comme conséquence de ce double affaiblissement,
la crise du français commençait à se déclarer. Depuis que
Bréal avait été inscrit d'office au Conseil supérieur, il n'avait
cessé de signaler le danger et de le combattre énergique-
ment sur tous les points où il surgissait, mais sans parvenir
à le refouler. Certes, l'Etat avait beaucoup fait et se pro-
posait de faire plus encore dans le domaine de l'enseigne-
ment supérieur, mais la parcimonie avec laquelle il pro-
cédait ne lui permettait pas toujours d'achever ou simplement
d'amorcer les améliorations annoncées au début, et quand
même elles s'étaient opérées sérieusement dans la masse
professorale, on pouvait craindre que le recrutement des
étudiants devînt défectueux, faute par l'enseignement secon-
1. Lettre à M. S. Reinach, dans la Revue archéologique, 1916 (5e série,
t. III), p. 145.
NOTICE SUR M. MICHEL BRÉAL 367
daire de leur donner la préparation convenable. Là, en effet,
le désir louable en soi d'agrandir le nombre des matières
enseignées au collège, en ménageant l'hygiène des enfants,
avait décidé le législateur a réduire les années d'études clas-
siques et à écourter les heures de classe dans celles qu'on
leur laissait, tandis qu'on enlevait son caractère propre à
l'enseignement spécial, pour tailler en lui comme une dou-
blure de l'enseignement classique ; d'où l'abaissement
graduel de l'un sans l'élévation suffisante de l'autre. L'en-
seignement primaire avait bénéficié d'un traitement plus
favorable, et Bréal y aurait loué sans réserve les résultats
obtenus si des arrière-pensées purement politiques
n'avaient risqué d'y fausser le rôle de l'école. Il lutta seize
années durant contre le mal ; mais il eut beau protester au
sein de l'assemblée, multiplier les articles de journaux et
de revues, essayer en Sorbonne une propagande de confé-
rences pratiques sur la méthode à suivre pour enseigner les
langues anciennes et les langues vivantes : sa voix, écoutée
d'abord avec respect, finit par devenir importune. En 1880,
un ministre l'avait porté spontanément sur la liste des
conseillers à sa nomination; en 1896, un autre ministre le
raya spontanément.
Bréal se retira de la bataille, plein de tristesse et de
doute ; une dernière fois pourtant, en 1899, lorsqu'une
commission parlementaire, présidée par notre confrère
M. Ribot, fut chargée d'enquérir sur l'état de l'enseignement
en France, il prit la parole pour rendre son témoignage
avec un faible regain d'espérance. Il énuméra de nouveau
les fautes commises, il s'éleva fortement contre l'opinion
qui lui en attribuait la plupart et, dégageant sa responsa-
bilité ainsi que celle des hommes qui, de près ou de loin,
par l'action ou par le discours, avaient collaboré à sa grande
œuvre, il déplora l'affaissement toujours plus sensible des
humanités, il signala les inconvénients du monopole réel
qu'un engouement injustifié accordait à l'allemand presque
568 NOTICE SUR M. MICHEL RRÉAI.
à l'exclusion des autres langues modernes ; on accueillit
patiemment cette philippique et on loua l'énergie prévoyante
qui l'avait dictée, mais nous savons tous par expérience ce
qui sortit de l'enquête.
Bréal garda au fond de son cœur une sourde rancune
contre ceux qui, ayant l'autorité nécessaire pour avancer
la tentative de réparation à laquelle il tenait tant, l'avaient
compromise, et, bien qu'il se renfermât à l'ordinaire dans
un silence dédaigneux, il ne put pas toujours l'empêcher
de percer. Un jour, pendant l'été de 1899, que plusieurs
de nos confrères parlaient instruction publique, au pied
de la statue de Chateaubriand, dans l'antichambre de
notre salle des séances, et qu'ils exprimaient librement
devant lui l'inquiétude qu'ils ressentaient, l'un d'eux,
avisant Bréal, lui demanda son avis. «J'ai eu, répondit-il,
mes théories à ce sujet ; elles ont plu jadis, vous les
connaissez, j'ai essayé de les faire adopter en haut lieu, et
j'étais si bien persuadé de leur excellence que j'ai élevé
mes enfants d'après elles tant bien que mal, plutôt mal
que bien selon ce qu'on m'a donné à entendre ; mainte-
nant donc, je m'abstiens de juger ce qui se passe. » Il
n'avait pas si mal élevé ses enfants, et nul ne l'ignorait de
ceux qui avaient pénétré dans l'intimité de sa famille, mais
une façon de légende était née à ce propos, et le ressen-
timent qu'il en éprouvait l'amena à s'exprimer presque de
même dans une occasion plus solennelle. Vers la fin de
1899, ses admirateurs et ses amis avaient comploté de
fêter par un banquet le vingt-cinquième anniversaire de
son élection à l'Institut ; la Société de linguistique, dont
il était le secrétaire assidu depuis 1868, prit la tète du
mouvement, le Collège de France, l'Association des Etudes
grecques, l'Ecole des Hautes Etudes, l'Académie des
inscriptions où il comptait comme confrère plus d'un de
ses anciens élèves, quelques-uns des journaux et des revues
dans lesquels il écrivait, s'empressèrent à la suite, et le
NOTICE SUR M. MICHEL BBÉAL 569
banquet eut lieu le 1er décembre. On vit là, comme il le
définit assez drôlement, un Bréalorama complet, où défi-
lèrent tous ceux qui tenaient à honneur d'affirmer leurs
sentiments dévoués ou reconnaissants pour l'homme qui
avait été le camarade d'enfance ou le compagnon d'armes
de plusieurs d'entre eux, le maître de beaucoup. Au des-
sert, Gaston Paris, Gabriel Monod, Eugène d'Eichthal,
Barboux, Bernés, Rosapelly le saluèrent au nom des corps
savants qu'ils représentaient ; puis Bréal, se levant a son
tour, les remercia de l'hommage qu'ils venaient de lui
rendre. Il esquissa à grands traits l'histoire de sa vie,
rappela les luttes qu'il avait soutenues pour la science et
l'instruction publique, confessa les illusions dont il s'était
bercé au début sur les chances de succès et les désap-
pointements qui ne lui avaient pas été épargnés, répéta à
ce propos, presque dans les mêmes termes, ce qu'il avait
dit sur la manière dont on prétendait qu'il avait élevé les
siens. Ce fut, parmi les douceurs de cette sorte de
triomphe, le je ne sais quoi d'amer que le poète latin
découvre au milieu de tous les plaisirs. Des bravos una-
nimes saluèrent cette petite improvisation où l'émotion
contenue se teintait par endroits d'une nuance d'ironie, puis
l'écho des applaudissements s'effaça, et la vie se. reprit à
couler en silence. Quatre années encore, il professa au
Collège de France ; mais avant que la cinquième finît,
constatant que la génération présente s'écartait toujours
davantage des doctrines auxquelles il s'était attaché dans
sa jeunesse et dans son âge mûr, il céda sa chaire à celui
de ses élèves qu'il savait être le plus digne de lui succéder,
M. Meillet. Il se dépouilla ainsi de la dernière des fonctions
qui lui étaient échues depuis près d'un demi-siècle, mais
ce renoncement extrême à la pratique de l'enseignement
ne suspendit point la marche de son travail personnel : il
consacra les longs loisirs que la vieillesse lui avait pré-
")70 NOTICE SI H M. MICHEL BRÉAL
parés, à l'œuvre qu'il estimait le plus propre à couronner
sa carrière.
Il en avait déjà laissé présager l'importance clans des
notes analytiques sur plus d'un mot de la langue épique,
dont la série demeurait perdue dans les journaux tech-
niques, avant qu'il écrivît pour la Revue de Paris en 1903
un article d'ensemble sur Homère K Dès ses premières
études sur ce sujet, qu'on aurait cru de nature à tenter un
agrégé des lettres plutôt qu'un grammairien, il avait été
mis en défiance par les « théories creuses » et par les
« exagérations poétiques de Wolf ou de ses continua-
teurs », qui, différant par le détail, ont toutes pour effet
de repousser l'origine de l'épopée grecque si loin dans le
passé qu'elles la placent « hors des prises de la science »,
et de substituer, à la supposition d'un auteur personnel
commun à V Iliade avec l'Odyssée, celle dune création
inconsciente sortie spontanément de l'âme populaire : une
<( commission de savants, au temps de Pisistrate », aurait
réuni les rhapsodies éparses et, les classant dans l'ordre
des événements pour chaque poème, les aurait éditées
sous la forme où nous les lisons. Plus Bréal s'enfonçait
dans l'étude de la poésie homérique, plus il lui semblait
qu'elle rentrait dans la conception normale des produc-
tions humaines, et que rien n'empêchait la critique de la
remettre à sa place, « parmi les institutions et les œuvres
du génie grec déjà pourvu de traditions ». Ses idées,
d'abord un peu flottantes, se précisèrent graduellement,
mais elles n'apparurent bien claires qu'en 1906, dans le
livre, mi de vulgarisation, où il s'efforça de montrer quel
chemin on devait parcourir Pour mieux connaître Homère-.
Il y prouvait, dans une première partie, que l'Iliade et
VOdyssêe sont certainement, aux yeux du lecteur sans
1. Revue de Paris, 1903, t. X, 1, p. T51 .
2. Paris, Hachette, in-16, vm-309 pp.
NOTICE SUR M. MICHEL I5RÉAL 571
préjugés, l'œuvre d'une « intelligence consciente et maî-
tresse d'elle-même », que d'ailleurs tout en elles, cérémo-
nial de la vie publique, raffinements et luxe des mœurs
privées, scènes de festins et de combats, usage constant
de formules pour le moindre acte de l'existence, surabon-
dance des épithètes consacrées et des locutions invaria-
bles, caractère savant de la versification, richesse du
lexique et de la grammaire, jusqu'à l'omission systé-
matique d'allusions à l'écriture et à la monnaie, trahit,
malgré des affectations d'archaïsme voulu, un âge relati-
vement moderne de la civilisation hellénique. La seconde
partie, la plus longue, contient, sous le titre de Lexilogus
qu'il lui donna en mémoire du philologue allemand de
lignée française Philippe Buttmann, l'analyse de divers
termes homériques dont l'examen lui semble devoir mon-
trer « le secours que la philologie classique... peut tirer
des enseignements de la linguistique » : elle nous conduit
à des conclusions analogues par la détermination exacte
des idées que le poète y rattache et des formes sous
lesquelles il les emploie. Bref, on en arrive à penser
que Vlliade est une de ces épopées savantes, qui furent
composées chez les différents peuples aux différents
âges de l'humanité ; seulement elle est la première en
date jusqu'à présent, elle restera toujours la plus belle ;
et VOdyssée n'est pas d'une autre espèce que l'Iliade.
Si donc on recherche la personnalité de l'auteur ainsi
que le temps et le lieu de sa naissance, il convient de ne
pas s'égarer dans l'antiquité reculée : on est attiré par la
force des choses vers le vnc siècle avant notre ère, et
vers ce royaume de Lydie qui fut, à partir de Gygès, un
des Etats les plus policés et les plus riches du monde
oriental. Il y avait par là, dans les villes d'Ionie ou d'Éolie
vassales des Lydiens, des sacerdoces ou des corporations
religieuses, voués à la célébration de jeux gymniques ou
de fêtes cycliques, dont le programme comportait, entre
*)72 NOTICE SUR M. MICHEL BRÉAL
autres, l'exécution de chants composés expressément sur
un thème de traditions nationales. Lorsque les principaux
épisodes de la guerre troyenne et les erreurs des princes
grecs coalisés pour la soutenir eurent été traités, quelques-
uns plusieurs fois, un aède se rencontra, l'Homère de la
légende, sous le nom duquel on présenta les rhapsodies
anciennes ou récentes, tant qu'enfin, une sélection s'opé-
rant parmi elles, elles furent introduites dans Athènes,
où une récension raisonnée leur imposa la forme en
laquelle nous les admirons aujourd'hui. On ne s'étonnera
pas si cette hypothèse rencontra peu de partisans parmi
les hellénistes de métier : l'opposition ne se borna pas à la
critique, elle se manifesta par un éreintement véritable
en Allemagne ; mais Bréal ne s'en soucia guère. « Cela
m'est égal », écrivait-il à un de nos confrères { ; « je
crois que l'avenir me donnera raison. »
Ce fut son adieu au monde des lettres. Pendant
quelque temps encore, il publia ses dernières Variétés phi-
lologiques, puis il posa la plume et s'enferma dans la
retraite. Depuis quelques mois déjà, la vieillesse, qui avait
été lente à venir pour lui, commençait à mordre sur son
robuste tempérament. Il avait toujours été assez lourd
d'allures et assez lent de mouvement, mais la maladie
l'avait respecté, et il avait atteint ses quatre-vingts ans
sans infirmité réelle ; vers 1903, un mal de genou se
déclara qui, augmentant sans lui laisser de répit, lui rendit
la marche de plus en plus pénible. Monter en voiture ou
en descendre devint pour lui toute une affaire : en 1905,
il dut renoncer à fréquenter régulièrement l'Académie2,
et, ce qui le chagrina peut-être davantage, sa bien-a'mée
1. Lettre à M. S. Reinach, en date du 9 octobre 1907, dans la Revue
archéologique, 1916 (5* série, t. III), p. 149.
2. Lettre à M. S. Reinach, en date du 30 octobre 1907, dans la même
Revue, même volume, p. 150.
NOTICE SUR M. MICHEL BRÉAL 573
Société de linguistique. Ses sorties s'espacèrent, ces-
sèrent entièrement ; c'est chez les siens, au 87 du bou-
levard Saint-Michel, à quelques numéros à peine de la
maison où il avait préludé à sa vie mariée, qu'il s'immo-
bilisa dans la retraite presque absolue. Non qu'il perdît
le contact avec ses anciens élèves : il s'intéressait encore
à ce qu'ils faisaient, et il surveillait la marche de la
science avec attention, mais avec une attention qui se
lassait parfois. Les soins affectueux dont ses enfants l'en-
touraient, ses deux fils, sa fille, son gendre, le prolon-
gèrent sans secousse jusqu'au delà de sa quatre-vingt-troi-
sième année. Les souvenirs de son passé laborieux lui
revenaient parfois en foule, et alors il aimait à en entretenir
son entourage de parents ou d'amis : c'est ainsi que
l'avant-veille de sa mort, il leur racontait les incidents qui
avaient marqué son entrée à l'École normale, plus d'un
demi-siècle auparavant. Il s'éteignit enfin le 2o no-
vembre 1915, emportant dans la tombe le regret de
n'avoir pu saluer encore le triomphe plein de nos armées
et la fin de la guerre effroyable qui met aux prises les
Allemands et la France.
Dès le moment où elle nous avait été déclarée, la vision
des horreurs commises chez nous en 1870 s'était ravivée
dans sa mémoire ; il s'était senti par instant oppressé
d'angoisse ; l'écrasement de la Belgique, les revers de
nos armées trop peu nombreuses, leur retraite à travers
les provinces du Nord, l'arrivée presque foudroyante des
avant-gardes prussiennes au voisinage de Paris avaient
paru justifier les pronostics les plus sombres : il semblait
que l'histoire se répétât lugubrement et que les désastres
d'il y a quarante-cinq ans fussent sur le point de se renou-
veler. La victoire de la Marne rendit la sérénité à Bréal
comme à tant d'autres ; mais il connaissait trop bien
l'Allemagne et l'immensité de sa force brutale pour n'être
pas persuadé que la décision suprême serait longue à se
574 NOTICE SUR M. MICHEL BRÉÂL
produire, et il se résignait à l'attendre patiemment. Sa
destinée mauvaise ne lui a point permis de durer jusque
là. Comme le prophète de l'ancienne loi, il a pu entre-
voir la terre promise aux brumes de l'horizon lointain ;
il n'a pas eu la joie d'y pénétrer.
Le Gérant, A. Picard.
MAÇON, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS
COMPTES RENDUS DES SÉANCES
DE
L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES -LETTRES
PENDANT L'ANNÉE 1916
PRÉSIDENCE DE M. MAURICE CROISET
SÉANCE DU ll DÉCEMBRE
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET.
M. Antoine Thomas, à propos du procès-verbal, présente
quelques observations relatives au nom d'Ensérune et à ses
transformations.
L'Académie procède à l'élection de deux membres de la Com-
mission des inscriptions et médailles, en remplacement de
M. Cagnat, nommé Secrétaire perpétuel, et de M. l'abbé Théde-
nat, décédé.
Sont élus : MM. Babelon et Châtelain.
M. de Mély annonce qu'il a remarqué que, tout comme les
galons des vêtements des personnages des tableaux primitifs, les
bordures des vêtements des tapisseries portaient des inscriptions
qui pouvaient alors fournir des renseignements sur les auteurs
des carions de ces tentures. Des pièces d'archives et des cartons
(ceux du Louvre ayant confirmé pour Jean de Rome, pour
Philippe van Orley, pour Moer, pour Aelst, cette hypothèse, il
s'est attaché à étudier ces inscriptions dans les tapisseries de la
cathédrale de Reims, exposées au Petit Palais.
191'i 32
;i7l) Livres ôtfFERtâ
Dans YArhrc de Jeesé, on lil lies facilement Le Maire Jean.
C'est le maître des œuvres de Marguerite d'Autriche, le collabo-
rateur de Perréal pour l'église de Brou. Un manuscrit de Carpen-
tras nous donne de belles miniatures, presque des cartons de
tapisseries, exécutées de sa main et qu'il déclare avoir
laites.
Sur le sabre d'un des gardes de l' Adoration des Mages, on lil
mv. C'est le monogramme d'un peintre, nivar, qui en 1530, a
donné le carton d'un autre épisode de la Vie de la Vierge, pour
une verrière de Saint-Paul de Liège. Sur une autre, on lil
Tebaldo.
Mais la plus intéressante est l'inscription qu'on relève dans
Anne et Joachim renvoyés pur le Grand-Prêtre: Ioritzel van
Baios. Ce nom se retrouve sur le Rheinholds-Altar de Dantzig,
écrit: van Banos. Ce tableau était néanmoins attribué au Maître
de lu Mort de Marie de Cologne, parce que ce nom semblait
déroutant ; cependant l'architecte de Pierre le Grand s'appelait
van Balos, qui en est bien proche. La tapisserie de Reims vien-
drait donc peut-être authentiquer le nom du maître anonyme
du tableau de Cologne, le Maître de la Mort de Marie.
M. Salomon Reinacu déclare ne pouvoir admettre la conclu-
sion indiquée par M. de Mély.
LIVRES OFFERTS
M. Emile Picot dépose sur le bureau de l'Académie un travail,
dont il est l'auteur, intitulé : Les professeurs et les étudiants de
langue française à l'Université de Pavie au XVe et au XVIe siècle
(Paris, 1916, în-8°; extrait du Bulletin philologique et historique .
M. Camille JuxLIan présente, au nom de l'auteur, M. L'abbé
J.-B. Gabarra, chanoine honoraire, curé de Capbreton, un ouvrage,
en - volumes, intitulé: Vie de l'abbé Pedegerl, curé-doyen de Sabres
Dax, in-8° .
LIVRES OFFER't'S .")77
M. Héron de Villefosse offre à l'Académie, au nom de M. Eugène
Lefèvre-Pontalis. un volume intitulé : Congrès archéologique de
France ; LXXXe session tenue à Moulins el à Nevers en 1913 par la
Société française d'archéologie (Paris-Caen, 1916, in-8° de 509 p.,
avec 2GS planches et figures) :
<> Le Congrès de 1913 comprenait dans son programme l'étude des
monuments anciens, en particulier celle des églises les plus remar-
quables, appartenant à cinq départements, la Nièvre et l'Allier
d'abord, et par extension l'Yonne, Saône-et-Loire et le Puy-de-Dôme.
Ces monuments ont été décrits avec le plus grand soin par
MM. E. Lefèvre-Pontalis, Deshoulières, Serbat, Rhein, Bégule,
.1. Yirey, P. Gauchery, le chanoine Clément et l'abbé Luzuy. La
richesse des informations, la description des édifices faite sur place
par chacun des auteurs, leur histoire accompagnée d'une abondante
bibliographie, l'admirable illustration, composée en grande partie
de reproductions phototypiques, font du présent volume un guide
archéologique des plus sûrs et des plus instructifs.
«Les noms deMoulinset deNevers, ceux de Saint-Menoux, Paray-
le-Monial, Cluny, Riom, Souvigny, Ambierle, etc., rappellent tant de
souvenirs glorieux de notre architecture française, tant d'oeuvres
magnifiques de nos sculpteurs et de nos peintres, qu'il n'est pas
besoin d'insister longuement sur l'intérêt de ce volume. L'abbaye de
Cluny, qui joua un si grand rôle dans l'histoire générale dès la fin du
xe siècle, pendant tout le xie et le premier tiers du xne, fut saccagée
pendant la Révolution ; son ancienne église, le plus vaste et l'un des
plus beaux édifices delà chrétienté, a été presque entièrement détruite
sous le premier Empire ; ce qui en reste est l'objet d'observations
importantes. Un plan de 1623 permet de se faire une idée de ce grand
monastère et de ses dépendances. Dans celle petite ville, l'architec-
ture civile est encore représentée par un certain nombre de maisons
du moyenàge et delà Renaissance qui, malheureusement. y deviennent
de plus en plus rares. On en trouve aussi à Charlieu. De beaux des-
sins nous en montrent plusieurs ; malgré les remaniements subis par
ces logis au cours des siècles, on peut encore se faire une idée
de ce qu'étaient autrefois, dans ces localités, les installations des
commerçants et des petits bourgeois. On conserve à Ambierle un
triptyque remarquable dont les beaux volets onl été attribués. à
Rogier Van der Weyden ; les vitraux de l'église, remontant au
xv siècle, n'ont, subi aucun dommage. Un ne peu! pas en dire autanl
des célèbres tombeaux des dues de Bourbon, Louis II et Charles I,
élevés dans l'église de Souvigny, qui fonl aussi partie de notre patri-
578 LIVRES OFFERTS
moine artistique. C'est avec une profonde tristesse .pie nous déplo-
rons les mutilations qui les ont déshonorés.
*< Ce volume continue brilla minent une série très précieuse pour no lie
archéologie monumentale. Les événements actuels, au cours desquels
nous sommes les témoins des outrages sans nombre et des destruc-
tions systématiques que nos ennemis font subir aux plus beaux spé-
cimens de notre architecture nationale, se chargent de nous démon-
trer l'utilité des Congrès archéologiques de France et de leurs
publications. »
SÉANCE DU S DÉCEMBRE
PRESIDENCE DE M. MAURICE CROISET,
M. Fourn'ier termine la seconde lecture de son mémoire sur
les collections canoniques du pontificat de Grégoire VII.
M. Clément Iluart, professeur à l'École nationale des langues
orientales vivantes, lit un mémoire sur un poème épique per-
san, le Gerschâsp-nâmè d'Asadî (milieu du xie siècle). Cet
ouvrage, resté inédit en grande partie, a passé longtemps pour
une imitation du Livre des Bois de Firdausî. M. Iluart montre
qu'il faut y voir plutôt un complément de ce chef-d'œuvre de la
littérature persane, et que son auteur a utilisé un cycle de
légendes qui a pour centre la région de Ghazna, dans l'Afgha-
nistan '.
1. Voir ci-après.
379
COMMUNICATION
LES LÉGENDES ÉPIQUES DE LA RÉGION DE GHAZNA
(AFGHANISTAN),
PAR M. CLÉMENT HUART, PROFESSEUR A L'ÉCOLE NATIONALE
DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES.
La mort de Darius III, en 330 avant 1ère chrétienne,
ouvrait à Alexandre de Macédoine les routes des parties
orientales de l'empire achéménide. Après un repos de quinze
jours à Zadrakarta, capitale de l'Hyrcanie, le Djourdjàn des
géographes arabes, le « pays des loups » (Vehrkàna),
actuellement la province d'Astéràbàd, dans la basse vallée
de l'Atrek, le long de la frontière russo-persane, l'armée
macédonienne continua sa marche vers le Sud-Est ; elle
traversa le pays des Zaranges ou Drangiane, dont l'ancienne
ville de Zarandj a conservé le nom ; elle rencontra ensuite
les Ariaspes ou Evergètes « les bienfaiteurs », traduction
grecque du perse 'Opoffâvvai, qiu habitaient les bords du
fleuve Etymander. le Hîlmend de nos jours. Bien que la
province traversée ne soit pas nommée par les biographes
du grand conquérant, c'est de la Sacastène qu'il s'agit, le
« pays des Saka », le Sidjistân ou Sîstàn des géographes
arabes. C'est la quinzième satrapie de l'empire perse selon
l'énumération d'Hérodote (m, 90-94), la vingtième de la
liste dans la grande inscription de Darius Ier à Bîsoutoûn.
De là, Alexandre se dirige vers l'Arachosie, soumise en
quelques jours ; remontant ensuite par les régions de Ghazna
et de Kaboul, où il ne tarde pas à entrer en contact avec les
Indiens, il franchit le Paropamise ou Ilindou-Kouch. après
avoir établi une forte garnison à Alexandrie sub Caucaso,
580 LES LÉGENDES ÉPIQUES DE LA RÉGION DE GHAZNA
pour se rendre à Bactres. C'est la contrée habitée par les
Thatagush, SccTtaYiiSat, qui forment La 21" satrapie de
l'inscription de Bisoutoûn et la 7" de rémunération
d'Hérodote. Elle est appelée le Zâboulistân ce pays de
Zâboul » par l'épopée iranienne; elle fait actuellement
partie de l'Afghanistan.
Que le Zâboulistân corresponde à la région de Ghazna,
cela semble ne pas faire de doute. Le géographe arabe
Yàqoùt, qui écrivait au XIIIe siècle mais nous a conservé des
extraits d'auteurs beaucoup plus anciens, admet formelle-
ment l'identité de Zâboul et de Ghazna. Le vieil Ibn-el-
Faqîh classe le Zâboulistân dans le second climat, avec
Kaboul. Ibn-Khordâdhbih, le maître de poste, énumère
successivement Rokhkhadj, c'est-à-dire. l'Arachosie, le
pavs de Dâwar, et le Zâboulistân, qui fait partie des fron-
tières du ïokhâristàn, le pays des Tokhariens, peuple
oublié qui vient d'être remis à la mode par les récentes
découvertes linguistiques en Asie centrale.
L'historien Mas'oûdî connaît le nom de la ville de
Ghaznîn, qui est la même que Ghazna; il nous entretient,
dans son livre de V Avertissement, des fleuves du Sidjistan,
de ceux de Ghaznîn et du Dâwar, ainsi que des autres
cours d'eau du pays du Zâboulistân, de Kaboul, etc. Quand
il parle du roi indigène de l'Arachosie, adversaire des
Arabes, dont le nom incertain flotte entre Rotbîl et Zenbîl
— encore un mauvais tour de ces misérables points dia-
critiques de l'écriture arabe, — il l'appelle le roi du
Zâboulistân ; dans son esprit, les deux appellations sont
identiques.
Le pèlerin bouddhiste chinois, le fameux Hiouen-tsang,
a visité la capitale de ce pays; il l'appelle Ho-si-na, c'est-
à-dire Ghaznîn ou Ghazna, nom que J. Marqua rt suppose
dérivé d'un ancien Gandjak, c'est-à-dire « le trésor ». Sur
les monnaies d'argent décrites par Cunningham. on lit
Djabûla, Djaubûla, Djabuvla, à rapprocher du Djâbulistân
LES LÉGENDES ÉPIQUES DE LA RÉGION DE GHAZNA 581
du géographe arabe Moqaddési. J'ajoute que du temps de
Hiouen-tsang, c'est-à-dire en 630 de notre ère — c'est la
date où il a traversé l'Hindou-Kouch — Zàboul était encore
un royaume particulier, dont le prince pouvait remonter à
une longue série d'ancêtres.
Le Zàboulistân est donc le pays de Ghazna. Or, dans
l'épopée iranienne, il se trouve que Rustem, le fameux
Rustem, le chevaleresque et légendaire défenseur de la
nationalité iranienne, descend des rois de ce pays de
Ghazna, vassaux du grand empire; il est fils de Zàl, fils
lui-même de Sàm ; il a pour arrière-grand-père Nérimàn,
fils de Gerchàsp. Cette lignée de grands vassaux se ratta-
chait au mythique Djemchid, le Yima Khchaêta « Djem le
brillant » de l'Avesta, par une suite de cinq rois, dont la
tradition a conservé les noms.
L'épopée iranienne possède une geste de ce roi Gerchàsp,
père de Nérimàn ; c'est le Gerchàsp-nâmè « le livre de
Gerchàsp », imitation du Livre des Bois de Firdausî, comme
le chef-d'œuvre du poète de Tous en a suscité d'innom-
brables dans la suite des temps. Imitation est bientôt dit;
mais il faut voir de près dans quelles conditions celle-ci a
été faite. Ses vers ont, il est vrai, le même mètre proso-
dique. Le style des deux épopées se ressemble beaucoup ;
mais nous pouvons laisser de côté cette considération
purement littéraire, car ce n'est pas à ce point de vue qu'il
convient de juger le Livre de Gerchàsp, mais bien plutôt
à celui des renseignements qu'il peut intrinsèquement nous
fournir. Ce ne seront pas des informations historiques que
nous y chercherons, nous ferions fausse route ; nous sommes
en pleines régions mythologiques, et nous aurions tort d'y
voir autre chose que des amplifications de mythes dont
quelques rares traits se retrouvent par ailleurs.
Le premier éditeur du texte persan du Livre des Rois, le
capitaine Turner Macan, interprète de la Compagnie des
Indes, avait aisément reconnu l'interpolation <U' chapitres
582 LES LÉGENDES ÉPIQUES DE LA RÉGION DE GHAZNA
entiers du Livre de Gerchàsp dans le texte qu'il se propo-
sait de publier; il les avail extraits de la place qu'ils occu-
paient indûment, et les avait rejetés à la fin des quatre
volumes in-octavo sortis des presses de Calcutta en 1829.
Les éditions orientales lithographiées dans l'Inde et en
Perse ont fidèlement reproduit la disposition adoptée par
l'éditeur anglais et rejettent ces fragments interpolés à la
lin du grand poème épique. C'est là que M. Rugarli a été
les chercher pour en donner une traduction italienne dans
le Journal de la Société asiatique italienne de 1895-1896.
Cependant le texte complet du Gerchâsp-namè n'était
pas inconnu des orientalistes. La Bibliothèque nationale en
possède trois exemplaires ; le plus ancien de la collection
est celui qui fut rapporté de l'Inde par Anquetil-Duperron
et déposé par lui à la date du 15 mars 1762, en même temps
que son inappréciable ensemble de documents parsis ; les
deux autres n'y sont entrés que plus tard : le plus récem-
ment acquis est le n° 1376 de la collection Schefer.
J. Mohl a étudié le manuscrit d'Anquetil : il en a donné
une analvse dans la préface de sa traduction du Livre des
Bois, et établi correctement que cet ouvrage avait été com-
mencé l'an 456 hégire (1064) et achevé en 458 (1066). Une
étude plus approfondie du texte permet de corriger quelques
traits du tableau magistralement tracé par l'illustre orien-
taliste.
La grande ambition de l'auteur n'est pas d' « égaler ou
de surpasser Firdausî », comme l'a écrit J. Mohl peut-être
un peu à la légère, mais de le compléter dans des parties
que le grand poète avait volontairement négligées, ce qui
n'est pas tout à fait la même chose. Ce n'est pas le lieu de
dire « qu'il ait montré de la jalousie littéraire à l'égard de
son grand prédécesseur » et qu'il élève « autel contre
autel ». Il a voulu nous conserver toute une section de la
geste iranienne qui, sans lui, aurait probablement disparu,
comme ont disparu la plupart des sources où a puisé
LES LÉGENDES ÉPIQUES DE LA RÉGION DE GHAZNA 583
Firdausî. On ne saurait lui en vouloir de ce qu'il préfère
son héros à celui de son illustre prédécesseur : c'est un
péché mignon d artiste.
L'auteur dont le nom était ignoré au temps déjà lointain
où a paru le premier volume de la traduction de Mohl, c'est-
à-dire en 1838, nous savons maintenant comment il
s'appelle. Son nom est 'Ali, fils d'Ahmed, surnommé Asadî,
de la ville de Tous en Khorasan, la patrie même de
Firdausî : ville qui joua un grand rôle dans le haut moyen
âge, où mourut le khalife Hàroûn er-Rachîd, et qui a
aujourd'hui disparu, à l'exception de quelques ruines
informes dans les environs de la ville de Mechehed, capi-
tale actuelle de la province persane du Khorasan. Cet
Asadî porte le même surnom qu'un poète qui fut le maître
de Firdausî; c'est assez naturel, puisque c'était son fils. Il
paraîtrait même, d'après le colophon du ras. 202 du British
Muséum et d'après une annotation du ras. du Vatican de
son Dictionnaire persan, qu'il était le fils de la sœur de
Firdausî : Asadî senior aurait épousé la sœur de son élève,
et son fils Asadî junior était le propre neveu du grand
poète épique. Comment aurait-il pu le jalouser et élever
<( autel contre autel » ?
Son héros, Gerchàsp, est nommé dans l'Avesta : son nom
y figure sous la forme Keresâspa, qui rappelle immédiate-
ment le Kriçnrva de l'épopée indienne, héros valeureux qui
a donné son nom à plusieurs sortes d'armes. Cette appel-
lation signifie : « Celui qui a des chevaux sveltes, élancés,
maigres. »
Keresâspa, que J. Darmesteter a appelé Y « Hercule
avestéen », figure en deux endroits du livre sacré des
Mazdéens ; au Yasht 19 (38-44) où il est raconté que quand
la gloire royale s'enfuit de Yima Khshaêta (Djemchîd),
elle fut saisie par Keresâspa au cœur viril, qui tua le ser-
pent cornu ; et au Yasht 13 (61), où il est parlé de <• Sâma
Keresâspa, le bouclé, porteur de massue ». Son père Thrita,
584 LES LÉGENDES ÉPIQUES DE LA RÉGION DE GHAZNA
proprement « le troisième », est cité Yaçna 9 (Hôm Yast I,
28 et suiv.), comme un bienfaiteur de 1 humanité par la
préparation du saint Haoma, bienfait dont il fut payé par
la naissance de deux tils, Urvàkhshava. le justicier, et
Keresàspa, " héroïque jeune homme, bouclé, porteur de
massue, lequel tua le serpent cornu, venimeux et jaune,
qui dévorait les chevaux et les hommes ».
Le serpent monstrueux n'est pas nommé dans l'Avesta,
mais nous savons par la tradition qu'il s'appelait Azhi
Srvara ; sa corne était, en hauteur, grande comme une
branche d'arbre. J. Darmesteter a fait remarquer dans une
note que le héros qui le vainquit fut tué dans son sommeil
par un Turc, et qu'il repose dans les plaines de Pèshgànsài;
le Mînùi-khrad (XLII, 20) le fait reposer près du mont
Démàwend où Zohhàk est enchaîné ; à la fin du monde,
ajoute le Dinkart, pendant le millénium d'Aûshêtar-màh.
les chaînes de Zohhàk seront relâchées et Keresàspa se
, lèvera pour le tuer.
Le serpent Srvara n'est pas nommé dans le Livre de
Gerchàsp, non plus que dans l'Avesta ; mais l'épisode du
dragon est un des premiers qui se rencontrent dans le
poème. Le vainqueur de Djemchîd, Zohhàk, devenu par la
conquête roi de la Perse entière, parcourt son empire ; les
maîtres du Zàboulistân sont devenus ses vassaux : le poète
n'a pas un mot de révolte contre la domination de cet
étranger. D'ailleurs Firdausî avait déjà reconnu ce fait.
« Les guerriers de l'Iran, qui tous demandaient un roi, se
dirigèrent vers Zohak. Ils lui rendirent hommage comme à
leur maître ; ils lui donnèrent le titre de roi de l'Iran. »
Zohhàk régna mille ans, pendant lesquels «les coutumes des
hommes de bien disparurent, et les désirs des méchants
s'accomplirent. La vertu était méprisée, la magie était en
honneur, la droiture demeurait cachée, le vice se montrait
au grand jour. » Ce n'est pas sous cette couleur que la
légende de Gha/.na présente le roi étranger : admis par
LES LÉGENDES ÉPIQUES DE LA RÉGION DE GIIAZNA 585
l'unanimité des grands chefs, il est reconnu comme souve-
rain de fait et en exerce les fonctions avec les mêmes pré-
rogatives, il distribue les mêmes encouragements que les
rois légitimes. Gerchâsp, après des prouesses qui lui ont
valu l'estime du roi, reçoit Tordre de combattre et de tuer
le dragon. « Il s'est montré un dragon dont personne n'a
jamais vu le pareil, dit le roi ; il s'est installé dans la mon-
tagne de Ségàwend. » Or nous savons, d'après un géo-
graphe persan, que Sédjàwend, forme arabisée du même
mot, est le nom d'une dépendance du touman de Lahokar
dans la province de Ghazna.' Voilà le lieu de la légende
positivement fixé.
Le héros se met en route, et après des péripéties terri-
fiantes, tue le monstre et lui décoche dans les yeux un trait
d'arbalète.
Pour rattacher la dynastie des Sàma au roi mythique
Djemchîd, la légende a inventé que celui-ci, que Firdausî
nous dit avoir été renversé du trône pour punir son orgueil
de s'être cru Dieu, arriva, dans sa fuite, jusque dans le
Zâboulistàn et y épousa la fille du roi du pays, rencontrée
dans un décor champêtre dont le poète donne une fraîche
description ; il nous peint un paysage d'automne décrit
d'une manière simple et variée, sans les amphigouris et les
jeux de mots et d'esprit dont la poésie persane sera plus
tard prodigue.
il s'agit d'expliquer maintenant pourquoi le héros my-
thique dut quitter une contrée qui l'avait si bien accueilli.
« L'homme a beau tenir un secret caché, la longueur du
temps finit par le dévoiler. Les paroles que deux personnes
avaient échangées ont été dispersées au sein de toute une
assemblée. Djemchid, de nouveau, disposa le chemin pour
fuir ; il choisit une nuit obscure, aux nuages crevant de
pluie ; de là il tira vers les frontières de la Chine : tout le
monde a entendu dire ce qui lui est arrivé par la suite. »
Nous savons, en effet, ]>;« r le Livre des Unis, que <• ce roi,
586 LES LÉGENDES ÉPIQUES DE I.A RÉGION DE GHAZNA
infidèle à la pure doctrine, apparut un jour sur le bord de
la mer de Chine ; Zohak le saisit à l'improviste, et ne lui
accorda pas un long délai ; il le fît scier en deux, et délivra
le monde de lui et de la peur qu'il inspirait ».
Après la mort du dragon, Gerchâsp, descendant de
Djemchîd, s'en va dans l'Inde secourir le Maharadja contre
son parent révolté Bohoû, roi de la ville de Sérandîb, c'est-
à-dire de l'île de Ceylan ; mais il n'y va pas de son propre
mouvement, il s'y rend sur un ordre de son suzerain, Zohhàk.
Dans l'Inde, il se livre à la chasse au tigre ; il défait le
rebelle en plusieurs combats ; il lutte avec les singes dans les
forêts et fait empailler ceux qu'il a vaincus ; il s'embarque
à bord d'un navire et revient en Perse par mer. Gela nous
vaut un tableau de la navigation, épisode assez rare dans
l'épopée persane : les Iraniens n'ont jamais été de grands
marins.
Gerchâsp, du vivant de son père Thrita, s'en va conquérir
de haute lutte la main de la fille de 1 empereur de Rome ; il
s'en rend digne en bandant un arc d'une force extraordi-
naire ; 1 empereur, surpris et furieux, lui accorde sa fille,
mais exile immédiatement les deux époux.
Les campagnes de Gerchâsp en Afrique, dont la capitale
est Qairowân, dans le Touran et la Chine, et même jusque
dans l'Andalousie, ne peuvent remonter à l'original où le
poète avait trouvé la base de ses élucubra tiens ; rémuné-
ration de contrées aussi lointaines ne peut provenir que du
désir secret, chez lui, que les héros de l'Iran égalent, au
moins par leurs prouesses, les conquérants musulmans ;
ceux-ci, quatre cents ans auparavant, avaient constitué cet
énorme empire des Oméyvades qui s'était, en effet, étendu
des Pyrénées au Turkestan.
Gerchâsp vécut huit cent trente-trois ans. « Quand il eut
atteint cet âge, l'oiseau de sa vie laissa tomber son aile hors
de sa base. » Il avait pu voir Zohhâk renversé par Féridoûn,
et l'empire perse, débarrassé de ses odieux envahisseurs,
LES LÉGENDES ÉPIQUES DE LA RÉGION DE GHA7.NA o87
reprendre le cours de sa glorieuse destinée. Son petit-fils,
Sâm, prononça son oraison funèbre : « 0 héros éminent, tu
es parti, et nous ne te verrons plus ! Par ta droiture, tu
étais une lune brillante, tu as continué ton cours, et la
diminution t'a atteint. Ton cœur était vaste comme la mer,
ta main aussi bienfaisante que les nuages ; tu n'es plus
qu'une poignée de poussière, hélas ! Ainsi va le monde, de
près et de loin ; tantôt deuils et pleurs, tantôt festins et
fêtes. C'est comme le travail des pêcheurs de perles : tantôt
ils ramassent des joyaux, tantôt ils ne recueillent qu'une
poignée de sable et de pierres. »
La comparaison des rares traits épars dans l'Avesta,
fragments d'une geste perdue, allusion à de hauts faits
d'un chevalier pourfendeur de démons, à des ennemis qu'il
a défaits et tués, avec le poème d'Asadî, montre bien que
celui-ci n'en dérive pas directement. Les seuls points de
contact sont la lutte avec le dragon Srvara, dont j'ai parlé
tout à l'heure, et avec le div Manhirâs — nom purement
iranien, « effroi de l'intelligence », qui figure dans une
autre partie du poème. Gela prouve clairement que l'au-
teur ne tirait pas ses renseignements d'un Mazdéen qui
aurait pu lui réciter des fragments de son livre sacré, mais
qu'il a eu effectivement sous les yeux un ouvrage pehlvi où
était relatée l'épopée particulière du Zâboulistân, rattachée
artificiellement à la grande geste iranienne par le mariage
de Djemchîd avec la descendante des rois locaux. On
sait la valeur du chef-d'œuvre de Firdausî pour éclaircir
les points laissés dans l'ombre par l'Avesta et les autres
livres échappés au naufrage de la littérature sassanide ;
pour cette province de Ghazna, éloignée du cœur de l'em-
pire perse, limitrophe des contrées de l'Inde, le poème
d'Asadî est le résumé des chroniques légendaires qui nour-
rirent autrefois l'imagination populaire dans ce canton
perdu, loin des grands centres de civilisation ; il est pré-
cieux à ce titre, et mérite d'être étudié dans ses détails.
BcSB
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel offre, au nom de l'auteur, M. Joseph
Bosco, les ouvrages suivants :
Notices : I" Sur un fragment d'inscription, découvert à tïons-
tàntine, d'un Pactumeius Fronio ; 2" Sur l'emplacement d'un
oppidum du nom d' Elefantaria dans la région du Kroub (Cons-
tantine) ; 3° Sur un nouveau fragment d'inscription grecque de
P. Julius Geminius Marcianus trouvée à Constantine; 't° Sur um'
nouvelle inscription lybique du Djebel-El Ouahch (troupe du Djebel-
T&frent extr. du Recueil des notices et mémoires île la Société archéo-
logique de Conslantinc, 1010 el 191 4).
SÉANCE DU 15 DÉCEMBRE
PRESIDENCE DE M. MAURICE CKOISET.
M. Loth, professeur au Collège de France, fait une commu-
tation si
Tristan '.
nicalion sur File de Saint-Samson signalée dans le Roman de
M. Gagnât lit une noie sur l'origine de la ville romaine
d'Algérie cpii porte aujourd'hui le nom de Djemila. Il établit
par l'étude de différentes inscriptions dédiées au dieu Mars que
cette cité est une colonie militaire de l'empereur Nerva 2.
M. Umont donne quelques détails sur les origines de la collec-
tion Doat, conservée à la Bibliothèque nationale. Formée par
les soins de Jean de Doat, président de la Chambre des Comptes
de Navarre, celte collection constitue l'une des sources les plus
1. Voir ci-après,
'j. Voir ci-après.
L'iLE DE SAINT-SAMSON DANS LÉ ROMAN DE TH1STAN 589
abondantes et les plus pures de l'histoire du Midi de la France
au moyen âge. Doat commença ses- recherches, sur l'ordre de
Golbert, en 1063 et les poursuivit jusqu'en 1670 dans plus de
135 dépôts d'archives du Béarn, de la Guyenne et du Languedoc.
Des documents nouveaux ont permis de retracer complète-
ment son itinéraire dans nos provinces méridionales.
COMMUNICATIONS
L ILE DE SAINT-SAMSON DANS LE ROMAN DE TRISTAN.
MARk's GATE A LANTYAN (lANCTEN),
PAR M. J. LOTII, PROFESSEUK AL COLLÈGE DE FRANCE.
Dans une communication faite à l'Académie des inscrip-
tions en 1911, j'ai pu lixer avec précision, ce qui n'avait
jamais été fait, le lieu d origine d'un roman de la Table
Ronde et du plus important de tous, le roman de Tristan,
tel que l'ont fait connaître les poètes français du xn° siècle.
Après avoir montré que ce roman est dû à la collaboration
des Celtes surtout, mais aussi des Anglais et des Français,
et que, dans ces conditions, il ne pouvait avoir eu d'autre
berceau que le Cornwall, j'ai démontré qu'il en avait été
réellement ainsi, par l'étude des noms d'hommes et de
lieux, par la géographie du roman. La clef de cette géogra-
phie, c'était, de l'aveu des critiques, le lieu de la résidence
du roi Mare chez Béroul. Lancien. J'ai démontré que Lan-
cier», après avoir été un important manor figurant dans le
Domesday Book, est aujourd'hui un village sur la rivière
de Fowey, dans la paroisse de S'-Sampson's ; or c'est à
l'église Saint-Samson que le roi Marc et Iseut, chez Béroul,
allaient faire leurs dévotions. J'ai constaté, sans trop d'éton-
590 L'ILE DE SAINT-SAMSON DANS LE ROMAN DE TRISTAN
nement, que Lancien, depuis ma découverte, aux yeux de
certains romanistes, avait perdu de son importance.
Outre Lancien, l'église Saint-Samson, j'ai retrouvé, de la
façon la plus certaine, le Mal Pas et la Blanche Lande, que
l'on prenait pour des noms de lieux imaginaires, le Mont
qui n'est autre que le mont Saint-Michel, de la baie de Pen-
zonce, vraisemblablement aussi la forêt de Morrois.
Depuis ma première communication, je suis retourné en
Cornwall ; j'ai traversé le Mal Pas et suis monté de l'autre
côté de la rivière (la rivière de Truro) jusqu'à Nansaval-
lan, qui représente aujourd'hui la Blanche Lande. J'ai pu
constater la précision de la description que fait Béroul de
cette région.
Il est certain que la principale autorité de Béroul con-
naissait parfaitement le Cornwall, en particulier la région
Est. Béroul a subi d'autres influences, comme en témoignent
les incertitudes et les contradictions que l'on peut relever
chez lui. Il est clair qu'il a existé une version plus ancienne
et plus sincère, circulant en Cornwall avec d'importantes
variations qu'explique facilement la source en grande partie
orale d'abord de ces récits.
Il est non moins certain qu'il a existé, entre cette version
et celle que nous retrouvons chez Thomas et Béroul, des
versions intermédiaires. Aussi m'a-t-il paru quelque peu
exagéré d'exiger de moi rétrospectivement , dans l'exposé de
la géographie du roman, l'exactitude d'un Baedeker.
Un des points restés obscurs, c'est la situation de l'île
où eut lieu le combat entre Tristan et le Morholt. Il eut
lieu, en eiï'et, non loin de la résidence royale. Tristan se
rendit en barque dans l'île ; elle était située si près du
rivage que la foule angoissée pouvait suivre les péripéties
de la lutte. Or il n'y a pas d'île près de Lancien, dans le
bras de mer de Fowey, ni à l'embouchure ; j'ai signalé, à
8 milles à vol d'oiseau, une île un peu au Sud de la rivière
Looe. à un tiers de mille de la terre ferme ; mais il aurait
l'île de saint -samson dans le ROMAN DE TRISTAN 591
fallu, pour que la foule pût assister au combat, qu'elle se
transportât à une assez grande distance de Lancien. Il y a
sur la côte Est un autre ilôt du nom de Greef, mais situé
plus loin encore. Dans l'impossibilité de retrouver l'île
aussi bien sur la côte Ouest, du côté de Tintagel, que sur la
côte Est, on a supposé que l'île en réalité n'existait pas ;
que le roman avait suivi, en mettant le combat dans une île,
une sorte de tradition. Tristan et le Morholt combattent dans
une île, comme Roland et Olivier dans Gérart de Vienne,
Caraheu et Ogier dans l'Enfance Ogier, et d'autres héros
encore dans la poésie anglaise (Bédier, Le roman de Tristan
par Thomas, I, p. 84 et 85).
Cette hypothèse, en elle-même plausible, a contre elle la
précision des détails géographiques en ce qui concerne Lan-
cien et S'-Sampson's. Aussi avais-je fait remarquer que
le bras de mer sur lequel se trouve Lancien est large, que
la rivière torrentueuse charrie beaucoup d'alluvions, que
peut-être, anciennement, il avait pu exister quelque îlot
sablonneux que les flots auraient rongé et peu à peu fait
disparaître. Or je suis tombé, il n'y a pas longtemps, sur
un document officiel qui paraît bien justifier mon hypothèse.
Dans une charte datée du 20 mai 1301, vue par le roi
Edward I (Calendar of Close Rolls, Edw. I, tome IV,
p. 448), et transcrite du latin en anglais, on lit : To the
sherl/f of Cornwa.ll order to deliver to Brother Robert of
Pcnlyn, hennit, the island surrounded (inclusam) by the
ivater of Faire, with a rent of 56 s. 2d. from certain
tenants of the manor of Penkneth, to be lield by him for
Life as lie held them before (lie deat/i of Edmund Earl of
Cornwall by reason of ndiose death the sherijf took them
into the Ring' s hand, as the Earl granted them, together
with the houses bail/ on the island to liobert by his char-
ter, which the King has inspected. WInquisitio post mor-
tem d'Edmund, comte de Cornwall (28 d'Edm. 2), mentionne
des dons accordés à frère Robert de Penlyn, hermite, sans
1916 33
^92 I/ILE DE SAINT-SAM SUN l)\\S LE ROMAN DE TRISTAN
mentionner l'île. Le mannr de Penlyn (« bout de l'étang- »
en comique, aujourd'hui écrit Pelyn ou Pc.llyn), est dans la
paroisse de Lanlivery, limitrophe de S'-Sampson's, et
peu éloigné de Lantvan, d'un mille ou deux. Il est logique
de supposer que l'île était voisine des terres de Penlyn. En
remontant f[uel({ue peu le rivage, peut-être même de
quelque endroit du territoire de Lancien, la foule pouvait
facilement assister au combat. Insula peut avoir plusieurs
sens au moyen âge, mais les termes inclusam aqua Fawe
ne laissent pas place au doute. Ayant fait de vaines
recherches sur les cartes les plus détaillées pour retrouver
cette île, je m'adressai à mon savant ami, le Rév. Thomas
Taylor, vicar de Sl-Just en Penwith. N'ayant pas été
plus heureux que moi, il eut recours aux lumières d'un
écrivain du Cornwall qui a passé la plus grande partie de
sa vie à Fowey et célébré cette région dans quelques-uns
de ses ouvrages, Arthur G. Couch : il lui fut répondu qu'il
n'y avait aucune île dans la rivière de Fowey. Nulle part,
ni avant ni après la charte de 1301 , il n'y a trace de cette
île, habitée cependant encore à cette date. Elle aurait donc
disparu depuis comme je l'avais supposé : est-ce sous les
eaux ? Il est plus vraisemblable qu'un des bras de la rivière
se sera déplacé et que l'île aujourd'hui fait partie de la terre
ferme. Thomas, Eilhart d'Oberg, la Folie Tristan, le roman
en prose, parlent de l'île, mais ne lui donnent pas de nom.
Seuls, le roman en prose, la Folie Tristan, et Chrétien de
Troves, dans son Érec, la connaissent sous le nom d'Ile
Saint-Samson. Il me paraît tout naturel qu'on lui ait donné
ce nom, puisqu'elle était, tout en dépendant du manor de
Penlyn, voisine de la paroisse portant ce nom.
Par l'intermédiaire du Rév. Thomas Taylor, j'ai obtenu
de son collègue, le Rév. H. Lines, vicar de S'-Sampson's,
DJE.UILA, COLONIE MILITAIRE DE NEKVA 593
un supplément d'information concernant le territoire de
Lantyan ; il a même poussé l'obligeance jusqu'à y joindre
une carte donnant les noms des champs et des bois, d'après
la carte qui sert de base à la dîme dans sa paroisse, dîme
convertie en rentes fixes. J'y ai relevé un nom de terre
indiquant clairement une entrée dans le grand bois de Lan-
tvan, qui borde le bras de mer de Fowey, Mark' s Gâte \ à
l'extrémité sud du bois, il y a une autre entrée, Wood Gâte.
11 ne saurait y avoir dans ce nom de Mark's Gâte aucun
souvenir littéraire ni romantique; car, avant ma publication,
on ignorait absolument que cette terre de Lantyan aussi
bien que la paroisse de Sl-Sampson's eussent aucun lien
avec le roman de Tristan. D'un autre côté, mark dans cette
région ne peut être qu'un nom propre; car, d'après le témoi-
2-naee du Rév. H. Lines, il n'y a pas de terme commun
mark employé dans l'anglais de cette région du Cornwall.
Quoi qu'il en soit, le nom de Mark's Gâte m'a paru valoir
la peine d'être signalé.
Une visite trop courte à Lantyan m'a laissé l'impression
qu'on pourrait encore retrouver les principaux traits du
paysage décrit par nos romanciers. J'espère qu'un autre
pèlerinage en ces lieux me permettra d'être plus explicite.
Je dois cependant prévenir certains critiques, peut-être trop
exigeants, que je ne réponds pas d'y retrouver le Grand
Pin au-dessus delà fontaine.
DJEMILA, COLONIE MILITAIRE DE NEUVA,
PAR M. RENÉ CAGNAT, SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE l'aCADÉMIE^
Parmi les inscriptions votives qui avaient été découvertes
ou copiées à Djemila jusqu'à ces dernières années, aucune
ne portait Le nom du dieu Mars, ou, du moins, on ne
l'avait déchiffré sur aucune ; ce qui semblait tout naturel,
•"iit'i DJEMILA, COLONIE MILITAIRE DE NERVA
la ville de Cuicul ne présentant aucun caractère militaire
et la dévotion au dieu de l'armée né pouvant guère être le
l'ait que de militaires ou d'anciens militaires.
Les fouilles entreprises depuis dix ans par le Service
des Monuments historiques de l'Algérie ont modifié la
situation. Elles ont mis au jour plusieurs bases de statues
élevées à Mars Auguste ; leur étude conduit, comme on le
verra, à des conclusions intéressantes pour l'histoire de la
colonie romaine de Cuicul.
Je citerai d'abord, pour mémoire, le fragment étant trop
mutilé, un débris de dédicace en quatre lignes, qui provient
des environs du temple de la gens Septimia :
Marti
proui]nciae Af[ricae
testame[nto
rilus si
Evidemment, il n'y a rien à tirer de ces quelques mots ;
j'arrive aux textes instructifs.
4° J'ai communiqué à la Société des Antiquaires de
France, le 5 mai 1915, une dédicace gravée en 210 de
notre ère par un bénéficiaire du légat de Numidie '. On y
lit:
Marti Aug. sacr. Pro salute dddnnn Auggg C. Egri-
lius Fuscianus h. f. Subatiani Proculi ley. Auggg pr.
pp. cos. desig . adiutor principis pràetori scribatu Horati
Viatoris et Didi Aprilis. Posita pr. non. Apr. Faus-
lino et Ru fi no cos.
Le dédicant étant un soldat attaché au «-énéral en chef,
on peut admettre que le culte rendu par lui à Mars n'a rien
de commun avec la ville de Djemila et est alfaire de dévo-
1. Je l'ai reproduite dans l'Année épigraphique, 19)6. 29..
DJEMILA, COLONIE MILITAIRE DE NERVA .*)9."
tion personnelle et même professionnelle. On ne saurait
appuyer sur ce monument aucune déduction particulière à
Cuicul.
2° Il n'en est plus de même d'une autre inscription
employée au forum dans un mur de date postérieure et
publiée depuis quelque temps déjà ' :
Marti Aug. sacr. Q. Gargilius Q. fil. Pap. Quietus aedi-
lis pracf. pro II uir. statnam quam pro honore aed. super
légitima promise rat s. p. p.
Ici le dédicant n'est pas un militaire ; mais on ne voit
pas bien pourquoi c'est à Mars qu'il rend hommage à l'occa-
sion de son édilité.
3° La question s'éclaircit si l'on se reporte à un autre
monument, émanant du même personnage, mais celui-ci
consacré seulement après sa mort 2 :
Marti Aug Genio col sacr. statuam quam Q. Gargilius
Q. fil Pap Quietus omnih. honorib. functus fl. p.p. testa-
men[to s]uo a Domitia Honorata fl. p. uxore sua poni iusse-
rat fdi eorumQ. Gargilius Honoratus fl. pp. et L.? Gargilius
Seuerus équités romani posuerunt.
Faut-il interpréter ce texte comme contenant en tète le
nom de deux divinités, Mars Auguste et le Génie de la
colonie? ou considérer les mots Genius coloniae, comme
un qualificatif de Mars indiquant que, à Djemila, Mars
Auguste était la divinité poliade adorée? Il me semble
qu'on ne saurait garder aucun doute à cet égard puisqu'on
n'élève à la double divinité qu'une seule statue. S'il s'agissait
de dieux dilférents, on aurait écrit, non pas statuam, mais
1. Ihill. urch. du Comité, 1901. p. 318, n. 22.
2. Ibid., 1912. p. clxxxvhi= Ann. >:l>i<ir,. 1912, 26. On a retrouvé depuis
celle époque la partie gauche inférieure de la pierre.
;>0f> DJEMILA, COLONIE MILITAIRE DE NERVA
statuas. Il résulte donc de ce texte que Cuicul honorait
Mars comme protecteur de la colonie.
Pourquoi en était-il ainsi ? C'est ce que nous appren-
dront les deux autres inscriptions qu'il me reste à rappeler.
4° La première a été trouvée sur la place où s'élevait le
Capitole. Je l'ai commentée ailleurs 1 :
Marti Aug. et Genio coloniae sacr. T. Fhiuius Quir.
Breucus ueteranus acceptarius militant/ in ala I Pannonio-
rum dec. et princeps an. XXVI flamen colon, perpetuus
s. p.p.
5° La seconde, où le même dédicant est mentionné, a été
publiée au Corpus en deux fois, sans que les deux morceaux
dont elle se compose aujourd'hui aient été rapprochés 3. La
vue des originaux ne permet aucun doute à cet égard.
L'ensemble donne :
ma Kl I A u g G E N 10 col
S A c R V M
quaM FLAVIVS B R E V C V S F L a m p.p
sua PEC DEDERAT-RESPBA; im cutn
c oL V M N IS ET THOLOFEC/i
c«RANTIBLOCT(IVIO N A T A / / cl
rASSIO H O N O R A T O II u i r îs d.d
On remarquera dans l'inscription n° 4 qu'il y a, entre
Marti Aurj. et Genio, la copulative et, ce qui pourrait aller
à l'encontre de la conclusion à laquelle je me suis arrêté
pour le n° 3 ; mais, dans la seconde (n° 5), où j'ai examiné
scrupuleusement la place donl on dispose entre les deux
frag-ments conservés, il est impossible de restituer A VG ET;
1. Revue des études anciennes. 191 â, p. .'54.
a, O.I.L., VIII, 8311 et 20150. Cf. fler. des et. aac, 1915, p. 186,
DJEMILA, COLONIE MILITAIRE DE NEKVA 597
les lettres VG suffisent amplement à combler la lacune. On
doit donc admettre que dans la formule Marti Aug. et
Genio coloniae, le mot et n'indique pas la pluralité des
dieux adorés par Breucus, mais la double qualité de la
divinité honorée qui est à la fois le Mars romain et aussi
le protecteur de la ville.
Cette difficulté étant levée, on remarquera que le dédi-
cant est dit vétéran et non point vétéran ordinaire, mais
vétéran doté d'une concession de terres ; telle est du moins
l'explication qui me paraît convenir au terme acceptarius.
Ce vétéran n'est pas, d'ailleurs, un fils de Djemila : il est
inscrit dans la tribu Quirina, qui n'est pas celle de Cuicul;
il faut donc y voir un ancien militaire venu d'ailleurs et
qui s'est établi ou plutôt que le gouvernement romain a
établi dans la région. Ceci nous conduit à penser qu'il aura
fait partie d'une déduction de colons envoyés à Cuicul,
autrement dit qu'il est un des fondateurs de la colonie.
A quelle date se place cette fondation? C'est ce qu'on a
essayé de déterminer 1 en faisant remarquer que la colonie
était inscrite dans la tribu Papiria 2, laquelle était très
vraisemblablement la tribu de Nerva et assurément celle
de Trajan. Comme les décurions de la ville sont déjà men-
tionnés sur une inscription de Djemila datée par les noms
et titres de ce dernier empereur 3, on a émis l'idée que
l'établissement de la colonie remontait à son règ-ne.
Cette assertion concorderait bien avec les données des deux
dédicaces 4 et 5. D'abord, à considérer la forme des caractères,
autant que l'on peut s'appuyer sur un critérium aussi incer-
tain que la paléographie lapidaire, elles paraissent remonter
à la fin du ieI" ou au début du [Ie. En second lieu, on notera
que ce vétéran acceptarius porte les noms de T. Flavius.
1. Cf. Gsell, Atlas arcft. de l Algérie, XVI. p. 13.
2. Kubitschek, Imperium rom. tributim discriptum, p. "i.
3. C.I.L.. VIII. x.M*.
.")!>S DJEMILA, COLONIE MILITAIRE DE NERVA
Ce sont précisément ceux que l'on s'attend à voir attribués
à un homme libéré sous Trajan après 2(1 ans de service,
c'est-à-dire entré dans l'armée sous les Flaviens. Suivant
l'usage, il aura reçu de Vespasien ou de l'un de ses fils,
avec la cité, les nom et prénom du prince régnant, ainsi
que sa tribu, la tribu Quirina, qui est celle des Flaviens.
Ainsi, on peut conclure, avec quelque vraisemblance,
pour ne pas dire plus, de tous les textes cités que le terri-
toire de Djemila reçut, au temps de Nerva ou de Trajan,
une colonie de vétérans. S'il en est ainsi, on n'a point
besoin de chercher longtemps pourquoi la divinité poliade
choisie fut Mars plutôt que tout autre dieu.
On peut apporter encore à l'appui de cette conclusion un
autre argument, celui-ci singulièrement digne d'attention.
Dans le voisinage de Djemila se trouve la ville de Sétif,
située dans la plaine, tandis que Djemila est en pleine
montagne. Or Sétif était, on le sait pertinemment, une
colonie de vétérans. Ses noms mêmes le prouvent : colonia
Nerviana Augusta Martialis veteranorum. Ils nous prouvent
aussi qu'elle avait été établie par l'empereur Nerva.
Gomme telle, elle était inscrite dans la tribu Papiria. Enfin
elle avait pour patron Mars Auguste : « Marti deo Aug.
Genio coloniae », dit une inscription qui y a été découverte;
d'où son surnom de Martialis 2.
Ces particularités se retrouvent à Djemila : il y a entre
les deux cas une telle similitude dans le détail, que l'on ne
peut guère s'empêcher de les considérer comme identiques.
Aussi semble-t-il légitime d'attribuer l'établissement de la
colonie de Cuicul à Nerva plutôt qu à Trajan. Les raisons
politiques ou économiques qui avaient amené la création
1. C.I.L., VIII, p. 722.
2. '.'././... VIII, 8438. Les autres villes d'Afrique où Mars parait, comme
divinité poliade sont des municipes, non des colonies. Leur cas ne saurait
être rapproché de celui de Djemila et de Sétif Satafis ; C.I.L., VIII,
8390; Mididi : /Innée épiyr., 1899, lis).
LIVRES OFFERTS 599
d'une colonie militaire à Sitifîs amenèrent, sans doute, celle
d'un centre de colonisation à Cuicul, sa voisine.
LIVRES OFFERTS
Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau de l'Académie le
n° de juillet-décembre 191b du Bulletin de correspondance hellénique
Paris, 1915, in-8°).
M. O.mont a la parole pour un hommage:
« J'ai l'honneur de déposer sur le bureau de l'Académie, au nom
de notre correspondant, M. Louis Demaison, le texte de l'allocution
qu'il a prononcée comme président de l'Académie de Reims, dans
la séance tenue par cette Académie, à Paris, le 2 juin 1916 (Reims,
1916, in-8°, 10 pages).
« Dans ces quelques pages, agréablement écrites et encore mieux
pensées, le savant historien de la cathédrale de Reims s'applique à
détruire la légende qui a fait de la cathédrale un amas de murs crou-
lants, dont la déchéance est sans remède. La grande blessée devra
son salut à sa constitution robuste, qui permettra de lui rendre sa
vie et sa splendeur d'autrefois. Une restauration discrète, conscien-
cieuse, fondée sur les nombreux documents que l'on possède,
relevés, plans, photographies, ménageant le [dus possible tout ce
que les flammes et le choc des obus ont épargné, pourra lui rendre
fidèlement l'aspect qu'elle offrait à la veille de la guerre, sauf les
irréparables blessures causées à ses ornements et à ses statues. »
non
SÉANCE I)T -2-2 DÉCEMBRE
PRESIDENCE nr M. MAURICE CROISET.
M. Louis Léger résume un rapport de M. Uuspensky, corres-
pondant de l'Académie. .M. Ouspensky a été chargé par le gou-
vernement russe d'une mission archéologique dans la ville de
Trébi/onde. Il a publié un premier rapport dans le Bulletin de
V Académie des .sciences de Pétrograd. Ce rapport n'est que
l'esquisse d'un travail d'ensemble sur lequel M. Léger aura
l'occasion de revenir.
M. Cordier fait un rapport, au nom de la Commission de la
Fondation Garnier. Cette commission propose d'allouer une
somme de dix mille francs à M. le 1)' Victor Segalen, pour con-
tinuer dans la Chine occidentale les recherches archéologiques
commencées en 10 J 4 après la mission qui lui avait été confiée
avec .MM. Gilbert de Voisins et Jean Lartigue.
La proposition est adoptée.
L'Académie se forme en comité secret.
LIVRES OFFERTS
M. Camille Julljan dépose sur le bureau de l'Académie le
n° LXXI1 de ses Notes gallo-romaines lexlr. de la » Revue des
Etudes anciennes », octobre-décembre 1916).
M. Edouard Cuq offre à l'Académie son article, extrait de la
" Revue d'Assyriologie et d'Archéologie orientale , intitulé : Les
nouveaux fragments du Code >!<' Hammourabi,
601
APPENDICE
RAPPORT SUR LES TRAVAUX DES ÉCOLES FRANÇAISES
d'athènes ET DE ROME BIS 1915-1916,
PAR M. BERNARD HAUSSOULL1ER, MEMBRE DE L'ACADÉMIE ;
LU DANS LA SÉANCE DU 22 DÉCEMBRE 1910.
Messieurs,
J'ai l'honneur, au nom de la Commission des Ecoles
d'Athènes et de Rome, de vous présenter le rapport sur les
travaux des deux Ecoles en 1913-1916. Que ce rapport soit
bref, vous n'en serez pas surpris. Il y a plutôt lieu de
s'étonner que l'activité de nos deux grandes colonies archéo-
logiques ait pu continuer à s'exercer au cours de la seconde
année et au début de la troisième d'une guerre sans pareille.
Si le travail a pu être poursuivi a Rome et à Athènes, si
les résultats dont nous avons à vous rendre compte ont pu
être obtenus, l'honneur en revient surtout aux directeurs
qui ont vaillamment maintenu la tradition, luttant tous
deux contre les difficultés communes du recrutement, mais
aussi vivant l'un et l'autre dans un milieu différent : à
Rome, en pleine confiance, au cœur d'une nation tendue
dans le même effort que la nôtre ; à Athènes, sous la menace
d'une hostilité latente d'abord, puis brutalement déchaînée,
qui devait aboutir, au commencement du mois de décembre
1916, à la fermeture de l'Ecole.
Au seuil de I'Ecole de Rome, dont je vous entretiendrai
d'abord, nous avons à saluer la mémoire de deux anciens,
tués à l'ennemi : Ernest-Théodore Babut et hélix-Georges
De Pachtere.
002 RAPPORT SI H LES ÉCOLES d' ATHÈNES ET DE ROME
E.-Th. Babut, né à Nîmes le 23 mars 187"), appartenait,
dès le début de la guerre, à un régiment territorial et c'est
sur ses instances qu'il fut versé dans l'armée active. Griè-
vement blessé dans les tranchées à Bœsinghen, il a suc-
combé presque aussitôt, le 28 février 1916, non sans avoir
souri à la mort et fait preuve de la plus grande fermeté, du
plus haut sentiment du devoir. Ancien élève de l'Ecole
Normale (promotion de 1896) et de l'Ecole de Rome '1899),
il s'était voué dès ses débuts à 1 histoire du christianisme,
qu'il enseignait depuis 1910 à la Faculté des Lettres de
Montpellier. Il laisse deux livres qui, non moins que sa
mort glorieuse, défendront son nom de l'oubli : d'abord sa
thèse de l'Ecole des Hautes Etudes : Priscillien et le Pris-
cillianisme (1909), puis Saint Martin de Tours (1912) que
l'Académie française a récompensé en 1910 '.
Le lieutenant De Pachtere a été tué, comme plusieurs de
ses camarades d'Athènes, en Orient, en Macédoine, sur le
champ de bataille de Florina, le 24 septembre 1916. C'est
une perte que ressentiront vivement tous ceux qui avaient
mis leur confiance en lui, tous les témoins de sa remar-
quable activité d'esprit. Ancien élève de l'Ecole Normale
(promotion de 190-1), membre de l'Ecole de Rome (1907),
il s'était fait connaître de vous, non seulement par un
mémoire d'une très grande originalité sur La propriété
foncière dans l'Apennin de Plaisance oVaprès la table de
Veleia 2, mais encore par des communications sur ses
recherches et découvertes en Afrique'. Enfin il était l'au-
teur d'un livre sur Paris à Vépoque gallo-romaine (1912
qui a reçu les éloges des maîtres les plus compétents, nos
1. Voy. le rapport de M. Lamy à l'Académie française, lu dans la
séance publique du 14 décembre 191<ï. C.W Revue historique, CXXII, 1916,
p. 224-225.
2. Comptes rendus, 1<>K>. p. 603. Cf. 1909, p. 558.
3 Comptes rendus. 1910, pp. 18, 315 : 1911, p. «03: 1913, p. 411.
RAPPORT SUR LES ÉCOLES d'aTHÈNLS ET DE ROME 603
confrères MM. Héron de Villefosse et Camille Jullian ', et
auquel vous avez décerné, en 1913, une part du prix
Berger'2. Félix De Pachtere méritait à plus d'un titre d'être
cité à l'ordre de l'Académie.
L'Ecole de Rome n'a eu à sa disposition, en l'année 19 15-
1916, que deux de ses membres, M. Louis Canet, pension-
naire de ic année, M. Pocquet du Haut-Jussé, de lre.
Breton de naissance, M. Pocquet du Haut-Jussé a conti-
nué à Rome les études sur la Bretagne qu'il avait commen-
cées à l'Ecole des Chartes. Il s'est attaché cette année aux
relations qu'ont entretenues avec la papauté les ducs
bretons, depuis Pierre Mauclerc jusqu'il la duchesse Anne,
c'est-k-dire du xin° au xve siècle. L'autonomie presque
complète du duché donne à penser que sa politique reli-
gieuse fut différente de celle du reste de la France. Ce sera
le sujet du mémoire que M. Pocquet du Haut-Jussé vous
présentera l'an prochain. En le préparant, il a déjà fait des
trouvailles intéressantes. Etudiant l'origine et l'histoire de
l'église dédiée à saint Malo, qui existe à Rome, il a décou-
vert des constitutions synodales publiées en 1421 par
l'évèque de Saint-Brieuc et aussi une oraison funèbre du
cardinal Guibé, évêque de Nantes, mort en 1513.
M. Louis Canet est l'auteur du seul mémoire que votre
Commission ait reçu cette année.
Ancien élève de l'Ecole des Hautes Etudes, où il a parti-
culièrement suivi la direction de M. Daniel Serruvs,
M. Canet s'est consacré à la critique et à l'histoire, émi-
nemment difficiles, des textes bibliques. Dans un premier
mémoire, présenté en 191 i, il s'était efforcé de reconstituer
le texte lucianique du Livre de Daniel, c'est-à-dire le texte
selon l'usage de l'église d'Antioche dont Lucien fut l'évèque
1. Comptes rendus. L912, p. 67G, et Revue des Études anciennes, L916,
p. 308.
2. Comjiles rendus. L913, p. ;>ii.
604 uai'POrî srit i.i:s écoles d'athènes i:t de rôMË
an m" et au commencement du i\"' siècle'. Le mémoire
d'aujourd'hui a pour titre : Les fragments deutérocanoniques
du Livre de Daniel ; édition de la version hiérony mienne,
et notre confrère, M. Châtelain, a bien voulu l'examiner.
Saint Jérôme déclare qu'il n'a pu retrouver dans le texte
hébreu ni la prière d'Azarias et le cantique des Trois jeunes
hommes (Daniel, ni, 2 i-'.H) ,, ni les histoires de Susanne,
de Bel et du dragon (xiii-xiv), mais qu'il les a empruntés
en les traduisant à l'édition grecque de Théodotion. Ce sont
ces passages que M. Canet se proposait d'éditer, en remon-
tant, si possible, jusqu'au texte d'Origène à travers le texte
actuel de Théodotion, profondément différent de celui que
saint Jérôme avait sous les yeux dans la sixième colonne
des Hexaples.
En tète de cette édition de la version hiéronvmienne,
M. Canet a placé une longue Introduction, qui contient les
résultats d'une vaste enquête sur les textes imprimés et
manuscrits de la Vulgate latine. Pour mener cette enquête
à bien, Fauteur a prolité des ressources amassées à Rome
par la Commission bénédictine qui prépare, sous les auspices
du Pape, une édition nouvelle de la Bible latine, mais dans
la première comme dans la seconde partie de son Intro-
duction, il a fait œuvre personnelle. L'examen de la tradi-
tion manuscrite a mis surtout en lumière ses connaissances
paléographiques et la pénétration de sa critique. S'il a
constamment sous les yeux le livre du regretté Samuel
Berger, il le complète en plus d'un endroit.
Avec le secours des manuscrits qu'il a choisis et retenus,
il établit le texte des fragments deutérocanoniques du
Livre de Daniel, tel que saint Jérôme a dû l'écrire. L'ap-
parat critique de cette édition d'un texte d'une vingtaine
de pages est extrêmement riche et peut être cité comme un
modèle. M. Louis Canet a pris rang parmi les maîtres clans
l'étude des textes bibliques.
1. Comptes rendus. 1915. p. 62.
tuppoiif Suk les écoles d*atiiknes Et de ftoivtE 6Ô8
Ajoutons qu'il a travaillé activement au classement de la
bibliothèque de l'Ecole et à la publication des Mélanges.
Notre confrère, Monseigneur Duchesne, se loue du zèle
intelligent et dévoué de son collaborateur.
L'année 1916 fera époque dans l'histoire de I'Ec.ole
d'Athènes, puisqu'elle a dû fermer ses portes, pour la
première fois depuis sa fondation, et cela du fait de la
Grèce « amie et hospitalière » à laquelle l'historiographe
de notre Ecole a dédié son livre.
L'Ecole n'a heureusement aucun deuil nouveau à déplo-
rer ; la liste déjà longue de ceux qui sont tombés à la
guerre ne s'est alourdie d'aucun nom. Par contre, l'angois-
sante obscurité qui pèse sur le sort des trois disparus ne
s'est pas dissipée.
L'elFectif de l'Ecole comprenait, en novembre 191"), trois
membres réguliers : M. Plassart (pensionnaire de 0e année),
M. Lejeune (de 3e), M. Lacroix (de liej, auxquels fut
adjoint, avec le titre de membre libre, un ancien, M. Dugas.
M. Graindor, membre belge, complétait, avec l'architecte
M. Replat, l'équipe de travailleurs, que vint renforcer, au
début de février 191 G, un ancien secrétaire de l'Ecole,
M. Chamonard, professeur de lycée, détaché en mission à
Athènes. Soucieux de parfaire notre représentation scienti-
fique en Grèce et désireux de faciliter la lourde tâche du
directeur, nos ministres de l'Instruction publique et des
Affaires étrangères avaient multiplié les sursis d'appel et
fait bon accueil aux volontaires de la réserve.
Le champ d'action qui s'offrait aux Athéniens s'était
encore restreint. Sans parler de l'Asie Mineure, fermée
depuis le début de la guerre, toute la Grèce dû Nord, la
Macédoine et, par contagion, la Thessalie, Thasos même
où l'Ecole avait ouvert un important chantier, lui étaient
ou lui devinrent inaccessibles. En Macédoine, le directeur
laissai! au moins un excellent agent de liaison, un ancien.
606 RAPPORT SIR LES ÉCOLES D'ATHÈNES ET DE ROME
M. Mendel, chargé du service archéologique de l'armée
d'Orient. M. Fougères obtint sans peine de l'esprit libéral
du général commandant en chef que tous les mémoires,
rapports et notes relatifs aux fouilles entreprises à l'armée
d'Orient fussent transmis à l'Ecole d'Athènes et, après
examen, imprimés par les soins de celle-ci dans une publi-
cation spéciale. Pour Thasos, où MM. Lejeune et Replat
avaient repris pied, ils durent se retirer, après une courte
campagne, devant les difficultés de la vie matérielle, les
dangers du bombardement aérien, lavis formel du général
Sarrail. Je mentionnerai plus loin les importantes fouilles
d'Eléonte de Thrace, auxquelles d'anciens Athéniens ont
pris une si grande part.
Restait l'île sainte, qui depuis quarante-trois ans n'a
jamais trompé la confiance des Français, 1 île sûre où l'on
était encore à l'abri des pirates, l'île déserte où l'on n'avait
pas même à redouter l'émeute civile ou militaire : Délos.
M. Plassart fut chargé d'y terminer l'exploration du Mont
Cynthe, qu'il avait commencée en 1914 '. Il y a séjourné
du 26 juin au o septembre et a mené sa tâche à bien. Vous
l'entendrez sans doute, Messieurs, vous rendre compte de
cette intéressante campagne et vous l'en féliciterez. Qu'il
me suffise aujourd'hui de vous dire que sur le sommet prin-
cipal où Lebègue avait déblayé, en 1873, le sanctuaire de
Zeus Kynthios et d'Athèna Kynthia, M. Plassart a retrouvé
les restes d'un temple plus ancien. Le second sommet, au
S.-E., était consacré à Zeus Hypsistos. M. Plassart a éga-
lement découvert deux nouveaux sanctuaires orientaux et
des inscriptions sabéennes que notre confrère M. Clermont-
Ganneau s'est chargé d'examiner. Le dégagement des
voies d'accès qui menaient aux deux cimes, avec leurs cha-
pelles ou stations de processions, a été poussé aussi avec le
soin minutieux dont M. Plassart a donné tant de preuves.
]. Comptes rendus, 1915, p. 55.
RAPPORT SUR LES ÉCOLES D'ATHÈNES ET DE ROME 607
Avant de diriger ces fouilles, il avait entrepris avec
M. Lejeune, aux mois de mai et de juin, un voyage d'explo-
ration dans le Péloponnèse; plus tard, au cours de l'été
brûlant dont nos troupes d'Orient ont tant souffert,
MM. Lejeune et Lacroix ont parcouru la Crète à l'effet d'y
découvrir un nouveau champ de fouilles.
M. Lejeune, pensionnaire de 3e année, était seul tenu de
vous présenter un mémoire. Rendu par l'autorité militaire
à l'Ecole d'Athènes trop tard pour choisir et préparer un
sujet, il n'a pas voulu se soustraire entièrement à ses
obligations et s'est chargé de dépouiller et d'étudier les
notes et estampages que son regretté camarade Avezou
avait rapportés de ses voyages en Chalcidique et en Macé-
doine. Par ses soins pieux, le nom d Avezou revivra dans
le Bulletin de Correspondance hellénique.
Enfin l'Ecole a imprimé un nouveau fascicule du Bulle-
tin (le n° I de l'année 1915), que M. le Secrétaire perpétuel
vous a présenté le 15 septembre 1916. Vous y trouverez un
rapport très détaillé sur les « Fouilles archéologiques sur
l'emplacement de la nécropole d'Eléonte de Thrace (juillet-
décembre 1915) ». Il a pour auteurs ceux qui ont dirigé les
fouilles : deux anciens Athéniens, MM. J. Chamonard et
F. Gourby, et M. Dhorme. Notre confrère M. Edmond
Pottier vous l'a présenté, au nom de l'Etat-Major du corps
expéditionnaire d'Orient, dans la séance du 21 janvier
1916'.
Vous savez, Messieurs, comment s'est terminée cette
année dans laquelle directeur et pensionnaires ont bien
mérité de la France lointaine où combattaient leurs fils et
leurs frères. Vous savez le guet-apens et les massacres
d'Athènes. Vous savez contre qui l'armée grecque a réservé
son courage soigneusement dissimulé. Qu'il nous soit
simplement permis de rendre justice à l'attitude vraiment
1. Complet rendus, 1916, pp. 37 et 40.
1916 34
608 S^ANGÈ 1)1' 29 DÉCEMBRE 191»)
courageuse du directeur et qu'on nous laisse exprimer le
souhait de voir l'École française se rouvrir bientôt dans une
Grèce revenue ou ramenée à la raison !
SÉANCE DU 29 DÉCEMBRE
PRESIDENCE DE M. MAUK1CE CROISET.
Le Secrétaire perpétiel donne lecture de la lettre suivante
qu'il a reçue de M. l'abbé J.-B. Chabot :
« Monsieur le Secrétaire perpétuel,
« Le R. P. Delattre vient de m'adresser, en me priant de le
communiquer à l'Académie, l'estampage d'une inscription funé-
raire qu'il a trouvée, à Carthage, hors'de sa place primitive, dans
les terres qui ont recouvert, à l'époque chrétienne, la grande
basilique à sept nefs qui est en ce moment l'objet d'une explora-
tion méthodique.
« L'épitaphe est gravée sur une pierre calcaire dont la face
seule a été dressée et polie. Cette pierre mesure 0ml5 de lar-
geur, sur 01" Il de hauteur et 0'" 095 d'épaisseur. L'inscription,
légèrement écornée à l'angle gauche supérieur, gravée en
caractères puniques, se lit ainsi :
[*T]a p imbîra ^2p
F- P
Ce que le P. Delattre a correctement traduit :
Tombeau de Balalyatoni fils de Bod-
melqart, fils de Himilco, /ils de IJanno,
fils de May on.
SÉANCE DU 29 DÉCEMBRE 1916 609
« Après le dernier nom le graveur avait, semble-l-il, ajouté
quelques signes qui ont été ensuite martelés.
« Le nombre des épitaphes trouvées à Garthage est encore
assez restreint, surtout en comparaison du grand nombre des tom-
beaux fouillés. Elles méritent d'être recueillies avec soin, alors
même — c'est ici le cas — qu'elles n'apporteraient pas une
contribution nouvelle à l'onomastique punique.
« Veuillez agréer, etc.
M.Camille Jùllian signale, dans le dernier numéro du « Bul-
letin archéologique » du Comité des travaux historiques, l'épi-
taphe d'une Viennoise trouvée à Volubilis fMaroc), par M. Louis
Châtelain.
M. Henri Cordier a la parole pour une communication:
« On se rappellera que, avant la guerre, M. le commandant
Tilho avait été chargé par l'Académie d'une mission à l'Est du
lac Tchad. Il a été maintenu dans le commandement du cercle
de Paya auBorkou pour défendre contre les entreprises ennemies
la marche orientale du Territoire militaire du Tchad ; c'est pour
cette raison que nous n'avons pas encore reçu de rapport de cet
officier, pas plus que de M. Bonnel de Mézières retenu en
Afrique occidentale. Néanmoins, j'ai pu apprendre que le com-
mandant Tilho a, tout en remplissant ses devoirs militaires,
exécuté de très importants travaux géographiques dans cette
région presque inconnue. Une citation à l'ordre du Territoire du
Tchad, en date du 14 juillet 1915, dont il a été l'objet, men-
tionne l'établissement par cet officier supérieur des cinq pre-
mières feuilles d'une carte de l'Ounianga et de l'Ennedi appuyée
sur des coordonnées astronomiques. Ultérieurement, du i sep-
tembre au 12 novembre 1915, le commandant Tilho a entrepris
une expédition dans le Tibesti méridional, afin de donner la
(•liasse aux Toubouss rebelles qui s'apprêtaient à couper les
convois de vivres destinés au Borkou lorsqu'ils traverseraient la
large bande de désert qui sépare ce pays de Kanem. Celte recon-
naissance, longue de plus de 1.500 kilomètres en pays inconnu,
a amené le commandant Tilho à parcourir les principales
vallées du Koussi et à gravir le point culminant de ce puissant
610 SÉANCE DU 29 DÉCEMBRE 1910
massif montagneux. l'Enni-Koussi, dont l'altitude dépasserait
3. 000 mètres. Cette haute cime est un ancien volcan dont le
cratère, parfaitement conservé, atteint une profondeur de
300 mètres. Lors du séjour de l'expédition sur ce sommet, il y
soufflait un vent du Nord-Est « très aigrelet ».
« La marche de la petite colonne a été rendue très pénible par
la nature tourmentée du pays. Le Tibesti est un pays extrême-
ment découpé, déchiré de vallées encaissées qui, très souvent,
deviennent de véritables canons profonds d'environ 400 mètres.
Sur les lianes de ce relief, le ruissellement, s'il est éphémère,
s'exerce avec une très grande puissance. Une note du comman-
dant Tilho signale dans ce massif un village troglodytique d'habi-
tations creusées dans une roche volcanique tendre. »
Il est procédé à l'élection du bureau pour l'année 1917.
M. A. Thomas est élu président par 19 voix ; M. Elie Rerger,
vice-président, par 21 voix.
On passe ensuite à l'élection des membres des différentes com-
missions annuelles. Sont élus :
Travaux littéraires: MM. Senart, Héron de Ville fosse, Alfred
Croiset, Glermont-Ganneau, de Lasteyrie, Collignon, Omont,
Prou.
Antiquités de la France : MM. Héron de Villefosse, de
Lasteyrie, Salomon Reinach, Omont, C. Jullian, Durrieu, Four-
nier.
Ecoles françaises d'Athènes et de Rome : MM. Heuzey,
Foucart, Homolle, Collignon, Pottier, Châtelain, Ilaussoullier,
Prou.
Ecole française d'Extrême-Orient : MM. Heuzey, Senart,
Pottier, Chavannes, Cordier, le P. Scheil.
Fondation Benoit Garnier : MM. Senart, Chavannes, Cor-
dier, le P. Scheil.
Fondation Eugène Piot : MM. Heuzey, Héron de Villefosse, de
Lasteyrie. Homolle, Collignon, Babelon, Pottier, Haussoullier,
Durrieu.
SÉANCE DU 29 DÉCEMBRE 1916 611
Fondation De Glercq : MM. Heuzey, Senart, Babelon, Pottier,
le P. Scheil.
Fondation Doirlans : MM. Emile Picot, Châtelain, Haus-
soullier, Cuq.
Commission administrative centrale : MM. Alfred Croiset,
Omont.
Commission administrative de l'Académie : MM. Alfred Croiset,
Omont.
Commission du prix Gorert : MM. Kmile Picot, Omont,
C. .lullian. Prou.
M. Alfred Jeanroy fait une communication sur les débuts de
la poésie courtoise dans la France méridionale, les premières
théories et les premiers modèles. — Les troubadours ont été,
presque dès l'origine, très conscients de leur art : les premières
théories apparaissent avec la seconde génération poétique, no-
tamment chez Marcabru et Peire d'Auvergne. Le fond de la
poésie courtoise étant très conventionnel, il s'agissait de masquer
ce caractère par des artifices de fond ou de forme. Peire d'Au-
vergne pratique l'enchevêtrement des idées, qui laisse le lecteur
libre de choisir entre diverses interprétations et lui pose de véri-
tables énigmes. D'autres, par la recherche du mot rare, de la
rime riche essaient de voiler la maigreur du fond sous les splen-
deurs de la forme ; sans affecter de parti-pris l'obscurité, ils y
tombent également. De part et d'autre, c'est un art de virtuoses.
On a souvent reproché aux troubadours de manquer d'origina-
lité : si l'on se représente nettement leur conception de la
poésie, il sera plus juste de s'étonner qu'ils en aient autant
déployé dans un domaine si étroitement limité.
612
LIVRES OFFERTS
M. Cagnat offre, de la part de M. Toutain, professeur à l'École
des Hautes Éludes religieuses, nue brochure intitulée: L'idée reli-
gieuse de la rédemption et l'un de ses principaux rites dans l'antiquité
grecque et romaine. Le sujel de cette note, fort intéressante, a
donné lieu à une lecture de M. Toutain à l'Académie dans sa
séance du 17 mars dernier.
M. Cagnat offre également un mémoire de M. A..-L. Constans,
ancien membre de l'Ecole de Rome, sur Gigthis, ville de l'Afrique
antique située sur le littoral de la petite Syrie. « Ce mémoire, dit-il,
est celui-là même que M. Constans a envoyé à l'Académie ,:i la suite
de son séjour au Palais Farnèse. et dont j'ai déjà parlé avec quelque
détail dans le rapport que j'ai lu devant noire Compagnie le 17 décem-
bre 1915. M. Constans Ta revu el accompagné d'un certain nombre de
plans dus à feu Sadoux et à M. Emonts, architecte de la Direction
des Antiquités de Tunisie; il y a joint aussi des photographies
fournies par le même service. C'est une bonne monographie. »
M. Omont offre, au nom de M. Georges Guigue, archiviste en chef
du département du Rhône, une notice sur des Documents des, archives
de là cathédrale de Lyon récemment découverts : la trouvaille; un
diplôme original de Charles de Provence (Paris, 1916, irt-86, 15 pages;
extrait de la Bibliut/ièi/ue de l'Ecole des Chartéi, année HU'i.
t. LXXVI). C'est une étude du savant archiviste du Rhône sur les
documents dont l'intérêt a été signalé à l'Académie dans la séance
du 11 février dernier (Comptes rendus, p. 84-85).
M. Clermont-Ganneau a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, de la part de M. Vassel, un
nouveau fascicule de ses Eludes puniques, portant le n° VII et inti-
tulé : Quatrième note su/' la néopunique de Bir Tlelsa. L'auteur y
reprend l'examen de cette inscription dont l'interprétation présente
de grandes difficultés, et il discute les solutions qu'en a proposées
récemment M. Dussaud. Il conclut avec raison que ce texte obscur
esl encore loin d'avoir dit son dernier mot. »
613
PÉRIODIQUES OFFERTS
American Journal of Archaeology, June 1916 (Xew-York, in-8°).
Archaeoîôgia or Miscellaneous tracts relating to antiquiiy, publish-
ed by the Society of Antiquaries of London, vol. XVI (London,
in-4°).
Archivio délia R. Società Rornana ai storia patria, vol. XXXVIII,
fasc. 1 à 5; vol. XXXIX, fasc. 1 el 2 Roma, in-8°).
Àtti délia R. Accademia dei Lincei. Xotizie degli Scavidi anlichilà,
vol. XII, fasc. 7 à 12; vol. XIII, fasc. 1 6 (Roma, in-8°).
Riblioleca nazionale centrale di Firenze. — Bolleltino délie pubbli-
cazioni italiane ricevute per dïritto di slampa, 1916, nos 181 à 192
Firenze, in-8°).
Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, revue d'érudition consacrée
spécialement h l'étude du moyen âge, 1915, mai à décembre; 1916,
janvier-juin (Paris, in-8°).
Bolet im da Associaçao dos archeologos portuguezes, tome XIII,
nos 3 et 4 (Lisboa, in-8°).
Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la
Corrèze, 1915, janvier-décembre (Brive, in-8°).
Bulletin de la Société historique el archéologique du Finistère.
Procès-verbaux et Mémoires, tome XLII, 1915 (Quimper, 1916,
in-8" .
Bulletin de la Société archéologique île Béziers, 3e série, t. X,
2e livraison, 1914-1916 (Béziers, in-8°).
Bulletin de la Société historique et archéologique de Langres,
t. VII, 1er octobre 1916 iLangres, in-8°).
Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 1915, 4e trimestre
(Poitiers, in-8°).
Bulletin de la Commission archéologique de Xarbonne, année 1915,
2e semestre (Narbonne, in-8°).
Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord,
t. XLIII, lre livraison et mars-octobre 1916 Téiig-ueux, in-8°).
Bulletin trimestriel de la Société îles Antiquaires de la Picardie,
1915, 3e et 41" trimestres; 1917, 1er et 2* trimestres (Amiens, in-88).
Bulletin trimestriel de la Société archéologique de Touraine, année
1915 (Tours, in-8°).
61 i PÉRIODIQUES OFFERTS
Bulletin de la Société des sciences historiques el naturelles de
VYonne, année 1915, 1er semestre (Auxerre, 1015, in-8°).
Bulletti de la Biblioteca de Catalunya, jener-agost, 1915 (Barce-
lona, 1915, in-4°).
Ecole française de Borne. Mélanges d'archéologie et d'histoire,
juillet-décembre 1915 (Rome, in-8°).
Ecole française d Athènes. Bulletin de Correspondance hellénique,
juillet-décembre 1915 (Paris, in-8°).
Encyclopédie de l'Islam, 22e livraison Paris et Leyde, in-8°).
Journal asiatique, mars-juin 1915 (Paris, in-8°).
Journal of the Boyal Institute of British Architects, vol. XXIII,
n01 16 à 20 (Londres, 1915 et 1916, in-4°).
London University Gazette, vol. XV, n°176 à 185 (London, in-8°).
Mémoires de la Société royale du Canada, 1915, septembre; 1910
mars à décembre (Ottawa, in-8°).
Memorie délia B. Aecademia délie scienze dell Istituto di Bologna,
1914-1915 (Bologna, 1915, in-8°).
Pro Alesia, novembre 1914, février-mai 1915 (Paris, in-8°).
Proceedings of the American Philosophical Society held at Phila-
delphia for promoting useful knowledge, octobre-décembre 1915;
janvier-mars 1916 (Philadelpbia, in-8°).
Proceedings of the Boyal Society of Edinburgh, vol. XXXV, part
III; vol. XXXVI, parts I-ï I (Edinburgh, 1915, in-8°).
Procedings of the Society of Antiquaries of Scotland, 1914-1915
(Edinburgh, in-8°).
Proceedings of the Society of Biblical Archaeology, vol. XXXVII,
part 4; vol. XXXVIII, parts 3-6 (London, in-8°).
Proceedings of the Society of Antiquaries of London. Session
1914-1915 (London, in-8°).
Bendiconfo délie sessioni délia B. Aecademia délie scienze dell
Istituto di Bologna, vol. XIII, 1914-1915 (Bologna, 1915, in-8° .
Bendiconti délia B. Accadejnia dei Lincei, vol. XXIV, fasc. 7 à
12; vol. XXV, fasc. 1 à 4 (Roma, in-8°).
Berista de Archivos, Bibliotecas y Museos, 1916. Enero-Agosto
1916 (Madrid, in-8°).
Bévue des « Amitiés franco-étrangères », mai-juin 1915 (Paris,
in-8°).
Bévue algérienne, tunisienne et marocaine de législation et de
jurisprudence, juillet-octobre 1916 (Alger, in-8°).
Bévue archéologique, publiée sous la direction de MM. E. Pottier
et S. Rbinach, novemhre-décembre 1915; janvier-août 1916 (Paris,
in-8'M.
PÉRIODIQUES OFFERTS 015
Revue biblique publiée par l'École pratique d'études bibliques
établie au couvent dominicain Saint-Étienne de Jérusalem, janvier
et avril 1916 (Paris et Rome, in-8°).
Revue de l'histoire des religions, janvier-décembre 191 o (Paris,
in-8°).
Revue savoisienne, publication périodique de l'Académie florimon-
tane d'Annecy, 1915; 3e et 4e trimestres, 1910, 1er, 2e et 3e trimestres
(Annecy, in-8°).
Société archéologique et historique de l'Orléanais. Rullelin, 1er, 2e,
3e et 4e trimestres 1915 (Orléans, et Paris, in-8°).
The Jewish Quarlerbj Review, avril-octobre 1916 (London, in-8°).
TABLE ALPHABÉTIQUE
Académie des sciences de Lis-
bonne. Condoléances à l'occa-
• sion de la mort de. M. Maspero,
344.
Académie des sciences du Por-
tugal. Condoléances à l'occa-
sion delamortdc M. Maspero,
344.
Académie des sciences de Turin.
Condoléances à l'occasion de
la mort de M. Maspero, 302.
Actes île Philippe Aug liste, 270.
Administrative < Commission),
296, 416,611.
Administrative centrale (Com-
mission', 416, 611.
Aeqitza. Nom figurant dans
une inscription chrétienne de
Cartilage, 157.
Afghanistan. — Voy. Ghazna.
Afrique. Les camps de la troi-
sième légion au premier siècle
de l'Empire. 273. — Statuette
de l'Afrique personnifiée, ac-
quise à Alexandrie par M.Jean
Maspero, 337. Voy. aussi
Algérie, Azaouad, Sénégal
(Haut- , Tillio, Tunisie, Volu-
bilis .
Agde. Lettre de M. Ginestel au
sujet de la destruction pro-
jetée d'un hôtel du xvie siècle,
271.
Agrafes en or, ornées de cabo-
chons, trouvées sur le Kou-
diat-Zâteur, 1">.
Albaille (Joseph). Collection
d'objets préhistoriques, 483.
Alep (Milliaires de Septime Sé-
vère découverts à l'E. d"),
388.
Alexandre le Grand. Passage
d'Elien sur le portrait équestre
de ce roi peint par Apelles,
il 4.
Alexandrie (Egypte i. Inscription
grecque du Musée, 164, 165.
Algérie. — Voy. Cheffia (la),
Djemila, Dougga, Khamissa.
Amélineau |E. . Prolégomènes à
l'élude de la religion égyp-
tienne, 210.
Amiens. Découverte d'objets
divers dans des puits funé-
raires, 56, 66.
André-Michel (Robert). Les
fresques </>■ lu ijarde-rohe au
Palais des papes à Avignon,
427.
Annuaire général de V Indo-Chine,
366.
Ani iochus. Nom figurant dans une
TAULE ALPHABÉTIQUE
617
inscription chrétienne de Car-
thage, 157.
Antiphon (Les nouveaux frag-
ments d') publiés dans le
recueil des papyrus d'Oxy-
rhynchus, 418, 426 .
Antiquités delà France (Concours
des), 4. — Rapport, 137, 303,
307. — Commission, 610.
Apelles. Anecdote d'Élien sur le
portrait équestre d'Alexandre
peint par cet artiste, 414. —
Vénus, 414.
Apollon. Son rôle dans les Eu-
ménides d'Eschyle, 212.
Appliques en or, avec pierres
fines, trouvées sur le Koudiat-
Zàteur, 15.
Arc (Jeanne d' . Sou itinéraire
parisien et la journée du 8
septembre 1429, 119, 214. —
L'ancien hôtel de Vaucouleurs
à Paris et la fausse Jeanne
d'Arc, 219, 222, 253.
Arc Décision du IIe concile de
Latran prohibant l'usage de
1') et de l'arbalète dans les
guerres entre chrétiens, 295.
Archiviste paléographe (Déli-
vrance des diplômes d'), 517.
Arconati-Visconti (Marquise'.
Fondation d'un prix, sous le
nom de Prix Raoul Duseigneur,
en faveur des études sur l'art
et l'archéologie espagnols jus-
qu'à la fin du xvie siècle, 221,
241, 396.
Argyropoulô (Georges). I.'.UIr-
magne ennemie de V hellénisme,
390.
Ariane. Légendes relatives à sa
Mini i . 38"
Arméniennes (Inscriptions M'Aïn-
Bagnaïr et de Marmachène,
317.
Assyriennes (Un naufrage d'an-
tiquités) dans le Tigre, 223,
22 î.
Auch. Pierre tombale d'une
petite chienne nommée Cy-
théris, au Musée, 76.
Azaouad (L'), au N. de Tom-
bouctou. Gisements préhisto-
riques, 444, 445.
Baal Adir (Saturne-Auguste).
Inscription punique dédiée à
ce dieu, 348.
Baal Hammon. Inscription pu-
nique dédiée à ce dieu, 130.
Babelon (Ernest i. Commissions,
5, 190, 575, 610, 611. — Rap-
port, 114. — Signatures d'ar-
tistes sur des monnaies grec-
ques, 89. — Observations, 17,
85, 397. — Hommages, 21 i,
294, 315. il 2.
Bacchus (La mosaïque de l'Ivresse
de) au Musée de Lyon, 285,
286.
Bague en or, avec représenta-
tion d'une colombe, d'une
palme et d'une étoile, trouvée
sur le Koudiat-Zâteur, 15. —
Autre bague en or, avec cou-
ronne et lettres grecques, lu.
Balance. — Vby. Vénus.
Barbier-Muret Fondation-, 189.
— Commission, 190, 255.
Barcelone. Condoléanceë de l'A-
thénée à l'occasion de la mort
de M. Maspero, 316.
Bahtii Auguste). Commissions,
ri. _ Décédé, 214.
GIS
TABLE ALPHABÉTIQUE
Basmadjian. Inscriptions armé-
niennes d'Aïn-Bagnaïr et de
Marmachêne, 317.
Bassel Henéj. Mélanges afri-
cains et orientaux, 35.
Baudouin (Dr). L'orientation dos
dolmens des environs de
Vannes, 459.
Beaune (Hôtel-Dieu de). Date
de l'exécution du polyptyque
attribué à Roger Van der Wey-
den, 48.
Benedicta. Nom Qgurant dans
une inscription chrétienne de
Carthage, 157.
Berger (Élie). Commissions, 5,
6. — Vice-président pour
1917, 610.
Berniolle (J.-B.). Excursion ar-
chéologique à l'oppidum de
Conslantine {commune de Lan-
çon, etc. , 333 .
Béziers. Fragments de vases
grecs, 410.
Biator. Nom figurant dans une
inscription funéraire de Car-
tilage, 159.
Bibliothèque de l'Institut de
France. Albums et dessins at-
tribués à Charles Errard, 304.
— Croquis d'Antoine Desgo-
detz, 305.
Bibliothèque nationale. Dessins
de la Paraphrase du psaume
XXVI exécutée pour François
Ier sur l'ordre de Louise de
Savoie (ms. franc. 2088), 87.
— Origines de la Collection
Doat, 588.
Bictorinia. Nom figurant dans
une inscription chrétienne de
Carthage, 159.
liijoux d'or trouvés dans une sé-
pulture; chrétienne sur le Kou-
diat-Zâteur, 15.
Bixianis. Nom figurant dans une
inscription chrétienne de Car-
thage. 157.
Blanchard 1)' Raphaël). Corpus
inscriptionum ad medicinam
biologiamque spectantium, 267.
Bonifatius. Inscription funéraire
découverte sur le Koudiat-Zà-
teur, 14. - ■ Inscription funé-
raire de Carthage, 159.
Bordin (Prix), 4. — Commission,
5. — Rapport, 241.
Bosco (Joseph). Publications
diverses concernant l'archéo-
logie de l'Algérie, 588.
Bostra (Syrie). • Voy. Porphy-
rios.
Bouché-Leclercq (A.). Commis-
sion, 6. — Observations, 135.
317, 427.
Boucher (Colonel A.). La bataille
de Platées d'après Hérodote,
50.
Boucle en or massif, trouvée-
sur le Koudiat-Zàteur, 15.
Bréal i Michel). Notice sur sa
vie et ses travaux, 545.
Bréhier (Louis). Les galeries des
rois et les catalogues officiels
des rois de France, 53, 61. —
L'hagiographie byzantine du
vin0 et du ixe siècles, 349, 357,
359. — La cathédrale de Reims,
210.
Breuil (Abbé H.). Inscription la-
tine de Galera, 358.
Brimo (La déesse). Passage de
Properce la concernant, 224.
Briois. Traduction du rapport de
TABLE ALPHABÉTIQUE
619
Lephore des antiquités de
Chypre pour 1914, 218.
Bronze (Objets en) découverts
dans les fouilles d'Ensérune,
près de Béziers, 408, 476.
Buerfunée, 347.
Bulletin de correspondance hel-
lénique, 411, 599.
Byzantine (Hagiographie) des
vin" et ixe siècles, 349, 357,
359.
Cagnat (Bené). Commissions, 6,
190, 272. — Rapport, 149. -
Élu secrétaire perpétuel, 334,
345. — Allocution, 345. —
Lettre de M. Chabot sur le
nom de Dougga, 136. — Note
de M. Merlin sur une nouvelle
inscription découverte à Thu-
burbo Majus, 259. — Note de
M. De Pachtere sur les camps
de la troisième légion en
Afrique au premier siècle de
l'Empire, 273. — Note de
M. Fabia sur les mosaïques de
la Déserte (place Sathonay, à
Lyon), 350. — Djemila, colo-
nie militaire de Nerva, 588, 593.
— Lettre de M. Chabot sur une
inscription funéraire punique
de Carthage, 608. — Homma-
ges, 117, 267, 396, 427, 5SS, 612.
— Observations, 16, 17, 1 19,445.
Caire (Institut français d'archéo-
logie orientale du). Rapport
du Directeur, 468.
Canatha (Syrie). — Voy. Porphy-
rios.
Canoniques (Les collections) du
pontificat de Grégoire VII,
164, 578.
Capitan (Dr). Les chiens et le
vin à l'époque gallo-romaine,
56, 66. — Le couteau de pierre
à sacrifices humains de l'an-
cien Mexique dans deux livres
du xvne siècle, 367, 368. —
Six nouveaux gisements pré-
historiques dans l'Azaouad et
dans la région du Haul-Séné-
If f f f t *»
, m, 4*d.
Carrière Abbé Victor). Origine
de l'appellation d't/ros Clavo-
rum appliquée à Verdun, 445.
— Pouillés de la province de
Trêves, 250.
Carthage. Stèle punique, 31. —
Une grande basilique près de
Sainte-Monique à Carthage,
149, 150. — Deux inscriptions
trouvées dans les fouilles delà
grande basilique, 430, 431. —
Inscription funéraire punique,
608.
Carton (Dr), correspondant.
Lettres, 221, 253. — Les fa-
briques de lampes dans l'an-
cienne Afrique, 425.
Cartulaire (Le Grand; de l'église
de Lvon, 84.
Caryatides (L'origine des), 218,
241,256.
Ceiu, Ceius. Nom figurant dans
des inscriptions puniques,
129, 131.
Celtiques Mots dans des ins-
criptions latines sur pesons
de fuseau, 150, 168.
Céramique de la nécropole d'En-
sérune, près de Béziers, 397,
Î7't, 478.
César Virgile et), 344.
Chabot .1.-1'-. i. Les inscriptions
B20
Table alphabétique
puniques de la collection Mar-
chant, 17. — Les Inscriptions
puniques de Dougga, 118, 119.
— Formation du nom de
Thugga (Dougga , 136, — Deux
inscriptions puniques et une
inscription latine d'Algérie,
241, 212. — Inscriptions néo-
puniques de Masculula, 347.
— Inscription funéraire pu-
nique de Carthage, 608.
Ghamonard J.). Résume de son
rapport sur les fouilles d'Elé-
onte, 37, 40.
Chandelier à sept branches
(Fragment de sarcophage of-
frant une représentation du),
au Musée national de Rome,
285.
Charles, roi de Provence. Di-
plôme original découvert à
Lyon, 84.
Châtelain (Emile). Commissions,
6, 575, 610, 611.
Châtelain (Louis;. Chien de
bronze découvert à Volubilis
(Maroc), 259. — Mémoire de
M. Cuq sur un inscription dé-
couverte au même lieu, 261,
284. — Fouilles de Volubilis,
359. — Épitaphe d'une femme
originaire de Vienne (Isère),
trouvée à Volubilis, 609.
Chavannes (Edouard1, président
sortant. Allocution, 1. —
Commissions, 5, 610. — Rap-
port, 114. — Donation du pro-
fesseur IL A. Giles, 118. —
Textes relatifs à l'histoire de
la principauté de Wou et Vue,
190. — Observations. 296.
Hommage, VI 5.
Cheffla La), Algérie. Inscrip-
tion latine. 249.
Chienne (Pierre tombale d'une
petite) nommée Cythéris, au
Musée d'Auch, 76.
Chiens (Les à l'époque gallo-
romaine, 55, 66. — Chien de
bronze découvert à Volubilis
Maroc), 260.— Autre chien de
bronze découvert aux environs
de Luxé ( lharente), 261.
Chine. — Voy. Wou.
Chypre. Traduction, par M. Bri-
ois, du Rapport de l'éphore
des antiquités de cette ile
pour 1914, 218.
Clément VII (Le pape). Bulle en
faveur de l'église de Lyon, 85.
Clermont-Ganneau (CIi. . Com-
missions, 5, 610. — Observa-
tions, 16, 17. 224, 242, 387. —
Hommages, 219, 315, 612.
Cochin (Henry). Le Vita nova de
Dante, 444.
Colisée. Lettrede M. Lemonnier
sur les stucs de ce monument,
302, 303.
Collier d'or orné de pierres pré-
cieuses, découvert sur le Kou-
diat-Zàteur, 15.
Colugnon Maxime). Commis-
sions, 5, 6, 256, 272, 610. -
Rapport, 149. — Secrétaire per-
pétue] intérimaire, 334. — Sta-
tuette de l'Afrique personnifiée
acquise à Alexandrie par Jean
Maspero, 337. — Observations,
256. — Hommages, 115, 218,
251, 428.
Comité du Livre. 211, 414.
Commaille, conservateur des
ruines d'Angkor. Décédé, 221.
Table alphabétique
621
Commont. Découverte d'objets
divers dans des puits funé-
raires, à Amiens, 56, 60.
Concours (Annonce des), '-'AH. —
Situation pour 1916, 4. — Ju-
gement des concours, 512.
Constans (A.-L.). Gigthis, 612.
Gonway (Sir W. Martin). The
abhey of Saint-Denis and itë
ancient treasures, 349.
Cokdier (Henri). Commissions,
5, 256, 610. ■ Rapports, 85,
600. — Délégué pour assister of.
ficieusement aux prières dites
en faveur des armées françaises
et alliées en la basilique de
Montmartre, 137. — Traduction
inédite du Tchoung Young par
le P. de Ventavon, 416. —
Nouvelles de M. le comman-
dant Tilho, 609. — Hommages,
13, 35, 148.
Coupe attique découverte h Ensé-
rune, près de Béziers, 401, 476.
Courby (F.). Résumé de son rap-
port sur les fouilles d'Éléonte,
37, 40. — Fouilles de Delphes,
115.
Couteau de pierre à sacrifices
humains de l'ancien Mexique,
367, 368.
Covuldonia. Nom figurant dans
une inscription chrétienne de
Carthage, 157.
Cratères campaniens découvci K
à Ensérune, près de Béziers,
400, 106.
Cresconius. Épitaphe de ce per-
sonnage trouvée; à Garthage,
431.
Croisade, lue participation in-
connue;! la Croisade de' Phi-
lippe le Bon contre les Turcs,
268.
Choiset (Alfred). Commissions,
6, 610, 611. — Les nouveaux
fragments d'Antiphon publiés
dans le recueil des papyrus
d'Oxyrhynchus, 418, 426. —
Observations, 212, 357.
Croiset (Maurice), président pour
1916. Allocutions, 2, 214, 297,
367,429. — Discours à la séance
publique annuelle, 487. — Le
rôle d'Apollon dans les Eumé-
nides d'Eschyle, 212. — Obser-
vations, 114, 135, 138, 296, 317,
427. — Hommage, 50.
Cumont( Franz). Projet de fouilles
à Vechten (anc. Fectio) en Hol-
lande, 271. — Fragment de sar-
cophage romain offrant une
représentation du chandelier à
sept branches, au Musée natio-
nal de Borne, 285. — Disques
de caractère magique prove-
nant d'un atelier de Tarente,
344. — Deux milliaires de Sep-
lime Sévère, 388.
Ci o (Edouard). Commissions, 190,
296,61 1 . — Délégué pour assis-
ter officieusement aux prières
dites en faveur des armées fran-
çaises et alliées en la basilique
de Montmartre, 137. — Mé-
moire surune inscription latine
découverte à Volubilis (Maroc)
par M. Louis Châtelain, 261,
284. — Observations, 359. —
/.es nouveaux fragments du
Code de Ha.mmoura.bi, 600.
( !\ priana. Nom figurant dans une
inscription chrétienne de Car-
tilage, bis.
022
TA M LE ALPHAMÉTIOUE
Cyprien (Saint). Réminiscences
présumées de son traité Dezelo
et livore dans une inscription
chrétienne I rouvée à Khamissa,
39.
Cythéris. Pierre tombale d'une
petite chienne de ce nom, au
Musée d'Auch, 76.
Dalmatie. Mouvement intellectuel
à l'époque de la Renaissance, 94.
Daliha. Nom figurant dans une
inscription chrétienne de Car-
tilage, 1 59.
De Clercq (Fondation). Commis-
sion, 611.
Dehérain (Henri), 349, 357, 359,
416. — Rôle de Pierre Ruffin
dans l'orientalisme français,
414.
Delaborde (H. -François). Recueil
des actes de Philippe Auguste,
270.
Delalande-Guérineau Prix), 5. —
Commission, 5. — Rapport,
118.
Delattre (R. P.), correspondant.
Lettre annonçant la découverte
d'une sépulture chrétienne sur
le Koudiat-Zàteur, 14. —
Une grande basilique près de
Sainte-Monique à Cartilage,
149, 150. -- Deux inscriptions
trouvées dans les fouilles de la
grande basilique, 430, 431. —
Inscription punique de Car-
tilage, 608. Inscriptions de
Darnous-El-Karita, 186.
Bulles de plomb trouvées à Car-
tilage, 214.
Delaville Le Roulx (Joseph). Les
Hospitaliers à Rhodes, 2">6.
Délos (L'histoire de] d'après le
prix d'une denrée, 296, 303.
Delphes. Fouilles (t. II), 115.
Demaison( Louis), correspondant.
Discours prononcés aux séances
annuelles de V Académie de
Reims en I !) I .'>' et 1916, 148,
599.
De Pachtere (Lieutenant . Lettre
annonçant la découverte d'un
sarcophage antique dans les
tranchées de Salonique, 255.
- Les camps de la troisième
légion en Afrique au premier
siècle de l'Empire, 273.
Desdevises du Dezert (G.). L'In-
quisition aux Indes espagnoles
à la fin du X VIIIe siècle ; — La
Louisiane à la fin du XVIIIe
siècle, 13.
Desgodelz (Antoine!. Croquis
originaux, à la Bibliothèque
de l'Institut, 305.
Dictionnaire des antiquités grec-
ques et romaines, 356.
Diehl (Charles). Commission, 5.
— Thessalonique et les inva-
sions slaves en Macédoine au
vie et au vne siècle, 431.
Dieulafoy( Marcel). Commission,
272. — Lettreannonçantlamort
de Mme Jane Dieulafoy, 256.
Djemila, colonie militaire de
Nerva, 588, 593.
Disques de caractère magique
provenant d'un atelieT de Ta-
rente, 344.
Doat (Collection), à la Bibliothè-
que nationale. Origines, 588.
Dominica. Nom figurant dans
une inscription chrétienne de
Carthage, 156.
TABLE ALPHABÉTIQUE
G23
Donat. Les premiers temps du
donatisme et la question des
deux Donat, oO.
Dorez (Léon). Tables des Monu-
ments et Mémoires de la Fon-
dation Piot t.I-XX), 251.
Dottin (Georges). Les anciens
peuples de l'Europe, 314.
Dougga (Algérie). Inscriptions
puniques, 118, 119. -- Inscrip-
tion grecque, 129. — Forma-
tion du nom de cette ville, 136.
Dourlans (Fondation). Commis-
sion, 611.
Doulrepont (Georges). Une parti-
cipation inconnue à la Croisade
de Philippe le Bon contre les
Turcs, 268.
Duchalais (Prix), 4. — Commis-
sion, o. — Rapport, 114.
Duchesne (Mgr Louis . Membre
de la commission du prix Vol-
ney pour l'Académie française,
114.
Dirbieu (Comte Paul). Commis-
sions, 5, 256, 272, 610. —Rap-
ports, 90, 261. — Note de
M. Esdoubard d'Anisy sur la
date du polyptyque conservé à
l'Ilôtel-Dieu de Beaune et attri-
bué à Roger Van der Weyden,
48. — Dessins de la Paraphrase
du psaume XXVI exécutée par
François Ier sur Tordre de
Louise de Savoie (ras, franc.
2088 de la Bibliothèque natio-
nale), 87. — Souvenirs de la
mythologie antique clans un li-
vre d'Heures exécuté en France
entre 1423 cl 1430, 190, 191.—
Jean de Meun et L'Italie, i30,
loi*;
436. — Les goûts archéologi-
ques <l'un pharmacien militaire
sous le premier Empire, 35. —
Oderisi de Guhbio, 42'>. — Ob-
servations, 90, 95, 119, 273, 464.
— Hommages, 251, 256, 427,
484, 485.
Duseigneur (Prix Raoul), 222,
241, 396. — Commission, 272.
— Rapport, 295.
E final masculin. Tentative faite
vers 1300 pour le distinguer,
dans les mots français, de l'e
final féminin, 296.
Écoles françaises d'Athènes et de
Rome. Commission, 610. —
Rapport, 601.
École française d'Athènes. Rap-
port, 601. — Bulletin de cor-
respondance hellénique, 411,
599.
Ecole française de Rome. Rap-
port, 601.
Ecole française d'Extrême-
Orient. Commission, 610.
Egrilius. Nom figurant dans une
inscription latine et néo-puni-
que de Masculula, 348.
Egypte. Inscriptions grecques,
165, il 7, i-20. — L'administra-
lion locale sous l'ancien Em-
pire, 368, 378. — Voy. aussi Kop-
tos, Loubat Duc de), Pepi 11.
Élamites (La prière des morts
chez les), 396.
Elections. Ajournements à si\
mois, 16, 255,317.
Eléonte. fouilles archéologiques
sur remplacement delà nécro-
pole, 37. M).
Eleusis. L'instruction prépara-
35
6â4
TABLE AI.I'HaIU;THJI I.
toiredes candidats à l'initiation
aux mystères, 212, 218.
Élien. Anecdote relative- au por-
trait équestre d'Alexandre
peint par Apelles, 41 i-.
Lnsérunc, près de Bé/.iers.
Fouilles, 397, 408, 409. — Le
nom de cette localité et ses
transformations, 575.
Épingle d'or à ressort, trouvée
sur le Koudiat-Zâteur, 15.
Errard (Charles). Albums de des-
sins à lui attribués, à la Biblio-
thèque de l'Institut, 304.
Errata, 112.
Eschyle. Rôle d'Apollon dans ses
Euménides, 212.
Esculape. Inscription relative
aux purifications exigées des
fidèles avant de pénétrer dans
son temple à Thuburbo Majus,
259, 2112.
Esdouhard d'Anisy (P.). Date de
l'exécution du polyptyque de
l'Hôtel- Dieu de Beaune attribué
à Roger Van der Weyden,
48.
Espagne. — Voy. Galera.
Espérandieu (Emile), correspon-
dant. Recueil général des bas-
reliefs... de la Gaule romaine
(t. VI), 13, 268. — Monuments
antiques figurés du Musée ar-
chéologique de Milan, 18(1.
Eude( Emile). L'itinéraire parisien
de Jeanne d'Arc et la journée
du 8 septembre 1429, 119, 214.
- L'ancien hôtel de Yaucou-
leurs à Paris et la fausse Jeanne
d'Arc, 218, 253. — Le moulin
de La Chapelle, près Paris,
il6.
Euquitius. Nom figurant dans une
inscription chrétienne de Car-
thage, 157.
Exsiizios. Nom figurant dans une
inscription chrétienne de Car-
tilage, 157.
Exsilaraia. Nom ligurant dans une
inscription chrétienne de Car-
thage, LIT.
Fabia (Philippe), correspondant.
La mosaïque de l'Ivresse de
Bacchus au Musée de Lyon,
285, 286. Les mosaïques
superposées de la Déserte
(place Sathonay, à Lyon ,
350.
Fage (René). Une famille bour-
geoise depuis le XVIe siècle,
lin;.
Faustus (Anicius Acilius Glabrio).
Inscription datée de son consu-
lat, 432-433.
Felicissima. Nom figurant clans
une inscription chrétienne de
Carlhage, 161.
Félicitas. Nom figurant dans une
inscription chrétienne de Car-
tilage, 1")8.
Fer (Objets en) découverts à
Ensérune, près de Béziers,409,
478.
Figeac. Inscription provençale,
50, 53,57, 118.
Formigé (Jules). L'édifice accolé
au théâtre romain d'Orange
(gymnase', 317. — Observa-
tions sur le théâtre romain
d'Orange, 455.
Fortunata. Nom figurant dans une
inscription chrétienne de Car-
lhage, l")8.
tABLE ALPkABETKjl L
02
0
Foucart (George). Rapport sur
l'Institut français d'archéolo-
gie orientale du Caire, 468.
Foucart (Paul). Commission, 610.
Fould (Prix), 4. — Commission,
5. _ Rapport, 261.
Fourmer (Paul). Commissions, 5,
610. — Rapports, 137,303,307.
— Délégué pour assister offi-
cieusement aux prières dites en
faveur des armées françaises et
alliées en la basilique de Mont-
martre, 137. — Décision du
IIe concile de Latran prohibant
l'usage de l'arc et de l'arbalète,
295. — Les collections cano-
niques du pontificat de Gré-
goire VII, 464, 578. — Obser-
vations, 431.
François Ier. Dessins de la Para-
phrase du psaume XXVI exécu-
tée à son usage sur l'ordre de
Louise de Savoie (ms. franc.
2088 de la Bibliothèque na-
tionale), 87.
Frédéric Barberousse (L'empe-
reur). Diplômes en faveur de
l'église de Lyon, 85.
F" remont (Charles). Origine de
Vhorlorje à poids, 240. — Le
balancier à vis pour estampage,
294.
Gabarra (Abbé J.-B.). Vabbé
Pédegert,curè-doyen de Sabres,
576.
Galera Espagne). Inscription
latine dédiée à .lulia Maesa.
358.
Gallipoli. Résumé de la note du
Lieutenant Leune sur les touil-
les, 47.
Garnier (Fondation). Commis-
sion, 610. — Rapport, 600.
Gauckler (Paul). Les nécropoles
puniques de Cartilage, 93.
Geminia. Nom figurant dans une
inscription chrétienne de Car-
tilage, 139.
Genson i Eugène). Collection d'ob-
jets préhistoriques, 483.
Ghazna (Afghanistan). Légendes
épiques de cette région, 578,
579.
Giles (H. A.), professeur à l'Uni-
versité de Cambridge. Fonda-
tion d'un prix biennal, destiné
au meilleur ouvrage écrit par
un Français sur la Chine, sur
le Japon ou sur l'Extrême-
Orient en général, 113, 118,
467.
Ginestel. Lettre au sujet de la
destruction projetée d'un hôtel
du xvie siècle à Agde, 271.
Girard (Paul). Sens du mot
7to&<xpxir)s dans l'Iliade, 114. —
Hommage, 356.
Glotz (Gustave). L'histoire de
Dtdos d'après le prix d'une
denrée, 296, 303.
Gobert(Prix), 4, 5. — Attribution
du prix, 285. — Commission,
611.
Grecs (Vases) découverts à En-
sérune, près de Béziers, 397,
407 et suiv., 476 et suiv.
Grégoire VII et les collections
canoniques, 464, 57S.
Grégoire X (Le pape). Bulle en
faveur de l'église de Fyon,
85.
Guesnon A. . /'/i Collège incon-
G26
TABLE ALPHABÉTIQUE
nu des lions enfants d'Arras à
Paris, 348.
Guigue Georges;. Découverte de
documents provenant des an-
ciennes archives de l'église de
Lyon, 84, 612.
Guimet Musée). Stèle anépigra-
[ihe punique de la collection
Sainte-Marie, 28.
Gusman (Pierre). La gravuresur
bois et d'épargne sur métal,
485.
Gymnase accolé au théâtre an-
tique d'Orange, 317.
Hagiographie hyzantine des vin1'
et ixp siècles, 349, 357, 359.
Harsy Noël de), imprimeur
rouennais du xvc siècle, et
L'Ordinaire des chrestiens par
lui imprimé, 416.
Haussoullier (Bernard). Com-
missions, 6, 610, 611. — Rap-
port, 601 .
Hautfuné, 3i7.
H a vet (Louis). Commission, 6. —
La répartition des actes dans
les Comédies de Térence, 135.
— Passage de Properce con-
cernant la déesse Brimo, 224.
— Observations, 138.
Ilenchir Guergour (anc. Mascu-
lula), Tunisie. Inscription néo-
punique et inscription bilingue
! latine et néo-punique), 347-348.
Ilennion d'Estaires (Le P. Léo-
nard). Allas «/«'s missions fran-
ciscaines en Chine, 148.
IIkmon de Yillefosse (A.). Com-
missions, 5, 610. — Lettre du
P. Delà ttre annonçant ladécou-
verte d'une sépulture chré-
tienne sur le Koudiat-Zâteur,
14. — Ornements de vêlements
en or, trouvés à Kertch, auj.au
Musée du Louvre, 16. — Lettre
sur une inscription relative au
marseillaisXénocritos, établi à
Syracuse, 132. — Rapport du
R. P. Delattre sur les fouilles
d'une grande basilique chré-
tienne située à Carthage, près
de Sainte-Monique, 149. — Chien
de bronze découvert à Volubi-
lis (Maroc i par M. Louis Châte-
lain, 259. — Lettre de M. Le-
monnier sur les stucs du Coli-
sée, 302, 303. — Mémoire de
M . Formigé sur un édifice ac-
colé au théâtre d'Orange (un
gymnase ,317. — Tê te déjeune
homme, provenant du Parlhé-
non, offerte au Musée du Louvre
par M"e de La Coulonche,334.
— Deux inscriptions chré-
tiennes trouvées à Carthage,
430. — Musée du Louvre. Ac-
quisitions et dons département
des antiquités grecques et ro-
maines), 253. — Observations,
466. - Hommages, 186, 212,
21 L 252, 253, 268, 314, 315,
333, 425, 429, 468, 577.
Heures (Souvenirs de la mytho-
logie antique dans un livre d:)
exécuté en France entre 1423
et 1430, 190, 191 .
HeuzeyI Léon .Commissions, 610,
611.
Holwerda (Dr J.H. . Projet de
fouilles à Vechten anc. Fectiô)
en Hollande, 271 .
Homère. Sens du mot -ooiy/.r,ç
dans l'Iliade, 114.
TABLE ALPHABÉTIQUE
G27
IIomolle (Théophile)., Commis-
sion, G 10. — Traduction, par
M. Briois, du Rapport de
l'éphore des antiquités de Chy-
pre pour 1914, 218. — L'origine
des caryatides, 218, 241, 256.
— Observations, 303.
Iluart (Clément1. Les légendes
épiques de la région deGhazna
(Afghanistan), 578, 579.
Trois actes notariés arabes de
Yârkend ; — Le Ghazel heptag-
lotte (V Ahou-hhaq Hallâdj, 13.
Ibérique (Vases de style), inscrip-
tions et monnaies découverts à
Ensérune, près de Béziers, 401
et suiv., 480 et suiv.
Indo-Chine. Lettredu gouverneur
général annonçant la création
d'un dépôt d'Archives géné-
rales en ce pays et demandant
la désignation d'un archiviste
paléographe, 250.
Infinitif (Développement de 1'),
138.
Innocent VI (Le pape). Bulle en
faveur de l'église de Lyon, 85.
Inscriptions : grecques, 10, 132,
101, 162,166, m, 424,434; -
ibériques, 403; — latines, 14,
38, 155-162, 104, 109, 171, 173-
175, 179, 182, 184, 249, 250, 263-
204, 348, 358, 388, 389, 390, 432,
434, 594-596 ; — provençale,
58; — puniques, 22-20, 32-34,
120-122, 12V, 127-130,214, 247,
348, 008.
Inscriptions et médailles (Com-
mission des), 575.
Institut français d'archéologie
orientale du Caire. Rapport du
Directeur, 408.
Istar. Légende de sa descente aux
Enfers, 53.
Jean de Meun (La date de la mort
de), 138. — Jean de Meun et
l'Italie, 430, 436.
Jean d'Udine. Dessins des stucs
du Colisée, 303, 300.
Jeanne d'Arc. — Voy. Arc.
Jeanroy (Alfred). Les débuts de
la poésie courtoise dans la
France méridionale, 011.
Jizôn y Caramano (J.). Estudios
de prehistoria americana, 34.
Jointée. Étude sur ce mot et
autres mots de diverses langues
romanes désignant le contenu
des deux mains jointes en forme
de coupe, 403.
Joly. Inscription chrétienne trou-
vée à Khamissa, 37.
Julia Maesa. Inscription à elle
dédiée, 358.
Julien (Prix Stanislas), 4. — Com-
mission, 5. — Rapport, 114.
Jri.LiAN (Camille). Commissions,
272, 010, 011. — Théorie alle-
mande faisant de Postume un
empereur « à la façon germa-
nique », 10. — Lettre de M. Hé-
ron de Villefosse relative à une
inscription mentionnant le mar-
seillais Xénocritos, établi à
Syracuse, 132. Lettre de
M. De Pachtere, annonçant la
découverte d'un sarcophage
romain dans les tranchées de
Salonique, 255. — Note de
M. Fabia sur la mosaïque de
l'Ivresse de Bacchus au Musée
628 TABLE ALPHABÉTIQUE
de Lyon, 285. — Épitaphe d'une
femme originaire de Vienne
[sère , i rouvre ii Volubilis,609.
— Observations, 135, 272. —
Notes gallo-romaines, 186, 268,
315, li'tO. — Hommage, 576.
.lunius Egrili f. Saturus (P.).
Nom figurant dans une inscrip-
tion de Masculula, 348.
Kèlek (radeaux) employés dans
la navigation du Tigre, 227,
22s.
Kertch (Crimée). Ornements de
vêtements en or, auj. au Mu-
sée du Louvre, 16.
Kliamissa (Algérie''. Inscription
chrétienne. 37.
Kliorsabad. Naufrage des anti-
quités recueillies par Victor
Place dans ses fouilles, 22 L
Koptos (Décrets de), 13s, 110,
.117, 31 s.
Kosovo (La bataille de^ et la chute
de l'empire serbe, 337, 533.
Koudiat-Zâtêur (Le), en Tunisie.
Découverte d'inscriptions et
d'un bas-relief de sarcophage
chrétien. 14.
La Chapelle (Le moulin de , près
Paris, 416.
La Coulonche (M1Ie Louise de).
Don au Musée du Louvre d'une
tête déjeune homme provenant
du Parthénon, 334.
La Grange [Prix de), 5. — Coin-
mission, 5. — Rapport, 137.
Laloy IV L. . Catalogue des pé-
riodiques de la Bibliothèque de
l'Académie de médecine, 366.
Langdon Stephen . La légende
de la descente d'Istar aux En-
fers, 53.
Lantier (R.). Inscription latine
de Galera (Espagne , 358.
Lantoine (Prix Henri ,5. — Com-
mission. 6.
Larrabure y Unanne (E.). Archi-
ves des Indes, et Bibliothèque de
Ferdinand Colomb, 35.
Lascaris Jean). Lettre mention-
nant une invention nautique
par lui faite, 1 1 k
LasteyhïE (Comte R. de). Com-
missions, 5, 610.
Leblond D1 V.). Les deux plus
anciens comptes de l'Hôtel-Dieu
de Beauvais, 220. — La topo-
graphie romaine de Béarnais et
son enceinte au IVe siècle, 232.
Lecestre (Paul). L'Arsenal royal
de Paris, 484.
Lefèvre-Pontalis (Eugène). Con-
grès archéologique de Fiance
(80e session;, 377.
Légendes Quelques de l'histoire
slave, 367. — Légendes rela-
tives à la mort d'Ariane. 387.
— Légendes épiques de la ré-
gion de Ghazna (Afghanistan',
577,578.
Legeb Louis . Commission, 5. —
Désigné comme lecteur pour
la séance publique annuelle,
344. — Mouvement intellectuel
en Dalmatie à l'époque de la
Renaissance, 94. — La bataille
de Kosovo et la chute de l'em-
pire serbe, 337. 333. — Quel-
ques légendes de l'histoire
slave, 367. — L'étymologie des
mots •' obus », et « obusier »,
'. 17. 418. — Mission archéolo-
TA RLE ALPHARÉT1QIE
629
gique de M. Ouspensky à Tré-
bizonde, 600. — La lutte sécu-
laire des Germains et des Slaves,
396. — Observations, 445.
Légion Auguste (Les camps de la
troisième) en Afrique au pre-
mier siècle de l'Empire, 273.
Lemonnier 'Henry'1, membre de
l'Académie des beaux-arts.
Lettre sur les stucs du Colisée,
302, 303. — Procès-verbaux de
VAcadémie royale d'architec-
ture, 117.
Léon X Le pape). Bulle en fa-
veur de l'église de Lyon, 8b.
Le Senne (Fondation), 467.
Leudet (Maurice . Les Allemands
et la science, 315.
Leune (Lieutenant). Résumé de
sa note sur les fouilles de Galli-
poli, 47.
Lisbonne Académie des sciences
de). Condoléances à l'occasion
de la mort de M. Maspero,
344.
Liceti (Fortunio). Couteau à
sacrifices mexicain représenté
dans un de ses ouvrag-es, 367,
368.
Londres. Couteau de pierre mexi-
cain, au Musée Britannique,
373.
LongNON Auguste). Fouillés de
la province de Trêves, 230.
Loth (J.). Le gaulois petru- et
son évolution, 85.— Remarques
aux inscriptions latines sur pe-
sons de fuseau trouvés en ter-
ritoire gaulois el, en particu-
lier, à l'inscription grecque de
Saint-Révérien Nièvre , ISO,
168. — L'île Saint-Samsondans
le Roman de Tristan; Marks
Gâte à Lantyan (Lancien), 588,
589. — Le dieu Lug, 48.
LoLBAT(Ducde). Don d'un recueil
de photographies de monu-
ments mexicains, 186. — Fon-
dation sous le nom de <( Prix
Gaston Maspero » d'un prix en
faveur de travaux sur l'Orient
classique et plus particulière-
ment l'Egypte, 468.
Loubat (Prix du duc de), 5. —
Commission, 5. — Bapport,85.
Loubat (Nouvelle fondation du
duc de), 512.
Louise de Savoie. Dessins de la
Paraphrase du psaume XXVI
exécutée sur son ordre pour
François Ier (ms. franc. 2088 de
la Bibliothèque nationale), 87.
Louvre (Musée du). Ornements
de vêtements en or, trouvés à
Kertch, 16. — Inscriptions et
stèles anépigraphes puniques
de la collection Marchant, 17,
29. — Tète de jeune homme
provenant du Parthénon, don-
née par Mlle de La Coulonche,
334. — Moule de disque ma-
gique provenant d'un a telier de
Tarente, 344.
Luxé (Charente). Chien de bronze
découvert dans les environs
de cette localité, 261 .
Lvciens (Politeuma ou xotvôv des
à Alexandrie, 166, 167.
Lyon. Découverte de documents
provenant des anciennes ar-
chives de l'église, 84. — La rao-
eaïque de l'Ivresse de Bacchus
030
TAULE ALPHABÉTIQUE
au Musée de cette ville, 285,
280. — Origine d'une étymo-
logie ancienne du nom de cette
ville, 349. — Les mosaïques
superposées de la Déserte
place Sathonay . 350.
Macédoine (Thessalonique et les
invasions slaves en) au vi' et au
vu'' siècle. 431 .
Magique ^Disques de caractère)
provenant d'un atelier de Ta-
rente, 34 1 .
Maia. Xom figurant dans une ins-
cription chrétienne de Car-
thage, 159.
Major. Nom figurant dans une
inscription chrétienne de Car-
tilage, lîiG.
Maktar (Tunisie . Inscription pu-
nique, 130.
Marbre Objet enj trouvé à Car-
tilage, 154.
Marchant (Collection). Inscrip-
tions puniques, 17 .
Maria. Nom figurant dans une
inscription chrétienne de Car-
tilage, 139.
Maroc. — Voy. Volubilis.
Mais. Inscriptions de Djemila
dédiées à ce dieu, 588, 593 et
suiv.
Marseille. — Voy. Xénocritos.
Martin V (Le pape). Bulle en fa-
veur de l'église de Lyon, 85.
Martin (Henry). La guerre au
XVe siècle, 251.
Masculula (auj. Henchir Guer-
gour), Tunisie. Inscription néo-
punique et inscription bilingue
(latine et néo-punique), 347-8.
Maspero (Gaston , secrétaire per-
pétuel. Rapports semestriels)
6, 334, 338. — Membre de la
commission du prix Volney, 6.
— Hommages, 13, 34,112, 210,
230. 270, 284. — Décédé, 296,
297, 302, 310, 344. — Notice
sur la vie et les travaux de
M.Michel Bréal, 545. - Notice
sur son œuvre, 366.
Maspero (Prix Gaston , fondé par
M. le duc de Loubat, 1-68.
Maspero (Jean). Statuette de
l'Afrique personnifiée, par lui
acquise à Alexandrie, 337. —
Papyrus: grecs d'époque byzan-
tine du Musée du Caire, 404.
Mathorez (G.). Population orien-
tait' en France, 411.
Mayence. Moulage de la colonne
historiée reconstitué à Saint-
Germain-en-Laye, 418.
Medinaceli (Archives de la mai-
son de , 272.
Meillet (A.). Développement de
l'infinitif, 138.
Mély (F. de). Inscriptions des ta-
pisseries de la cathédrale de
Reims, 375.
Mémoires de l'Académie, 313.
Merlin (Alfred), 1 1. — Une nou-
velle inscription découverte à
Thuburbo Majus, 259, 262. —
Note sur un plat à sujet figuré
trouve en Tunisie ; — Les sta-
tues du Capitole de Thuburbo
Majus ; — Supplément au Cata-
logue des lampes du Musée
Alaoui, 213.
Mexique. Don, par M. le duc de
Loubat, d'un recueil de photo-
graphies de monuments an-
ciens de ce pays, 186. — Le
couteau de pierre à sacrifices
humains de l'ancien Mexique
dans deux livres du xvne siècle,
367, 368.
Meyek (Paul). Commissions, 5.
Michaïlovitch (Le grand-duc
Georges). Monnaies de V Empire
russe, 412.
Michon (Etienne). Musée du Lou-
vre (département des antiquités
grecques et romaines : acquisi-
tions et dons, 253.
Milliaires de Septime Sévère dé-
couvertes à TE. d'Alep, 388.
Mirot (Léon). Lettre sur l'ancien
hôtel de Vaucouleurs à Paris,
222.
Monacu. Origine de ce nom, 347.
Monceaux (Paul). Commission,
6. — Inscription chrétienne
trouvée à Khamissa, 37. — Les
premiers temps du donatisme
et la question des deux Donat,
50.
Monnaies grecques (Signatures
d'artistes sur des), 89. — Mon-
naies ibériques trouvées à
Ensérune, 409.
Montmartre (Basilique de). Délé-
gation de quatre membres pour
assister officieusement aux
prières dites en faveur des ar-
mées françaises et alliées, 137.
Monument aux morts de la guerre
(Erection d'un . 189.
Monuments <■/ Mémoires de la
Fondation Piot, 251, '&8.
Morel-Fatio Alfred . Commis-
sions, ."», 272. — Rapports, 118,
137, 295. — Lettre mention-
nant une invention nautique
faite par Jean Lascaris, 114. — ■
TABLE ALPHABÉTIQUE 631
Archives de la maison de Medi-
naceli, 272. — Observations,
95. — Hommage, 35.
Moret A.). Sur un terme rare des
décrets de Koptos, 138, 140.
— Déclaration d'un domaine
royal et transformation en ville
neuve sous Pepi 11,317,318. —
L'administration locale sous
l'ancien Empire, 368, 378. —
L'œuvre de Gaston Maspero, 366.
Mosaïque (La) de l'Ivresse de
Bacchus au Musée de Lyon,
285, 286. — Les mosaïques su-
perposées de la Déserte (place
Sathonay, à Lyon), 350.
Mouret (Félix). Fouilles d'Ensé-
rune, près de Béziers, 397 ; cf.
468, 409.
Munier (Abbé). Découverte d'ins-
criptions latines et d'un bas-
relief chrétien sur le Koudiat-
Zàteur, 14.
Musée de l'Armée. Remise à ce
Musée du pavillon de l'embar-
cation du capitaine Lenfant
(mission au lac Tchad), 416,
430.
Mythologie antique (Souvenirs de
la) dans un livre d'Heures exé-
cuté en France entre 1423 et
I t.U>, 190, 191.
Naître. Anciens noms de famille
français où entrent certaines
formes de ce verbe, -il T.
Nareissos. Inscription funéraire
métrique de Sinope, 95.
Nautiques Inventions, 114, 117.
Nehlil. Lettres cher ifiennes, 112.
Nerva Djemila, colonie militaire
de . 588, 593.
632
i ABLE ILPHABÉ1 [QUE
Noms de famille français où en-
trent certaines formes «lu verbe
naître, 3 17.
Normand (Charles . Ruines d'un
théâtre près «les restes de la
Troie antique, 55.
Numisius Vitalis L.). Mentionné
dans une inscription de Thu-
burbo Majus, 263, 267.
Nyrop (Kr. , correspondant.
Frankriff, 36. — Frankrike,
387.
Obus. Étymologie de ce mot,
VIT. Vis, i26.
Omont Henri). Commissions, 5,
6, 296, 416, 610,611. — Décou-
verte de documents provenant
des anciennes archives de
l'église de Lyon, 84. - Ori-
gines de la Collection Doat,
588. - Observations, 296. —
Hommages, 148, 220. 210, 348,
41). i'O. 466, 399, 612.
Onasioikos. Nom de potier sur
l'anse d'une amphore rhodienne
découverte à Cartilage, 162.
Optatus Primus. Nom figurant
dans une dédicace à Baal Ilam-
mon, 130.
Or Objets en). — Voy. Bijoux,
Pendant d'oreille, etc.
Orange. Edifice accolé au théâtre
antique (gymnase), 317. — Ob-
servations sur le théâtre ro-
main, i-i.'>.
Ordinaire Prix . i. — Commis-
sion, 5. — Sujet proposé pour
1919, 255.
Ouspensky (F.-J. , correspon-
dant. Mission archéologique à
l i ébizonde, 600
Oxyrhynchus (Papyrus d'), 37,
il*. fc26.
Panaetius Contributions à la
critique littéraire, 357.
l'a ris. Itinéraire de Jeanne d'Arc
dans la journée du s sep-
tembre 1429, 119, 214. — L'an-
cien hôtel de Vaucouleurs,
218, 222, 253. — Le moulin
de La Chapelle, près Paris,
416. — Voy. aussi Biblio-
thèque, Louvre Musée du),
Musée de l'Armée.
Paris (Pierre), correspondant.
Lettre, 22t.
Parthénon. Tête de jeune homme
provenant d'une frise et don-
née au Musée du Louvre par
M11'' de La Coulonche, 334.
Paulus, aurifex. Personnage men-
tionné dans deux inscriptions
chrétiennes de Carthage, 161.
Pendant d'oreille en or, décou-
vert à Ensérune, près de
Béziers, 409.
Péon d'Amathonle. Légende rela-
tive à la mort d'Ariane, 387.
Pepi II Déclaration d'un do-
maine royal et transformation
en ville neuve sous le roi
d'Egypte), 317, 318.
Périodiques offerts. 613.
Pesons de fuseau Inscriptions
latines sur . 150, 168.
Petit Gabriel). Les Allemands
et la science, 315.
Petrii- Le gaulois) et son évo-
lution au point de vue du
sens, 85.
Philadelphie 'Musée de '.. Ta-
blette contenant nue partie
TABLE ALPHABET1QIK
633
de la légende de la descente
d'Istar aux Enfers, 34.
Philippe Auguste. Actes, 270.
Philippe le Bon, duc de Bour-
gogne. Une participation in-
connue à sa croisade contre
les Turcs, 2<is.
Pichon(René). Virgile et César,
344.
Picot (Emile). Commissions, 5,
611. — Professeurs et étudiants
f nuirais à VUniversité de Pavie
au XVe et au XVIe siècle, 376.
Pie IV i Le pape). Bulle en faveur
de l'église de Lyon, 85.
Pillet (M.). Un naufrage d'anti-
quités assyriennes dans le
Tigre, 223, 224.
Piot /Fondation1. Commission,
610. — Rapport, 90; cf. 516.
— Monuments et Mémoires, 25 1 ,
428.
Pitart (Jean), chirurgien et poète,
95.
Place Victor . Naufrage, dans le
Tigre, des antiquités assy-
riennes par lui recueillies à
Khorsabad, 223, 224.
\\'joy.y/.r{;. Sens de ce mot dans
l'Iliade, 114.
Poésie courtoise (Les débuts de
la) dans la France méridio-
nale, 611.
Pprphyrios, citoyen de Canatha
et de Bostra. Epitaphe trou-
vée à Carthage, 434.
Portugal (Académie des sciences
de). Condoléances à L'occasion
de la mort de M. Maspero, 344.
Postume. Empereur « à la façon
germanique » selon certains
savants allemands, 16
Potamon Ulpius). — Voy. llpius.
Pottier (Edmond .Commissions,
t>10, l'dl. — Fouilles archéo-
logiques sur l'emplacement de
la nécropole d'Eléonte, 37, 40.
— Note de M. Félix Mouret
sur les fouilles d'Ensérune,
près de Béziers, 397. — Rap-
port sur les fouilles d'Ensé-
rune, 468, 469. — Observations,
224. — Hommages, 50, 93,
350, 411.
Pouillés de laprovince de Trêves,
250.
Préhistoriques Gisements dans
l'Azaouad et dans la région du
Haut-Sénégal, 444, 445.
Prière des morts (La) chez les
Elamites, 396.
Primus (Optatus). Nom figurant
dans une dédicace à Baal
Hammon, 130.
Proeicius. Nom figurant dans
une inscription chrétienne de
Carthage, 159.
Profugus. Nom figurant peut-être
dans une dédicace à Baal Adir,
348.
Properce. Passage concernant la
déesse Britno, 224.
Prost Prix Auguste), 5. — Com-
mission, 6. — Rapport, 149.
Prou Maurice). Commissions, 5,
256, i'iT. 610, 611. — Rapport,
333. — Nommé directeur de
l'Ecole des Chartes, 53. — Note
de M . l'abbé Carrière sur l'ori-
gine de l'appellation d'TVAs Cla-
vorum donnée à Verdun, i t5.
— Les anciens privilèges tic
Saint-Ii'-mi/ dr Sens, isi. —
Observations, 53. 85. 296.
634
TABLE ALPHABÉTIQUE
Provençale (Inscription) décou-
verte à Figeac, 50, 53, 57, 118.
Prudhomme (Auguste), corres-
pondant. Décédé, 429.
Puniques (Inscriptions) de la col-
lection Marchant, 17. — Stèles
anépigraphes de diverses col-
lections, 27. — Inscriptions
puniques de Dougga, 118, 119.
— Deux inscriptions puniques
d'Algérie, 241, 2+2. — Inscrip-
tions néo-puniques de Mascu-
lula, 347. — Epitaphe trouvée
à Carthage, 608.
Rados (Constantin). Nicolas Tses-
mélis, 356.
Rédemption. Idée religieuse con-
nue par le paganisme, 134.
Reims. Inscriptions des tapisse-
series de la cathédrale, 575.
Reixach (Salomon). Commis-
sion, 610. — Traité latin men-
tionnant une invention nau-
tique, 117. — L'instruction
préparatoire des candidats à
l'initiation d'Eleusis, 212, 218.
Origine d'une étymologie
ancienne du nom de Lyon,
349. — Contributions du philo-
sophe Panaetius à la critique
littéraire, 357. — Légendes
relatives à la mort d'Ariane,
387. — Anecdote d'Éliensur le
portrait équestre d'Alexandre
peint par Apelles, 414. —
Représentations de Vénus te-
nant une balance, 417. —
Fouilles d'Ensérune, près de
Réziers, 468, 469. — Réper-
toire de la statuaire grecque
et romaine, 425. — Observa-
tions, 17, 88, 135, 219, 224, 2 42,
296, 397, 576. — Hommages,
48, 186, 349, 459.
Reinach (Théodore). Papyrus
d'Oxyrhynchus, 37. — Ins-
cription funéraire métrique de
Sinope (Narcissos), 95. — Épi-
gramme grecque adressée à
une poétesse ou à une musi-
cienne qualifiée de Sirène,
255. — Observations, 90, 114,
135, 212, 218, 357.
Ricci (Seymour de). Inscriptions
grecques d'Egypte, 149, 165,
417, 420. — L'imprimeur rouen-
nais Noël de Harsv et L'Oral-
nairedeschrestiens, par lui im-
primé, 416.
Rois de France. Les galeries des
rois et les catalogues officiels
des rois de France, 53, 61. —
Chartes de divers rois en fa-
veur de l'église de Lyon, 85.
Romanet du Caillaud (F.). Ori-
gines du christianisme au Ton-
kin et dans les autres pays
annamites, 284.
Rome. Fragment de sarcophage
offrant une représentation du
chandelier à sept branches,
au Musée national, 285. —
Stucs du Colisée, 302, 303.
Rouen. -- Voy. Ilarsy (Noël de).
Ruffin (Pierre). Son rôle dans
l'orientalisme français, 414.
Ruslica. Nom figurant dans une
inscription chrétienne de Car-
thage, 158.
Saint-Germain - en -Lave. Mou-
lage de la colonne de Mayence,
418,
TABLE ALPHABÉTIQUE
635
Saint-Révérien (Nièvre). Inscrip-
tion celtique, 150, 168.
Sainte-Marie (Collection). Stèle
punique anépigraphe, aujour-
d'hui au Musée Guimet, 25.
Saintour <Prix), 5. — Commis-
sion, 6. — Rapport, 149.
Saint-Samson (L'île) dans le
Roman de Tristan, 588, 589.
Sa Ionique. Sarcophage d'époque
romaine découvert dans les
tranchées, 255.
Sarcophage. Bas-relief chrétien
découvert sur le Koudiat-Zâ-
teur, 15. — Sarcophage
d'époque romaine découvert
dans les tranchées de Salo-
nique, 255. — Fragment de
sarcophage romain offrant une
représentation du chande-
lier à sept branches, 285.
Saturus (P. Junius Egrili f.).
Nom mentionné dans une ins-
cription latine et néo-punique
de Masculula, 348.
Sceau de Charles, roi de Pro-
vence, 84.
Scheil (R. P.). Commissions, 5,
6, 190, 610, 611. - - Rapport,
'241. — La légende de la des-
cente d'Istar aux Enfers, 53.
— La prière des morts chez les
Elamites, 396. — Hommage,
88.
SCHLUMBERGER (Gustave . Coill-
mission, 5. — Note de M. Bré-
hier sur les galeries des rois
el les catalogues officiels des
rois Me France, 53. - Un em-
pereur '/'■ Byzanee à Paris et
à Londres, 131. — Voyage
dans lesAbruzzeset les Pouilles,
270. — Récits de ByzHiice et des
Croisades, 429. — Hommages,
210, 464.
Séance publique annuelle, 487.
Secrétaire perpétuel (Election
d'un nouveau), 302, 334, 345.
Securitatis (Templum). Mention-
né sur un marbre votif trouvé
à Carthage, 162.
Senart (Emile). Commissions, 5,
190, 610, 611. — Délégué pour
assister officieusement aux
prières dites en faveur des ar-
mées françaises et alliées en la
basilique de Montmartre, 137.
— Annonce de la mort
de M. Commaille, 221 . —
L'inscription du vase de War-
dali ; — Bojas et la théorie
indienne des trois Gunas, 270.
Sénégal (Haut-). Gisements pré-
historiques, 444, 415.
Septime Sévère Milliaires de)
découverts à L'E. d'Alep, 388.
Serbie. La bataille de Kosovo et
la chute de l'empire serbe,
337, 533.
Sergius III (Le pape). Bulle en
faveur de l'église de Lyon,
85.
Signatures d'artistes sur des
monnaies grecques, 89 ; — sur
les tapisseries de la cathédrale
de Reims, 575.
Sinope. Inscription funéraire
métrique de Narcissos, 95.
Sirène Épigramme grecque a-
dressée à une musicienne ou
poétesse qualifiée de , 255.
Slave (Quelques légendes de
L'histoire . 367. — Thessalo-
nique >■! les invasions sla\<>
iVM\
i \iii.i: m l'H \iii:iioi i.
en Macédoine au vie et au
\ 11e siècle, fc3i. — Urbs Cla-
vorum Verdun = Urbs
Sclavorum, 445.
Steenstrup Johannes . corres-
pondant. Publication. 313.
Stein Sir Aurel). A third jour-
ney in Central Asia, H 5.
Stèles puniques : de la collection
Marchant, 27 : de la collection
Sainte-Marie, 28. Stèle pu-
nique trouvée à Carthage, 32.
Syracuse. Inscription mention-
nant le marchand marseillais
Xénocritos, 132.
Syrie. — Voy. Alep, Porphyrios.
Tarente. Disques de caractère
magique provenant d'un ate-
lier de cette ville, 344.
Térence. Répartition des actes
dans ses comédies, 133.
Théâtre antique (Ruines d'un
pies de Troie. 55. — Édifice
accolé au théâtre d'Orange
gymnase), 317.
Thédenat (Abbé Henry . Décédé,
463.
Théodore II L'empereur . Ins
cription datée deson 10e consu-
lat. 430.
Thessalonique et les invasions
slaves en Macédoine au vie et
au vne siècle, 431.
Thomas Antoine), vice-président.
— Président pour 1017, 610.
— Une inscription provençale
récemment découverte à Fi-
geac, 50, 53, 57, 1 18. — Jean
Pilait, chirurgien et poète,
95. — La date de la mort de
Jean de Meun, 138. — Lettre
de M. Mirot sur l'hôtel de
Vaucouleurs, 222. — Tentative
faite vers 1300 pour distinguer
en français l'e final masculin
de l'e final féminin, 296. an-
ciens noms français où entrent
certaines formes du verbe naî-
tre, :U7. — Ltymologie du mol
obus, 426. — Le mot jointée et
autres mots de diverses langues
romanes désignant le contenu
des deux mains jointes en
forme de coupe, 463. — Le
nom d'Ensérune el ses trans-
formations, 575. — Cartulaire
de Bertaud de Ry , 484. — Obser-
vations, 88, 138, 431, 445, fc68.
— Hommages, 36, 387.
Thorlet (Fondation), 189. —
Commission, 2'16. — Rapport,
333.
Thuburbo Majus Tunisie). Dé-
couverte d'une inscription con-
cernant les purifications impo-
sées aux fidèles avant d'entrer
dans le temple d'Esculape, 259,
262.
Tluig-g-a (Dougga). Formation du
nom de celte ville, 136.
Tilho Commandant). Nouvelles
de ses travaux en Afrique, 609.
Tombes de la nécropole d'Ensé-
rune, près de Réziers, 307,
400, 468, 460 et suiv.
Toutain Jules . L'idée religieuse
de la rédemption connue par
le paganisme, 134, (>12. — Pro
Alesia, i27.
Travaux littéraires Commis-
sion des), 467, 610.
Trébizonde. Mission archéolo-
gique de M. Ouspensky, 600.
1ABLE ALPHABETKJt I.
1)37
Tristan (L île Saint-Samson dans
le Roman de), 588, 589.
Troie. Ruines d'un théâtre près
des restes de la ville, 55.
Troubadours. Débuts de la poésie
courtoise dans la France méri-
dionale, 61 1 .
Tunis. Inscriptions puniques de
la collection Marchant au Mu-
sée du Rardo, 17.
Tunisie. — Voy. Koudiat-Zâteur
(Le), Maktar, Masculula, Thu-
burbo Majus.
Turin Académie des sciences
de). Condoléances au sujet de
la mort de M. Maspero, 302.
Udine Giovanni Ricamatore. dit
Jean d';. — Voy. Jean.
Ulpius Potamon. Personnage
mentionné dans une inscription
grecque d'Alexandrie, 166, 167.
Urbs Clavorum. — Voy. Verdun.
Van der Weyden (Roger). Date
de l'exécution du polyptyque
de l'Hôtel-Dieu de Reaune à
lui attribué, 48.
Vassel (Eusèbe). Etudes puni-
ques, 219, 315, 612.
Vaucouleurs (L'ancien hôtel de),
à Paris, 218, 222, 253.
Vayssié (Abbé). Inscription pro-
vençale de Figeae, 53, 118.
Vechten anc. Fectio), Hollande.
Projet de fouilles, 271.
Ventavon (Le P. de). Traduction
inédite du Tchoung Ybung, i I 6.
Vénus La) d'Apelles, ili. —
Vénus tenant une balance, Sta-
line monnaie romaine el sur la
colonne de Mayence, i 17.
Verdun. Origine de l'appellation
(\Trhs Clavorum appliquée à
cette ville, 445.
Veines Maurice). Publications
diverses, 88.
Verulus Sidoniensis. Épitaphe
découverte sur le Koudiat-Zâ-
teur, 14.
Victoria. Nom figurant dans des
inscriptions chrétiennes de
Carthage, 159, 434.
Vienne (Isère). Épitaphe d'une
femme originaire de cette ville,
trouvée à Volubilis Maroc),
609.
Vin (Le) à l'époque gallo-ro-
maine, 56, 66.
Viola. Nom figurant dans une
inscription chrétienne de Car-
thage, Lis.
Virgile et César, 344.
Vitalis (L. Numisius). Mentionné
dans une inscription de Thu-
burbo Majus, 263, 267.
Vogué (Marquis de). Commis-
sions, .">, 190. — Décédé, 467.
Volney (Prix). Commission, 6,
114.
Volubilis Maroc). Chien de
bronze découvert par M. Louis
Châtelain, 259. — Mémoire de
M. Cuq sur une inscription la-
tine découverte par le même,
261. — Note sur les fouilles,
359. — Epitaphe d'une femme
originaire de Vienne tjsère),
publiée par M. Louis Châte-
lain, 609.
Wou et Vue Textes relatifs à
l'histoire de la principauté de),
l'.Ht.
*^ TABLE ALPHABÉTIOIR
Xénocritos. Inscription mention- de ce nom, établi à Syracuse
liant 1111 marchand marseillais 132.
k-
TABLE DES GRAVURES
Stèle anépigraphe de la collection Sainte-Marie Musée
Guimet) 28
Stèle n° 2 de la collection Mai-chant (Musée du Louvre) 29
Stèle n° 20 de la la collection Marchant (Musée du Louvre) 30
Stèle punique inédite trouvée à Cartilage 32
Inscription chrétienne talismanique trouvée à Khamissa
( Algérie 38
Fouilles d'Éléonte :
Fi»-. 1 et 2. Tombeaux d'Éléonte 42 et 43
— 3. Croquis d'ensemble indiquant l'emplacement du
champ de fouilles d'Éléonte hors texte)... entre
les pages 46 et 47
Inscription provençale découverte à Figeac 58
Pierre tombale d'une petite chienne Musée d'Auch) 76
Inscriptions puniques de Dougga 122, 124 et 129
Inscription punique de Maktar 130
Inscription grecque mentionnant le marchand marseillais Xéno-
critos, fds d'Héphestoclêos 132
Fragments des décrets de Koptos 142
Signes égyptiens relatifs à l'art du potier 143
Fabricants de vases hni.tj et l'outil (un 14a
Signe rare employé dans les décrets de Koptos et divers docu-
ments égypl iens 1 iii, 1 17
Objet en marbre trouvé à Carthage dans une grande basilique
près de Sainte-Monique 154
Inscription grecque d'Egypte relative ;< des Lyciens chargés de
la garde d'une nécropole 166
640 TABLE DF.S GRAVURES
Kèlek traversant les gorges du Tigre 227
Chien en bronze découvert dans les ruines de Volubilis Maroc . 260
Mosaïque de l'Ivresse de Bacchus, au Musée de Lyon (schéma . 291
Décret de fondation et de déclaration d'un domaine sous
Pepi II .{;>:>
Première charte d'immunité relative à ce domaine texte inédit). 326
Fouilles de Volubilis (Maroc). — Maison au S.-S.-O. de l'arc de
triomphe. — Vue prise du tablinum 36b
Le manche et la base du couteau mexicain en pierre, figuré par
Fortunio Liceti en 1634 370
Le couteau de pierre mexicain, à manche de bois incrusté, du
Musée Britannique :<7 i
Inscription d'un milliaire de Septime Sévère découvert à
Scheik-Nedjar, au N.-E. d'Alep 390
Fouilles d'Ensérune, près de Béziers :
Fig. 1 . Cratère campanien servant d'ossuaire 400
— 2. Coupe attique apportée en offrande funéraire 401
— 3. Vase de style dit ibérique, servant d'ossuaire 402
— 4. Inscription ibérique gravée sous le pied d'un cratère
campanien 403
— 5. Inscription ibérique gravée sous le pied d'un petit
vase ibérique 403
— 6. Fragment de coupe à figures rouges, trouvé à Béziers. 410
Inscription grecque d'Egypte mentionnant peut-être les 6475... 421
Fragments d'un siège en marbre qui paraît provenir des gradins
de l'orchestre du théâtre romain d'Orange 456
Coupe perpendiculaire au mur du pulpitum du même théâtre,
sur la fosse des cassettes du rideau 457
Fouilles d'Ensérune, près de Béziers :
Fig. 1. Coupe du terrain (échelle de0m 10 pour 1 m.) ili
— 2. Les tombes d'Ensérune. — Lue tombe avant et après
l'enlèvement du tesson de protection 473
Portrait de M. Michel Bréal (hors texte), entre les pages 544 et 54'>.
TABLE DES MATIERES
CAHIER DE JANVIER
Séances 1 , 14, 37, 48
Appendice :
Rapport du Secrétaire perpétuel sur les travaux des commis-
sions de publication de l'Académie pendant le second
semestre de 1915 ; lu dans la séance du 7 janvier 1916. ... 6
Communications :
Les inscriptions puniques de la collection Marchant, par
M. J.-R. Chabot 17
Fouilles archéologiques sur l'emplacement de la nécropole
d'Eléonte, en Thrace. Note de M. E. Pottier, membre de
l'Académie, sur le Rapport présenté au nom de l'Etat-Major
du corps expéditionnaire d'Orient à l'Académie des inscrip-
tions 40
Livres offerts 13, 3 i, i-X, .'>0
CAHIER DE FÉVRIER
Séances 53, 84, 89, 94
Communications :
Une inscription provençale récemment découverte à Figeac,
par M. Antoine Thomas, membre de l'Académie 57
Les galeries des rois et les catalogues officiels des rois de
France, par M. Louis Bréhier, professeur à l'Université de
( llermont 61
Quelques observations sur les chiens et le vin à l'époque
gallo-romaine, par M. le I)r Capitau 66
Jean Pitart, chirurgien et poète, par M. Antoine Thomas,
membre de l'Académie 95
642 ÎARLK des matikkes
Appendice :
Rapport de M. le comte Durrieu, membre de l'Académie, sur
les travaux exécutés ou encouragés à l'aide des arrérages
de la Fondation Piol ; lu dans la séance du 18 février li)IO. '.tu
Livres offerts . 88 93 j j o
Errata 112
CAHIER DE MARS
Séances 113, 117, 132, 136, 149
Communications :
Les inscriptions puniques de Dougga, par M. J.-B. Chabot. . 119
La date de la mort de Jean de Meun, par M. Antoine Thomas,
membre de l'Académie 138
Sur un terme rare des décrets de Koptos, par M. A. Moret,
conservateur du Musée Guimel 1 i(i
Une grande basilique près de Sainte-Monique, à Carlhage ;
rapport du R. P. A.-L. Delattre, correspondant de l'Aca-
démie 1 50
Une inscription grecque d'Egypte, par M. Seymourde Ricci. 163
Remarques aux inscriptions latines sur pesons de fuseau
trouvés en territoire gaulois et, en particulier, à l'inscrip-
tion celtique de Saint-Révérien (Nièvre), par M. J. Loth. . 16S
Livres offerts I l.'i. 131. I i-8. 186
CAHIER D'AVRIL
Séances 1 89, -Ml. 2 ! i . 2 1 N
Communication :
Souvenirs de la mythologie antique dans un livre d'Heures
exécuté en France entre 1423 et 1430, par M. le romte
Paul Durrieu, membre de l'Académie 191
Livres offerts 210, 212, 219
CAHIER DE MAI
Séances 221, 241, 253, 2o.'i
TABLE DES MATIÈRES 643
Communications :
Un naufrage d'antiquités assyriennes dans le Tigre, par
M. Pillet, architecte, ancien attaché à la Délégation en
Perse 224
Sur deux inscriptions puniques et une inscription latine
d'Algérie, par M. J.-B. Chabot 242
Livres offerts 240, 250, 256
CAHIER DE JUIN
Séances 259, 268, 271, 284, 295
Communications :
Une nouvelle inscription découverte à Thuburbo Majus, par
M. Alfred Merlin, directeur des Antiquités de la Régence
de Tunis 262
Les camps de la troisième légion en Afrique au premier
siècle de l'Empire, par M. De Pachtere 273
La mosaïque de l'Ivresse de Bacchus au Musée de Lyon, par
M. Philippe Fabia, correspondant de l'Académie 286
Livres offerts 267,268,284,294
CAHIER DE JUILLET
Séances 297, 316, 333, 344
Communications :
Lettre de M. Henry Lemonnier, membre de l'Académie des
beaux-arts, sur les stucs du Colisée 303
Déclaration d'un domaine royal et transformation en ville
neuve sous Pepi II, par M. Moret, conservateur du Musée
Guimet 318
Appendices :
Rapport sur le concours des Antiquités de la France en 1910 ;
lu par M. Paul Fournier, membre de l'Académie, dans la
séance du 7 juillet 1916 307
Happort du Secrétaire perpétuel sur les travaux des commis-
sions de publication de l'Académie pendant le premier
semestre de 1916 ; lu dans la séance du 21 juillet 1916. . . . 338
Livres offerts. .513, 333
04 i TABLE DES MATIÈRES
CAHIER D'AOUT
Séances 345, 349, 357, 358
t COMMUNICATIONS :
Note sur les mosaïques superposées île la Déserte (place
Sathonay, à Lyon . par M. Philippe Fabia, correspondant
de l'Académie 350
Note sur les fouilles de Volubilis Maroc , par M. Louis
Châtelain, ancien membre de l'Ecole de Rome 3.V.I
Livres offerts. 348, 356, 306
CAHIER DE SEPTEMBRE
Séances. 367, 387, 396, 414, 410
Communications :
Le couteau de pierre à sacrifices humains de l'ancien Mexique
dans deux livres du xvne siècle; comparaison avec deux
pièces originales, par M. le Dr Capitan.. 368
L'administration locale sous l'ancien Empire égyptien, par
M. A. Moret, conservateur du Musée Guimet 378
Deux milliaires de Septime Sévère, par M. Franz Cumont,
associé étranger de l'Académie 388
Note de M. Félix Mouret sur les fouilles d'Ensérune, près de
Béziers 397
Livhes offerts 387, 396, 411, 41 o
CAHIER D'OCTOBRE
Séances.. 417, 126, 120, 444
Communications :
L'étymologie des mots « obus » et « obusier •■, par M. Louis
Léger, membre de l'Académie ils
Une inscription grecque d'Egypte, par M. Seymour de Ricci. 420
Deux inscriptions chrétiennes trouvées à Carthage, par
M, A. Héron de Villefosse, membre de TAcadémie 431
TABLE DES MATIÈRES 645
Jean de Meun et l'Italie, par M. le comte Durrieu, membre
de l'Académie.
36
Six nouveaux gisements préhistoriques dans l'Azaouad (Nord
de Tombouctou et dans la région du Haut-Sénégal, par
M. le Dr Capitan 445
Appendice :
Observations sur le théâtre romain d'Orange, par M. Jules
Formigé *00
Livres offerts «3, 427, 444, 459
CAHIER DE NOVEMBRE
Sk.ances 463>467
i8 7
Séance publique annuelle ™"
Communications :
Rapport de MM. E. Poltier et Salomon Reinach, membres
de l'Académie, sur les fouilles d'Ensérune, près de Béziers. 469
La bataille de Kosovo et la chute de l'Empire serbe, par
M. Louis Léger, membre de l'Académie 533
Notice sur la vie et les travaux do M. Michel Rréal, par feu
Gaston Maspero, secrétaire perpétuel, lue par M. René
Cagnat, secrétaire perpétuel 545
i 464 484
Livp.es offerts *"*' *°^
CAHIER DE DÉCEMBRE
Séances 575, 578, 588, 600, 608
Communications :
Les légendes épiques de la région de Ghazna (Afghanistan),
par M. Clément Huart, professeur à l'École nationale des
langues orientales vivantes 579
L'île de Saint-Samson dans le roman de Tristan. Mark's Gâte
à Lantyan Lancien), par M. J. Loth, professeur au Collège
de France •>°,•,
Djemila, colonie militaire de Nerva, par M. René Cagnat,
secrétaire perpétuel de l'Académie 593
fiifi TAULE DES MATIÈRES
Appendice :
Rapport sur les travaux des Écoles françaises d'Athènes et
de Rome eu 1915-1916, par M. Bernard Ilaussoullier,
membre de l'Académie; lu dans la séance du 22 décembre
1916 601
Livres offerts 576, 588, 599, 600, 612
Périodiques offerts 613
Table alphabétique 616
Table des gravures 639
Table des matières 641
Errata 647
647
ERRATA
P. 114, I. 18, au lieu de : Karlgrest, lire : Karlgren.
P. 296, 1. 16, au lieu de: denrée, lire: denrée.
P. 342, 1. 20, au lieu de : XXX, lire : XX.
(Un Errata supplémentaire, pour l'année 1915, se trouve
p. 112.)
Le Gérant, A. Picard.
MAÇON, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS.
PUBLICATIONS
DE
L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES
Mémoires i>e l'Académie. Tomes I à XII épuisés ; XIII à XL : chaque
tome en 2 parties ou volumes in-4°. Prix du volume 15 fr.
Le tome XXII ^demi-volume), contenant la table des dix volumes précé-
dents 7 fr. 50
A la 1" partie du tome XXXII est joint un allas in-fol. de 11 planches,
qui se vend 7 fr. 50
Le tome XXXIII (3e partie), comprenant la table des tomes XXIII à
XXXIII 6 fr.
Table des tomes XLV à L de l'ancienne série des Mémoires.. . . 15 fr.
A partir du tome XL, la division en deux parties n'existe plus.
Mémoires présentés par divers savants étrangers a l'Académie :
lre série : Sujets divers d'érudition. Tomes I à IV; tomes V à XI,
1" et 2° parties ; t. XII, 1" et 2e parties.
2° série : Antiquités de la France. Tomes I à III : tomes IV à VI, '
1" et 2e parties.
A partir du tome V de la lr* série et du tome IV de la 2e série, chaque
tome forme deux parties ou volumes in-4°. Prix du volume 15 fr.
La première partie du tome XI et la seconde partie du tome XII
(lre série) se vendent séparément 25 fr.
Notices et Extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale et
autres ribliothèques, publiés par l'Institut de France. Tomes I à X
épuisés; XI à XXVI; XXVII, 1er et 2e fascicules de la V partie, et
XXVII, 2' partie; XXVIII à XXX, lre et28 parties (contenant la table des
tomes XVI à XXIX) ; XXXI à XXXVI, 1" et 2" parties ; tome XXXVII;
tome XXXVIII, 1" et 2e parties; tome XXXIX, 1" et 2° parties.
A partir du tome XIV jusqu'au tome XXXVIII (sauf le tome XXXVII,
qui est en un seul volume), chaque tome est divisé en deux parties; du
tome XIV au tome XXIX, la première partie de chaque tome est réser-
vée à la typographie orientale. Prix des tomes XI, XII, XIII et de chaque
partie des tomes suivants 15 fr.
Le tome XVIII, 2" partie (Papyrus grecs du Louvre et de la Biblio-
thèque nationale), avec atlas in-fol. de 52 planches de facsimilés, se
vend 45 fr.
Le premier fascicule de la première partie du tome XXVII (Inscrip-
tions sanscrites du Cambodge), avec un atlas in-fol. de 17 planches de
facsimilés, se vend 20 fr.
Le second fascicule, avec un atlas in-fol. de 28 planches de facsimilés,
se vend 30 fr.
DlPLOMATA, CHARTiE, EPISTOLJE, LEGES ALIAQUE INSTRUMENTA AD RES GALLO-
francicas si'ECTANTiA,nunc nova ratione ordinata,plurimumque aucta,
jubente ac modérante Academia inscriptionum et humaniorum littera-
rum. Instrumenta ab anno cdxvii ad anniini dccli. 2 volumes in-fol.
Prix du volume 30 fr.
Table chronologique des diplômes, > martes, titres et actes imprimes
concernant l'histoire de France. Tomes I à IV épuisés; V à VIII
in-fol. (L'ouvrage est terminé.) Prix du volume 30 fr.
(Ihahtes et diplômes. Recueil des actes fie l.oihaire et de Louis \' , Prix
du volume 12 fr.
— Recueil des actes de Philippe l" . Prix du volume 30 fr.
liecueil des actes de Henri II. — Introduction (avec un allas de
planches). Prix du volume 50 fr.
Recueil des actes de Henri //textes . tome I. Prix du volume.. 31 fr.
— Recueil des actes île Louis IV. Prix du volume 10 fr.
— Recueil des actes de Philippe Auguste, tome. Prix du volume. . 2'« fr.
Ordonnances dbs iiois db France de la troisième race, recueillies par
ordre chronologique. Tomes I à XXI (tomes I à XIX épuisés), et volume
de table, in-fol. Prix du volume 30 fr.
Recueil des historiens des Gaui.es bt de la France. Tomes I à XXII]
(épuisés), in-fol. Tome XXIV, en 2 parties. Prix du volume 60 fr.
Nouvelle série in-4° du même Recueil :
I. Documents financiers. Tome I. Inventaire d'anciens comptes royaux
dressé par Robert Mignon, sous le règne de Philippe de Valois.
Prix du volume 20 fr.
II. Obititaires. Tome I. Obitu aires de la province de Sens. I" et
2* parties. Prix de chaque demi-vol 25 fr.
— Tome II [diocèse de Chartres). Prix du volume. ... 25 fr.
— Tome III. Prix du volume 25 fr.
III. Pooiixés. Tome I. Pouillés de la province de l^yon. Prix du
volume 15 fr.
— Tome II. Pouillés de la province de Rouen. Prix du
volume 25 fr.
— Tome III. Pouillés de la province de Tours. Prix du
volume 25 fr.
— Tome IV. Pouillés de la province de Sens. Prix du
volume 30 fr.
— Tome V. Pouillés de lu province de Trêves. Prix du
volume 25 fr.
— Tome VI, lre et 2' parties. Pouillés de la prorince
de Reims. Prix de chaque demi-volume 25 fr.
Recleil des historiens des croisades :
Lois. [Assises de Jérusalem.) Tomes I et II. in-fol. Epuisés.
Tome I, en 2 parties, in-fol. Prix du volume... 45 fr.
Historiens Tomes II, III et IV, in-fol. Prix du volume.. . . 30 fr.
occidentaux. J Tome y en 2 pai.ties in_fol Pl.ix du volume. . 55 fr.
Tomes I et III, in-tol. Prix du volume 45 fr.
Tome II, lre et 2e parties, in-fol. Prix de
chaque demi-volume 22 fr. 50
Tome IV, in-fol. Prix du volume 50 fr.
Tome V, in-fol. Prix du volume 25 fr.
Historiens arméniens. Tome I, in-fol. Prix du volume 45 fr.
— Tome II, in-fol. Prix du volume 60 fr.
Historiens grecs. Tomes I et II, in-fol. Prix du volume 45 fr.
Histoire littéraire de la France. Tomes XI à XXXIV (tomes XI à XXIX
épuisés). in-4°. Prix du volume 25 fr.
G Al. LIA CHRISTIAN A. Tome XVI, in-fol. Prix du volume 37 fr. 50
Œuvres de Bohghesi. Tomes VII et VIII, in-4". Prix du volume. . 20 fr.
— Tome IX, 1" partie. Prix du demi-volume 12 fr.
— Tome IX, 2e partie. Prix du demi-volume 8 fr.
— Tome IX, 3' partie contenant In lahlc des tomes VI, VII et VIII). Prix
Historiens
arabes.
du fascicule * ,
Tome X, lr* et 28 parties. Prix de chaque demi-volume 15 "'■
CORPUS INSCRIPTIONUM SEMITICARUM.
I Tome I, fasc. i et u, in-fol. Prix du fasc. 25 lr.
I Tome I, fasc. m et iv. Prix du fasc. 37 fr. 50
1" partie : 1 Tome II. fasc. i. Prix du fascicule 25 fr.
Inscriptions phéniciennes \ Tome II, fasc. u. Prix du fascicule 50 fr.
f Tome II, fasc m. Prix du fascicule.. 25 fr.
\ Tome II, fasc. îv. Prix du fascicule. . 50 fr.
I Tome I. fasc. i et u. Prix du fascicule.. 50 fr,
2< Pal,tie ; ) Tome I, fasc. tu. Prix du fascicule.. 60 fr.
Inscriptions arameennes J Tome H fagc ( P|,ix du fascicuie.. 80 fr.
/ Tome I, fasc. i. Prix du fascicule.. 37 fr. 50
1 Tome I, fasc. u. Prix du fascicule 25 fr.
4" partie : l Tome I, fasc. ni. Prix du fascicule... 50 fr.
Inscriptions himyarites \ Tome I, fasc iv. Prix du fascicule. . . . 40 fr.
F Tome II, fasc. i. Prix du fascicule 35 lr.
\ Tome II, fasc. il. Prix du fascicule. . . 35 fr.
EN PRÉPARATION :
Mémoires de i," Académie. Tome XLI.
MÉMOIRES PRÉSEMÉS PAR DIVERS SAVANTS ETRANGERS A l' ACADEMIE. Tome XIII.
Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale, etc.
Tome XL.
Chartes et diplômes. Recueil des Actes des rois de Provence.
Recueil des historiens des Gaules et de la France.
Nouvelle série in-4° : Obitiaihes, tome IV. Obiluaires de la province
de Sens. — Pouillés, tome VII. Pouillés de la province de Bourges. -
Pouillés, tome VIII. Pouillés des provinces d\\ix, d'Arles, d'Avignon,
d'Embrun et de Tarentaise.
Histoire littéraire. Tome XXXV.
CORPUS INSCRIPTIONUM SEMITICARUM, \" partie, tome II. fasc. v; -
2- partie, tome II, fasc. u.
TIRAGES A PART DES PUBLICATIONS
AMÉLINEAU (E.). Notices des manuscrits coptes de la Bibliothèque natio-
nale renfermant des textes bilingues du Nouveau Testament, avec six
planches (1895) 4 fr 70
BABELON (E.). La théorie féodale de la monnaie | I00s 3 fr' 20
— Moneta loin ._, (|, 30
BABIN (C.j. Rapport sur les fouilles de M. Schliemann à Hissarlik (Troie),
avec deux planches (1892) 2 fr.
BARTHELEMY (A. i>ii). Note sur l'origine de la monnaie tournoi*
(1896) 0 fr 80
BERGER Ph. Mémoire sur la grande inscription dédicatoire et sur plu-
sieurs autres inscriptions néo-puniques du temple d'Hathor-Miskar
à Maktar 1 899 4 f,.
— Mémoire sur les inscriptions de la fondation du temple d'Esmoun à
Sidon (1902) 3 fr. 20
BERGER (S.). Notice sur quelques textes latins inédits de l'Ancien Testa-
ment (1893) ] fr 70
— Un ancien texte latin des Actes des Apôtres, retrouvé dans un manu-
scrit provenant de Perpignan (1895) 2 fr.
— Les préfaces jointes aux livres de la Bible dans les manuscrits de la
Vulgate, mémoire posthume (1902) 3 fr. 50
CAGNAT (R.). Les bibliothèques municipales dans l'Empire romain
(1906) o fr. !0
— Les deux camps de la légion IIP Auguste à Lambèse, d'après les
fouilles récentes (1908) 4 IV.
La frontière militaire de la Tripolitaine à l'époque romaine
1912 .... 3 fr.
— L'annone d'Afrique (1915) I IV. 50
CAPITAN (Dr). Quelques caractéristiques de l'architecture maya dans le
Yucatan ancien (1912Ï 3 fr.
CARRA DE YAUX (Baron). Le livre des appareils pneumatiques et des
machines hydrauliques par Philon de Byzance, édité d'après les
versions arabes et traduit en français (1902^ s fr. 50
CARTON (Dr). Le théâtre romain de Dougga, avec dix-huit planches
(1902) ".. 10 fr.
— Le sanctuaire de Tanit à El-Kénissia 1906 9 fr. 20
CHABOT (Abbé J.-B.). Synodicon orientale ou recueil de synodes nesto-
riens (1902) ;. 30 fr.
CHAVANNES (Ed.). Dix inscriptions chinoises de l'Asie centrale, d'après
les estampages de M. Ch.-E.Bonin (1902 6 fr
COLLIGNON Maxime . Le consul Jean Giraud et sa relation de l'Attique
au .xxiie siècle 2 fr . tin
CORDIER (IL). Un interprète du général Brune et la fin de l'École des
Jeunes de langues : 1911 4 fr.
CROISET (Maurice). Observations sur la légende primitive d'Ulysse
(1910) 2 fr.
CUMONT (Franz). La théologie solaire du paganisme romain 1909).
GUQ (Ed.). Le colonat partiaire dans l'Afrique romaine, d'après l'inscrip-
tion d'Henchir Mettich (1897) 3 fr.
Lesénatus-consulte de Délos de l'an 166 avant notre ère 1912 1 Fr. 70
— Un nouveau document sur l'apokèryxis (1913) 2 fr. 60
Une statistique de locaux affectés à l'habitation dans la Rome impé-
riale (1915) 2 fr. 50
DELABORDE (H.-E.). Les inventaires du Trésor des Chartes dressés par
Gérard de Montaigu 1900 3 fr. 60
DELISLE (L.). Notice sur un psautier latin-français du xn' siècle (ms. latin
1670 des Nouvelles acquisitions de la Bibliothèque nationale , avec
fac-similé (1891) 1 fr. 10
— Anciennes traductions françaises du traité de Pétrarque sur les
Remèdes de l'une el Vautre fortune ,1891) 1 fr. 40
— Notice sur la chronique d'un anonyme de Béthune du temps de
Philippe Auguste (1891) 1 fr. 70
— Fragments inédits de l'Histoire de Louis XI par Thomas Basin, tirés
d'un manuscrit de Gœttingue, avec trois planches (1893). . 2 fr. 60
— Notice sur les manuscrits originaux d'Adémar de Chabannes, avec six
planches (1896) 6 fr. 50
— Notice sur la chronique d'un dominicain de Parme, avec facsimilé
(1896) 2 fr.
— Notice sur un livre annoté par Pétrarque (ms. latin 2201 de la Biblio-
thèque nationale\. avec deux planches (1896) 1 fr. 70
— Notice sur les Sept psaumes allégorisés de Christine de Pisan (1896,.
0 fr. 80
— Notice sur un manuscrit de l'église de Lyon du temps de Charlemagne,
avec trois planches (1898) 1 fr. 70
— Notice sur une Summa diclaminis jadis conservée à Beauvais
(1898) 1 fr. 70
— Notice sur la Bhétorique de Cicéron traduite par maître Jean d'An-
tioche, avec deux planches 1899Ï 3 fr. 50
— Notice sur un registre des procès-verbaux de la Faculté de théologie de
Paris pendant les années 1505-1533 (1899) 3 fr. 80
— Notice sur les manuscrits du « Liber Floridus •> de Lambert, chanoine
de Saint-Omer M 906) 8 fr. 60
— Le livre de Jean de Stavelot sur saint Benoit (19081 2 fr.
— Enquête sur la fortune des établissements de l'ordre de Saint-Benoit
en 1338 (1910) 3 fr.
DELOCHE (M.). Saint-Remy de Provence au moyen âge, avec deux cartes
(1892) ' ) 4 fr. 40
— De la signification des mots pax et honor sur les monnaies béarnaises.
et du s barré sur des jetons de souverains du Béarn (1893). 1 fr. 10
— Le port des anneaux dans l'antiquité romaine et dans les premiers
siècles du moyen âge (1896) 4 fr. 40
— Des indices de l'occupation par les Ligures de la région qui fut plus tard
appelée la Gaule (1897) 0 fr. 80
— Pagi et Vicairies du Limousin aux ixa, x" et xi" siècles, avec une carte
,(1899) 3 fr. 50
DEVERIA (G.). L'écriture du royaume de Si-Hia ou Tangout, avec deux
planches (1898) '. '2 fr.
D1EULAFOY (M.). Le château Gaillard et l'architecture militaire au
xiii" siècle, avec vingt-cinq figures (1898 3 fr.
La bataille de Muret (1899) 2 fr.
Le Mausolée d'Halicarnasse et le Trophée d'Auguste '19111. 2 fr. 30
La bataille d'Issus, analyse critique d'un travail manuscrit du com-
mandant Bourgeois (1912) 2 fr.
Esagil ou le temple de Bèl-Marduk à Babylonc. Voir Scheil (le R. P.
et Dieulafoy (Marcel .
DOREZ (Léon). Notice sur un recueil de poésies latines el un portrait de
l'humaniste véronais Leonardo Montagna I 125-1 185 Ms. 806 de la
Bibliothèque de l'Institut (1913) 2 fr.
DURRIEU (Comte Paul). Michelino da Besozzo et les relations entre l'art
italien et l'art français à l'époque du règne de Charles VI (1911,). 3 fr.
EUTING J.i. Notice sur un papyrus égypto-ai'améen de la Bibliothèque
impériale de Strasbourg 1903 1 fr. 40
FERRAND (G.). Un texte arabico-malgache du xvi« siècle (1904).. 5 fr.
FORMIGE .1. Remarques diverses sur les théâtres romains à propos de
ceux d'Arles cl d'Orange 1914) 1 fr. 50
FOUCART l P.). Recherches sur l'origine et la nal lire 'les mj stères d'Eleusis
(1895) 3 fr. 50
Les grands mystères d'Eleusis. Personnel. Cérémonies 1900 . 6 fr. 50
— La formation de la province romaine d'Asie (1903) 2 fr.
— Le culte de Dionysos en A (lu pie l'toi 8 fr.
Sénatus-consulte de Thisbé [170 1905 2 fr
Etude sur Didymos, d'après un papyrus de Berlin 1907 8 fr.
Les Athéniens dans la Chersonèse de'Thraceau iv" siècle 1909). I fr. 70
FOUCHER A. Catalogue «les peintures népalaises et tibétaines de la
collection B.-II. ETodgson à la Bibliothèque de l'Institut de France
1X97, 1 fr. 70
FOI RNIER P. . Un gi pe de recueils canoniques des v et \r siècles
1915) 5 IV.
FUNCK-BRENTANO Fr. . Mémoire sur la bataille de Courtrai (11 juillet
1302) et les chroniqueurs qui en ont traité, pour servir à 1 historio-
graphie du règne de Philippe le Bel (1891) 4 fr. 4d
GAUTIER (E.-F.) et FROIDEVAUX (H.). lTn manuscrit arabico-
malgache sur les campagnes de La Case dans l'Imoro, de 1659 à 1663
I 907 6 fr. 50
CIHY Ai. Etude critique de quelques documents angevins de l'époque
carolingienne, avec deux planches f" 1 900) 3 fr. 50
GLOTZ G. Le droil des gens dans l'antiquité grecque 1916 .. I fr. 50
GRAUX (Ch.). Traité de tactique connu sous le titre Ile'.' /.ataaxiaetai
x-lt'/.-.oj , Truite de castramétation. rédigé par ordre de Nicéphore
Phocas, texte grec inédit, augmenté d'une préface par Albert Martin
( 1 898) . 2 fr. 60
GRÙNEISÉN (W. de . Le portrait d'Apa Jérémie. Note à propos du soi-
disant nimbe rectangulaire (1912) 2 fr. 30
HAURÉAU (B.). Notices sur les numéros 3143, 14877, 16089 et 16409 des
manuscrits latins de la Bibliothèque nationale, quatre fascicules
(1890-1895) 0 fr. 80, 1 fr. 10, 1 fr. 70 et 2 fr.
— Le poème adresse par Abélard à son fils Astralabe (1893, 2 fr.
— Notices sur les mss. latins 583, 657, 1249, 2945, 2950. 314;"), 3146, 3437.
3473, 3482. 3495. 3498, 3652, 3702, 3730 de la Bibliothèque nationale.
2 fr. 30
HELBIG (W.). Sur la question mycénienne (1896) 3 fr. 50
Les vasesdu Dipylon et les Naucraries, avec 25 figures 1898). 1 fr. 70
— Les ir.r.dç athéniens (1902) 5 fr.
— Sur les attributs des Saliens (1905) 3 fr. 20
JOULIN (L.). Les établissements gallo-romains de Martres-Tolosanes.
avec 25 planches (1900) 18 fr. 80
LANGLOIS (Ch.-V.). Formulaires de lettres du: xne. du xnie et du xive siècle,
six fascicules, avec deux planches (1890-1897) 8 fr. 10
— Les papiers de Guillaume de Nogaret et de Guillaume de Plaisians au
Trésor des Chartes 2 fr.
— Les registres perdus de la Chambre des comptes (1917) 1 i fr.
LÂNGFORS (A.). Notice du ms. français 12 183 de la Bibliothèque natio
nale 1916 ._ 7 fr.
LASTEYRIE (Comte R. de .L'église Saint-Martin de Tours, étude critique sur
l'histoireetla formedece monumentdu V au xi" siècle (1891). 2 fr. 60
— La déviation de Taxe des églises est-elle symbolique? 1 fr. 70
L'église de Saint -Philbert-àe-Grandlieu (Loire-Inférieure) [1909].
7 fr. 70
LE BLANT (Edmond). De l'ancienne croyance à des moyens secrets de
défier la torture (1892) 0 fr. 80
— Note sur quelques anciens talismans de bataille (1893) 0 fr. 80
— Sur deux déclamations attribuées à Quintilien . note pour servir à
l'histoire de la magie (1895) 1 fr. 10
— 750 inscriptions de pierres gravées inédites ou peu connues, avec
deux planches 1896) 8 fr. 75
— Les commentaires des livres saints et les artistes chrétiens des pre-
miers siècles (1899) 1 fr.
— Artémidore (1899) 1 fr.
LUCE (S.). Jeanne Paynel à Chantilly 1892) 4 fr. 70
MARTIN A. . Notes sur l'ostracisme dans Athènes (1907) 2 fr. 60
MAS-LATRIE (Comte de). De l'empoisonnement politique dans la répu-
blique de Venise (1893) 2 fr. 90
MENANT .1. . Kar-Kemish. sa position d'après les découvertes modernes,
avec carte et figures (1891) 3 fr. 50
— Éléments du syllabaire hétéen (1892) 4 fr. 40
MEYER P. . Notices sur quelques manuscrits français de la bibliothèque
Philipps à Cheltenham (1891) 4 fr. 70
— Notice sur un recueil d'Exempla renfermé dans le ms. B. iv. 19 de la
bibliothèque capitulaire de Durham (1891) 2 fr.
— Notice sur un manuscrit d'Orléans contenant d'anciens miracles de
la Vierge, en vers français, avec planche (1893 1 fr. 70
— Notice sur le recueil de miracles de la Vierge, renfermé dans le ms.
Bibl. nat. fr. 818 "1893) 1 fr. 70
— Notice de deux manuscrits de la Vie de saint Rémi, en vers français.
ayant appartenu à Charles V, avec une planche (1895)... 1 fr. 40
— Notice sur le manuscrit fr. 24862 delà Bibliothèque nationale contenant
divers ouvrages composés ou écrits en Angleterre (1895) 2 fr.
— Notice du manuscrit Bibl. nat. fr. 6447 : traduction de divers livres de
la Bible : légendes des saints (1896) 3 fr. 20
— Notice sur les Corrogationes Promethei d'Alexandre Neckam
(1897) .' 2 fr.
— Notice sur un Légendier français du xiii" siècle, classé selon l'ordre de
l'année liturgique (1898) '. 3 fr.
— Le Livre-Journal de maître Ugo Teralh, notaire et drapier à Forcalquiet
(1330-1332). avec une planche (1898) 2 fr. 50
— Notice sur trois Légendiers français attribués à Jean Belet (1899).
3 fr. 50
— Notice d'un Légendier français conservé à la Bibliothèque impériale de
Saint-Pétersuourg, avec planche (1900) 2 fr. 50
— Notice d'un manuscrit de Trinity Collège (Cambridge) contenant les
Vies en vers français de saint Jean L'aumônier et de saint Clément,
pape (1903) '. 2 fr. 50
— Notice sur la Bible des sept étals du monde de Geufroi de Paris (1908).
3 fr.
MICHON (Et.). Un décret du dénie de Cholargos relatif aux Thesmopho-
ries (1913) 1 fr. 50
MONCEAUX (P.). Enquête sur l'épigraphie chrétienne d'Afrique
(1907) 7 fr. 50
MOBEL-FATIO (A.) Une histoire inédite de Charles-Quint par un fourrier
de sa cour, avec une planche 1 191 1) 2 fr.
MOBISSE (G.). Contribution préliminaire à l'étude de l'écriture et delà
langue Si-Hia (1904) 3 fr. 50
MOBTET (V.)etTANNERY (P.). Un nouveau texte des traités d'arpentage
et de géométrie d'Epaphroditus et de Vitruvius Rufus, avec deux
planches (1896) 2 fr. 60
N'IL'NTZ (E.). Les collections d'antiques formées par les Médicis au
xvie siècle (1895) 3 fr. 50
— La tiare pontificale du vin'auxvi* siècle, avec figures (1897). 3 fr. 80
— Le Musée de portraits de Paul Jove, contribution pour servir à l'ico-
nographie du moyen âge et de la Renaissance, avec 55 portraits
(1900Ï 3 fr. 80
NAVILLE (Ed.). La découverte de la loi sons le roi Josias ; une interpré-
tation égyptienne d'un texte biblique (1910) 1 fr. 70
NOLHAC (P. pr). Le De viris illustribus de Pétrarque, notice sur les
manuscrits originaux, suivie de fragments inédits (1890).. 3 fr. 80
— Le Virgile du Vatican etses peintures, avec une planche (1897). 4 fr. 70
OMONT (H.). Journal autobiographique du cardinal Jérôme Aléandre
(1480-1530), publié d'après les manuscrits de Paris et Udine, avec
deux planches (1895) 5 f>. 30
— Notice sur un très ancien manuscrit grec de l'Evangile de saint
Matthieu en onciales d'or sur parchemin pourpré et orné de minia-
tures, conservé à la Bibliothèque nationale, avec deux planches
'1900) 4 fr.
— Notice du ms. nouv. acq. franc. 10050 de la Bibliothèque nationale.
contenant un nouveau texte français de la Fleur des histoires de l,t
terre d'Orient de Hayton (1903) 2 fr. 60
— Notice du ms. nouv. acq. lat. 763 de la Bibliothèque nationale (glossaires
grec el latin), et de quelques autres mss. provenant de Saint-Maxi-
min de Trêves ( 1 903) 2 fr. 60
— Notice sur le ms. latin 886, contenant différents opuscules mathéma-
tiques de Gerbert, etc . (1907) 2 fr. 50
— Becherches sur la bibliothèque de l'église cathédrale de Béarnais (1914).
3 fr. 80
PELISSIEB (L.-G.).Sur les dates de trois lettres inédites de Jean Lascaris.
ambassadeur de France à Venise, 1504-1509 (1901) 2 fr.
PROU (M.). Chancel carolingien orné d'entrelacs, à Sdiaennis (canton de
Saint-Gall) (1912) 3 fr. 20
-Un diplôme de Charles le Chauve pour l'abbaye de Montier-en-Der
QAX7 (191"') ' I fr. 50
KAVAISSON (F.). La Vénus de Milo, avec neuf planches (1892). . . 6 fr.
— Une œuvre de Pisanello. avec quatre planches (1895) 2 fr. 30
— Monuments grecs relatifs à Achille, avec six planches (1895)... 4 fr
REINACH (Théodore . L'anarchie monétaire et ses remèdes chez les
anciens ( rrecs 1911) 0 fr. so
RICCI (S. 1.1: cl WINSTEDT K. . Les quarante-neuf vieillards de Scété,
texte copte et traduction française (1910) I fr. 70
ROBIOU (F. . L'étal religieux de la Grèce el de l'Orient au siècle d'Alexandre,
deux fascicules (1893-1895) 4 fr. <•! i fr. iO
SCHEIL Le li. P. La chronologie rectifiée do règne de Hammourabi 1912
I fr. 50
SCHEIL {Le R. P.) el DIEULAFOY (Marcel . EsagH ou le temple de Bèl-
Marduk à Babylone. — Etude documentaire par le li. P. S< mu,.
Etude arithmétique et architectonique, par M. M. Dieulafoi (1913).
i !'i . 10
SCHWAB M.. \ ocabulaire de l'Angélologie, d'après les manuscrits
hébreux de la Bibliothèque nationale | 1*97 ) 12 fr.
— Le manuscrit n" 1380 du fonds hébreu à la Bibliothèque nationale.
Supplément au Vocabulaire de l'Angélologie (1899 2 fr. 30
— Le manuscrit hébreu n° L388 de la Bibliothèque nationale: une
Haggadah />ascaLe 1903 1 fr. 50
— Le manuscrit hébreu n° I 108 de la Bibliothèque nationale (1913
1 fr. 50
— Livre des comptes de Mardoché Joseph, manuscrit hébréo-provençal
(1913; 1 fr. 80
— Homélies judéo-espagnoles 1916 3 fr. 80
SIDEBSKY (D.). Etude sur l'origine astronomique de la chronologie juive
. 1011) 3 fr. go
— Etude sur la chronologie assyro-babylonienne 1916 1 IV.
SLOUSCHZ (N.). Un voyage d'études juives en Afrique (1909 ... 4 fr. 50
SPIEGELBEBG iW.i. Correspondances du temps des rois-prètres.
publiées avec d'autres fragments épistolaires de la Bibliothèque
nationale, avec huit planches (1 895) 7 fr. 50
TANNERY (P.). Le traité du quadrant de maître Robert Angles (Montpel-
lier. xiue sièclej; texte latin et ancienne traduction grecque, avec
ligures I I 897 3 fr. 50
TANNERY (P.) et CLERVAL. Une correspondance d'écolâtres du xi« siècle
1900) 2 fr. 60
TOUTAIN (.1.). Fouilles à Chemtou (Tunisie), sept.-nov. 1892. avec plan
I 893 1 fr. 70
— L'inscription d'Henchir Mettich. Un nouveau document sur la propriété
agricoledans l'Afrique romaine, avecquatre planches(1897). 3 fr. 80
— Le cadastre de l'Afrique romaine 1907 2 fr. 30
YIOLLET (H.). Description du palais de Al-Moutasim, (ils d Ilaroun-
al-Raschid, à Samara, et de quelques monuments de Mésopotamie
(1909) S fr.
— Fouilles à Samara en Mésopotamie. Un palais musulman du ixe siècle
(1911) 9 fr. 50
VIOLLET (P.). Mémoire sur la Tanistry (1891) 2 fr.
— La question de la légitimité à l'avènement de Hugues Capet 1S92 ).
1 fr. 40
— Comment les femmes ont été exclues en France de la succession à la
couronne (1893) 2 fr. 60
— Les États de Paris en février 1358 (1894) 1 fr. 70
— Les communes françaises au moyen âge J1900) 6 fr. 50
— Les interrogatoires de Jacques de Molai, grand maître du Temple
..(1909) 0 fr. 80
VOGUE (Marquis de). La citerne de Ramleh et le tracé des arcs brisés
1912) 2 fr.
WEIL (H.). Des traces de remaniement dans les drames d'Eschyle
I 890) 1 fr. 1 0
MAÇON, l'ROTAT FRBRES. IMPRIMEURS
MANUELS DE BIBLIOGRAPHIE HISTORIQUE
I. — LES ARCHIVES DE L'HISTOIRE DE FRANCK
l'AH
M. C.i.-V. LANGI.OIS, I M. H. STEIN,
Directeur des Archives Nationales. Conservateur des Archives modernes
aux Archives Nationales.
1 vol. iu-8° de xix-1000 pages, broché, 15 fr. Relié toile non rogné... 17 fr.
II. — MANUEL DE BIBLIOGRAPHIE GENERALE
! IMIM.IOTHECA B1BI.IOGHAPHICA NOVA)
Par Henri STEIN.
1 volume in-8" (xx-895 pages), 15 fr. Relié toile, non rogné .... 17 fr.
III. — LES SOURCES DE L'HISTOIRE DE FRANCE
Chaque volume, broché, 5 fr. Relié toile 7 fr.
Première partie : Des origines aux guerres d'Italie 1494), par Aiîgustb
Molimer.
I. Époque primitive. — Mérovingiens et Carolingiens.
II. Epoque féodale. — Les Capétiens jusqu'en 1180.
III. Les Capétiens, 1180-1328.
IV. Les Valois, 1328-1461.
V. Introduction générale. — Valois [suite), 1461-1494.
VI. Table générale rédigée par L. Polain.
Deuxième partie : Le XVIe siècle (1494-1610), par H. Hausek, professeur à l'Uni-
versité de Dijon.
I. Les premières guerres d'Italie. — Charles VIII et Louis XII ( 1494- 1 51 5
II. François I" et Henri II (1515-1559).
III. Les guerres de rri.igion, François II. Charles IX, Henri III (1559-1589
IV. Henri IV 1589-1610).
Troisième partie : Le X VIIe siècle (161 0-1 71 5), par E. Bourgeois, professeur à l'Uni-
versité de Paris, et Louis André, docteur es lettres.
I. Géographie et Histoires générales.
II. Mémoires et Lettres. — Exceptionnellement le prix de ce gros fascicule
est : broché, 7 fr. 50, rel. t., 9 fr. 50.
IV.— BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE DES CARTULAIRES
FRANÇAIS OU RELATIFS A L'HISTOIRE DE FRANCE
Par Henri STEIN.
1 vol. in-s°. broché. 15 fr. Relié toile 17 fr.
Y. — MANUEL PRATIQUE POUR L'ÉTUDE DE LA
RÉVOLUTION FRANÇAISE
Par Pierre Caron, avec lettre-préface de A. Aulard. 1 vol. in-8°, br 6 fr.
Rel. t 8 fr.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES
COMPTES RENDUS DES SÉANCES
publiés par m. r.B secrétaire perpétuel de l'académie
Ce recueil paraît tous les mois par fascicules de 7 A 8 feuilles, avec pi. et fig.
PRIX DE L'ABONNEMENT: 12 FRANCS FAR AN
1873 à 1900. — Chaque année complète, 10 fr. 1901 et années suivantes. . 1 > Ir
IJBKAIRIK AUGUSTE IMG A H 1)
RUE BONA PARTI:, 82, PARIS
Dernières nouveautés :
Manuel des études grecques et latines, parL. Laurand docteur es lettres,
professeur de philologie classique, paraîtra en huit fascicules dont quatre sont en
vente. — I. Géographie, histoire, institutions grecques.— II. Littérature grecque.
III. Grammaire grecque. — IV. Géographie, histoire, institutions romaines.
Chacun broché 2 fr., cartonné 2 fr . 50
Pour les souscripteurs payant le prix total d'avance, l'ouvrage complet broché
12 fr., cartonné 16 fr. »
Le fascicule III imprimé en Belgique sera distribué à la fin de la guerre.
Fascicules sous presse : Y. Littérature Latine. — VI. Grammaire Latine. —
VII. Métrique. Sciences complémentaires notions sur la paléographie, l'épigraphie .
Renseignements pratiques sur le travail philologique, les Bibliothèques, etc. —
VIII. Tables méthodiques et alphabétiques.
Cagnat (R.), membre de l'Institut, professeur au Collège île France, et V. Chapot,
docteur es lettres, ancien membre de l'Ecole d'Athènes. Manuel d archéologie
romaine. Tome I" : Architecture, décoration des monuments, sculpture.
1 vol. in-8°, 371 figures ] 5 fr. »
Lni.art (Ci. Manuel d archéologie française depuis les temps Mérovin-
giens jusqu'àla Renaissance. T. III : Le costume. 1 vol. in-8°, figures. 15 fr. »>
Dieudon.né (A..). Manuel de Numismatique française. T. II : Monnaies
royales françaises depuis Hugues Capet jusqu'à la Révolution. 1 vol. in-8°.
fig. et pi., broché 15 fr. »
Dklache.nal (R.). Histoire de Charles V. tome III (1364-1368). 1 vol. in-8», gra-
vures et cartes :'.... 15 fr. »
Les tomes I et II précédemment parus 30 fr. »
Hausbr (H.). Les sources de l'histoire de France. 2e partie : Le XVIe siècle
(1494-1610), tome IV : Henri IV 1589-1610. 1 vol. in-8°, br. 5 fr., relié t. 7 fr. »
Chartes de l'abbaye de Jumièges. publiées par J.-.I. Vernier. T. I. 1 vol.
in-N° 12 fr. »
Welter J. Ch.1 : « Le spéculum laicorum ». Edition d'une collection d'« exem-
pta» composée en Angleterre à la fin du xine siècle. In-8° 5 fr. »
Congrès archéologique de France. LXXXC session, Moulins et Nevers, en
1913. 1 vol. in-8" 12 fr »
Maigis Ed.). Histoire du Parlement de Paris, de l'avènement des rois
Valois à la mort d Henri IV. III. Rôle de la cour par règnes (1345-1610 .
Présidents, conseillers, gens du roi. 1 vol. in-8° 10 fr. »
Labande (L. H.). Le trésor des chartes du comté de Rethel. T. IV. 1 vol.
in-8° 20 fr. »
De la Collection des Mémoires et Documents publ. par ordre de S. A. S. le prince
de Monaco.
Prentoct i Henri). Étude critique sur Dudon de Saint-Quentin et son
Histoire des premiers ducs Normands. 1 vol. in-* °. xxxu-470 p. . . 12 fr. •>
Cent exemplaires dans le commerce.
Terret (Victor). La sculpture bourguignonne aux XIIe et XIIIe siècles.
Ses origines et ses sources d'inspiration : « Cluny ». Autun-Paris, in-4°,
65 pi 35 fr. »
Anoer (D. P.). Le collège de Cluny, fondé à Paris dans le voisinage de la Sor-
b< mne et dans le ressort de l'Université. 1 vol. in-8° 3 fr. »
Gallia christiana novissima. Histoire des archevêchés, évêchés. etc.
publiée par le chanoine J. H. Albanès, complétée, annotée et publiée avec une
introduction par le chanoine Ulysse Chevalier, membre de l'Institut. T. VI :
Orange évèques et prévôts). 1 vol. in-4° 20 fr. »
Aclocque Geneviève),. Les corporations, 1 industrie et le commerce à
Chartres du XIe siècle à la Révolution. 1 vol. in-8° (pi.) 7 fr. 50
M (mmokami Max.de. Une femme poète du XVIe siècle. Anne de Graville:
sa famille, sa vie, son œuvre, sa postérité. 1 vol. in-s pi. ... 10 fr. »
ma. -.on. photai frères, imprimeurs. Le Gérant, A. Picarr.
/
AS
162
P315
1916
Académie des inscriptions
et belles-lettres, Paris
Comptes rendus des séances
PLEASE DO NOT REMOVE
SLIPS FROM THIS POCKET
UNIVERSITY OF TORONTO
LIBRARY
•
1